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Cassandre, ou Quelques réflexions sur la Révolution française et la situation actuelle de l'Europe. (Par Auguste Danican.)

De
191 pages
chez les héritiers de Baboeuf et Compagnie, Cour du Luxembourg (Au Caire : et se trouve à Malte, Corfou, Zante, Céphalonie ; et à Paris). 1798. In-12, 192 p..
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CASSANDRE
OU
QUELQUES REFLEXIONS
Sur la Révolution Francaise & la Situation
adtuelle de P Europe.
1
"-
--- -
Juillet 1798. -
Au Caire
9
et se trouve a Malte, Corfou Zante, Cephalonie et a.
fuis ckez les héritiers de BABOEUF et Comp.
Cour du Luxembourg.
a
CASSANDRE
o u
Quelques reflexions sur la révo-
lut ion fr an c ai se,
EP1TRE LAMENTATOIRE,
à
(le li., Eijvoyî
de "-' ïlil Congres de Raflatt.
a Mùbl**** le IÇ Juillet 179g»
M on fie uv le Baron,
Puisque vous voulez jt des note;,
y cil" ,')()fil.'t'I/l' de v us en addrejfer de très
IUilgitls: v a: s nie mandez que le tableau que
je vous ai esq-t.fsê, a Mo liyeufemcnt aug-
mente vos wq uctudei jnr l'avenir, bêlas!
ce que je vous écris, ejl peu propre a di-
iiiiauer vos chagrins {/OliS parcourez un
labyunte qui vous conduira dans un abyme
je vous plains d'autant plus, que vous ne
re'feniblez pas a cc; taLilS de vos Collebiies, qui
croyent pieiUeraenc & philosophi-
II
quement à la loyauté de Bon ni e r Çf
compagnie. Ces Mefsieur s » ont l'air d'igno-
rer , qu'en janvier dernier, ils ont été dis-
jous in petto, par le General Augereau, qui
avait ordre d'improviser une république au
delà du Rhin. Ce fut > comme vous le ver-
rez bientôt, un bafard heureux qui vous
sauva. Le Septembriseur Méhée chargé d'é-
baueber la nouvelle repub/iquc, s'avisa défai-
re un qui p r o q u o a l" égard d'un certain
Hausmaon, t1 ic coup manqua * delavinrent
la disgrâce à' Augereau, o' la mésintelli-
gence entre Barras f1 Rcwbei,
Votre perte n'est qu'ajournée t9"' vour ne
vous tirerez pas si beureufement de la pro-
chaine fête révolution aire qu' on vous prépa-
re, car les plans feront mieux faits.
Prenez donc votre parti, & croyez fer-
mement qu'il n'y a plus de remede C1 que la
révolution fera le tour du monde.
Cette assertion pataitra encor extrava-
III
« 3
gante a nos philofopbes diplomates & a ceux
qui veulent naïvement la paix, mais pour
les convaincre, il faut leur répéter, que
d'un côté, il n' y a que lenteur, tâtonne-
ment, quelquefois flupzdité E1 toujours Dès-
union , tandis que parmi les Jacobins de la
république francaise, on voit etinceller une
malice superlative & l'energle de la feroàté.
Je polJe ma vie a développer cette véri-
té B"5 je fuis las de prédire, car jusiltilii pre-
sent, mon zèle n'a Jervi qu'a me faire rire
au ntz.
Je ne me borne pas a dire vaguement,
"Barras veut piller égorger sur toute la
,,(urface du globe, mais je nomme E1 de-
signe jes agells; j'explique six mois d'avan-
ce, comment ils S y prendront pour fou fier
le jeu de t'anarchie, dans tel royaume ou tel.
le république : je connais les empoifonncurs
a gages du directoire, Jes publicités du 2
Septembre, ses cbefs d'injurreclions pour les
coups décifiji, ses mouchards de Fans intra
IV
ez extra muros, ses agent pour l'intérieur
de la république. 2t enfui* ses Jacobins
propagandifhs, charges de colpoi ter la li^r-
té ,,'allS les quatre puit.es un monde*
Y*ai vécu pendant (Li. ans, au milieu
de ces r;/ou/Ires 1.:) dieu fait avec at.
tentiun je les cljerva.s!
Ouïrez les Lr/niiuh dénias*
qués, le fui h de 1 fianbi ifurs,
le premier N°. de la a/nîu
miation de V ace ufiteur public,
Çf vous Jerez convaincu que je n* ai cessé de
faire la guerre au crime triomphant. Je
ne m'amuse pas a faire des réflexions isol ces,
f avance des fais positifs, ye nomme les
atteins 8" ma preuve e/Í toujours au bout
de ma pbrajè.
A' allez pas iti accu fer d'orgueil2f croyez
que je fuis loin de nie faire une mérite de ce
que je jais sur la révolution jrancaife* Mon
v
expérience me coute cher, car les crimes que
j'ai vu commettre se retraçait a chèques mi-
mîtes a mou imagination ej]rayée*
Souvent au milieu Je s nuits, je me re-
veille la yeux baignes de larmes Çf les
les frappées par les cris des n.ouram. - ley
f entend s j[,::r le plomb affafii, qui fait tom-
bei- des de cul. iva'eurs bretons ou
-, 1 :; ,' ? , ;. pl..,
poitevins; la sa; perçois des charriais pleins
des Victimes qie ^ooeboi^rre et >c*s amis, en-
voyaient p..r ie'.taiues il l'ecbaljaut: 1200»
peres de famm'e perissent par la fusillade
ordonnée par les dictateurs Barras et
Freion : j¡;' vois les murs Je Touhm teints de
sang : une autre Jas, c'est Id flujre Je Cnllot
d' b.,., ois qui me fait bondir a horreur en
me rappcliant le jupphee des lyonnais et le
foudroyement de leurs maifons» Nui, il
n'existe pas au monde un homme plus mal-
heureux que moi ! le sommeil me fuit et III
douleur m'accable: les bateaux a Soupape
des voyeurs Carrier et Lùancastel, font
amarés jusqiC a sur mou grabatt et dans
VI
Tamertume de mes souvenirs je regrette l3ê-
cbaffaut révolution aire, auquel fai échappé
comme par miracle. J'ai le coeur percé
d'un trait empoisonné et il tfexiflera plus de
bonheur pour moi. Pauvreté, opulence
persécution, repos, maladie ou santé, tout
m'est in ffcrent.
