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AU RÉDACTEUR
DE
faMMILIAIRE BRETON.
lyjfrETTR LE RÉDACTEUR,
Dans 1'^Auxiliaire Breton du 29 juillet, vous avez
inséré une lettre où l'on annonce l'entrée de l'escadre
française dans le Tage, et où nous trouvons ce qui
suit :
« Les Portugais, en laissant échapper cette belle
* occasion de se delivrer de leur tyran, viennent de
)) river leurs chaînes, et de donner la preuve qu'ils ne
* sont pas encore dignes de faire partie de la grande
* famille des peuples libres. »
Pour détruire cette calomnie, il ne faudrait pas
recourir à des faits historiques, ni déployer de grands
efforts intellectuels. L'auteur de la lettre avoue que
« les sbires de Dom Miguel, armes de bâtons plombés,
i) les assomment (les libéraux) de coups, au moindre
» geste, au moindre mot; que les troupes du monstre
» ont bivouaqué nuit et jour sur les places et dans les
» rues -depuis l'arrivée de l'escadre; qu'enfin Dom
y) Miguel avait pris des mesures vigoureuses, bien
» plus pour contenir ses sujets, que pour résister à
)) l'escadre française, dont il savait que le but n'était
a
( 2 )
» point une intervention pour renverser son gouver-
» nement, mais bien une demande en réparation. »
Si donc votre correspondant croit les Portugais aussi
arriérés que les Bédouins ou les sauvages du Kamts-
chatka, s'il croit que la plus grande partie des haM-
tafcs de Lisbonne souhaite le gouvernement de ..m
Miguel, comment l'auteur peut-il accorder tout cela
avec les mesures vigoureuses que l'usurpateur a prises,
bien plus pour contenir ses sujets que pour risister.
l'escadre française ?
Les Portugais ont toujours aimé la liberté. La patrie
des Camoens, des Almeida, des Alboquerque et des
Joâo-de-Castro souffre, il est vrai, le joug que la force
et la trahison lui ont impose; mais elle ne l'a point
mérite. Parmi les nations modernes, le Portugal a
peut-être été la première en Europe qui ait su appré-
cier les institutions libérales. « Délivre du joug des
» Maures bien plus tôt que l'Espagne, le Portugal,
» comme tous les états nouvellement affranchis,
» songea, dès le XII.'siècle, à se donner des insti-
» tutions libres. Il eut des assemblées délibérantes,
» une loi fondamentale très-sage, si l'on considère
» le temps où elle fut faite; l'autorité royale fut
» limitée, les droits du peuple reconnus (a). » De-
puis le commencement de la monarchie jusqu'au
règne de Dom Pedro II, jamais un seul tribut du
été imposé au peuple portugais, sans avoir été pro-
pose et adopte en Corlès : le roi Dom Manuel vou-
lant lever des impôts de sa propre autorité, en fut
(a) Int. à l'histoire de Portugal, par Alphonse Rabhc.