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Campagne de Kabylie en 1857. Marche générale de la campagne, ensemble des opérations particulières de la division de Mac-Mahon... : mémoire publié, avec autorisation du ministre de la guerre / par le capitaine d'artillerie Eug. Clerc

De
160 pages
Impr. de Lefebvre-Ducrocq (Lille). 1859. 162 p., une carte et trois vues ; in-4°.
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CAMPAGNE DE KABYLIE
EN 1857.
CAMPAGNE DE KABYLIE
EN 1857.
MARCHE GÉNÉRALE DE LA CAMPAGNE :
Ensemble des opérations particulières de la division de Mac-Mahon ;
OPÉRATIONS DÉTAILLÉES DE SON ARTILLERIE;
UNE CARTE ET TROIS VUES;
Mémoire publié avec autorisation du Ministre de la guerre.
Par le Capitaine d'artillerie
Eue. CLERC.
LILLE,
IMPRIMERIE DE LEFEB-VRE-DUCROCQ, PLACE DU THEATRE, 36.
15 Mai 1859.
Je suis heureux de pouvoir reproduire quelques lettres,
qui donneront au récit qui va suivre, toute l'authenticité et
toute l'autorité que je pouvais ambitionner.
Alger, le 24 janvier 1859.
Mon cher capitaine,
M. le général de Mac-Mahon me charge de vous remercier du mémoire
que vous lui avez envoyé sur la dernière expédition de la Kabylie. Les
affaires qui l'ont assailli à son arrivée en Algérie, ont été cause qu'il n'a
pu lire ce mémoire aussi vîte qu'il l'aurait désiré. Il a trouvé que, dans
tout le cours de votre récit, vous étiez fidèle à la vérité et que vous
reproduisiez très-heureusement les diverses phases de cette petite cam-
pagne, qui a été, sans contredit, l'une des plus intéressantes de l'armée,
depuis que nous sommes dans ce pays.
Le Colonel, Signé : LEBRUN.
Douai, le <5 février 1859.
Mon cher capitaine,
J'ai lu, avec infiniment de plaisir, le mémoire que vous m'avez adressé
pour être transmis au général de Lahitte, président du comité d'ar-
tillerie.
Quant à moi, j'appuierai, le plus chaudement que je pourrai, votre
demande, parce que je crois qu'on ne saurait donner trop de publicité à
la part que prend l'artillerie dans les combats ou batailles.
Je saisis avec empressement cette occasion de vous faire mon compli-
ment, non seulement sur l'intérêt que vous avez su donner à la narration
de votre mémoire, mais encore sur la netteté et la précision du style.
Le général, signé : FIÉRECK.
6
Paris, le 26 février 1839.
Mon capitaine,
Monsieur le Général président du comité de l'artillerie me charge de
vous accuser réception de votre travail sur l'expédition de la Kabylie en
1857. Ce mémoire, p!ein d'intérêt, a été adressé au ministre de la guerre,
avec un avis favorable ; les officiers d'artillerie y trouveront des détails
utiles et des renseignements précieux sur le service de l'artillerie dans la
guerre de montagne ; et il est vraisemblable que vous recevrez prochaine-
ment du ministre, l'autorisation de faire imprimer votre mémoire ainsi
que vous en avez exprimé le désir.
Le capitaine d'artillerie, aide-de-camp,
Signé : E. DE LAHITTK.
Paris, le 12 mars 4859
Général,
Par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 février
dernier, vous m'avez envoyé en communication un mémoire que M. Clerc,
capitaine au 13* régiment d'artillerie, a rédigé à la suite de l'expédition de
Kabylie, en 1857, et qu'il désire faire imprimer.
D'après les renseignements contenus dans ce mémoire sur les faits
principaux de cette campagne, et particulièrement sur le service de l'obu-
sier de montagne et l'emploi de l'artillerie dans cette guerre spéciale, je
ne doute pas que ce travail ne puisse être très-utile aux ofliciers de
cette arme.
J'accorde donc volontiers, ainsi que vous le proposez, l'autorisation
d'impression demandée par M. le capitaine Clerc, et je vous prie de l'en
informer.
Recevez, Général, l'assurance de ma haute considération,
Le Maréchal de France,
Ministre secrétaire d'État de la Guerre.
Signé : VAILLANT.
Pour copie conforme,
Le Colonel d'artillerie, Secrétaire du Comité.
Vie d'OUVRIER.
A Monsieur le Général de Division, Président
du Comité de l'Artillerie, A PARIS.
TABLE DES MATIÈRES
ga=.
Observations préliminaires 13
Composition du corps expéditionnaire 45
Composition de la division Mac-Mahon. 16
Description sommaire du théâtre des principales opérations de la
campagne (planche 1 ) 18
Première direction donnée aux opérations de la campagne. 22
But assigné aux premières attaques 23
Choix des points d'attaques. 24
Rôle assigné à chaque division 25
Division de Mac-fflahon, du 21 au 25 Mai.
Premières dispositions du 21 au 23 Mai. -. 27
8
COMBAT DU 24 MAI CONTRE LES BENI-RATEN.
Descriptions des hauteurs de Tacheraich (planche 2) 30
Dispositions prises pour l'attaque 34
Positions choisies pour l'artillerie. 32
Attaque des hauteurs de Tacheraich 33
Action de l'artilllerie 33
Prise de Tacheraich et de Bolias 34
Occupation d'Afensou 35
Ascension de l'artillerie 35
Halte autour d'Afensou (planches 2 et 3) 36
Priser d'Imaïseren (planche 3) 37
Prise du mamelon de la Zouaïa (planche 3). 38
Fin des opérations offensives, établissement du camp (planche 3) 39
OPÉRATIONS DÉFENSIVES DE LA DIVISION.
Retour offensif des Kabyles contre Imaïseren (action des obusiers) 40
Attaque des Kabyles contre le contrefort (n) (action des fusées) 43
Episod e 45
Attaques des Kabyles contre le mamelon de la Zouaïa 45
Artillerie placée sur les positions avancées 47
Retour offensif contre l'arrière-garde (brigade Périgot) (planche 2) 48
Action de l'artillerie des positions avancées.. 50
Episode 51
Nuit du 24 au 25 Mai. 54
Journée du 25 Mai, suspension des hostilités 52
Résumé des opérations du corps expéditionnaire contre
les Beni-Raten. 54
Résultats. 56
Soumission des Beni-Raten. i 57
Pertes. 57
9
DU 26 AU 30 MAI.
Nouvelles positions prises par les trois divisions 58
DU 30 MAI AU 23 JUIN.
Division de Mac-Mahon au camp d'Aboudid 59
Travaux du fort Napoléon et de la route 59
Dispositions prises par l'ennemi pendant la suspension des opéra-
tions actives.. :. 61
Dhision de Mac-Mahon. -
COMBAT D'ICHERIDEN, LE 24 JUIN (PLANCHE 4).
Description de la position des défenses établies par l'ennemi 63
Premières dispositions arrêtées pour le combat 67
Ouverture du feu 70
Deux colonnes d'attaque sont lancées dans le ravin 71
Deux sections restent en position, trois suivent les colonnes d'attaque 71
Les colonnes sont arrêtées au pied des retranchements 75
Trois sections exécutent le feu en avançant 74
Deuxième assaut encore arrêté 76
Action des trois sections dans leur troisième et derrière position. 77 ,
Mouvement tournant. 79
Attaque générale, tous les retranchements sont enlevés. 80
La division s'établit sur la position d'Icheriden. 81
Retour offensif des Kabyles contre le camp 81
Pertes pendant le combat d'Icheriden 82.
Résumé des effets produit par l'artillerie ,83
Dépêches du maréchal au ministre de la guerre 84
Résumé sur le combat d'Ieheriden, ses résultats 85
10
DU 25 AU 29 JUIN. -
Division de Mac-Mahon. — Démonstration contre les Beni-Yenni.. 87
Attaques sur le camp. — Pertes. 87
Divisions Renault et Jusuf. - Envahissement des Beni-Yenni. 88
Occupation d'Aït-El-Arba et d'EI-Hassem. 90
Prise de Taourit-EI-Hadjadj. - Soumission. 90
Division Maissiat. — Prise du col de Chellata 91
Combats de M'Zien et d'Ait.Azis. 93
Les colonnes mobiles avancent y 95
Division de lac-Mahon.
COMBAT D'AGUEMOUN-YSEN, LE 30 JUIN.
Description de la position 96
Dispositions prises pour une attaque subite 97
La position est enlevée. 99
DU 1ER AU 10 JUILLET 109
DU fer AU 10 JUILL£T tOf
Episode. 102
DU 10 AU 18 JUILLET. <03
Altaquegénéraledu i Juillet. 105
Episode. , 107
Résultats de l'attaque du H : 4Q3
Dernière soumission le 15 Juillet et fin de la campagne 109
Résumé de la campa-ne 1C9
11
Artillerie de la division de lac-Mahon. —Service spécial.
Service spécial de l'artillerie dans les journées des 24 et 25 Mai. 115
Faits relatifs au personnel de l'artillerie. — Extrait du rapport de la
journée. , 118
Service spécial de l'artillerie dans la journée du 24 Juin 119
Faits relatifs au personnel de l'artillerie. - Extrait du rapport de la
journée 121
Service spécial de l'artillerie dans la journée du 30 Juin 122
Faits relatifs au personnel de l'artillerie. -- Extrait du rapport de la
journée 125
Récompenses accordées à l'artillerie à la fin de la campagne. 125
Ordre laissé par le général Devaux commandant en chef l'artillerie 124
Résumé des dispositions principales prises avec avantage par
l'artillerie pendant la durée de l'expédition • • «. 125
Recueil de pièces officielles.
- Planches.
Cart du pays des Beni.Raten. 1
Vue des hauteurs de Tacheraich et Bolias 2
Vue du terrain occupé par la division de Mac-Mahon. 3
Vue de la position d'Icheriden 4
2
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
Faire le récit motivé et détaillé de toutes les opérations de l'artil-
lerie de la division de Mac-Mahon , tel était le seul but que je m'étais
proposé en commençant ce travail. Mais ces opérations sont telle-
ment liées à celles des autres troupes, que pour arriver à un exposé
intelligible, et offrant quelque suite, j'ai été conduit forcément à faire
connaître l'ensemble des opérations de la division elle-même.
Bien que séparées, toutes les divisions agissaient de concert et
dans un but commun. Il en résultait dans tous les mouvements une
dépendance et un accord, qu'il était nécessaire d'indiquer, pour faire
mieux comprendre le but des opérations particulières de la division
Mac-Mahon, et faire ressortir la part qui lui revient dans l'action
commune et dans les résultats obtenus.
J'ai été ainsi amené à comprendre dans un seul récit :
La marche générale de la campagne.
14
L'ensemble des opérations particulières de la division de Mac-
Mahon.
Les opérations détaillées de l'artillerie de la division deMac-Mahon.
Par un sentiment de convenance, que l'on comprendra, je me suis
contenté de raconter les événements tels qu'ils m'ont paru se passer,
m'abstenant de porter aucun jugement, surtout sur les personnes.
