Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Batailles, combats et victoires des armées françaises... Par M. C***

108 pages
Vve Demoraine (Paris). 1827. In-18.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

GUERRE
EN RUSSIE
ET EN FRANCE,
1 JUSQU'A LA
BATAILLE DE WATERLOO.
PARIS,
Ve DEMORAINE ET BOUCQUIN,
Libraires, successeurs de TIGER t rue du Petit-
Pont, n. 18.
AU PILIER LITTERAIRE.
, lA 'ir AtttL1I$
COMBATS ET VICTOIRES,
DES ARMÉES FBANÇAUES
EN RUSSIE
ET EN FRANCE,
- JUSQU'A IIA. bataille
- ID1 W&tl £ IL<©$)»
PAR M. CH"
r X
t PARIS,
r ye DÈMORAINE ET BOUCQUIN,
ïbTaire^ successeurs de TIGER, rue du Petit-Pont, lo. t9,
I AU PILIER LtTTf.;RAIAI"
l
m~âmMi~
COMBATS ET VICTOIRES
DES ARMÉES FRANÇAISES.
BONAPARTE, depuis la paix de Tilsitt,
n'avait pas cru devoir renoncer à l'idée de
porter ses armes en Russie , et d'affranchir
la Pologne du joug de cette puissance En
conséquence, ayant imposé au peuple
français de nouveaux sacrifices, il fit de
nouvelles levées d'hommes et d'argent, re-
monta sa cavalerie, compléta les cadres
de son infanterie, arma son artillerie au
moyeu de ses arsenaux , approvisionna ses
magasins; et, parce qu'il était en état de
faire la guerre, se crut en droit de rompre
le premier la paix; et, comme dans toutes
leurs entreprises , même les plus injustes ,
les potentats et les conquérans veulcnf les
colorer des droits de la justice ou des pré-
tentions d'une sage politique, le chef du
( 4 )
gouvernement fi ançais adressa des repro- 1
ches à l'empereur Alexandre, et lui fit un 3
CrIme d'avoir renoue des relations com- j
merciales avec l'Angleterre. Des notes di- ;
plomatiques furent échangées de part et
d'autre sans aucun résultat. La guerre n'é-
tait point encore déclarée , mais la bonne „
intelligence n'existait plus. On ne pouvait
plus se dissimuler que la guerre était iné-
vitable. La Russie faisait ses préparatifs; la
France, de son côte, armait sur tous les
points de son territoire; des cohortes nom-
breuses disparaissaient des bords du Tage,
et se trouvaient transportées sur les rives
de l'Oder avec une promptitude qui tenait
du prodige. Ce fut alors que parut ce sé-
natus-consulte par lequel tout Français
était déclaré guerrier : tout était enrôlé
jusqu'à l'arrière-ban, et le Français, loin
de songer à enchaîner l'ambition de Bona-
parte , à punir l'indigne faiblesse du sé-
nat (i), s'oubliait assez pour faire un sujet
(1) Les noms de ces sénateurs méritent S'être
assimilés à ceux. du sénat de Rome, sous les em-
pereurs Tibère, K érou, Caligula , etc.
( 5 )
de plaisanterie d'une mesure dont les ré-
suhats devaient être désastreux.
Dans ces circonstances ou avait les yeux
fixe's sur la Prusse, on la voyait hésiter,
on la craignait encore : enfin elle se décida
en notre faveur. Mais elle n'était conduite
à traiter avec nous que par la crainte : sa
capitale était environnée par le corps du
duc de Reggio , et sa position donwait la
juste mesure de la confiance que sa bonne
foi devait inspirer. L'Autriche et les autres
étais allemands étaient aussi nos allxe's j
une des principales clauses du traité con-
clu avec elles était que 00,000 hommes
seraient fournis par chacune des parties
contractantes à l'autre , quand file serait
atlaquée : Bonaparte déclara la guerre à
la Russie. Le prince de Schwarzeirtherg
marcha sous ses ordres avec les forces
promises.
Des corps nombreux défilèrent alors en
Allemagne vers l'Oder, que le roi de West-
phalie avait déjà passé avec sa garde : les
Bavarois et les Saxons étaient aussi au-delà
du fleuve. Le premier corps était à Stettin,
(6)
le second marchait sur cette place , et le
quatrième arrivait à Glogau , que ICF.
Westplialiens venaient de (l'liner.
La grande armée était alors imposante
chacun de ses huit corps d'infanterie avait
trois divisions et une de cavalerie : !a garde
d'élite était de i5o,ooo hommes, la réserve,
enfin , contenait trois grands corps de c?-
valerie : plus de 1,000 bouches à feu sui-
vaient ces différons corps.
Le prince d'Eckmùhl commandait te
premier de ces corps, qui comptait cinq
divisions - le duc de Reggio conduisait le
second ; le troisième était sous les ordres,
du duc d'Elchingen ; et le quatrième, con-
nu sous le nom d'armée d'italie, sous le
commandement du vice-roi. Le prince
Poniatowski, et les Polonais , formaient Je
c;nquième corps ; les Bavarois , elle comte
Gouvion-Saint-Cyr, le sixième.Le septième
était composé de Saxons, et avait pour
chef le général Reynier. Les Westphaliensy
sous les ordres de leur roi, marchaient au
huitième rang : le duc de Bellune attendait
que les cadres fussent remplis pour se p'>ar
( 7 )
cer au neuvième. Enfin, Je maréchal duc
de Tarente, avec des Prussiens commandé
par le général Grawert, et des Français
conduits par le général Grrnjean, for-
maient le dixième et dernier oorps.
Notre armée, par sa composition, rap-
pelait celle de Xercès, lorsqu'elle marchai*
pour subjuguer la Grèce. Elle était com-
posée d'Italiens , d'Autrichiens, de West-
phatiens, de Bavarois, de Prussiens, de
Saxons , et en grande partie de Français,
Elle pouvait s'élever à 500,000 hommes
d'infanterie et à 60,000 chevaux.
