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Boutades sur l'amour et le mariage. Les vieux garçons, les jeunes filles, satire dialoguée, par Alexis de Chabre

De
110 pages
A. Lemerre (Paris). 1866. In-18, 113 p..
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BOUTADES
L'AMOUR ET LE MARIAGE
Les vieux Garçons—Les jeunes Filles
SATIRE DIALOGUÉE
PAR
ALEXIS DE CHABRE
PARIS
ALPHONSE LEMERRE
47, PASSAGE CHO IS E U L , 47
1866
BOUTADES
SUR
L'AMOUR E T LE MARI AGE
BOUTADES
SUR
L'AMOUR ET LE MARIAGE
Les vieux Garçons — Les jeunes Filles.
SATIIRE DIALOGUÉE
PAR
ALEXIS DE CHABRE
PARIS
ALPHONSE LEMERRE
47, PASSAGE CHOISEUL, 47
1866
LETTRE D'OCTAVE FEUILLET
MEMBRE DE L'ACADEMIE FRANÇAISE
A L'AUTEUR DES BOUTADES
MONSIEUR,
Vous avez bien voulu me demander de lire les deux
satires que vous vous proposez de publier : les Vieux
Garçons et les Jeunes Filles, et vous désirez connaître
mon impression.
Je vous remercie de la confiance dont vous m'honorez
et de l'heure charmante que je vous dois. Je ne doute
pas que le public ne goûte avec le même plaisir la lecture
choisie et délicate que vous lui préparez. Il aimera
1.
— 6 —
comme moi le salubre parfum littéraire qu'on respire
dans votre oeuvre, cette pensée élevée et juste, quoique
un peu chagrine, qui se traduit dans la langue du meil-
leur temps et du meilleur monde; cet enjouement un peu
grave, le seul que les maîtres du XVIIe siècle se soient
permis, et dont vous leur empruntez la grâce et la di-
gnité; enfin, Monsieur, cette forme et ce ton si polis, si
étudiés; cette conscience et aussi ce loisir dans le travail
qui ne semblent pas être de notre époque fiévreuse et
hâtive, mais du siècle heureux où l'on prenait le temps
de bien penser et de bien dire.
Ne croirait-on pas, en effet, que les écrivains du
XVIIe siècle, vos grands amis évidemment, trouvaient
dans l'état social de leur temps non-seulement le loisir
matériel qui nous manque, mais je ne sais quel haut
loisir moral, quelle paix supérieure, que nos intelligences
ne connaissent plus et dont leurs oeuvres immortelles
gardent la sérénité?
Je ne puis dire, sans doute, Monsieur, qu'aucune cri-
tique ne saurait être adressée à ces aimables pages. Ainsi,
par exemple, quelques parties gagneraient à être plus
resserrées : vos vieux garçons sont un peu trop du même
avis; et le dialogue y perd en certains endroits un peu
d'animation et d'accent.
Mais, je le répète, Monsieur, vous m'avez fait un vrai
plaisir. Je vous en remercie de nouveau, et je vous
souhaite de grand coeur un public favorable, c'est-à-
dire attentif ; car, s'il vous lit, il vous aimera.
Recevez je vous prie, Monsieur, l'expression de mes
sentiments les plus sympathiques:
OCTAVE FEUILLET.
Paris, le 12 aviil 1866.
L'auteur de ce petit livre n'est plus jeune, et
il a fait bien des vers dans sa vie, mais il les a
gardés pour lui et n'a pas sur la conscience
d'en avoir ennuyé les gens.
Il a fait plus encore, il les a tous brûlés.
Pourquoi ceux qu'il offre aujourd'hui au pu -
blic n'ont-ils pas subi le même sort?
Il serait fort embarrassé de le dire, et con -
viendra volontiers qu'il eût peut-être mieux
valu pour eux et pour lui les comprendre dans
son auto-da-fé.
Peut-être n'ont-ils dû leur salut qu'à la bien-
veillance de l'écrivain distingué qui veut bien
les honorer de sa flatteuse approbation.
Allez donc, mes pauvres vers, allez affronter
les railleries dédaigneuses de ce monde positif
dont les préoccupations ne sont malheureuse-
ment plus celles de l'art et de la poésie. Puisse
l'accueil que vous y recevrez ne pas vous faire
regretter le sort de vos aînés !
Je vous livre au surplus cette pensée conso -
lante, c'est que j'ai de par le monde quelques
amis qui vous défendront, et que ceux qui n'ont
aucun souci de moi se garderont bien de vous
lire.
Argentières, mais 1866.
PREMIÈRE PARTIE
LES VIEUX GARÇONS
LES
VIEUX GARÇONS
UN FUMOIR.
Deux vieux garçons de 3 $ à 40 ans causent
en fumant.
ARISTE, VALENTIN.
VALENTIN.
