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Attachement féroce

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Vivian Gornick Attachement féroce Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux Rivages J’ai huit ans. Ma mère et moi sortons de chez nous au premier étage. Devant la porte ouverte de l’appartement voisin, Mrs Drucker fume une cigarette. Ma mère ferme à clef et lui lance : « Qu’est-ce que vous fabriquez ici ? » Mrs Drucker désigne son logement en rejetant la tête en arrière. «Il veut me baiser. Je lui ai dit d’aller prendre une douche avant de me toucher.» Je sais qu’«il »est son mari. «Il »,c’est toujours le mari. «Pourquoi ?Il est si sale? »demande ma mère. «Moi, je le trouve sale »,répond Mrs Drucker. «Drucker, vous êtes une putain », lance ma mère. Mrs Drucker hausse une épaule. « Peut-être,mais j’ai pas le droit de prendre le métro », rétorque-t-elle. Dans le Bronx, « prendre le métro » était un euphémisme pour «travailler ». J’ai habité dans cet appartement entre l’âge de six et vingt et un ans. L’immeuble avait beau compter vingt logements, quatre par étage, je ne me rappelle que de femmes. Je n’ai presque aucun souvenir d’hommes. Pourtant, ils étaient partout – maris, pères 7 ou frères – mais je ne me souviens que des femmes. Toutes vulgaires comme Mrs Drucker ou féroces comme ma mère. Quand elles parlaient, on avait l’impression qu’elles ne savaient ni qui elles étaient, ni quel pacte elles avaient conclu avec la vie. En revanche, elles se comportaient la plupart du temps comme si elles le savaient pertinemment.
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Vivian Gornick
Attachement féroce
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
Rivages
J’ai huit ans. Ma mère et moi sortons de chez nous au premier étage. Devant la porte ouverte de l’appartement voisin, Mrs Drucker fume une cigarette. Ma mère ferme à clef et lui lance : « Qu’est-ce que vous fabriquez ici ? » Mrs Drucker désigne son logement en rejetant la tête en arrière. « Il veut me baiser. Je lui ai dit d’aller prendre une douche avant de me toucher. » Je sais qu’« il » est son mari. « Il », c’est toujours le mari. « Pourquoi ? Il est si sale ? » demande ma mère. « Moi, je le trouve sale », répond Mrs Drucker. « Drucker, vous êtes une putain », lance ma mère. Mrs Drucker hausse une épaule. « Peut-être, mais j’ai pas le droit de prendre le métro », rétorque-t-elle. Dans le Bronx, « prendre le métro » était un euphémisme pour « travailler ».
J’ai habité dans cet appartement entre l’âge de six et vingt et un ans. L’immeuble avait beau compter vingt logements, quatre par étage, je ne me rap-pelle que de femmes. Je n’ai presque aucun souvenir d’hommes. Pourtant, ils étaient partout – maris, pères
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ou frères – mais je ne me souviens que des femmes. Toutes vulgaires comme Mrs Drucker ou féroces comme ma mère. Quand elles parlaient, on avait l’impression qu’elles ne savaient ni qui elles étaient, ni quel pacte elles avaient conclu avec la vie. En revanche, elles se com-portaient la plupart du temps comme si elles le savaient pertinemment. Futées, versatiles, illettrées, on les aurait crues issues des romans du naturaliste Theodore Dreiser. Il pouvait s’écouler plusieurs années de calme apparent, puis tout à coup, surgissait une éruption d’affolement et de violence. Au passage, deux ou trois vies étaient écorchées (voire détruites), et le tumulte s’apaisait. À nouveau : un calme morose, une torpeur érotique, la banalité ordinaire du déni quotidien. Et moi, la fille qui grandissait en leur sein, je me construisais à leur image, je les inhalais comme du chloroforme versé sur un tissu que l’on m’aurait plaqué sur le visage. J’ai mis trente ans à comprendre combien je les comprenais.
