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Avant et après, ou Une page de la vie bourgeoise, comédie en 3 actes et en prose, par MM. Édouard Bureau et Paul Renneville

De
81 pages
V. Bunel (Paris). 1871. In-8° , 84 p..
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AVANT & APRES
OT;
UNE PAGE DE LA VIE BOURGEOISE
COMÉDIE EN h ACTES ET EN PROSE
l'A H
M.-ÉDOIIÂRD BOREAO ET PAUL RENNEVILLE
VICTOB BUXEI,
ÉDITEUR, RUE DU CLOITBE-KOTRK-DAME.
PARIS.
AVANT ET APRÈS
00
13318 IPA(BE BS M YIB KDUMBlOlXSS
MAKÏ & APRES
ffiwGE DE LA VIE BOURGEOISE
COMÉDIE EN S ACTES ET EN PROSE
PAK
ram. EDOUARD BUREAU ET PAUL RENNEVILLE
1871.
PERSONNAGES
GEORGES BOREL, 50 ans SIM. CHAVAKKES.
ADOLPHE DUBREUIL, avocat, veuf, 27 ans ÏÏALLARD.
PAUL GERBAULT, capitaine de douanes en retraite, décoré,
ancien beau-père d'Adolphe Dubreuil, 60 ans. . . . PROSPER.
DENIS , cousin de M. Gerbault, médaillé de Sainte-Hélène,
7S ans, tanneur FABRE.
DUCORNEAU, oncle d'Adolphe Dubreuil, 60 ans, décoré. . J. LÉON.
RAHONET, bureaucrate, 35 ans , parent des Gerbault. . . ARMAND.
SOUPIÉ, procureur de la République, cousin de Georges
Borel, 45 ans RODOLPHE.
MOREL, capitaine de chasseurs, décoré, 55 ans, ami de
Georges Borel LIVRÏ.
BÉCHOUX, 22 ans, crevé HEMS.
MATHURIN LUDOVIC.
DEUXIÈME DOMESTIQUE J [ GUSTAVE.
GABRIEL D'AULHAY ( 1 FORGEI.
\ Personnages muets. . . . 1
DE CYPRIAG l j ***
SUJOL ! | ***
MARIETTA, 25 ans, maîtresse de Georges Borel .... M»" MALARD'HIÉ.
VIRGINIE GERBAULT, femme de M. Gerbault et ex-belle-
mère d'Adolphe Dubreuil, 30 ans BOURGEOIS.
BERTHE DUBREUIL, soeur d'Adolphe Dubreuil, 18 ans . . HEMS.
INÈS GERBAULT, fille de M. et H»" Gerbault, 15 ans. . MALLET.
UNE SUISSESSE. ....
INVITÉS.
AVANT ET APRÈS
ou
TOE PA&E DE LA YÏE BOÏÏESEOISE
ACTE PREMIER
Au fond : le lae du Bourget. — A droite : le château du Bordeau.
— Vers la gauche : un village, avec clocher gothique. — Au
premier plan : à gauche, un pavillon élégant, avec fenêtre et
balcon. — Au môme plan : à droite, une charmille, avec une
petite table, chaises et bancs agrestes. — Quelques rochers. —
Des fleurs sur les degrés du pavillon — Un petit mur en granit,
prenant toute la scène et la séparant du lac. — Des arbres à
droite et à gauche.
La scfena se passe à. k'\x-\es-Mïia
Mme GERBAULT — M. GERBAULT — ADOLPHE DUBREUIL —
BERTHE DUBREUIL — INÈS.
(Us entrent tous par la droite se suivant dans l'ordre indiqué. M. Gerbault
lorgne le lac avec une jumelle.)
M. GERBAULT.
Ce point de vue est magnifique!... le lac duTourget, le
château du Bordeau, la façade du Casino... .
— 8 —
M",c GERBAULT, prenant la jumelle des mains de son mari.
0 le ravissant paysage! Regardez-donc, Adolphe. (_k BeTAhe.-)
Vois-tu, chère enfant, là-bas, tout au haut de la colline, ce
gentil petit village? Un vrai nid d'oiseau. Et plus loin ce
clocher pointu comme une aiguille ?
(Pendant cette réplique et les suivantes, Adolphe Dubreuil, après avoir
descendu la scène, rôde autour du pavillon et l'examine avec curiosité.)
M. GERBAULT, raide et sentencieux.
Maman Gerbault a raison. Je vois le chas de l'aiguille.
M">° GERBAULT.
C'est juste. Cette ogive au milieu La ressemblance est
parfaite.
BERTHE DUBREUIL.
Et ces jolis cygnes, là-bas, dans les roseaux!
M. GERBAULT, la main au-dessus des yeux.
Je n'aperçois que des nénuphars sur la. surface liquide.
