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Beau comme une prison qui brûle

De
96 pages
Le 16 avril 1988, la prison d’Ensisheim flambait.
La presse et la justice ne voulurent voir dans cette révolte spectaculaire qu’une explosion parmi d’autres qui valut à cinq détenus quatre ans de prison supplémentaires. Cette mutinerie est pourtant restée ancrée dans la mémoire carcérale.
Jamais, depuis les grandes révoltes de 1974, un établissement pénitentiaire n’avait été détruit avec tant de ferveur. Jamais les initiateurs d’une mutinerie n’avaient revendiqué leurs actes avec autant de constance et de dignité. Rarement l’institution pénitentiaire elle-même n’avait été à ce point remise en cause.
Pour la première fois, l’un des principaux acteurs de la révolte d’Ensisheim en raconte la genèse, le déclenchement et l’embrasement.
« Beau comme une prison qui brûle » constitue un témoignage authentique, précis et plein d’humour. Près de trente ans après les faits, il résonne comme une ode à la révolte et à la liberté et rappelle que certains incendies ne s’éteignent jamais.
« La lame du livre découpe dans la réalité pénitentiaire, si opaque à nos yeux, les traits saillants de l’institution, elle les arrache à l’obscurité, elle les élucide.
Ce n’est pas le moindre mérite du bouquin de Kyou que de nous renvoyer sans cesse à la question du rapport entre dedans et dehors : comment ne pas étendre son observation à nos propres vies, nous qui sommes censés vivre à l’air libre, sans jamais nous interroger sur ce que sont devenus, et l’air, et la liberté ?
A travers le récit, dont la tension rappelle les meilleurs polars, d’une tentative d’évasion engendrant une révolte, on lira ici rien moins qu’une contribution à l’art de se révolter en rendant aussi difficile que possible le retour en arrière.
"Partout des gars saccageaient ce qu’hier encore ils respectaient. J’assistais à la folie d’une fin de monde." Puisse ce livre nous donner à tous l’envie, au dehors et au dedans, d’assister – et de participer – à bien des folies de ce genre. »
Serge Quadruppani
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Kyou
BEAU COMME UNE PRISON QUI BRÛLE
Préace de Serge Quadruppanî
Dessîn couverture de aurent Jacqua Préace de Serge Quadruppanî Remercîements à Séverîne Osché
© Kyou 2015
à Pascale
PRÉFACE
Un livrelame
Pour peu qu’on s’întéresse à ce quî travaîe au corps e monde, on a eu orcément ’occasîon d’en entendre parer. Voîà un îvre dont e tître voyage :Beo come una prîgîone che brucîaaujourd’huî e tître d’une est émîssîon antî-carcérae de ’îtaîenne Radîo Backout, après avoîr été, en V.F., ceuî de queques bonnes pages pubîées dans es années 90, surMordîcus, un pérîodîque extrémîste (maîs pas de droîte), et, depuîs ’apparîtîon de cet octosyabe, a beauté d’une prîson en Lamme est réquemment vantée sur e parcours de manîestatîons généraement agîtées. a orce de a ormue tîent sans doute aux condîtîons de sa naîssance : surgîe sans y penser sur es èvres d’un jeune rebee dans un moment de pause entre compîces en traîn d’accompîr ce quî deux jours auparavant étaît înîmagînabe, aors qu’autour d’eux es Lammes montent vers e cîe où grondent es héîcos, et tandîs qu’au dehors s’amassent es troupes du maîntîen de ’ordre et une oue yncheuse. Cette phrase n’est pas sans rappeer cee que Pîetro 1 Vapreda rapporte de a bouche d’un détenu ors de ’une des premîères grandes révotes quî touchèrent es prîsons îtaîennes dans es années 70 : « Camarades, es Lîcs sont à et îs vont tous nous massacrer… Maîs, bon Dîeu, qu’est-ce qu’on s’est marré ! » Ce quî peut s’entendre comme e crî de toute une génératîon de rebees, de toutes es génératîons de rebees quî s’apprêtent à être vaîncus – et quî ne regrettent rîen. Mînce et dense, à a oîs nonchaant et vî comme son auteur, ce îvre ressembe aussî à un objet quî y est décrît : e couteau de cuîsîne aîguîsé, înstrument de règement des dîférends entre prîsonnîers maîs aussî symboe conjuratoîre, amuette antî-tratrîse permettant de rappeer sans cesse e rapport de orces aux autorîtés durant es négocîatîons. a ame du îvre découpe dans a réaîté pénîtentîaîre, sî opaque à nos yeux,
1 – Anarchîste vîctîme d’un montage polîcîer vîsant à luî attrîbuer un attentat-massacre fascîste. La phrase est extraîte d’un lîvre co-écrît avec Pîero Colaprîco et non traduît en françaîs : La prîmavera deî maî-mortî.
