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Bluettes. Poésies par V. D.

31 pages
F. Leblanc-Hardel (Caen). 1866. In-12. Pièce.
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Par V. ».
CAEN
TYP. DE F. LE BLANC-HARDEL, LIBRAIRE
RUE FROIDE, 2
1866
BLUETTES
Par V. D.
CAEN
TYP. DE F. LE BLANC-HARDEL , LIBRAIRE
RUE FROIDE, 2
1866
PREFACE.
Ainsi que beaucoup d'auteurs,
Ne faut-il point que je fasse
Une très-humble Préface
Pour supplier mes lecteurs
D'accorder quelque indulgence
A moi, rimeur inconnu ?...
Non : cet excès de prudence
N'est qu'un moyen ingénu
De les dégoûter d'avance.
Si mes vers ne valent rien,
Lecteurs, vous ferez très-bien
De ne jamais les relire ;
Moi-même, s'il faut le dire,
Pour d'autres j'en fais autant.
— 8 —
Pour voir s'ils pourront vous plaire
Amateurs, que faut-il faire?
En aller tous, à l'instant,
Acheter un exemplaire...
Dans cet espoir, j'ai l'honneur
D'être votre serviteur.
V. D.
BLUETTES.
i.
LE POUVOIR DES ÉPITHÈTES.
0 secourables épithètes,
Que nous devons vous estimer,
Nous tous, petits et grands poètes,
Dont la manie est de rimer !
Qui jamais sur la double cime
Pourrait briller dans ce grand art,
Si vous n'en faisiez voire part
Pour la mesure et pour la rime ?
Mais, par votre puissant concours,
Notre tâche s'est aplanie ; ,;
Sur quelque objet qu'il versifie ,
Tout rimeur à vous a recours.
Veut-il combler quelque lacune,
Replâtrer quelque gros défaut,
Quelque expression trop commune,
Ou renforcer un faible mot,
Une épithète bienveillante
Lui vient en aide promptement,
— 10 —
Remplit la lacune béante,
Couvre le reste artistement
Ou le conforte puissamment;
Et, s'il n'ajoute à la pensée,
Il ajoute certainement
Aux termes qui l'avaient tracée.
Qui donne aux vers de la saveur,
De l'harmonie et de l'ampleur;
Dans tant d'oeuvres qu'est-ce qui brille ?
C'est l'épithète qui cheville ;
Le reste est sec et sans couleur.
Que d'ouvrages de même sorte,
Pareillement badigeonnés
Et que l'oubli bientôt emporte,
Au Parnasse sont couronnés!
Poëmes graves ou Muettes
Qui renfermez tant d'épithètes,
S'il fallait vous les retrancher,
Que de trous seraient à boucher !
Que de lyres seraient muettes!...
Épithètes, plus qu'Apollon
Vous avez droit à nos hommages :
Tandis qu'il dort sur l'Hélicon ,
Vous êtes, vous, à nos ramages
Ce qu'est l'Hydrogène au ballon.
II.
RÊVERIE AU CLAIR DE LA LUNE.
Par un temps doux, un ciel d'étoiles parsemé,
Par un beau clair de lune, un soir du mois de mai,
Je dirigeai mes pas, pour rêver solitaire,
Vers un vallon charmant que baigne une rivière.
Le silence des nuits calme les passions,
Et c'est l'heure propice aux méditations ;
Il arrache notre âme aux pensers de la terre,
A ce triste chaos d'opprobre et de misère,
Pour la porter plus haut, dans un monde où l'esprit,
Dégagé des liens du corps qui l'asservit,
Plane avec liberté, contemple la nature,
La voit dans sa beauté, dans sa majesté pure.
J'arrivai sur un pré tout émaillé de fleurs
Qui répandaient dans l'air de suaves odeurs ;
Je m'assis sur le tronc d'un saule séculaire
Brisé par l'aquilon et gisant sur la terre.
Je me croisai les bras, et je fus un instant
En extase devant le spectacle imposant
Qui s'offrait à mes yeux avec magnificence.