H"" GERBAULT.
Mais où donc est Adolphe? Adolphe, Adolphe !
ADOLPnE DUBREUIL.
Me voici, maman belle-mère. Ah ! vous n'égarez pas voire
monde pas plus à Aix-les-Bains qu'à Bordeaux!
(Ils descendent la scène.)
H"" GERBAULT.
Que faisiez-vous donc là, monsieur mon gendre?
BERTHE.
Mon frère examinait ce pavillon. Il l'enviait peut-être En
effet, l'on doit jouir de cette fenêtre d'un coup d'oeil mer-
veilleux.
ADOLPHE.
C'est ce que je me disais.
— 9 —
INÈS, prenant une marguerite à l'un des arbustes qui bordent les
marches du pavillon.
Oh ! les belles marguerites ! (,'Êtte en eïïevàUe une. 1) Il
m'aime !...
M»" GERBAULT.
Savez-vous qu'avec nos bavardages le temps s'écoule ?
INÈS, même jeu.
Un peu !....
M. GERBAULT.
Fugit irreparabile tempus!.... Le temps fuit irré-
parable.
ADOLPHE, ensemble avec Gerbault.
Irréparable! (k ■$?&.) Première de la collection.
INÈS, même jeu.
Passiouément! Quel bonheur!
M"'° GERBAULT, à Inès. •
Quel est ce jeu, mademoiselle? Où l'avez-vous appris?
INÈS.
Avec les grandes, au pensionnat.
BERTHE.
C'est un enfantillage qu'elles se permettent quelquefois à la
promenade.
INÈS.
Elles appellent cela : Consulte)' la sorcière.
M. GERBAULT.
Est-elle intelligente!
M»« GERBAULT.
Que je vous y reprenne, mademoiselle à votre âge!...
— 10 —
ADOLPHE.
Elle est un peu précoce.
M. GERBAULT, à sa femme.
Sois prudente, Virginie.
M" GERBAULT, a Bertho.
Dis-moi, chère enfant, lis-nous notre itinéraire d'aujour-
d'hui à cinq heures, où devons-nous être?
ADOLPHE.
Ça marche comme des horloges de Nuremberg.
BERTHE, lisant.
A cinq heures nous devons être à la cascade du
Crécy
M""> GERBAULT.
Une cascade! J'adore les cascades!
INÈS.
Encore marcher !... Je suis lassée.... moi.... et puis j'ai faim.
(Elle B'assied sur un banc.)
M»« GERBAULT, a Inès.
Inès.
INÈS.
Non, je n'irai pas. Je veux un âne, avec des faveurs aux
oreilles, comme à Arcachon.
M»« GERBAULT.
Qu'estce que c'est, mademoiselle, voulez-vous bien suivre
votre mère.
INÈS.
Non, non.
M»« GERBAULT.
Petite vilain ie !
— 11 —
M. GERBAULT , s'interposant.
Virginie, modère-toi.
M 1" GERBAULT.
Alors, Monsieur Gerbault, puisque vous ne voulez pas
me laisser corriger voire fille, délachez-la de son banc, si vous
pouvez.
M. GERBAULT, à Inès.
Mimi, voyons, sois raisonnable.
INÈS.
Laissez-moi tranquille.
M. GERBAULT.
Tel est le fruit de l'éducation de nos jours. Tu ne peux
cependant rester là jusqu'au jugement dernier ma petite
Inès.
INÈS.
Eh bien ! qu'Adolphe me prenne sur ses épaules.
ADOLPHE.
Plait-il? sur mes épaules? Ah! c'est trop fort!. . . Il ne me
manquerait plus que des faveurs aux
M"" GERBAULT.
Vous entendez, monsieur mon gendre.
ADOLPHE.
Bien obligé.
H'" GERBAULT.
C'est le seul moyen d'en finir.
ADOLPHE.
Le seul moyen, ah! mais nqjn. (A\nes.) Charmante enfant!
(k part.) Je l'étranglerais bien
(Il lui parle a voix basse.)
— 12 —
»!»• GERBAULT.
Mais prenez-la donc.
BERTHE.
Pauvre frère, aussi bon que patient.
' INÈS , sautant de son banc et embrassant Adolphe.
Oui, oui. C'est cela. Tu tiendras ta promesse?
ADOLPHE.
Et toi aussi?
INÈS.
Je le jure, j'irai à pied.
(Elle court avec son cerceau et disparaît à droite, en chantant :
« C'est le sire de Fisch-ton-Khan. »
M""-' GERBAULT.
Cher petit diable, elle est mignonne à croquer.
ADOLPHE.
Ouf ! Et dire qu'elle est élevée au Sacré-Coeur.
M 1" GERBAULT.
Maintenant, en route pour la cascade. Venez-vous, Gerbault?
