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Carillon du collier...

De
20 pages
impr. de L. Toinon (Paris). 1867. In-8° , 21 p..
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IMPRIMERIE I.. TOINON ET C°, 4 SAINT-GERMAIN
F. FERTIAULT
LE
CARLL,LON DU COLLIER
Qui donc a fait de moi la Courtisane immonde?...
F. F.
PARIS
DE L'IMPRIMERIE DE L. TOINON ET O
A SAINT-GERMAIN EN LAYE
l867
LE
CARILLON DU COLLIER
i
SIRÈNE
Elle passe, voyez, la splendide Sirène,
Étonnant les regards d'audace et de beauté;
D'un peuple d'amoureux c'est bien la souveraine,
Déployant la souplesse avec la majesté.
Elle plane, avançant dans sa démarche lente
Gomme glisse la lune au-dessus du vallon,
Ou, prise tout à coup d'allure turbulente,
Bondit, comme une chèvre, à l'angle du salon.
Chargé des feux du gaz et des feux des haleines,
L'air s'échauffe. Un parfum semble éclore dans l'air.
De murmures charmeurs les oreilles sont pleines;
Des souffles caressants font frissonner la chair.
■f
LE CARILLON DU COLLIER
On se sent entouré d'une atmosphère étrange ;
Le rêve et le vertige effleurent tous les fronts.
De leur vol enivrant heureux qui se dérange !...
Car à saisir leur proie ils sont hardis et prompts.
La Belle est toute gaze, et dentelles, et soie,
Et satin... J'entends là le satin de sa peau.
D'un corsage impalpable où tout l'écrin flamboie
Sort l'épaule embrasant notre altéré troupeau,
Une épaule suave, opulente, divine,
— Diabolique surtout, — de ligne et de blancheur,
Une neige de feu, sous laquelle on devine
Le volcan; tout ensemble incendie et fraîcheur.
D'un cou voluptueux descend suj- cette épaule
Un bijou, vrai chef-d'oeuvre en art grec, un Collier
A douze médaillons, dont chacun, — le doux rôle! —
Rappelle un des amants venus pour se lier :
D'un côté, le profil de la chère victime,
Parfois un peu flatté ; de l'autre, son blason ;
De sorte que l'on a, dans l'effigie intime,
Le maître, mais surtout l'honneur de la maison.
Et cela fait plaisir à cette tendre femme
De tenir dans sa main, de pétrir, de broyer,
De salir à sa fange et de nous rendre infâme
Le grand nom qui d'amour lui donne le loyer.
La voilà donc qui trône, ironique et charmante,
Charmée aussi, buvant l'orgueil. Ses médaillons
Transforment en soleil la roturière amante,
Qui va, le sein gonflé, sous ces nobles rayons.
LE CARILLON DU COLLIER
Oh ! la toute-puissante ! Oh I l'astre ! ! Et qu'elle attise
Savamment le bûcher de vos coeurs I En son oeil
Brille, appel trop fatal, l'ardeur qui magnétise...
Courez, papillons fous qui riez de .recueil!
Courez ! La Charmeresse est de force et de taille
A se poser en but à tout vaillant coureur.
Alertes! Son beau corps est un champ dé bataille...
' Vainqueurs toujours vaincus, partez avec fureur !
Ne croyez pas, au moins, toutes les places prises :
Toujours en a son coeur, et son Collier... toujours.
Pour son immense vogue il n'est point de surpriées...
Libre, par ses amis elle compte ses jours.
■ Allons ! accumulez vos chutes autour d'elle 1
Comme des moucherons l'un sur l'autre tombez !
De vos cent mille morts elle sort immortelle...
Place ! troupeau d'amants, chapeaux bas! reins courbés I
Laissez-la radier, puisqu'elle vous domine,
Et, si ce n'est assez du fulgurant métal,
A cette déité, près de qui tout chemine,
Vite abattez vos fronts pour faire un piédestal !
Elle mérite bien, la Courtisane-Reine,
Elle mérite bien ce triomphe sans pair...
Esclaves, portez-la jusqu'au bout de l'arène
Sans savoir, au trajet,.si votre sang se perd.
Aussi bien il lui faut la grande apothéose
Pour^^léipurdir un peu dans ses amers instants;
^uvëât/'^un^vipile noir s'étend sur son ciel rose...
^CafAq'è^ lugjila-e., allez, de ternir des printemps!! —
LE CARILLON DU COLLIER
II
COLLIER ROMPU
Et tenez, maintenant que la voilà rentrée,
La superbe Vampire au sourire sanglant ;
Qu'elle compte ses morts et les recompte, outrée
D'en tenir un de moins sous son ongle brûlant;
Je vais, si vous voulez, vous ouvrir sa demeure
Que nous envahirons, invisibles. Alors,
En ce lieu, vous verrez comment l'heure suit l'heure,
Et si la soif de vaincre amène le remords. —*
De l'ivresse et du bruit dissipant les fumées,
La Sirène s'assied, lasse et fiévreuse encor.
Elle sort de leurs noeuds ses tresses parfumées
Et, boudeuse, à ses pieds jette son réseau d'or.
De sa gorge onduleuse elle enlève les gazes ;
Indolente, elle éteint son ciel de diamants;
Elle rend à l'écrin et perles et topazes,
Ces constellations que sèment les amants.
Mais au déshabiller survit une dépouille : '
Tous les joyaux partis, moins un. L'un est resté,
Le Collier! Celui-là sous rien ne se verrouille...
Au cou, le jour; la nuit, au cou'; jamais quitté,
LE CARILLON DU COLLIER
Jamais ! Dans ce bijou la féline a sa force.
Amulette multiple, il'est son talisman;
En la fascinatrice il allume l'amorce,
Et lui fait, sans broncher, réussir tout roman.
Et, comme elle, Dieu sait combien elle en entame !
Du nouveau! du nouveau ! L'Idole en veut toujours...
Mais pour ses chers blessés sa lèvre est sans dictame;
Elle va, rayonnant le mal en son parcours.
Au cou marmoréen le Collier s'éternise.
Le corps rose émergé des flots blancs du peignoir,
La Belle est là, devant sa glace de Venise,
Essayant la vigueur de jet de son oeil. noir.
Dans le vaste horizon que son désir entr'ouvre
Elle plonge et replonge un penser anxieux,
Lente, et ne s'arrêtant- qu'alors qu'elle découvre
Une étoile à clouer aux splendeurs de ses cieux ;
Car sans trêve elle veut, la Chasseresse altière,
Et la proie abondante et la fleur du gibier;
De coeurs énamourés son pied cherche litière...
Qu'un ciel de sa façon est près d'être un bourbier !
Dans son calme puissant elle est donc là, qui songe,
Analysant ses traits d'un regard acharné :
Elle est belle, et pourtant l'envie acre la ronge...
Plus belle, et son pouvoir ne serait plus borné!...
Dans ce sombre travail des frissons la parcourent ;
Elle se sent frémir de la moelle à la peau ;
Jeune, il lui semble voir que des rides labourent
Ses épaules, son cou si pur, son front si beau.

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