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Caius Gracchus : tragédie en trois actes : représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre de la République, le 9 février 1792, l'an I de la république française ([Reprod.]) / par Marie-Joseph Chénier,...

De
61 pages
chez Moutard (Paris). 1793. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLUECTÏON
LES ARCHIVES DELA
RÉVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headinglon Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
CAIUS GRACCHUS,
T Ri G Ë D T E.
JE clic .e que je pourfuivrai devant les Tribunaux tout
Enrreorencur de SpeiUcle, qui, an-.mépris de la propriété &
dis Lois exiftant.es fe pehnettra de foire repréfenter cette
Tragédie fans mcn contentement formel ik par écrit.
Marie-Joseph Chénier.
A Paris ce Mars l'an Ii de la République^
D'après le traité fait entre nous Marie-Jofeph Chénier,
Atiumde la Tra^à'Jîe du Caïuî Gracrhas & Nicolas-Lége,
Moutard, Libraitû Imprimeur àParts, nous deelarohs que cet
Ouvrai; CI notre propriété commune conformément aux
dasifes tlcni nous hommes convenue Nou? la plaçons fous la
fauve- gn-de des l^ois & de la probité tfeTGitoyens & nous
poiirCuivton- devant les Tribunaux tout Contrefacteur & tout
Diftribiï'ciir d'éditions conrréfaites.
A Paris, ce Mars 179; l'an II de la République Françaife.
Député à la Convention Nationale par le Département de
Seine & Oife.
îlenri VIII & Anne de Bonlen, Calas ou l'École des
Juges, Tragédie! du meme Auteur font aâuelleni,ent fou»
prefli. On trouve chez le même Libr are Fénelon Tragédie
du miims Auteur. Prix 1 liv. 10 fols.
Par Marie- Joseph
Février de l*
Des Lois Se non du fang. A&e
m.
Prix .1 livre
Chez Mobiarb, Libraire-Imprimeur rue d«
Mathurins, Sedion de Beaurepaire N». j j 4,
DRU SUS, Tribun du Peuple.
SÉNATEURS.
T E U R S.
SUITE.
Za Rome.
CAIUS
CAIUS GRACCHUS.
T RAGÉDIE,
ACTE PREMIER.
La Scène eft dans l'intérieur de la mai/on de Gracchus,
A la droite du Théâtre un peu dans l'enfoncement, on
voit une urne funéraire pofée fur un focle de granit.
La Pièce commence vers la fin de la nuit.
SCÈNE PREMIÈRE.
CAIUS GRACCHUS, LICINIA.
G R A C C H t1 1.
,V A ne m'écale plus ces timides alarmes,
L i C I N I A.
Tu me fuis cher époux.
G r a c c m u s%
Je fuis loin de tes larme*
t C A I Û S G R A CC H U S,
L 1 C I N i A.
ltenonce à tes deffeins.
G R. A C C H U S.
f""7 Rien ne peut les changer.
LlCINIA.
Au danger que tu cours.
G R A C C H U S.
Qu'importe le danger ?
L i C I N I A.
Ecoute les confeils d'une époufe qui t'aime.
Graccii:us.
J'ccoiuc £c la Pairie ,& le Ciel Se moi-meme
La voix de l'équité le cri de la vertu
Le cri d'un Peuple entier fous le joug abattu
Qui languit dans l'opprobre & dans la. fervitude.
Oui duc- il me payer par fon ingratitude
Gracchus le foutiendra jusqu'au dernier moment,
Et dès long-temps aux Dieux j'en ai fait le ferment.
L I C I N 1 A.
Tu me par;es toujours de ce ferment funefle
Ces Dieux, ces mêmes Dieux que ta fureur attefte
De concert avec moi/devraient te défarmer
Tu leur as fait autli/le ferment de m'aimer.
TRAGÉDIE.
«Ai)
Gracchus.
Cruelle à ton époux ce reproche s'adreue
LlCINIA.
D'époux en ai-je encor ? j'ai perdu fa tendrelfe
Et ma voix mes.conteils qui veulEnt fon bonheur
Ne favenc pl.is trouver le chemin de ton cœur.
Gracchus.
.Ancre &• Congé enfin que ce difcours me bleffe.
Voudrais-tu des Tyrans m'infpirer la faibltile ?
