Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Chinki : histoire cochinchinoise, qui peut servir à d'autres pays ([Reprod.]) / [G.-F. Coyer]

De
88 pages
[s.n.] (Londres). 1768. 2 microfiches de 60 images ; 105 x 148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

C Ô G H I N C HI NOISE
Qui piuiftrvir à (fautrts paye.
.âLquè pâuperibus proden, locupletibus «que.
Horat.Epifl jt
A LONDRES,
M. DCC. LXV11U
A ij
CHI NKI.
HISTOIRE COCHINCHINOISË
CHAPITRE PREMIER.'
Comment Chinki fi trowoit Atufïux.
CHiNKi'vivoit en Cochinchine,<fcnf
Ta belle province dcPulocambi an
pied des riantes montagnes qu'un peu«
̃ pfe Agriculteur avoit fécondées toute,
coupées en terraffes, elles repréfentoient
de loin des pyramides immenfes divi*
ï#es en plusieurs étages qui femblo.ienp
s'élever au ciel. De ces hauteurs cou*
'̃̃•-
̃̃̃
• loient des fourccs abondantes qui vè-
noient arrofer les plaines & former des
rivières. Jamais le gouvernement n'a'voic
eu bc foin d'encourager l'Agriculture par
des- prix ni de la diriger à telle ou telle.
production. Jamais on n'y avoit propofé
ni nouvelle charrue, ni nouveau femoir.
La propriété la fureté la liberté le par-
la des terres à une infinité de petits
colons l'eflime accordée à l'Agricul-
turc cçinme au premier des Arts; avec
,ces moyens vraiment phyfiques tout prof-
pdroit parce que tout étoit dans l'ordre
de la Nature.
C'eft dans ce paradis têrreftre dans le
vallon de Kilam que Chinki cultivoit le
riz le mahis, le millet les patates la
canne à fucre le coco'nier le mûrier
l'oranger l'ananas & le cocotier d'où
'découlé un vin agréable. Il s écoit marié
entre vingt-cinq Ce trente ans x tems de
maturité où l'homme fe reproduit avec
plus d'avantage. Il avoit deux femmes qui
.'̃
A üj
lui avoient donne* douze enfans en fix
ans de mariage, & qui difputôicht fa ten-
drefle eh partageant festravaux.Scsenfjns
en fe jouant dans 'les filions, autour de la
chairue de la bêche & des troupeaux
apprenoient ddja à connoître la première
deftination de l'homme, & peut être fon
bonheur. Ses domeftiques ne fentôient la
fupériorité du maîrre, que par les biens
qu'ils en recevoient.
Rien ne manquoic la pîofpdritd de la
• famille. La terre rendoit cent pour cent.
L'habitation étoit commode. Les greniers
& les celliers toujours pleins, les trou-
peaux nombreux les vêtemens propres
quelquefois un peu de parure les délaf.
femens fe mêloienc au travail. Chinkt,à
la fin de chaque femaine donnoit une
fétc champêtre.où il alTembloitla Jeuneffe
'du voifinage. Sa deux épouses avec une
fante' fleurie des grâces naïves, l'humeur
enjouée fruit dè l'innocence de Tal-
fance appelloient les vrais plaifirs. Il,
¿toit lettré pour un homme de Con état..
6
Tous les Jours quand il quittoit fon tra-
vail il lifoit quelque livre d'Agriculture,
les loix (Impies ou l'hiftoire de ion
pays, & la morale de Confucius. Une de-
mandoit au Tyen (i) que la continuation
de fon bonheur.
CHAPITRE II.
Augmentation inatttndue du- Tribut.
VInt le jour de s'acquitter du Tribut
V public qui fe payoit en nature
ufage que la Cochinchine avoit re<;udo
la Chine pour éviter l'inégalité arbitrai-
re les vexations & les retardemens audî
nuifibles au fujet qu'au Prince. Le Man-
darin chargé de percevoir Ce pr<5fenta.
La récolte étoit fur le champ. Soyez le
bien venu, dit Chinki, prenez la trentième
partie des fruits de mon travail & qu4
le Royaume profperc toujours. V<Ais ne.
v (O^PiwduCwl.
̃ ̃
Aiv
(ayez donc pas reptit le Mandarin iquud
vcl Edit porte letribm à la vingtième
partie ? Je l'îgnorois répondit Chinai
mais fans douce que l'Etat a quelque nou-
veau befoin que' j'ignore aufli. Prennes
la vingtième partie jôcque le ciel bénijl'e
toujours le Prince.
Ce que Chinki avoit fou paonne étoit
vrai. On vouloit augmenter les forces de
terre 6c de rntr, former des établiffcmcns
pour de nouvelles branches de commer-
ce, élever des monumens publics dans la.
capitale & les autres grandes villes. Dans
les grands befoins les bons Rois ont en-
core plus de peine à demander 1 que let
fujets à donner.
;̃;̃ «̃̃̃̃ ̃ ̃'
C H A P T R E I 1 I.
^Moyens que Chinki met en u( âge pour ne'
L'Année fuivante comme l'augmen-
Ltarion du tribut ne AtyVifoit pas on
délibéra dans le Cônfeil Royal fur ce
qu'il y ayoit à faire. Des génies co.nfom-
'més dans la fcience des tributs étoiëne
arrivés du Mogol. Ils prôpoferent de lé-
ver le tribut en argent. Le Roi ne goû-
toit guères la propoficion. Le Mandarin
qui préfuloît aux finances y voyoit aufli.
du danger. Cependant à caufe des bc-
foins de l'Etat il fut dxfcidjî qu'on prou-
vpit effayer. L'effai fut long; le s terres
furent taxées arbitrairement; Ce ce ne fu-
sent plus dcs Mandarins qui furent pripo*
fés à la leve'e du tribut mais des merce-
naires plus habiles. Chinki avoit plus do
denrées que de, taels ( i ) dont il faifoit
il) Monnoyc qui vaut fols du Fiance.
>'̃ •̃; •̃
peud?cas;parce qu'il en a voit fort peu bez
foin. Il vendit à perte pour,ne pas s'expo-
fer perdre d,àvan:age par les pôurfuites
du recouyrjrrm n: &txn calculant, il trou-
va que ce nouveau fyftême lui ehlevoit
le quart du produit net de fon travail. Ses
femmes qui jufques l,à n'avoient fenti que
la gaieté, devenoïent triftes. ChalTez,leut
dit'il ces nuages qui obfeurciffent vos
traits. Il eft luftedefacrifler quelque ebo-
-fe de fon aifance aux befoins de l'Etat qui.
protège nos propriétés. Je vais remplir le
vuide qui s'y forme par le défrichement
d'un terrein qui promet peu à la vérité;
mais quand il ne me rendroit que cin-
quante ou quarante pour cent ce nou-
veau produit diminuera le poids du tri-
but. Il fe livra donc à toutes les avariées
du défrichement un grand nombre de
cultivateurs en fit autant; Ce l'on vit dans
l'étendue des Provinces de nouvelles proV\
Voyez dirent au Prince les PublU
caina du Mo^ol le bon effet de la nou-
•̃• Il 1
velle adminifiration. Vos fujett y ga-
gnent & il eft jufte' que ces nouvelles
productions rendent aufli quelque chofe
à votre uéfor.
taxées :mais comme il falloit prélevée
les avances la taxe Ce trouva plus forte
que les nouvelles valseurs. Chinki puni
par fon travail /abandonna cette moiffon
naiflfante, bien loin de penfer à d'autres
défricheme'ns & tous ceux qui calcule-:
lent' comme lui, fe dégoûtèrent aufli.
Ses époufes pour ne pas montre* leut.
humeur tomboient dans une mélancolie
lourde, que le mari par leur retenue
même fentoit encore plus vivement. Ce
fut bien pis lorfqu'ij fupprima cette tète
champêtre qu'il leur donnoit chaque fe-
inline qui entraînoit quelques dé pen-
fes. Elles laiffcrent échapper dej plaintes
pour la première fois.
il ..̃̃̃,
CHA PI T R E I. V.
Chinki obligé à retrancher toute aifancç,
LEs befoins de l'Etat fubfifloierit i&
la nouvelle forme de perce voir n'aug-
mentoit pas le tréfor public ;^arce que le
produit s'abforboit, en grande partie par,
les falaires des employés à la perception.
Les Publicains furent obliges de tems à
autre de creufer quelque nouvelle fource
d'argent, qui par del voies détournées >
minoient les terres; en foi te que dans la
révolution de huit ans Chinki fc vit ré-
duit à la moitié de fes Jouiflances.
avoit que fa famille qui, aug-
mençoit. 11 avoic alors vingt-quatre en-
fans dix-huit garçons
̃'• promettant beaucoup belle génération,
s'il avoit eu les moyens de la faire fubfif
ter. Il penfa aux retrancbemens qu'il pou-
voit faire fur l'aifance. Ses domeftiques
fc'eft-à-dire ,.les compagnons de fes tra-
vaux étoient nombreux. Amis,leur dit il»
tes champs que vous cultivez avec moi,
vous,do,nt»oient une vie auflï douce que
la mienne. Il faut fe conformer au Urm
cet excellent riz ce lait cette chair de
̃ ïnes troupeaux doot je vous nourrillois»
ce vin. de cocotier dont je, vous abreu-
vois je fuis force à convertir en taels la
plus grande partie de tout Qfla. Vous vi-
vrez de patates de mahis de canave
d'eau pure. Vous êtes un bon maître, lui
répondirent les dqmeftiques. Npus vous
aimons, nous foutiendrons cette. vie dure i
autant que nous le pourrons mais veut
(avez que la bonne fubfiftance cil la pre-
miere raifon de tous les, hommes.
Le maître (entât- trop la valeur de cette
iaifon mais il crut que les retranche-
ment qu'il alloit tenter fur. fes enfans
̃- adouciroi.ertt un peu la peine des domef-
tiques. Rien n'écoit fermé dans la maifon
la figue, l'orange., l'ananas cent autre»
fruiu délicieux auffi bien que les nourri
tiuesplus fubftantiejlcs, tout écôit à la dit-
ciétion de lafamilKe. Les enfans n'avoient
m ̃"
d'autre regle que leur appétit, fans con-
naître la parfimonie & les indigeftions.
fî put fur mis en reTerve tout fut compté,
Leurs vôtemens 6toie'nt propres, ôc un peu
recherchés ce qui plaifôit beaucoup aux
deux mères. Ils ne furent' plus vêtus que
de ldcoffe groflïere qui habilloit les do-
nieftiques. Le pere-, en faifant ces retran-
chemens, ne s'épargnoit pas lui-même j&
c'eft ce qui lui coûtoit le moins.
Les deux Mères, à Tafpeâ de toutes
ces piivations, menèrent Chinki fous le
berceau de verdure où il les avoit épou·
fées; e.lles y avoient fait porter leurs ro-
b-e \& les ornerpens qui convenoiènt ï
"A leiir fexe & à leur état Voici le lieu., lui
dirent- elles, .où vous avez, reçu notre
foi & où votre main nous a parée». Nos
beaux jours font paflfds. Reprenez tout
cela, 6c faites en de,6 taels puifqu'il faut
dépendre de ce métal. Nous fouffrirons
avec vous. Chinki fejrnt à pleurer.
Il étendit fon économie jufques fur la
génération. Jefuis père de vingt -quatre
i
enfantes, leur dit-il nops les élèveront;
comme nous pourrons je ne veux plus
faire de' malheureux. Vous oubliez donc»
répondirent- elles,les préceptesdé Confu-
cius^onc vous nous avez fait tant d'éloges,
N'at-il pas dit que la bénédiûion des
pères & des mères fera de voir beaucoup
d'enfar.s autour de leur table?. Oui;
mais il faut, avant tout, qu'il y ait quel-
que chofe fur cette table.
Au refie il tâchoit d'encourager les
«leux mères, les enfans & les domeftiques,
par l'égalité de fon humeur, par la dou-
.ceur de fes paroles, 6ç tous les fecours de
la morale. Mais le befoin n'a point d'o-,
̃̃*
C H A P I T RE V.
Origine âtt Stignturs territoriaux dans la
Cochinchine,
GE qui fe paitoit dans la maifon' de
Chinki te mulciplioit à-peu-près
dans toutes les familles des cultivateurs.
Il y eut des plaintes, des murmures, des
cris persans, qui retentirent jufqu'à la
Capitale Ce au pied du trône, Le Roi af-
fembla les Princes, les grands Manda.
rins ,& les Tlarnas-touès c'eftà-dife let
Officiers Généraux de L'Armée. Vont
cpnnoîflez, dit-il les befoins extraordi*
naires de l'Etat, ac mon amour pour mon
peuple. Je voudrois Tarifaire à tout fant
arracher des plaint«. Ces plaintes m'af-
fligent. Quels folles remedeir
On ouvrit différer» avis qui tombèrent
par la difcuffion. U* Tlamai touc# )
propofa le nen en ces termes: grand Roi
ce qui donne de iinfolenct à votre pe\h-
.1
p1e c'ert la propriété & la liberté. On n'a
point entendu dire que tes efclavés du
Tonquin & du Mogotofcnt fc plaindre,
fctabliflez dans vos Etats un Ordre de no-
bleUe héréditaire, qui comprendra les Sei-
gneurs de votre Courkle» Mandarins de
la Capitale & des Provinces, & tous les
Officiers de vos armées. Distribuez les
terres à cet Ordre éminent, à chacun Ce..
Ion fon rang fes fervices, & fon impor-
t,ance; & que le corps de la Nation fait
pour le travail, attende dans j'efclavagè la
fubfiftance te e qu'on voudra la lui laif-
fer. C'eû ainfi^u'en vous attachant le fore v
par des bienfaits vous tiendrez le foible
dans uncToumiffion éternelle ôc lé tribut,
quifqu'il foit fe payera par les mains de
la freconnoiffance.
Barbare, dit le Roi, oubliez-vous qua
je fuis le père commun de la grande fa-
mill,e Mot! jetter mes enfans dans l'ef-
clavage 1 Quelle gloire quelle fviifàc-
tiorf aurois-jc à commander à des efcUves f
Plut d'*ro» plus de feiences, plus de ta-
lensj
a
8
lens, plus de vertus. S'il faut donner au*
ci m pannes des Clefs en autorité que ce
foient drs images de ma bonté' 4c non det
Tyrans fulalumcs qui les aflerviflent.
l'n Seigneur dé la Cour faidflant cette
idée qu'il ence nfoit pfopofa de etéet
dans fliaquc canton d'une certaine e*ten«
iuc de* Seigneurs territoriaux j fort horv>
nétesfic fort doux,qui inftruiroiént les cul.
tivateurs du afin de fup*
primer leurs plaintes iquTau^oient des Of^
liciers de Juflice pour le bon ôrdte, 6l (pi\
U contenteroient de certains petits droite
utiles 6t honorifiques qui furent fp<5cirî(ft
dans un Editfolemnel. Ce* Seigneurs fort
honnêtes ai fort doux, «voient déja quel/
ques propriétés dans leuis cantons refpec-
tifs. Il les étendirentj par la raifon qu'une
rivière engloutit les niiflcbvx: ils éten-
dirent aufli leurs droit! utiles par le moyen
de leurs Officiers dé Juftice. MarioitnM
ils leurs filles t Ils exigoitAt un prêtent de
noces pour former une partie de la dot-
Avoient ? ils quelques terretru à remuée
dans leurs propriétés les cultivateurs leur
dévoient tant de journées annuellement..
Si un particulier vendoit un Héritage te
Seigneur prélevoir une portion du ptix ( i }:
•ne charge toujours fublirtante « c'etoit
ma centième de la récolte généiaie.
Quant aux droits honorifiques » c'étoit
de fe proAerner, quand il paflbic jde priée
le Ciel dans les Pagodes pour Ci confier-
vat ioo de brûler du benjoin devant lui
cooare fur l'aute! 6c d'autres obfett aacet
<•) U droit ejv'oa appdk co E«t«f« lodi il
v i9
V
Révolution dans les </d i<m Chinki
Chinki fe trouvoit place* ctam le Ro-
maine d'un grand Mandarin, qui fa
preffa d'élever un ChSccau fupc tbe an-
nonce par de belles avenues, décote dé
jardins délicieux de d'un parc fort étendu.
Il aroie, pour le fervir, plus de fainéané
qu'il n'en falloir pour cukiter un grané
terrein. La nouvelle confticution anfie^
noie de grands changemens dam les Idéej^
De toute ancienneté on arott cm dani
la Cochinckine que let animaux fauvage^
•pparteootenc au premier qui fait lei
dre.Chink) r^folut de s'en faite une re A
fburcei tbote à quV4 il rr*avok pas penfé
au temt de pfofpe*rUf Je chafterài die-*
certain jour que U ferre M de.
derà pas mon travail. Il t&ya) A il
AGir chie <Ttt^é che^r% Ouvfcge
<*awes de la terre lui enlevèrent avec fou
lire, en lui difant: téméraire! on te fait
grâce pour la premiere fois, de la punition
que tu mérites.
Le lendemain, comme il étoit dans fon
champ, il prit deux gazelles qui venoient
manger fon riz. Le fait vinc aux oreilles
du grand Mandarin. Il y avoit dans ce mo-
ment des nouvelles publiques fortintdref-
fantes; on ne parla que de celle-ci dans
tout le Château. La Juftice ,informa
Çhinki fut condamne* à une amende de
fo taejs. Il ne pouvoit pas comprendre
queue force d'injulHçc il y avoit à fc déli-
vrer d'un animal nuifibte, que le Seigneur
tuoit pour fou plaifir.
.AU bonne heure, dit,- il j la cha(Te eft
peufi-étre fa paflion dominante. Tournons-
pout du côté de la pêche. Je ne l'ai pas
eocore vu pêcher} ce puis il y a tant de
poisons dans nos rivières. Il tendit fes
heureux. Nouveau délit, nou-
leur côté 0 dirent
1 il
Biij 9
les: lc fe! nous met en dépenfc; il en
faut beaucoup pour nos beftiaux, La
Mer- nous touche eflayons d'en faire,
j&i.' Chinki nous louera. Elles partent i
fon infc.u, elles arrivent, elles remplif-
font quelques vafes de cette eau falée.Ua
.amener, au Juge. Heureusement pour les
pau\ rcs affligées un Tlamas tbùès qui paf.,
foit par là, dit à l'hommedur voila vingt
tacls, de vingt coups de bâton tout prêts:
vingt coups de bâton, entends-tu? fi tu
ne biffes en liberté ces bonnes femmes;
choifis. Il choiftt les taels. Ghinki appre-
nant cette malencontre,ne favoitdliiisil
pour roi t refpircr impunément l'air com-
mun à tous.
On «voit penfé de père en fils que l'A-
griculture étoit le plds noble de tous tes
métiers. Chinti voyait Venir au Château
des vetniffeur» des ouvriers en laque
en magots en qui étoient
bie n mis fort£BîraSc>^aqu; le Malt*
•• ii
dann aamcttoit queiquciois même a la
table. H doutoit s'il pouvoit encore fe pré-
fértr eux mais du moins il fe mettoit
au-dcffus des domcftiques du Seigneur,
Dans cette opiniori, il ne voùloit pas les^
falueravant d'enOtre prévenu. L'un d'eux
Jura qu'il lui apprendroit fon devoir &
la leçon fur un foufflet. Chinki paya am-
pie ment la lcçon avec un bâton qu'il te.
rioit à la main. Il fut arrêté jetté dans
une prifon & condamné au carcan. Je
ne fuis point l'agreffeur, s'écrioit- il peut-
être ai-je un peu excédé une juge veh-
mais quel cft l'homme qui Ce
poïïede alfex en recevant un fouflet? Enfin
l'infolent n'eft ni mort ni blelTé. Au
çàrçari! Sot, lui dit le Juge, ne crois pas
qu on te punific pour avoir frappé un vil
efclave qui ne vaut pas mieux que toi i
maïs c'eft pour avoir infulté la livrée d'un
grand Mandarin, Toutes ces idées le.con»
fondirent encore plus. Il n'entendoit pas
comment un hQiryptNtqéritoit moins <X4-
r:
r CH;a P I T R E V I h
'Çtànti déli6tre fur ce< qu'il fera de fil
-ET} harcelé fans ce (Te par le
1L> Seigneur territorial, baffouépar Ces
.«(cïavcs & par les ouvriers qui venoient
au Châfeau-, réduit à l'abfolu néceffaire
.c. ne trouvant plus dans fa famille, autte»
que le befoin fiç
ja ffifteïTc plaintive fut trop convaincu
cultivent. Il* jetta fes regards inT
quiets .fur les Arts non poyir lv>i;
il n'écoit plus tems: mais pour
fa malheureufe famille. Naru, le. plus
fagé de fes fils ayoit do.uze ans & Din(ta
U fille aînée quatorze. Il avoit ouï dire
queles Arts fit urifloierit dans la Capitale,
que tous les métiers y écoient en valeur}
parce que tout for de l'Etat s'y ac-
cumulé. Eâfeôivçment on n'en voyoit
*i
plus «dans les Provinces. Il prit donc la
route, de la- Ville Royale autrement
Duth-hiic avec fcs deux enfans pour les.
mettre eu apprentillage, comptan: bien y
placer les ancres a méfure qu'ils grandi»
roient. Il traverfa la riche Province de
Cachant, ccllc de Quanquia & arriva*
il fuc. extrêmement furprisde fe voir fouil-
ler aux barrières. Il Jura par le Jyen\ qu'il
n'avoir volé perfonhc fie que dans fa race
on avoit toujours donne à l'indigent, bien-
loin de volcr. Il avoir, dans fa poche, du
Bétel oh le lui enteve. Pour'.
quoi donc } dit-Il avez-vous peur qu'il
ne 'nuire àwa fant«5 Chacun en mâche
4c ic préfère celui de Cuzarate tout au-
ire. H n'y a pas de ipal à cela lui rdpondic-
on mais comme il eft prohibé vous en
ferez quitte pour clinquante taels.
'Chinkl, dépouilld de fon bétel, fi^ avec
̃^cinquante taels de of»o»os courut vingt
hôtelleries où l'on ne logeoit point de
J-abourcurs. Enfin par charité & pour
deu* tacls par joui ça le mit *vVç (t$
deux enfans dans un petit réduit ôbfcur
& nnal-faîn. Il Te Jbuvint d'avoir donné
cent fois une hofpitalite' honnête à des
voyageurs en les remerciant d'avoir pré*
féré fa maifon à toute autre. N'ayant la-
mais quitté le beau vallo*n de Kilam où
Il étoit né parce qu'il y trouvoit fon bon*
heur, il employa quelques jours à parcou-
rir .'la Ville, monde bien nouveau pout'
lui.
Le phyfiqueôc le moral, tout l'éeônhoit.
Des rabis magnifiques dans des rues étfoi*
té$ 6c dégoûtantes des lanternes qui rt'é-»
llaifoient. pas les nuits de toutes les fal-
fons une belle rivière & point de ton-1
raine» publiques de l'eau qu'on puifoit
au milieu des égouts pour la
paftie«4rer$ des marchés qui rtflTtfrtt-
bloient 4 des cloaques des boucherie»
qtii irifcâoient le centre de la Ville: des
hôpital?* où les corp^ les plus faint au-
de mort: dfr gran-
des places bien décorées où lVm voyoit
ptu de fitottde } ècàts ckitclouts terrés oit
'̃ 29
CHAPITRE V'ill.
Comment Chinki perd fa qualité de Co-
chine hmois chez, uq Tailleur.
S'il eft des tems ou une Naüon a trop
d'ignorance ôc de fottife il en eft
d'autres où elle a trop de lumières oc d'ef-
prit. Scus une longue fuite dé jrjgnes les
Arts & M<kters avoient été aufli libres
que l'air. L'ouvrier qui faifoit bien étoit
recompenfé par la mefure du Cataire ic
par'les éloge» du Public. Celui qui faifoit
de mauvais ouvrages étoit puni en n«
vendant pas. Depuis quelque, rems', pour
perfectionner les Arts, on les avoit en-
champs dans un cercle de réglemeris de
toute efpèce 6c de dépenfes bien oni*
reufes. Chinki ignoroit tout ceta ce re-
fléchiiïant feulemcnt fur les Métiers où
l'ouvrage ne manque jamais; il entra chea
un Tailleur.
Le Tailleur. ne travailloit pas ce jour-
là i parce qu'il devoit aller à un repas de
Maitrîfc. il étoit fqtt bien mis i & fa
Femme encore mieux, dans un apporte..
ment lldgamment meublé. Pardon lui
dit Cliinki tenant fon fils Naru par la main.
Je croiois m'adreffer à un Tailleur. Voût
6tcs peut-être un Seigneur Territorial.
S en ai habillé plut Sun, répondit le Tail-
le u r mais que voulez-vous de moi Veut
faire. Point du tout.
Vous donner cet etifant en apprentiffage.
hft'il étranger 1 Non apurement. Il y a
plus de huit filcles que de pere en fib
nous cultivons les mêmes champs dant
le vallon de Kilam le plus beau de la,
Cochinchine. Y en eût-il dix, reprit le
Tailleur il n'en Ceroic pas moins Itrtix*
ger Celon nos règlement i puisqu'il n'eft
pas né dans la Ville <fic je crois devoir
vous avettit que, quand il demandera la,
Maitrife, il fera fujec à des droits triples.
Comment, dit Chinki, il faut payer pout
faire ce que l'on fait & pour (t. rendre
utile Je ne veux point d'un Métier oui
l'on rançonne le fçavoir-faire & où Voh
traite d étranger un fujet du Roi. Mon
fils ne fera pas Tailleur.
10
C HA P ÏT R E..IX..
ne rimfftr à mtttrt
voulez le recevoir. £À-$/Jf/t it \Ui-
injt Oui dé Maie te laboureur roui
voyez (on père ̃ Bon homme nptk le
Boulanger apf*ene« 8 que votre 6lt »pi^t
fon apprenciffaf e fui il autfi
moi, ne fera à U MùtriCr no-
tant pau ftb de Manie Boulanger. Si da
fnoiot il <eoic fils de on
pourrait Kvanccr » tel et le règlement.
Je croioii dit Chinki qu'on lugeoit.
fouvrier par l'ouvrage i & non par la
naiflance. Le filt d'un Klrice-t-il
de l'habileté du pere f \jt mien ne fera
pas Boulanger.

CHAPITRE X.
Embarrat de Chnki faute d'entendre le»
s de la tangue.
lui dit Chinki que cet cnfanc en fcût faire
que de kl manger. Chargez-vous, de
l'inûruire pour le prix donc nous con·
Yi<ndroAJ.£/?//>V/ dé Maître 1. On
m'a âi)x fait, cette queftion; il n'a pas ce
bonheur Il. lA hiem efl-it
fis à Matin f Je ne vous entends pat Je
au faire entendre. Efi-il ne avant F ad»
Ni l'un ni l'autre puifque je fuis foa
père honore Laboureur. Tant pis pour
Vous 6ç pour lui repric le PatUfcr car
s'il Icoic du nioins fils à Maître quand il
fera quellton de le recevoir la Maic/ife
qi»oiqu'U pâyeroit le double d'un fils de
Maître» il payeroit cependant beaucoup
moins qu'un fujet qui n'a ci l'une il l'autre
il
je C*et qualités. J'étois perfuadé" dit
Cliinki que la feule qualité qu'on de-
ma"AÏoit à un PâjifTier cVtoit de. faire •
de Mon fils n'en k ra ni de bons,
ai Je mauvais. Adieu, vendez toujours bien
les vôtres.
CH A PITRE XI.
Chinkî obligé de convenir qu'on trouve AJtf-
jours plus malheureux qut Joi.
C'Etoit l'heure du diner. Chinkî en*
tra 'dans la première taverne. A la
table où il s'aflfit Croient deux ouvrier^
qui mangeoient d'un air trirte fans dire
mot ua Corroyeur tx. un Tanneur, Il
leur conta avec aventure*
de la matinée. Il m'eft arrivé bien pis
dit le Corroyeur quand j'ai demanda la
Maiuifô il y a fix mois. Je n'ctoit ni fijj
de Maître ni fils à Maître. Il he',me
feftoit qu'une refTource, celle d*époufer
une veuve ou une line de Maître; car
l'une £ l'autre félon les téglemens V ap
porte ne
H
;̃• c
forcent le Privilège de Maitrife. Je me
fuis'décermine' pour une veuve qui 'sa-
vifc a foixante ans d'être jaloufe. Je
n'ai de bons momens que quand je^fuis
<51ôi-gn<5 d'elle.' Voilà pourquoi je dine ici,
au lieu de manger chez moi à côté de
mon commerce.
Que n'ai -je votre veuve. reprit le
Tanneur plutôt que d'avoir époufd une
fille de Maître. 11 faut les prendre telles
qu'elles fe trouvent. Je lui paffe d'êtte
louche1 eVboiïue mais, je ne lui paffe pas
d'être acariâtre fie de vouloir exerce*
chez moi la Maicrife en toute façon»
Amis t leur c^t Chinki vous êtes en"
core plus à plaindre que moi qui ai deux
femmes dont je fuis fort content i & vous
m'éclairez fur l'efprit de vos réglélnens.
Je ne veux pour mon fils ni veuve de
foixante ans, ni fille louche botfueéc
acariâtre. Il ne fera ni Corroyeur, ni Tan-
heur. Je vais tenter fortune chc* un Cor.
donnier.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin