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Athènes assiégée . Poème, par Sylvain Phalantée,...

De
34 pages
impr. de F. Didot (Paris). 1827. VI-27-[1] p. ; in-8.
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ATHÈNES
ASSIÉGÉE.
POÈME,
PAR SYLVAIN PHALANTÉE,
MEMBRE DE L'ACADEMIE DES ARCADES, ASSOCIE CORRESPOND AN*
DE T. ACADEMIE TIBERINE, T. 'UN DES FONDATEURS
DE CET.T.E DE SMYRNE.
PRIX : I FR.
AU PRO'FIT DES GRECS.
PARIS,
IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT,
R 1J E J A C () fi, NO 'Û¡.
1 827.
1
PRÉFACE.
LA compassion qu'inspirent les malheurs de la
Grèce, l'espérance d'une intervention qui doit y
mettre un terme, le traité généreux qui vient d'u-
nir trois grandes puissances pour atteindre ce noble
but, ont déterminé l'auteur de ce poème à le publier.
Il le composa sur le Pausilype , en janvier 1827,
le cœur encore ému du grand et funeste tableau
qu'Athènes venait d'offrir à ses yeux.
Sylvain Phalantée aborda auPirée le 13 décembre
1826. Il se rendit auprès du séraslder, Reschid-
Pacha, campé au pied du Cithéron, et en obtint
la permission de visiter Athènes, occupée par ses
troupes qui assiégeaient l'Acropolis. Il entra dans
cette antique capitale des arts, au milieu des bombes
qui l'écrasaient. Les Turcs avaient établi leurs
mortiers sur les hauteurs du Pnyx et du Musée.
ii PREFACE.
De là ils bombardaient la citadelle, et leurs projec -
tiles éclataient souvent au-dessus du Parthénon
ou du temple d'Érechthée. Les Grecs, dont les bat-
teries principales étaient placées sur les Propylées,
répondaient à leurs ennemis par quelques boulets
dirigés sur les artilleurs turcs. En voyant, du haut
de leurs remparts, approcher de la ville un groupe
d'Européens à cheval, escortés par des Musulmans,
ils devaient penser que ces Européens étaient des
alliés de leurs ennemis ; ils dirigèrent contre eux
plusieurs biscaïens qui sifflèrent à leurs oreilles.
S'ils avaient su que Sylvain Phalantée était dans
ce groupe, certes ils ne lui eussent point fait un
ce grou p e, certes 1
pareil accueil. Le souvenir de ce qu'il avait fait pour
eux leur aurait plutôt suggéré quelque démons-
tration d'un sentiment qui honore à la fois ceux
qui l'éprouvent et celui qui en est l'objet. L'ami
des Grecs mit pied à terre, pour n'être point frappé
de leurs balles. Il s'introduisit dans Athènes par
une brèche, et se rendit au temple de Thésée, d'où
il considéra l'Acropolis et le Parthénon. On disait
alors que cette citadelle avait huit cents hommes
de garnison et pour deux ans de vivres. Si cette
p nEF AC E. m
1.
situation eût été exacte, l'Acropolis aurait pu se
soutenir bien plus long-temps qu'il n'a fait. A cette
époque, le capitaine grec Grisiotti s'y était intro-
duit récemment avec deux cents hommes qu'une
forte paie avait déterminés à braver tous les dan-
gers. Ce chef y avait trouvé la veuve de Gouras et
ses trésors. C'est ce double appât qui, disait-on,
l'avait rendu si entreprenant : nous aimons mieux
croire que c'était le pur amour de la patrie. Le
lendemain, 14 décembre, le colonel Fabvier devait
s'introduire à son tour dans la citadelle d'Athènes.
Sylvain Phalantée avait vu croiser sur la cote, le
brick qui portait ce défenseur si constant des Grecs
et de leur cause; mais il ignorait que le vaillant
philhellène fût sur ce bâtiment. Aussi répondit-il
à Orner, pacha de Négrepont, qu'il le croyait à
Methœna. L'auteur eut avec ce chef ottoman, en
présence de Reschid - Pacha , une conversation
intéressante sur l'intervention des puissances
dont on parlait déjà. Le Turc insista pour savoir ce
que les puissances demanderaient à la Porte. «Je ne
suis point dans le secret des cabinets, répondit le
IV PRÉFACE.