Ma mère et moi marchons dans la rue. Je lui demande si elle se souvient des femmes dans cet immeuble du Bronx. « Bien sûr », me répond-elle. Je lui explique que, selon moi, c’est la tension sexuelle qui les rendait folles. « Absolument, dit-elle sans ralentir le pas. Tu te souviens de Drucker ? Elle disait que si elle n’avait pas pu fumer une cigarette pendant que son mari la baisait, elle se serait jetée par la fenêtre. Et Zimmerman, qui occupait l’appartement de l’autre côté ? Elle s’était mariée à l’âge de seize ans, elle détestait son mari, elle disait toujours que s’il mourait au boulot (il était ouvrier dans le bâtiment),
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1 ce serait unemitsvahMa mère s’arrête et baisse le. » ton, effrayée par ses propres souvenirs. « En général, il la prenait de force. Il l’attrapait en plein milieu du salon et il la traînait jusqu’au lit. » Pendant quelques instants, elle a les yeux dans le vague. Puis elle ajoute : « Ces Européens. C’étaient des bêtes. Des bêtes, tout simplement. » Elle se remet en route. « Un jour, Mr Zimmerman s’est retrouvé à la porte. Il a dû sonner chez nous. Il avait du mal à me regarder. Il m’a demandé s’il pouvait passer par l’escalier de secours. Je n’ai pas dit un mot. Il a traversé le salon et il a escaladé la fenêtre. » Ma mère éclate de rire. « Cet escalier de secours, qu’est-ce qu’il a pu servir. Tu te souviens de Cessa, à l’étage du dessus ? Oh non, c’est impossible, elle n’est restée qu’un an après notre arrivée, ensuite, ça a été les Russes. Cessa et moi, on était très proches. C’est étrange, quand j’y repense. Nous, les femmes, on se connaissait à peine, on n’adressait presque jamais la parole à certaines. Pourtant, on vivait les unes au-dessus des autres, on passait sans cesse d’un appar-tement à l’autre. Tout se savait en un rien de temps. Au bout de quelques mois dans l’immeuble, toutes les femmes devenaient…intimes. « Cette Cessa. C’était une jeune et belle femme mariée depuis quelques années à peine. Mais elle n’aimait pas son mari. Elle ne le détestait pas pour autant. C’était un type bien. En tout cas, elle ne l’aimait pas. Elle s’éclipsait chaque jour. Selon moi, elle allait rejoindre un amant. Elle avait de longs cheveux noirs qui lui descendaient jusqu’aux fesses. Un jour, elle les a coupés. Elle voulait
1. Bénédiction.(Toutes les notes sont de la traductrice.)
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paraître moderne. Son mari ne lui a rien dit, mais son père est venu, il a regardé ses cheveux courts et il l’a giflée si fort qu’elle a cru voir sa grand-mère, alors que celle-ci était déjà passée de vie à trépas. Ensuite, il a donné l’ordre au mari de l’enfermer pendant un mois. Alors Cessa descendait l’escalier de secours jusqu’à ma fenêtre, puis elle sortait par ma porte. Elle a fait ça chaque après-midi pendant un mois. Un jour, à son retour, on prend un café dans la cuisine. Je lui dis : “Cessa, explique à ton père que c’est l’Amérique ici, l’Amérique, Cessa. Tu es une femme libre.” Elle me regarde et me répond : “Dire à mon père que c’est l’Amérique ici ? Mais il est né à Brooklyn.” »
Je n’ai pas de bonnes relations avec ma mère et, à mesure que nos vies avancent, il semblerait que ça empire. Nous sommes toutes deux prisonnières d’un étroit tunnel intime, passionné et aliénant. Parfois, pendant plusieurs années, l’épuisement prédomine, et il y a une sorte de trêve entre nous. Puis la colère ressurgit, brûlante et lim-pide, érotique tant elle force l’attention. En ce moment, ça ne va pas. Et dans ces cas-là, la pirouette de ma mère consiste à révéler la vérité à haute voix et en public. Dès qu’elle m’aperçoit, elle me dit : « Tu me hais. Je sais que tu me hais. » Si je lui rends visite, elle va dire à la personne qui se trouve dans la pièce, que ce soit un voisin, un ami, mon frère, l’une de mes nièces : « Elle me hait. Ce qu’elle a contre moi, je ne sais pas, mais elle me hait. » Elle est tout autant capable d’arrêter un inconnu dans la rue et de lui lancer : « C’est ma fille. Elle
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me hait. » Puis elle se tourne vers moi et me dit d’un ton suppliant : « Qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me haïsses autant ? » Je ne réponds jamais. Je sais qu’elle brûle et je suis contente de la voir brûler. Pourquoi ? Parce que, moi aussi, je brûle intérieurement. Pourtant, nous parcourons sans cesse ensemble les rues de New York. Nous habitons à présent toutes les deux dans le sud de Manhattan, à environ un kilomètre l’une de l’autre, et le plus simple est de parcourir la distance à pied. Ma mère est une paysanne urbaine et moi, je suis la fille de ma mère. Cette ville est notre élément. À chacune, il arrive tous les jours des aventures avec des conducteurs de bus, des femmes chargées de sacs, des contrôleurs de ticket, des fous. Marcher fait ressortir ce qu’il y a de meilleur en nous. J’ai quarante-cinq