On les voit adorer de coupables beautés
A leurs pieds chaque jour changeant de volontés
De leurs vœu: inconfians échos rcr.jours. fiJilcs
N'entendre ne penfer & n'agir que par elles
Tandis que (ans pudeur, régnant par les déiîrs,
Eiles vendent l'Erat pour payer leurs plaiffix
Une arne citoyenne un fils de Cornclie
Sait aimer fon époufe & chérir la Patrie
A ces deux fentimens je cède tour à tour
Mais l'intérêt» public marche avant mon amour.
È N
GRACCHUS, MCINIA, CORNÉLIE.
C O ORNE L I E.
DA N l'ombre de la nuit quelle voix me réveille}
G R A C CHUS.
C'eft la voix d'un Romain qui frappe votre oreille.
C O R N É t I E.
ïft-ce toi mon cher fils A cette heure en ces lieux
G R A C C H U • »..
Ma mère 3 des long-temps le repos fuit mes yeux.
C 0 R N i L 1 E.
Mon fils* profite. mieux de la bonté célefte
Ce. un nomme la vie eft un préfent fui4fte-,
la pitié, des Dieux, parmi tant de fléaux,
Nous donna le fommeil pour fouîager nos maux.
G R c c C H V "S.
Mes maux font ceux de Rome.
CoRNïtIE.
Il eft vrai.
TRAGEDIE. f
A
Gkacchvs.
Cornélie:
C o il n i i i t,
Caïus.
Gracchus.
1 Autour de nous veille la «tyrannie.
C O HNÉLIE.
Je le fais.
G r a c c h v s.
Elle veille au Forum au Sénat
Dans le Temple des Dieux, au fein du Tribunal
Cornélie.
Eh bien
G R. A C C H U S.
La liberté que par-tout on exile
Veille au moins chez Gracchus; mon toit eft fon afilei
L I C I N I A.
Ainfi Rome eft efclave ainfi la liberté
Au fein de nos remparts n'a jamais.exifté!
Ofes-tu le penfer Ces Dieux de la Patrie
Ces fameux Scipions aïeux de Cornélie
Brutus, Publicolaj tous ces grands Sénateurs,
Des murs de Romulus les feconds fondateurs
Sous le vain nom du Peuple agiflànt pour eux-mêmei
N'ont-ils fait qu'ufurper l'autorité Suprême
de nouveaux Tyrans
Vr R A C C M U
Non
Ver: j- iniis
Au rié ^'e {on caprice
Et donner aux Romains des Tribuns de ion choix.
Par combien de de vils artifices
derniers Comices?
Pour la uoificme fois les Citoyens
̃ Allaient nommer Cr.j'us au rang de leurs
Mais le Sénat > la lie d'un Tribun populaire
A ferait l'indigence i'viJc & mercenaire:
Par l'on!1; Sénarrurs Prufin cil élevé
A ce rang glorieux qui m'était icfoivé.
Chaque jour chaque
MiciOpimius fallait un
(Juii.rus un du; n'a pas
A ceux cuti fur nu.s
Le
Cjuinrus a de (es
TRAGÉDIE. t
A iv
Le Conful auffi-tôt convoquant le Sénat
Croit qu'un tel châtiment va renverfer l'EtaU
On dirait à'Tafpeâ: de fa crainte frivole
Que Brennus eft enc6re au pied du Capitole
Et tous les Sénateurs qu'Opimius conduit,
Sonr, pour ce grand objet raflèmblés cette nuit.
Ils ne m'abufent point par ces grpffières feintes;
Je crois à leur vengeance & non pas' à leurs craintes;
Ces Tyrans de la Terre au fang accoutumés
Du meurtre d'un Licteur ne font pas alarmés
Ils le font de mes lois leur infolente rage
De mon frère Se de moi veut détruire l'ouvrage;
Contre la liberté tout femble confpirer
Mais puifqu'il eft des Dieux j'ofe encore efpérer.
L i c i n i A.
Ils ont abandonné votre malheureux frère.
Malgré tant de vertus le fort lui fut contraire
Et contre le Sénat fon imprudent effort
Gracchus.
Achève ne crains rien, rappelle-moi fa mort,
L i c i n i a.
Hélas
Gracchus.