Décidément, mon cher, le célibat m'ennuie,
Je m'en sens excédé comme d'un jour de pluie;
Je veux faire une fin.
ARISTE.
Et fort bien tu feras.
14
VALENTIN.
Tu ris?...
ARISTE.
Moi! pas du tout.
VALENTIN.
Ris tant que tu voudras.
Quand on à quarante ans, quand la barbe grisonne,
Le célibat, mon cher, devient fort monotone.
ARISTE.
Je sais de cet avis, je l'ai dit de tout temps ;
C'est un métier de dupe, à partir de trente ans.
Là finit la saison de nos bonnes fortunes;
Les femmes, qu'elles soient blondes, noires ou brunes,
Sur ce point capital sont d'un touchant accord.
En vain leur dirait-on qu'on se sent vert encor,
Qu'on a bon pied, bon oeil, et qu'aux âmes bien nées
L'amour ne souffre pas du nombre des années,
Au contraire qu'on a l'âge des vrais amants,
— 15 —
Que l'on comprend bien mieux les nobles sentiments
Quand on a dépouillé la fougue du jeune âge :
Ce sont propos perdus, il faut plier bagage.
Les foins sont faits, et si le hasard incertain
Vous donne, par pitié, quelques droits au regain,
Si vous trouvez encor quelque âme charitable
Vous laissant ramasser les miettes de sa table,
Ne vous y fiez pas : je tiens pour vérité
Qu'en amour on ne fait aucune charité.
VALENTIN.
Cela n'est que trop vrai ; mais c'est un badinage
De fixer à trente ans notre limite d'âge.
ARISTE.
Eh ! mon Dieu, cher ami, ne me chicane pas.
Personne; j'en conviens, ne peut, en pareil cas,
Pour chacun, dont la taille est plus ou moins bien faite,
Dire l'instant précis de sa mise en retraite ;
L'amour et le hasard ont bien quelques élus
— 16 —
Qui peuvent obtenir trois ou quatre ans de plus;
Mais le terme moyen est tout au plus de trente.
La maxime, il est vrai, n'est pas bien consolante;
Mais bon nombre dé gens, la chronique en fait foi,
Sont, bien avant ce temps, mis en retrait d'emploi.
VALENTIN.
Eh bien, c'est une erreur absurde et sans pareille
ARISTE.
J'en gémis comme toi; pourtant je te conseille
D'en prendre ton parti. Rien n'y sera changé.
VALENTIN.
Eh ! laisse-moi tonner contre ce préjugé !
Je voudrais tenir là tout le beau sexe en masse,
Pour lui dire une fois ses vérités en face.
N'est-ce point offenser le sens et la raison.
Que de faire à l'amour un si mince horizon;
D'oser dire tout haut que la jeunesse folle
— 17 —
D'un sentiment si noble aura le monopole,
Et qu'une femme doit n'avoir que du dédain
Pour tout amour, hormis les amours d'un gandin?
N'est-ce point une étrange et stupide hérésie,
De prétendre qu'à l'âge où notre âme est saisie
Du besoin d'accomplir quelque grande action ;
Quand elle a la sagesse et la discrétion,
La prudence, l'amour, la constance, la flamme,
Elle a perdu ses droits à l'amour d'une femme?
Mais, s'il en est ainsi, qu'est-ce donc que l'amour?
Une amusette, un jeu, le caprice d'un jour !
Alors, tous les hauts faits qu'on a mis sur son compte,.
Tous les grands dévoûments que l'histoire raconte,
Doivent être rangés parmi les fictions !
Non! non! n'en croyez rien : des nobles actions
L'amour sera toujours le plus puissant mobile,
Et je voudrais bien voir le rhéteur imbécile
Qui viendrait soutenir, paradoxe insensé !
Que dans l'âge viril on a le coeur glacé,
Et qui ne ferait cas que des amants en herbe!
2.
— 18 —
Le coeur ne vieillit point, nous, dit un vieux proverbe.
On peut aimer encore avec des cheveux blancs;
Il semble que l'amour fasse oublier les ans,
Et que par sa puissance aimable, enchanteresse,
Il donne à ses élus l'éternelle jeunesse!
ARISTE.
Personne n'a, mon. cher, plus d'intérêt que moi
A juger, sur ce point, les choses comme toi.
Mais aux traits acérés que ta verve décoche
On pourrait, ce me semble, adresser ce reproche,
Qu'au lieu d'atteindre au but, ils frappent à côté.
Certes, ton dithyrambe est plein de vérité.
J'en conviens de grand, coeur; mais s'agit-il, en somme,
Entre nous, de savoir jusqu'à quel âge l'homme
Peut aimer? Non, vraiment. Tu l'as dit, cher ami,
Sans doute il en est peu dont le coeur endormi,
Insensible à ce feu qui brûle et qui dévore,
D'un amour généreux ne soit capable encore.
