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Catéchisme national à l'usage des jeunes Français, 1872

90 pages
Bibliothèque nationale, rue de Valois, n ° 2 (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). In-32.
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CATÉCHISME
NATIONAL
A L'USAGE
DES JEUNES FRANÇAIS
1872
PARIS
THÈQUE NATIONALE, 2, RUE DE VALOIS
AUTEUR, 293, RUE DE BELLEVILLE
Et chez tous les Libraires
CATÉCHISME
NATIONAL
CATÉCHISME
NATIONAL
A L'USAGE
DES JEUNES FRANÇAIS
1872
PARIS
A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, 2, RUE DE VALOIS
CHEZ L'AUTEUR, 293, RUE DE BELLEVILLE
Et chez tous les Libraires.
CATÉCHISME NATIONAL
CHAPITRE PREMIER
La Patrie.
D. — Qu'est-ce que la Patrie ?
R. — La Patrie est la contrée habitée
par le peuple dont nous sommes mem-
bres ; ce peuple est notre famille agran-
die, et la Patrie est son domaine.
D. — La Patrie est-elle seulement la
terre habitée et fécondée par notre race ?
R. — Non ; l'on ne peut concevoir la
Patrie, sans ses monuments, ses institu-
tions, ses lois, ses coutumes, son indus-
trie, son histoire ; sans les garanties de
paix et de tranquillité qu'elle assure à
tous ses enfants, sans les sacrifices qu'elle
exige d'eux en tout temps, surtout au
jour du danger, et que tous s'empressent
de subir pour sa sécurité ou pour sa
gloire.
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CATÉCHISME
D. — Pourquoi ce nom de Patrie est-il
ainsi donné à la contrée que nous habi-
tons, et à l'ensemble de ce qui constitue
notre nation ?
R. — Parce que le Français voit et sent
dans ce qui constitue la Patrie, comme un
être réel, qui serait à la fois, pour chacun
et pour tous, un père et une mère.
D. — Devez-vous considérer la Patrie
comme si elle était seule, et ne voir qu'elle
au monde ?
R. — Non ; la Patrie, pour nous, est le
premier objet, mais non le seul ; elle est
un des anneaux de l'Humanité, mais non
l'Humanité tout entière ; si elle est notre
famille agrandie, on peut dire que toutes
les nations seront un jour les membres
réconciliés d'une même famille : l'Huma-
nité.
D. — Quels sont les sentiments et la
conduite d'un bon Français vis-à-vis de
la Patrie ?
R. — Un bon Français a pour la Patrie
un amour absolu, un dévouement sans
bornes, et il est toujours prêt à tous les
travaux, à toutes les tâches, à tous les
dangers qu'exige le service de la Patrie.
NATIONAL
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Rien, pas même la crainte de la mort ne
doit l'arrêter quand l'intérêt de la Patrie
commande.
D. — Quels sont les sentiments et la
conduite d'un bon Français vis-à-vis de
ses compatriotes ?
R. — Un bon Français considère ses
compatriotes comme des membres de
sa propre famille; il a pour eux amitié et
dévouement et leur donne l'exemple de
toutes les vertus. II a pour tous les mê-
mes égards, qu'ils soient riches ou pau-
vres, faibles ou puissants. Il ne refuse ja-
mais son appui, dans la mesure de ses
forces, à ceux qui ont recours à lui. Plus
il a de savoir, plus il a de richesses ou de
moyens d'action, plus grands sont ses de-
voirs et les services qu'il rend à ses com-
patriotes pauvres ou ignorants.
D. — Quelle est la conduite d'un Fran-
çais vis-à-vis de lui-même?
R. — Un bon Français cherche tou-
jours à grandir en sciences et en vertus,
afin de pouvoir remplir, le plus digne-
ment possible, sa tâche envers les siens
et envers la Patrie ; il use aussi des droits
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CATÉCHISME
que les lois lui confèrent et remplit les de-
voirs qu'elles lui imposent.
D. — Que doit savoir d'abord un Fran-
çais?
R. — Un Français doit connaître à
fond l'histoire et la géographie de son
pays; ses institutions, ses lois principales,
son organisme économique, ses relations
avec les autres contrées.
D. — Les connaissances d'un Français
doivent-elles se borner là?
R. — Non. Il doit connaître aussi l'his-
toire et la géographie générales, et, s'il se
peut, une ou plusieurs langues étrangères.