Cependant, j'ai considéré comme un droit, et même comme un
devoir, de ne pas me tenir dans la même réserve, pour ce qui regarde
particulièrement l'artillerie; mais pour ne pas trop embarrasser le
récit, j'ai renvoyé dans des articles séparés tous les détails techniques
et tous les faits particuliers, me bornant à faire connaître seulement,
ceux que je pouvais appuyer sur des pièces authentiques.
Par mes fonctions, j'ai été appelé à suivre attentivement et à voir
de près presque tous les événements que je raconte ; je crois donc
pouvoir en garantir la parfaite exactitude. Je puis appuyer sur des
pièces officielles tous les chiffres que je donne comme certains; quant
à ceux que j'énonce sous forme douteuse, je les crois très près de la
vérité. La première lettre reproduite plus haut est venue me prouver
que je ne m'étais pas trompé.
Des opérations si multiples, dans un pays si accidenté, seraient
difficiles à expliquer clairement sans des cartes parlant aux yeux et
venant en aide aux descriptions. J'ai profité de la seule carte exis-
tante (celle des Beni-Raten), et j'y ai joint des vues représentant les
lieux où se sont passés les événements les plus importants.
Je dois ces vues à l'obligeance d'un de mes camarades, M. le
capitaine d'artillerie de Germay, qui a bien voulu les établir d'après
mes indications , de manière à faire ressortir, seulement, tous les
détails essentiels du terrain.
Pour toutes les opérations du corps expéditionnaire en dehors du
pays des Beni-Raten, il faudra consulter la carte de la Kabylie, établie
tout récemment par l'état-major,
- Dans le - recueil de pièces officielles placé à la fin, le lecteur
trouvera la désignation des corps, les noms de leurs chefs, des
officiers, etc., ayant pris part aux affaires les plus importantes.
CAMPAGNE DE KABYLIE
en I8SÏ.
■ ■> = t 0 c:::::---<.-===---
Composition du Corps expéditionnaire.
Par un ordre, en date du 12 mai 1857, signé du maréchal Randon
général en chef, le corps expéditionnaire était composé :
4° De trois divisions fortes de 7 à 8,000 hommes chacune.
Première division, général Renault. — Deuxième division, général
de Mac-Mahon. — Troisième division, général Jusuf.
20 De deux colonnes d'observation, de 1,500 hommes chacune.
Colonne de Dra-el-Mizan, colonel Drouot. — Colonne d'Aumale,
colonel Dargent.
3° D'une colonne de cavalerie de 500 hommes dans la vallée du
Sebaou, colonel de Fénélon
Au début de la campagne, trois sections d'artillerie étaient attachées
à chaque division, savoir :
Une section d'obusiers rayés, une section d'obusiers de montagne
et une section de fuséens.
Plus tard, l'artillerie de la division de Mac-Mahon était augmentée
d'une section d'obusiers de montagne et d'une section de canons-
obusiers, tirées de la réserve; ce qui portait le nombre des sections
de cette division à cinq.
Une section d'obusiers de montagne à chaque colonne d'observation.
y
16
Trois sections étaient en réserve à Tizi-Ouzou , savoir :
Une section de cadons-obusiers et deux sections d'obusiers de
montagne.
L'artillerie du corps expéditionnaire était placée sous les ordres
du général Devaux , qui avait pour chef d'étal-major le commandant
Fabre.
L'artillerie de la division Renault était commandée par le capitaine
Léveillé.
L'artillerie de la division de Mac-Mahon, par le capitaine Clerc.
L'artillerie de la division Jusuf, par le capitaine Nicolas.
La réserve d'artillerie, par le capitaine Rolin.
La province de Constantine devait fournir, dans le cours de la
campagne, une quatrième division, forte de 5,000 hommes (général
.Maissiat) , et une petite colonne formée à Bordg-Bou-Ahéridge, par
le colonel Marmier, en grande partie avec des contingents arabes.
L'artillerie 4,e la division Maissiat, sous les ordres du colonel Lion,
était composée d'une section d'obusiers de montagne, d'une section
de mortiers de 45e et de deux escadrons de canonniers à pied fai-
sant le service d'infanterie.
COMPOSITION DE LA DIVISION DE MAC-MAHON.
Chef d'état-major, le colonel Lebrun.
4re Brigade, général BOURBAKI.
2 bataillons du 2e régiment de zouaves, colonel Saurin.
2 bataillons du 2e régiment étranger, colonel de Chabrière.
2 bataillons du 54e de ligne, colonel Martineau-des-Chesnez.
17
2e Brigade , général PÉRIGOT.
11e bataillon de chasseurs à pied, commandant Niepce.
1 bataillon du 3e régiment de tirailleurs indigènes, commandant
Cotteret.
2 bataillons du 3e régiment de zouaves, colonel de Chabron.
2 bataillons du 93e régiment de ligne, colonel Paulze-d'Ivoy.
Génie, commandant Schuster.
Sous-intendance militaire, MM. Rossignol et Rostaing.
Ambulance, Leroy, médecin-major.
Prévôt, Kulmanne, maréchal-des-Iogis-chef.
Artillerie, commandant, capitaine CLERC.
Une section d'obusiers rayés de la lre batterie du 12e régiment,
capitaine Blehaut, lieutenant Blancard.
Une section de fuséens de la 4e batterie du 12e régiment, capitaine
Jacquot, lieutenant Prunot.
Deux sections d'obusiers de montagne de la 4re batterie du 13e
régiment :
lre section, lieutenant Lapaque; 2e, adjudant Dujardin.
Une section de canons-obusiers de la 13e batterie du 13e régi-
ment, lieutenant Jeandot.
Une réserve de munitions d'infanterie fournie par la section des
obusiers-rayés et les deux sections d'obusiers de montagne.
'18
Description sommaire du théâtre des principales opérations
de la campagne. (Planche 1).
De Bougie à Dra-el-Mizan, la grande chaîne rocheuse du Djurjura
décrit un arc de cercle , dont la concavité est tournée vers le nord,
et partage en deux parties inégales la portion de la grande Kabylie,
encore insoumise avant l'expédition de 1857. La plus considérable
est tournée au nord vers le Sebaou; l'autre au sud, vers l'Oued-
Sahel.
Il ne sera question ici que de la partie située sur le versant nord,
partie comprise entre la chaîne même et une ligne, qui, partant du
col d'Akfadou, contournerait en descendant le pays des Beni-Hidjer,
pour suivre ensuite le cours du Sebaou jusqu'à Sikkou-MeddouT, re-
monter TOued-Aïssi et se terminer, en passant par Borg-Bogni, à
Dra-el-Mizan. C'est là, et particulièrement chez les Beni-Raten, que
devaient se passer les principaux événements de. la campagne.
Pour faciliter la lecture de la carte, et permettre de suivre avec
moins de difficulté le mouvement des troupes, il m'a paru indispen-
sable de commencer par une description sommaire du pays des Beni-
Raten, but des premières et principales attaques, et d'ajouter quel-
- ques mots sur les contrées qui devaient être l'objet des opérations
ultérieures.
Limité: au nord, par le Sébaou; à l'ouest, par rOued-Aïssi; à l'est,
par l'Oued-Fraonçen ; au sud, par les Menguellat ; le pays des Beni-
Raten offre le long du Sébaou une plaine accidentée, d'une largeur
variable de deux à trois kilomètres, puis un amas confus de montagnes
et de contreforts.
Des bords du Sébaou, où l'armée devait s'établir avant de com-
mencer les opérations, on ne peut distinguer que d'une manière très
19
yague la configuration générale du pays et les difficultés qu'il
présente.
Pour s'en faire une idée exacte, et embrasser d'un seul coup-d'œil
le théâtre des principales opérations de la campagne; il faut se trans-
porter sur les hauteurs d'Aboudid, un des points culminants de la
chaîne des Irdjen, à 1075 mètres d'élévation.
Ce qui frappe d'abord la vue, c'est le nombre considérable de
villages qu'on aperçoit dans toutes les directions, couronnant toutes
les crêtes depuis le Sébaou jusqu'au pied des rochers du Djurjura.
En présence d'une population si pressée, aguerrie par des luttes
continuelles, occupant toutes les positions dominantes d'un pays si
difficile ; on comprend que la conquête devait offrir bien des obstacles,
et qu'il fallait des moyens puissants, et un bon emploi de ces moyens,
pour arriver à une soumission complète et définitive.
Si l'on fixe son attention d'une manière particulière sur le territoire
des Beni-Raten, on reconnaît : que resserré de plus en plus entre
les deux vallées principales de l'Oued-Aïssi et de l'Oued-Fraouçen,
il va en se rétrécissant d'une manière sensible à mesure qu'il
approche des Menguellat, se réduisant à partir d'Aboudid, à une seule
chaîne, continuation de celle des Irdjen.
NORD. — En se tournant au nord vers le Sébaou, qu'on découvre
au loin dans la plaine, on voit se dérouler à ses pieds cette série
confuse de montagnes, de contreforts et de ravins, dont l'ensemble
constitue la partie la plus importante et la plus peuplée du pays.
De la chaîne principale, celle des Irdjen. qui, après avoir traversé le
plateau de Souk-El-Arba, descend en obliquant à gauche vers Sikk-
ou-Meddour au confluent, de l'Oued-Aïssi et du Sébaou, se détachent,
à droite, deux contreforts principaux : celui des Aït- ou-Malou partant
d'Aboudid même, un peu au-dessus de Souk-El-Arba, et celui des
Aït-Akerma, partant de la portion inférieure de ce même plateau et
se subdivisant plus loin en plusieurs contreforts secondaires, qui
forment le territoire des Aït-Akerma compris, entre celui des Irdjen
à gauche, et celui des Aït-ou-Malou à droite.
Vue prise d'Aboudid.
20
Tous ces contreforts à crêtes très étroites, souvent interrompus
par des dépressions suivies de mamelons ou de pitons occupés par
les principaux villages, descendent en s'écartant de plus en plus,
laissant entr'eux des ravins profonds et escarpés, et se terminant
brusquement sur la plaine par des pentes très raides et dénudées dans
le haut, plus douces et boisées dans le bas.
Les ravins qui séparent les divers contreforts, surtout en approchant
de la plaine, sont d'un accès tellement difficile, qu'ils rendent toute
communication entr'eux impossible, et qu'on ne peut guère songer
à circuler dans le pays, qu'en suivant les crêtes où se trouvent, du
reste, tous les sentiers connus.
Toutes ces crêtes, en partant de la plaine, vont aboutir au plateau
central de Souk-El-Arba où s'élève aujourd'hui le fort Napoléon,
donnant à ce point une importance facile à saisir, et le désignant
comme le premier but à atteindre à une armée envahissante pour
peser sur tout le pays.
OUEST. — En regardant à l'ouest, on a devant soi, au-delà de la
vallée profondément encaissée de l'Oued-Aïssi ; à droite, les Beni-
Aïssi ; à gauche, sur une crête descendant perpendiculairement du
Djurjura, les beaux villages des Beni-Yenni, plus loin la crête des
Beni-Ouassifs, enfin la large vallée de Dra-El-Mizan.
EST. — En faisant face à l'est, on découvre au-delà de la vallée
escarpée de l'Oued-Fraouçen; à gauche, les montagnes des Beni-
Fraouçen ; à droite, celles des Beni-Yayia, et plus loin, celles des
Beni-Tourag.
SUD. — En se tournant vers le Djurjura, qui limite la vue dans la
direction du sud, on voit la crête des Irdjen se continuer seule jus-
qu'au sebpt des Beni-Yayia, par Icheriden et Aguemoun- Ysen placés
sur les points les plus élevés.
A droite et à gauche, la chaîne s'abaisse sur les deux vallées prin-
cipales par des pentes sillonnées de ravins nombreux, qui les rendent
impraticables pour une armée. La crête elle-même offre donc la seule
route possible, pour arriver au sebpt des Beni-Yayia, et de là chez
toutes les tribus qui occupent le pied du Djurjura.
21
3
A cheval sur les points les plus élevés de la crête, précédés et
suivis de ravins très difficiles à franchir., Ichériden et Aguemoun-
Ysen offraient des positions excellentes aux tribus du Djurjura,
voulant arrêter une armée qui cherchait à pénétrer chez elles.
Comme on le verra plus tard, comprenant parfaitement l'im-
portance de ces positions, c'était là qu'elles devaient réunir tous leurs
moyens de défense, et opposer la résistance la plus énergique et la
mieux entendue.
Au-delà dAguemoun-Ysen et sur la gauche, se présente comme
une croupe énorme élevée de 1200 mètres , le sebpt des Beni-Yayia,
où prennent naissance les principales chaînes de la grande Kabylie,
et qui peut être considéré comme le point commandant le mieux à
tout le pays, et le plus important au point de vue stratégique.
Au-delà d'Ichériden et sur la droite, se dessine très nettement le
massif des Menguellat, qui se détache au même point que la chaîne
des Irdjen, du sebpt des Beni-Yayia dans une direction parallèle au
Djurjura, et perpendiculairement au contrefort des Benni-Yenni,
dont il n'est séparé que par une large vallée.
Entre les Menguellat et le Djurjura, est un vaste bassin, limité à
gauche, par la crête des Beni-Bouioucef, et à droite, par celle des
Beni-Ouassifs, et occupé par de nombreuses tribus; telles que les
Beni-Ataf, les Beni-Boudrard, etc. -
Entre les cols de Chellata et de Tirourda, et contre les rochers
même du Djurjura, se trouve le bassin si tourmenté et si difficile des
Illiten, compris entre le Djurjura au sud, les Beni-Bouioucef à
l'ouest, les Beni-Tourag au nord et les Oulou-Oumalou à l'est.
Les montagnes des Beni-Tourag descendent jusqu'au Sébaou, en
laissant à l'ouest les Beni-Fraouçen et à l'est les Oulou-Oumalou.
La crête principale des Oulou-Oumalou partant du col de Chellata,
où l'on devait, pendant plusieurs jours, apercevoir les tentes de la
Tue prise des Men-
guellat.
Vue prise de Tames-
- guida chez les Beni-
Tourag.
22
division Maissiat, se continue jusque dans la plaine, et se termine par
des pentes très raides à trois kilomètres environ du pic de Tabana.
En face, et de l'autre côté de la plaine, se présentent les pentes
relativement assez douces des Beni-Hidjer, qui vont se terminer au
col d'Akfadou dans la direction de Bougie.
La petite tribu des Beni-Sikïï, qui devait faire la dernière sa sou-
mission, occupe le pied du Djurjura entre les Oulou-Oumalou et
les Hidjer.
PREMIÈRE DIRECTION DONNÉE AUX OPÉRATIONS
DE LA CAMPAGNE.
De toutes les tribus insoumises, la plus forte et la plus remuante
était, sans contredit, celle des Beni-Raten. Par le nombre de ses
fusils, par sa renommée guerrière, par ses efforts constants pour
soutenir l'indépendance commune, elle avait acquis une influence
et une supériorité incontestées sur toutes les autres tribus de la
Kabylie, et en avait toujours usé pour les pousser à la révolte et à
l'insoumission.
De tout temps, elle avait manifesté son humeur belliqueuse, son
amour de l'indépendance et ses sentiments hostiles, en prenant une
part active, soit par ses contingents, soit par son argent à toutes les
luttes engagées contre nous.
Fière de n'avoir jamais vu. nos armes pénétrer chez elle, et
comptant sur les difficultés de son pays, elle avait cru pouvoir nous
braver impunément, en venant plusieurs fois, et notamment au com-
mencement de 1857, insulter notre poste de Tizi-Ouzou. Ces faits ne-
pouvaient pas rester impunis, sans ajouter beaucoup à son influence,
et un châtiment exemplaire était-devenu indispensable, pour détruire
son ascendant sur les autres tribus, raffermir et rassurer nos
partisans.
23
En commençant l'attaque par toute autre tribu, on était certain de
voir accourir leurs contingents pour nous combattre, mieux valait
donc commencer par eux, qui étaient les seuls agresseurs et les
véritables instigateurs de la guerre, afin de leur en faire supporter
tout le poids.
Le transport des munitions et des vivres, pour une armée de
25,000 hommes agissant dans un pays si difficile, était, à juste titre,
une des grandes préoccupations de la campagne, et en opérant à
proximité des lieux de dépôt et d'approvisionnement, cette difficulté
était diminuée de beaucoup ; c'était là encore une raison puissante
pour commencer la campagne par l'attaque des Beni-Raten. On
pouvait facilement, en partant de Tizi-Ouzou, lieu de dépôt principal,
à 7 kilomètres de leur pays, établir d'autres dépôts provisoires au
pied même de leurs montagnes, et attaquer, en prenant deux jours de
vivres seulement, sans crainte d'être au dépourvu, les dépôts provi-
soires étant suffisamment approvisionnés d'avance. Avantage im-
mense ! que toute autre direction donnée au début de la campagne
n'aurait pas permis de réaliser.
On pouvait espérer aussi, que la soumission de la tribu la plus
puissante, porterait un coup sensible à la résistance de toutes l'es
autres.
BUT ASSIGNÉ AUX PREMIÈRES ATTAQUES.
Des bords du Sébaou, on ne pouvait distinguer que d'une manière
très confuse la configuration générale du pays ; mais par des rapports
verbaux, et par une carte établie sur renseignements, on savait : que
toutes les crêtes des contreforts , qu'on apercevait de la plaine ,
allaient aboutir à un plateau central, qui offrait ainsi, à une armée
envahissante, la meilleure position pour dominer tout le pays. C'était
le plateau de Souk-El-Arba.
u
Une armée établie en ce point, maîtresse de la naissance de toutes
les crêtes, pouvait à volonté se porter sur chacune d'elles, diviser la
défense des diverses fractions en les menaçant toutes à la fois, les
isoler les unes des autres , leur couper la retraite du Djurjura et
arrêter les contingents amis venant de ce côté. Aussi, l'occupation
de ce point important était-elle assignée, comme le premier but à
atteindre, aux trois divisions attaquant à la fois.
CHOIX DES POINTS D'ATTAQUE,
Comme il a été dit plus haut, les ravins qui séparent les divers
contreforts aboutissant à la plaine, sont d'un accès tellement difficile,
qu'on ne pouvait songer à pénétrer dans le pays qu'en suivant les
crêtes, où étaient, du reste, tous les sentiers visibles ou connus par
renseignements. Deux étaient indiqués comme praticables à la cava-
lerie : celui des Irdjen et celui des Aït-Oumalou.
Ceux des Aït-Akerma, qui offraient le parcours le plus direct,
étaient considérés comme praticables à l'infanterie seulement, et
parmi eux, celui d'Ighil-Guéfri passait pour le meilleur et pour
accessible, mais difficilement, aux bêtes de somme.
Tous conduisent à Souk-EI-Arba, à l'exception de celui des Aït-
Oumalou, qui se rend plus haut à Aboudid.
L'impossibilité de se présenter nulle part sur un front étendu,
devait naturellement porter à diviser l'attaque, autant pour faciliter
les mouvements et l'établissement des troupes, que pour diviser la
défense elle-même.
Il était donc décidé: que chaque division aurait une attaque séparée,
et que les trois divisions, partant de trois points différents, enva-
hiraient à la fois le pays par les crêtes des Irdjexi et des Aït-Akerma,
qui offraient le parcours le plus direct pour arriver au but, et qui
25
avaient en outre le grand avantage d'être les plus rapprochées de la
base des opérations.
La crête des Aït- Oumalou, bien qu'offrant le chemin le meilleur,
était laissée en dehors;, parce qu'elle avait l'inconvénient d'étendre
trop l'attaque, et d'arriver au-dessus de Souk-El-Arba à une distance
trop grande pour une seule marche.
En conséquence, dès le 21 mai, la concentration des troupes étant
effectuée, les trois divisions étaient établies dans la plaine sur les
bords du Sébaou, chacune d'elles, à proximité du point d'attaque qui
lui était réservé.
A droite, à Sikkou-Meddour, la lre division (Renault) en face de la
crête des Irdjen ; au centre, au Kamis, la 3e division (Jusuf) en face
de la crête des Aït-Akerma passant par Ighil-Guefri ; à gauche, la
2e division (de Mac-Mahon), en face du contrefort des Aït-Akerma se
terminant par le piton de Bolias, laissant à sa gauche les Aït-ou-Malou.
(au camp d'El-Zaouïa).
RÔLE ASSIGNÉ A CHAQUE DIVISION.
Les deux divisions de Mac-Mahon et Jusuf, campées à proximité
l'une de l'autre, devaient, tout en conservant chacune une di-
rection distincte, attaquer en se prêtant un mutuel appui et en
venant se donner la main à Afensou, point de réunion des crêtes
qu'elles allaient escalader. Prenant la tête, la division de Mac-Mahon
devait s'établir entre Afensou et Imaïseren, dominant le plateau de
Souk-El-Arba, et la division Jusuf entre Ighil-Guefri et Afensou, con-
servant pour ligne de communication commune aux deux divisions,
avec les camps du Kamis et de Sikkou-Meddour, la route même d'Ighil-
Guèfri.
Le camp d'El-Zaouïa, occupé dans la plaine parla division de Mac-
Mahon, et la direction suivie par elle qui n'offrait aucun sentier
26
praticable, devaient être définitivement abandonnés après l'ascension.
Lidivision Renault agissant isolément contre les Irdjen, se mettait
en mouvement la dernière, et devait s'avancer lentement, en conser-
vant des communications assurées avec le camp de Sikkou-Meddour.
La tranquille possession de cette chaîne, la plus considérable de
toutes, avait une grande importance pour les opérations futures. Une
fois maîtres du pays, on avait l'intention de fonder un établissement
destiné à en assurer la soumission, et à servir de nouvelle base aux
opérations ultérieures, en le reliant à Sikkou-Meddour par une route,
tracée le long des Irdjen, qui deviendrait ainsi la communication prin-
cipale pour toute l'armée.