voyageur; mais si vous voulez connaître mes con-
jectures personnelles, je vous dirai que je crois
qu'ils demanderont au Grand-Seigneur d'accorder
aux Grecs à peu près ce qu'il a concédé aux Va-
laques, aux Moldaves, aux Serviens. Votre Sultan
a un si vaste empire ; la religion , les mœurs, les
habitudes des peuples y sont si variées, qu'il faut
bien que l'administration intérieure le soit égale-
ment. Qu'importe, pourvu que la suzeraineté
lui reste? On ne gouverne point le Nord comme
le Midi. Les climats appellent des lois ci-
viles différentes. Quel tort vous feront les puis-
sances en vous proposant ces modifications aux
lois civiles, puisqu'elles n'altèrent point le droit
politique, et qu'au contraire elles ne font que le
consolider? »
Le chef ottoman parut ne pas comprendre cette
distinction des droits, et reprocha aux Européens
de se mêler d'une affaire intérieure de la Turquie,
tandis que la Porte ne s'était jamais immiscée dans
les leurs. Il en attribuait la provocation aux An-
glais , et paraissait douter qu'ils entraînassent la
Russie. « C'est en ne se mêlant pas jusqu'ici de
PRÉFACE. v
cette rébellion, disait - il, que la Russie a voulu
nous prouver qu'elle ne l'avait pas fomentée. »
Quant à la France, il ne pouvait croire que
cette ancienne amie de l'empire ottoman figurât
jamais dans cette intervention (i). L'événement a
trompé, par bonheur pour l'humanité, les conjec-
tures de ce Turc ; et une triple alliance, fondée sur
des vues modérées et sur des principes généreux,
vient enfin de rassurer tous les esprits élevés,
toutes les âmes compatissantes, sur l'avenir de ce
peuple qui nous transmit la civilisation , et qui
(i) Les Turcs, qui nous appellent leurs amis quand ils ont
besoin de nous, nous traitent en ennemis toutes les fois que
nous avons besoin d'eux. Notre marine militaire, qui leur a
sauvé tant de captifs, qui leur a éteint tant d'incendies, qui
leur a transporté tant de hauts fonctionnaires au milieu de la
guerre civile, et tant de tributs de leurs provinces maritimes,
n'a pu obtenir d'élever sur leurs rivages un nouvel hospice
où l'on devait guérir les maladies et panser les blessures qui
sont ordinairement l'unique prix des services que nos braves
marins rendent à ce gouvernement ingrat et dédaigneux.
On pourrait citer bien des traits de ce genre. Ils feraient
apprécier cette amitié intéressée et qui n'est réellement que no-
minative ; car les seuls sentiments qu'éprouvent les Musulmans
pour les chrétiens de toutes les nations et de tous lesrites, sont
l'aversion et le mépris.
VI PREFACE.
cherche à ressaisir sa part d'un bien si précieux
Sylvain Phalantée en eut le pressentiment il y a huit
mois, à l'ombre du tombeau de Virgile; et ce pres-
sentiment lui inspira la fiction que l'on va lire,
de même que le vœu qu'il formait depuis long-
temps en faveur des Grecs lui dicta deux ans au-
paravant l'oracle d'Ammon dans YAlexandréide.
ATHÈNES
ASSIÉGÉE.
POÈME.
DÉJA le dieu du jour sur l'Attique enchaînée
A ramené six fois le déclin de l'année,
Depuis qu'un cri vengeur sorti du Parthénon,
Et rappelant aux Grecs la gloire de leur nom,
La vertu de Codrus, la voix de Demosthènes,
Réveilla dans ses fers la malheureuse Athènes.
Athène à ce signal fut libre d'oppresseurs;
De Corinthe et d'Argos, ses immortelles sœurs,
Elle osa surpasser la noble résistance,
Et proclamer des Grecs l'antique indépendance.
Après tant de combats, quand les Grecs incertains
Voyaient pâlir leur gloire et flotter leurs destins,
Rêveur, le cœur ému, sur les flots du Pirée
a ATHÈNES
Je voguais vers Athène, et ma voix inspirée
Appela par trois fois le vainqueur de Xerxès.
Son tombeau tressaillit aux accents d'un Français.
Lombre de Thémistocle à ce nom se réveille,
Et du fond de sa tombe, ô surprise ! ô merveille !
Deux éclairs coup sur coup éblouissant mes yeux,
Me montrent du héros les mânes radieux.
Je touche enfin l'Attique, et l'ombre révérée
Semble guider mes pas sur la terre sacrée.
Ce sol natal des dieux, est-il vrai ? le voilà :
Des murs de Thémistocle abattus par Sylla
Mon pied rencontre encor quelques rares vestiges ;
Mais vainement mes yeux cherchent ces grands prodiges.
Sous des bois d'oliviers ils sont ensevelis.
Athènes tout entière est dans l'Acropolis.
Mon cœur vole, enflammé, vers ses murs et son temple.
Avec religion mon regard les contemple.
0 séjour de la gloire! ô berceau des beaux-arts!
Cité plus chère aux dieux que celle des Césars,
Toi dont le nom brilla du couchant à l'aurore,
Dans quel état, hélas! te retrouvé-je encore?
Te voilà sous les pieds d'un farouche ennemi.
Un satrape indolent, sur la pourpre endormi,
Stupide et fatigué de voluptés honteuses ,
Repousse loin de toi les déesses boiteuses
Qui, la paupière humide, au ciel levant les mains,
ASSIÉGÉE. 3
Implorent la pitié pour les faibles humains.
Son superbe dédain ignore ton histoire,
Croit Salamine obscure et Marathon sans gloire,
Fait tonner sur le Pnyx ses foudres, sans savoir
Que ceux de l'éloquence eurent plus de pouvoir;
S'indigne que ton peuple ose avoir du courage,
Parler d'indépendance, abhorrer l'esclavage;
Et du Sultan lui-même esclave avec orgueil,
Pour vivre ou pour mourir n'attend que son coup d'œil.
