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Catéchisme du contribuable / par M. Calixte Allec

De
65 pages
impr. de Chaléat (Valence). 1869. France (1852-1870, Second Empire). In-32.
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CATHECHISME
DU
CONTRIBUABLE
PAR
M. CALIXTE ALLEC.
Prix : 50 centimes.
VALENCE -
CHEZ M. CHALEAT? IMPRIMEUR, RUE St-FELIX, 17
et chez les libraires de la Drôme
et de l'Ardèche.
1869
CATÉCHISME
DU
CONTRIBUABLE
I
DEMANDE. — Qu'est-ce qu'un peuple ?
RÉPONSE. — Pour bien comprendre ce
que nous nommons aujourd'hui un peuple,
il faut remarquer d'abord que les créatures
humaines avaient commencé par vivre, sur
la terre, de la même manière qu'y vivent
encore les animaux restés à l'état sauvage.
Elles étaient errantes dans les bois, dans
les plaines, le long des rivières et des fleu-
ves, autour des fontaines, cherchant pour se
nourrir les fruits mûrs sur les arbres, les ra-
cines sous les plantes, les poissons, les oi-
— 2 —
seaux, et généralement tout ce qui, dans la
nature, pouvait convenir à leur appétit et
tomber entre leurs mains.
Mais lorsqu'elles étaient parvenues à ra-
masser une provision ou à s'emparer d'une
proie, elles se voyaient aussitôt entourées
d'autres créatures, leurs semblables, qui
cherchaient comme elles avaient cherché, et
qui se jetaient sur elles pour leur dérober
leur capture.
Une bataille féroce s'engageait alors; les
plus faibles étaient repoussés, roués de
coups, tués au besoin, et les plus forts man-
geaient tout.
Ceux qui étaient ainsi expulsés du festin
finissaient assez souvent par se manger
entr'eux.
D. — Mais Dieu, qui avait fait l'homme
à son image, Dieu qui l'avait élevé au-des-
sus de toutes les autres créatures, Dieu
qui....
R. — Vous avez raison, lecteur ! Dieu
avait fait beaucoup pour sa créature de pré-
dilection ; aussi l'homme cessa-t-il, un jour,
de vivre comme les singes, les chats, les
rats, les renards, les chiens, les loups, les
sangliers, les cerfs, les daims, les ours, les
lions, les tigres, les éléphants et autres car-
— 3 —
nivores ou frugivores. Poussé par la bonté
de Dieu, l'idée lui vint enfin de prendre
exemple sur les castors, les fourmis, les guê-
pes, les abeilles, et il vécut en société. -
D. — Mais vous ne nous, parlez pas du
Paradis terrestre, d'Adam, d'Eve, de Gain et
d'Abel, du déluge, des patriarches, des pro-
phètes, des....
R. — C'est vrai, lecteur! je ne dis rien de
tout cela ; je laisse le soin de vous l'expli-
quer à vos curés, à vos pasteurs, à vos rab-
bins, à vos candidats officiels, et je vais ar-
river promptement au budget d'un peuple,
c'est-à-dire à la position actuelle du citoyen
contribuable.
II
Dieu les aidant, les créatures humaines se
constituèrent donc en groupes associés, dans
l'espoir de se défendre plus efficacement
contre les animaux carnivores doués d'une
force supérieure à la leur. Leur association
réussit assez bien sons ce rapport.
Dieu les aidant encore, l'idée vint peu à
peu à ces associés primitifs de creuser des
- 4 -
grottes, de construire des cabanes, soit pour
y dormir en paix pendant la nuit, soit pour
s'y réfugier pendant les orages, soit pour y
cacher des réserves de provisions alimentai-
res, ainsi qu'ils avaient vu faire aux castors,
aux fourmis, aux abeilles.
Une fois en possession de ces grottes et de
ces cabanes, l'expérience leur apprit que,
s'ils s'en éloignaient beaucoup, ils couraient
le risque, en y revenant, de les trouver oc-
cupées par des rôdeurs ou par d'autres grou-
pes qui n'avaient pas manqué de faire main-
basse et sur les réserves de provisions, et
sur les belles jeunes filles, s'il y en avait;
car, en ces temps-là, belles filles et provi-
sions appartenaient toujours au plus fort
survenant.