L'armée russe était divisée en deux grands
corps , désignés par les noms de première
et seconde armée d'ouest. Le premier t ait
sous les ordres du général Barclay de Tol-
ly, le second sous le commandement du
prince Bagration : 47, divisions, parmi les-
quelles huit de cavalerie , faisaient la force
de cette armée. L'empereur Alexandre
était à Wilna , le 26 avril, avec tout son
état-major.
Quelque assurance que le roi de Prusse
eut cherché a. donner de sa fidélité, ou
( 8 )
n'en tint pas moins sur le pied de guerre
les garnisons qui restèrent dans ses places.
Comme il s'était retiré à Breslau avec les
restes de son armée , tout notre quatrième
corps demeura quelque tems à Glogau ,
pour s'opposer, en cas de trahison, à un
coup de main qui nous eùt mis dans le
plus grand danger.
Le prince Eugène , qui devait arriver à
Glogau pour prendre le commandemenl
confié pour lors au duc d'Abrantès, fui
retenu quelque tems encore à Paris. De!
conférences assez fréquentes qu'il eut ave<
Bonaparte, l'intention que celui-ci avai
manifestée de laisser pendant son absenc
les rênes de l'empire à un jeune prince
firent penser que le vice-roi allait gouver
ner la France. Mais son arrivée à Gloga
renversa des espérances qui, depuis la ré
pudiation de sa mère, ne paraissaient ph;
avoir de fondement raisonnable. Le princ
Eugène quitta Glogau , se porta à Ploct
par Posen , et établit une ligne de défeni
le long de la Narew, qui devait être joinl
par les travaux aux lacs qui s'étendent di
(9)
1
puis Angerburg jusqu'à Joarrisburg. Son
altesse visita la forteresse de Modlin , où
s'était rendu le roi de Westphalie; ces deux
corps, réunis sur les bords du Bug et de la -
Narew, on crut que ce lieu serait le théâtre
de la guerre ; mais Bonaparte arriva à
Thorn; et, par son ordre, le 4e corps se
remit en marche. Le 6 mai, il était à Sol-
dau : toute l'armée exécuta divers mouve-
mens: Willemberg, Rastembourg, Côtzcn,
Olelzko, furent successivement occupes.
Nous entrâmes alors en Pologne, où nous
prîmes quelque repos tant à Kalwa-ry qu'à
Marienpol
Durant cette marche, Bonaparte visita
la place de Dantzig, Osterode, Liebstadt,
Kreurzbourg, lieux voisins d'Eylau , de
Friedland. Arrivé à Kcenisberg, il fit de
nombreuses revues, visita la place de Pil-
lau , et peu de jours après marcha avec le
centre de son armée le long de la Prégel,
jusqu'à Gumbinnen.
Cependant la guerre, quoique manifes-
tée, n'était pas encore officiellement dé-
clarée; le général Lauriston avait été en-
( 10 )
voyé à l'empereur Alexandre pour tenler
un accommodement; Bonaparte voulant,
- par un acte simplement pdtitique, sauver
les apparences, et paraître n'agir encore
que par la défensive. L'ambassade du comte
Lauriston ne fut point écoutée. Alors Bo-
naparte, qui reçut cette nouvelle par le se-
crétaire de légation , se mit en. fureur, et
s'écria :
« Les vaincus prennent le bon des vain-
queurs! La fatalité les entraîne ; que les
destins s'accomplissent! » Et sur le champ
il partit pour Wilkowiski, où il publia une
proclamation conçue à peu près en tfes
termes :
SOLDATS !
« La seconde guerre de la Pologne est
» commencée; la première s'est terminée
» à Fried!and et à TiUitt : à Tilsitt, la
» Russie a juré éternelle alliance à la
» France, et guerre à l'Angleterre. hllc
» viole aujourd'hui ses sermens, elle ne
» veut donner aucune explication de son
» étrange conduite, que les aigles fran-
C M )
» eaises l'aient repassé le Rhin, laissant
» par là nos aUiés à sa discrétion.
y La Russie est en Ireinéo- par la fatalité !
» le3 destins doivent s'accomplir. Nous
» croit-elle donc dégénérés, ne serons-
» novis plus les soldats d'Austerlitz ? Elle
» nous place entre le déshonneur et h
» guerre. Le choix ne saurait être dou-
» leux. Marchons en avant! passons le
» Niémen, portons la gnerre sur son ter-
» ritoire ! La seconde guerre & la Pologne
» sera glorieuse aux armes françaises ,
» comme la première ; mais la paix que
» nous concluerons portera avec elle s*
» garantie, et mettra un terme à la funeste
» influence que depuis çinquante ans la
» Russie a exercée sur les affairas de
» l'Europe. )♦
Cette proclamation ne laissa pas d'en-
flammer le courage des soldats qui voyaient
avec plaisir qu'en commençant la seconde
campagne de Pologne, ils laissaient der-
rière eux le fleuve oi ils s'étaient arrêtés en
terminant la première. Ils brûlaient de pas-
ser le Niémen, de fuir le triste sol de la
( 12 )
Pologne, où ils éprouvaient tous les besoins j
et toutes les privations. ]
Le premier corps de l'armée russe, com-j
posé de 20,000 hommes, et commandé
par le prince Wittgenstein , était en ce
moment à Rosseina et Keïdanoui. Le
deuxième corps, sous les ordres du général
Dagawout, également de 20,000 hommes, 1
gardait Kowno; le troisième, fort de 24,000
hommes, gardait New-Troki : il était com- J
mandé par le général Schowoaloff. Le gé-
néral Tutschkoff, avec le quatrième corps,
occupait l'espace compris entre New-Troki
et Lida.
