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Berryana, ou Recueil des traits de bonté les plus remarquables de S. A. R. feu Mgr le duc de Berry, suivi de pièces et de lettres inédites... précédé... d'une vie de S. A. R. Mgr le duc de Berry, par A.-J. C. Saint-Prosper,...

De
375 pages
N. Pichard (Paris). 1820. In-18, VIII-368 p., portrait, fac-simil..
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BERRYANA.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE, N° 8.
BERRYANA,
ou
RECUEIL
DES TRAITS DE BONTÉ
LES PLUS REMARQUABLES
DE S. A. R. FEU Mgr LE DUC DE BERRY,
Sury de Pièces et Lettres inédites, et de la Liste des
personnes qui ont souscrit, soit au Monument à
élèver à la mémoire de Son Altesse Royale, soit pour
les sieurs Desbiez et Paulmier : le tout précédé d'un
fac simile, d'un Portrait et d'un Vie de Son Altesse
Royale Monseigneur le duc de Berry;
PAR A. J. C. SAINT-PROSPER,
AUTEUR DE LA FRANCE ROYALISTE
AUX MANES DE MONSEIGNEUR LE DU D BERRY.
Prix 50 c et 2 franc et franc de port.
Chez
N. PICHARD, libraire, quai de Conti, n° 5.
LE NORMANT, libraire, rue de Seine, n° 8
MDCCCXX.
AVERTISSEMENT.
J'AVOIS d'abord eu l'intention de
publier une Vie de Monseigneur le
duc de Berry ; mais, les feuilles pu-
bliques m'ayant appris qu'un noble
pair étoit chargé d'accomplir cette
tâche, j'ai dû renoncer au projet que
j'avois formé ; car, dans les lettres,
M. de Chateaubriand est une puis-
sance despotique qui écrase tout ce
qui l'approche. Je me suis donc dé-
cidé à choisir un titre qui me donnât
des lecteurs dans les classes où l'ou-
( vj )
vrage du noble pair ne descendrait
pas. En effet, le génie n'est pas à la
portée de tous, puisqu'il commande
la supériorité jusqu'à l'admiration
qu'il inspire.
Il ne faut pas cependant confondre
le Recueil que je publie avec ces mi-
sérables compilations, où la sottise
livre à l'avidité mercantile des héros
dont elle souille et déshonore la
gloire. Je n'ai peint le duc de Berry
que pour faire pleurer sa mort ; je
n'ai retracé ses vertus, rappelé tous
les traits de son inépuisable bonté,
que parce que j'éprouvois le besoin
de populariser sa mémoire.
( vij )
En tête j'ai placé une Vie abrégée
du prince. J'aurois donné plus de dé-
veloppement à cette rapide esquisse,
si dans les autres parties du Recueil
je n'avois présenté le duc de Berry
sous toutes les faces.
Oh s'étonnera peut-être de la
grosseur du volume ; il est certain
qu'il renferme le double de pages
d'usage dans le format que j'ai
choisi; mais aussi offre-t-il une
foule de faits inédits et de détails
perses dans un grand nombre de
livres que mes lecteurs n'auroient
pu se procurer. Au reste, que ce
Recueil fasse bien connoître le duc
( viij )
de Berry, qu'il augmente encore
les regrets publics, et j'aurai, atteint
le but que je m'étois proposé.
Faubourg Saint-Germain, ce
8 avril 1820.
BERRYANA,
OU
RECUEIL
DES MOTS LES PLUS REMARQUABLES
DE SON ALTESSE ROYALE
FEU MGR LE DUC DE BERRY,
PRECEDE DE LA VIE DE CE PRINCE.
VIE DE MGR LE DUC DE BERRY.
CHRALES-FERDINAND DE FRANCE,
second fils de S. A. R. Mgr le comte
d'Artois et de Marie-Thérèse de Savoie,
naquit à Versailles, le 24 janvier 1778.
Dès sa plus tendre jeunesse, il fut doué
de cette vivacité de conception qui,
enlevant à l'étude toutes ses difficul-
tés , n'en fait plus qu'une sorte d'amu-
1
( 2 )
sement pour l'esprit. A cet âge enfin,
où l'on ne demande pas même d'es-
pérance, le duc avoit donné l'assu-
rance de ce qu'il seroit un jour ; car il
lui échappoit de ces traits de bonté,
de ces saillies impétueuses qui ré-
véloient en lui un digne héritier de
toutes les traditions de Henri IV. Les
troubles qui environnèrent son en-
fance en abrégèrent encore le cours;
et il étoit déjà assez formé pour sentir
toute l'amertume du malheur, lors-
qu'âgé de onze ans, il partit pour
L'exil, aussi s'écriait-il en sanglotant :
Chère France ! chère France ! quand
te réverrai-je ? Après avoir séjourné
quelque temps à Bruxelles, il alla re-
joindre MONSIEUR à Turin. Là, guidé
par le digne gouverneur (1) que lui
(I) Le duc de Serent.