D. — Pourquoi ?
R. — La France a des relations avec
tous les peuples de la terre, soit par le
commerce, soit par les échanges d'idées
générales. Tous ces peuples, enfants de
la même mère, qui est l'Humanité, ont in-
térêt à faire disparaître toutes les causes
de haine, de méfiance, qui les divisent et
que les méchants ont entretenues pen-
dant de longs siècles. Ce résultat ne sera
obtenu que lorsque l'histoire, la langue,
les besoins de chacun seront connus du
plus grand nombre et que les relations
NATIONAL
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seront devenues permanentes entre les
hommes des diverses nations.
D. — Si les hommes sont tous enfants
de l'Humanité, à quoi bon les diverses
patries ?
R. — La Patrie est absolument indis-
pensable à la formation et à la conserva-
tion de la civilisation ; les peuples qui per-
dent la notion de la Patrie mènent une vie
misérable et ne tardent pas à tomber vic-
times de leurs voisins. L'histoire nous
enseigne que les peuples sont plus ou
moins grands et prospères, selon que le
lien patriotique est plus ou moins res-
pecté.
D. — Un Français doit-il désirer que
sa Patrie domine les autres nations ?
R. — Non ; la domination n'est bonne,
ni pour les nations, ni pour les familles,
ni pour les individus. Un bon Français
doit désirer que les autres nations du
globe soient aussi libres, heureuses et
prospères que la nation française elle-
même.
D. — Pourquoi?
R. — Un lien mystérieux, que les phi-
losophes appellent la solidarité, unit tous
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CATÉCHISME
les peuples du globe, de telle sorte que
les malheurs de l'un se font sentir chez
tous les autres, et réciproquement, la
prospérité des uns a d'heureuses consé-
quences pour les autres.
D. — De tous temps, les peuples se
sont fait la guerre, et de nos jours encore,
des nations que l'on dit civilisées, se sont
mutuellement déchirées. La guerre est
donc un état naturel?
R. — Non ; la guerre est un reste de
barbarie qui doit disparaître un jour.
C'est le brigandage en grand, le vol en
grandes troupes, l'abus révoltant de la
force. Dans un avenir sans doute prochain,
la seule guerre que se feront les peuples,
débarrassés de leurs rois, sera une lutte
pacifique sur le champ des arts, des scien-
ces et de l'industrie.
D. — Il y a cependant des peuples
guerriers qui tendent à conquérir ou à
rançonner leurs voisins ; ceux-ci sont
obligés de se défendre s'ils veulent con-
server leur existence nationale. La guerre
est donc perpétuelle ou plutôt, n'est-elle
coupée que par des trêves plus ou moins
longues, consacrées, de part et d'autre,
NATIONAL
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à préparer de nouvelles forces pour re-
commencer le combat ?
R. — Non ; il n'y a pas, dans les temps
modernes, de peuples réellement con-
quérants et guerriers, car tous savent
que la solidarité est réelle et qu'en oppri-
mant leurs voisins ils se préparent à eux-
mêmes de grands malheurs ; ils savent
aussi que les vrais triomphes, les seuls dont
l'Humanité entière profite, sont les triom-
phes de l'art, de la science et de l'industrie.
D. — Vous avez cependant vu la guerre
ensanglanter notre malheureux pays, et
l'Allemagne chercher à démembrer et à
ruiner la France en 1870 et 1871. Ce peu-
ple est donc un conquérant redoutable,
un ennemi dont nous devons écarter les
armées par tous les moyens, que nous
devons même détruire si nous voulons
vivre comme nation ?
R. — Nous devons certainement faire
tous nos efforts et tous les sacrifices, même
la guerre la plus terrible pour conserver
le plus grand bien, la Patrie ; mais il faut
remarquer que les peuples égarés et en-
core à moitié barbares qui ont voulu dé-
membrer la France, à laquelle ils devaient
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CATÉCHISME NATIONAL
tant, au point de vue politique, scientifi-
que et philosophique, sont sous le joug
de princes, de rois et d'aristocraties mili-
taires, dont l'intérêt est de perpétuer les
haines des peuples, seul moyen de con-
server la domination.
D. — Vous croyez donc que tant que
ces peuples conserveront leurs institu-
tions monarchiques, la guerre pourra re-
commencer ?