Mais il aimera seul. C'est pourquoi j'en conclus...
— I9 —
Qu'éprouver de l'amour et ne l'inspirer plus
Est un mal dont il faut tâcher de se défendre.
Si malaisé qu'il soit d'étouffer sous la cendre
Un feu dont, malgré l'âge, on se sent consumé,
Il est plus malheureux d'aimer sans être aimé!
Or les femmes ont fait cette sotte maxime
Que de n'être plus jeune, en amour, c'est un crime.
VALENTIN.
C'est justement ce dont je suis exaspéré.
Mais de ce crime-là n'est-il point avéré
Que quelques gens au moins savent se faire absoudre?
ARISTE.
Je tiens pour plus sensé de savoir s'y résoudre.
Je me fais philosophe et reste dans mon coin,
Cherchant de tout ceci les causes avec soin.
Or, si je m'en rapporte à ma psychologie,
Je crois qu'il faut s'en prendre à la mythologie.
Son vieux système, hélas ! est encor triomphant.
— 20 —
En nous montrant l'Amour sous les traits d'un enfant,
Ces stupides païens, que le diable confonde !
Ont fait aux vieux garçons le plus grand tort du monde.
La femme vit toujours sur les vieux errements
Et conserve avec soin le moule des amants.
Le type en est connu ; par-dessus toutes choses,
Ces dames vous diront qu'il les faut frais et roses;
Point de barbe surtout, mais un duvet naissant,
Doux au toucher, l'oeil vif, le regard caressant,
La joue et le menton ornés de leur fossette,
La peau blanche, la taille élancée et bien faite,
Les cheveux parfumés et bouclés avec soin,
Par-dessus tout, l'air fat, voire même, au besoin,
Impertinent, vainqueur et content de soi-même.
Tels sont, en abrégé, les traits de ceux qu'on aime.
Eh! mon cher, se peut-il qu'il en soit autrement?
Le moyen, en effet, d'accepter un amant
Dont le maintien est grave et les allures telles,
Quand il est pertinent que l'Amour à des ailes;
Ou bien un amant maigre, aux traits fins et pointus,
— 21—
Quand on n'a jamais vu que des Amours joufflus!
Le sort dont tu te plains n'est-il pas, je te prie,
Le même sort que fait chaque jour la patrie
A tous nos généraux, dont l'âge est limité?
On les met en retraite, en non-activité,
En demi-solde ou bien au cadre de réserve,
Eussent-ils même feu, même entrain, même verve,
Même ardeur aux combats. C'est bien simple, après tout,
Puisque la Gloire est femme: on n'est plus de son goût
Quand les cheveux sont blancs et la face rougie.
VALENTIN.
Je me consolerais si, par analogie,
Ainsi qu'un général peut sortir un beau jour
Du cadre de réserve, on pouvait, en amour,
Quand les besoins sont grands, reprendre du service.
ARISTE.
On le peut quelquefois ; mais, en bonne justice,
C'est un trop grand hasard : je n'y veux pas compter.
— 22 —
VALENTIN.
Écoute, cher ami, cessons de plaisanter.
Je te tiens, à coup sûr, pour un bon moraliste;
Mais tu vois tout en noir. Je suis plus optimiste
Et tiens à ne pas prendre en dégoût l'univers.
J'envisage l'amour sous deux aspects divers.
L'un de ces deux amours, léger, changeant, frivole,
Doux fruit de la jeunesse, avec l'âge s'envole.
C'est, hélas! j'en conviens, l'amour le plus goûté,
Et tu viens de me peindre avec habileté
Le fidèle portrait de ces jeunes adeptes
Dont Cythère et Vénus ont dicté les préceptes.
Mais il en est un autre, Ariste, un plus profond,
Plus généreux, plus noble et surtout plus fécond !
Loin de les énerver, il élève les âmes,
Et j'aime à croire encor qu'il existe des femmes
Pour lesquelles ce mot, ce mot sublime, aimer,
N'a pas le sens étroit que tu viens d'exprimer,
Et dont l'âme, soumise à ce magique empire,
— 23 —
Ne reste pas fermée à l'amour qu'elle inspire,
Oui, je crois à l'amour, Ariste, malgré toi ;
Oui, je crois à l'amour, comme à la grande loi
Que chacun ici-bas. doit subir, homme ou femme.
Je crois à ce prestige, Ariste, à ce dictame
Dont la femme enivrait le coeur de qui l'aimait !
Je crois au chevalier que l'amour enflammait,
A celui qu'un regard savait rendre invincible ,
A celui qui s'offrait à la mort, impassible,
Pour qu'un coeur adoré gardât son souvenir.
Et si, dans ton dédain, tu me viens soutenir
Que les temps sont passés de la chevalerie,
Et qu'aux soldats suffit l'amour de la patrie,
Je te dirai : L'amour constant et généreux,
S'il ne fait des héros, fait encor des heureux;
S'il donne aux uns la force, aux autres il dispense
De plus douces faveurs; et de toute souffrance,
De toute peine amère, il est pour un amant
Le remède suprême et le doux talisman,
C'est le seul bien réel qu'il nous faille poursuivre;
— 24 —
Il guérit, il console, il enchante, il enivre;
Il remplit seul le coeur, cet abîme profond,
Dont la gloire et l'argent n'ont pas trouve le fond !
C'est ce sentiment-là, trop mal dépeint sans doute,
Que chaque homme ici-bas doit chercher sur sa route,
Je consens de bon coeur à rester étranger
Aux faciles amours que. chantait Béranger,
Si quelques ans de trop m'empêchent d'y prétendre ;
Mais, pour d'autres amours, je ne puis me défendre
D'espérer que pour moi tout n'est pas consommé. :
Je veux aimer encore et j'espère être aimé !
ARISTE.
J'aime à voir, Valentin, la verve qui t'anime;
Ta parole répond à ma pensée intime.
Oui, l'amour véritable est bien ce que tu dis ;
Ou plutôt, mon ami, c'était cela jadis,
Au temps où l'on aimait; mais au siècle où nous sommes,
Eh! ne le vois-tu pas? les femmes et les hommes
Ont bien d'autres soucis que celui de s'aimer !
— 25 —
Bien mieux, c'est un honneur que d'oser proclamer
Son dédain pour l'amour et pour la poésie,
Ces deux choses-là sont une double hérésie;
Et les hommes ont dit, se faisant esprits forts :
La poésie est morte, et les amours sont morts!
Que diriez-vous, Boileau, La Fontaine, Molière,
Si, des sombres tombeaux secouant la poussière,
Vous veniez prendre place au milieu des vivants,
Et marcher côte à côte avec tous nos savants
Pour y continuer vos oeuvres immortelles ?
Certes, ce ne sont pas nos sciences nouvelles,
Vaisseaux, chemins: de fer, télégraphe, vapeur,
Que vos esprits frappés verraient avec stupeur;
Mais c'est plutôt le cas que notre bourgeoisie
Sait faire d'un poète' et de la poésie !
Ah! vous avez été les amis du grand roi;
Vos vers ont mis la cour et le peuple en émoi!
Vous étiez, au château, rois de toutes les fêtes;
Et vos noms vénérés faisaient courber les têtes,
Si bien que Louis même, oubliant sa fierté,
3-
— 26 —
Faisait asseoir Molière à table à son côte.
Vous étiez grands seigneurs; vous étiez gentilshommes!
Eh bien! maîtres aimés, dans le temps où nous sommes,
Vos. noms, si grands qu'ils soient, feraient peu de fracas :
Un petit financier ne vous saluerait pas.
Pourtant votre génie a jeté sur le monde
De poètes fameux la semence féconde ;
Et voyez, en effet, tous ceux que nous avons,
Des hommes de génie, et que nous vous devons :
Augier, Hugo, Musset, Lamartine, Laprade,
Aatran, Méry, Barbier, et toute la pléiade.
Certes, le feu sacré ne leur fait pas défaut ;
Eh bien, on les lit moins qu'on ne lisait Quinault.
Nos hommes sérieux ont inscrit dans leur code
Que désormais les vers étaient passés de mode.
Je rougis en songeant qu'on ose se vanter
De n'avoir pas lu ceux que je viens de citer.
Hommes graves, vraiment, dont la tête est farcie
Du cours des fonds anglais, d'Autriche et de Russie,
Et dont l'esprit étroit prend pour la gravité
— 27 —
L'ignorance, l'orgueil et la cupidité !
Et de ce prosaïsme effrayant il résulte
Que, les arts n'étant plus l'objet de notre culte.
Las de l'indifférence et de l'obscurité,
Le poète aujourd'hui, triste et déconcerté,
Au labeur politique occupant son génie,
Cherche ailleurs que dans l'art l'encens qu'on lui dénie !
Au moins s'il J'y trouvait ! mais nos graves esprits
L'y poursuivent encor de leurs jaloux mépris :
Un poète! fi donc ! un fou parmi des sages !
Pourquoi ce cerveau creux descend-il des nuages :
Par la raison qu'aucun de vous n'y peut monter,
Esprits forts, dont tout l'art consiste à bien compter.
C'est vous qu'il faut blâmer, et non pas lai, sans doute :
On cesse de chanter quand personne n'écoute ;
Et, croyant éviter leurs sarcasmes jaloux.,
Dans la foule on descend hurler avec les loups!
VALENTIN.
Oui, souvent, le sarcasme, Ariste, et l'ironie
— 28 —
Sont le prix des labeurs d'un homme de génie.
Je sais de quel dégoût tu te sens pénétré,
Poète, quand ton coeur, qu'emplit le feu sacré.