( 3 )
avoit choisi la tendresse paternelle, Il
acheva de se préparer, par toutes les
vertus, à cette grandeur d'infortune
que la Providence, à nos jours désas-
treux, inflige aux royales maisons.
Enfin, il étoit déjà au niveau du mal-
heur de sa race, lorsqu'à sa treizième
année il demanda dé faire ses premières
armes. L'Europe, qui a tant souffert
de la révolution, parce qu'au lieu de
l'étouffer à sa naissance, elle à voulu
en tirer un honteux profit, l'Europe
s'étoit armée ; mais, trop au-dessous
des dangers qui la menacoient, elle
étoit désunie aux plaines de la Cham-
pagne (1), et le vaillant duc de Berry
commença sa carrière en assistant à
des retraites aussi honteuses pour ceux
(I) L'armée du centre étoit commandée
par Mgr le comte d'Artois.
1.
( 4 )
qui les faisoient qu'affligeantes pour le
coeur du jeune prince. Le courage vul-
gaire se flétrit de l'infortune; mais
celui des grandes âmes y puise une
nouvelle ardeur de vaincre : depuis ce
moment, le due ne respire plus que
pour les combats. A peine a-t-il obtenu
la permission de retourner à de nou-
veaux périls, qu'il court au camp du
vieux Condé, et on le voit sollicite)
du vétéran de la fidélité française,
des occasions de s'exposer, comme
tout autre à seize ans (1) eût demande
des plaisirs et des fêtes.
On le trouve aux avant-postes ; on
le revoit à la tranchée des siéges (2) ; Il
est à tous les lieux où l'on sebat. A Bibe-
rach il ne veut pas quitter le prince de
(1) C'étoit l'âge du prince.
(2) Kehl, Thionville.
( 5 )
Condé, et c'est au milieu des obus et
des boulets, qu'il s'attache à ses pas.
Enfin, il défie sans cesse la fortune des
combats; mais elle le respecte, et, par
là, elle ménage à la France, les années
du bonheur qu'elle lui réservoit pour
un peu plus tard. A Waldan, à Saint-
Mergen, le prince frappe de l'épée,
emporte des redoutes, et comme un
parvenu des camps, il paie partout de
sa personne. La plus douce intimité
l'attache au jeune duc d'Enghien, et
il lui envie les périls qu'il ne peut par-
tager avec lui. Que de fois les mêmes.
balles ont sifflé aux oreilles des deux
jeunes héros ! Mais il est des temps où
la véritable grandeur se perd, dé-
pouillée de l'admiration qui lui appar-
tient. Les hommes n'applaudissent
qu'au courage qui triomphe; ils ne
( 6 )
calculent pas ce qu'il a dissipé de leur
sang; ils le voient heureux, et le sa-
luent de leurs acclamations. Il seroit
cependant juste, à ceux qui redisent si
haut les triomphes militaires de la ré-
volution , de ne pas refuser, avec l'in-
solence du dédain, la portion de gloire
que l'armée condéenne. a conquise en
déployant tous les genres d'héroïsme.
Hommes à petites lumières, secouez
un instant le préjugé du malheur! Je
vous le demande, que perdez-vous,
en agrandissant votre admiration de
tous les nobles souvenirs qu'une poi-
gnée de Français proscrits a légués au
prix de son sang? Mais non, la pos-
térité seule est assez puissante pour
absoudre l'infortune. Les contempo-
rains se tiennent trop loin d'elle pour
jamais la juger; et puis, quand ils
( 7 )
oseraient l'approcher, ils n'en senti-
roient pas la grandeur : elle est trop
simple et trop nue pour les yeux du
vulgaire. La gloire du duc de Berry
et de ses fidèles compagnons, sera
donc encore ensevelie long-temps pour
nous, au milieu des malheurs, qui,
pour d'autres, en ont relevé l'éclat.
Mais, s'il ne nous a pas été donné à
tous de voir combattre le plus vaillant
des princes; si tous nous ne pouvons
apprécier ses qualités guerrières, du
moins il n'est personne qui n'ait connu
la bonté de son coeur, et par là seul,
il nous est impossible de ne pas lui
accorder d'éternels regrets.
Je ne dirai donc pas que le duc de
Berry, pour obéir aux ordres du Roi,
quitta un instant ses compagnons ;
mais que les voyant atteints par de
( 8 )
nouvelles adversités, il demanda en
grâce de les rejoindre au fond de la
Volhinie (29 octobre 1798), où, sous
un ciel rigoureux, exposé à 30 degrés
de froid, il leur servit de consolation
comme de modèle. Je ne le représen-
terai pas au jour funeste de la sépara-
tion , donnant ses chevaux et son équi-
pement aux plus indigens de ses frères
d'armes. Je ne dirai pas enfin qu'il
débarqua sur la vieille terre d'Albion,
seul refuge que l'Europe pût encore
offrir aux Rois détrônés, n'ayant plus,
de l'héritage de ses pères que le nom,
alors si peu envié, de Fils de France.