Les associés comprirent alors qu'ils ne de-
vaient pas s'éloigner des grottes et des caba-
nes, et, Dieu les aidant toujours, ils se mi-
rent à demander leur subsistance quoti-
dienne à la terre, à l'eau, aux arbres, qui
étaient autour d'eux.
A partir de ce moment, la vie sauvage et
nomade avait cessé; la propriété et la, famille
étaient constituées.
L'homme ainsi abrité, et mis hors des at-
teintes de la faim, sentit battre un coeur
dans sa poitrine : il aima ses semblables.
— 5 —
Développés par les douces affections, ses
riches instincts firent merveille : il se plut à
rendre facile et agréable la vie de ceux qu'il
aimait et il ressentit une grande joie à se faire
aimer d'eux.
La vie sociale, la civilisation, étaient com-
mencées.
Les groupes associés se multiplièrent rapi- '
dement. Grottes et cabanes devinrent des
villages. On apprit le travail. La terre fut fé-
condée. Les inventions utiles au bien-être et
à la sécurité surgirent de toutes parts.
Le bonheur pouvait être là ; mais les hom-
mes ne surent pas le comprendre. S'ils s'é-
taient mis à l'abri de la dent des lions et des
tigres, à l'abri des orages, du froid et de la
faim, à l'abri des tristesses de l'isolement et
de l'abandon: s'ils voyaient autour d'eux
des compagnons dévoués, une épouse ché-
rie, des enfants qui les enivraient de leurs ca-
resses, les imprudents n'avaient pas su se
soustraire à des ennemis plus dangereux que
les monstres des forêts, plus destructeurs que
les orages, plus cruels que le froid et la
faim.
Et ces ennemis que l'homme ne sut pas
combattre restèrent établis, non pas dans son
entourage seulement, non pas dans sa de-
— 6 —
meure, mais dans sa propre pensée, dans sa
tête, dans son âme.
Ces ennemis impitoyables, qui devaient
troubler son existence, sans trêve ni merci,
n'ont pas perdu le nom qu'ils avaient aux
débuts de la civilisation humaine ; ils se
nommaient alors, et ils se nomment encore
aujourd'hui, la peur, l'envie, l'orgueil.
III
Possédé soit à des heures intermittentes,
soit en permanence, par ces trois furies
inhérentes à sa nature, l'homme associé à
l'homme ne trouva pas la paix qui lui était
apparue ; les groupes ne se contentèrent plus
de leurs villages ; l'envie les poussa tous à
s'emparer des villages voisins, et ils recom-
mencèrent, marchant en grand nombre, la
chasse qu'ils faisaient lorsqu'ils vivaient
isolés.
Ce ne furent plus les bêtes des bois ou les oi-
seaux qu'ils poursuivirent pour se repaître
de leur chair, il leur fallut les maisons, les
troupeaux, les filles, les femmes de leurs
frères.
— 7 —
Et ils riaient d'un gros rire hideux, lors-
qu'ils avaient tout pillé, tout massacré, tout
mis à feu et à sang.
Et ils chantaient la gloire de celui d'en-
tr'eux qui s'était montré le plus abominable
égorgeur ou le plus abominable incendiaire;
ils le portaient en triomphe; ils lui met-
taient une. couronne sur la tête ; ils le pro-
clamaient héros, ou roi, ou empereur, ou
demi-dieu; les femmes, les enfants, les vieil-
lards, se prosternaient devant lui, baisant
ses mains encore ensanglantées ; s'il deman-
dait des sourires d'amour, les sourires lui
arrivaient aussitôt ; s'il demandait des ri-
chesses, on se dépouillait pour l'en accabler;
s'il fronçait le sourcil, on tremblait, on s'a-
genouillait ; s'il parlait, on applaudissait
avec des transports d'allégresse.... Hélas!
comment voulez-vous que ce monstrueux
massacreur conservât quelque bon sens au
milieu de tant d'imbécilités ?
Comment voulez-vous qu'il ne s'aban-
donnât pas à toutes les extravagances de
l'orgueil ?
Comment voulez-vous que l'envie de de-
venir aussi massacreur que lui ne montât
pas au cerveau de ceux qui voyaient ce que
rapportaient de pareils exploits?