Restant de sa personne à la division Jusuf, le maréchal com-
mandant en chef se trouvait ainsi au centre des opérations des trois
divisions.
Pendant que le corps expéditionnaire, placé directement sous les
ordres du maréchal, se disposait à attaquer de front la grande confé-
dération des Zouaouas, une diversion puissante était préparée sur
les flancs et sur les derrières de l'ennemi. Les diverses colonnes
d'observation, et plus tard, le général Maissiat, allaient se montrer
par les vallées de Dra-El-Mizan et de l'Oued-Sahel, pour maintenir
dans l'obéissance les tribus nouvellement soumises, et favoriser l'at-
taque principale en menaçant l'ennemi sur tous les points à la fois,
et retenant chez eux les contingents des tribus hostiles.
21
Division de lac-Iahon, du 21 au 25 liai.
Dans la journée du 21 mai, les dispositions générales étaient arrê-
tées et les ordres donnés.
TQutes les troupes, pleines d'ardeur et d'entrain, attendaient avec
impatience le signal de l'attaque fixé au premier beau jour, et qu'un
temps pluvieux et des brouillards épais forçaient chaque jour de re-
mettre au lendemain.
Ce repos forcé était mis à profit, dans chaque division, pour re-
connaître les abords des premières hauteurs à escalader, et prendre
toutes les mesures de détail propres à assurer le succès des opéra-
tions.
De la position qu'elle occupait, la division de Mac-Mahon menaçait
à la fois les Aït-Akerma et les Aït-Oumalou, les forçant ainsi à rester
chacun chez eux et à diviser leurs préparatifs de défense.
Il importait jusqu'au dernier moment de les maintenir dans le
doute sur le véritable point d'attaque, et dans ce but, le général
faisait pousser des reconnaissances dans tous les sens ; mais plus
particulièrement dans la direction des Aït-Oumalou, qu'il voulait
laisser en dehors des attaques. C'était les forcer à rester chez eux,
et les mettre dans l'impossibilité d'arriver à temps au secours de
leurs voisins, en brusquant l'attaque véritable.
La carte établie sur renseignements , qu'on possédait seule alors,
ne pouvait pas donner avec une exactitude suffisante les détails du
terrain. Elle était-sujette à des interprétations différentes, et ne per-
mettait pas même d'appliquer avec certitude, aux points remar-
quables que l'on découvrait, leurs véritables noms.
Cela pouvait conduire à des confusions fâcheuses, qu'il importait
avant tout d'éviter.
Premières disposi-
tions du 21 au 23 Mai
28
Des reconnaissances, faites par l'état-major, venaient très utile-
ment expliquer la carte , lever tous les doutes, et donner la facilité
d'indiquer sûrement les points importants à connaître.
M. le général de Mac-Mahon réunissant alors tous les chefs de
corps et de service , leur donnait ses instructions d'ensemble, en
leur montrant sur le terrain même la direction à suivre et le but à
atteindre dans la première journée.
C'était le village d'Afensou, qu'on apercevait confusément sur l'un
des pitons les plus élevés de la crête, à 900 mètres d'élévation, et
autour duquel la division devait s'établir en s'étendant jusqu'à
Jmaïseren au besoin.
Ces indications, données sur les lieux mêmes et en désignant tous
les points importants avec certitude, devaient rendre toute erreur de
direction impossible , et donner à l'attaque cet ensemble et cette
assurance, qui sont le gage du succès. m
Le commandant de l'artillerie recevait en outre les instructions
particulières du général de Mac-Mahon pour le jour du combat. Les
trois sections d'artillerie devaient concourir ensemble à l'attaque des
hauteurs de Tacheraich et de Bolias ; mais, vu les difficultés prévues
de la marche, et la nécessité de protéger la droite des attaques et la
réserve laissée à l'arrière-garde, deux sections seulement devaient
suivre les troupes dans leur ascension, pour combattre, au besoin,
la résistance qu'on s'attendait à rencontrer à Afensou et au-delà.
La section des obusiers de montagne (Lapaque) et la section des
fuséens (capitaine Jacquot, lieutenant Prunot) étaient désignées pour
suivre l'attaque, sous les ordres du commandant de l'artillerie (capi-
taine Clerc) avec une petite réserve de 30,000 cartouches d'infanterie.
Elles devaient conserver pour l'ascension les deux tiers de leur
approvisionnement d'artillerie, ne laisser d'autre surcharge sur les
mulets, que quelques outils et deux jours de vivres.
Les officiers seuls pouvaient rester à cheval, et tous les hommes
devaient marcher sans sac.
Toutes les surcharges et les sacs étaient laissés à* la réserve, qui
devait prendre une route meilleure.
29
4
La section des obusiers rayés (capitaine Bléhaut, lieutenant Blan-
card), après avoir concouru à l'enlèvement des hauteurs et avoir
assuré la droite des attaques, devait rejoindre toute la réserve placée
alors au pied des hauteurs dIghil-Guefri, pour la protéger, de concert
avec un bataillon d'infanterie, et se rendre avec elle à Afensou, par
la route d'Ighil-Guefri, dès qu'elle serait occupée par la division
Jusuf.
On savait qu'au-delà de Tacheraich, le terrain offrait de grandes
difficultés à l'ascension des bêtes de somme.
Le général de Mac-Mahon avait eu un instant la pensée qu'il serait
impossible à l'artillerie de monter par ce point, et que, vu cette
impossibilité, elle devait toute entière prendre la route plus commode
d'Ighil-Guefri , après l'occupation des hauteurs. Mais sur l'assurance
que lui avait donné le commandant de l'artillerie, qu'il pourrait suivre
partout l'infanterie, il avait désigné lui-même les deux sections des-
tinées à prendre cette direction.
Comme on le verra plus tard, l'artillerie devait juslifierpleinement
cette confiance, en surmontant avec promptitude tous les obstacles
du terrain, et en arrivant ainsi à temps pour agir avec vigueur sur
plusieurs points.
30
Combat du 24 Mai, contre les Beni-Raten.
Le piton de Bolias (B), à 700 mètres d'élévation, se présente comme
le sommet d'un triangle très incliné, limitant du côté de la plaine le
contre-fort dont il fallait gagner lacrête.Vers le sommet, la pente est
très raide et dénudée; dans le bas, elle est plus douce et occupée
par des bois d'oliviers et de figuiers, entremêlés de champs cultivés,
se continuant jusqu'au ravin de Bou-Kalel (R), placé à quelques cen-
taines de mètres en avant du pied des hauteurs.
Trois petits ravins, partant du piton de Bolias et descendant jus-
qu'à la plaine, offraient un abri naturel à des troupes chargées d'es-
calader directement les pentes.
Des escarpements rendent impraticables le versant-ouest du con-
tre-fort.
Le versant-est, bien que présentant des pentes encore très diffi-
ciles, est cependant plus abordable. C'est le long de l'arête-est, entre
Tacheraich et Bolias, que les Kabyles avaient établi leur ligne de
défense, fermant ainsi toute la partie accessible.
Le village de Tacheraich (T), résidence du marabout Cheik-El-Arab,
chef le plus influent et le plus hostile des Beni-Raten, est placé vers
le tiers de la hauteur. 11 est précédé d'un bois assez épais s'étendant
à gauche, jusqu'au fond du ravin qui sépare les Aït-Akerma des Aït-
Oumalou.
Le seul chemin (C) existant pour gagner les hauteurs, après avoir
traversé le ravin de Bou-Kalel, en face du milieu du contre-fort, re-
monte , en obliquant à gauche, vers le village de Tacheraich, et in-
dique cette position comme le point important de la défense. C'est là
aussi, que les Aït-Akerma avaient réuni leurs principaux moyens de
T 1 :.
Il K ; Description des hau-
1 purs de laTacheraich,
l; .: It de la ligne de défense
! t Hablie par les Kabyles.
,;, ¡ :,: (Planche 2).
1"1 :
31
résistance. Le chemin, qui devient étroit et encaissé en approchant
du village, avait été coupé et barricadé près d'une maison isolée pla-
cée au pied des hauteurs et en plusieurs autres points.
Les abords du village étaient défendus : à gauche , par l'escarpe-
ment du ravin; en avant et à droite, par le bois et par des tranchées
ou des barricades fermant toutes les parties les plus abordables. Un
peu au-dessus et en dehors du village, on apercevait un retranche-
ment plus considérable, et enfin une longue tranchée (TB) qui suivait
l'arête, reliant les retranchements de Tacheraich à ceux de Bolias.
Telles étaient les principales dispositions prises, en quelques jours
seulement, par les Kabyles, sous l'influence et la direction du Cheik
El-Arab.
Leur ligne de défense occupait ainsi toute l'arête du versant-est,
seule accessible , et leur permettait, tout en restant à couvert, de
battre très bien toutes les pentes à escalader.
Au village de Tacheraich, centre de la résistance, étaient réunis
en grand nombre, les défenseurs les plus énergiques.
C'était là, la ligne qu'il fallait nécessairement forcer, pour pouvoir
gagner et suivre la crête jusqu'à Afensou (A).
De Bolias (B) à Afensou, la distance est de 2,000 mètres seule-
ment, et l'élévation de 250 mètres.
Imaïseren (I), placé à la même hauteur qu'Afenson, est à deux ki-
lomètres plus loin, en vue et dominant le plateau de Souk-El-Arba.
A quatre heures du matin, toutes les troupes quittaient le camp
sans bruit, dans l'ordre indiqué, pour gagner le pied des hauteurs,
et prendre les dispositions arrêtées pour l'attaque.
Une ligne de tirailleurs, précédant les colonnes pour couvrir leurs
mouvements , réussissait assez promptement à chasser l'ennemi des
petites embuscades, qu'il avait établies au bas de la montagne, soit
pour nous observer, soit pour défendre le passage du ravin de Bou-
Kalel et des champs de figuiers voisins.
Sous leur protection, les colonnes traversaient le ravin et se for-
maient au pied des hauteurs, dans l'ordre suivant :
Dispositions prises pour
l'attaque.
32
En première ligne, la brigade de Bourbaki, formant trois colonnes,
(1. 2, 3) chargées d'escalader directement les pentes en suivant,
pour se couvrir, les trois petits ravins descendant de Bolias. A la
gauche de cette première ligne, une quatrième colonne (4) tirée de la
brigade Périgot, se plaçait à cheval sur le ravin , pour observer à sa
gauche les Aït-Oumalou (01, et se présenter de front devant le village
de Tacheraich, en donnant la main à la colonne voisine.
Les deux colonnes de droite, les plus éloignées de la ligne de
défense et les mieux abritées du feu des Kabyles, devaient hâter leur
mouvement, afin de s'élever le plus rapidement possible, en mena-
çant de tourner Tacheraich ; pendant que les deux colonnes de
gauche, s'avançant très lentement, attaqueraient de front la position
au moment favorable.
En seconde ligne , à 250 mètres de la première , le reste de la
brigade Périgot, (8, 9, 10) formant la réserve, ne devait s'élever
qu'après avoir assuré l'évacuation des blessés et tous les mouvements
à faire dans la plaine.
La direction suivie par la division devant être définitivement aban-
donnée, la brigade Périgot ne devait rien laisser derrière elle, met-
tant à l'extrême arrière-garde les troupes suffisantes pour résister
aux entreprises présumées de l'ennemi sur la queue de la colonne.
Comme on le verra plus tard, par suite de circonstances imprévues,
elle devait avoir une rude tâche.
La cavalerie (11) restait au pied des hauteurs, vers la gauche, -
pour contenir au besoin les Aït-Oumalou , protéger l'évacuation des
blessés, et tous les mouvements à faire dans la plaine jusqu'au camp
d'El-Kamis.
Entre les deux lignes, les trois sections d'artillerie étaient dispo-
sées de manière à pouvoir concentrer tous leurs feux sur les retran-
chements de Tacheraich, point le plus important de la défense.
La section des obusiers rayés (Bléhaut) (5) était placée sur la
droite à 1,500 mètres environ du village, découvrant le versant-est
du contrefort; afin de pouvoir, à volonté, battre Tacheraich ouprolé-
if
Impositions choisies pour
;., l'artillerie.
33
ger la droite des attaques. La longue portée et la justesse de ses
pièces lui permettaient de remplir parfaitement cette double mission.
La section des obusiers de montagne (Lapaque) (6), suivant le
sentier et traversant le ravin de Bou-Kalel, venait s'établir au pied
des hauteurs à 600 mètres environ, ayant en ligne devant elle, le
chemin, le bois, le village et plus loin le ravin.
La section des fuséens (Jacquot) (7) se portait plus à gauche de
manière à prendre d'enfilade en même temps le bois, le village et le
ravin.
Un peu avant cinq heures, toutes ces dispositions étaient prises
dans un ordre parfait, et l'artillerie prête à agir.
A cinq heures, l'ordre de commencer le mouvement ascensionnel
était donné à la brigade Bourbaki, et les trois sections d'artillerie
ouvraient en même temps le feu sur Tacheraich et ses retranche-
ments.
La droite des attaques n'étant pas inquiétée, c'étaient les obusiers
rayés qui donnaient le signal du feu, en tirant les premiers coups.
Le feu, une fois engagé, était soutenu avec une grande vivacité
par toutes les sections à la fois , pour ne pas donner à l'ennemi le
temps de se reconnaître, et faciliter l'ascension des colonnes d'at-
taque.
En quelques instants, les retranchements et le village étaient cou-
verts d'obus et de fusées..
La plupart des projectiles, très heureusement dirigés , venaient
tomber dans le village ou dans les retranchements voisins, et écla-
tant après leur chûte, mettaient le feu sur plusieurs points à la fois,
blessaient ou inquiétaient très vivement les défenseurs et désorgani-
saient la résistance. Pendant que l'artillerie occupait ainsi l'ennemi,
et jetait le découragement et la confusion dans la défense, les co-
lonnes avaient continué leur mouvement ascensionnel, dédaignant le
Attaque des' hauteurs
de la Tacheraich.
Action de l'artillerie.
34
feu de l'ennemi et surmontant tous les obstacles du terrain. ( I )
Celles de droite (1, 2), dépassaient déjà le village et menaçaient
de tourner ses défenseurs celles de gauche (3, 4), étaient prêtes à
l'aborder de front.
I/artillerie cessait alors son feu ; le moment était venu de laisser
agir l'infanterie seule, et les deux colonnes de gauche (3,4), s'élan-
çant à l'envie à l'assaut, emportaient les retranchements et péné-
traient de tous les côtés à la fois dans le village.
Malgré sa force, l'énergie et le nombre de ses défenseurs, la
position était enlevée sans pertes trop sensibles, grâce aux dispo-
sitions prises et à la manière dont elles étaient exécutées.
Dès lors, la ligne de défense ennemie était forcée et tournée.
Quelques instants après, les retranchements de Bolias tombaientsous
les efforts réunis des deux colonnes de droite (1,2), et à cinq
heures et demie la brigade Bourbaki était maîtresse de la ligne en-
tière de Tacheraich à Bolias.
Les nombreux Kabyles réunis autour de Tacheraich, menacés dans
le haut par les deux colonnes de droite et poussés de front par les
deux colonnes de gauche, qui avaient escaladé et occupé en même
temps le village, n'avaient pas le temps de regagner la crête, et étaient
forcés de se jeter précipitamment dans le ravin entre Tacheraich
et Igounen, pour chercher un refuge chez leurs voisins les Aït-
Oumalou.
(1) Les villages kabyles offrent en général très peu de prise au feu, mais
celui de Tacheraich était, sous ce rapport, dans des conditions toutes
exceptionnelles.
Il existait dans l'intérieur et tout autour du village une foule de
gourbis en joncs très secs, sans doute à cause de son voisinage du Sébaou,
et c'étaient ces gourbis qui avaient pris feu en commençant, et qui avaient
propagé si rapidement l'incendie dans toutes les parties du village.
ijPrise de Tacheraich et
ij de Bolias.
;
;
35
Il en résultait, qu'en remontant vivement la crête, on devait arriver
avant eux à Afensou et Imaïseren et ne pas leur laisser le temps d'y
organiser une défense.
Aussi, le général Bourbaki, dès que ses deux premiers bataillons
(1, 2), étaient réunis à Bolias, les lançait sur Afensou, et vers six
heures cette position importante était occupée sans qu'on y eut ren-
contré la résistance à laquelle on s'attendait ; la vivacité de l'attaque
n'ayant pas donné à l'ennemi le temps de se reconnaître.
Un guide av.ait été donné au commandant de l'artillerie ; mais il
avait jugé prudent de disparaître avant même d'arriver au pied des
hauteurs. L'artillerie restait donc livrée à ses propres inspirations
pour trouver une direction praticable. Dès qu'elle avait cessé son
feu, le commandant de l'artillerie s'engageait dans le sentier de
Tacheraich, pour suivre l'attaque avec les obusiers de montagne,,
les fuséens et une petite réserve de 30,000 cartouches d'infanterie.
Les servants, armés d'outils, détruisaient rapidement les barricades
qui barraient la route en plusieurs points, pour ouvrir un passage
aux mulets. Quelques instants après, l'artillerie traversait le village
au milieu des flammes, et cherchait à s'élever le plus rapidement
possible vers la crête , par le petit sentier conduisant à Bolias, le
long de la ligne de défense établie par les Kabyles. Ce sentier offrait,
à chaque pas, des pentes d'une raideur effrayante et était en outre,
encombré par l'infanterie et coupé en plusieurs points.
Pour ne pas s'exposer à voir les mulets se renverser en les arrêtant
sur des pentes aussi raides, le commandant de l'artillerie était obligé
de se jeter à gauche avec la section des obusiers de montagne, pour
gagner la crête à travers champs. Il faisait ainsi de la place aux
fuséens, qui pouvaient plus facilement continuer à suivre le sentier.
Des obstacles infranchissables le forçaient à descendre de plus
en plus, jusqu'à un chemin qui conduit de Tacheraich à Igounen (I),
village qui devait être laissé en dehors de l'attaque.
En marchant ainsi, entre la ligne française qui suivait la crête,
Occupation d'Afensou.
Ascension de l'artillerie.
36
et les Kabyles qui entretenaient la fusillade du fond du ravin, il arri-
vait tout-à-coup en vue d'Ig.ounen.
Il n'était plus possible d'éviter ce village, sans retourner sur ses
pas et perdre ainsi un temps précieux ; mieux valait donc continuer
franchement et le traverser. L'ennemi ne se doutant pas de l'isole-
ment de l'artillerie, se retirait précipitamment à sa vue et lui laissait
le passage libre.
En traversant Igounen, aux portes entr'ouvertes , aux objets
laissés en désordre à l'intérieur, on voyait que les maisons venaient
d'être abandonnées à l'instant, et, tout en passant rapidement, les
canonniers trouvaient le temps de faire main basse sur les objets à
leur convenance.
Le sentier, continuant au-delà du village, permettait de rejoindre
la colonne en avant d'Afensou , au grand étonnement de tous, et
d'arriver avec elle au-delà , sans avoir laissé un seul mulet en
arrière.
Les fuséens, sous la direction du capitaine Jacquot, avec la réserve
d'infanterie, avaient pu gagner la crête àBoliasmême, non sans
avoir surmonté de grandes difficultés, et rejoignaient les obusiers
de montagne en avant d'Afensou. vers six heures un quart.
Pour accomplir cette ascension en si peu de temps et si heureu-
sement, il avait fallu compter sur la vigueur des animaux et sur
l'adresse et le dévoûment des hommes. A tout instant, ils avaient eu
à soutenir les mulets prêts à rouler dans les ravins, ou à écarter les
obstacles qui se présentaient à chaque pas.
Pour donner une idée des difficultés de terrain surmontées si
heureusement, il suffira de dire : que près de trente mulets d'ambu-
lance, qui prenaient plus tard la même direction, roulaient pn
même temps dans le ravin ; ce qui occasionnait un retard et un
moment de confusion , dont l'ennemi profitait pour attaquer vive-
ment l'extrême arrière-garde.
Vers six heures un quart, le village d'Afensou A), but assigné
aux efforts de la division de Mac-Mahon, était occupé, et la brigade
Kalle autour d'Afensou
rlanche 3)
37
à
d'attaque, réunie en avant avec son artillerie, prenait quelques
instants de repos. Cette ascension rapide, qui avait été une course
plutôt qu'une marche, avait mis hors d'haleine et les hommes et les
animaux ; tous étaient ruisselants de sueur. Cette halte était indis-
pensable, pour donner aux retardataires le temps de rejoindre, et
pour reconnaître le. pays et les intentions de l'ennemi.
Du reste, sur ce point, une trêve tacite semblait exister en ce
moment; surpris par la brusquerie de l'attaque, les Kabyles n'avaient
< eu que le temps de se réfugier au fond des ravins et étaient devenus
pour ainsi dire invisibles.
De. ce point élevé , on dominait ie pays des Aït-Akerma et des
Irdjen , et l'on entendait en arrière, le bruit de la canonnade et de
la fusillade. C'était, d'une part, la division Jusuf, qui emportait Ighil-
Guefri, et d'autre part, la division Renauld, qui entrait en action
contre les Irdjen.
Le général de Mac-Mahon faisait lancer quelques fusées d'essai sur
les villages les plus rapprochés des Irdjen, autant pour montrer à
l'ennemi qu'on pouvait l'atteindre de loin, que pour lui annoncer
notre présence presque sur ses derrières, et lui donner ainsi quelques
inquiétudes.
Il profitait du repos laissé aux troupes, pour reconnaître l'empla-
cement du camp, et les positions qu'il importait d'occuper, pour le
rendre commode et sûr.