R. — Sans doute, et ce sera peut-être
le seul moyen de faire obtenir à ma Patrie
la réparation des iniquités dont elle a été
victime ; mais les peuples finiront par s'a-
percevoir que leurs intérêts sont identi-
ques, et, débarrassés de leurs vieilles or-
ganisations politiques, à l'exemple de la
France, ils écarteront pour jamais le
fléau de la guerre. Alors les diverses pa-
tries dont l'ensemble constitue le conti-
nent européen seront comme les mem-
bres d'une même famille, travaillant à
l'envi à augmenter la prospérité de tous,
et répandront ensemble les bienfaits de la
civilisation au sein des continents où règne
encore la barbarie.
CHAPITRE II
La France. — Coup d'oeil.
Institutions.
D. — Qu'est-ce que la France?
R. — La France, ma Patrie, est une
contrée située à l'occident du continent
européen; son étendue, du nord au sud, est
de 860 kilomètres, et d'environ 750 de
l'ouest à l'est. Elle est baignée par quatre
mers, arrosée par un grand nombre de
fleuves et de rivières; son sol fertile est
accidenté par de hautes montagnes et de
collines qui varient son climat et qui per-
mettent l'exploitation fructueuse d'une
foule de cultures.
D. — Quel peuple habitait ancienne-
ment ce pays ?
R. — Ce pays était habité par les Gau-
lois ou Celtes, dès les temps les plus
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CATÉCHISME
reculés, c'est-à-dire depuis un grand
nombre de siècles.
D. — Quel était le caractère général
des Gaulois?
R. — Les Gaulois étaient généralement
serviables, mais turbulents, pleins de
hardiesse, de bravoure à la guerre ; ai-
mant passionnément les jeux et les com-
bats, enclins aux aventures lointaines,
toujours prêts à se mêler aux querelles
de leurs voisins. Les auteurs romains,
leurs ennemis, tout en leur attribuant une
trop grande légèreté de caractère, leur
reconnaissent cependant une grande ap-
titude industrielle et même artistique.
Quant à leur valeur guerrière, elle était
incontestée et très-redoutée des Romains
eux-mêmes.
D. — Les Gaulois formaient-ils un seul
corps de nation ?
R. — Non ; la Gaule était divisée en un
certain nombre de peuples diversement
gouvernés ; cependant chaque petit État
envoyait tous les ans des députés à l'As-
semblée générale des Gaules, qui réglait
les différends et décidait les grandes ex-
péditions.
NATIONAL
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D. — Ces divers États étaient-ils tou-
jours d'accord ?
R.— Non; il n'était pas rare de voir
les divers groupes de la Gaule en état de
guerre ouverte et sous les plus futiles pré-
textes. L'ambition des chefs suscitait trop
souvent des querelles sanglantes de cité
à cité.
D. — Quelle fut la conséquence de
ces discordes intestines ?
R. — Tant qu'aucun peuple voisin ne
fut assez puissant pour en profiter, la
Gaule conserva son indépendance ; mais
vers le premier siècle avant notre ère, les
Romains s'emparèrent d'une partie de la
Gaule, et, vers l'an 50, César, mettant en
oeuvre sa politique, subjugua toute la
contrée.
D. — Les Gaulois ne firent-ils aucun
effort pour regagner leur indépendance ?
R. — Ils résistèrent pendant huit an-
nées et peu s'en fallut que César et ses
légions ne fussent anéantis ; mais la bra-
voure des Gaulois devait succomber de-
vant l'organisation savante des Romains et
surtout devant leur astucieuse politique.
Après avoir vu ses villes incendiées, ses
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CATÉCHISME
campagnes ravagées et perdu dans les
combats plus de deux millions de ses ha-
bitants, la Gaule devint une province ro-
maine.
D. — Quel est le nom du patriote gau-
lois dont l'histoire a conservé le nom ?
E. — Vercingétorix, qui sut réunir
toute la Gaule dans le même esprit de ré-
sistance contre l'ennemi commun, et ba-
lança quelque temps la fortune de César.
C'était un jeune guerrier de la confédéra-
tion des Arvernes (aujourd hui Auvergne),
plein de bravoure, d éloquence, et ayant
le sentiment vrai de la Patrie. Il combattit
jusqu'à la dernière extrémité et succomba
à Alésia, apres un siége long et opiniâtre,
et quand les contingents de la Gaule
avaient été anéantis.
D. — Que devint la Gaule après le triom-
phe de César ?