Les lettres, qu'il avoit toujours si
heureusement cultivées , vinrent alors
à son secours , et on l'entendit parler
la langue de Milton, aussi bien que
celle du Tasse et de Wieland, et cette
( 9 )
main, qui avoit si long-temps porté
les armes, fut assez légère pour ma-
nier avec grâce les crayons et le pin-
ceau. Des occupations aussi douces
tempéraient les regrets de son courage
sans en éteindre l'ardeur, lorsqu'en
1813, des agens vendus à l'infâme
police de Buonaparte parvinrent à per-
suader à des serviteurs des Bourbons
que le moment étoit venu de tenter
un débarquement. Quarante mille
hommes dévoient se trouver armés
sur les côtes de la Normandie, enfin
la France entière n'attendoit que l'ins-
tant de secouer le joug sous lequel
elle gémissoit. Ce projet, si digne du
duc de Berry, avoit excité ses trans-
ports les plus vifs. Avide de se mon-
trer à la France il étoit prêt au départ,
et Buonaparte se repaissoit déjà de
( 10 )
son sang; mais des hommes, aussi
fidèles qu'éclairés, découvrirent le
piége où alloit périr le prince. Tout
fut arrêté; et, perdant l'espoir de tou-
cher en vainqueur le rivage français,
le duc de Berry répandit des larmes;
car les héros pleurent lorsque la gloire
et les périls, qu'ils croyoient posséder,
leur échappent et s'éloignent. Cepen-
dant, le jour de la délivrance n'étoit
que différé : l'usurpateur tomba, et la
France, toute entière , cherchant un
refuge dans la légitimité , fut assez
heureuse pour retrouver ses princes.
Le 13 avril 1814 le duc était à Cher-
bourg, et quelques jours plus tard
la capitale le possédoit. Des bords
de la mer jusqu'à Paris, sa marche
fut un triomphe : sous ce rapport,
les détails en appartiennent à l'His-
( 11 )
toire ; je devois donc les mettre sous
les yeux de mes lecteurs, qui, par
ce moyen, suivront, pour ainsi dire,
le prince pas à pas.
Cherbourg, 15 avril.
Notre ville vient d'être le théâtre de
la scelle la plus touchante qu'ait en-
core offerte l'histoire de notre patrie :
depuis quelques jours, on étoit ins-
truit du séjour de S. A. R. Mgr le duc
de Berry, dans l'île de Guernesey, et
du désir qu'il avoit de débarquer en
Normandie. Il ne manquoit, pour
mettre le comble à la joie que nous
causoient les derniers événemens ar-
rivés dans la capitale, que le bonheur
de posséder les premiers un prince
dont le retour étoit si ardemment dé-
siré par tous les bons Français.
( 12 )
Une députation et un parlementaire
avoient été envoyés à Son Altesse
Royale par le général préfet maritime
de Molini, de concert avec M. le géné-
ral de division comte de Lorency, pour
porter à ses pieds l'hommage et les
voeux de la ville de Cherbourg, et
l'engager à hâter le fortuné moment:
où elle devoit la recevoir dans son
sein.
La députation étoit partie le 12 à
trois heures du matin; mais notre es-
pérance fut détruite pendant quelques
instans par l'arrivée d'un parlemen-
taire anglais; il apportoit la nouvelle
que le prince étoit parti depuis quel-
ques jours pour Bordeaux, et qu'aus-
sitôt que les forts et les vaisseaux au-
raient arboré le drapeau blanc, les
ports seraient débloqués et les pri-
( 13 )
sonniers de guerre rendus. Heureu-
sement, de nouveaux renseignemens
arrivèrent le lendemain, et l'on sut, à
n'en plus douter, que Son Altesse
Royale étoit à bord de la frégate anglaisé
l'Eurotas, croisant sur les côtes de
France, et n'attendant pour mettre
pied à terré que l'instant où elle y ver-
rait flotter le drapeau blanc.
Nous n'avions pas attendu ce mo-
ment pour prendre les marques exté-
rieures de la bonne cause. Déjà les
troupes et les habitans portaient la
cocarde blanche , et MM. les officiers
généraux de la marine et de l'armée
de terre donnèrent sur-le-champ des
ordres pour que l'inauguration du pa-
villon blanc se fît le même jour à midi
précis.
L'Eurotas étoit en vue lors de cette
2
( 14 )
auguste cérémonie ; peu d'heures après
elle étoit en rade.
Il serait difficile de dépeindre la
majestueuse entrée de cette frégate :
la beauté du temps, la foule immense,
qui bordoit le rivage, et le charme plus
inexprimable encore d'un si beau jour,
rendraient les expressions trop au des-
sous du tableau. Elle mouilla enfin à
quatre heures du soir, et les autorités
civiles et militaires volèrent au devant
du prince. Son coeur palpitoit de joie
à la vue de la terre natale, et des larmes
délicieuses baignoient ses yeux, et
ceux des nobles Français, qui l'accom-
pagnoient.