L'homme est religieux la nuit, dans le silence :
— 12 —
Dieu lui paraît alors avec plus de grandeur,
Il sent, il comprend mieux ce grand Régulateur.
Ces mondes si nombreux qui roulent sur nos têtes,
Ces lumineux soleils, ces errantes planètes,
Dont la marche rapide étonne notre esprit,
Dont l'accord merveilleux, le bel ordre ravit,
Révèlent le Ressort, la Puissance infinie
Qui les meut, les dirige avec tant d'harmonie.
Mon coeur se dilatait sous cette impression ;
Il était pénétré de douce émotion.
Mais bientôt il s'emplit de plus tristes pensées
J'entrevis tour à tour nos luttes insensées,
L'égoïsme effréné qui nous rend si méchants ,
Les misères du corps, ses funestes penchants,
Ce gouffre sans issue où notre âme se plonge ;
J'étais pensif, ainsi qu'après un mauvais songe...
Tout-à-coup,, sur ma tête, un, rossignol chanta !
Il mit fin à ma peine, et sa voix m'enchanta.
A cette heure de calme, au milieu d'un bocage ,
Entendre vibrer l'air de ce charmant ramage
Pour moi fut un instant de douce volupté ,
Que mon coeur ressentit dans sa suavité...
Libre et joyeux oiseau, ton sort me fit envie..
Puissé-je comme toi chanter tonte ma vie !.
III.
LE CHOMAGE.
Ouvriers sans travail que visite la faim,
Hommes infortunés plongés dans la misère ,
Qui, lorsque vos enfants vous demandent du pain
N'avez à leur donner qu'une larme de père,
Ah ! nous les connaissons vos poignantes douleurs !
Vos foyers, où régnaient le bien-être et la joie,
Ne sont plus maintenant que le séjour des pleurs ;
D'une horrible famine ils deviennent la proie.
En vain de toutes parts la charité grandit,
Et par milliers de francs vous verse ses offrandes ;
Car, hélas ! entre vous lorsqu'on les répartit,
Qu'est-ce pour soulager des misères si grandes?
0 déplorable sort du prolétariat :
L'homme libre réduit à périr de misère !
L'esclave au moins trouvait dans son abject état
Ce pain quotidien qui manque au prolétaire...
0 vous que la fortune a comblés de ses dons,
Riches, accourez tous au secours de vos frères..
— 14 —
Ils souffrent : aidez-les de votre or, soyez bons
Pour ceux qui sont pour vous des hommes nécessaires.
Eh quoi ! quand l'animal est par vous bien traité,
Lorsque chez vous un chien a tout en abondance,
Réduit au désespoir, par la faim tourmenté,
L'ouvrier n'aurait droit qu'à votre indifférence ?
Non : votre coeur est noble et vous êtes humains.
A vos frères souffrants redonnez donc la vie ;
Puis à l'or généreux que répandront vos mains,
Ajoutez le bienfait d'une parole amie.
Et vous aurez par là rempli votre devoir,
Le devoir le plus saint que le Christ vous commande:
Bel usage de l'or, noble emploi du pouvoir !
Et vous serez bénis pour cette oeuvre si grande.
Mais d'abord, ouvriers du corps ou de l'esprit,
Ah ! volons les premiers au secours de nos frères ;
Les premiers portons-leur le baume qui guérit :
Du pain pour les enfants, et l'espérance aux pères !
Tous enfin pratiquons cette fraternité
Qui rend ( lien d'amour) les hommes solidaires ;
Nous chasserons ainsi la faim, la nudité,
Et tous, en travaillant, auront des jours prospères.
1863.
IV.
SUR UN CIMETIERE.
Ici gisent les corps de nos nombreux ancêtres,
Soit seigneurs ou vilains, ou serviteurs, ou maîtres ;
Là tous sont confondus, parfaitement égaux :
On n'y peut distinguer leur diverse' poussière ,
La noble est pêle-mêle avec la roturière.
Tous viennent tour-à-tour occuper ce repos. —
De tant de corps couchés dans ce funèbre enclos,
Vivants, que reste-t-il? — Mêlés avec la terre ,
Un peu de cendre et quelques os !