Le second corps, ou seconde armée -
d'ouest, était composée des 5- et 6* divi.
sions , formant 58,ooo hommes par leur
réunion : le général en chef Bagration te-
nait ses forces enWolhynie près de Grodno:
enfin, on organisait dans cette province les ,1
98 et i5e divisions, flui devaient agir contre 1
le duché de Varsovie. i
Le général Eblé (11', et les équipages de
^1) J.-B. baron Ebié, général de division, né à
Saint-Jean de Rosbach (Moselle) eu 1759, se dis-
( I )
[pont, arrivèrent le même jour près du
Niémen. Bonaparte visita la ligne, déguisé
xn soldat polonais ; il fit commencer les
ompéralions à huit heures du soir. Trois
xompagnies de voltigeurs de la division
Morand passèrent le Niémen , et prolégè-
rrent des travail!eurs occupés à construire
lirois ponts sur ce fleuve.
* Au point du jour on approcha de Kow-
mo j le général Pajol fit occuper la ville par
uun bataillon. Le 24 et 25 juin , le passage
lïut exécuté sur les trois ponts, tandis qu'on
9en construisait un quatrième sur la Wilia.
JLe roi de Naples marchait les mêmes jours
rsur Zismori; les maréchaux prince d'Eck-
nmulh et le duc d'Elchingen se portaient
'Jl'un à Rounschiwki, l'autre à Kormeloh.Le
) Dendemain, 29, notre cavalerie légère était
à dix lieues de Wilna : les Russes en sortie
iirent, et se retirèrent derrière la Wilia ;
salors une députation vint présenter les clés
iitiogua à l'armée du Nord, à celle de Rhin et-Mo-
saselle, enltalie, m Espagne, et dans la coiqpagne
ibde Russie, et mourut à Koen igibei-g , des suiles de6
sifatigues de la guerre, le 2 janvier i8i3.
( r4 )
de la ville de Wilna à Bonaparte. On rap-
porte -ine anecdote qui peut n'être point
vraie, mais qui du moins est vraisemblable ,
et qui expliquerait comment les Russes bat-
tirent en retraite après s'être mis en mesure
de se défendre- On dit qu'au moment où
l'empereur Alexandre allait s'opposer au
passage de nos troupes , le général Barclaw
de Tolly se jeta à ses genoux, le conjura
de ne point exposer ses sujets à une armée
nombreuse et forte de ses triomphes , et lui
assura que dans le sein de la Russie , cette
même armée se détruirait d'elle-même i'
on ajoute que l'empereur se rendit à ce
conseil. Le général Bagawout rentra dansi
le pays sur la Dwina, le prince de Wittgcns-
tein sur Wilkomir, après avoir quitté lac
Samogitie, dont l'avait chassé le duc de
Reggio.
Cette fuite simulée fut enfin expliquée;
par une proclamation que les Russes répanu
dirent sur les bords de la Dwina , et dans?
laquelle ils disaient : « Ne vous laissez poinU
» tromper à nos mouvemens : vous con—
» naissez trop les Russes pour croire qu'itH
( >5 )
» fuient devant vous; ils accepteront le
» combat, et votre retraite sera difficile, »
Cette pièce était terminée par une invi talion
d'abandonner Tes drapeaux d'un homme
qui les sacrifiait à une folle entreprise, et de
rentrer en France ;*et par l'offre d'un asile
à ceux qui renonceraient volontairement
à soutenir la cause de l'ambition.
Cependant une rencontre eut lieu près
de Veltoro, et la canonnade fut soutenue
avec chaleur de part et d'autre Enfin nous
eûmes l'avantage; le prince russe fut re-
poussé au delà de la Dwina, sans qu'il fut
même en son pouvoir de protéger sa re-
traite par l'incendie du pont.
Le deuxième corps, fortement placé,
résistait à nos attaques , le général Ragra-
lion déployait de grands talens militaires;
et, sachant mettre à profit les nombreux
corps de cosaques qu'il avait sous ses or-
dres , il eût sans doute garde la province
qu'il occupait, mais il reçut l'ordre de se
réunir au général Barclay de Tolly. Le
prince d'Eckinuhl, pour s'opposer à cette
jonction, se porta sur la route de Minsk.
( 16 )
L'armée d'observation passa le Niémen
le 29; le o, ce fleuve fut aussi traversé
par les divisions des généraux Delzons et
Broussier (I) : la garde effectua son pas-
sage le lendemain. Cette journée du 5o fut
marquée par des disgrâces si extraordinai-
res, que l'homme le moins superstitieux
aurait pu les regarder comme le présage
des misères futures de l'armée, Une disette
extrême faisait déjà pressentir quelles se-
raient un jour les privations que l'armée
souffrirait. La pluie tombait par torrens ,
et accablait les hommes et les chevaux qui
ne pouvaient trouver d'abris; les hommes
résistèrent, mais la difficulté des chemins,
rendus impraticables par des torrens de
pluie, acheva d'anéantir ces derniers ; on
les voyait tomber par centaines, tristes
avant-coureurs des maux innombrables
que devait souffrir cette armée, puisqu'elle
(1) J.-B. Broussier, lieuleuant-général, né près
de Bar-le-Duc , en 1766, et mon eu 1314, avait
quitté le séminaire pour entrer dans ta carrièredes
armes, où il se montra avec la plus grande dis-
tinction.
( >7 )
'ait à supporter de pareils fléaux pendant
s beaux jours de juillet, dans un climat
i l'hiver est intolérable, même pour les
indigènes.
[Dès les premiers pas que l'armée fit en
ussie, les hommes clairvoyans devinè-
lnt qu'elle aurait beaucoup à souffrir. Les
llllages qu'elle traversait étaient aban-
tonnés , souvent saccagés , et les bestiaux
mmenés. Ce n'était que dans les villages
lont une partie de la population était
nve , qu'on pouvait trouver quelques se-
jours , parce que les Juifs n'avaient pas
condonné leurs habitations. Aussi les vi-
res de l'armée n'etant pas assurés par des
s.agasins, les soldats ne subsistaient qu'en
llant les habitans ; de là résultèrent une
lonfusion extr ême, et cette funeste indis-
cipline, qui est toujours la mai que cer-
liine de la ruine d'une armée.