Si quelque cbofe peut adoucir instan-
tanément l'horreur de ma situation, c'est
le plaiftr que f éprouve en songeant-, quepen.
dant mon gêner alat dans la république fran-
caise, j'ai quelquesfois arraché un innocent
au supplice
Mais cette legere jouissance, est altérée
par des idées noires et desesperantes.
Sincerement attaché a ma patrie, je
la vois dechirée par les plus vils et les plus
feelerats des hommes : je fais que mes con-
patnotes font esclaves et malheureux et
qu'ils arrosent sans cesse de leurs larmes,
d.:s cbaines que leurs bourreaux rivent avec
une meurtriere activité : pour remedier a
tant de maux, il ne se présente pas de li-
bérateurs y voila les coufes de mon desespoÍr.
VH
Les souverains et les peuples que l'ex-
perience aurait du instruire succombe?2t pi-
riodiquement sous le poids de la ma/sue
révolutionaire et la moitié de Il Europe est
un Ille de sang, dont le débordement, va
inonder le reste de la terre.
Dans ce conflit d' horreur et de misere,
chacun pense a soi: quelques princes d'alle-
magne font entre eux a/saut de bassesses,
afin d' être ménagés par les ministres de la
république, auprès des quels ils reclament
doucereusement leurs propriétés de la rive
gauche. Les insensés ne j'appercoivent pas
que les plénipotentiaires se mocquent d'eux
et mettent a profit leur pusillanimité.
Il est d* autres souverains dont les prin-
cipes font aujsi purs que leur conduite est
sage, mais placés sur la frontiere, ils sont
obligés d'obéir a toutes les loix qu'il
plait au directoire de leur prescrire.
Cet épouvantable directoire, voulant
ecraser la maison d'autriebe, fait jouer
tous les ressorts de sa politique, pour de-
VIII
tacher de la cause commune, les differens
membres de l'empire,
Si tous les electel/rs, s'opposaient fran-
cbement au projet de dévastation universelle,
S ils net aient pas divisés entte eux pour de
pitoyables Interets, l'attmiagne se fntlvz-
»Ï// £ mais il est ecrit que nen n'ecbap-
pera a la gueule du loup devlJrallt.
Les plénipotentiaires français , font
parvenus au but qu'Us s et aient proposé des
ïouverture du congrès de Rastadt : les
mines et contremines IOllt creusées, le feu est
aux mecbes et bientôt nous entendrons le
bruit de l'explosion.
Bonnier, Jean Debry er Roberjot
rient fous cape, se frottent les mains et
tempus eonsumunt fallendo,
111 ail, c'en est aJsez sur cet article, il
vous faut de notes sur la situation de l'Eu-
rope, lisez.
J'ai l'honneur d'erré,
Mon sieur te Baron,
Votre très humble & tics obeissant
lerviteur
Augf D
Chapitre I.
"Long fragment d'un mémoire remis
>,en Novembre 1797, au gouver-
nement de Berne = inutilité des
,,funestes prédictions de CASSAN-
,,DRE = travail des jacobins en
"fuIŒe chute lubite& terrible de
,les gouvernant = anéantillemenc
,,de la liberté helvétique*
Dans le mois de Novembre 1797. c'est
a dire, quatre grands mois avant le ré-
volutionnement de la suisse, je me trou-
vais a Berne, après avoir échappé au
18 fruflidor en franchissant les mon-
tagnes de la suisse encore libre et Flo-
rissante. A cette époque désastreuse le
gouvernement de Berne etaic déja menacé
indirectement par le gouvernement fran-
cais, qui fesait insérer de violentes diatribes
dans ses journaux officiels, tantôt contre
10
lefênar de Berne et plus souvent contre cer-
tains membres du gouvernement. Quelques
unsd'entre eux,me prierentde leurs donner
des Renseignemens sur ce qui-, concer-
nait la Suisse et peu de jours après, je
remis a Monsieur l'avoyer de Steiguer
un mémoire très long, très prophétique
et dans lequel on pouvait remarquer les
passages suivans.
"Le nommé L rn'a dit il y a
„ environ un mois , que la suisse, allait
„ être révolutionnée ; effrayé de ce propos
,,et fachant par experience, que tout ce
„ qu'il m'avait prédit avait eu lieu, je me
„ gardai bien de lui faire appercevoir le
,,plus ou le moins d'intérêt que je pre-
,,nais a la tranquilité de la fbisse: je lui
,,'fis plusieurs questions avec une indiffe-
„ rence affectée, et je cherchai a pénetrer
adroittement les désseins du directoire,
"dont il est aujourd'hui agent en chef ;
"il m'affirma donc ponfivemeni, que fous
„ peu de temps je ferais fort étonné de ce
„ qui fè passerait en suisse. Que déjà plu-
II
Vt sieurs agens, avaient eté envoyés dans le
"Canton de Basie; a Zuï-icb, St. Galle,
,, Scbnffvuse, Neuihâtel, le Pays de Vaud-,
"ainsi que dans la. partie Italienne de la
» Juif se. 11 me cita plusieurs Alsaciens
,,dont les noms me font échappés, mais
bien même temps, il me nomma quelques
"révolutioilnaires de Paris, qui devaient
„ partir fous peu et dont les missions fe-
"creres, feraient de fonder les esprits
„ et propager la doctrine insurrectionnelle.
,,J'ai très bien retenu les noms de ces
derniers comme on le verra cy après.
„ Il me fit entendre „ Que tels mdi-
"vidus qui par leur naissance et leur pOsi-f
„ tion etaient au dessus du moindre soup-
,, çon, feraient les agens ef les provoca-
teurs les plus actifs des différentes in-
surrections, que le directoire se pro-
pose d'organiser en suisse, etc. etc.
„Jene parlerai pas ici de la quantité
,,de subalternes qui circulent en suisse de-
,,puis longtemps; je ne m' etends pas
"sur ce point, parcequeles gouverne mens
12
reguliers, doivent etre convaincus que
„Ia plus grande partie des revenus de
"la france, est emploiée a salarier des
„ agens et des propagandistes et que tous
"les ambassadeurs ou consuls français,
"ont l'iustruction monsrrueuse, de fou-
„ lever les peuples , bouleverser les for.
tunes, dénaturer les opinions et eofia
,,détruire les gouvernemens qui ne ref-
,,(emblenr pas a celui de la république
,, française.