Comment voulez-vous que quiconque
—- 8 —
avait un peu de vigueur dans les nerfs et un
peu de chaleur dans le sang, ne songeât pas
aussi à s'illustrer et à s'enrichir par le car-
nage?
Gomment voulez-vous enfin que les faibles
et les désarmés ne vécussent pas sous le coup
d'une peur permanente, lorsqu'ils se redi-
saient l'un à l'autre le désespoir des vaincus
et l'insolente cruauté des vainqueurs ?
Mais quelle était la première pensée de
ceux qui avaient peur? c'était de se mettre
en sûreté; c'était de chercher aussi un massa-
creur redouté qui voulût bien consentir à
les défendre ; et le massacreur ne se faisait
pas attendre; il arrivait au galop de son meil-
leur cheval; l'envie, l'orgueil lui gonflaient
le coeur; on le recevait à bras ouverts; sa
haute mine et son grand sabre inspiraient
une confiance illimitée; on lui donnait tout
ce qu'il demandait pour la défense commu-
ne. Le danger n'était peut-être pas sérieux;
cela n'y faisait rien; on voulait avoir un sau-
veur sous la main, coûté que coûte! il était
là; on le gardait; on le couvrait d'or; il na-
geait dans les délices... Oh, la peur ! la
peur! Quelle désolante maladie! Elle jetterait
des millions d'honnêtes gens dans les bras
d'un bandit courageux qui, les ayant déjà
détroussés maintes fois, daignerait cepen-
dant leur promettre appui et protection !
— 9 —
Aventuriers et batailleurs de tous les
rangs, exploitez donc, exploitez la peur! Le
succès ne vous fera jamais défaut, et tant pis
pour lés poltrons qui ne savent pas se protéger
eux-mêmes! Ils deviennent tous des
contribuables.
IV
Ainsi se passèrent les choses humaines
aux époques primitives de la civilisation.
La peur, l'envie, l'orgueil, et l'ignorance
publique, leur compagne inséparable, lais-
sèrent démesurément grandir le prestige et
la puissance des hommes de guerre. Aussi
régnèrent-ils bientôt sur le monde entier.
Nous ne les suivrons pas à travers les âges.
Après les époques grecque et romaine, nous
les retrouvons, toujours les armes à la main,
sur notre vieux sol gaulois ;
Exploitant, avec une hardiesse croissante,
et la bourse, et le travail, et le sang des
contribuables, ils ont édifié des villes, des
forteresses, des châteaux ; puis ils ont passé
leur temps à les attaquer pour se les prendre
et reprendre les uns aux autres, tantôt les
— 10 —
démolissant, tantôt les incendiant pour les
faire reconstruire par les groupes protégés,
c'est-à-dire soumis à la contribution.
De leur côté, les groupes, petits aux débuts,
sont devenus des multitudes nourries par les
deux inépuisables mamelles de la terre, « le
labourage et le pâturage » ;
Et de môme que ces multitudes craintives
se sont lâchement mises sous la domination
des audacieux batailleurs, de même aussi les
animaux faibles et timides se sont rappro-
chés des multitudes humaines pour se faire
protéger par elles contre les animaux des-
tructeurs ; or, les multitudes rencontrant là
des êtres encore plus effrayés et plus faibles
qu'elles, se sont mises aussitôt à les exploiter
à leur tour ; elles ont fait semblant de les
accueillir avec bonté ; elles leur ont prodigué
l'herbe tendre et le grain nutritif : puis,
lorsqu'elles les ont vus engraissés à bon
point, elles les ont égorgés traîtreuse-
ment et les ont mangés en grande joie ; si
bien que, par leur sang, par leur chair, par
leur travail, les animaux domestiques sont
devenus aussi les contribuables des protec-
teurs qu'ils ont eu la sottise de se donner.
Oh ! ils coûtent terriblement cher, les pro-
tecteurs !
Oui, de tous les fléaux connus, la peur est
—11 —
celui qui fait le plus de mal au pauvre
homme et à la pauvre bête.