Il serra dans ses bras les premiers
Français qui montèrent à bord, et les
reçut, comme un père qui retrouve
ses enfans, comme le malheureux
( 15 )
exilé qui retrouve sa famille après
vingt-cinq années d'absence, de dan-
gers, de soucis et de peines.
Le prince s'embarqua dans le canot,
qui lui avoit été amené par le général
préfet maritime : d'abord il se rendit
à bord du vaisseau du Roi, le Polonais,
où il fut salué des cris de vive le Roi!
et de vingt-un coups de canon. Tou-
jours vivement ému, il serrait avec
affection la main de tous les officiers;
et répondoit à leurs cris de joie, par
les cris de vivent les Français,
vivent les bons Français !
Du Polonais, Son Altesse vint dé-
barquer au Port-Royal, qu'a vu com-
mencer son oncle Louis XVI : elle y
fut reçue aux acclamations de tout le
peuple, et aux cris mille fois répétés
de vive le Roi, vive Louis XVIII !
( 16 )
Elle fut portée par la foule jusqu'à une
voiture.
A peine arrivé à son palais, le prince
reçut les hommages des autorités
civiles et militaires, les tribunaux et
le clergé. Le soir la ville fut illuminée,
et Son Altesse Royale daigna assister
au cercle qui eut lieu, dans son salon,
à l'occasion de son arrivée, et où
M. de Molini avoit invité les dames
des divers chefs de corps, et des prin-
cipaux négocians de la ville.
Pendant le cercle, Son Altesse
Royale monta dans une voiture décou-
verte, et parcourut toute la ville au pas,
recevant elle-même les nombreuses
pétitions qui lui étoient présentées, et
partageant avec les habitans de Cher-
bourg, le bonheur que son arrivée y
eau soit.
( 17 )
Le prince, ne voulant avoir d'autre
garde que l'amour des Français, avoit
renvoyé celle qui lui étoit destinée.
Rien de plus touchant que la manière
affable dont il accueilloit tous ceux
qui se présentoient à lui ; rien de plus
honorable pour son coeur, que ce qui
se passoit alors autour de son palais,
où tout le monde se portoit en foule,
entrait jusque dans la salle où il étoit
à dîner, et se livrait à l'excès de la joie,
sans qu'une garde importune, et quel-
quefois brutale, troublât en rien son
bonheur.
Le lendemain, 14, le prince visita
le modèle de Port-Royal, et de là, le
Port-Royal lui-même. Il témoigna son
admiration de ce beau travail ; il monta
à bord des vaisseaux le Zélandais et
le Buguai-Trouin; il retourna en-
2.
( 18 )
suite à son palais, d'où, après avoir
reçu, encore une fois, les hommages
de tous les corps, il partit pour Saint-
Lô aux cris de vive le Roi! vive le
duc de Berry ! accompagné des béné-
dictions du peuple, et des voeux pour
l'heureux voyage d'un prince qui est
le gage sacré de la paix et du bonheur
dont les Français vont enfin jouir.
Caen , 17 avril 1814.
Le lendemain, Son Altesse Royale
quitta Cherbourg pour se rendre à
Valognes. et à Saint-Lô, où elle, a
été accueillie avec le même enthou-
siasme et les mêmes témoignages de
joie et d'amour. Une députation de la
ville de Bayeux est venue à sa ren-
contre, pour l'inviter à passer quelques
instans dans cette ville. Le prince a
bien voulu céder à leurs voeux. II est
( 19 )
entré dans Bayeux accompagné de la
garde d'honneur du Calvados et de la
garde nationale; il a ordonné à ceux
qui conduisoient sa voiture d'aller au
pas. Les cris répétés de vive le Roi!
vivent les Bourbons ! vive Mgr le
duc de Berry ! l'ont accompagné par-
tout. Il y a répondu souvent par celui-
ci. : vivent les bons Normands !
Le premier soin de Son Altesse
Royale, en arrivant à Bayeux, a été
de se rendre à la cathédrale. Le clergé
a entonné le Te Deum, qui a été sou-
vent interrompu par les acclamations
du peuple. Le prince s'est ensuite rendu
chez M. le maire, où lui ont été pré-
sentées les autorités, et quelques per-
sonnes des plus distinguées de la ville.
Dans l'après-midi, le prince a passé
la revue de la garde nationale ; il est
( 20 )
entré dans les rangs, en répétant plu-
sieurs fois : Vive la garde nationale
de Bayeux! Ayant pris le bras du
commandant, Son Altesse Royale a
voulu se promener, sans escorte, au
milieu du peuple qui se pressoit an-
tour d'elle, pour baiser ses mains et
ses genoux, et l'on peut dire que pen-
dant trois quarts d'heure, elle n'a
cessé d'être portée dans les bras de
ses bons habitans.