Des brigands de l'Épire et de la Thessalie
Autour de ses drapeaux la tourbe se rallie.
Ces peuples enchaînés, si voisins des enfers ,
Contre la liberté se servent de leurs fers.
Étrangère à l'honneur, cette confuse armée
De l'amour du pillage était seule animée;
Il tient lieu de la gloire aux soldats des tyrans.
Athènes n'offre plus à ses vils conquérants
Que des temples détruits , que d'illustres décombres
Dont Phébus autour d'eux dessine encor les ombres,
Des champs sans moissonneurs et de tristes lambeaux
Par leur bras sacrilège exhumés des tombeaux.
Hélas ! ils ont aussi d'innocentes captives.
0 filles de Cécrops! j'entends vos voix plaintives.
4 ATHÈNES
Tout en pleurs, la plus belle, au printemps de ses jours ,
Serrant le premier-né de ses jeunes amours,
A mon air étranger reconnut ma patrie.
D'un accent douloureux je l'entends qui s'écrie :
«O généreux Français, ayez pitié de moi.
Le cruel Ottoman me retient sous sa loi.
Il veut, dit-il, me vendre aux monstres d'Arabie.
Ah! la honte des fers, je l'ai déjà subie;
L'opprobre n'a flétri ni mes sens, ni mon cœur;
De grâce, épargnez-moi celui du déshonneur.
Mon tyran veut de l'or, l'or fait toute sa joie;
Assouvissez sa soif et qu'il lâche sa proie.
Égine ou Salamine a reçu mon époux :
Menez-moi dans cette île. Ah ! qu'il me sera doux
De livrer tous les biens dont ma dot est formée,
Pour lui rendre son fils avec sa bien-aimée ! »
Elle dit, et je vole à l'avare Ottoman.
«Ton esclave est à moi. Tiens, brave Musulman,
Voici mon or ; prends-le; règle le prix toi-même;
Double-le, si tu veux. Impossible : je l'aime.
Cette jeune captive est le prix de mon sang ,
Le plaisir de mes yeux, le luxe de mon rang.
Mon harem la réclame, et mes fières épouses
De l'éclat de ses yeux en vain seront jalouses.
Son fils reconnaîtra mon prophète et mon dieu ;
Il sera Musulman. Je t'ai tout dit. Adieu. »
ASSIÉGÉE. 5
Euphrosine! ô douleur! o mortelles alarmes!
A ces mots foudroyants, que de cris et de larmes!
Elle était à nos pieds, embrassait nos genoux;
Entre son maître et moi, de l'accent le plus doux,
Et pale comme on est à son heure dernière ,
Elle nous adressait tour-à-tour sa prière.
L'inflexible vieillard parut la dédaigner.
Je n'avais plus d'espoir, il fallut m'éloigner.
Je rentrai dans les murs de la ville assiégée.
Veuve de ses héros et du peuple d'Égée,
Au milieu de son deuil, mes stériles regrets
Interrogeaient en vain ses monuments muets.
La voilà donc, 6 ciel, cette Athènes charmante
Que ses fiers citoyens aimaient comme une amante ;
Fameuse par les lois, les arts et ses héros ;
Qui seule de la gloire éveillant les échos ,
Leur faisait répéter ces louanges si belles
Dont s'enivraient Sophocle et le vainqueur d'Arbelies ?
C'est ici que Platon éclairait l'univers ,
Que Solon fit ses lois, Euripide ses vers,
Que Codrus fut des rois et l'honneur et l'exemple,
Que Thésée eut un culte et la sagesse un temple.
Oh ! combien sont changés et les temps et les lieux !
Éternel destructeur des mortels et des dieux,
Saturne, qu'as-tu fait de toutes ces merveilles?
6 ATHÈNES
En vain les cris du monde ont frappé tes oreilles :
Si, toujours inflexible et sourd à la pitié,
Tu brises nos liens d'amour et d'amitié,
Ton bras roule avec eux dans le torrent des âges
Les cités, les héros, et leurs frêles ouvrages.
Plein de ces souvenirs et de ces grands revers,
Sur un tertre embelli de gazons toujours verts,
Je m'arrête, attristé, devant un temple antique;
C'est celui de Thésée, et son double portique
Retrace aux yeux charmés les exploits du héros.
C'est là que, fatigué, je cherche le repos.
0 temps que j'accusais ! pardonne à mes blasphèmes ;
Non, tu n'as point proscrit cette cité; tu l'aimes,
Tu veux lui rendre un jour son glorieux destin,
Puisque tu conservas ce temple dans son sein.
Il apprend aux mortels ce que peut le courage,
Le montre au rang des dieux honoré d'âge en âge,
Et leur dit ce qu'obtient d'un grand peuple abattu
Un roi libérateur, guidé par la vertu.
Quel noble prix pour ceux qui briseraient ses chaînes !
Mais vingt globes de bronze éclatent sur Athènes.
Leur parabole en feu cherche ses défenseurs.
C'est le salut du soir et les derniers honneurs
Que rendent chaque jour à leur constance altière
Ces esclaves armés plus vils que la poussière.