BEAU COMME UNE PRïSON QUï BRÛLE
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es traîts saîants de ’înstîtutîon, ee es arrache à ’obscurîté, ee es éucîde : «Le détenu soumîs se déeste peu à peu de son îbre arbître et se charge en équîvaence des devoîrs et obîgatîons quî uî garantîront un statut de détenu heureux. C’est un enermement pus psychîque que physîque. ï devîent une marîonnette dont e mouvement apparemment îbre est dîrîgé et contrôé par d’învîsîbes Is tîssés par uî-même, détenu-maton se surveîant.» Ce n’est pas e moîndre mérîte du bouquîn de Kyou que de nous renvoyer sans cesse à a questîon du rapport entre dedans et dehors : comment ne pas étendre son observatîon à nos propres vîes, nous quî sommes censés vîvre à ’aîr îbre, sans jamaîs nous înterroger sur ce que sont devenus, et ’aîr, et a îberté ? Comme e couteau de cuîsîne, modeste ustensîe détourné de son usage, e stye de ’auteur est e produît d’un travaî à partîr d’un matérîau pauvre (nue mîsère dans cette pauvreté : on saît que a « cuîsîne pauvre », avec ses îngrédîents sîmpes, est a mère de toutes es gastronomîes authentîques). Kyou, dont a ormatîon s’est dérouée dans es rues, es bars et es banques braquées de a banîeue sud, avaît à sa dîsposîtîon une angue dépourvue de prestîges cutures, maîs non de vîvacîté expressîve : î ’a aInée au i de ses ectures sans qu’î sombre dans a manîe de a cîtatîon sî réquente chez es prîsonnîers autodîdactes. ï ’a aîguîsée surtout, cette angue, à a meue d’un humour înoxydabe, à ’épreuve des brutaîtés matonesques, du mîtard gacîa et des tentatîves des aspîrants cads pour e pîer. es portraîts de codétenus quî ouvrent e premîer chapître, genre obîgé de a îttérature carcérae, sont surtout une occasîon d’aIrmer une attîtude dont î ne se départîra jamaîs : ace au maheur, à ’horreur, aux orces de a terreur, a rîgoade. Ce quî n’înterdît pas toutes es nuances de a compas-sîon et de a compréhensîon. Comment ne pas rîgoer et être ému en même temps par «ce jeune îvrogne aux yeux perdus quî, au pus ort d’une crîse d’éthyîsme avaît ramené son compagnon à de pus justes proportîons, uî ôtant a tête à ’aîde d’un tesson de bouteîe» ? On aîme e regard démystîicateur posé sur e « mîtan » dont î raconte en détaî es codes comportementaux aussî absurdes que rîgîdes. On aîme aussî son attîtude ace à ’homosexuaîté quî règne dans a prîson d’Ensîsheîm où î arrîve : nî ascîné, nî porté à en aîre ’étendard d’une nouvee utte, et encore moîns dégoûté,î s’en out. Tout en étant paraîtement conscîent que ce quî peut encore, au dehors, dans certaîns mîîeux (proétaîres et/ou déînquants), passer pour une atteînte à a morae domînante, est à ’înté-rîeur des murs un înstrument de pacîicatîon aux maîns de ’admînîstratîon.