Rappelle-moi ce jour où leur furie
L'ofa frapper au fein des Dieux de la Patrie
Sotwfîril de Jupiter en ce lieu révéré,
Que la mort d'un grand homme a rendu plus facré.
f CAIUS GRACCHUS,
J'étais bien jeune alors au récit d'un tel crime
Je vais j je cours m'offrir pôur féconde victime.
J'adr^Te aux meurtriers des cris mal entendus
Les yeux noyés de pleurs & les bras étendus
Pour la première fois employant la prière
Je leur demande au moins les reftes de mon frère
Et ce frère & la mort, ils m'ont tout refufé.
Au mépris des Tyrans fon cadavre expofé
Fut jeté dans le Tibre &- l'onde épouvantée
Roulait avec respect fa tête enfanglantée.
Près de ce bord fatal fôlitaire & conduit
Par lés faibles lueurs de l'aftre de la nuit
Par les traces du fang que je fuivais fans cène,
Par la faveur du Ciel fur-tout par ma tendrene,
Je vis, je rafleniblai fes membres difperfés
Ma bouche s'imprima fur fes membres glacés
Et ma main dépofa fa cendre augufte & chère
Dans l'Urne oà l'attendait la cendre de mon père.
C O Il N L I E.
Chagrin toujours nouveau pour un coeur maternel
Jour de &ngl premier jour de mon deuil éternel,
Où du Peuple Romain la douleur importune
En ftériles fanglots m'applit mon infortune
Où je vis à mes pieds le fécondée mes fils
De mon fils égorgé m'apportant les débris'
D'abord rnorî dêfefpoir euh quelque violence,
Bientôt nos pleurs amers s'écoulaient en filencej
Tous dçux reftes généreux-,
5ur nos feins -palpitons nous les ferrions tous deux:
§
0 prodige il femblait qué fes cendres émues
Sentaient avec plaifir nos larmes confondues.
L i c i n i a. *̃̃
Grands Dieux
C O-R N É l i £.
Licinia, vous répandez des pleurs
Ce n'en pas tout encor. Pour calmerjes douleurs
Caïus abandonné n'avait que Cofnélie^
A fes deftins alors vous n'étiez point unie.
Les Grands applaudiraient au trépas d'un Héros
Et moi près de -Caïus étouffant mes fanglets
Quel tourment quel devoir hélas pour une mère 1
De la mort de mon fils je confolais fon frère.
GraccHus.
O ma mère il eft vrai.
[C O R N É L I S.
Tu t'en fquviens, Cales
Moi, je me confolais en voyant tes vertus.
Licinia.
1 Hélas de fes vertus quelle eft la récompenfe ?
Si les Romains charmés vantent fon éloquence,
S'il eft l'appui du Peuple, un Sénat ombrageux
Lui fera payer cher cet honneur dangereux.
Caïus doit-il des fiens repouffer la tendreflè ?
Ah des chagrins publics le tourmentent fans celle:
c o C A 1Ù S G ïl A C C EU S
Déformais tout l'appelle en ces paifibles lieux
Ses yeux y trouveront & fa, mère & fes, Dieux,
Et fon unique enfant prêtent des devinées
NQûTvoit déjà pour.lui s'écouler cinq années
Sa tendre époufe en6n que ton cœur doit chérir
Aux regards d'un -époux viendra fonvent s'offrir.
Caïus auprès des tiens) fi Caïus veut m'en croire
Connaîtra le bonheur qui vaut mieux que la gloire.
C O R N É L I E.
Non non Licinia n'abufez point fon coeur;
Pariez de fon devoir & non de fon bonheur.
Voulez-vous, dites-moi lorfqaa dans la tribune,
Et de Rome & du Monde on règle la fortune
Qu'il (dit dans fes foyers lâchement retenu,
Et qu'entré fur la-Terre, il en forte inconnu ?
Les hommes tels que lui font nés pour la Patrie;
,Il lui doit fes talens fes travaux & fa vie
Jufqu'à fon dernier jour qu'il s'enchaîne à l'Etat,
Qu'il abaiffe les Grands qu'il réfifle au Sénat
Que f u Peuple fans csffe il prenne la défenfe,
Un immortel renom fera fa. récompenfe.
Il fait braver attendre & fubir les revers
.Et quand les Sénateurs ces Tyrans ces pervers
Fetaient tomber fur lui l'exil & la mort même,
Dans le fein de l'exil à f on inftant fuprèrne
Sans daigner aceufer Ces deftins rigoureux
Si la Patrie eft libre il fera trop heureux.