V
Pendant toute cette période du moyen-âge,
les batailleurs avaient ajouté des sobriquets
à leurs noms patronimiques, afin de se re-
connaître et de se hiérarchiser entre eux ; ils
mettaient ainsi de l'ordre dans leurs désor-
dres ; après le roi ou l'empereur et les
princes, venaient les ducs, puis les marquis,
les comtes, les vicomtes, les chevaliers. Un
sobriquet qui leur était commun et auquel
ils tenaient beaucoup était celui de « gentil-
homme, » ou «noble», par opposition au
sobriquet du contribuable , qui était dit
« vilain », ou « non gentil », et que l'on trou-
vait probablement « ignoble », même lors-
qu'on lui prenait son argent, son travail, son
sang, en se moquant de lui.
Et le contribuable imbécile appelait tout
ce monde là « nos seigneurs ».
Et les seigneurs appelaient aussi les con-
tribuables « nos serfs, nos manants ».
Nous passons sur une foule d'autres bizar-
— 12 —
reries de ce temps, qui soulèveraient,
aujourd'hui, des stupéfactions et des colères
superflues : nous en ressentons" assez, qui
proviennent de notre chef, sans recourir aux
folies des ancêtres.
Il importe seulement de constater ceci :
Après avoir suffisamment fait entre eux le
coup de lance et le coup de hâche d'armes,
après avoir suffisamment pillé et repillé
villes et villages, saccagé plaines et vallons,
outragé filles et femmes, les seigneurs allaient
se reposer de leurs prouesses dans les ma-
noirs et châteaux-forts qu'ils s'étaient fait
construire au sommet des collines, sui-
des rochers d'un accès difficile; ne redoutant
là aucune surprise ennemie, ils s'y aban-
donnaient gaillardement aux joyeusetés de
la vie plantureuse; leurs chatelaines aux
mains blanches, — mains de la paresse et
de l'ombre — chantaient les airs des
troubabours aux accords de la harpe ou
du luth harmonieux ; des pages Joliets
versaient dans des hanaps d'or les vins les
plus généreux de France; des varlets dili-
gents emplissaient le cas tel des parfums de
l'Orient brûlés sur des cassolettes aux armes
du seigneur, lorsqu'ils ne l'emplissaient pas
du parfum des fortes venaisons rôties devant
l'âtre enflammé comme une fournaise de
Satan.
— 13 —
Bien que le Vilain ne se lassât pas de se
priver presque du strict nécessaire pour
payer exactement la contribution imposée
par son seigneur, malgré les fumets de son
vin et les beaux yeux de sa dame, le vaillant
gentilhomme commençait bientôt à bâiller
d'ennui dans sa noble demeure.
Il montait alors à sa tour la plus haute,
regardait attentivement dans la plaine, et
si quelque caravane de marchands appa-
raissait au loin, du noble cor pendu à sa
noble ceinture, il sonnait un noble boutte-
selle, puis, suivi de ses nobles chevaliers, il
s'en allait détrousser noblement ces malheu-
reux marchands.
Regardez! regardez ces tours et ces châ-
teaux en ruines, qui sont encore sur les hau-
teurs de nos campagnes et qui servent en ce
moment de repaire aux serpents, aux oiseaux
de nuit et aux oiseaux de proie ! C'était là
que se faisaient les galantes orgies et les
nobles ripailles ; c'était de là que sortaient
ces batailleurs pour se jeter sur les passants
et leur demander la bourse ou la vie; et
pendant qu'ils tuaient et volaient dans la
plaine, leurs nobles dames étaient en haut qui
applaudissaient et riaient, les excitant à la
besogne, en agitant des écharpes brodées
de leurs nobles et blanches mains.
— 14 -
D. — Mais alors ces seigneurs étaient des
bandits?
R.— Non! c'était des gentilhommes féo-
daux, et les marchands étaient des vilains
taillables, corvéables, tuables à merci, au
nom de la coutume féodale ;
D. — Et le Roi permettait ce brigandage?
R. — Tous ne se conduisaient pas préci-
sément ainsi; il y en avait de plus modérés
et de moins méprisables. Quelques-uns se
contentaient môme du butin qu'ils faisaient
dans des combats réguliers; quelques autres
se tenaient chez eux aussi paisiblement que
possible, protégeant leurs manants, faisant
l'aumône, priant Dieu... mais c'était le plus
petit nombre, et les batailleurs ne leur accor-
daient qu'une médiocre estime.