1 Notre quartier-général fut établi à Wilna
isndant plusieurs jours : Bonaparte y re-
lut une députation qui lui présenta l'acte
îTessé par la Lithuanie confédérée. Dans
Jst acte, on lui demandait de reconnaître
( 18 )
l'indépendance de la Pologue, de prcttd
secours à ce vieux peuple qui, par un
iuite de revers se trouvait revenu à soo
berceau : la députation fut aocueillie, mas
ne rrçut aucune réponse décisive, et s'e
retourna de'sabuse'e.
Pendant le séjour de Bonaparte à Wilm,
le premier corps, et la cavalerie du généra
GroucLy fI) poursuivirent la divison russ#ê
commandée par le prince Barclay de ToJW
tandis que le centre de notre armée., conn
posé des autres corps, marchait sur Dina
bourg : nous avançions aussi sur Ochmian
et Rudniki.
La pluie , qui était tombée par torrens
quelques jours auparavant, avait rendu M
clirmins impraticables , et nos troupes dt
rigées sur Rudniki ne purent y arriva
qu'après une marche des plus pénibles,
ujae fatigue extrême. L'ennemi ne rendas
(i) E. comte de Grouchy , lieutenant-général
maréchal d'empire en i8i5 , né à Paris en 176M
était dans les gardes-du-corps du roi avant la 11
volution Il a servi avec distinction dans les a:mé),
françaises. ,,' 11, 1 i
i
( i9 )
point notre situation pins fâcheuse, et nous
avancions dans l'e pays sans qu'uue seule
rencontre nous forçât au combat.
Au passage de la Dwina, tenté par le gé-
néraI Nansouty, les Russe firent cependant
quelque résistance; mais la hr.. vourp. fran-
; çaise l'emporta encore. D'un autre cbté,
notre cavalerie était attaquée par des trou-
pes ennemies qui sortaient de Prissa, et le
t général Koulneiw faisait prisonnier un de
• nos générau" M. de Saint-Geniez , qui,
pris à J'improviste, perdit sa brigade pres-
que toute entière.
Le fi juillet, il y eut encore un engage-
, ment près de Ponieviez, où l'avautag" nous
- resta.
[ Le 22, lorsque l'armée d'observation ar- ,
rivait à Botschciskvo, il lui fallut résister
à une nuée de cosaques , qui s? précipilè-
rent sur ses flancs. Mais les capitaines Ros-
si et Ferreri , charges de protéger sa mar-
che , les mirent promptement en fuile. Le
a5 nous arrivâmes à Bezenscovïtschi ; le
général Ostermann s'y trouvait avec des
forces considérables ; niais il se retira à
( 20 )
notre approche, et repassa la Dwina. Nons
occupâmes le bourg, où les tirailleurs
russes nous inquiétèrent quelque tems. t
Le lendemain. Bonaparte et le quartier-
général arrivèrent dans ce village , qui fut
tout à coup encombré de troupes. En quit-
tant cette place, l'armée se dirigea sur Os-
trowno. La division du généralDelzoDs, au
moment où elle y arrivait, fut attaquée'
- par l'ennemi : le prince Eugène, qui sui-
vait , entendit la canonnade ; il hâta sa
marche, et rencontra un aide-de-camp du
général Delzons qui lui apprit qu'un com-
bat sanglant venait de s'engager. Alors il
fit arrêter ses bagages; et, suivi de son
seul état-wajor, il arriva à Ostrowno, et
se joignit au roi de Naples , -qui y amenait
avec lui les divisions Bruyères et Saint-
Germain , nt la treizième division d'infan-
terie. L'affaire était terminée; nous avions
tué beaucoup de monde à l'ennemi, et
nous lui avions enlevé vingt pièces de
canon.
Quelques escarmouches suivirent le
combat d'Ostrowno, l'ennemi changea
( 21 )
tout à coup de système : il ne nous aban-
donna plus aucune place, qu'il ne l'eût
auparavant arrosée de notre sang. Le 27
juiilet, nos troupes approchèrent de Wi-
tepsk à la portée du canon. LèRusscs qui
l'occupaient en sortirent, nous lancèrent
quelques boulets , et prirent possession
d'un immense plateau qui domine toutes
les routes par lesquelles on peut péuélrer
dans la place : la cavalerie ennemie, forte
et nombreuse, se rangea en bataille dans
la plaine. L'avant-garde de notre armée
passa un petit pont, et descendit aussi
dans la pleine : elle se mit sur une hauteur
en regard du plateau où s'était établi l'en-
nemi. Le 16c de chasseurs à cheval com-
mença l'attaque , mais il fut repoussé avec
perte par les cosaques de la garde impériale.
11 allait même essuyer une. defaite com-
plète, si 200 voltigeurs ne se fussent déta-
chés pour aller le soutenir. Ces 200 braves
firent des prodiges de valeur sous les yeux
de la grande armée, qui, placée sur les
collines comme en amphithéâtre , ne per-
dait rien de leurs mouvemens. Bonaparte
( 22 )
envoya un aide-de-camp savoir de quel'
corps étaient ces voltigeurs. 11 lu: fut rap-
porté qu'ils étaient du ge, et presque tous
en fans de Paris : « Allez leur dire, répon-
dit Bonaparte, que ce sont de braves gens,
et qu'ils ont tous mérité la croix. » Le len-
demain leur bravoure fut récompensée. i
Le 16e de chasseurs se replia sur la 14*
division , et fut protégé par le 53e régi-
ment , commandé par le colonel Grosson.
La 15e division passa devant la 14e , et se
porta sur les hauteurs qui dominent le
plateau. Dans cette position , on n'était sé-
paré du camp russe que par là Vivière de
Loutchesa ; on feignit de la vouloir passer.
Tout à coup le feu cessa; nos divisions ne
se tinrent pas sous les armes , et cette sus-
pension, au moment où une affaire sérieuse
s'engageait, est peut-être sans exemple.