Il TRAGÉDIE. ii
S C È N E III.
GRACCHUS, LICÏNIA, CORNÉLIE,
FUL V1U'S.
G R A C C H U S.
.ON vient.
Ll C NI I A.
• C'eft Fulvius, c'cfl: ton ami fidèle.
F V L V I U S.
Défenfeur des-Rtiniains, vole où Rome t'appelle.
'GfcAÇCH'B 5.
Quel attentat.-nouveaw- fe prépare aujourd'hui?
Fulvius.
Le Sénat veut la guerre entre le Peuple & lui.
Gracchus.
De la part du Sénat rien ne doit me furprendre.
F u L v i 'os.
Il va nous attaquer fongeons nous défendre.
Opimius peut tout un décret du Sénat
Remet entre fes mains le falut de l'Etat.
De fes nombreux cliens la place eft aulégée
De Quintus, a-t-il dit, la mort fera vengée.
Telle eft (on efpérance 8c nous pouvons juger
Comment fur quels Romains il prétend la venger.
Aux fommets d'Aventin tout le Peuple en alarmes,
Par mes foins raflemblés veut recourir aux armes
Car je n'ai point cherché ces cibles citoyens,
Vendus à leurs plaifirs efclaves de leurs biens
Amollis par le luxe,, ils ont befoin de maîtres
3 'ai cherché ces Romains, qui, fuivant nos ancêtres, 1
Dans le feiii du travail & de la pauvreté,
Conservent de leurs moeurs,la mâle auftérîté
Et des murs du Sénat féparés par le Tibre,
Semblent feuls parmi nous refpirer un air libre.
Ces vertueux Romains réunis à ma voix,
Vont jurer en ces lieux de défendre nos lôîx:
Pour rafïiirer leurs coeurs. dans ces craintes publiques;
Ils cherchent ta préfence & tes Dieux domeftiques;
Tes foyers, (ont pour eux un temple refpe&é
Que l'encens des Tyrans n*a jamais infe&é.
Gracchus.
De ce Peuple opprimé les vertus me font chères.
T R AG Éfi IE.
S C È NE' IV.
GRACCHUS, LICINIA, ÇORNÉLIE,
FULVIUS, LE PEUPLE.
Gracchus.
Vjitoyens, mes égaux, mes amis & mes frères
Venez quelques momens refpirer dans mon fein
La maifon de Gracchus eft au Peuple Romain.
D'un Sénat oppreffeur vous voyez l'infolence
Chez des républicains le Peuple eft fans puiflance
Et le monde par vous fournis à vos tyrans
Voit dans les mêmes fers géimir fes conquérans.
Auprès des Sénateurs dépouillez la contrainte;
Si vous les abordez fans refpect & fans crainte,
Non les regards baltes, tels qu'aux pieds des autels
On vous voit préfenter vos vœux aux immortels,
Non comme les foutiens, les protecteurs du Tibre,
Mais comme vos égaux, membres d'un peuple libre;
Si vous foulez aux pieds l'orgueil patricien
Enfin j fi vous pouvez, fiers du nom plébéien
Sourds aux vains préjugés d'une antique nob'.effè
Concevoir votre force & fentir leur faiblelfe;
Tous ces droits éternels que vous avez perdus,
Soyez fûrs qu'en un jour ils vous feront rendus.
Détruirez, renverfez ces abus facriléges,
Tous ces vols décorés du nom de privilèges.
14 CAJUS GRACCMUS,
Jufqù'ici peu jaloux de votre dignité
Vous avez adoré le nom de liberté;
Elle n'çxifts point dans les remparts de Rome
Par-tout ou, l'homme enfin n'ett point égal à l'homme-.
Mais la fin de -vos maux eft en votre pouvoir;
Et punir fes tyrans c'eft remplir un devoir.
le Peuple.
JnCqu'au fond de nos cœurs fa voix fe fait entendre;
C'eit la voix de fon frère.
G R A C C H U s.
Amis voyez fz cendre.
JJi de Tiberius les débris confumés
Par la main fraternelle ont été renferme-.