D. — J'en reviens toujours au Roi... n'a-
vait-il ni juges ni gendarmes pour empoi-
gner tous ces voleurs et les envoyer aux
moins aux galères?
R — Le Roi n'était qu'un seigneur un peu
plus riche que les autres et se croyant un
peu plus noble; mais, lors même qu'il eût été
un peu plus honnête homme, il n'eût rien
pu empêcher.
D. — Pourquoi ne donnait-il pas sa dé-
mission, plutôt que de rester le chef d'une
telle bande de pillards?
— 15 -
R. — Est-ce que les Rois donnent leur
démission, ô naïf contribuable que vous
êtes? Et leur honneur? et leur gloire? et
leur orgueil? croyez-vous donc que l'on se
débarrasse facilemeut de ces choses là?
D. — Mais cependant une situation aussi
dégradante ne pouvait durer bien long-
temps.
R. — Elle dura pendant sept ou huit cents
ans.
D. — Sept ou huit cents ans, juste ciel?
R.— Oui... jusqu'au moment où les sei-
gneurs, à force de se massacrer mutuelle-
ment, de châtean en château, de contrée en
contrée, en furent venus à s'affaiblir assez
pour que le Roi, profitant de leurs discordes,
eût l'habileté de rallier à lui les plus mal-
traités, en leur promettant de les venger de
leurs défaites et de les maintenir en état de
ne plus craindre leurs adversaires.
D. — Ah! ah! je vous vois venir : le Roi
recommença alors à faire vis-à-vis des châ-
telains massacreurs ce qu'ils avaient fait
eux-mêmes vis-à-vis des groupes primitifs?
R. — Vous y êtes.
D. — Il leur dit : « venez à moi, payez-
moi, nourrissez-moi, entretenez-moi pom-
peusement, et je défendrai votre château,
— 16 —
votre famille, que vous ne pouvez
dre vous-mêmes ! »
est parfaitement celà : l'envie, l'or-
ent poussé les seigneurs à se dé.trui-
ux; la peur les jeta dans les bras du
rent alors pour lui ce que les mul-
ltronnes avaient fait pour eux : ils
rent. baisèrent ses genoux, trem-
sa voix, et la peur de perdre sa
les rendit aussi vils, aussi lâches
de lui qu'ils s'étaient montrés inso-
ruels vis-à-vis de leurs vilains.
Et alors?
Oh. alors...
Les seigneurs étant maîtres des
it le Roi étant maître des seigneurs,
ait maître de tout; rien ne l'empê-
us d'étendre sa protection partout
ser vivre le pauvre monde en paix.
e pas là son devoir? n'était-ce pas là
3ns?
Oui, le bon sens était là! Oui le
public pouvait être là aussi; car les
étant passées de la même manière
tes les contrées habitées, l'Europe
appartenait à quinze ou vingt Rois
et : ce fut alors que chacun d'eux
: « mon peuple... » s'ils l'avaient
leur était donc facile de constituer
générale.
— 17 —
D. —Evidemment... La Paix! La Paix!
est tout ce qu'on leur demande, en échan-
e de tout ce qu'on leur donne. Ces quinze
u vingt Rois ne voulurent donc pas s'enten-
re?
R. — Les Rois, s'entendre!!... Vous les
onnaissez bien mal, mon cher contribua-
le!... ils n'y pensèrent même pas, à s'enten-
re. Bien au contraire! Dès qu'ils se virent
à la tète des seigneurs et de leurs bandes,
eur première idée fut de tomber à bras
accourci sur les Rois de leur voisinage, et
es massacres recommencèrent aussitôt, non
e groupe à groupe, non de village à village,
non de ville à ville, non de contrée à contrée,
lais de peuple à peuple ; il n'y eut de chan-
é que le nombre des battus et le nombre
es morts; au lieu de les compter par cen-
aines ou par milliers, on les compta par
entames de mille et par millions... voilà
tout. Et les contribuables se bâtaient tou-
ours de donner au maître leur argent, leurs
ras, leur sang!
D. — C'est dégoûtant!
R. — Non! C'est la logique de la peur, de
l'envie, de l'orgueil.