Et vous, Adolphe? Encore à examiner ce pavillon!....
ADOLPHE , à H»" Gerbault.
Je cueillais pour vous cette fleur, (k çart,) Si elle pouvait l'em-
poisonner.
M'»» GERBAULT.
Berthe, donne le bras à ton frère. Monsieur Gerbault, offrez-
moi le vôtre Inès, Inès.
(Ils sortent par la gauche.)
ADOLPHE, à Berthe.
Je suis à toi ; le temps d'allumer un cigare.
— 13-1
SCÈME II
ADOLPHE — puis INÈS.
ADOLPHE.
(Il examine plus attentivement le pavillon, en fait le tour et essaie de
regarder à travers les persiennes.)
Maintenant que je suis seul, profitons de notre liberté. Un
grand poète l'a dit : Rien n'excite plus la curiosité qu'un mur
derrière lequel on croit qu'il se passe quelque chose Il avait
raison Depuis vingt-quatre heures, je me creuse l'imagina-
tion pour savoir dans quelle partie du globe j'ai rencontré la
femme qui habite ce pavillon Satanée mémoire !
INÈS, revenant, par la droite.
Tu tiendras ta promesse ?
ADOLPHE.
Que le diable! Oui, ma petite Inès , sois sans crainte ,
deux au lieu d'un Cours vite (Inès ïemotsle la scène..')
J'ai vu quelque part ces grands yeux noirs.
INÈS, redescendant.
Dis donc, Adolphe ?
ADOLPHE.
Encore !
INÈS.
Hier , j'ai vu entrer là-dedans une belle dame , tout en noir.
La connais-tu ?
ADOLPHE.
Veux-tu le sauver. Ta mère t'attend. (L'euîaul se sauve eu
6hau\,au\, par la gauche.) Ah ! j'ai vu jouer le supplice d'une
femme; mais je connais aujourd'hui le supplice d'un homme.
— 14 —
SCÈOEE us.
ADOLPHE — GEORGES BOREL
(.Georges descend les marches du pavillon.)
GEORGES.
Adolphe Dubreuil !
ADOLPHE.
Georges Borel ! Pardieu ! Tu vas me renseigner, loi ; mais
avant tout (Ils se serarA la tram.) Comment, le voilà ici, à
Aix-les-Bains Ella Tu n'es pas marié?
GEORGES.
Non.
ADOLPHE.
Tant mieux.
GEORGES.
Et loi ?
ADOLPHE.
Je lVi élé. Mais je suis veuf, sans enfanls, ce qui n'empêche
pas Mmo Gerbault, ma belle-mère Je te ferai connaître
les Gerbault : ils en valent la peine ; m air, plus lard. — Parlons
d'abord de loi et d'elle.
II indique le pavillon./
GEORGES.
Ce cher Adolphe, toujours le mémo, gai, frondeur, insou-
Ciuit.
ADOLPHE.
Gai, gai, avec les amis peul-êlre, mais avec eux !
— 15 —
Voyons, asseyons-nous et causons un peu. J'ai hâte de savoir...
Je suis curieux comme une vieille dévoie.
(Ils s'asseyent sous la charmille.)
GEORGES.
Sois-donc satisfait.
ADOLPHE.
Jo ne te demande pas des détails indiscrets.
GEORGES.
Oh ! je n'ai rien à I» cacher. Pour qui connaît, comme loi,
mon caractère, l'aventure ne sera pas surprenante.
ADOLPHE.
Au fait, je l'écoulé.
GEORGES.
Te souviens-lu de ce joyeux voyage que nous lïnns à Paris,
il y a deux ans?
ADOLPHE.
Si je m'en souviens! hélas! Deux mois après, j'épousais la
famille Gerbault.
GEORGES.
Tu quittas Paris avant moi.
ADOLPHE.
Quelques jours auparavant.
GEORGES.
Le soir de ton dépftrl, j'allai aux Italiens. On jouait la TRA-
VIATA. J'avais pris nue loge d'avanl-scène. Près de moi, pâle et
brune, une jeune femme promenait d'un air indifférent ses
grands yeux noirs sur le public élégant qui encombrait la salle.
Elait-ceune patricienne? Etait-ce une déclassée V
- 16-
ADOLPHE.
C'est parfois difficile à reconnaître.
GEORGES.
Longtemps je la regardai. Il y avait dans cette femme quel-
que chose d'étrange : l'immobilité de la statue !
ADOLPHE.
Et tu voulais déjà l'animer ?
GEORGES.
Quand la toile se leva, à la vue des lumières, des fleurs, des
toilettes, de la fête voluptueuse, un éclair jaillit de ses yeux et
sa main se crispa sur la rampe de velours puis mon incon-
nue retomba dans son impassibilité. A la fin du spectacle, je me
postai à la porte de sa loge En sortant, elle fit un faux pas,
poussa un léger cri et tomba dans mes bras.