On savait, qu'il existait des fontaines (FF) excellentes, dans un col
entre Afensou et Imaïseren (I), et tout près de ce dernier village
placé à 2,000 mètres plus loin et sensiblement à la même hauteur..
L'occupation d'Imaïseren était reconnue indispensable , et vers
6 heures 3/4 le général de Mac-Mahon donnait l'ordre au général
Bourbaki de s'en emparer. Ce village était enlevé avec le même
entrain et le même succès qu'Afensou, par une partie de la brigade
Bourbaki, qui s'y établissait pour tenir l'ennemi en respect du côté
de Souk-El-Arba.
Prise d'Imaïseren.
(2e Zouaves).
H8
Du mamelon d'Imaïseren se détache, parallèlement au plateau dé
Souk-El-Arba qu'il domine, un contre-fort se terminant à 600 mètres
d'Imaïseren par un' mamelon boisé (Z), en saillie sur le vaste
bassin séparant dans cette direction les Ait-Akerma des Aït-
Oumalou.
En partant d'Afensou, on aperçoit ce mamelon à 600 mètres à
gauche et à hauteur d'Imaïseren, au-delà d'une vallée (R) assez
large, prenant naissance au col d'Imaïseren, et recevant toutes les
eaux des fontaines.
Le sommet est occupé par une zouaia entourée de grands arbres.
Les pentes du côté d'Imaïseren et d'Afensou sont couvertes de
buissons, entremêlés d'arbres moins grands. La route de Souk-El-
Arba (S) traverse le contrefort dans un col, au pied de ces pentes.
Les Kabyles commençaient à y paraître en grand nombre, et l'em-
pressement avec lequel ils se portaient sur ce point, d'où ils pouvaient
disputer la possession des fontaines (F) et de la route, montrait suffi-
samment la nécessité de. l'occuper au plus tôt.
Vers 7 heures 1/4, le général de Mac-Mahon donnait l'ordre à
l'infanterie partant d'Imaïseren , de s'en approcher le plus possible,
en profitant des accidents du terrain pour se couvrir ; pendant que
les obusiers de montagne agiraient pour déloger les Kabyles, dont on
voyait le nombre augmenter à chaque instant.
En conséquence, le commandant de l'artillerie venait établir la
section des obusiers de montagne (Lapaque) sur un petit plateau (G),
qui se trouve entre Afensou et Imaïseren , et qui est séparé du
mamelon de la Zouaïa par le ravin des fontaines.
La fusillade commençait à s'engager entre les défenseurs du mame-
lon "et les troupes, qui venant d'Imaïseren, se disposaient à attaquer,
lorsque t'artillerie ouvrait le feu.
1 La distance était bonne (500 mètres environ) et le terrain très
favorable à son acfion.
Les obus , dirigés avec bonheur , venaient tomber pour la plupart
en avant ou à proximité de la Zouaïa, et arrêtés dans leur course, par
Description du ma-
! melon de la Zouaïa.
; (2)
,1
1:
!
i
- -i
Action de l'artillerie
contre le mamelon de
': la Zouaïa.
3J
l'inclinaison du sol, par les arbres et les buissons, éclataient après
quelques bonds au milieu des Kabyles.
Une fumée épaisse, s'élevant du milieu des arbres, annonçait un
incendie. C'était un projectile, qui, pénétrant par le toit de laZouaïa,
et éclatant à l'intérieur, avait mis le feu.
Vingt obus suffisaient pour faire disparaître l'ennemi. L'artillerie
cessait alors de tirer, et l'infanterie, profitant de l'effet produit,
abordait aussitôt la position, qui était occupée sans difficulté et sans
perte.
L'ennemi attachait cependant une grande importance à la pos-
session de ce mamelon. Plus tard, dans la journée, pendant que
l'artillerie était occupée ailleurs, il essayait de le reprendre, en
attaquant à deux reprises différentes avec un acharnement extra-
ordinaire.
•m
Cet heureux résultat mettait fin aux opérations offensives de la
division. Maîtresse de toutes les positions qu'il importait d'occuper,
soit pour sa sécurité et sa comodité, soit pour menacer et dominer
l'ennemi, il ne lui restait plus qu'à s'y établir solidement et à les
défendre.
Par Afensou, elle donnait la main à la division Jusuf, et avait ses
derrières et ses communications assurées ; par Imaïseren et le
mamelon de la Zouaïa, elle dominait le plateau de Souk-El-Arba, et
arrêtait devant elle les contingents venus du Djurjura, tout en me-
naçant sur leurs derrières les Aït-Akerma et les Irdjen.
Surpris et déconcertés par une attaque si brusque, les Kabyles
n'avaient pas pu arriver à temps à la défense des points dominants,
occupés alors parla division; mais revenus de leur première surprise,
et comprenant enfin l'importance des positions perdues, ils allaient,
avant peu, réunir leurs efforts pour essayer de les reprendre.
Les rôles allaient changer, et passant de la défensive à l'offensive,
les Kabyles engagaient bientôt une lutte plus vive que jamais sur
toute la ligne, de Tacheraich à Imaïseren.
Prise du mamelon.
(SI' de ligne, pl. 3.)
Fin des opérations
offensives de la divi-
sion , établissement du
camp
40
D'un côté, les Aït-Oumalou retenus longtemps chez eux par la
crainte d'une attaque, comprenant enfin qu'ils n'étaient pas menacés,
accouraient à la défense commune, en offrant leur concours aux dé-
fenseurs de Tacheraich et d'Afensou rejetés chez eux. Ils tournaient
tous leurs efforts contre l'arrière-garde, engageant avec elle une
lutte très vive entre Tacheraich et Igounen, et essayant de la couper
près d'Afensou, au contrefort (n).
D'un autre côté, les défenseurs d'Imaïseren et du mamelon de
la Zouaïa, voyaient arriver à leurs secours tous les contingents amis
duDjurjura, et bientôt des rassemblements considérables menaçaient
ces positions avancées.
*5r
Opérations défensives de la division.
La section des obusiers de montagne (Lapaque) cessait à peine
d'agir contre le mamelon de la Zouaïa, qu'on venait la demander en
toute hâte, pour repousser un retour offensif des Kabyles sur
Imaïseren. Le commandant de l'artillerie la dirigeait aussitôt de ce
côté, tout en envoyant prendre les instructions du général de Mac-
Mahon, qui confirmait le mouvement. A son arrivée à l'entrée du
village, il recevait des officiers de la brigade Bourbaki, quelques
renseignements sur l'état des choses et sur la disposition des lieux.
On lui donnait avis : qu'il n'y avait que quelques pas à faire au-
delà, que les chevaux ne seraient qu'un embarras , et que du reste,
la fusillade était si rapprochée, que tout cavalier serait infailliblement
démont en sortant du village. En conséquence, il laissait à l'entrée
t, Retour offensif des
| f Kabyles sur Imaïseren.
a
41
du village tous les chevaux, pour ne pas offrir inutilement trop de
prise, à l'ennemi, et se mettait en marche pour le traverser.
A cinquante pas des maisons s'offrait un plateau étroit (P), entouré
d'un petit rebord de terre de 0,50 centimètres de hauteur. Plus
loin, le terrain se continuait par une pente régulière très douce
jusqu'à 150 mètres environ. Là , se présentait à gauche , un
monticule (M) se détachant perpendiculairement de la crête, et
offrant à l'ennemi un abri naturel. En avant, et à la même hauteur,
la pente devenait plus raide, et conduisait à cette série de bas-fonds,
de monticules et de chemins creux, qui se trouvent entre Imaïseren
et le plateau de Souk-El-Arba.
A droite, une pente assez régulière existait jusqu'à un escarpement
passant tout près du village. Le bord de cet escarpement en avant
du petit plateau, à 100 mètres, était garni de buissons (b) entremêlés
de quelques arbres.
Quelque temps après l'occupation d'Imaïseren , une reconnais-
sance avait poussée du côté Souk-El-Arba ; mais arrivée à hauteur du
monticule (M), elle s'était trouvée en présence de rassemblements si
nombreux, qu'elle avait dû se replier sur Imaïseren, suivant ses
instructions. Une compagnie, seulement, s'était arrêtée sur le plateau
(P) en avant du village, et les hommes couchés derrière le rebord de
ce plateau soutenaient une fusillade très vive avec la tête des rassem-
blements ennemis, qui commençaient à se montrer à 150 mètres,
derrière le monticule et derrière l'arête formée en ce point par la
rencontre des deux pentes.
On voyait les Kabyles -accourir du côté du plateau de Souk-El-Arba,
et grossir à chaque instant les rassemblements, qui devenaient de
plus en plus menaçants.
L'artillerie débouchait en ce moment du village, allait sous une
fusillade tJès vive, se mettre en batterie sur le devant du plateau. (P)
occupé par la compagnie, derrière le rebord, et tirait rapidement
quelques coups à balles, qui forçaient les Kabyles à se réfugier préci-
pitamment sur les pentes qui les dérobaient à la vue. Poursuivis
Les obusiers de mon-
tagne dispersant les
Kabyles.

dans leur retraite par les balles et les obus, qui, rasant l'arête cou-
vrante, allaient fouiller les pentes en arrière, et les bas-fonds à l'abri
desquels ils s'étaient formés, ils étaient forcés de se disperser dans
tous les sens. On voyait au loin, ceux qui accouraient de Souk-El-
Arba, rebrousser chemin.
Le devant de la position était dégagé, il restait à s'occuper du
côté droit où la fusillade commençait à s'animer.
Profitant de l'escarpement qui se trouve de ce côté, un certain
nombre de Kabyles s'étaient glissés peu à peu dans les buissons (b) qui
le bordent, et entretenaient une fusillade fatiguante et dangereuse par
sa proximité.
Pendant qu'un des obusiers tirait encore lentement quelques coups
en avant , l'autre chargé à balles ettoasqué autant que possible par
le rebord du plateau, était pointé sur les buissons occupés par les
Kabyles. Sous un premier coup tiré fort à propos, avant qu'ils eussent
eu le temps de se jeter derrière l'escarpement, on voyait les brous-
sailles fouillées dans tous les sens par les balles, s'agiter convulsive-
ment, des burnous blancs se traîner d'un buisson à l'autre, et dispa-
raître. Un second coup suffisait pour compléter l'effet du premier,
et pour forcer tous les Kabyles réunis de ce côté, à chercher un
refuge derrière l'escarpement.
A partir de ce moment, la position cessait d'être inquiétée, quelques
rares coups de fusils se faisaient seuls entendre en avant, derrière le
monticule , où un obstiné tirailleur ennemi persistait à se main-
tenir.
Le rôle de l'artillerie était fini pour le moment ; elle cessait le
feu et attendait avec ses pièces chargées , afin d'être en mesure
d'agir promptement si l'occasion s'en présentait encore.
Quelques instants après, toute fusillade ayant définitivement
cessé, elle recevait l'ordre de rentrer au camp, et les charges intro-
duites dans les pièces étaient retirées. Les munitions étaient presque
épuisées en ce moment, et la lutte ne paraissait pas prête à finir
encore, il importait de les ménager.
Au moment où l'artillerie rentrait, cinq ou six Kabyles, qui
43
s'étaient glissés à quelques. pas du village seulement , derrière
l'escarpement, se levaient tout-à-coup et tiraient sur elle à 50 mètres
tout au plus. Mais, fusillés à l'instant et par l'infanterie du village et
par les servants qui prenaient aussitôt leurs mousquetons , ils
payaient de leur vie cet acte de témérité.
Cette mise en batterie en avant d'Imaïseren. exécutée avec une
promptitude, un sang-froid et un succès très remarqués, valait à l'ar-
tillerie de nombreuses félicitations
En descendant d'Afensou à Bolias, à 300 mètres environ de dis-
tance, on aperçoit à sa droite un petit contre-fort (n), qui se détache
perpendiculairement de la crête , et s'avance à 100 mètres dans la
direction des Aït-Oumalou, sur un vaste bassin formé par la réunion
d'une multitude de petits ravins boisés et très tourmentés. Deux
compagnies d'infanterie avaient été laissées sur ce contre-fort, pour
protéger le passage de l'arrière-garde. -
Les - Aït-Oumalou réunis aux Aït-Akerma rejetés de ce côté par
l'attaque, occupaientce bassin en assez grand nombre, et s'approchant
du contre-fort, entamaient bientôt une fusillade très vive avec ses dé-
fenseurs, dans l'intention évidente de couper l'arrière-garde en ce
point.
Vers neuf heures, le commandant de l'artillerie recevatt l'ordre d&
se porter sur ce contrefort avec la section des fuséens (Jacquot) et un
obusier de montagne, pour repousser cette attaque, dégager la position
et assurer ainsi le flanc gauche de l'arrière-garde.
Au moment où l'artillerie arrivait; caché derrière chaque arbre,
chaque buisson, chaque ressaut de terrain, un ennemi invisible
entourait le devant du contre-fort d'un demi cercle de feux. La
fumée et le bruit des explosions révélaient seuls sa présence et sa
force.
Ce terrain couvert et très tourmenté , occupé par un ennemi épars
dpnt il fallait deviner la position, était plus particulièrement propre à
l'action des fusées. Du reste, les obusiers n'avaient plus que quelques
charges, et il importait de les conserver, en attendant de nouvelles
Attaque des Kabyles
contre le contre-fort (n)
44
munitions, pour un cas plus pressant et plus favorable. Pour ce
double motif, le commandant de l'artillerie faisait agir seulement, les
fusées du capitaine Jacquot.
De quelques embuscades placées à 200 mètres environ sur la droite,
derrière le rebord d'un chemin creux, il partait des coups très dan-
gereux , et qui avaient déjà mis plusieurs hommes hors de combat.
Les premières fusées, dirigées contre elles, réussissaient assez promp-
tement à en déloger les Kabyles.
Le feu continuait ensuite tout au tour de la position, les quatre
affuts étant mis en batterie à la fois contre les points les plus rap-
prochés et les plus gênants.
La fusillade était ainsi ralentie et éloignée ; mais elle con-
tinuait cependant, en reprenant par moment avec quelque vivacité.
Déjà une "vingtaine d'hommes avaient été mis hors de combat sur
cette position, et il fallait à tout prix chasser l'ennemi au loin, pour
permettre à l'infanterie de se couvrir par un épaulement, et se mettre
ainsi à l'abri de la fusillade.
Jusqu'alors le tir des fusées s'était fait lentement, autant pour
assurer le tir que pour bien reconnaître les points sur lesquels il
importait de les diriger d'abord. Ces points , où les Kabyles étaient
réunis en force, étant enfin mieux connus; pour frapper un coup
décisif, on accélérait tout-à-coup le tir, en dirigeant sur eux tous les
coups, avec les quatre affûts à la fois. Sous cette pluie de fusées, les
Kabyles sortaient enfin de leurs embuscades, et se décidaient à
battre en retraite de l'autre côté du bassin, chez les Aït-Oumalou.
En peu d'instants, on voyait tous les sentiers qui conduisent dans
cette direction se garnir de fuyards, et alors seulement on pouvait
juger du grand nombre d'ennemis rassemblés pour cette attaque.
Quelques Jusées lancées, à d'asséz grandes distances, sur les
groupes les plus nombreux, précipitaient leur retraite. A partir île
ce moment, le terrain était définitivement abandonné et la position
cessait d'être inquiétée.
i ;
I; Les fuséens déga-
1 : ent cette position.
45
6
Au moment ou l'arrière-garde commençait à paraître à sa hauteur,
l'artillerie rentrait au camp (B).
Pendant cette affaire, et dans l'un de ces instants de répit où la
fusillade se faisait à peine entendre, chacun s'abandonnant à ses-
impressions, examinait avec intérêt ce pays d'un aspect si nouveau
et si étrange, où nul Français n'avait encore pénétré.
Un cavalier, accourant à toute bride le long d'un chemin qu'on
apercevait au-delà d'un grand bois, excitait vivement la curiosité ;
parce que les cavaliers sont assez rares en Kabylie, et que c'était le
premier qui se montrait jusqu'alors. A deux cents pas en avant de
lui, deux fantassins se dirigeaient vers le bois, sans se presser, se
considérant sans doute, comme hors de toute atteinte.
Tout en chargeant son arme, un zouave, à figure expressive,
faisait tout haut les réflexions suivantes : « Voilà un chef qui accourt
pour donner des ordres et des fantassins qui gagnent le bois pour
rejoindre leurs amis et nous envoyer des balles. Ils ont l'air de se
moquer de nous avec leur marche calme et tranquille. Ils sont encore
bien loin? à huit cent mètres peut-être? mais c'est égal, je vais leur
faire presser le pas. D
Sous son coup de feu un des arabes tombait, et son camarade
s'empressait de le transporter dans le bois, où on les perdait de vue.
Quant au cavalier, qui n'était plus qu'à quelques pas d'eux, il
tpurnait bride aussitôt et repartait dans la direction opposée, beau-
coup plus vite qu'il n'était venu.
Si j'ai cité ce fait, entre beaucoup d'autres, c'est qu'il m'a paru
très propre à donner une idée de la puissance des armes rayées
entre les mains d'hommes exercés et capables de raisonner leur
emploi, lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes. -
C'est pendant que l'artillerie était occupée sur ce point, vers onze
heures, que les Kabyles attaquaient, avec une sorte de fureur et à
deux reprises différentes, le mamelon de la Zouaïa.
Malgré la distance, qui était de 2,000 mètres au moins, on dis-
Épisode.
Attaque desKabyles
contre le mamelon de
la Zouaïa. (Z).
46
tinguait assez bien les différentes phases de la lutte, un instant, très-
vive et très-émouvante.
On voyait une compagnie, qui. dans son. ardeur à poursuivre
l'ennemi, s'était portée trop loin; assaillie tout-à-coup par une foule
de Kabyles et, presque enveloppée, être obligée de se faire jour à la
baïonnette pour regagner le mamelon. Un instant, sa retraite, qui
s'effectuait cependant en bon ordre, devenait extrêmement pénible.
Une foule de Kabyles la serrait de très-près, et ceux qui assistaient
de loin à ce spectacle saisissant, étaient soulagés d'un grand poids,
lorsqu'ils découvraient enfin les renforts, qui arrivaient au pas de
course au secours de la compagnie si vivement engagée. Dès qu'elle
se sentait soutenue, elle faisait volte-face, et, de concert avec ceux qui
arrivaient à son aide, elle chargeait à son tour les Kabyles et les
forçait à battre en retraite. L
Mais, il faut en convenir, cette retraite ne ressemblait pas à une
fuite ; elle se faisait aussi dans un certain ordre, et dénotait une
grande résolution et une grande intelligence dans les Kabyles réunis
sur ce point, qui devaient être des hommes d'élite.
Profitant de la connaissance parfaite qu'ils avaient du pays, après
avoir fait le coup de feu, ils couraient se mettre à l'abri derrière
chaque ressaut de terrain, pour charger leurs armes et faire feu de
nouveau.
Dès qu'ils étaient rejetés au loin, les troupes cessaient de les
poursuivre et regagnaient en bon ordre le mamelon ; mais non sans
être suivies de nouveau par les Kabyles, qui, s'augmentant à chaque
instant, s'établissaient derrière des rochers (r) à portée du mamelon,
et continuaient à entretenir une fusillade très nourrie.
C'est alors, que le commandant de Rebeval, voulant les déloger de
cette position gênante et ayant reçu des renforts suffisants, se portait
sur eux au pas de course, à la tête de quelques compagnies. Il
était tué en arrivant sur la position, qui, cependant, était évacuée
par les Kabyles. Mais, dès que lescompagnies se mettaient en marche
pour regagner le mamelon, elles étaient suivies de nouveau à petite
distance par un ennemi acharné.
47
Ces sorties, faites sans but, avaient occasionné des luttes meur-
trières des deux côtés, sans avoir produit aucun résultat; parce que
lennemi. chassé un moment d'un point, y reparaissait dès qu'on se
retirait.
L'ordre était donné par le général de Mac-Mahon de les éviter
à l'avenir, et de se contenter de se maintenir en position sur tous
les points occupés, en se couvrant le plus tôt possible, par des
épaulements.
En outre, toute l'artillerie, à mesure qu'elle devenait disponible,
était dirigée sur le mamelon de la Zouaïa, sur Imaïseren et sur le
contrefort (n), avec l'ordre de s'y établir jusqu'à la fin de la lutte,
pour tenir l'ennemi à distance de ces positions avancées, plus par-
ticulièrement en but à ses attaques.
Depuis que les obusiers de montagne avaient dégagé une première
fois le terrain en avant d'Imaïseren, les Kabyles, profitant de leur
éloignement momentané et de la disposition des lieux, qui leur
permettait d'approcher de très près jen restant à couvert, avaient
reparu de nouveau en force et entretenaient une fusillade meurtrière
sur les travailleurs de la tranchée. Vers dix heures, le seul obusier
de montagne, alors disponible au camp, était amené par M. Lapaque,
et par quelques coups tirés à propos et avec un plein succès , il
contribuait puissamment à écarter l'ennemi et à diminuer le danger
de la fusillade.
En rentrant au camp, vers onze heures et demie, le deuxième obusier
de montagne était dirigé sur le mamelon de la Zouaïa, où il rendait
les mêmes services, et, un peu plus tard, la section des fuséens sur
le contrefort (n).
Après la prise de Tacheraich, les obusiers rayés étaient restés
quelque temps en position pour continuer à observer la droite des
attaques, puis ils avaient rejoint la réserve pour se rendre au camp
avec elle.
Quelques groupes ennemis, se disposant à traverser un ravin pour
harceler le flanc gauche de la colonne, le capitaine Bléhaut avait
L'artillerie estplacée
sur las positions avan-
cées ( 1, Z, n).
48
l'occasion de tirer quelques obus , qui, arrivant au milieu des
groupes, leur faisaient rebrousser chemin et renoncer à leur projet.
Arrivés au camp, sans autre incident, les obusiers rayés allaient
rejoindre les obusiers de montagne à Imaïseren et au mamelon
de la Zouaïa.
Toute l'artillerie de la division se trouvait ainsi employée en
permanence, jusqu'à la fin de la lutte, sur les positions les plus
menacées, savoir :
Les fuséens, avec le capitaine Jacquot et le lieutenant Prunot,
sur le contrefort (n) ; un obusier rayé et un obusier de montagne,
sur le mamelon de la Zouaïa, avec le lieutenant Blancard; un obusier
rayé et un obusier de montagne, avec le lieutenant Lapaque , à
Imaïseren.
Le capitaine Bléhaut était chargé de l'ensemble de ces deux
dernières positions.
Le commandant de l'artillerie restait à la disposition du général
de Mac-Mahon, se portant, suivant les besoins, d'une section à l'autre
et assurant tous les services..
L'extrême arrière-garde n'arrivait à Afensou que vers deux
heures, ayant eu à supporter tous les efforts des Kabyles, rejetés
par la première attaque sur les contreforts des Aït-Oumalou, entre
Tacheraich et Igounen.
Les deux bataillons (11e de chasseurs et 93e de ligne), formant
l'extrême arrière-garde , avaient eu particulièrement un rôle très
difficile à remplir. Forcés de rester en-deçà du village de Tacheraich
jusqu'à la complète évacuation des blessés sur l'ambulance générale
de la division, opération qui devenait très longue par suite de la
chûte d'un grand nombre de mulets de l'ambulance légère; ils
avaient eu à résister, pendant plusieurs heures, à plusieurs attaques
d'une grande vivacité.
Les difficultés de terrain , au-delà de Tacheraich, étaient telles,
que la plupart des mulets de l'ambulance légère, qui suivaient les
bataillons engagés, étaient entraînés sur les pentes et précipités au
Retour offensif des
Kabyles contre l'ar-
rière garde. (Brigade
Périgot).
49
fond du ravin. Il fallait un temps considérable pour les relever, et
pour porter, à bras d'hommes , les blessés et le matériel dont ces
mulets étaient chargés.
Profitant du retard occasionné par cette circonstance inattendue,
et de la connaissance parfaite qu'ils avaient des lieux, les Kabyles
s'approchaient en grand nombre, pour tenter un retour offensif. Le
terrain, très accidenté et très couvert, qui se trouve entre Tacheraich
eLlgounen, leur était très favorable, et leur permettait, tout en restant
- pour ainsi dire invisibles, d'engager bientôt une fusillade très nourria
et très rapprochée avec les bataillons d'arrière-garde. Il fallait, à
plusieurs reprises les charger, pour les écarter des points où l'on
était obligé de remonter et les mulets et leurs chargements. Il fallait
réoccuper le village de Tacheraich, trop tôt abandonné, et agir très
énergiquement contre eux autour du village d'Igounen, que quelques
heures plus tôt l'artillerie avait traversé si heureusement.
Après avoir repoussé plusieurs fois les attaques de l'ennemi,
avoir assuré la complète évacuation des blessés, et retiré du ravin
les mulets et leurs chargements, l'extrême arrière-garde pouvait
enfin se mettre en marche pour gagner Afensou, où elle arrivait
vers deux heures, précédée du convoi d'ambulance.
Ainsi, par suite d'une circonstance qu'on ne pouvait prévoir,
surtout après l'ascension si heureuse et si rapide de l'artillerie par
les mêmes lieux, la brigade Périgot avait eu une très rude tâche à
remplir. La lutte avait été un moment très meurtrière, et pour ne
rien laisser aux mains de l'ennemi, la brigade Périgot avait eu à
déployer une grande énergie.
Vers trois heures, toute la division était réunie et campée entre
Afensou et Imaïseren, sur les points qu'elle devait définitivement
garder. Les troupes, placées sur les positions avancées, telles que:
Imaïseren, le mamelon de la Zouaïa et le contrefort (n), travail-
laient avec ardeur, à se mettre à l'abri de la fusillade, en s'entou-
rant d'une tranchée.
Toute la division est
réunie Pt campée.
50
C'était particulièrement en avant d'Imaïseren et autour du ma-
melon de la Zouaïa, en face, de rassemblements nombreux se
formant sur le plateau de Souk-El-Arba, qu'elle continuait à se
faire entendre, en reprenant par moment une assez grande vivacité.
Mais cependant, à partir du moment où l'artillerie occupait ces
positions, elles cessaient d'être sérieusement menacées. Quelques
obus, lancés à propos, suffisaient pour écarter l'ennemi, lorsqu'il
devenait par trop gênant sur quelque point. Aucun retour offensif
n'était plus tenté: tout se bornait à une simple fusillade.
Quant au contrefort (n), il cessait définitivement d'être inquiété.
La lutte continuait donc, avec des alternatives diverses, autour
d'Imaïseren et du mamelon de la Zouaïa seulement.
A l'abri du terrain si tourmenté, qui est en avant de ces posi-
tions, les Kabyles venaient s'embusquer quelquefois très près, et
entretenaient une fusillade continuelle. Lorsqu'elle devenait par
trop vive ou trop gênante, l'artillerie agissait pour les forcer à se
mettre plus à l'écart. Les obusiers de montagne aux petites distances,
et les obusiers rayés aux grandes.
Aplusieurs reprises, les obusiers de montagne, croisant leurs feux
et fouillant les replis de terrain qui précèdent Souk-El-Arba, en
délogeaient les Kabyles, et lorsqu'on les voyait regagner le plateau
par groupes nombreux, les obusiers rayés, agissant à leur tour, les
dispersaient encore plus loin, et les forçaient à disparaître.
Plusieurs fois dans la journée, des rassemblements considérables
paraissaient du côté de Souk-El-Arba. Ces réunions hostiles avaient
pour but de concerter de nouvelles attaques ; il importait de ne pas
les laisser se former et délibérer tranquillement sous nos yeux, et
de leur montrer que, malgré la distance, ils n'étaient pas à l'abri
de nos coups. C'était l'affaire des obusiers rayés.
Il suffisait de quelques coups pour voir les rassemblements se
porter plus loin, du côté d'Aboudid, où ils essayaient de se reformer.
Quelques obus, lancés encore, les forçaient à se dérober entièrement
à la vue.
Ce tir, exécuté lentement et avec le plus grand soin, était très
Action de l'artillerie
des positions avancées.
51
remarqué de tous par sa justesse et sa précision. Plusieurs fois, il
se faisait en présence des généraux et du gouverneur lui-même,
qui témoignaient leur satisfaction, en voyant les résultats remarqua-
bles obtenus à d'aussi grandes distances.
Presque tous les obus arrivaient au-dessus des rassemblements
«
et éclataient généralement après leur chute. On voyait parfaitement
après chaque coup, les Kabyles s'écarter vivement du point d'ar-
rivée, et chercher à se mettre à l'abri en se portant plus loin.
Dans la soirée, un autre rassemblement, formé en avant d'un village
des Aït-Oumalou, à 2,000 mètres du mamelon de la Zouaïa et du
contrefort (n), était dispersé par quelques obus rayés tirés du ma-
melon de la Zouaïa et quelques fusées, du contrefort (n). Il ne repa-
raissait plus de la journée.
Dans l'un des avant-postes placés près d'Imaïseren, on recevait des
coups de fusils, qui ne se faisaient entendre qu'à d'assez rares inter-
valles, mais avec persistance ; sans pouvoir découvrir d'où ils pro-
venaient. Plusieurs hommes avaient déjà été blessés, et toutes les
recherches faites pour trouver cet ennemi invisible, dont les coups
étaient si dangereux, avaient échoué; lorsqu'enfin, un des hommes
du poste, en levant les yeux par hasard, voyait avec surprise de la
fumée s'élever au-dessus d'un arbre touffu.
Il s'empressait de faire part de sa découverte, et l'arbre suspect
criblé aussitôt de balles, s'entrouvrait bientôt pour donner passage au
cadavre d'un Kabyle, qui tombait à terre, victime enfin de sa propre
ruse. Certainement, il avait fallu une grande audace, pour oser
prendre un poste aussi hasardé et l'avoir conservé longtemps, en
faisant le coup de feu au risque de se trahir; ce qui était. la mort
certaine.
Pendant toute la nuit, la fusillade ne cessait pas un instant ; mais,
les troupes ayant eu le temps de se mettre à couvert par des épau-
lements, elle ne causait pas grand mal et n'avait pas d'autres résultats
que de tenir en éveil.
Episode.
Nuit du 24 au 25 Mai
52
Aucune tentative sérieuse n'avait lieu, et l'artillerie restait en
position sans avoir à tirer. Quelques ennemis déterminés, qui
essayaient de surprendre les avant-postes, venaient se faire tuer à
bout portant.
Dans là matinée du 25, la fusillade continuait encore, mais fai-
blement et seulement du côté de Souk-El-Arba ; on sentait que la
lutte approchait de sa fin. Déjà, un Beni-Raten influent, le fils du
Cheick d'Icherouîa, s'était présenté aux avant-postes de la division
de Mac-Mahon, avec des propositions de paix de la part d'une
fraction nombreuse.
Vers l'extrémité du plateau de Souk-El-Arba, des groupes nom-
breux et très animés paraissaient discuter vivement. En nous les
montrant d'Imaïseren, le fils du cheick nous expliquait : que d'un
côté était le parti de la soumission, et de l'autre le parti de la résis-
tance , composé d'une petite portion des Beni-Raten soutenus par
les contingents du Djurjura.
Jusqu'alors, les obusiers rayés avaient tiré indifféremment sur les
groupes les plus nombreux sans distinction.
Il nous priait d'épargner ses amis et de diriger nos coups sur le
camp opposé.
Nos partisans étaient disposés à chasser par la force leurs incom-
modes alliés du Djurjura, et ils n'attendaient pour agir, que le signal
donné par les obusiers rayés.
En conséquence, les obusiers rayés étaient pointés suivant ses indi-
cations, et ouvraient le feu sur les groupes hostiles.
En voyant arriver les obus au-dessus des groupes ennemis, qui
manifestaient leur frayeur en s'écartant vivement, notre nouvel ami
ne pouvait s'empêcher de témoigner sa satisfaction, en battant des
mains et en manifestant une joie très franche.
Quelques instants après, comme il l'avait annoncé, les Kabyles
échangeaient des coups de fusils entr'eux. Encouragés par les ré-
sultats produits par les obusiers rayés, nos partisans entraient déci-
Journée du 25 Mai.
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dément en lutte ouverte avec ceux qui nous restaient hostiles, et les
chassaient à coups de fusils du côté d'Aboudid.
Les quelques tireurs obstinés, qui avaient seuls entretenu le feu
contre Imaïseren, étaient forcés de s'éloigner précipitamment, mena-
cés par nos nouveaux alliés, et les hostilités étaient suspendues.
Pour le service spécial de l'artillerie de la Division, dans
les journées du 24 et 25 Mai, voir plus loin, page 113.

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