Songe qu'il fut un temps, peu loin de nous encore,
Où cet art qu'on dédaigne et ces vers qu'on ignore
En France étaient l'objet d'un culte si fervent
Que, pour se faire illustre, il a suffi souvent
D'un quatrain bien tourné, d'un sonnet ou d'une ode !
Aujourd'hui mieux vaudrait paraphraser le Code!
Beaux esprits de leur temps, Rivarol et Boufflers
Seraient dans celui-ci des cerveaux à l'envers.
Mais notre siècle, ami, malgré son prosaïsme,
Crois-tu qu'il ait voulu, dans le même ostracisme,
Tout à la fois confondre et bannir sans retour
Le poète et les vers, les amants et l'amour?
ARISTE.
Oui, mon cher Valentin, car l'une et l'autre chose
Subissent même sort, ayant la même cause :
Le coeur, un vieil organe, inutile aujourd'hui,
— 29 —
Et qu'on a supprimé pour mieux vivre sans lui;'
Car il était gênant pour le seul dieu moderne
Aux pieds sacrés duquel la foule se prosterne,
Et qu'on nomme l'Argent!
VALENTIN.
Eh ! mon cher, ce faux dieu,
Dans les siècles passés, en tout temps, en tout lieu,
Ne fut-il par l'objet des mêmes platitudes?
ARISTE.
Oui ! mais la foule avait d'autres sollicitudes ;
Elle adorait aussi d'autres divinités :
Tous ses défauts d'abord, et quelques qualités.
L'amour, l'ambition, les honneurs, la naissance,
Avaient sur nos esprits gardé quelque puissance.
Aujourd'hui nous n'avons qu'un seul dieu : c'est l'Argent,
Maître sombre et jaloux qui, trouvant outrageant
De n'être pas le seul qu'on aime et qu'on contemple,
A chassé sans pitié les autres dieux du temple !
3-
— 30 —
Aussi règne-t-i.l seul dans nos coeurs abaissés,
Affichant sans pudeur ses dogmes insensés
Être riche à tout prix , riche quoi qu'il en coûte,
Dussent périr l'honneur et le devoir en route !
On conçoit aisément, ce principe adopté,
Quel crime grave, aux yeux de la divinité,
Doit être un mariage où l'amour nous conseille,
Il faut à ses avis savoir fermer l'oreille
Et se bien pénétrer de ce point capital :
C'est que, de notre temps, le lien conjugal
Ne se contracte plus, ainsi qu'aux anciens âges,
Pour apaiser du coeur le trouble et les orages ;
Pour, donner, dans la vie, à la femme un soutien ,
Et, dans le doute, à l'homme un doux ange gardien.
Il n'est pas fait non plus pour propager l'espèce :
Son but est simplement d'acquérir la richesse.
Cet acte solennel, ainsi considéré,
D'honneurs et de respects reste encore entouré.
Offrant aux épouseurs de puissantes ressources,
Au lieu d'unir les coeurs, l'hymen unit les bourses.
— 31 —
Tel se mariera mieux qui saura mieux compter,
Dont l'esprit positif saura mieux supputer
L'avoir de la partie en immeubles ou rentes.,
Ce qu'on peut espérer des oncles ou des tantes ,
L'âge des grands-parents, leur état de santé,
Et ce que ce catarrhe ou cette infirmité,
S'il gèle fort l'hiver, peuvent offrir de chances :
C'est ce que nous nommons bilan des espérances.
Quant à l'objet lui-même, il n'y faut point songer,
Car c'est justement là que serait le danger.
Bien fou celui qui veut savoir si la personne
Qu'il épouse est jolie, acariâtre ou bonne.
Qu'importe ce qu'elle est, quand on sait ce qu'elle a,
Dès l'instant qu'on la prend justement pour cela !
L'épouse, pour l'époux, n'est qu'un simple accessoire,
Et, réciproquement, tout est dans le grimoire
Qu'un notaire a dressé sous le nom de contrat,
Acte où chaque conjoint, aidé d'un avocat,
Cherche à faire sa part au détriment de l'autre.
Ah ! mon cher Valentin, quel beau siècle est le nôtre !
VALENTIN.
Et tu prends ton parti de vivre en ce temps-ci
ARISTE.
Il me semble, mon cher, que tu le prends aussi.
VALENTIN.
Moins bien que toi toujours. Je n'ai pas le courage
De railler comme toi : tu ris, et moi j'enrage !
Je veux rendre pourtant justice à qui de droit :
Quoi-que tu puisses dire, il me semble qu'on doit
N'imputer qu'à nous seuls cette mode perverse
Qui transforme la femme en objet de commerce.
ARISTE. .
Quelle erreur! quelle erreur, mon pauvre Valentin
Et d'abord on peut dire, axiome certain,
Qu'on ne peut acheter que ce qui veut se vendre.