D. — Horrible infamie!
R. — Non! ils disent que c'est de la gloire.
— 18 -
VI
D. — Mais enfin la révolution de 1789 a
mis un terme à cette honteuse stupidité des
hommes.
R. — Ne vous échauffez pas la bile, mon
ami! Il est vrai que nos pères s'étaient
montrés assez raisonnables en retirant aux
nobles et aux Rois le droit et le pouvoir de
disposer des peuples, tantôt comme d'une
meute de chiens de chasse, tantôt comme
d'un troupeau d'animaux domestiques.
D. — N'avaient-ils pas fait mieux encore?
N'avaient-ils pas supprimé du même coup
et les nobles et les Rois?
R. — Si... Et ce fut un grand jour! un
jour terrible aussi! L'abus et l'oppression ne
tombèrent pas sans entraîner dans leur chute
des victimes qui méritaient sans doute un
sort plus clément; on en compte qui sont
pleurées encore par des coeurs dignes de
respect; mais l'avénement de l'Egalité sociale
eut des martyrs que les hommes de justice
et d'honneur glorifieront à travers les
âges,
- 19 -
Heures de représailles et de haines, soyez
maudites! Vous resterez comme un remords
et comme un lugubre châtiment de la
Tyrannie!
Heures de sacrifice et de foi civique, heu-
res d'héroïsme et de solidarité fraternelle,
soyez bénies! Vous êtes l'aube radieuse de la
rédemption humanitaire, aube annoncée
par l'Etoile qui s'éteignit au Golgotha.
VII
D. —Quel rôle jouèrent les contribuables
après la révolution de 1789?
R. — Ils donnèrent au pouvoir leur
argent, leur bras, leur sang.
D. — C'est donc toujours la même
chose?
R. — Eh, oui, puisque tous les contri-
buables restent toujours dans l'ignorance de
leurs droits, et de leurs devoirs... Eh, oui,
on recommença tous les désordres passés,
puisque les contribuables n'eurent ni le bon
sens ni le courage de conserver la liberté
que leurs pères avaient conquise en 89. au
- 20 -
prix de tant de sacrifices et de tant de dou-
leurs ; eh. oui, il en sera toujours de même
tant que tous les peuples de l'Europe
grands et petits, n'auront pas eu le bon
sens de se donner fraternellement la main
et de s'entendre une bonne fois pour se
gouverner eux-mêmes et ne considérer les
Princes, Rois ou Empereurs, que comme de
simples gérants obligés de se conformer
strictement aux décisions prises par les dé-
putés issus du suffrage universel.
Mais, au lieu de faire cela, nos malheu-
reuses populations voulurent encore se
mettre sous la protection d'un guerrier qui
s'était fait une grande réputation dans la
tourmente révolutionnaire.
Elles se confièrent à lui, corps et âmes. Le
papier manque ici pour tracer un aperçu,
môme restreint, de la gigantesque épopée de
Napoléon Ier. Il faut avoir vécu dans ces
temps épouvantables pour se faire une idée
des massacres dont il fut la cause ; on l'a sur-
nommé un jour l'Ogre de Corse ;
Cette expression monstrueuse était justi-
fiée pour ceux qui ont entendu les gémisse-
ments dès pères, les lamentations des mères
et des soeurs, lorsque les villageois ame-
naient à la conscription leurs derniers en-
fants. Il avait promis aux pères de famille
— 21 —
qui auraient sept fils d'en prendre un à sa
charge : on a dit qu'il avait tenu plus que
sa promesse, en les prenant tous.
Citons en passant une de ses immenses
tueries humaines :
« Alors s'engage dans le village entier
(Ligny) une des luttes les plus acharnées
dont l'histoire aît gardé le souvenir. Prus-
siens et français sont confondus dans la
plus effroyable mêlée, donnant et recevant
la mort sans que nul ne songe à demander
quartier. Les officiers eux-mêmes ont pris
le fusil. Ce n'est pas un combat, ce sont
mille combats qui se livrent à la fois. Cha-
que rue, chaque bâtiment, chaque clôture est
attaquée et défendue avec fureur. On se
fusille; on se déchire à la baionnette; on
s'assomme à coups de crosse, sur les degrés
des maisons, dans les chambres, dans les
étables; on se poursuit, on se tue jusqu'au
milieu des incendies qui éclatent à chaque
instant. La bravoure est devenue de la fé-
rocité.