R. — Les Romains la gouvernèrent
pendant près de cinq siècles ; il est vrai
que les Gaulois étaient admis dans les ar-
mées romaines, et qu'ils occupaient des
emplois dans toute l étendue de l empire
romain. Ils finirent même par obtenir,
comme les Italiens, le droit de cité ; mais
NATIONAL
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la patrie gauloise n'existait plus. Cepen-
dant, vers le troisième siècle de notre ère, la
Gaule avait retrouvé une certaine prospé-
rité, les écoles y étaient nombreuses, les
arts fleurissaient; mais l'orage grondait à
l'Orient, les Barbares allaient envahir
l'empire.
D. — Qu'appelez-vous les Barbares?
R. — Les Barbares étaient des peuples
demi-sauvages, venus, comme les Gau-
lois, du grand plateau de l'Asie Centrale,
mais vivant presque tous en nomades,
soit du produit de leurs troupeaux, soit en
pillant les peuples qui avaient commencé
à cultiver l'Europe Centrale ou Septen-
trionale. Ils erraient depuis plusieurs
siècles du Rhin à la Caspienne, lorsque,
vers la fin du quatrième siècle, les Huns,
venus les derniers, les poussèrent vers
l'empire romain. Déjà les Francs s'étaient
établis au nord-est de la Gaule, les Visi-
goths au sud et les Burgondes ou Bourgui-
gnons, le long de la Saône et du Rhône.
D. — Quelle remarque faites-vous au
sujet de l'envahissement de la Gaule et
de l'empire romain ?
R. — Si l'idée de Patrie n'avait pas été
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CATÉCHISME
détruite, la Gaule, en repoussant les
Barbares, aurait préservé l'Italie et con-
servé les monuments de la civilisation.
L'absence du patriotisme causa la ruine
de toutes les institutions; les Barbares
changèrent la Gaule en désert, et pendant
plus de dix siècles, les ténèbres de l'igno-
rance et la tyrannie de la force régnèrent
à la place de la science et de la justice.
D. — Vous avez dit que trois peuples
barbares s'étaient partagé la Gaule ; cette
division dura-t-elle longtemps ?
R. — Non. Les Francs, en un demi-siè-
cle, dominaient toute la contrée. Ils s'é-
taient convertis au christianisme, et dès
lors les évêques avaient déterminé les
populations à se soumettre à ces conqué-
rants, qui les préservaient de nouvelles
invasions.
D. — Quel est le chef des Francs qui a
définitivement arrêté les invasions ger-
maniques et posé les bases de l'ordre
européen ?
R. — C'est Charlemagne. Cet homme
remarquable convertit les Germains au
christianisme et les força à bâtir des vil-
les et à vivre du produit de l'agriculture ;
NATIONAL
21
Il créa l'organisation féodale, qui devait
durer quelques siècles seulement, mais
qui eut l'avantage de soumettre tous les
habitants du pays à la même loi.
D. — Qu'advint-il sous les successeurs
de Charlemagne ?
R. — La Gaule, qui avait fait partie de
l'empire d'Occident, s'en sépara, et, sous
le nom de France, qu'elle a conservé de-
puis, passa par les diverses phases de la
féodalité, de la monarchie tempérée par
les communes et les parlements, de la
monarchie absolue, pour aboutir enfin au
gouvernement républicain, basé sur la
souveraineté du peuple tout entier.
D. — A quelle époque vit-on les pre-
mières manifestations de la souveraineté
populaire ?
R. — Vers le onzième siècle. Plusieurs
villes obtinrent, par la lutte armée ou à
prix d'argent, le droit de nommer leurs
magistrats et de s'administrer elles-mê-
mes. Le mouvement se généralisa et, sur
tous les points du territoire, se fondèrent
de nouvelles communes qui constituèrent
une force nationale. Les rois de France
surent leur faire un appel toujours en-
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CATÉCHISME
tendu, quand la Patrie était menacée. C'est
par leur aide que les rois purent recon-
quérir l'unité nationale, compromise par
la féodalité.
D. — Quelle fut la conséquence de la
création des communes?
R. — Les communes et corporations
favorisèrent la formation et l'organisa-
tion du tiers état, c'est-à-dire de tout le
peuple producteur, qui vécut sans droits
politiques jusqu'en 1789, faisant tout le
travail, le commerce, payant tous les im-
pôts, tandis que les classes politiques,
— la noblesse et le clergé, — ne payaient
rien et gouvernaient le pays selon leurs
intérêts.