L'on garda de part et d'autre les positions
qu'on avait prises. Le premier corps de la
garde impériale vint nous joindre, et la
nuit se passa dans l'attente d'un combat
que l'on regardait comme inévitable le len-
demain. Le lendemain cependant, à Ja
( 23 )
nte du jour, on fut tout étonné de voir
s l'armée russe avait battu en retraite ;
grande armée se mit aussitôt à sa pour-
ilc : la garde impériale et Bonaparte res-
snt à Witepsk.
.Le prince d'Eckmülh fat attaqué , et
Jbuta l'ennemi près de Mohilow.
Wous enlevâmes, les jours suivans, quel-
les bagages à l'ennemi : un convoi pres-
se sans escorte fut rencontré et pris à
aurai ; un autre , fortement protégé , fut
saqué et enlevé le pistolet au poing à Ve-
L'armée marcha alors sur Smolensk ,
2 se livra une affaire générale , à laquelle
toendant n'assista point le quatrième
TF5, qui, après avoir occupé successi-
ment Liozna, Liouvavitschi, Liadouï et
i'iaki, bivouaquait alors à une lieue de
~rouïtnia..
iiLe combat de Smolensk a été rapporté
îlla manière suivante, par un officier qui
fut présent, M. Eugène Labaume, ingé-
o ur géographe au 4e corps. Voilà son ré-
<> que nous ne faisons que transcrire :
* La position que nous conservâmes
( 24 )
» jusqu'au 15 de ce mois (août), avait fil
M soupçonner à l'ennemi que nous attj
» querions Smolensk par la rive droite t
» Borysthène ; mais tout-à-coup l'empt
» reur, par une manœuvre prompte
» inattendue, fit passer toute son arme
» sur la rive gauche de ce fleuve. Le mên
» jour, le roi de Naples, commandée
» toujours l'avant-garde , et appuyé pq
» te corps du duc d'Elchingen , arrivas
» Krasnoë , et engagea un combat contli
» la 25* division russe, forte de ciii
» mille fantassins et de deux mille chd
» vaux. Dans cette brillante affaire, noo
» primes des canons et des prisonnien
» Après ce succès, Bonaparte, dès le ;
» au matin , s'est présenté avec son arm-a
» devant Smolensk. Cette ville a pour es
» .ceinte une muraille crénelée, de quattj
» mille toises de circonférence , épaiai
» de dix pieds , et haute de vingt-cinn
» flanquée de distance en distance d'énoi
» mes tours en forme de bastions , dont J
» plupart étaient armées de pièces de gn
» calibre.
( 25 )
» Les Russes, croyant toujours qu'on
les attaquerait par la rive droite du bo-
rysthène, avaient encore une grande
partie de leurs troupes de ce côté ; mais,
nous voyant arriver par la rive gauche,
ils se crurent tournés , et revinrent en
toute hâte secourir Smolensk par le point
principal où ils allaient être attaqués , et
ils s'y portèrent avec d'autant plus d'ar-
deur, qu'Alexandre, en quittant l'armée,
avait recommandé de livrer bataille pour
sauver Smolensk.
» Après avoir passé la journee du 16 a
reconnaître la place et ses environs ,
Bonaparte donna la gauche au duc d'El-
chingen , en appuyant sur le borysthène;
le prince d'Eckmülh eut le centre ; le
prince Poniatowski ia droite; plus loin 1
et de côté, la cavalerie du roi de Naples :
enfin , la garde en réserve. On attendait
aussi le 8* corps y mais le duc d'Abran-
tès , qui le commaudait, fit un faux
mouvement et s'égara.
» La morlié de la journée se passa en
observations. L'ennemi occupait Smo-
Russie. 2
( 26)
1
» lensk avec 5o,ooo hommes ; le reste était
» en réserve sur la rive droite , commuoi.,
» quant par les ponts construits au-des-
» sous de la ville. Mais Bonaparte, voyant!
a que la garnison profitait du tems qu'onc
» lui laissait pour se fortifier davantageM
» donna ordre- au prince Poniatowski de ses
» porter en avant, ayant à sa gauche Stno—
a lensk, et à sa droite le Borysthène; il luit
» recommanda d'établir des batteries poun
» détruire les ponts, et, par là, intercep--
» ter la communication entre les deux ri--
» ves. Le prince d'Eckmülh, qui était tou--
» jours au centre, fit attaquer deux fau--
» bourgs retranchés et défendus chacun.
» parseptàhuitmillehommcsd'infanterie. i
» Le général Friand acheva l'investisse-
» ment entre le premier corps et celui des
» Polonais. 4M
a Vers inidi, la cavalerie légère du gé- *
a néral Bruyères chassa celle des Russes, ,
» et prit possession du plateau le plus rap- -
» proché du pont. Les 60 pièces furent j
» disposées en batterie, et tirèrent si juste a
» sur les masses restées sur l'autre rive, ,
A
( 27 >
[que celles-ci furent contraintes de se re-
tirer.
iw Pour répondre à cette batterie, ou
nous en opposa deux de 20 pièces. Le
prince d'Eckmiilh, chargé d'enlever la
ville, confia l'attaque du faubourg de
droite au général Morand, celle du fau-
bourg de gauche au général Gudin. Après
une vive fusillade, ces deux divisions en.
levèrent les positions de l'ennemi, et le
: poursuivirent avec une rare intrépidité
jusque sur le chemin couvert, qu'as
trouvèrent jonché de cadavres. Sur notre
gauche , le duc d'Elchingen enleva de
même les retranchemens occupés par
les Russes, et les contraignit de rentrer
dans la ville et de se rétugier dans les
tours ou sur les remparts, qu'ils défen-
dirent avec acharnement. Alors le géné-
ral Barclay de Toliy, prévoyant qu'on
allait tenter l'assaut de la ville , fit ren-
forcer la garnison par deux nouvelles
divisions, et deux régimens d'infanterie
de la garde. Le combat dura toute la
nuit; mais bientôt après on aperçut des
110
( 28 )
» oolpnaes de fuée, à mesure que robsnj
) curité devenait plus grande, on voyait
» distinctement 'es flammes qui, dans uni
» instant , se communiquèrent PAIX prin"
» cipaux quartiers de Smolensk. A unes
» heure après minuit, les débris de la villes
» furent abandonnés. Nos premier? gre-
» nadiers, à deux heures du matin, ses
» disposèrent à monter à Passant, qomd,,
» à leur grande surprise, ils s'aperçurent!