Il serait, à mon sens, superflu d'entreprendre
Une discussion dans le but de prouver,
Des femmes ou de nous, lesquels ont su trouver
Ce mode ingénieux d'unir nos destinées,
Car il est établi depuis longues années ;
Mais je proclame ici, sans esprit, de parti,
Le coeur du sexe faible à ce point perverti,
Qu'encor mieux que le nôtre il sait feindre ou se taire
Quand il s'agit du choix qu'une femme doit faire.
Il en est parmi nous qui reculent encor
A prendre une guenon qu'on a couverte d'or;
Le coeur atrophié murmure quelques, plaintes
Et semble s'éveiller sous les cendres éteintes.
Ceux-là sont peu nombreux, mais enfin j'en connais.
La femme, mon ami, ne sourcille jamais.
Je suppose une fille ayant passé cinq lustres,
Jolie et sans fortune, et le dernier des rustres,
Avec beaucoup d'écus : c'est le cas d'un marché:
Le rustre, fût-il vieux, infirme et débauché,
Laid, méchant et bossu comme Polichinelle,
Obtiendra cette fille, étant plus riche qu'elle ;
Et l'on écartera par un refus moqueur
— 34—
Un homme pauvre, jeune, aimable et plein de coeur.
L'étude de la femme, en fait de mariage,
Montre de tels excès.d'audace et de courage,
Qu'elle a fait quelquefois mon admiration,
Et j'y trouve une excuse à cette abjection.
VALENTIN.
Hélas! arrête-toi, je t'en conjure, Ariste;
Tu disperses, armé de ton fouet pessimiste,
Le peu d'illusions qui me restent encor.
Ah ! si mince qu'il soit, laisse-moi ce trésor.
Ne connaissons-nous pas, j'en appelle à toi-même,
Des femmes qu'on ne peut confondre sans blasphème
Avec le type affreux que tu dépeins si bien?
ARISTE.
Rassure-toi, mon cher, ton avis est le mien.
J'ai le bonheur d'avoir de charmantes amies
Qui n'ont rien de commun avec ces infamies.
C'est même un fait qu'ici je constate avec soin :
— 35 —
Car j'avoue humblement, avant d'aller plus loin,
Qu'une crainte me vient, qui m'effraye et me vexe,
Celle de me brouiller avec tout le beau sexe.
J'admets donc volontiers, je viens le confesser,
Quelques exceptions, où je veux m'empresser
De vous ranger d'abord, ma charmante lectrice,
Surtout si vous voulez être ma protectrice
Et déclarer bien haut, n'en fût-il rien pour vous,
Que mes vers sont charmants envers et contre tous.
VALENTIN.
Bonne distraction! Ami, tu me fais rire;
Je cherche à m'expliquer ce que tu viens de dire.
ARISTE.
Ne devines-tu pas quel projet est le mien?
Je voudrais publier ce petit entretien,
Et j'y plaçais déjà ce que tu viens d'entendre,
Comme, précaution indispensable à prendre.
— 36 —
VALENTIN.
C'est adroit. Mais poursuis ta satire à ton gré;
Je ne t'interromps plus.
ARISTE.
Fort bien ! J'achèverai.
La femme, de nos jours, n'est plus qu'une poupée,
Du matin jusqu'au soir, sans relâche, occupée
A mettre, ôter, remettre et ranger ses chiffons,
Fermée à tous propos, sérieux ou bouffons;
De ce seul soin sa tête est si fort possédée,
Qu'il ne peut désormais s'y loger d'autre idée,
Et que tout entretien la fait fuir ou bâiller
Qui ne s'occupe point de l'art de s'habiller.
Ne croyez pas pourtant que mon humeur chagrine
Vienne ici déclarer guerre à la crinoline.
Non, Mesdames, je vois son ampleur sans effroi;
Vos toilettes n'ont rien à redouter de moi.
N'ayez d'autre souci que celui d'être belles;
— 37 —
Appelez à votre aide et l'or et les dentelles,
Drapez-vous dans des flots de soie et de velours,
Si ces riches tissus ont de plus doux contours,
Si leurs plis ondoyants, dans cette ampleur énorme,
D'une taille de guêpe accusent mieux la forme.
Mettez des anneaux d'or à vos bras potelés,
Des bagués de rubis à vos doigts effilés,
Et faites ruisseler comme des avalanches
L'or et les diamants sûr vos épaules blanches;
Mêlez dans vos cheveux, aux parfums du sérail,
Les rubans et les fleurs, la perle et le corail ;
Empruntez, en un mot, tout ce que la parure,
Quant le goût y. préside, ajoute à la nature.
La soie et le velours, les fleurs et les bijoux,
Les tissus indiens sont vos trésors à vous ;
Ou, comme dit Musset dans ses vers pleins de charmes,
Toutes ces choses-là, Mesdames, sont vos armes.