D. — Que se passa-t-il en 1789 ?
R. — Le pays était réduit à la dernière
misère, les classes gouvernantes tout à
fait corrompues, se trouvaient impuis-
santes à remplir leur office ; le tiers état,
écrasé d'impôts, se plaignait hautement
d'être gouverné et spolié par des incapa-
bles, et voulait enfin jouir de ses droits
politiques, dont il avait appris l'usage en
administrant les communes; enfin les
écrits des philosophes et des libres-pen-
NATIONAL
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seurs avaient pénétré les foules et rappelé
que tous les hommes ont les mêmes droits
et les mêmes devoirs. Tous ces éléments
firent éclater la crise la plus formidable
des temps modernes, et amenèrent le
triomphe du grand principe de la Souve-
raineté du Peuple.
D. — Expliquez le principe de la sou-
veraineté du peuple ?
R.— Autrefois, la souveraineté résidait
dans le roi, qui établissait les lois, selon
sa volonté, ou, comme on disait alors,
selon son bon plaisir ; tout lui appartenait,
hommes et choses ; il donnait ou ôtait les
priviléges, et chacun lui devait l'obéis-
sance la plus absolue, sous peine de sa-
crilége, car le roi était considéré comme
le représentant visible de la divinité.
Depuis 1789, la souveraineté est passée
dans le peuple entier, c'est en son nom
que se font les lois, que s'exerce le gou-
vernement, que se rend la justice.
D. — Mais le peuple entier ne peut
faire les lois, ni gouverner, ni rendre la
justice. Comment alors exerce-t-il sa sou-
veraineté ?
R. — Par délégation ou élection. Selon
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CATÉCHISME
des formes convenues, le peuple élit des
représentants pour un temps déterminé ;
ces représentants se réunissent en Assem-
blée nationale, seule dépositaire de la
souveraineté. C'est cette Assemblée qui
fait les lois et imprime la marche géné-
rale du gouvernement.
D. — Cette Assemblée dirige-t-elle tou-
tes les affaires du pays ?
R. — Non ; elle n'édicte que des lois
générales appliquées au pays entier.
Chaque commune de France est gérée
par un conseil communal ou municipal
qui règle les affaires locales et nomme les
principaux magistrats municipaux ; cha-
que département a de même un conseil
général pour les affaires purement dé-
partementales. Mais la souveraineté plé-
nière, qui est indivisible, est déléguée à
la seule Assemblée nationale nommée par
l'universalité des citoyens français.
D. — L'Assemblée nationale exerce
donc tous les pouvoirs ?
R. — Non ; l'Assemblée nationale
exerce le pouvoir législatif; quant aux
autres pouvoirs, ils émanent d'elle et sont
toujours placés sous son contrôle dans
NATIONAL
25
les mains d' agents ou de magistrats
responsables ; mais ces pouvoirs sont
soigneusement séparés et absolument
indépendants.
D. — Combien comptez-vous en France
de pouvoirs ainsi séparés?
R. — Trois : le pouvoir législatif, exercé
directement par l'Assemblée ; le pouvoir
exécutif, délégué au président de la Ré-
publique et à ses ministres ; enfin, le
pouvoir judiciaire, exercé par des magis-
trats, chargés d'appliquer les lois au civil
et au criminel.
D. — Qu'entendez-vous par ces mots :
au civil et au criminel?
R. — Les magistrats jugent au civil,
quand ils jugent les contestations entre
particuliers, et au criminel quand ils ont
à appliquer les lois contre les délits ou
les crimes.
D. — Exposez en quelques mots la
composition du pouvoir judiciaire.
R. — Les membres du pouvoir judi-
ciaire se divisent en deux classes : la ma-
gistrature debout et la magistrature as-
sise. — La magistrature debout, appelée
aussi ministère public ou parquet, repré-
26
CATÉCHISME
sente l'action publique ; elle entame, les
poursuites et les soutient devant les cours
et tribunaux. — La magistrature assise se
compose de magistrats qui instruisent les
affaires et prononcent les jugements,
sentences ou arrêts.
Chaque chef-lieu de canton a un juge
de paix, qui juge les petites contestations
et les contraventions de simple police ; le
commissaire de police y représente le
parquet.
Chaque chef-lieu d'arrondissement et
de département a un tribunal dit de pre-
mière instance, qui juge en premier res-
sort les affaires civiles ou correctionnelles;
le parquet y est représenté par le procu-
reur de la République et ses substituts.
Vingt-sept villes sont le siége d'une
cour d'appel, souveraine, qui prononce
des arrêts sur les appels civils ou cor-
rectionnels ; — le magistrat du parquet
y a le titre de procureur général, et ses
substituts celui d'avocats généraux de la
République.