"Voyez la Belgique, la Hollande,.
"devenue république Batave, les rèpu-
bliques transalpines et cisalpines, la rè-
„ publique Ligurienne, la république
"Cis.Rhénaoe et bientôt les rèpubliques
„ grecque et Romaine.
„ Le prerexte de la déportation du
,? 18. Fructidor, va bien servir l'inrention
,,des maitres de la république francaise:
"ils auront foin de glisser parmi les vé-
ritables victimes , une certaine quantité
„ de fcélççais qui parcourront les cam-
13
"pagnes de la fuisse'pour fouîever les
„ paysans.
,,Au milieu de la destruction des
„ empires, les républiques hélvériques font
"encore heureuses et florissantes, mais
„ nous" touchons peut ctre a la crise ter-
crible qui doit consommer leur ruine.
t' Deja les aictateurs français, s'occuppent a
5, organiser en perspective, la république
,, héivétienne, tous les jacobins U.ifses
«réfugiés a Paris, travaillent sans "relâche
,,a raccomplifseuient du grand oeuvre.
,, En meme remps que la suisse fera
„ travaillée par des factieux, Rome,
"Naples, la Sicile et la Sardaigne se
„ repentiront ÍubHement de l'influence
"dt:s ambassadeurs et consuls français.
„ L'armée d'Italie, fccondée par des di-
plomates jacobins, dévorera simulta-
nément toutes les puissances du midi
» de l'Europe.
„ L'homme qui m'a communiqué les
,,intentions parriculleres de Revvbel, m'a
"donné a entendre, que le directoire
14
„ avait des intelligences très multipliées,
,,avec plusieurs membres des gouverne-
,,mens helvétiques.
,,Le directeur Rcvvbel, a pour la
,, suisse et les souverains, une aversion
"qu'il ne prend pas lapeinededifsimuler:
"il s'exprime sur le compte de Sénat de
„ berne, avec une indécence qui a trans-
fpiré, car le publie de Paris, fait que
Jievvbel a juré d'anéantir, ce qu'il appelle,
» l'aristocratie Bernoise, Il éft alsacien,
,,et l'est lui furrour, qui donne des in-
structions aux alsaciens qu'il envoye
„ travailler l'opinion dans le canton de
„ Berne, etc. etc.
„ Malgré l'experience du passé, le
„ peuple fera toujours dupe, des grands
"mors de Liberté, d'égalité, d'immu-
"niré, etc. Partout ce Pathos fait fortune
„ et malgré la moralité du peuple suisse,
,, son gouvernement ne peut esperer
"qu'il résistera a d'aussi d'angereuses
séductions.
15
» L'bomtne est de glace aux vérités
"JI est tout feu pour les mensonges
„ mais me dira -1 - on, les suisses ont fous
y, les yeux, lesexecrables ravages, commis
,,,par les francais dans la souabe et le
,,brisgaw? ils craignent d'être pillés et
on Ce méfieront des apôtres de la preren-
due liberté francaise? Erreur funeste!
"Ceux qui tiennent un semblable langage
"feront les premieres victimes de leur
„ crédulité. Qui peut en effet me prou-
,, ver que jusqu'à present, l'exemple des
"francais a servi de quelque chose, aux
i, peuples qui vivaient a l'abri de lois justes
"et fages?
„ Il faut très peu de talent, pour corn-
,, mettre habilement de grands crimes, et
il en faut beaucoup pour les prévenir. -
„ exemple:
„ La france entiere aimait Louis XVh
"la masse de la nation se contentait de la
,,chéti,ve constitution de 1791. et malgré
„ le voeu du peuple, une poignée de jaco-
*, bins violenta Popinion, en fondant une
16
„ république sur les cadavres des' nom-
"breux partisans de la monarchie.
„ Cette veriré, nie rappelle la dou-
,,loureuse scene du io. aoust 1792. Ce
„ fut. alors que les Coilot d'berboirjes Robes-là
„ pierre*, Bilinud v avenu et Legendre, Tallien,
„Marat et autres brigands,firent égorger
"làchernent les gardes suisses, dont pen.
riant trois ans, ils n'avaient pu altérer
„ l'inebranlabîe fidélité.
,,J'ai été témoin de l'affaire du dix
naonst et tout homme de bonne foi affir-
"mera avec moi, que dans cette triste
jotirtiée, les suisses se bornèrent a la
,,simple deffensive.
„ Us avaient deja repoussé les mar-
"seillois et les horribles Sans culottes,
„ lorsque ces derniers se voyant perdus,
„ eurent recours a leurs moyens ordi-
u naires : ils proposèrent de fraterniser,
"jetrerent leurs cartouches et leur armes
,,en feignant du vouloir embrasser les
,,fuilfses. Ces infortunés militaires, cru.
rent aux démonstrations des cannibales,
il qui
17
11
"qui deux heures après les afsafsinrierent
"sur les marches de ¡'bôtel de ville, leur
„ barbarie ne se borna pas a cette expédi-
tion * car ils reserverent plusieurs vic-
"times d'un rang diltitigué, afin de les
"couper par morceaux, dans les journées
„ des deux et trois leptembre,
,,Ces faits, font notoires, en les re-
h traçant mon coeur se glace d'horreur,
,,j'cttidie l'avenir, et je crains que la na-
tion suisse n* éprouve bientôt en masse,
"ce que ses enfans ont éprouvé en détail
"dans le chateau des thuilenes, a Aix,
Lyon, etc. etc.
Les excès dont je viens de parler
fit Ce renouvelleront, dans un autre genre
"si les cantons fiiifses attendent pour se
,, mettre en deffense, la necessité de s'op-
poser a une invasion de la part des
„ francais.
,, Les oonnaifseurs en révolution,
» savent très bien qu'au moment ou le
ie gouvernement français entamera les ho-
1S
stilités , toutes ses mesures seront par-
u faiœment prises.