Rouen, le 19 avril 1814.
Monseigneur le duc de Berry est
arrivé hier au soir, sur les dix heures,
dans notre ville, au bruit des cloches
et aux acclamations d'une population
immense qui se pressoit sur son pas-
sage.
Son Altesse Royale a été reçue à
( 21 )
l'entrée du département par le préfet
et le sous-préfet de l'arrondissement ;
une garde d'honneur à cheval, fort
nombreuse , commandée par M. de
Slade, et qui s'étoit également portée
à la rencontre du prince, a sollicité et
obtenu l'honneur de faire le service
auprès de sa personne. Des détache-
mens de la garde nationale bordoient
la route.
A l'extrémité de l'avenue de Caen,
Son Altesse a été complimentée par le
maire de Rouen à la tête du corps
municipal. Une foule immense entour
roit la voiture et demandoit à dételer
les chevaux pour conduire elle-même
le prince. Son Altesse, sensible à ces
témoignages de l'amour et de l'allé-
gresse publique, a fait donner l'ordre
d'aller au petit pas.
( 22 )
Toutes les maisons situées sur so
passage étoient illuminées de la ma
mère la plus brillante et ornées d
drapeaux blancs. La foule n'a cess
d'entourer l'hôtel de la Préfecture
d'ans l'espérance de revoir Son Altesse
et l'a saluée pendant quelques heures
des cris de vive Louis XVIII
vive le duc de Berry ! vivait
Bourbons !
Aujourd'hui, à dix heures, le prince
s'est rendu à l'église métropolitaine
pour remercier Dieu. Un concour
immense remplissoit l'église, ains
que les rues que le prince a traversée;
avec son cortége ; les plus vives accla-
mations n'ont cessé de se faire en-
tendre.
Monseigneur le duc de Berry passe
aujourd'hui la revue des troupes qu
( 23 )
sont à Rouen; ensuite, Son Altesse
ira visiter quelques unes des plus belles
manufactures de la vallée de Déville,
Paris, 21 avril 1814.
Monseigneur le duc de Berry n'a
quitté Rouen que la nuit du 19 au 20 ;
Son Altesse Royale a passé toute la
journée du 19 à recevoir les autorités
et les personnes notables de la ville,
à visiter les principales manufactures
et à faire la revue de toutes les troupes
de la garnison. Dans cette revue, il
étoit accompagné du comte de La Fé-
ronnays, son premier gentilhomme
de la chambre, du comte de Nantouil-
let, son premier écuyer, des comtes
de Clermont et de Ménars, ses gentils-
hommes d'honneur ; du maréchal
Jourdan, et des états-majors de la
( 24 )
15me division militaire et du corps du
maréchal Marmont. Le prince a passé
la journée du 20 à Pontoise, et a
couché la nuit dernière à Ch.ateau-de-
Saint-Martin.
Aujourd'hui, 21 avril, à une heure'
Son Altesse Royale à fait son entrée.
dans la capitale aux mêmes acclama-
tions de joie et d'amour qui ont reten-
ti, de toutes parts, à l'arrivée de son
auguste père.
Arrive à la barrière de Clichy, Son
Altesse Royale reçut les félicitations du
conseil municipal, auquel elle a ré-
pondu dans les termes suivans :
« Mon coeur est trop ému pour expri-
» mer tous les sentimens qui m'agitent
» en me voyant au milieu des Français
» et de cette bonne ville de Paris, en-
» touré de la gloire de la France. Nous
( 25 )
» y venons apporter le bonheur : ce
» sera notre occupation constante jus-
» qu'à notre dernier soupir. Nos coeurs.
» n'ont jamais cessé d'être français, et
» sont pleins de ces sentimens géné-
» reux qui sont le caractère distinctif
» de notre brave et loyale nation.