» que la place était entièrement oyacnee. »
» Nous en prtmes possession" et nouse
» trouvâmes dans ses murs plusieurs piè.
» ces d'artillerie, que l'ennemi n'avait pu J
» emmener. »
Jc !endemain nous entrâmes dans Sr- i-
lensk : cette ville ne présentait plus que, «
rimcgc de la m(jr'.d de )a dévastation ; les i
rues et les places étaient encombrés de î
soldats russes morts ou expirons; de tous i
côtés en ne marchait que sur def ruines ou J
des cadavres ; sous les décombres hrulans
s'ofrait les squelettes noircis des habitans
rue le f?u avait consumes. Au milieu du ta-
bleau effrayant d'ï la destruction, on voyait
- ( 2Q )
2*
*e propriétaire qui, entouré des rentes de
Bia famille infortunée , pleurait la mort de
nés enfans ou la perte de sa fortune, tandis
gue le soldat victorieux occupait son habi-
tation, et voulait bien le laisser déplorer
tlU malheurs sur le seuil de sa porte.
Nos succès n'étaient pas moindres sur
sia Dwina : nous rations sur la défensive t
miais l'ennemi ne tentait pas une seule ati*
taque qu'il n'eût aussitôt lieu de s'en re-
qpentir. Dans une des affaires qui s'engagè-
irent sur ce point, Je duc de Reggio fut
grièvement blessé d'un biscaïen à l'épaule,
set le commandement fut remiç au général
Gouvion-Saint-Cyr. Celui-ci disposa tout
pour atta quer l'ennemi à la pointe du jour,
oct le lendemain , le corps de Wittgeastein
ilfut complètement battu à Polotsk.
Le duc d'Elchingen , ayant traversé le
Borysthène au-dessus de Smolensk, réunit
e son corps à celui du roi de Naples, et l'en-
anemi, forcé de battre en retraite devant
Dces forces réunies, prit position au pla-
Itteau de Valontina. Ce plateau, appelé par
I[]CS Moscowites Champ sacré, ne put les
( 3o )
sauver de nos coups ; le général Gudin , j
soutenu par la division Ledru , l'en chassa
malgré une vive résistance. Ce général pé- j
rit glorieusement dans ce combat (r). ]
Smolensk et Witepsk qui, par leur po- j
sition, ferment le passage situé entre la
Dwina et le Borysthène , étaient en notre
pouvoir : nous pouvions fortifier ces deux
places , prendre nos quartiers d'hiver, et, j
au retour du printems la Russie était forcée i
de nous demander la paix, ou de s'exposer j
à une ruine totale : mais nous poursui-
vîmes le cours de nos victoires, et Bona-
parle, trop ambitieux, nous fit trouver
une défaite et des malheurs sans nombre,
dans ces champs où nous ne devions ren-
contrer que la victoire et des trophées nou-
-■*
veaux. -
Si les diflérens corps de l'armée ne trou-
vaient qu'une faible résistance, ils éprou--
vaient des privations qui augmentaient
(1) Le comte Gudin, né à Montargis en 1768,
avait fait ses premières aimes avant la révolution ;
il s'illustra depuis dam les guerres de 1805, 1806,
1S07 et 1809. 1
( 51 )
urnellement , vu le système de défense
Uopté par l'ennemi. Depuis bien avant
molensk, où les Juifs avaient cessé d'être
êlés avec la population du pays , l'armée
œ trouvait que des bourgs , des villages, et
iœs châteaux entièrement abandonnes,
«près avoir été saccages , et le plus souvent
xcendie's. Les habitans, en fuyant, avaient
IIDporté leurs effets , leurs subsistances , et
munené leurs bestiaux. Partout régnait le
illence le plus profond, partout régnait
limage de la dévastation : on ne voyait
Kans les châteaux ou les maisons des ri-
ches, que des meubles en pièces, des mor-
oeaux de porcelaine épars dans les cours,
eans les jardins ; des gravures d'un grand
iirix , des tableaux précieux, des objets
l'i'art de la plus parfaite exécution ou de la
if lus grande richesse, étaient brisés, dis-
perses au gré des vents ; et si, au milieu de
9 e désordre et de cette espèce d'abandon
uiuquel l'armée française était, livrée, le
[ooldat quittait son corps et en perdait les
nraces, ne sachant point la langue du pays,
J:t ne trouvant même personne à qui par-
( 52 )
1er, il errait tiens de vastes solitudes t ta
tôt o J tard pésissait de misère ou par le fol
de l'ennemi.
Cependant, notre armée ne cessant point
4e poursuivre l'ennemi, marcha au-delà d !
Smolensk, arriva à Ghiat, et concentrai
pendant quelques jours toutes ses forcea
sur cette ville. Bonaparte venait d'appreiw
dre que le général Kutusow pliait prendra
le commandement de l'armée rnsse confi.j
aa comte Barclav de Tolly; que la paixi
était signée antre la Russie et la Porte Ot-j
, tomsne, et que l'armée de Moldavie allai i
marcher conire nous : toutes ces considé-b
rations m l'arrêtèrent point; il refusa d'é..
couler la prudence, et ne s'en livra pa-f
moins à son élan inconsidéré..