"Je le dis a l'avance, la moderation
,, du corps helvétique, doit tourner a son
„ détriment; qui peut en effet calculer
„ l'impulsion quedonnera l'entrée de trois
„ colonnes françaises, a la horde des ja-
,,cobins, des mécontens, et de tous les
imbecilles qui soupirent après une révo-
.,Iution ?
"De deux choCes l'une: ou les suisses
"font convaincus que le directoire leur
"déclarera la guerre, ou bien, ils esperent
,,que tout se passera sans coup férir et
,, qu'eux seuls dans dans l'Europe feront
,,épargnés? dans la premiere hypothese.
,,ils doivent prévenir leurs énnemis et
rèponare a de l'audace, par une audace
"plus grande encore: dans le fécond cas*
"il m'est démontré qu'ils feront victimes
,,de leur bonne foi.
„ S'en raporterontils aux déclarations
,,des diplomates de la république fran-
caise ? croiront ils a la loyauté d'un
icj
r z
ii gouvernement qui vient de hacher sa
i, constitution a coups de fabre? quelle
i, confiance, peut on avoir dans des chefs
d'une république démocratique, qui
„ font juger & condamner dans une nuit,
"soixante et huit légitimes representans
i,du peuple français?
Plaisans démocrates, que ceux qui
"annulleoc les élections faites librement
"par le peuple!
,,Que les cantons suisses ne s'abu-
;, sent pas sur les motifs qui les ont pre-
"servés jusqu'à present de la dévastation
,,et du pillage. Leur fort a tenu a un fil
"en 1792 et ce fut un hazard heureux
,,qui les sauva. L'ordre était donné pour
"attaquer le pays de vaud, lorsqu'un
factieux, membre du conseil éxécutif
,,,d'alors, demontra a Robespierre et a
,, ses valets, que si l'armée franc/iise entrait
„ dans le pays de vaud, les autrichiens et
ÎI le Prince de Condè entreraient aussi
„ par Bas le, et que cette inntile ope-
"ration, livrerait a l* instant l'alsace, la
20
„ Bourgogne et la Franche Comté aux suisses,
qui Je trouveraient encadrés comme mal-
u gré eux dans la coalition. ( J'étais alors
"a l'armée de montesquiou,)
,. JI n'en fallut pas davantage pour
„ déterminer le minittre de la guerre et
„ autres a se dèsister de leur llupideentre-
„ prise : on depêcha un courrier qui appor-
,,ta contre ordre et voila pourquoi les
"ruifses font restés tranquiles jusqu'apre-
,,sent: le général jacobin Montesquiou
„ n'était pas non plus d'avis de faire la
„ guerre a la suisse, mais la preuve que
"les cantons ne lui doivent pas leur con-
servation, c'est que l'on ne donna pas
,,a Ton successeur l'ordre de les attaquer.
„ L'ambassadeur Barthélémy, fit tout
,,ce qu'il put pour entretenir une bonne
.,harmonie, entre la suisse et la france,
"er il y parvint a force de souplesse et
,,de modération; mais on a du s'apper-
"cevoir que dans le cours de fà longue
„réfidence auprès du corps helvétique
"il a été souvent forcé a des démarches
2,1
,,et dés ecrits qui répugnaient a sa cons-
,,cience et a (on caractere connu. De-
„ puis six ans, un ambassadeur francaÎs,
"n'a pu être en pays étranger, que lefer-
"viteur des factions dominantes. Au-
jourd'hui cl était celle de Brissot et de-
n main celle de Robespierre, a la quelle
"succéda le parti des modérés, qui fit
"place a P oligarchie la plus vigoureuse,
i, fous les livrées démocratiques.
„ L'infortuné Barthélémy viènt de payer
„ bien cher, les sèrvices - quJil a rendus a
,, la nation suisse. La cause principale de
"la haine que lui avait vouée Rewbell.
"eraienr les entraves et les adoucifsemens,
qw il mettait en exécutant, les billevé-
sées directoriales.
"Bartbèlemy n'avait ni volé, ni noyé,
„ ni mitraillé, ni voté la mort de Louis XF1.
"et c'est pour cela que ses çoUegues fè
M font debarassé de lui.
"Jamais puissance n'a été plus in>
u perieufe et plus insolente que les comi.
,. tès conventionnels et après eux ledifec.
tt
gloire exécutif. Toutes les norificddon.
„ diplomatiques de ces misérables, por-
tent l'empreinte de leur patron Robes-
"pierre et font presque toujours des or-
dres insultans.
"Tantôt ils veulent empêcher une
"nation neutre, d'exercer le droit sacré
,,de l'hospitalité: tantôt clefs un de leurs
„ généraux qui menace une conféderation
entiere, parce qu'un prisonnier Autri-
„ chien s'est réfugié sur le coin du territoire
,,d'un de ses alliés. Une autre fois, Ruo.
»naparte demande le passage pour Ces
„ troupes et il fait entendre que si on le lui
„ refuse il laura le forcer. Ici il est bon
"de remarquer, que l'endroit qu'il indi-
quait pour effectuer ce passage, a été
„ reconnu pour impraticable.
"Le directoire a heurt-é tous les prin-
,, cipes et toutes les couvenances a l'égard
"du corps helvétique. Il a cru devoir
„ oublier bien promptement que le fa-
„ meux général Moreau après avoir laissé
commettre en allemagne, tous les crimes
is
«a Ton armée, se trouva enfin forcé d'im-
« plorer les bons offices des suisses. il
,,demanda humblement le passage pour
,,ses soldats eu déroute. Le pretendu
„ Xénopbon, déclara alors que les armes
« feraient déposées dans des charriots et
« que les colonnes passeraient sans s'ar..
rêter, Les cantons de concert avec
„ Monsieur Bartbèlemi accédèrent a ces
conditions et sauverent ainsi la vie a
11 ooo soldats français.
« En rendant cet insigne service au
"general républicain, les suisses ne s'ex-
posaient ils pas a l'animadversion de
l'Empercur? les generaux Autrichiens
"ne pouvaient ils pas exiger le meme droit
"ou en cas de refus le prendre? Ils pou-
vaient aussi mettre leurs armes sur des
j u charriaIs et les resaisir ensuite, contre
,,des malheureux épuisés des fatigues du
,,carnage, de la debauche et du pillage.