» Vivent les Français ! »
Rendu aux Français, le duc de Berry
s'en fît bientôt chérir; et de tous ceux
qui l'approchèrent, il n'en est aucun
qui ait pu résister à sa bonté; elle étoit
une sorte de séduction populaire. Loin
de s'enivrer d'un bonheur qu'il avoit
si long-temps attendu, le prince ne
travaillait que pour s'en rendre plus
digne. Son active bienfaisance péné-
trait au sein des asiles les plus obscurs;
sa justice sans considérer, sous quelles
couleurs avoit servi le mérite, le cher-
5
( 26 )
choit partout afin de le récompenser
lui-même, et il aimoit déjà les soldats ;
de la France nouvelle comme de
vieux compagnons. On le voyoit par-
courant nos manufactures, encoura-
ger de tous ses efforts l'industrie pu-
blique , et aider de ses conseils nos
artistes les plus célèbres dont il payoit
d'ailleurs, avec tant de magnificence,
les immortels travaux. Le Roi ne tarda
pas à lui conférer le titre de colonel-
général des chasseurs et des chevau-
légers lanciers, et le prince, dont l'ac-
tivité étoit infatigable, alla visiter
( 1er août 1814) les départemens du
Nord, où l'attendoient les transports
de joie la plus vive. Arrivé à Calais
(le 9 du même mois) il traversa rapi-
dement le détroit, et revint à Paris,
qu'il quitta bientôt pour aller examiner
( 27 )
l'état des places fortes dans l'Alsace,
la Lorraine et la Franche-Comté. Ci-
toyens et militaires, tous s'enflam-
moient d'amour à sa présence, et le duc
qui méditoit d'attacher au Roi Jusqu'au
dernier soldat, se préparoit à partir
pour les garnisons de l'Ouest, lorsque
l'usurpateur que le sol français n'avoit
déjà que trop supporté, vint le charger
de nouveau de tout le poids de ses
crimes. Le duc de Berry fut à l'instant
désigné par le Roi, au commandement
des troupes réunies en Franche-Comté :
mais la trahison, qui devoit triompher
suspendit son départ, et il resta dans
la capitale, où la calomnie redoublant
d'efforts, lui enleva le dévouement des
soldats qu'il vouloit mener à la vic-
toire. Envahi s'empressa-t-il de se
rendre à l'Ecole-Militaire, à la caserne
3.
( 28 )
de Babylone. L'honneur des camps
le céda un instant au destin ; et Dieu,
qui avoit déjà préparé Waterloo, ne
tarda pas de lui en faire subir l'impi-
toyable rigueur. Le duc, accompagné
de son auguste père, se met à la tête
de la maison du Roi, et à travers mille
périls, quitte pour la seconde fois cette
France où il laissé tant d'amis que
la trahison a rendus impuissans à le
défendre. Le siècle des cent-jours
passe jusqu'à la dernière heure, mais
enfin elle sonne pour le salut de tous,
et les Bourboris se hâtent de venir allé-
ger nos maux. La tâche étoit immense.
Nos princes rivalisent d'efforts ; et,
dans cette lutte générale, le duc de
Berry est assez heureux pour se faire
distinguer.
Envoyé par le Roi pour présider le
( 29 )
collège électoral du département du
Nord, il est reçu à Lille avec un en-
thousiasme que je n'essaierai pas de
peindre, mais dont le souvenir ne se
perdra jamais parmi nous. Cette ville
fidèle savoit déjà qu'il possédoit le
courage de Henri : cette fois il lui
prouve qu'il a encore hérité de son
illustre aïeul, cette loyauté de paroles,
qui pénètre de confiance tous les coeurs.
« Le Roi et la patrie, dit-il au préfet,
» sont inséparables ; et l'amour unit
» le Roi à ses peuples par une chaîne
» indissoluble : qui pourrait rompre
» cette chaîne, dont le département
« du Nord et la ville de Lille forment
» le plus solide anneau? La mission de
» présider le collége électoral de ce
» département est la plus haute faveur
» que le Roi pouvoit m'accorder. »
3..
( 30 )
Plein d'une ardente reconnoissance
pour la ville de Béthune, qui au temps
de la félonie n'avoit pas déserté le
malheur de sa maison, il voulut y
faire un voyage, et il répond en ces
termes au discours du corps muni-
cipal :
« Messieurs, j'ai voulu revoir les
» habitans de cette bonne ville, leur
» témoigner toute ma sensibilité pour
» la conduite qu'ils ont tenue envers
» nous dans des circonstances mal-
» heureuses, et où ils semblèrent re-
» doubler de fidélité et de dévouement.
» Nous n'oublierons jamais l'accueil
» que nous avons reçu ici. » S'adres-
sant ensuite au maire qui l'avoit ha-
rangué : « M. Duplaquet, ajouta le
» prince, vous n'avez oublié qu'une
» chose dans votre discours : vous n'y
( 31 )
» parlez pas des services que vous
» nous avez rendus. »
Le 15 août, Mgr le duc de Berry
remplissant sa mission, ouvrit le col-
lége électoral par ce discours, où règne
une simplicité si touchante :
« Le plus aimé de vos rois, Henri IV,
» après de longues guerres intesti-
» nes, rassembla les notables de son
» royaume à Rouen, et leur demanda
» des conseils; ainsi que lui, le Roi,
» mon auguste seigneur et oncle, d'a-
» près la constitution qu'il a donnée
» lui-même à son peuple, s'adresse
» en ce moment à vous, et me nomme
» particulièrement pour être son or-
» gane auprès du département du
» Nord. Je ne parlerai point de leur
» fidélité aux habitaris d'un pays, ber-
» ceau de la monarchie; je ne remer-
( 32 )
» cierai point de son dévouement ce
» peuple qui rappelle si bien ces Francs,
» généreux et guerriers, dont il est
» descendu le premier; je me borne-
» rai à vous dire, Messieurs, que le
» Roi, après vingt-six ans de troubles
» et de malheurs , a besoin d'interro-
» ger le coeur de ses sujets, dont il
» juge d'après le sien. Ne pouvant réu-
» nir autour de lui tous les Français,
» dont il est, vous le savez, bien moins
» encore le monarque que le père, il
» vous demande de lui adresser, non
» ceux de vous qui l'aiment davan-
» tage, ce choix serait impossible, et
» vous y voleriez tous, mais ceux
» qui, dignes interprètes de votre
» pensée, porteront au pied de son
» trône cet oubli du passé, cette con-
» noissance du présent, ce coup d'oeil
( 33 )
» dans l'avenir, ce respect pour la
» Charte constitutionnelle, cet amour
» pour sa personne sacrée, enfin cette
» abnégation de soi-même qui seule
» peut assurer le bonheur de tous. »
A ce même temps, le prince désirant
témoigner aux habitans d'Alost com-
bien il avoit été sensible à l'hospitalité
qu'il en avoit reçue, envoya un riche
présent à l'habitant chez lequel il avoit
logé; il accompagna ce présent d'une
somme de 1,000 fr. pour les pauvres
de la ville. Avant de quitter Lille, il
donna aussi au préfet une somme con-
sidérable destinée au même usage.