ans et ma mère soixante-dix-sept. Elle est solide et saine. Elle est capable de traverser Manhattan avec moi sans problème. Nous ne nous aimons pas beaucoup lors de ces promenades, souvent nous enrageons l’une contre l’autre, malgré tout, nous marchons. Nos meilleurs moments, c’est lorsque nous évoquons le passé. Je demande : « Maman, tu te souviens de Mrs Kornfeld ? Raconte-moi encore une fois l’histoire. » Et elle s’exécute, ravie. (Elle déteste le présent, tout sim-plement. Mais dès que le présent se transforme en passé, elle l’adore.) Son histoire est toujours identique et diffé-rente, parce que je n’ai jamais le même âge lorsqu’elle me la raconte, et que je lui pose des questions auxquelles je n’avais pas pensé auparavant. La première fois que ma mère m’a raconté que son oncle Sol avait essayé de coucher avec elle, j’avais
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vingt-deux ans. J’ai écouté en silence, fascinée et terrifiée. Je connaissais bien le contexte. Ma mère était la cadette de dix-huit enfants, dont huit ont survécu jusqu’à l’âge adulte. (Imaginez : ma grand-mère a été enceinte pen-dant vingt ans.) Lorsque la famille est partie de Russie pour New York, Sol, le jeune frère de ma grand-mère, qui avait le même âge que l’aîné de ma grand-mère (sa propre mère avait elle aussi passé vingt ans enceinte), les accompagnait. Les deux frères aînés de ma mère les avaient précédés de quelques années. Ils travaillaient dans la confection, et ils louèrent dans le Lower East Side, pour cette famille de onze personnes, un appartement où il n’y avait qu’un robinet d’eau froide. Toilettes sur le palier, poêle à charbon dans la cuisine, cagibis sombres en guise de chambres. Ma mère, qui avait alors dix ans, dormait dans la cuisine sur deux chaises qu’on rappro-chait pour la nuit parce que ma grand-mère avait pris un pensionnaire. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Sol fut envoyé en Europe. À son retour, ma mère avait seize ans. C’était la dernière enfant encore à la maison. Cet inconnu auréolé de prestige avait quitté une petite nièce pour découvrir une femme aux yeux sombres avec des cheveux au carré, une coupe alors à la mode, et un sourire à faire fondre n’importe qui, même si elle pré-tendait ne savoir qu’en faire (ça a toujours été le genre de ma mère : d’une coquetterie scandaleuse dépourvue de toute timidité). Il s’installa dans un cagibi non loin du sien, tandis que les parents ronflaient à l’autre bout de l’appartement.
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« Une nuit, me raconta ma mère, je me suis réveillée en sursaut sans comprendre pourquoi, et j’ai vu Sol penché sur moi. J’ai voulu lui demander : “Qu’est-ce qui se passe ?” Je croyais que mes parents avaient un souci, mais Sol avait l’air tellement bizarre que je l’ai cru somnambule. Il n’a pas dit un mot. Il m’a soulevée dans ses bras et il m’a portée jusqu’à son lit. Ensuite, il m’a allongée à côté de lui, il s’est mis à me caresser. Puis il a relevé ma chemise de nuit et il a touché mes cuisses. Tout à coup, il m’a repoussée en disant : “Retourne dans ton lit.” Je me suis levée et je suis repartie me coucher. Il n’a jamais plus reparlé de cette nuit-là, et moi non plus. » La deuxième fois qu’elle me raconta cette histoire, j’avais trente ans. Elle la répéta presque mot pour mot alors que nous marchions sur Lexington Avenue aux alentours de la Soixantième Rue. Je lui demandai : « Et tu n’as rien dit ? » Elle secoua la tête. « Et pourquoi, maman ? » Elle écarquilla les yeux et fit la moue. « Je n’en sais rien. Je sais juste que j’ai eu très peur. » Je la regardai en faisantune drôle de tête, comme elle disait. « Qu’est-ce qui te prend ? me demanda-t-elle. Tu n’aimes pas ma réponse ? » « Non. Ce n’est pas ça. Ça me paraît étrange que tu n’aies pas émis le moindre son, que tu n’aies pas manifesté ta peur. » La troisième fois qu’elle me raconta cette histoire, j’avais près de quarante ans. Nous remontions la Huitième Avenue, et comme nous approchions de la Quarante-Deuxième Rue, je lui dis : « Maman, tu ne t’es jamais demandépourquoies restée silencieuse quand Sol tu t’a fait ça ? » Elle me jeta un petit regard en coin. Mais cette fois, elle était parée. « Où veux-tu en venir ?
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demanda-t-elle d’un ton furieux. Tu sous-entends que ça m’a plu, c’est ça ? » J’eus un rire nerveux et jubilatoire. « Non, maman, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je dis juste que c’estbizarreque tu n’aies rien dit. » À nouveau, elle me répéta qu’elle avait eu très peur. « Arrête », dis-je sèchement. « Tu es insupportable ! hurla-t-elle en pleine rue. Ma si brillante fille ! Je devrais te renvoyer à l’uni-versité pour passer encore deux diplômes, tellement tu es brillante ! J’avaisenviemon oncle me viole, c’est que ça ? C’est nouveau, tiens ! » Après cette promenade, on ne s’est plus adressé la parole pendant un mois.