"Cerres des français en pareille oc-
"currence n' y eussent pas regardé de si
"près j ils ne font pas scrupuleux en fait
M
„ droit public et on fait le cas qu'ils font
tt des traités et la maniere dont ils recom.
„pçnfent les puissances neutres et alliées.
,,A Verone, des generaux fecondés
,, de leurs eleves, payent quelques egor-
"geurs pour faire afsafsinner leurs pro-
pres soldars, et fous ce prétexte, ils se
u rendent bientôt maitresde Venise, qu'ils
opinent en la républicanisant a leur ma-
« nicre*
Ou est le sot qui essayera de per-
l' fuader au public, que le fenat de Venise
,,a cherché querelle a Buonaparte victo-
,,rieux et révolutionnaire? les prélimi-
"naires de la paix se signent à léoben et
"les marchands de liberté, après avoir
"ruiné et fansculottisé la république
u Vénitienne, la font passer, d'un trait
» de plume, fous l'autorité monarchique,
"er impériale,
"Jacobins Vénitiens, vous attendiez
„ vous a cette espieglerie du petit grand
„ Buonaparte ?
a.5
»» A Gênes, le ministre jacobin Fay-
n poulûj de concert avec le general corse,
"organise subito une révolution. Les
„ charbonniers après avoir ouvert les pri-
sons, se portent au fénat et en brifent
tt les portes j ils Ce faihlfent en même temps
,,des postes militaires et de toute l'auto-
rité : les chiourmes ou étaient les forçats
"fournissent des renforts nombreux a la
» colonne républicaine.
Tandis que les insurgés promenent
„ dans la ville le glaive de la terreur, des
„ têtes et la mort, le ministre francais
Fnypoult, fait une proclamation aux fran-
geais, pour les inviter, a ne prendre au.
„ cune part a ce mouvement populaire et a
„ laijser le peuple génois travailler librement
„ et sans influence a la restauration de. fou
"gouvernement. Voila donc les charbon-
,,niers et les bandits de galeres, érigés en
„ restaurateurs des loix et de la liberté
„ publique!
L'antique gouvernement est de-
n truit et toutes ces horreurs se font au
2,6
,,nom du peuple Génois, dont la faine
„ partie execre les francais et leur nou-
"veau règime. Comme la liberté que le
„ conquérant distribue, est une marchandise
,,de contrebande, il la plombe dans la
"tête de cinq a six mille paysans génois
„ qu'il fait fusiller.
„ C'est ainsi que le gouvernement fran-
,,cais remercie les gênois de ce que dans
"le temps, ils lui ont ouvert la ri-
"viere de gênes et celle du ponent, de
"ce que les vaisseaux de la république
„ horriblement maltraitès devant Cagliari
ont trouvé dans le port de gênes, un
"azyle contre la tempête et des vivres
"contre la faim.
,,Le directoire pressé d'anéantir les
"gouvernemens & de voler des citoyens,
„ ne mét aucun intervalle entre la rèvo-
lution de Venisè & celle de Gênes &
,, pendant qu'il annonce a là nation fran-
n caire au désespoir, qu'il va faire la paix
n avec l'Empereur, il ménagé au Bonnet
» Rouge, des triomphes lucratifs & nlul-
„ tipiics» Le voleur & archi « deserteur
2,7
M Àugereau entrait a Venise à la tete de
3,4000 hommes, tandis que le grand
"Buonaparte organisait sourdement le pil-
"Iage, l'opprobre & la pretendue liberté
genoise.
,,0 comble de l'horreur & de la Gu"
pidicéI lefanfaion qui depuis dix huit
"mois, ne cesse de vomir, la douleur &
„la mort, est regardé en europe comme
,,un héros! Tandis que ce sacrificateur
„ de soldats n'a conquis Fitalie, que par
i, le secours des Marats italiens qu'il sou-
doyait partout & a l'aide de 8ocoo fran-
geais que son ambition a fait périr. Quel
grand bomme.1
,, C'est peut être a lui qu'est reservée
"la tri (le gloire de venir implanter en
,, suisse fbn nouveau genre de liberté. Il
„ l'apportera en échange de celle qui fut
„ fondée par l'intrépide Guillaume Tell,
„ & scellée du fang de ses braves com-
pagnons d'armes.
„ Depuis qu'il est question d'une ap.
parence de guerre entre la suiffe ckist
aS
« France, j'entends dire sans cesse a d'ex-
u cellens citoyens & même a des militai-
„ res suisses, que leur gouvernement n'at-
„ raquera pas les français, mais que s'ils se
„ présentaient aux fronrieres, ils trouve-
raient une masse d'hommes qu'il fau-
drait tuer avant de pénetrer dans leurs
„ foyers.
"Je fuis plus que personne, trèscon-
„ vaincu du vrai courage & du patriotisme
„des suisses, mais en même temps, je
"crois fermement, que s'ils ne prévieri-
„ nent pas leurs ennemis, ils éprouveront
„ le fort de tous les peuples qui les envi-
ronnent; s'ils se laissent attaquer, ils lè-
"ront vaincus: dans un temps de rèvollf.
„ tion, l'audace raisonnée & la vigueur
,,[ont tout: le corps helvétique doit se
„ modeler sur la taaique de tes ennemis
„& les combattre autant qu'il le pourra
„ à armes egales.
„ Les gouvernemens des 13 Cantons
„ & en particulier celui de Berne , ont
d'onné a l'Europe un rare exemple de
z9
nmodération & de prudence: dévorant
n en secrèt les nombreux outrages que lui
,t-Ont fait les faaieux qui tyrannisent la
u france, ils n'ont jamais cessé d'éloigner
„ l'horrible fléau de la guerre &ontprou-
evé qu'ils gouvernaient pour le seul in-
u terêc de leurs gouvernès: mais dans la
"situation ou se uouve maintenant l'Eu-
rope, le moment est arrivé ou la mo-
dération pourrait être raxée de faiblesse.
Si - vis pacemy para bellum.
L'arrogance du directoire, dimi-
nuerait peut erre, si les gouvernemens
„ helvétiques, tout en déclarant qu'ils ne
« feront pas les aggresseurs , faisaient
,,'Clans ce moment d'immenses préparatifs
«de guerre.