La cour d'appel délègue dans chacun
des départements de son ressort trois
conseillers qui, assistés d'un jury composé
NATIONAL
27
de douze citoyens, appelés jurés, compo-
sent la cour d'assises. Cette cour, souve-
raine aussi, prononce des sentences sur
les crimes.
Enfin une cour suprême, dite cour de
cassation, et dont le siége est à Paris, ré-
vise tous les jugements, arrêts, sentences
frappés d'appel.
D. — N'y a-t-il pas une autre juridiction?
R. — Il y a la juridiction consulaire,
composée de tribunaux de commerce, ju-
geant les affaires purement commerciales
et prononçant les faillites ;
Et les conseils de prud'hommes, pour
juger les contestations entre patrons et
ouvriers.
Les membres des tribunaux de com-
merce sont élus par les commerçants.
Les membres des conseils de prud'hom-
mes sont élus, moitié par les patrons,
moitié par les ouvriers. Le parquet n'est
pas représenté dans ces juridictions.
CHAPITRE III
L'Impôt.
D. — Qu'est-ce que l'impôt?
R. — C'est la somme nécessaire chaque
année à l'entretien et au développement
de la vie sociale, c'est-à-dire au payement
des fonctionnaires publics et de l'armée,
à la construction, l'entretien, la surveil-
lance des routes, des canaux et des édi-
fices publies.
D. — Quel est le caractère de l'impôt
français depuis 1789?
R. — Le caractère de l'impôt français
depuis 1789 est la proportionnalité, c'est-
à-dire qu'il doit être payé par tous les
citoyens en proportion de leur fortune.
D. — Y a-t-il plusieurs sortes d'impôts?
R. — Il y en a deux sortes : l'impôt di-
rect et l'impôt indirect; le premier est
ainsi appelé parce que le contribuable en
CATÉCHISME NATIONAL
29
remet directement le montant au percep-
teur; quant à l'impôt indirect, frappé sur
les objets de consommation, il n'atteint le
contribuable qu'indirectement et à me-
sure de ses dépenses ; tels sont les droits
de douane, les octrois, l'impôt du tabac,
les postes, etc.
D. — Qui détermine la quotité de l'im-
pôt?
R. — C'est l'Assemblée nationale, nom-
mée par tous les citoyens, qui seule a le
droit d'établir les impôts et d'en détermi-
ner la forme et l'importance.
D. — Quel moyen emploie l'Assem-
blée nationale pour évaluer la somme
d'impôts nécessaire aux services publics?
R. — Elle dresse tous les ans le Bud-
get, c'est-à-dire un tableau contenant
toutes les dépenses nécessaires, dit budget
des dépenses ; en regard, elle vote le bud-
get des recettes, c'est-à-dire les divers
impôts destinés à couvrir ces dépenses.
D. — Mais l'Assemblée nationale ne
peut déterminer pour chacun la somme
d'impôt qu'il a à payer?
R. — Non ; elle vote l'impôt en bloc,
mais il est réparti ensuite par départe-
30
CATÉCHISME
ments, arrondissements, cantons et com-
munes ; puis dans chaque commune, la
répartition est faite par des fonctionnai-
res qui indiquent à chacun ce qu'il doit
payer.
D. — L'Assemblée nationale vote-t-elle
absolument tous les impôts ?
R. — Non ; il y a les dépenses départe-
mentales, couvertes par des contributions
que votent les conseils généraux ou as-
semblées départementales ; et les dépen-
ses communales spéciales à chaque com-
mune, et qui sont votées par les conseils
municipaux.
D. — Quel est l'objet principal que
couvrent les dépenses communales ?
R. — C'est l'instruction publique.
D. — Quelle est la base des contribu-
tions départementales et communales?
R. — C'est l'impôt direct, voté par l'As-
semblée nationale. Les conseils votent les
centimes additionnels aux quatre contri-
butions directes, c'est-à-dire qu'un cer-
tain nombre de centimes par chaque
franc, est dû par le contribuable pour
couvrir les dépenses du département ou
de la commune. Une partie du produit de
NATIONAL 31
l'octroi est aussi attribuée à la commune.
D. — Que pensez-vous de ceux qui
cherchent le moyen de ne pas payer leur
part d'impôt, soit en dissimulant leur for-
tune, soit en soustrayant les objets impo-
sés aux douanes ou à l'octroi ?
R. — Ce sont de mauvais citoyens qui,
en évitant de payer leur part, forcent des
compatriotes souvent moins fortunés
qu'eux à des sacrifices ruineux ; cette ac-
tion est vraiment honteuse et doit être
assimilée au vol lâche, à l'escroquerie ;
elle mérite le mépris des citoyens et les
poursuites impitoyables de la justice.