Le Bronx était un patchwork de territoires ethniques imbriqués : il pouvait y avoir quatre ou cinq rues domi-nées par les Irlandais, les Italiens ou les Juifs, pourtant chacune avait son quota d’Irlandais qui habitaient dans une rue juive ou de Juifs dans une rue irlandaise. On a beaucoup parlé du changement de population sur les listes électorales new-yorkaises, pourtant les enfants qui avaient été la cible des Irlandais ou des Italiens, ou bien les Irlandais et les Italiens ignorés dans un quartier juif, n’ont pas tant perçu cette incongruité et ont intégré comme les autres la vie de la rue. Nous avions passé un an dans un quartier italien. Mon frère et moi étions les seuls Juifs à l’école, et de fait, nous en avons souffert. Mais c’est tout. Lorsque nous sommes retournés vivre dans un quartier juif, mon frère a été soulagé de ne plus risquer une raclée chaque jour après l’école en se faisant traiter de « petit Juif », mais le contour et la substance
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de sa vie n’en ont pas été fondamentalement modifiés. En fait, « l’altérité » des Italiens, des Irlandais ou des Juifs offrait du piment, de l’intérêt, un sens à notre quotidien et cela ajoutait une excitation à des choses redoutées en apparence, mais souhaitées en secret. Notre immeuble était entièrement juif, à part une famille irlandaise au rez-de-chaussée, une russe au deuxième,etleconciergepolonais.LesRussesétaientgrands et silencieux : ils allaient et venaient dans l’im-meuble avec une attitude que nous jugions mystérieuse. Les Irlandais étaient blonds et maigres : yeux bleus, lèvres fines, visage fermé. Eux aussi constituaient une présence quasi invisible parmi nous. Le concierge et son épouse étaient très discrets. Jamais ils ne vous auraient adressé la parole les premiers. C’est une conséquence majeure, je crois, du fait d’être en minorité : ça vous cloue le bec. Ma mère aurait elle aussi pu être réduite au silence si elle avait continué à vivre parmi des Italiens. Elle aurait pu rattraper ses enfants avec un geste anxieux dès qu’une voisine s’intéressait à nous, comme Mrs Cassidy lorsqu’une femme de notre immeuble caressait les che-veux de l’un de ses « blondinets ». Mais ma mère n’était pas comme les autres. Et là, dans cet immeuble juif, elle était dans son élément. Il y avait suffisamment de place entre l’épiderme de la présence sociale et la chair d’un centre inconnu pour qu’elle puisse se mouvoir et s’exprimer librement, se montrer chaleureuse et sarcas-tique, hystérique et généreuse, ironique et péremptoire et, de temps à autre, faire preuve de ce qui passait chez elle pour de l’affection : ce ton rude et tyrannique qu’elle
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adoptait lorsqu’elle sentait venir en elle la tendresse qu’elle redoutait par-dessus tout. Dans l’immeuble, ma mère se différenciait par son anglais sans accent et ses manières affirmées. La porte de notre appartement avait beau être toujours fermée (la distinction se faisait entre les gens suffisamment éduqués pour apprécier l’intimité d’une porte close et ceux, qui, comme les paysans, laissaient toujours la leur entrouverte), les voisines se sentaient libres de frapper à n’importe quel moment pour emprunter un usten-sile, colporter un ragot, voire demander à ma mère de jouer le rôle d’arbitre au sujet d’une dispute. Dans ces moments-là, elle prenait l’attitude d’un monarque outré par le comportement puéril de ses sujets. «Oy, Zimmerman », lançait-elle d’un ton compatissant lorsque Mrs Zimmerman, toute retournée par un affront réel ou supposé, venait lui rapporter la perfidie d’une voisine. « Que de sottises ! » « C’est ridicule », lançait-elle sèche-ment quand on venait lui raconter une anecdote qu’elle jugeait ignoble ou stupide. Elle semblait ne jamais être effleurée par l’idée qu’il puisse y avoir deux versions d’une même histoire, et non une seule interprétation d’un événement. Elle se savait, par rapport aux femmes de son entourage, « développée », c’est-à-dire qu’elle avait des réflexions et des sentiments plus fins. Alors à quoi bon se poser des questions ? « Développée » était l’un de ses mots favoris. Si Mrs Zimmerman parlait fort sur le palier un samedi matin, nous autres, assis dans la cuisine juste derrière la porte, échangions un regard, et ma mère secouait la tête en déclarant : « Une femme
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