Que chacune de vous s'arme, et, malgré Dupin,
Descende dans l'arène en vidant son écrin,
Si tel est son plaisir; car vous pouvez tout faire
— 38 —
Quand vous avez pour but de charmer et de plaire.
Je dois dire pourtant, si j'étais consulté,
Que je conseillerais plus de simplicité
Outre son impuissance à rendre plus aimable,
La parure a parfois un écueil redoutable;
On gâte, à la parer sans mesure et sans goût,
L'oeuvre de Dieu, si simple et si belle partout.
Pour plaire et pour aimer Dieu vous ayant fait naître,
Suivez vos seuls instincts, ils vous feront connaître,
Pour atteindre à ce but, les moyens les plus sûrs;
De tout autre dessein que vos coeurs restent purs :
Du seul désir de plaire étant bien pénétrées,
Vous serez, j'en suis sûr, modestement parées.
Mais est-ce donc pour plaire, ô femmes, dites-moi,
Ce luxe affreux qui met tout un siècle en émoi?
Allons donc ! votre coeur n'a plus de ces faiblesses!
On se pare aujourd'hui pour montrer, ses richesses ;
Et vous avez si bien perdu le sens, moral,
Que votre coeur glacé se défend, comme un. mal,
De l'amour le plus pur. Allez donc, adressez.
— 39 —
Au veau d'or le tribut de vos coeurs cuirassés,
Sur l'asphalte fangeux laissez traîner la soie
Dans l'ordure et la boue, afin que chacun croie
Qu'ayant un coffre-fort gorgé de millions,
Vous n'avez nul souci de ces riches haillons.
Parez-vous par orgueil et portez, belles dames,
Le cachemire enseigne et les robes réclames ;
Changez trois fois par jour; mais, soit dit entre nous,
Si l'argent fait défaut, ne mettez rien dessous.
Ne vous préoccupez que de tout ce qui brille :
C'est ainsi qu'on attrape un mari pour sa fille.
Mais prenez garde à vous, vous pourriez aisément,
Par la même raison, accrocher un amant.
Un amant! direz-vous, quelle est votre folie?
J'en conviens volontiers, c'est une anomalie
De vous parler d'amant, puisque j'ai prétendu
Que dans, ce siècle-ci l'amour était perdu.
Mais on peut, sans amour, avoir une maîtresse :
C'est encore un moyen d'étaler sa richesse;
C'est un luxe superbe et d'autant plus tentant
— 4o —
Que le prix de l'objet est plus exorbitant.
En un mot, aujourd'hui toute femme est à vendre
Et trouve parmi nous acheteur pour la prendre,
Que ce soit pour le bon ou le mauvais motif.
VALENTIN.
Le fond me paraît dur et le tour un peu vif ;
Mais, ayant du beau sexe une si pauvre idée,
J'en conclus que, pour toi, c'est chose décidée,
Quoi qu'il puisse arriver, de demeurer garçon.
ARISTE.
Je conclus, cher ami, de la même façon ;
Mais je ne voudrais pas qu'un notaire en prît acte,
Et qu'on me crût lié par un semblable pacte.
Il m'est doux d'être libre, et j'y veux persister,
Mais je serais blessé qu'on me vînt contester
Le droit de m'enchaîner, si mon âme est saisie,
Un jour, de cette étrange et sotte fantaisie.
Ce. cas-là, Valentin, est justement le tien.
— 41 —
N'as - tu pas, au début de ce long entretien,
Déploré les ennuis d'un célibat austère ?
Prélude insinuant qui contient un mystère
Et me fait espérer un plus complet aveu.
VALENTIN.
Allons donc ! tu me crois quelque projet sous jeu
Que je t'aurais caché? Tu te trompes, Ariste,
J'ai dit que vivre seul était chose fort triste,
Et que dans l'âge mûr le coeur sent doublement
Le vide et les ennuis de cet isolement.
J'y voudrais mettre fin, mais la chose est si grave
Qu'elle me fait frémir, et je ne me sens brave
Qu'en parole, et de loin; mais dès l'instant qu'il faut
Y songer tout de bon, Je coeur me fait défaut !"
Quel que soit le bon sens sur lequel je nie fonde,
Je ne saurais prétendre à réformer le monde;
Donc, il faut obéir aux usages reçus :
Faire taire le coeur et parler les écus.
On me demandera la valeur intrinsèque
4.
— 42 —-
De chacun de mes biens, et si quelque hypothèque
Ne grève pas l'un d'eux. On me demandera
L'âge de mon vieil oncle, et l'on m'objectera
Que le bruit a couru que pour sa gouvernante
Il avait le coeur tendre et l'humeur complaisante ;
Qu'elle a sur ce vieillard gardé son ascendant,
Et qu'un don par contrat serait sage et prudent.