CHAPITRE IV
Devoirs et Droits.
DEVOIRS.
D. — Vous avez plusieurs fois parlé de
devoirs : qu'entendez-vous par ce mot?
R. — J'entends par devoirs toutes les
obligations du citoyen envers la Patrie, la
société et la famille.
D. — Quels sont les devoirs du citoyen
envers la Patrie ?
R. — Le citoyen se doit tout entier à
sa Patrie. Dans son jeune âge, il écoute
avec déférence les leçons de son institu-
teur et emploie toute son énergie à les
mettre à profit, afin de donner à ses fa-
cultés le plus grand développement possi-
ble et se procurer ainsi les moyens de se
rendre d'autant plus utile; il doit avoir
pour son père et sa mère amour, respect,
soumission; il doit aussi le respect aux
CATÉCHISME NATIONAL 33
magistrats, qui sont les représentants de
la loi, et comme les pères de la cité.
D. — Suffit-il de respecter les magis-
trats, d'aimer et de vénérer ses parents, et
de montrer de la déférence envers son
instituteur?
R. — Non, les sentiments doivent se
manifester par l'action.
D. — Qu'entendez-vous par là?
R. — J'entends que l'on doit travailler
constamment selon son âge, ses forces,
ses aptitudes, et rendre à la société plus
qu'on ne lui a coûté.
D. — Quel est le principal devoir du
Français à sa vingtième année?
R. — C'est le service militaire person-
nel. Il est dû par chaque jeune homme,
quelle que soit d'ailleurs sa position de
fortune. Celui qui cherche à esquiver ce
devoir, ou qui ne paye pas cette dette sa-
crée est digne de tous les mépris ; il est la
honte de sa famille, et pas une femme ne
voudrait de ce lâche fiancé.
D. — Quels sont les devoirs du Français
envers ses compatriotes ?
R. — Le Français doit aimer tous ses
compatriotes, leur venir en aide dans la
CATÉCHISME NATIONAL. 2
34 CATÉCHISME
limite extrême de ses forces, leur donner
l'exemple de toutes les vertus.
D. — Doit-on haïr les étrangers ?
R. — Loin de là ; les étrangers appar-
tiennent à une Patrie, qui est, comme la
nôtre, une branche de l'Humanité ; nous
devons seulement leur préférer les Fran-
çais.
D. — Pourquoi préférez-vous les Fran-
çais aux gens des autres nations ?
R. — Par ce motif qui nous fait aimer
nos parents plutôt que les autres habitants
de notre commune ou de notre pays.
D. — Vous établissez donc plusieurs
degrés dans l'affection que vous devez à
vos semblables ?
R. — Oui ; mes parents d'abord, puis
mes compatriotes, et enfin tous les hom-
mes des autres nations.
D. — Devez-vous préférer vos parents
à la Patrie?
R.— Non; un Français doit aimer la
Patrie avant tout, même avant ses parents,
puisqu'il doit les quitter si le service de la
Patrie le commande.
D. — Quels sont les devoirs du Fran-
çais vis-à-vis de sa famille ?
NATIONAL 35
R. — Dans son jeune âge, comme je
l'ai dit plus haut, il doit l'obéissance, le
respect, l'amour à son père et à sa mère,
et une grande déférence à ses autres pa-
rents; plus tard, quand il a rempli ses de-
voirs militaires, et dès que la loi le lui
permet, il doit se marier et élever ses en-
fants dans l'amour de la Patrie et la pra-
tique de toutes les vertus.
D. — A ce moment le Français ne doit-
il plus rien à ses parents?
R. Tant qu'il a le bonheur de les possé-
der, le Français doit toujours le même
respect à son père et à sa mère ; il ne doit
jamais oublier que c'est grâce à leurs
soins qu'il est devenu un bon citoyen ;
s'ils ont besoin de son assistance, il doit
s'empresser de la leur donner.
DROITS.
D. — Qu'est-ce que le droit?
R. — C'est le contraire du devoir. Si
le devoir représente la dette du citoyen
vis-à-vis de la société, le droit est la dette
de la société vis-à-vis du citoyen.
D. — Enumérez les droits divers du
Français ?