Vous l'avez teus connu: ce fublime gfiie,
Cher au Peuple Romains, craint de :yrannie,
Cette voix, ces accens que vous n'entendez plus,
Ces foudres d'éloquence* ces mâ'.es venus
Cet oeil ou refpirak fon ame ardente ({ faôrc
Tout eft là Ciwcns tout r.'eO-plns que poudre.
«^or.orcz de vos pleurs ce acre monument
Et dépofons fur lui notre commun ferment.
F U 1 V I V S,
Aux devins de Gracchus les vrais Romains s'uniffent;
Prononce le ferment, tous nos cœurs applaudirent.
t
r. X""c-ci;îr t; s.
O mon frère en ces lieux que ton cœur a chéris,
Sous le toit paternel & devant cesj débris
Anfli tamis que les Dieux adorés dans nos Temples,
Nous jurons ( i ) d'imiter tes généreux exemples
De fervir_, de défendre avec fidélité
Les intérêts du Peuple & de la I.iberré.
Si nos cœurs fe rendaient coupables d'ihconftance
Puisons-nous obtenir pour notre récompense
Le trépas le remords abreuvé de poifons
Et l'opprobre éternel qui fuit les trahirons!
C O R N É L I E.
Généreux Citoyens, que le Ciel vous féconde
Allez & préparez la I,iberté du monde..
Toi, mon fils mon foutien mon uniquc tréfor
Par qui Tiberius fembîe exiger encor
Du fond de l'urne fainte & chère à la Patrie
Dis-moi n'entends-tu pas une voix qui te crie
« Mon frère me furvit je fuis mort égorgé
» Dix ans font écoles; je ne fuis point vengé
Ecoute mon cher fils & le Ciel & ta mère
Sois docile à la voix de ton malheureux frère
Sois fenfibîe à fes cris qui te font adrellès
Fais payer au Sénat les pleurs que j'ai verfés
Prends reçois ce poignard des mains de Corné'lie •
Sans remords fans délai frappe la tyrannie
Caïus, en prononçait ces mots, tend la main ver; IV,
de r,Der,US; FulviUS & le peuple font mêmes moiycm,a 'C
,6 CAIUS
inhumains
Venger ton frère toi ta mère & les Romains,
J& K A C C H U S.
Donnez; je prends ce fer,, je le prends pour défendre
Un fang que le Sénat peut fonger à répandre,
Ou pour me délivrer des Tyrans &-du jour
Si notre liberté fuccômbait fans retour.
Modérez toutefois l'ardeur qui vous emporte;
Contre les Sénateurs votre haine eft bien forte
Rome fait à quel point mon cœur doit les haïr
Mais c'eft avec la loi que je veux les punir.
D'un autre châtiment la violence extrême,
Eft indigne de moi d'un frère & de vous-même
Votre fils ne doit point imiter le Sénat,
Et venger un Héros par un aflaflînar.
t^O R. N É L I E.
Ah les Patriciens feront moins magnanimes
Ils font depuis long-temps accoutumés aux crimes.
L i c i N i A.
De tes vils ennemis fi la barbare main.
Je ne puis achever.
G R A C C H U S.
S'ils me percent le fein;
J'aurai fait mon devoir je reverrai mon frère.
LlCINIA.
TRAGEDIE: 17
B
m. L I C I N I A.
Tu peux abandonner ton époufe & ta mère
G H. A C C H U S.
Quand ma mort de vos yeux fera couler des pleurs
Ma gloire au moins pourra cotifoler vos douleurs.
L i c i N i a.
Et notre fils cruel
G R A C C H U S.
Son père le confie
A tes foins chère époule à ceux de Cornélie.
F U l v 1 U s.
Que Rome en cet enfant reconnaifle un Gracchus.
Gracchos.
Fille de Scipion vous fille de Craflus
Qui toutes deux m'aimez & qui m'êtes fi chères
Rentrez aux immortels adreflèz vos prières.
Vous defcendans de Mars venez au nom des lois
Sur des Ufurpateurs reconquérir vos droits.
Qu'un Peuple Roi de nom, celle enfin d'être efclave;
Il eft temps d'abaiflèr un Sénat qui vous brave;
Il eft temps d'abolir la diftance des rangs
Je pouvais augmenter le, nombre des Tyrans
Au fein de mes foyers aux camps à la mbune
J'ai depuis
Du Sénat
Et mes vous..

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