Puis, passant à l'actif de la jeune, personne,
On fera l'exposé de tout ce qu'on lui donne,
Et l'on balancera cet actif et le mien.
Si l'on passe au contrat, je n'objecterai rien ;
Ayant l'esprit obtus sur ces sortes de choses,
J'abandonne le soin d'en rédiger les clauses.
L'affaire en étant la, tu peux croire aisément
Qu'elle n'en est encor qu'à son commencement.
Erreur ! tout est fini. La mère de famille
Peut-être me dira : Connaissez-vous ma fille ?
Si je réponds que non, que je n'ai pu la voir
Qu'une fois par hasard, dans la foule et le soir;
Qu'il me semble important de se voir face à face,
— 43 —
Pour qu'une liaison plus intime se fasse,
On rira de pitié. Pourtant on me dira :
« Eh bien, venez ce soir, on vous la montrera. ».
Et le soir, en effet, posté dans l'embrasure,
Je pourrai contempler les traits de ma future.
On dansera sans doute, et peut-être aurons-nous
La chance d'échanger quelques propos bien doux :
« Il fait bien chaud, Monsieur » ; ou : « La musique est bonne.
Le lendemain je vois arriver en personne
Le père de l'objet; son front est radieux.
« Ma fille, me dit-il, vous trouve un peu trop vieux;
Mais elle n'a pourtant aucune répugnance ;
Et, puisque vous avez fait ample connaissance,
Nous n'avons qu'à fixer le grand jour sans retard. »
Me vois-tu, cher ami, pris dans ce traquenard ?
ARISTE.
Et comment veux-tu donc qu'avec nos habitudes,
On fasse à ce sujet de plus longues études?
L'usage des Anglais, fort sage en pareil cas,
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Est le seul pour cela que nous ne suivions pas.
La fille anglaise est libre et peut vivre à sa guise ;
Ici nous l'enfermons comme une marchandise
Qui se gâte au grand air, et qu'en toute saison
On entoure de soins jusqu'à sa livraison.
S'il fait beau, pour montrer sa tournure et sa mine,
On la sort avec pompe : ainsi., dans sa vitrine,
Pour attirer la foule, un marchand met le soir
Les objets précieux qu'il veut faire valoir.
Et crois-tu maintenant, avec un tel système,
Pouvoir en quelques jours, en deux ou trois mois même,
Connaître assez la femme à laquelle tu dois
Confier ton bonheur et ton nom à la fois?
On te la montrera toujours peinte et parée,
Récitant chaque jour la leçon préparée,
Chassant le naturel, et feignant des vertus
Et parfois des défauts qu'elle n'a jamais eus.
Mais pour toi resteront à l'état de mystère
Sa vie intérieure et son vrai caractère ;
Bien mieux, ce caractère est-il même formé,
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Et son coeur n'est-il pas comme un livre fermé,
Où, pas plus que toi-même, elle ne saurait lire?
Certes, p ar les motifs que je viens de te dire,
On doit le supposer. Grâce à nos préjugés,
Les seuls mots que sa bouche ait jamais échangés
Avec toi, comme avec tous ceux de ton espèce,
Sont ceux d'une banale et froide politesse.
Pas d'intime entretien, pas le moindre abandon
Qui ne soit une faute indigne de pardon.
En revanche, aussitôt que le maire et le prêtre
A cette femme ont dit : « Femme, voilà ton maître,
Tes uniques amours et ton unique appui »,
Et qu'elle a fait serment de n'obéir qu'à lui,
Nous avons, au mépris de cette foi jurée
Et du bon sens, traduit la formule sacrée :
O femme! maintenant tes liens sont brisés.
Chasse cette réserve et ces airs composés.
N'as-tu pas, grâce aux soins d'une mère qui. t'aime,
Sans trop longtemps attendre, atteint le but suprême?
Sois donc libre à présent, ne dissimule plus,
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L'acte étant consommé, ce sont soins superflus.
Laisse tomber ton masque, et, quittant ta retraite,
Montre-toi chaque jour telle que Dieu t'a faite.
Et la femme obéit. C'est pourquoi, Valentin,
Quand tu m'as dit ces mots : Je veux faire une fin,
Je me suis dit tout bas : Dans cette circonstance,
L'homme fait une fin, mais la femme commence.
Et ce contraste fait que j'ai toujours été
Frappé de l'avantage énorme, incontesté,
Qu'ont à ce propos-là les femmes sur les hommes.
Les femmes, en effet, nous voient tels que nous sommes ;
Nous vivons au grand jour, et chaque femme peut
Sur les moeurs de chacun savoir ce qu'elle veut,
Tandis que pour nous tous leur vie est lettre close,
Et que, quand nous pouvons en savoir quelque chose,
Et que la vérité se montre à nous sans fard,
On nous jette en riant ces mots : « Il est trop tard ! »
VALENTIN.
Il est, mon cher ami', des choses, dans le monde,

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