R. — Le premier droit est le droit à la
36 CATÉCHISME
nourriture, et à tous les soins nécessaires
au développement et à l'entretien du
corps ; puis le droit à l'instruction et à
l'éducation, qui permet à chacun de pro-
fiter des travaux des générations qui nous
ont précédés; le droit d'exercer ses facul-
tés de production, c'est-à-dire de travail-
ler, afin de pourvoir à sa subsistance et à
celle de sa famille, et à payer sa part des
dépenses sociales ; le droit à la sécurité et
à la protection des lois; le droit de réu-
nion et d'association ; le droit de prendre
part aux affaires publiques dans les for-
mes que la loi détermine ; enfin le droit
de penser, de croire, de parler, d'écrire,
d'imprimer et de publier librement, tou-
jours en se conformantaux lois.
D. — N'oubliez-vous aucun droit?
R. — Pour n'en oublier aucun, on peut
les résumer tous dans cette formule, qui
s'applique surtout au Français majeur :
c'est que chacun peut agir à sa guise et
faire tout ce qui lui convient, à condition
de ne gêner personne, et de respecter les
lois et les convenances sociales.
D. — Vos devoirs et vos droits sont-ils
équivalents?
NATIONAL 37
B. — Non, la somme de mes devoirs,
c'est-à-dire de ce que je dois à la société,
l'emporte sur la somme de mes droits.
D. — Pourquoi ?
R. — Pour deux raisons : la première,
c'est que, sans m'en douter, j'ai exercé
des droits pendant tout le temps de mon
enfance, et que la société a dû me fournir
la nourriture, l'éducation et tout ce qui
m'était nécessaire pour devenir un homme.
Je lui dois aujourd'hui le payement de
cette dette. La Patrie n'a pas compté
avec moi, je ne dois pas compter avec
elle ; elle m'a tout donné, je me dois tout
entier à elle.
D. — Quelle est la seconde raison ?
R. — Si les hommes qui nous ont
précédés sur le sol de la Patrie s'étaient
attribué des devoirs égaux aux droits, ils
auraient tout consommé à mesure de la
production, ils n'auraient pu former le
fonds commun, l'héritage de l'Humanité,
et nous serions encore à l'état sauvage ou
barbare. Si ce fonds commun existe, si
chaque génération l'augmente, obéissant
ainsi à la loi du progrès, je dois contri-
buer d'honneur à cette augmentation ;
B. — Non, la somme de mes devoirs,
c'est-à-dire de ce que je dois à la société,
l'emporte sur la somme de mes droits.
D. — Pourquoi ?
R. — Pour deux raisons : la première,
c'est que, sans m'en douter, j'ai exercé
des droits pendant tout le temps de mon
enfance, et que la société a dû me fournir
la nourriture, l'éducation et tout ce qui
m'était nécessaire pour devenir un homme.
Je lui dois aujourd'hui le payement de
cette dette. La Patrie n'a pas compté
avec moi, je ne dois pas compter avec
elle ; elle m'a tout donné, je me dois tout
entier à elle.
D. — Quelle est la seconde raison ?
R. — Si les hommes qui nous ont
précédés sur le sol de la Patrie s'étaient
attribué des devoirs égaux aux droits, ils
auraient tout consommé à mesure de la
production, ils n'auraient pu former le
fonds commun, l'héritage de l'Humanité,
et nous serions encore à l'état sauvage ou
barbare. Si ce fonds commun existe, si
chaque génération l'augmente, obéissant
ainsi à la loi du progrès, je dois contri-
buer d'honneur à cette augmentation ;
38 CATÉCHISME
c'est une dette des hommes de ma géné-
ration, qui doit préparer le bien-être des
générations futures, comme nos ancêtres
ont préparé le nôtre.
Donc, la somme de mes devoirs dé-
passe, et de beaucoup, la somme de mes
droits.
LA JUSTICE.
D. — Qu'est-ce que la justice?
R. — La justice est l'expression et la
règle d'un sentiment très-élevé, gravé
dans la conscience humaine, et tendant à
établir l'équivalence des services dus à
tous par chacun et à chacun par tous.
D. — Quel est le meilleur moyen de se
conduire selon la justice?
R. — C'est de se conformer à cette
maxime : « Faites aux autres ce que vous
voudriez qu'ils vous fissent, et ne leur
faites pas ce que vous ne voudriez pas qui
vous fût fait. »
D. — Avons-nous en français un autre
mot exprimant l'idée de la justice?
R. — Oui, le mot équité a une signifi-
cation analogue.
D. — Quelle est l'application de ce mot?
R. — Elle consiste dans l'appréciation

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