« C'est a prerent, qu'il faut que [OUJ
« habitant des cantons suisses, fasse tous
„ les sàcrifices possibles, pour sa propre
"Íureté & le maintien de sa propriété,
« Robespierre disait il a cinq ans a la
"trjbune, Il faut que les républicains fran-
s? cais, aillent planter au capitale Marbre
30
"de la liberté! Ce vaste projet était dé-
blayé dans des 'chansons Civiques, et
"eo passant devant les tavernes, on en-
tendait foi tir des gosiers stipendiés, ces
"propheties jacobines : le grand turc mê-
„ me, était menacé par le refrein suivant ;
Nous lui donnerons pour turban
Le Bonnet de la République.,.. bis.
M Eh bien ! tous les grands diplomates
„ riaient de ces farces républicaines, & le
„ grand Seigneur fêtoyait le Sieur Feriii-i
„ nac ambassadeur français & de plus, fin--
,, jacobin.
„ Qu'et f il arrivé? L'iralie a été con-
,. quise & devartée, la Turquie touche If
„ une crise terrible & dont bien peu de
„ gens peuvent deviner les causès secrettes.
"Les évenernens nous prouveront bien-
,,tôt que le charlatan Hubert Dubllyet, a
„ l'ordre de mettre la turquie a la hauteur
,,des principes rèpublicains, & les ma-
,,noeuvres rèvolurionaires, telles que les
„ incendies, les ententes C1 les empoifonne-
»mensi tè développeront fous peu danS"
31
Y empire ottoman, avec la rapidité de
F eclair. >:
„ Quand Robespierre lancait des ana-
themes contre Pitalie, si tous les proprié-
taires italiens euneni depensé les une
h dans les autres 100 francs, pour multi-
t, plier les fonderies de canons,hêrisser leurs
,; montagnes, leurs gorges & leurs dè-
filés,, de batteries & de redoutes; s'ils
i, eufîenr augmenté Y armée impériale de
,,60000 volontaires, prets a marcher au
», premier, signal, ces mêmes italiens ne
„ feraient pas en ce moment, vittimes de
1, la fusillade & du pillage.
u La fuifle ne doit pas rompre avec
la france, la neutralité qu'elle a su gar-
der avec tant de prudence; mais en
même temps la moindre notification
"injurieuse du directoire, de les géné-
raux ou de Ton ambassadeur, doit être
„le signal de la guerre: il faut que tou-
rte la population courre aux a^mes,
qu' dle borde les frontières & pré-
3X
„ vienne une invasion; par une jnvi-
n Lion vigoureuse & bien combinée.
"Je ne fais aucune reflexion, sur
,,I"effet que pourraient produire 40000
hommes t couvrant les plaines de la
„ bourgogne et du Jura; si cette armée se
"trouvait dans le cas de marcher en avant
"elle ferait bientôt groilie, et le cultiva-
„ teur suiffe pourrait se borner a garder
„ Tes foyers et ses montagnes.
,, Les francais cxcèdés du poids de la
„ tyrannie, loin de regarder les fuifles
„ comme leurs ennemis, les accueillera-
ient comme des libérateurs & (è join-
,,draient a eux: ils favenr que les suis-
"ses n'auraient pas la manie de conquérir
,,& cela est d'un interct majeur: ils
"profireraient de leur apparutton , pour
"Ce prononcer en faveur de la royau-
-),blé i que les atrocités directoriales, font
„ regretter de plus en plus.
„ Quelques legers succès, change.
"raient en un instant la face des choses
raient en un c'efi:
33
c
i)C Câ' ce qui est démontré a foui homme
,»qui connait l'interieur de la france.
„ Les armées francaises devenues les
"infirumens de la tyrannie, feraient for-
», cées d'obéir a la voix de la nation, a la-
I) quelle il ne reste d'autre moyen d'emettre
„ librement son voeu, que la presencé d'une
t, armée.
„ Si le directoire n'est pas aveugle
n dans sa rage, il pèsera cette importante
„ confédération : les suisses doivent la faire
"valoir,. afin qu'on respecte déformais
"en eux, des républicains qui datent d'un
„ peu plus loin que le directorial de Bar-
„ ras, Rewbd ou Merlin. <
„ Il faut ajouter a tout ce que j'ai dé.
,, ja expose, que les 13 Cantons peuvent
», former la plus redoutable avant -g-rde,
j,en ressemblant fons un chef actif et pru
H
"demment audacieux, cette pépinierre
,,de braves soldats, qui servaient jadis
,,en france, en hollande en sardaigne et
„ chez les autres puissances alliées.
„ Les fuifsesfont véritablement libres,
,,et sans douce, ils fauronr maintenir leur
„ indépendance. Je connais assez les ty-
,, rans de la france, pour être pecfuadé
Il que rien ne les arrêtera dans leurs pro-
,, jets de conquêtes et de régénération:
„ prodigues du fang de leurs soldars, ils
„ s'embarassent peu de sacrifier 100,000
„ hommes, lorsqu'il est quettion de ra-
,,vager un pays et de piller des trésors,
„ qui difpa^aifsent dans leurs mains commè
„ l'eau dans le tonneau des danaides.
"Des journalistes francais et jacobins,
"Publient souvent que la fuifëe possede
„ tous les trésors fortis de france depuis
"huit ans: voila le vrai motif pour le-
„ quel le directoire, suscite sans cesse de
35
c 2
., mauvaises chicanes au corps helvétique
"et surtout au canton de Berne.
"La suisse fera révolutionnée.
"Ces mots terribles retentissent doulou-
,,reusement a mon oreille, et je crois en-
cor entendre, celui que me les a pro-
noncés*
"Si l'Empereur fait la paix, TErn-
h pire fera révolutioné ex abrupto: la
,,fuifre fera autfi révolutionnée, parce-
n que Barras & Rewbeîl voulant conser-
,,ver des armées nombreuses, poufferont
"leurs soldats dans des pays qui les
nourriront. Cela est d'autant plus
vraisemblable , que le directoire ab-
„ horré par les français , ne ferait plus
,,rien, lorsqu'il aurait licencié une partie
,,de ses armées: il fent cette vérité &
,,d'ailleurs en cédant a la maison d'Au-
triche, une partie du territoire de Ve-
g6
,,nife, ne se reservera-t-il) "M 2in petto,
,,le droit d'envahir la suiffe & de iamet-
u tre a contribution : il voudra maintenir
„& sa maniere, ce qu'il appelle, le fy-
,, flême des contrepoids politiques.