Le 4 septembre, en présentant au
Roi le collége électoral du département
du Nord, il s'exprimoit en ces termes :
« Loin de dissimuler à Sa Majesté
» les transports dont je tiens d'être
( 34 )
« témoin, je me hâterais de les lui
» peindre, si l'expression pouvoit ren-
» dre la pensée; oui, Sire, je veux
» parler de ces transports, de cet
» amour, dont j'ai recueilli tant de
» témoignages ; car ce n'est point vers
» moi, mais vers Votre Majesté , que
» s'élevoient ces élans des coeurs. C'est
» un prince qui a le bonheur de lui
» appartenir de si près, que le collége
» électoral, a vu dans son président;
» et la joie des bons habitans du Nord
» n'a été, Sire, que l'expression fran-
» che de la reconnoissance, en croyant
» trouver dans le choix de Votre Ma-
» jesté la plus noble comme la plus
» douce récompense de leur fidélité. »
Peu de temps après, le due de Berry
adressa, au préfet du Nord, une lettre
écrite de sa main, et qui finissoit par ces
( 55 )
mots : Dites à tous vos bons Lillois
combien je les aime.
La France , qui connoissoit enfin
toutes les vertus du second fils de
Monsieur, s'affligeoit de ne pas les
voir revivre dans une longue suite d'hé-
ritiers-; elle s'effrayoit aussi à la pensée
que la ligne directe de Louis XIV
pouvoit un jour manquer à son bon-
heur. Le Roi voulut le rassurer, et le
17 juin 1816, Mgr le duc de Berry
épousa Marie-Caroline-Thérèse, fille
aînée du prince royal des Deux-
Siciles, née le 5 novembre 1798.
Ce mariage fut annoncé officiellement
à la Chambre des Pairs et à celle des
Députés, le 28 mars 1816. Les minis-
tres proposèrent de fixer à un million
par an la somme qu'il devenoit né-
cessaire d'ajouter à l'apanage de Mgr le
(36)
duc de Berry; la Chambre des Dé-
putés y ajouta 500, 000 francs de plus.
Mais, le prince, par un mouvement
spontané, consacra cet excédant aux
départémens qui avoient le plus souf-
fert de la guerre.
La grande députation de la Chambre
des Députés, complimentant le prince
sur son mariage, en reçut cette noble
et touchante réponse :
« Je suis bien sensible aux voeux que
» la Chambre des Députés fait pour
» mon bonheur : celui de la France
» sera toujours le plus ardent de mes
» désirs; j'aurai, je l'espère, des en-
» fans qui, comme moi, trouveront
» inné dans leur coeur l'amour des
» Français.
» Je vous vois toujours, Messieurs
» les Députés, avec un nouveau plai-
( 37 )
» sir ; je voudrais pouvoir exprimer à
» chacun de vous en particulier mes
» sentimens. »
Dieu, dont la justice avoit à récom-
penser le duc de toutes les vertus dont
il donnoit sans cesse l'exemple, avoit
fait tomber le choix du monarque sur
la plus digne comme la plus aimable
des femmes. Aussi jamais union ne fut
plus douce et plus heureuse que celle
de Charles et de Caroline. Même ardeur
pour le bien, même goût pour les arts;
enfin, le'penchant le plus décidé pour
toutes les vertus qui rehaussent l'éclat
du premier rang. Depuis le jour fortuné
de leur union, le nombre des pauvres
et des malheureux sembla diminuer;
car la misère ou la douleur qui échap-
poient à l'âme compatissante de l'un
étoit accueillie et consolée par l'autre.