» L'aspect de ce théâtre de carnage était
horrible. Dans les rues, les maisons, les jar-
dins, les cadavres étaient par monceaux. La
principale rue de Ligny était encombrée de
débris humains, écrasés, broyés sous les
roues de l'artillerie qui avait passé au galop
sur les morts et les mourants... »
— 22 —
Lisez l'histoire de l'Empire par M. Thiers !
vous y verrez ceci :
« Il y avait (à Waterloo) un homme ex-
traordinaire, un guerrier incomparable, que
tout son génie ne put sauver des conséquen-
ces de ses fautes politiques ; il y eut un géant
qui, voulant lutter contre la force des cho-
ses, la violenter, l'outrager, était emporté
et vaincu comme le plus faible des hom-
mes.... Devenu fou, fou d'une autre folie
que celle de 93, mais non moins désastreuse,
il immolait un million d'hommes sur les
champs de bataille ; il attirait l'Europe sur
la France qu'il laissait noyée dans son sang,
dépouillée du fruit de vingt ans de victoires,
désolée en un mot, et n'ayant pour refleurir
que les germes de la civilisation moderne
déposés dans son sein.
» Qui donc eût pu prévoir que l'homme
de 1800 serait l'insensé de 1812 et de 1813 ?
» Oui, on aurait pu le prévoir, en se rap-
pelant que LA TOUTE-PUISSANCE PORTE EN SOI
UNE FOLIE INCURABLE, LA TENTATION DE TOUT
FAIRE QUAND ON PEUT TOUT FAIRE, MÊME LE MAL
APRÈS LE BIEN.
» Ainsi, dans cette grande vie, où il y a tant
à apprendre pour les militaires, les adminis-
trateurs, les politiques, QUE LES CITOYENS
— 23 —
VIENNENT A LEUR TOUR APPRENDRE QUELQUE
CHOSE : C'EST QU'IL NE FAUT JAMAIS LIVRER LA
PATRIE A UN HOMME, N'IMPORTE L'HOMME, N'IM-
PORTENT LES CIRCONSTANCES. »
Pour s'être confiée à Napoléon 1er. pour
avoir nommé des députés qui lui obéissaient
en tout et partout, comme vient de faire la
majorité des députés complaisants du second
Empire, la France a été envahie deux fois
par les armées étrangères qu'il a fallu en-
tretenir de toutes les manières ; elle a payé
des indemnités telles que chacun des der-
niers cent jours seulement nous coûtait 30
millions.... «total trois milliards pour une
marche de Bonaparte, dit Chateaubriand dans
son livre « Le Congrès de Vérone. »
VIII
Après le 18 brumaire (le coup d'Etat qui
détruisit la 1re république) le général Bona-
parte avait demandé et obtenu tout de suite
un impôt extraordinaire de 24 centimes aux
contributions foncière, personnelle, mobi-
lière et somptuaire.
En 1813, Napoléon Ier demanda et obtint
— 24 —
tout de suite de ses députés complaisants le
droit de frapper la nation d'un second im-
pôt extraordinaire dé 100 centimes aux con-
tributions foncière, personnelle et mobi-
lière (1).
En 1814, le même Napoléon 1er écrasait
encore les contribuables de 50 centimes à
l'impôt foncier, de 100 centimes à la côté per-
sonnelle et mobilière, et de 100 centimes sur
les portes et fenêtres.
En 1815, Louis XVIII frappait les départe-
ments, lui aussi d'une contribution de
guerre de cent millions ; on 1816. il conti-
nuait la contribution extraordinaire de 100
centimes décrétée deux ans auparavant par
Napoléon, et, la paix venue, cette contri-
bution se perpétuait, en tout ou en partie,
pendant toute la durée de la restauration,
sous le nom de centimes additionnels sans
affectation spéciale.
En 1830, Louis-Philippe élevait le chiffre
des centimes additionnels de 10 à 17; puis
(1) Aujourd'hui les ministres et les députés com-
plaisants de Napoléon III ne parlent plus de centi-
mes. Mais ils parlent d'emprunts, ce qui est la mê-
me chose, car c'est toujours le contribuable qui
paye les intérêts.