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Maîs surtout, à travers e récît, dont a tensîon rappee es meîeurs poars, d’une tentatîve d’évasîon engendrant une révote, on îra îcî rîen moîns qu’une contrîbutîon à ’art de se révoter en rendant aussî dîIcîe que possîbe e retour en arrîère. ’înteîgence tactîque s’aIrme dès es premîers înstants : on a voît à ’œuvre dans e geste quî accompagne ’în-jonctîon à détruîre a prîson, et consîstant à baancer une téévîsîon dans e vîde des coursîves, geste aussîtôt suîvî par es autres codétenus. ï dépasse dans a pratîque e sogan de manîs ycéennes quî avaîent retentî queques années auparavant : « ouvrez es yeux, ermez es téés ». e programme, éaboré spontanément, dans ’actîon : «rendre a prîson înhabîtabe» rappe à a oîs par sa sîmpîcîté et par sa radîcaîté. Par-deà e cas partîcuîer de ’enermement, î devraît nous aîre réLéchîr à tout ce quî aît du monde une prîson, et qu’î audraît détruîre pour e rendre réeement habîtabe. «Partout des gars saccageaîent ce qu’hîer encore îs respectaîent. J’assîstaîs à a oîe d’une In de monde.» Puîsse ce îvre nous donner à tous ’envîe, au dehors et au dedans, d’assîster – et de partîcîper – à bîen des oîes de ce genre. SERGE QUADRUPPANI
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CHAPITRE UN
Nous étîons une quînzaîne à tressauter sur nos sîèges au rythme des amortîsseurs déaîants du car ceuaîre. Tous des détenus condamnés à de ourdes peînes. À quatre par cabîne, serrés par es grîes quî coîsonnaîent e car et nous ménageaîent e mètre carré, enchanés par des entraves aux pîeds quî nous îaîent en sîamoîs, nous traversîons a campagne rançaîse jusqu’à a centrae d’Ensîsheîm. Queques-uns dîsputaîent une partîe de tarot, d’autres entretenaîent des bavardages meubants, d’aucuns dormaîent et n’eussent été es trépîdatîons du moteur on eût pu se croîre encore dans ’une des ceues d’attente de a maîson d’arrêt de Fresnes. a majorîté des occupants du car sortaît du Centre natîona d’orîentatîon de Fresnes quî a pour onctîon d’égrener, trîer, puîs dîspatcher es détenus dont e reîquat de peîne dépasse es dîx ans. C’est a gare de trîage du réseau carcéra. Chaque année, pusîeurs centaînes de détenus transîtent pour queques semaînes dans ce haut îeu de ’anayse où chaque cas est étudîé, jugé, tranché puîs afecté dans ’un des étabîssements pour peîne en France. Dans cette ournée, î y avaît ce vîeux paysan aux rîdes proondes, à a cheveure grîse et rare et au corps robuste quî, d’un coup de usî, avaît déinîtîvement régé e conLît quî ’opposaît depuîs des ustres à son voîsîn ; ce jeune îvrogne aux yeux perdus quî, au pus ort d’une crîse d’éthyîsme, avaît ramené son compagnon de beuverîe à de pus justes proportîons, uî ôtant a tête à ’aîde d’un tesson de bouteîe ; cet amoureux cocu quî, dans sa passîon baouée, avaît vîdé un chargeur dans un bar, tuant ’aîmée et deux cîents de passage ; et tous ceux dont ’épopée rocamboesque, tota-ement apocryphe, couvraît un mystérîeux déît de mœurs. a grande majorîté des ongues peînes sont des accîdentés de a vîe, pas des gangsters. En centrae, à peîne vîngt pour cent de a popuatîon sont îés à a déînquance. es autres, ce sont de braves gens quî pètent es pombs jusqu’au meurtre ou quî vîoent eurs enants en dîsant es aîmer. Durant ces transerts d’une prîson à ’autre, es voyages n’apparaîssent pas aux ongues peînes comme une excursîon dans e monde îbre, maîs comme un entracte ennuyeux dans une contînuîté carcérae. De temps à autre, ’un se evaît bîen pour saîsîr par a unette arrîère un bout de route, maîs c’étaît seuement pour tenter d’évauer notre posîtîon. e ugîtî pan du monde îbre entr’aperçu n’éveîaît pus aucun écho. Peu à peu, e détenu reoue a nostagîe pouvant émaner de ’îmage de cette îberté perdue. ï n’y voît pus que a photographîe jaunîe d’une époque révoue. Pour ’aîder, ’admînîstratîon pénîtentîaîre a opacîié es vîtres atéraes du car.
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