4
( 38 )
Les premiers fruits de cet hymen furent
enlevés à la France; mais MADEMOISELLE
naquit, et déjà elle nous promet-
toit un prince, que nous appelions de
tous nos voeux. On touchoit à une
époque consacrée par l'usage au plaisir,
et le duc et la duchesse, qui aimoient
à prendre part à la joie publique,
avoient résolu de passer ensemble à
l'Opéra presque toute la soirée du
13 février. A la descente de son car-
rosse, le prince indiqué onze heures
comme le moment du départ. Ces
mots furent entendus, et cette onzième
heure parut bientôt au monde, chargée
du plus exécrable des forfaits. La du-
chesse, fatiguée, demandé à se retirer.
Son époux l'accompagne, et, toujours
plein de prévenance, la place jusque
dans la voiture même : Adieu, ma
( 39 )
bonne Caroline, nous nous rever-
rons bientôt; et il retourne sur ses
pas. Alors un homme se précipite sur
lui, je saisit fortement par l'épaule
gauche, lui plonge un poignard au-
dessous du sein droit, et disparaît sou-
dain (1). Je suis mort, je suis as-
sassiné, s'écrie le prince aussitôt. La
duchesse s'élance hors de la voiture,
et reçoit dans ses bras son époux dont
le sang inonde tous ses vêtemens. On
transporte le duc dans un salon atte-
(1) Louvel, le Ravaillac du 19e siècle, se
glissa avec une dextérité étonnante entre
M. le comte de Menars , M. le comte de
Choiseul, et le factionnaire Desbiez, qui
étoit à la porte. Ce monstre fut arrêté par
Paulinier, Desbiez et David, maréchal des-
logis de la gengarmerie. Voy. plus bas les
notices qui concernent ces trois individus.
4.
( 40 )
nant à sa logé (1). Sa plaie est sondée;
des saignées sont faites ; mais le prince
qui connoît tout le danger de sa situa-
tion, dit aux hommes de l'art qui lui
prodiguent les soins les plus touchans :
Je suis perdu; vos efforts sont inu-
tiles : le poignard est entré tout en-
tier. Entouré de son épouse dont la
tendresse courageuse surpasse de si
loin les années, il veut voir sa fille;
il veut aussi que la religion se mêle
à toutes les consolations qui suspen-
dent les tortures qui le déchirent.
MADAME qui a toujours été présente
aux scènes de douleur, que depuis
trente ans son auguste famille donne
(I) Les docteurs Drogart, Blancheton,
Lacroix et Cazeheuve, donnèrent les pre-
miers soins au prince.
( 41 )
au monde, MADAME est déjà accourue;
quelques minutes après arrivent en
toute hâte MONSIEUR et le duc d'An-
goulême. Les soins redoublent autour
du prince, et la science s'épuise en
vains efforts (1). Il en a la conviction :
Je suis bien touché de vos efforts;
mais ils sont superflus, ma blessure
est mortelle. Il demandé que le Roi se
rende auprès de lui, et, dans la géné-
reuse impatience de son coeur, il dit :
Je n'aurai pas le temps de solliciter
la grâce de l'homme qui m'a frappé.
Sa voix s'affoiblit de plus en plus, et
la duchesse gémit, pleure et se déses-
père. Alors le malheureux prince la
(I) Les docteurs Dupuytren, Roux et
Dubois arrivèrent aussi quelques heures
après l'accident.
4.
( 42 )
regarde avec attendrissement, et la
conjure de se ménager pour l'enfant
qu'elle porte dans son sein.
A cet instant de deuil, il n'y a plus
ni rang, ni préséance (1), et le citoyen
obscur, emporté par son amour, presse
et coudoie celui, dont la présence,
partout ailleurs, lui commanderait un
respect involontaire (2). Au milieu de
cette foule, dont les sanglots inter-
rompent, par intervalle, le morne et
profond silence, on recueille ces pa-
(1) C'est une ouvreuse de loges qui a
donné le chapeau à Sa Majesté lorsqu'elle
quitta l'Opéra.
(2) Dans la pièce où étoit le prince se trou-
voient confondus Mgr le duc d'Orléans,
Mgr le duc de Bourbon , tous les ministres,
plusieurs maréchaux, le vicomte de Cha-
teaubriand et autres personnages éminens.
( 43 )
roles du prince : Qu'il est cruel pour
moi de mourir de la main d'un
Français! S'adressant aux généraux,
élite de l'armée ( I ) , qui entourent
son lit funéraire : Pourquoi n'ai-je
pas trouvé la mort dans les combats
au milieu de vous ! Puis il attend
une dernière preuve d'amour de son
épouse. Deux enfans ont des droits sur
son coeur; il a besoin de leur dire un
dernier adieu : où sont-ils, s'écrie la
duchesse, je serai leur mère ; ils arri-
vent : elle leur fait embrasser sa fille
unique, MADEMOISELLE, et elle s'écrie :
Charles ! Charles ! j'aurai trois
enfans à présent.
Le ministre de Dieu prend alors la
parole (2), et fait entendre les vérités;
( I ) Les Latour-Maubourg et Reggio, etc.
(2) M. de La Tyl, évoque de Chartres.

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