Un ordre du jour, publié le 2 sEptembret
annonça aux soldats une bataille décisive s
Bonaparte les invitait à profiter "du repose
qu'on leur accordait pour se procurer des»';
vivres, netloyer leurs armes, et les exhor-,
Mit à montrer ce même courage qui tantk
de fois avait conquis la victoire. 4P*
Le général KutusoW, arrivé au camp re.:
A
C 35 )
:,..ché de Mojaïsk, fit exécuter quelques
eanœnvres le 5 septembre., et lea disposi-
ons qu'il prit laissèrent soupçonner qu'il
,e refuserait pat d'en venir eux mains : il
uraissait vouloi r protéger Moscou , et
tous empêcher d'entrer dans cette ville en
fous forçant de rétrograder sur nous-
aêmes. De notre côté, cette ioorée du 5
M employée à reconnaître les positions de
lnnemi, et à le rejeter de l'autre côté de
i rivière; mais les tirailleurs russes, ca-
xcs dans de nombreuses broussailles , en
mdaient les approches aussi difficiles que
tangereuses, malgré les efforts de nos vol-
jgeurs, qui recommencèrent avec un nou-
lel acharnement un combat qui fut soutenu
arec une égalé furie. Bientôt les villages in-
lîndiés sur la droite répandirent une af-
seuse clarté; les cris des combatfans, le
ir et la flamme que vomissaient cent bou-
iaps d'airain, portent dans nos rangs le
wage et la mort; enfin toutes les horreurs
u'un combat nocturne furent le prélude de
[ bataille de Moscowa.
[ La journée du 6 fut encore occupée par
( 3-4 )
les dispositions d'attaque et de nouvelle
reconnaissances. Enfin le jour arriva oh
pour la première fois depuis la campagne
nous allions nous mesurer avec l'enne
en bataille rangée : l'horizon commençai.
à peine à blanchir, chaque capitaine ras,,!
sembla autour de lui sa compagnie, et fifi
lecture d'une proclamation à peu près congn
çue en ces termes : t
« Soldat», - t
» Voilà la bataille que vous avez tant dé
sirée! désormais la victoire dépend de vousjjï
elle nous est nécessaire , elle nous donneras
l'abondance, de bons quartiers d'hiver, etf
un prompt retour dans la patrie ! Condui-
sez-vous comme à Austerlitz , à Friedland,l
à Witepsk , à Smolensk, et que la postérité5
la plus reculée cite avec orgueil votre con--
duite dans cette journée ; que l'on dise des
vous : il était à cette grande bataille , souy
les murs de Moscou; c'est un brave ! » T
Dans ce moment, le soleil, qui s'était 1
levé derrière des brouillards épais, sortiti
( 35 )
adieux; et Bonaparte saisissant l'occasion
e parler avec cet enthousiasme qui enlève
as esprits, dit aux troupes qui l'environ-
iiient : Soldats! voilà le soleil d'Auster-
l'.z ! Bientôt les troupes furent rangées en
litaille, et le signal fut donné. *
[Les Russes , maîtres d'un plateau d'une
."roite éteudue, étaient rangés derrière la
ivière de Kologha : leur gauche, faible-
gent protégée , était exposée au feu d'une
bdoute que nous avions élevée la veille :
?i £ grand nombre des nôtres avait payé ce
accès au prix de leur sang : un batai!lon
jlticr du 61* régiment était disparu sous le
tu de l'ennemi : aussi, quand Bonaparte,
zssant une revue, demanda au colonel ce
[Vil avait fait d'un de ses bataillons ?
ISire, reprit le colonel, il est dans la
doute ! » Sur le plateau se trouvaient
uux redoutes assez fortes , dont une nous
isait mitraillé la veille : l'autre, par sa po-v
)iion, circonscrivait un village détruit où
artillerie s'était placée : cette dernière
communiquait avec le village de BorodiD,
Usition extrêmement avantageuse.
( 56 )
Ainsi, Borcdino et un riiisieati qui coafi
en avant de ce village, formaient à l'ennemi
une première ligne : d'autresredoutes plu
petites et espacées le long de la rivièreo
étaient aussi en son pouvoir.
Quant à nos troupes , leur position étas
presque déteralinée par les succès de 1
veille. Notre gauche était au-delà du ruissi
seau de Borodino , que la cavalerie ils
lienue avait franchi dans un dernier conro
bat : notre droite se déployait au-delà de 1
Kologha, que neus avions aussi traversée*
et sur le revers du plateau qui portait leI
deux redoutes ennemies.
A six heures précises, un coup de canoo
tiré de notre grande artillerie, avertit tou
les corps que l'affaire était engagée : ausi
sitôt la i3* division, qui avait reçu l'ordn]
de s'emparer de Borodino, marcha sur o
village ; mais au moment où elle allait ]
prendre position, l'incendie que l'ennemi i
avait allume avant d'en sortir, éclata, et, e:3
un instant, tout fut en feu : alors nos br-ir.
ves , par un excès de Úle, poussèrent pluji
loin leur charge , et accoururent s'empares
(57).
r'un des ponts qui faisaient communiquer
! village avec le plateau. Dans cet!e nou-
ille action, le 10e régiment, emporté par
une ardeur inconsidérée , fut sur le point
ge se livrer à l'ennemi, et, sans le secours
tlDe le 92* lui porta, il était entièrement
ae'lruit
Bientôt l'engagement eut lieu sur toute
retendue de la ligne. La 48 division tra-
versa Kolohgua au-dessous du plateau , et
;î mit à couvert du feu que l'ennemi en-
retenait avec une activité étonnante sur la
irande redoute, en se cachant dans un ra-
rin qui l'avoisinait. La division Morand
ébranla et se dirigea sur la grande re-
ooute. L'ennemi, qui s'aperçut de ce mou-
vement , vint à sa rencontre, et l'attaqua
Ivec furie : alors le général français déta-
râia le 3oe régiment avec ordre de s'ernpa-
rr de la redoute : son attente fut remplie.
c,a position fut tournée et prise, notre ar-
lillerie couronna les hauteurs : à huit heu-
zes du matin , (;e succès répondait de la
journée.
t Cependant la position dont nous venions
Russie. 5
( 38 )
de nous emparer était. trop importante
pour que le général ennemi n'essayât pa
de la reprendre ; il nous attaqua de toutes
ses masses, et des milliers de Russes tom,
bèrent devant 500 pièces de canon qui le
foudroyaient des hauteurs; ils parvinrent,
à force de sacrifices, à rentrer dans la rei
doute que nous avions occupée. Le 5o* r
giment n'étant point assez tôt secouru l
fut forcé de se replier sur la division Gé-
rard; cette division restait toujours en pos.
session du plateau.
Le général Kutusow, enhardi par ce pre-
mier succès, ordonna de nous attaquer au
centre, et réunit toutes ses forces à cet ef-
fet. Le choc fut terrible : nous crûmes
même un moment qu'il nous faudrait cé- :
der la redoute que nous avions enlevée lafl
veille , quand tout à coup la victoire se dé-
cida pour nous.Le général Friand accourut
à la tête d'une forte artillerie. bo pièces de
canon se déployèrent sous lesyeux de l'en-
nemi : les colonnes n'osèrent plus avancer;
cllesne voulaient pas non plus reculer; elles
restèrent longtems en suspens , et, pen-
dant que l'indécision les rendait immobiles,
( 3g )
elles furent écrasées par la mitraille. L'af-
mée ennemie , frappée pour ainsi dire au
sein , cessa peu à peu une résistance inu-
tile. Dans ce moment Bonaparte combat-
tait au centre.
Le prince vit l'cnnemi troublé lâcher
pied 5 il saisit cet instant pour attaquer la
redoute devant laquelle tant d'hommes
avaient déjà péri il s'avança au mileu des
régimens 30umis à ses ordres ; confondu
parmi les soldats 4 il raiiimait leur courage.
Il adressait un discours à chaque cnrps ;
il avait soin d'y placer le nom des affaires
où il avait déployé le plus d'énërgie et rem-
porte le plus de gloire : se tournant vers le
9e de ligne, il dit avec émotion : « Braves
soldats ! rappelez-vous que vous m'aviez à
votre tête, quand à Wagrati vous enfon-
cée le centre de l'ennemi ». Ainsi soutenus
de la voix et de l'exemple, les soldats firent
dds merveilles; ils entrèrent dans la re-
doute par la gorge , et massacrèrent les ca-
nouniers jusque sur leurs pièces. L'inté-
rieur de cette redoute présentait ufi tableau
effrayant, Parmi les nombreux blesse's dont
les cris étaient à peine entendus t des ar-
( 4° )
mes de toute espèce brisées, éjprses sur la
terre, on voyait des monceaux de cadavres.
Les parapets étaient à moitié détruits, les
pièces renversées sur leurs affûts brisés.
Tous les soldats russes qui étaient dans la
redoute périrent plutôt que de se rendre.
Toute la batterie fut éteinte. Cependant
nous étions encore exposés au feu d'un
corps d'infanterie, qui, placé dans le ra-
vin , avait quelque tems rendu douteux le
succès de notre tentative.
Nos cuirassiers, qui étaient accourus
pour attaquer la redoute, avaient été arrê-
tes par les cuirassiers de la garde, que le
général Kutusow leur opposa : ces deux
corps de cavalerie se chargèrent avec une
égale impétuosité. Jamais combat n'offrit
un spectacle plus beau que celui-ci, si l'on
examine l'adresse et la bravoure des com-
battans; ni un plus hideux, si l'on calcule
la quantité de morts qui restèrent sur la
p!ace.
Pendant toute l'affaire, le prince Eugène
ne cessa de parcourir les postes les plus pé-
rilleux, de diriger les corps, de signaler aux
artilleurs les points où devaient atteindre
( 41 )
leurs coups : son état-major, aussi exposa
que lui, perdit quelques uns de ses mem-
bres.
Bonaparte, après avoir détruit les co-
lonnes ennemies qui attaquaient son cen-
tre, fit manœuvrer les Westphaliens sur son
extrême droite : par là il espérait occuper
l'ennemi, et donner au duc d'Elchingen le
tems de tourner une dernière position qui
était encore en son pouvoir. Un second
plateau, couvert de batteries bien servies,
fatiguait nos troupes par un feu continuel,
et s'opposa aux manœuvres que le duc allait
tenter.
Cerendant l'ennemi s'aperçut qu'une
longue résistance était inutile : il ne voulut
point s'exposer au choc de la garde à pied
et à cheval, qui, restée à la réserve, n'a-
vait point encore donné; et ses batteries
s'éteignirent sous le feu des nôtres. La nuit
survint : nous étions vainqueurs , nous bi-
vouaquâmes sur le champ de bataille.
Alors nous nous aperçûmes de nos per-
tes : un grand nombre de nos braves avaient
payé la victoire de leur sang : beaucoup
d'officiers supérieurs avaient perdu la vie
( 4* )
4aps cette journée. Nous eûmes trente gé.
néraux blessés, et plusieurs y perdirent la
vie.
Le lendemain, 8 septembre, nous vîmes
clairement que l'ennemi ava.it dirigé sa re-
traite sur la route de Mojaïsk : le 4e corps
resta sur le champ de bataille ; la cavalerie
se mit à poursuivre les fuyards : de nom-
breux travailleurs furent sur le champ em-
ployés à démolir la grande redoute
Après le passage de la Moskowa, nous
eûmes encore à soutenir quelques légers
combats dans les villages dont nous prîmcs
possession. L'ennemi ne les abandonnait
plus sans tenter quelque résistance. A
Krasnoë t le colonel Marbeuf fut blessé; à
Zwenighorod, nous perdîmes encore quel-
ques officiers ; mais pou a peu les efforts de
l'ennemi s'affaiblirent : il ne regardait plus
comme possible de s'opposer à notre en-
trée dans sa capitale , il disparut, et nos
légions victorieuses, ne trouvant plus d'obs-
tacles dans leur marche, ne s'arrêtèrent:
que dans Moscou , où elles entrèrent le 14.
Le gouverneur Rostopchin avait rassemblé
chez lui, dans la matinée du 14 ? tous les

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin