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Chansons. Mots donnés

243 pages
imp. de A. Saintin (Paris). 1843. In-12.
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CHBJU^&ûîtS
MOTS BOAWÉS.
IMPRIMERIE DE A.. SAÏNTiN .
RUE S. .JACQUES 58.
^jk {^^ ^"^ QJ? a
- j
MOTS DONNÉS.
CHANSONS.
MOTS
yoïiïtzZi
IMPRIMERIE DE A. SAINTIN,
RUE S. JACQUES 38.
1843.
MOTS DONNÉS.
Si ce recueil tombait entre les mains
de personnes étrangères au Caveau, il est
bon qu'elles connaissent la cause qui a
donné naissance à ces chansons, et les
motifs qui ont engagé leurs auteurs à les
faire imprimer, sans toutefois les exposer
au grand jour de la publicité.
M. Ferdinand Olivier, voulant faire
l'inauguration d'une modeste villa qu'il
venait d'acquérir à Auteuil, invita à un
'déjeuner, ■ le '5 Juin 1 842 , la plupart des
chansonniers, ses camarades. Sa maison,
quoique plus vaste que celle de Socrate,
ne pouvait, à son grand regret, contenir
tous les membres du Caveau. Pour donner
à cette réunion un caractère original, il eut
l'idée d'assigner à chacun des convives un
nom de légume pour sujet de chanson. Le
sort -présida à la répartition, et tous les in-
vités remplirent leur tâche.
Un mois après, son père, depuislong-
tems propriétaire à Auteuil, voulut renou-
veler cette fête de famille, et donna à ses
convives les fruits à chanter.
Enfip, M. Veissier des Combes convia
à dîner, le 20 août, presque tous les mem-
bres du Caveau; plusieurs ne purent, par
divers motifs,se rendre à son invitation,*
mais néanmoins quelques uns envoyèrent
leur chanson. 11 avait donoé pour texCe
les animaux domestiques.
Dans ces deux derniers banquets la voie
du sort fut également suivie pour la distri-
bution des sujets et pour le tour dans lequel
chacun devait chanter.
Il est bon de savoir, pour motiver des
couplets composés en dehors du progra ai-
me, que la présidence, dans ces trois ban-
quets, a été déférée à M. de Calonne, prési-
dent du Caveau pour l'année 1842.
Toutes les productions furent remises
aux amphytrions ; mais les convives dési-
raient aussi les posséder, comme un gage
d'union et un souvenirde famille. Ils n'i-
gnoraieat pas que le sort les avait pias ou
moins bien partagés ; cependant, mettant
de côté tout amour propre d'auteur, ils ont
consenti à l'impression, pour faire avec leurs
camarades un échange désintéressé de leurs
oeuvres, et resserrer ainsi les liens d'une
franche et cordiale amitié.
C'est donc à un très petit nombre
d'exemplaires, et pour eux seuls, qu'ils
ont composé ce recueil.
PREMIER BANQUET
CHEZ M. OLIVIER FILS
LE 5 JUIN '
1842
COUPLET D'OUVERTURE.
Air : De ma Céline amant modeste.
Mes amis, je devrais peut-être,
Profilant de l'occasion,
Présider ce repas champêtre,
En qualité d'amphitryon.
Mais dans mes mains la Présidence
Pourrait trouver plus d'un écueil...
Aussi conservons par prudence
A de Galonné le fauteuil.
F. OLIVIER,
— 2
IMPROVISATION D'ÀLPH. SALIN, EN
RÉPONSE AU COUPLET DE F. OLIVIER,
ET AU REMECIMENT DU PRESIDENT A SES
CAMARADES.
Même air.
Malgré ce qu'en dit de Galonné,
Il ne doit pas être flatté
Du titre qu'Olivier lui donne ;
Le fauteuil doit être écarté.
Mes amis, me trouvant à l'aise
Dans ce charmant réduit d'Auteuil,
Je ne changerais pas ma chaise
Contre le plus riche fauteuil.
— 5 —
LA ROMAINE.
Air : Trouverez-un parlement.
Le légume est peu'de mon goût ;
Le radis me plait par caprice,
Le chou ne me plait pas du tout,
Le haricot fait mon supplice ;
Mais puisque chacun a chanté
Un des produits de ce domaine,
Par amour pour l'antiquité,
Amis, j'ai choisi la Romaine.
Autrefois le fils de Tarquin,
Polisson dont parle l'histoire,
— k _
Pour la femme d'un vieux Latin
Eut un amour peu méritoire.
Cet attentat, qui fit grand bruit,
Serait- il si digne de haine,
Si Sextus pendant celte nuit
N'avait trop poivré la Romaine?
Si, vivant dans un lieu désert,
Vous ne trouviez que des racines,
Pour tout potage et tout dessert,
Vous feriez de bien tristes mines.
Lucullus pensait comme vous,
Aussi passait-il ses semaines,
Couché devant de fins ragoûts,
Et près de charmantes Romaines.
EitriEsi DE GALONNÉ.
— 5 —
LA POMME DE TERRE.
Air : Nous n'avons qu'un temps à vivre.
Le ventre creux, qu'un pauvre diable
Rime un chant sentimental ;
Le ventre plein, je veux à table,
Chanter un bon végétal.
Chantons la pomme de terre,
Pour tous elle a des appas ;
Du riche et du prolétaire,
Elle embellit les repas.
— 6 —
La pomme à cidre fit naguère
Des humains tous les malheurs.
Ah! jamais la pomme de terre
N'a fait répandre de pleurs 1
Chantons, elc. ' '.
L'Amérique au dieu de Cylhère
Cause des bobos cruels,
Mais grâce à sa pomme de terre,
Nous lui devons des autels.
Chantons, etc.
Qu'un hymne de reconnaissance
S'adresse au bon Parmentier ;
Il change en grenier d'abondance
Le plus malheureux grenier.
Chantons, etc.

Quand ce légume aux Tuileries
Chassa roses el jasmins,
Flore pleura ses fleurs chéries,
Cornus se frotta les mains.
Chantons , etc.
Avec la truffe un ministère
Gagna maint individu ;
Jamais pour des pommes de terre,
Nul homme ne s'est vendu !
Chantons, eic.
L'hiver, accroupi près de l'âtre
Quelle ivresse pour l'enfant
D'arracher la robe grisâtre
Du tubercule fumant !
Chantons, etc.
De nos gamins voyez l'élite
Vivre en petit Balthazar :
Or la pomme de terre frite
Est la mâne du moutard ! j
Chantons, etc. \
Un Bifteck succulant sait plaire
A la bouche ainsi qu'aux yeux ;
Mais s'il est sans pomme s de terre,
Ce n'est plus qu'un mets boiteux !
Chantons, etc.
La pommé déterre est goûtée
En tous lieux, toules saisons ;
Ce légume, nouveau Protée,
Brille et plait dé cent façons !
Chantons, etc.
Du Parnasse, auteur téméraire .
Je crus m'élancer d'un saut ;
— 9 —
Mais je suis trop homme de terre,
Pour m'élever aussi haut !
Chantons la pomme de terre,
Pour tous elle a des appas ;
Du riche et du prolétaire,
Elle embellit les repas.
JUSTIN CABASSOL.
L'ARTICHAUT
Ais : Gai, gai, mariez-vous.
Chaud, chaud.'
Pour l'artichaut,
Muse,
II ne faut pas qu'on muse.
Chaud, chaud !
Pour l'artichaut,
Allumons notre réchaud.
Dans ce temple consacré
A la gloire végétale,
Allons ma grosse Vestale,
Entretiens mon feu sacré.
Chaud, chaud, etc.
— 12 —
A ce banquet fraternel,
En avant la gaîté franche /
Relevons la sauce blanche
D'un petit grain de gros sel.
Chaud, chaud, etc.
Grands seigneurs dont les châteaux
Ont défense sur défense,
Je ne puis en conscience
Digérer vos artichauts.
Chaud, chaud, etc.
Malgré la nuit, quand le ciel
De vingt soleils se colore,
Des yeux le badaud dévore
L'artichaut artificiel.
Chaud, chaud, etc.
Foin de ces tristes produits ,
Indignes de noire table !
— 11 —
A l'artichaut véritable,
Revenons, mes bons amis.
Chaud, chaud, etc.
Chantons les bienfaits nombreux
De ses vertus prolifiques ;
L'artichaut des plus antiques,
Fut la truffe des hébreux.-
Chaud, chaud, etc.
Un gourmand lèche ses doigts
Lorsqu'il exprime le sucre
Distillé dans l'involucre
De l'artichaut des Génois.
Chaud, chaud, etc.
Que l'artichaut Catalan
Plus d'un lustre s* conserve,
— 13 —
J'aime bien mieux qu'on me serve
J^e jeune artichaut de Laon.
Chaud, chaud, etc.
Laon tes fertiles coteaux
Sont l'orgueil de la patrie,
Ton ciel donne le génie,
Et ton sol les artichauts.
Chaud, chaud, etc.
De la main et du couteau
Ses pommes sont attaquées ;
De ses feuilles imbriquées
On a rompu le faisceau .'
Chaud, chaud, etc.
Sur table l'artichaut frit
S'attire plus d'un oeillade,
2
— 14 —
L'artichaut à la poivrade
Est la clé de l'appétit.'
Chaud, chaud, etc.
Quelle onctueuse liqueur
De son calice découle
Quand, mis à la barigoule,
L'artichaut ouvre son coeur.
Chaud, chaud, etc.
L'artichaut, ainsi que nous,
A des qualités contraires :
Sa queue est des plus amères,
Mais dans le fond qu'il est doux ,
Chaud, chaud, etc.
Amant si brave et si chaud,
Le coeur de voire maîtresse
- 15 —
Renferme moins de tendresse
Que le fond d'un artichaut.
Chaud, chaud, elc.
A l'abri de tout témoin,
Sa fécondité nous prouve
Tout le plaisir qu'on éprouve
A végéter sous le foin
Chaud, chaud, etc.
Vous qui vivez de tableaux
Des arts soignez la culture ;
Nous, amants de la nature
Cultivons les ar tichauts.
Chaud, chaud, etc.
Pour ce légume nouveau
Donnons la plus belle estampe,
— 16 —
Mes amis, un cul de lampe
Vaut-il un cul d'artichaut ?
Chaud, chaud, etc.
Ma musette, assez causé ;
Ton feu sacré me consume .'
Versez, amis, mon légume
A besoin d'êlre arrosé.
Chaud, chaud.'
Que l'artichaut
Muse,
Dans le vin s'infuse.
Chaud, chaud.'
Ma Muse il faut
Rafraîchir noire artichaut.
A. JACQUEMART,
— 17 —
LA BETTERAVE.
Air : Du piège.
Par une Julienne en couplets
Chez Olivier pendons la crémaillère
Chaque légume dans ce mets,
Doit représenter un confrère
Le sort devait à bonne intention
Pour moi qui suis de la chambre, un esclave,
Ijorsque de sucre il est tant question,
Me réserver la betterave.
La betterave est pour nous un trésor,
Gloire à celui qui le premier en France
A dans son sein trouvé plus que de l'or,
En découvrant la saccarine essence.
— 18—
Aussi plus rien ne peut nous être amer
Nous nous moquons de l'Anglais, du Batave,
Du nom Français je me montre plus fier
Quand je vois croître un pied de betterave.
Les premiers dons de la saison d'hiver
Sont les rhumes, les engelures
Et tous les nez semblent en prenant l'air
Des truffes sur toutes figures...
Pendant l'été les flots d'un jus vermeil
Font que la soif avec gaîlé se brave...
Mais souvent un coup de soleil
Nous rend le nez comme une betterave.
Le confiseur transforme par son art
De cent façons le suc de ce légume ;
Plus d'un, amant paie un tendre regard
En prodiguant les douceurs qu'il résume.
Quand pour répondre à ses soins empressés
Sa belle croit prendre un bonbon suave
— 19 —
Un sucre-d'orge ou des marrons glacés
Tous ces présents sont de la betterave.
La vache y puise un lait plus savoureux,
Nous lui devons la crème la meilleure
Elle est sur table un entremets moelleux,
Lorsqu'on y joint persil, sel, poivre et beurre.
Dans la salade, on la renomme enfin,
Un gastronome est heureux qu'on enclave
Une barbe de capucin
Dans un collier de betterave.
Tel qui croyait toujours briller le plus,
Soudain se trouve à la dernière place,
Longtemps la canne avait eu le dessus
La betterave aujourd'hui la menace...
Riches et grands songez à ces revers...
Le peuple veut grandir sans nulle entrave,
Craignez en lui donnant des fers,
D'être la canne et lui la betterave.
— 20 —
Dans l'alambic, ce légume passant
De ses débris le sucre se dégage
Du corps ainsi l'âme va s'échappant
Quand de la vie est fini le voyage...
De mon sujet on dira que je sors
Le ton léger peut s'unir au ton grave.
J'en conclus que l'âme est au corps
Ce que le sucre est à la betterave.
Mes vers sont froids, diffus, alambiqués
Lorsqu'ils devraient être doux par nature
Même à l'honneur de les voir critiqués
Je les soustraits, ils manquent de culture :
Comme une rave on esthète souvent
Ah ! décidez dans votre gai conclave
Quel est le plus bête pourtant
Du chansonnier ou de la betterave.
AUGUSTE GIRAUD,
— 21 —
L'OGNON.
Ait : Du mariage par circonstance.
Puisqu'on chante le légume,
Il faut que dans ce banquet,
Mes amis, je vous parfume,
L'ognon, voilà mon bouquet...
En Egypte et dans l'Asie,
Il détrôna l'Éternel,
Et les parfums d'Arabie,
Fumèrent sur son autel.
De la tulipe éclatante,
Il est le Dieu créateur,
Et la jacinthe odorante,
Lui doit aussi sa fraicheur.
On le réduit en purée,
C'est alors le miroton,
— 22 —
Et sa pelure dorée,
Est l'âme du mirliton...
Il sert à maint autre usage ,
Et brûlé par la vapeur,
11 sait donner au potage
Une brillante couleur.
Quand épuisé par l'orgie,
Succombe un gai compagnon
Il va renaître à la vie...
Grâce à la soupe à l'ognon.
Veut-on du jus de la treille,
Vanter l'éclat, la fraîcheur,
Que dit-on d'une bouteille
De l'ognon c'est la couleur.
Si d'une femme charmante
Vous êtes l'heureux mignon ,
Pour fuir une longue allente...
On regarde à son ognon.
La cohorte citoyenne,
A pour moi fort peu d'attraits,
Aussi qu'un ognon me vienne
Et je la fuis à jamais.
— 23 —
Oui, l'ognon a bien des charmes,
Il attendrit notre coeur,
Car il fait verser des larmes...
Au plus endurci pêcheur.
Bref, c'est un met délectable,
Bien cher à tous nos gourmets
Je le chante à cette table
Mais je n'en mange jamais.
F. OLIVIER,
21 —
L'OSEILLE.
Air : Mon père était pot.
Si l'on ne peut, sans un couplet,
S'asseoir à cette table,
Daignez m'admettre, s'il vous plait,
Comme un convive aimable.
Et puisqu'il me faut
Payer mon écot,
Ma muse se réveille,
Pour sujet j'ai pris
Un légume omis,
Et je chante l'oseille.
L'oseille; qui nous rafraîchit,
Est un légume utile ;
Il donne aussi de l'appétit,
-:25 _
Et dissipe la bile.
Parfois son bouillon
Est un aiguillon
Qui sur moi fait merveille.
Qui d'un fricandeau
Fait un bon morceau?
C'est encore l'oseille.
Comme ce légume, l'esprit
Finement assaisonne
Dans le monde ce que l'on dil :
C'est l'oseille en personne.
An Caveau surtout
Où jamais le goût,
Gomme ailleurs ne sommeille,
Chaque trait piquant
A tout le mordant
De notre sel d'oseille.
IlippoLTTE DE GALONNÉ.
— 26 —
LE POIREAU
CHANSON EN GUISE DE ROMANCE
Air : Ah ! que l'amour aurait pour moi de^charme!
Fils égaré du plus tendre des pères,
Seul un poireau végétait dans un coin :
Hélas ! pour lui point d'amis, point de frères,
Son coeur d'aimer éprouvait le besoin.
Dans le lointain, tout à coup, il lui semble,
Jouet des vents voir rouler un oignon :
Ah ! viens, dit-il, nous pleurerons ensemble,
Sois de mes maux le triste compagnon.
— 27 —
L'oignon l'entend, vers lui se précipite,
Les voilà deux : le ciel leur paraît beau,
Instants trop courts ! car la même marmite
Le lendemain leur servit de tombeau.
LAGARDE.
28
L'ASPERGE.
Air : Mon père était pot.
L'asperge est un triste sujet,
Pour ma muse rebelle ;
Et que voulez-vous en effet,
Qu'elle dise sur elle 1
Je n'en suis pas fou,
Comme d'un bon chou,
Ou de fine carotte,
L'asperge entre nous,
Je le dis à tous,
Je ne l'aime qu'en botte.
Encor bien que ne l'aimant pas,
J'en approuve l'usage ,
— 29 —
Car elle est dans beaucoup de cas
Nécessaire en ménage.
On en met le bout
Dans plus d'un ragoût;
En potage, en salade,
Comme apéritif,
Comme digestif
On l'ordonne au malade.
Malgré tout, j'en mange parfois
Sans grande répugnance,
Mais chez moi c'est aux petits pois
Qu'elle a la préférence.
On la mange au jus,
Chez tous nos ventrus,
Au geste, à la voix aigre;
Ce plat d'entremets,
Chez les fins gourmets,
Ne se mange qu'au maigre.
— 30 —
Quoique sûr et souvent amer,
Ou le dit salutaire ;
Et ce légume toujours cher,
Le sexe, le préfère,
Soit par sa grosseur,
Soit par sa longueur,
Il a pour lui des charmes ;
Son goût sa fraîcheur,
Sa verte couleur,
En lui tout plait aux dames. Bis.
s-=g--§>-e
A ce légume délicat,
Je ne mets pas l'enchère.
G'esl surtout par son résultat
Qu'il ne saurait me plaire,
En toute saison
On le trouve bon
Chez soi comme-à l'auberge,
Et moi pour changer
J'aime mieux manger
Que de chanter 5'asperge. Bis,
OLIVIER PÈRE,
— 51
LA CAROTTE.
Air : Mon père était pot.
Le chou me pèse sur le coeur ,
La laitue est sans charmes ,
De l'ail je déteste l'odeur,
L'oignon me met en larmes ;
Cornichon proscrit,
Par les gens d'esprit,
Reste au fond de la hotte !...
Imprudent navet,
Je crains ton effet :
J'aime mieux la carotte.
Vive ce légume chéri
Et son joyeux emblème !...
— 32 —
Je sais bien que plus d'un mari
Ne pense pas de même...
Mais en vain son front
Veut parer l'affront
Que sa couleur dénote...
Souvent un blondin
Vient dans son jardin
Planter une carotte.
•S-fîf*
Je ne suis pas seul de mon goût :
11 domine en ménage... >
Et ma gouvernante surtout
Avec moi le partage :
Quand à peu de frais,
De légumes frais
Il lui faut une botte.
Son choix est certain,
Et toujours sa main
Tombe sur la carotte.
En se fiant sur la couleur,
Quelquefois on s'expose :
— 00—
Souvent une brillante fleur
Sent moins bon que la rose...
Vous, jeunes muguets,
Toujours aux aguets,
N'ayez pas la marotte
De faire des voeux
Pour ces blonds cheveux
Tenant de la carotte.
Il en est une dont l'état
Garde le monopole,
Et qui saisit notre odorat
De l'un à l'autre pôle...
On la prise fort,
Et l'on n'a pas tort,
Quoiqu'en dise Arislole...
Etes-vous menés
Par le bout du nez..?
C'est grâce à la carotte.
— 34 —
Gardez-vous d'un joli minois
Prodigue de caresses,
Dont l'oeil toujours en tapinois
Observe vos faiblesses :
Quel est son dessein,
Quand près de son sein
La belle vous dorlotte?
Ce lutin charmant
Veut à son amant
Tirer une carotte.
Mais gardez-vous bien plus encor
De celte ame cupide
Dont l'oeil toujours fixé sur l'or,
N'a que l'or pour tout guide...
Sur la peur d'autrui,
Fondant son appui,
Ce héros de bouillotte,
En ruses expert,
Vient au lapis vert
Exploiter la carotte.
— 35 —
Se mettre en routeest, nous dit-on,
La moitié du voyage;
Mais d'aller long-temps sur ce ton,
Je n'ai pas le courage :
Je crains qu'un holà !...
Ne dise: halte-là!,..
Enfin, je me débotte...
11 faut ménager,
Dans son potager,
Toujours une carotte.
VEISSIER DES COMBES.
— 36
LE NAVET.
Air : du Vaudeville dé Fànchon.
Bordet que viens-tu d'iiré?
On te condamn', sans rire,
A servir ton plat au banquet,
Puisque rsort te l'impose,
Allons ! mon vieux, train' ton boulet,
Pour aider à la chose.
Epluche le navet.
Mais j'tiens la casserôlle ;
Déjà 1' navet rissolle,
Il approche de sa cuisson;
J' vas 1' flanquer dans 1' potage,,
— 37 —
Peut-êlr", comm' ça sera-t-il bon?
J' suis heureux, tant j'enrage,
D' vous fair' boire un bouillon.
Grâce à la cuissinière
Quej' fréquentais naguère,
Au femps où j' portais le mousquet,
J'ai fait plus d'un' ribotte,
Qu' sans savoir le bourgeois payait ;
Etj' tirions maint' carotte
En même temps que l'navel.
Parfois je m'le rappelle,
Un certain jour la belle
Me dit, en raisonnant la d'ssus ;
Faut qu' ton navet soit ferme,
Long, d'un bel aspect, et de plus,
Qu'en pressant l'épiderme,
Il en sorte du jus.
— 58 —
L' navet, sujet aride,
Est toujours fade et vide.
Et qu'en sort-il souvent?... du vent!
Si d' ce triste légume
Vous aimez T parfum décevant ;
Moi j' préfère un gros rhume
Qui s'exhal' par devant.
Ma foi, je vous admire,
Lorsque je viens vous dire,
En face de pareils couplets ;
Pour de telles misères,
A vous voir là tous aux aguets,
Vous me faites l'effet, confrères,
De canards aux navels.
BORDET,
— 59
LE CHOU.
iir ; Dam' ma mère, esl-c' que j' sais ça.
Au lapin, je YOUS l'assure,
Je dois un peu ressembler,
Car j'aime la nourriture
Dont on le voit raffoler ;
Le légume qui le tente
Vaut pour moi l'or du Pérou,
Et, puisqu'il faut que je chante,
Je vais vous chanter le chou.
J'eus pour le chou, dès l'enfance,
De la vénération ;
— 40 —
Plus tard, la reconnaissance
Fit ma prédilection.
J'interrogeais à la ronde
Chacun, pour savoir par où
Et comment je vins au monde ?
C'est, me dit-on, sous un chou.
Il faut bien que je le dise,
Les choux ! je les aime tant
Que je crains par gourmandise,
Qu'on en dévaste le plant.
Avec ou sans métaphore,
Je déteste tous les fous ;
Et comme un fléau j'abhore
Ceux qui vont à travers choux.
Loin de nous la flatterie,
Et cette duplicité
Sacrifiant la patrie
A sa'propre utilité !
— 41 —
C'est risquer en politique,
D'aller se casser le cou,
Que d'adopter pour tactique :
« Sauvons la chèvre et le chou.
Aux soucis de la couronne
Préférant l'obscurité,
Un Empereur à Salone (1)
Trouva la sécurité.
Quand pourrai-je aussi vous dire ,
Je quille, suivant mes goûts,
Et le Collège et la Lyre,
Pour aller planter mes choux.
Je ne sais comment m'y prendre
Près d'une jeune beauté
(1) Dioclétien qui abdiqua pour aller à Salone
dont on Vantait les jardins par lui si bien cultivés.
_ 42 —
Dont l'air semble me défendre
La moindre témérité.
Mais soudain mon coeur s'enflamme
Ainsi que de l'amadou,
Lorsque j'entends une femme
M'appeler son petit chou.
D'une femme la présence
Excite en moi le désir;
Rien qu'en la voyant, je pense
A la coupe du plaisir.
Qu'elle soit ou blonde ou brune,
De Paris ou de Moscou ;
Du moment que c'en est une,
C'est, comme on dit, chou pour chou.
Que de gens du haut parage
Dont on vante les talents,