ADOLPHE.
Le dénoûmenl se précipite.
GEORGES, se levant.
Un mois après, elle était ma maîtresse.
ADOLPHE, se levant.
Suite du faux pas.
GEORGES.
Je devrais m'arêter là.... mais j'aime à me souvenir des pre-
miers temps de cette liaison. Hormis sa beauté superbe, celte
femme n'avait rien qui pût me captiver. C'étaient le silence et
la froideur incarnés. Nos soirées étaient d'une monotonie fas-
tidieuse.
ADODPHE."
Des soirées classique?.
— 17 —
GEORGES.
Comme tu dis..... Vingt fois je résolus de la quitter, mais l'i-
dée de me faire aimer de celle créature singulière me souriait
et me poursuivait sans cesse. J'employai pour y parvenir toutes
les ressources d'une imagination ardente. Un soir — dont la
date m'échappe — j'arrivai chez Marielta. En me voyant, elle
me tendit la main, m'attira vers elle, et
ADOLPHE.
Et?...
GEORGES.
M'embrassa. Je fus si stupéfait de cette avance, que j'en pris
de l'humeur.
ADOLPHE.
Le feu couvait sous la cendre.
GEORGES.
Ah ! tu ne saurais croire, ami, tous les trésors, qu'à partir de
ce jour, je découvris dans ce marbre que j'avais animé ! Trans-
formée par moi, je fus un Dieu pour elle! Mon orgueil en était
flatté Et voilà comme, envolé de Bordeaux, tu me trouves à
Aix-les-Bains, en villégiature.
ADOLPHE,
C'est la légende de Pygmalion et de Galathée ! Poêle, poêle,
tête chaude et folle !
GEORGES.
Que ce soit tout ce que tu voudras, mais il y a deux ans que
cela dure, et
ADOLPHE.
Ainsi vont les choses de ce monde!
GE«S515^\
Chut ! C'est elle. /^^ ''~\"£\
— 18 —
SCÈNE IV
LES MÊMES — MARIETTA, en costume d'amazone et venant du
fond.
(En apercevant Adolphe Dubreuil, Marietta s'arrête, puis s'élance vers Georges.)
GEORGES.
Je vous présente mon excellent ami, M. Adolphe Dubreuil,
avocat à Bordeaux.
ADOLPHE.
Je suis heureux, Madame, de la bonne fortune qui me permet
de vous rendre mes hommages el de revoir un vieil ami.
GEORGES.
Qui a souvent parlé de toi.
MARIETTA.
Et dans les meilleurs termes.
VDOLPHE.
Vous blessez ma modestie, (k part.) Tudieu! superbe
créature!
MARIETTA.
Pour fêler cette rencontre imprévue, monsieur Dubreuil
veut il nous faire l'amitié de rester à dîner avec nous? (k
Georges) Sa présence vous rendra peut-être votre gaîlé perdue.
ADOLPHE.
Désolé Parole d'honneur, ce soir, je ne puis.
MARIETTA.
Partie remise, alors ?
— 19 —
ADOLPHE.
Je vous le promets.
MARIETTA.
Acceptez du moins quelques rafraîchissements ici
sous celte charmille.
ADOLPHE.
L'endroit est séduisant. Volontiers ; — mais le pied sur la
branche, car je suis attendu.
MARIETTA.
Deux secondes, et je suis à vous.
(Elle entre dans le pavillon.)
SCJÊXE V
ADOLPHE — GEORGES
ADOLPHE.
Compliments, mon cher, compliments. Corpo di Bacco !
Demain, n'oublie pas mon couvert.
GEORGES, rêveur.
Fort bien Je compte sur loi.
ADOLPHE.
Voyons, à quoi penses-tu donc? Tu es sombre comme un
orage! Peste!.... qr,e te faut-il de plus? Une maîtresse ado-
rable, avec des yeux grands comme cela et une taille à faire
rêver un séminariste!.... Viens l'asseoir près de moi là, et
conte-moi tes soucis.
GEORGES.
Causons de toi.
(Us s'asseyent sous la charmille.)
— 20 —
LES MÊMES — MARIETTA — UN DOMESTIQUE apportant dans
uu plateau d'argent deux verres et une demi-bouteille de Xérès,
qu'il dépose sur la petite table, sous la charmille.
ADOLPHE.
Demain, au Champagne.... tu en auras?.... Je le dirai mes
misères. Ce soir impossible.... A l'houre où je te parle , je
devrais être à la cascade du Crécy, avec les Gerbault!
GEORGES.
La famille de ta femme ?
MARIETTA. (S'asseyant sous la charmille.)
Vous êtes marié, Monsieur Dubreuil?
ADOLPHE.
Hein? Non Je suis veuf. Mais j'ai besoin de me le ré-
péter souvent pour en être bien sûr.
GEORGES.
Comment cela?
ADOLPHE.
Eh ! oui. Je suis veuf. (^11 holl) Excellent Xérès. Tu
sais un mariage de raison, en forme d'éleignoir Je
venais d'être inscrit au tableau des avocats et je cherchais des
causes Un vieil oncle, le bonhomme Ducorneau, me con-
seilla, pour attirer la clientèle, de prendre femme. Un avocat
marié, disail-il, c'est comme un boutiquier sur le panneau du-
quel sont inscrits, en grosses lettres, ces mots : Maison de con-
fiance ! Le client accourl. Ce n'est pas meilleur qu'à côté ; mais
il reste l'étiquette, et c'est toujours quelque chose. Le con-
— 1Ï —
seilme parut bon et j'épousai Léocadie Gerbault— Elle n'é-
tait pas laide, mais elle n'était pas jolie non plus ; elle n'était pas
privée d'esprit, mais elle n'était pas intelligente non plus ; elle
n'était pas maussade, mais elle n'était pas aimable non
plus. Telle je la voyais eh lui faisant la cour.
GEORGES,
Ni qualités, ni défauts, c'était une perfection.
ADOLPHE.
Ah ! Povero ohime ! après un mois de mariage, elle s'était
complètement dessinée. Elle avait fermé ma porte à mes plus
chers amis. Elle me forçait, le dimanche, à suivre la messe à
.ses côtés, dans un gros paroissien verdâtre qu'elle m'avait
acheté Je le vois encore!... Quand mes yeux quittaient la
page sainte, elle m'interpellait tout haut! J'avais une
honte !.... Elle me poursuivait partout, au palais, à mon cabi-
net d'étude, aux comités dont je faisais partie.
MARIETTA.
Bien que vous fussiez un modèle de constance et de vertu.
ADOLPHE.
Je passais à bon droit, pour la fine fleur des maris... Elle me
relançait jusqu'au cercle. Une fois, elle pénétra dans la salle de
jeu et me ramena au domicile légal en me chassant devant
elle! Je ne pariais cependant que dix sous Ce fut un
scandale ! et puis elle se mangeait les ongles et me sermonnait
devant les domestiques Sa dévotion outrée me privait
Défense de mettre le pied dans un théâtre ! J'achetai
ma tranquillité au prix du sacrifice de ma personne Au
bout de trois mois, je devins veuf Mais je ne le suis pas de
ma belle-mère Parfois je me demande si je n'avais pas
épousé les deux Crois-moi, mon cher, garde- toi de. l'opium
conjugal !
— Il —
GEORGES.
Tu généralises un peu trop une exception personnelle.
ADOLPHE.
L'homme le plus intelligent, vois-tu, peut se noyer dans cette
petite mare où l'on barbotte à deux! Je te souhaite de ne pas y
tomber Sur ce, au revoir ; je vous quitte. (11 se levé.)
MARIETTA, l'arrêtant.
Un biscuit ?
ADOLPHE, acceptant.
Merci. Pour la petite Inès.
(Il le met dans sa poche.)
MARIETTA.
Vous avez des enfants ?
ADOLPHE.
Dieu m'en préserve ! C'est une petite soeur adoptive
non c'est elle qui m'a adopté ou plutôt, c'est sa mère....
belle maman vous ne comprenez pas? Eh bien, ni moi non
plus C'est un imbroglio Six heures! Je serai dé-
voré Bonsoir.
GEORGES, se lewmt et le retenant.
Un moment, de grâce. La chaîne est donc bien lourde ?
(Mariella se lève.)
ADOLPHE.
Connais-tu la bobine préfectorale qui retient nos édiles par
la patte ? Pour moi, c'est pis encore ! un lazzo ! La vieille duè-
gne, — je parle de ma belle-mère, — a tué, en deux ans, un
premier mari et, en vingt ans, abruti un second Tu verras
le second Allons, adieu. Je me sauve.
GEORGES.
Révolte-toi, morbleu !
— 23 —
ADOLPHE.
J'aurai mon 89! ne t'inquiète pas Aujourd'hui je cède:
ma soeur est orpheline. La mère Gerbault, bonne femme, au
iond lui lient lieu de mère et l'adore. De son côté, Berlhe
ne peut se séparer d'elle. Voilà le lien qui m'attache. Sans cela,
oh! sans cela!...
M"* GERBAULT, dans la coulisse à gauche.
Adolphe, Adolphe !
INÈS, dans la coulisse.
Par ici, maman, par ici.
ADOLPHE.
Patatras! quand je te le disais ! La bobine!
MARIETTA.
Défendez-vous bien. Je vous laisse Georges comme allié.
(Elle entre dans le pavillon.)
SCÈME vu
GEORGES — ADOLPHE — M. GERBAULT — M™e GERBAULT
— BERTHE — INÈS
M™" GERBAULT, dans la coulisse à gauche.
Le déserteur! l'ingrat! (S,\Ve erAre eu scène. — k kdolçhe;)-
Monsieur, votre conduite est d'une légèreté !.... Vous avezman
que à tous vos devoirs , à tous les égards qui me sont dus. —
Que faisiez-vous ici, au lieu d'être avec nous?
INÈS, montrant le pavillon.
Je le sais bien, moi. Il regardait là-dedans.
_ 24 —
M— GERBAULT, à Inès.
Taisez-vous, petite bavarde.
GEORGES, à Adolphe.
Indiscret.
ADOLPHE, à Georges.
Y penses-tu ?
M» 0 GERBAULT, à Adolphe.
Ah! Monsieur regarde les dames à travers les persienncs?
Monsieur papillonne ! Monsieur vollige! Monsieur sable des li-
queurs fortes!... sous une tonnelle!... Fi! fi! vous devriez rou-
gir!.... un homme de votre âge!.... Et ma fille, l'avez-vous
oubliée?.... ma fille!....
ADOLPHE.
Oh! supplice!... Mais,belle maman....
M»» GERBAULT.
Ne m'approchez pas! vous sentez le vin!
GEORGES.
Souffrez, Madame, un mot d'explication. Je suis le seul cou-
pable. En descendant de ce pavillon, j'ai trouvé devant moi mon
brave et vieil ami Dubreuil, et ma vive affection l'a retenu loin
de vous. Adolphe, présentez-moi donc à ces dames.
M»° GERBAULT, souriant.
Il est fort bien, ce monsieur.
M. GERBAULT, à sa femme.
Virginie, de la tenue !
ADOLPHE.
^Monsieur Georges Borel; mon beau-père, capitaine des
douanes en retraite.
GEORGES.
Monsieur.
M. GERBAULT.
Serviteur très-humble.
— 23 —
ADOLPHE.
Ma soeur Berthe.
GEORGES.
Mademoiselle, (k part, vuàiquaul Berthe) Elle est charmante,
cette enfant
M=« GERBAULT.
Monsieur habile ce pavillon ?
INÈS.
Avec une bien belle dame.— N'est-ce pas, Berthe, tu l'as vue
comme moi ?
M»« GERBAULT, à Georges.
Madame Borel?
ADOLPHE, à part.
Tire-toi de là, si tu peux,
M. GERBAULT.
La connaissance de votre épouse serait pour Virginie un
agréable passe-temps.
M»" GERBAULT.
Nous ferions du crochet ensemble.
JL GERBAULT.
Nous demeurons à Pierre-Percée, HAMEAU DES BIQUES, ainsi
appelé parce qu'on y élève des chèvres.
M" GERBAULT.
Dont le lait est excellent !
INÈS.
Papa en boit un verre tous les matins Il s'en trouve bien.
GEORGES.
Nous sortons fort peu, madame. Je vous promets cependant
d'aller un de ces jours vous présenter mes respects.
(Inès pénètre sous la charmille, examine la bouteille de Xérès et furette.)
ADOLPHE, 4 Georges.
Je saurai te le rappeler au besoin.
— 26 —
M»' GERBAULT.
Monsieur, mes compliments à voire dame.
M. GERBAULT.
Monsieur, recevez l'assurance de ma considération la plus
distinguée.
M™« GERBAULT.
Venez-vous, mon gendre?... Inès?
INÈS, après s'être versé un verre de Xérès, le vide d'un trait.
Dieu que c'est bon ! C'est du Xérès.
ADOLPHE, à M»' Gerbault.
Regardez-la donc, elle déguste.
M">« GERBAULT.
Juste ciel! cet enfant n'est pas de moi!... tïAlc sa\s\\,lues
ell'euVtairie.) Ce soir, vous coucherez au grenier.
M. GERBAULT.
Virginie ! Le fruit de notre vieillesse !
M»" GERBAULT.
Paul, vous perdrez votre fille '■ Boire du Xérès, petite horreur !
M. GERBAULT.
Après tout J'aime mieux cela que de la timidité....
(k Georges.) N'est-ce pas Monsieur ?
GEORGES.
Elle est ravissante !
M»« GERBAULT.
Adolphe, votre bras Venez, Berthe.
(Pendant les dernières répliques, Georges cause avec Berthe.)
GEORGES.
J'espère, mademoiselle, avoir l'honneur et le plaisir de vous
revoir à Bordeaux.
— 27 —
BERTHE.
Les amis de mon frère sont toujours les bienvenus.
INÈS, à Georges, en sortant.
Bonjour, monsieur.
ADOLPHE, à Georges.
Hein ? Qu'en dis-tu ?
GEORGES, lui serrant la main.
Pauvre ami !
ADOLPHE, d'une vois sombre.
Bien des choses chez toi.
(Ils sortent par la droite.)
(Un domestique emporte le plateau, la bouteille de Xérès et les verres.
SCÊtVE ¥111
GEORGES — UN DOMESTIQUE
(Georges se dirige vers le pavillon. — Il feint d'y monter, revient sur ses pas
s'arrête pensif. — Il fait presque nuit.)
LE DOMESTIQUE, au fond, sous les arbres, à droite.
Les ordres de Monsieur sont exécutés La chaise de
poste
GEORGES, vivement.
Tais-toi. C'est bien.
(Il le congédie.)
— 28 —
SCEME IX
GEORGES, seul.
(U se promène avec agitation. — Il semble en proie à une lutte.)
Et nous passons noire vie à pleurer les maux que nous avons
causés et à regretler le bien que nous n'avons pas fait.
(Il s'assied à droite, sous la charmille, et se prend à rêver.)
SCÈNE X
GEORGES — MARIETTA.
(Il fait nuit. — Marietta, en peignoir blanc, descend du pavillon.)
MARIETTA, à Georges (et s'appuyant sur son épaule.)
(Silence prolongé.)
Savez-vous que je suis jalouse, même de vos rêveries ? Je
voudrais que voire pensée m'appartînt tout entière, et avoir la
puissance de la ramener à moi, quand elle s'éloigne fugitive ou
inconslante.
GEORGES.
Est-ce donc un crime que l'infidélité de la pensée?.... Et
qui vous dit, Marietta, que je ne rêve pas à votre beauté ?
MARIETTA.
Et c'est là précisément ce qui me tourmente et me fait
souffrir.
GEORGES.
Enfant !
MARIETTA.
Je ne me berce pas d'illusions.... Vous n'avez jamais vu en
moi qu'une forme plus ou moins parfaite, et vous n'avez jamais
ressenti à mes côlés que l'orgueil de votre oeuvre !
GEORGES.
Si ce reproche était fondé, eussé-je vécu si longtemps?...
MARIETTA.
Moi, je n'ai pas compté les jours.
GEORGES, se levant brusquement.
Rentrez-vous?.... Je crains que la fraîcheur du soir....
MARIETTA.
Et que m'importe !... Depuis quelque temps, je ne sais quels
pensers m'épouvantent et me poursuivent ! Chimère, sans
doute. Mais j'ai peur.
GEORGES se rassied sur un banc, à gauche.
Folie !
MARIETTA, aux genoux de Georges.
Oui! j'ai peur de cette passion qui m'a transformée; quia
dompté mon insensibilité et brisé cette enveloppe de glace qui
faisait ma sauve-garde et ma force!.... Oh! si tu n'avais vu
qu'un jeu de ta fantaisie ou de ton orgueil dans cette lutte sans
trêve, sans pitié, ou tu m'as vaincue!.... Si en réveillant mon
âme qui ne demandait pas à vivre, tu avais pressenti qu'un jour
tu la laisserais retomber dans sa solitude et sa nuit!
Georges, tu aurais commis là.... une action odieuse une
lâcheté! (!>\\e se levé )
GEORGES, avec une certaine impatience et se levant.
Pourquoi vous tourmenter ainsi ? Eh ! si quelque malheur me
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frappait; si quelque événement imprévu.... me séparait de
vous.... que sais-je, enfin?
MARIETTA.
Je ne veux pas croire à un tel avenir.
GEORGES.
Je ne vous dis pas qu'il se réalisera. Retenez cependant cette
vérité : Le roman dans la vie réelle est une fiction échappée à
l'imagination des poètes. Il n'y a de durable ici-bas que les
situations normales — ou vulgaires.
MARIETTA.
Et c'est vous qui me parlez ainsi? Vous qui n'avez pas
hésité à faire appel à toutes les séductions de votre esprit
pour m'anacher à celle indifférence où je vivais sans espoir,
mais aussi sans regrets. Celle vérité, mais c'est sur mes lèvres
qu'elle devrait êlre, car c'est contre vous qu'elle se re-
tourne. (ïAle se promène avec agrtallcm.) Vous ne vous êtes pas
contenté de ma beauté. Non, il a fallu autre chose à votre va-
nité ou à voire âme usée en quête d'émotions ! 11 vous a
fallu mon amour, ardent, exalté, courant dans le sang de mes
veines! Je vous ai tout donné! C'est par vous que je
respire, c'est par vous que je pense ; pour moi, vous n'êtes pas
un amant, (kvec -çassion.) Vous êtes mon créateur, ma reli-
gion, ma prière ! Et c'est vous qui prévoyez qu'un jour
viendra peut-être Oh ! c'est horrible. (JAYe s'assied accablée,
à dto\\,e.)
GEORGES.
Marielta, calmez-vous. Rien ne justifie
MARIETTA.
Rien en effet Ce sont là des expériences que l'homme
peut tenter impunément sur des femmes comme nous ! Elles
ne peuvent pas soulfrir !
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GEORGES.
Et de quoi vous plaignez-vous, en somme? Vous aviez un
voile sur les yeux, je l'ai déchiré et vous ai montré des hori-
zons inconnus Votre âme était fermée à l'enlhousiasme et
aux brûlantes émotions qui fécondent et épanouissent l'exis-
tence ! Je lui ai ouvert ce monde radieux. De quoi vous plai-
gnez-vous ? Tenez, croyez-moi, laissez ces reproches vulgaires
au vil troupeau des magiciennes fardées Vous êtes une
femme supérieure Si un jour ma main vous frappe, bénis-
sez-là ! La femme ne se connaît que quand elle a pleuré Qui
sait ? Une autre destinée, peut-être, recueillera le fruit de
vot.e douleur.
MARIETTA (se levant.)
Je vous comprends Puisse ce jou/ me trouver rési-
gnée !
GEORGES.
La raison s'enrichit, Mariella, des épaves du coeur Voire
rêve n'eut-il duré qu'un jour
MARIETTA, avec amour.
Que je vous en saurais gré toute ma vie, dut mon réveil com-
mencer mon marlyre Mais mon esprit s'égare Ces pen-
sées me rendent folle Qu'y a-t-il de changé dans ma vie?
N'es-tu pas là ? Près de moi ? N'est-ce pas ta main que je
presse dans les miennes? Non Tu ne peux m'échapper
comme une ombre Mes bras t'enlacent Je te possède
encore Tu es à moi Bien à moi
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SCÈ8BE XI
LES MÊMES — LE DOMESTIQUE, sous les arbres, à droite.
( Clair de lune sur la façade du pavillon.)
GEORGES, apercevant le domestique.
(k part.) Déjà!... (jv IfiavÀetta ) Venez, votre main est brû-
lante.... l'humidité de la nuit....
MARIETTA.
Non, restons encore.
GEORGES.
Je dois vous refuser. Vous souffrez?.... Le repos vous remet-
tra, et demain
MARIETTA, tristement.
Demain!.... (Georges la conduit au has des marches du pa-
villon et l'invite a enter. "5,11e s'arrête, donne un baiser a Georges
et l'entoure de ses Taras.) Serait-ce notre baiser d'adieu! (kç
pu^ant sa tète sur la poitrine de Georges) Ah ! que l'on est bien
ainsi!
(Silence.)
GEORGES, à part.
Allons, Georges Borel, applaudis à Ion oeuvre !
(Marietta se dégage des bras de Georges, monte les degrés du pavillon
et se retourne.)
GEORGES.
Je vous suis
(Marietta disparait ; mais soudain elle ouvre la fenêtre et observe.
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LE DOMESTIQUE, au fond, à droite.
La chaise de poste est aux ordres de monsieur.
GEORGES, disparaissant rapidement à droite.
Puisse-t-elle m'oublier!....
MARIETTA, à la fenêtre du pavillon, a tout vu.
(Elle s'élance au dehors du pavillon, s'arrête en entendant le roulement
de la berline et pousse un cri de désespoir. — On entend à droite,
dans la coulisse, les chants du premier acte de LA TRAVIATA. —
Le choeur : « Buvons, buvons! » —Marietta s'appuie, chancelante, sur
la rampe des marches; elle est inondée par la clarté de la lune.)
Ces chants!.... (JLU& écoute) Amers souvenirs!... (Une
targue chargée de îemmes et de jeunes gens apparaît, a droite.—
"Les chants s'éteignent peu a peu).
« Toi qui pleures, ce soir, n'as-tu pas ri comme eux ? »
— 3S —
ACTE IL
Un salon, à Bordeaux, élégamment meublé. — Portes à droite et à
gauche. — Au fond du salon trois portes cintrées, avec portières,
donnant sur une galerie. — Tables de jeu — Chaises, fauteuils.
— Un canapé à droite. — Cheminée à gauche.
La scène est h. Bordeaux.
• SCÈNE I
ADOLPHE — UN DOMESTIQUE.
MATHURIN.
Monsieur a sonné?
ADOLPHE DUBREUIL, en habit.
As-tu exécuté mes ordres ?
MATHURIN.
Monsieur connaît mon exactitude. A huit heures précises ,
Monsieur sera servi.
ADODPHE.
Ecoute. Tu feras entrer les invités dans le grand salon... Si,
par hasard, pendant le dîner, quelqu'un venait me demander...
MATHURIN.
Un Monsieur ?