"Cê procédé éft injuttë, extra-
vagnant, mais pîus il s'éloigne de la
„ faine raison & du droit public & plus on
m doit en craindre la réalisàtion : nos mo-
~dernes Gengis Kans n'ont d'autre but
», que le ravager le monde, ils ne s'en
m écarteront point.
„ Le directoire a un grand avantage
n sur tous les autres gouvernemens; quand
"il traité avec eux, c'est dans l'intention
,,de les tromper, car il ne met pas dans
„ les clauses et conditions de paix, qu'il n'en*
» verra pas des propagafJJiÍlei chez ses voi-
nfins, et cette faculté qu'il a de culbuter
les cerveaux et de fasciner les yieux,
31
"la wnd le plus redoutable potentat du
„ monde.
"Rome, Naples, Madrid, la Sicile
,,et la Sardatgne feruironc bientôt heseffètS
„ des alliances et traités depai-x, que leurs
,,souverains ont contractés avec la répub-
lique français
„Si l'empereur continue la guerre,
,, la suisse fera révolutionnée, a l'aide de
"zO,o:o hommes et de quelques coups
„ révolutionnaires dont les gouvernemens
fuicses, ne peuvent deviner, ni les ref-
n, forts secrets ni la direction : l'explosion
"Ce fera, comme elle s'est faite partout
„ ailleurs, ce qui eit d'autant plus probable,
9, que la suisse est tournée par les armées
„ francaises, et qu'en deux jours, 20 ou 30
„ mille hommes, peuvent. fondre sur lç
"canton de Berne: la, les armées de-U
"rèpubUque francaise trouveront, des
38
"loldats a recruter, de l'argent a
"rama(fer et des vivres a consom-
,,mer etc. etc. etc.
, Le mémoire dont je viens de citer
un si long fragment, contenait des vé-
rités qu'on peut appliquer a tous les
gouvernement qui (ubfiftent encor. Plan
de campagne offensif et deffenfif; moyen
d'arreter les effets du propagandisme,
notes importantes sur ce qui le pafsaitau
Luxembourg et au quartier général de
Brunç, précautions à prendre a l'égard
de certains Vaudois qui venaient s'of-
frir au Sénat de Berne, et qui n'éta-
ient autre chose que les espions du ge-
néral français, tel etait le contenu du
mémoire.
Les ruses atroces du directoire,
etaient annoncées et développées, quatre
grands mois avant la catattrophe qui a per-
du les treize cantons: les agens jacobins
etaient signalés au moment ou ils partaient
de Paris pour venir travailler en fuisset
1 39
Leurs vrais noms et leurs noms de guerre
etaient donnés, en un mot ou avait pré-
muni le gouvernement de Berne, contre
toutes les embûches qu' on allait lui
tendre.
Tour cela a été malheureusement
inutile! Le jacobinisme français, marié a
celui de certains Vaudois, la faiblesse de
la majorité des senateurs et les machina-
tions de plusieurs autres, livrèrent la
suisse aux troupes de la république fran-
caise.
Quelques gueux de Nyon, Lau-
sanne et V évay, se mirent en mou-
vement , et imprimèrent des facturns:
D'abord, ils commencèrent par jetter
dans le public de petits écrits infignifians,
tel qu'un Avis fraternel aux habit ans des
campagnes & plusieurs autres niaiseries
semblables. c
Le conseil secret de Berne, avait en-
voyé a LauCanne, trois commissaires char-
gés (pécialement d'anêter les progrès de
,4*
la fermentation sous-de, qui exirtait depujl
quelques jours. Ces commirsaires furent
avertis a point nommé, de tout ce qui re
passait depuis Lausanne jusqu'a Su M au*
vice et je ne fais par quelle fatalité ils ne
voulurent prendre aucune mesure repreË
(ive. l' ",
Douze bataillons de paysans de l'O-
berland eussent indubitablement empêché
tous les mouvemens jacobites, sans les-
quels, les français ne pouvaient rien en-
treprendre contre le pays de Vaud.
Les jacobins meneurs, ne se sentant
pas menacés, rédoublerent de hardiesse
et jetterent des inscriptions et des bonnets
, , , :., f. ,
rouges jusques sur la porte des membres
de la commjfsion. Le gouvernement
Vofa pas les faire pendre er bientôt
après, ils appelèrent a eux les français et
vendirent leur patrie, que le directoire
mit su nombre de ses gjlorieufes et nom-
breuses conquêtes.
C'elt ce qui fera la matiere du cha-
pitre suivant. 1"
Chapitre Deux.
Conquête de la Suisse
par le ,
Général Brune.
peu de jours avant l'entrée des franr
cais dans le pays de Vaud, le Sé-
nat de Berne avait nommé General en
chef des troupes du Canton, un cer-
tain colonel de Peifi, espece de cer-
veau brûlé & grand admirateur de la
république francaise.
Les jacobins se réjouifTaient de sa
nomination & les honnêtes gens di-
raient qu'on l'avait fait général en chef,
afin de le lier a sa patrie, en l'accablant
1
d-honneurs & de bienfaits, au refleorç
avait une haute opinion defes talens,
t -
Monsieur le colonel Péifl fie de
longues proclamations quimeconten-
terenc les deux partis & se conduific
comme un lâche; dix jacobins de Lau-
sanne crierent a la tyrannie en appel-
lanc leurs freres les français, & les
hussàrds français entrerent au galop,
par Nyon & Lausanne" tandis que l'in-
fanterie des sans culottes de l'egalicé,
traversait paisiblement le lac de Ge-
neve & débarquait sur le territoire de
la Suine.
Le fameux Général PiiP se replia
avec ses troupes, vint rendre compte
de sa conduite a Berne, & fut rem-
placé dans son commandement par le
Général d'Erlach homme sincerement
arraché a son pays & militaire recoin-
mandable par ses talens & sa probité.
Dans le même temps Brune mai-
tre du pays de Vaud, s'occuppait chau-
demenc a organiser son anarchie, fai-
43
fasc dèvorer par res soldats assam més t
tous les magasins militaires du Senat
de Berne; impofaic des contributions
sur les aristocrates & ses bons amis les
patriotes & levaic des bataillons Wel-
ches. SuitTes, pour marcher de concerc
avec ses lans culottes, contre les troup-
pes fideles du canton de Berne.
Pendant que cela ce passait a Nyon,
Lausanne, Vevai, Moudon &c. La
majorité du Sénat de Berne n'ouvrait
pas les yeux: les sénateurs vendus aux
jacobins français, paralysaient toutes
les intentions deffensives, en infi-
nuanc que le directoire n'avait en vue
que l'affranchiirement du pays de
Vaud.
Il n' y avait a Berne qu'une très
petite quantité d'hommes ènergiques
& fidels a leur patrie. On diftinguaic
a leur tête l'avoyer de Steiguer" qui
dans plusieurs occasions fit en plein
4*
confeiJ,des prodiges d'cloquence& d'é-
nergie. C'ecait alors que les jacobins qui
etaient dans le fénat, se trouvaient dans
un embarras momentanné, mais tou-
jours habiles ppur parvenir a leur but,
JIs fauyaienç les apparences en don*
nanc leurs voix en faveur de resolu-
tions vigoure^fes,
pn parlait, de jè lever en, masse, de
çhasser les français du pays de Vaud, tan-
dis que le lendemain, les Sénateurs
jacobins, de concert avec le Général
Brune, détruisaient tout ce qui avaic
été décidé la veille, et cela, fons le
vain pretexte de tranquilité publique,
d'accomodement, deconciliacion, etc.
C'eftainfi qu'on balottait le géné-
ral d'Erlacb qui si trouvait a la tête
d'une armée conifderabde et bien dif.
posêe.
Deja l'infortuné prçfsentait le
fort donc il était menacé, car ayanç
4 i
été le voir a Morat, pour lui remettre
des lettres et quelques notes sur le gé-
neral Brune, il repondit a toutes le.-
oblervations que je lui fis, mon ami,
jai ri ai ici que deux chojés a attendrej
le deJhonneur, ou la mort.
Le respectable et courageux Stei
guer, voyant de près toutes les menêes
des traîtres, abandonna les fonctions
d'avoyer, prit l'uniforme et fut join-
dre l'armée, ou malgré son grand âge,
il se condufit en héros & véritable
ami de son pays.
Tout cela ne déconcerta point les
jacobins agens de Brune, qui repan.
dirent adroitement dans le public,
que Brune etait lUI habile négociateur &
un homme très pacifique,
On endormait les indiffcrens, on
intimidait les gens zélés, en leur di-
fanc que si la guerre éclatait, eux seuls
en feraient la cau/e* Indigné de couees
46
ces infamies, je fis imprimer quelquëé
notices sur le Gênerai Brune & j'an.,
noncai aux Suisses" qu'ils etaient per-
dus sans ressource, s'ils ajoutaient foi
aux promettes de ce sycophante, donc
le talent comme nègociaceur, se bor-
nait a avoir été envoyé par Ro-
bespierre dans le Cal vad os, Je
terminai mon écrit par cette phra-
se: t
"Les GOZlvernelnens jÙijfes se..
"ront responsables devant Dieu,
"de tout le mal que Brune fera
aZ/x - 13 Cantons.
il y avait un mois que les fran-
çais occuppaient le pays de Vaud, &
on se demandaic a Berne si les boilili-
tés etaienc commencées.
47.
1
Maingaud était ministre de la l'épub;
lique francaise, a bâle : Mangourit venait
d'arriver en Vallais en la même qualité
et florent Guyot l'un des assassins de Louis
XF1-, passait tranquillement au milieu de
l'armée bernoise, pour Ce rendre a Coire
capitale du pays des grisons.
Les généraux, adjudans et aides de
camp français, galopaient avec la plus
grande liberté dans l'intérieur de la suisse:
on poussait même la complaisance jusque
leur donner des escortes, tandis qu' ils
étaient porteurs de machinations écrites,
qui devaient perdre la suisse pour un sîecle.
Le grand moi de nègociateur, était le ta-
lisman a la faveur duquel le général fran-
çais préparait regorgement des bons hel.
vètiens.
Mais bientôt Brune leva le masque
audacieusement & il etait encore en né-
gociations avec les bernois Frifcbing &
TiUierre (hommes dévoués secretement
48
au directoire <5c a ses agèns) Io rsqù' uri
beau matin , il fit prenore, subito, les'
cantons de Fribourg & de Soleure.
La prise de - cette derniere ville, est
accompagnée de circonstances si extraor-
dinaires que je ne puis m* empêcher de
les rapporter. Il est utile de demon-
trer, qtie si les generaux Francais font
tant et de si grandes conquêtes, c'est
moins le fruit de leurs talens et de leur
courage, que celui d'une fourberierafifn-
née.
Dans la nuit du i au a mars ( jour
de la reddition de Soleure) Monsieur de
Graffemied commandant le dètachemenc
bernois cantonné a Buren , reçut une
eftafiete du général français Scùamenburg,
qui T invitait fortement a ne commettre
aucune hostilité pendant la nuit. le pré-
texte de Penvoy de cet eltaffere, était que
les trois Cantons de Berne, Fribourg &
Soleure, avaient envoyé des députés pic-
ni-
49
d
tiipotentiaires, au quartier general de
Brune, pour y entamer de nouvelles ne -
gociations et terminer les chosës a l' 8.,
miable.
Monsieur de Graffenried, séduit ou
trompé par cet estàfette, n'eut rien de
plus prêssé que d'envoyer un dragon d'or
donnance a Montieur de Gibelin, com.
mandant l'avant garde foleurienne, por-
tée a Grange, ainsi qu'au commandant
de Lengnau, porte plus avancé et occupé
par un battaiilon de troupes Bernoifes,
Dans la lettre qu'il leur ècrivit a ce sujèt
il les engageait vivement, non feulement
a ne commencer aucune hortilité, mais
encore a veiller a ce qu'il n'en fut point
commis par leurs subalternes, foit aux
avant poites, foit par les patrouilles.
Monsieur de Gibelin ayant lu cette
tetrre, rassembla les officiers qui etaient
fous ses ordres et la leur communiqua.