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COMMUNICATION
SUR
LE SIEUR DE RIEUX,
LIGUEUR,
ET SUR LA RÉHABILITATION DE SA MÉMOIRE
PAR HENRI IV,
PAR M. S. PRIOUX,
MEMBRE DE LA SOCIETE HISTORIQUE, ARCHEOLOGIQUE ET SCIENTIFIQUE DE SOISSONS.
Le sieur de Rieux, tour à tour capitaine et commandant de
Marie, de Pierrefonds et de Laon, faussement défiguré par la plu-
part des auteurs qui ont écrit sur la Ligue, nous apparaît sous une
physionomie bien différente d'après les documents inédits récem-
ment découverts aux archives de l'ambassade de France à Madrid.
Appuyé sur les chroniques contemporaines, nous allons, à l'aide
de ces documents, essayer de remettre en lumière.cet homme tout
à fait méconnu, qu'on a représenté jusqu'ici dans l'histoire comme
l'un de ces routiers ou chefs de bandes mal famés qui désolaient
les campagnes et pillaient sur les grands chemins.
S'il fallait en croire la Satire Ménippée et tous ceux qui l'ont
imitée, le capitaine de Rieux aurait été « un voleur, jadis petit
« commis aux vivres, qui était parvenu parmi les ligueurs à cause
« de sa bravoure1.» Palma Cayet, réformateur converti, semble
reproduire la même opinion, sans se donner la peine d'en véri-
fier l'exactitude, lorsqu'il dit, presque clans les mêmes termes, que
« Rieux devint si insolent pour avoir soutenu le siége de Pierre-
« fonds, et se mit à exécuter de telles cruautés sur les royaux,
« qu'étant pris quelque temps après par les royaux de Compiègne,
1 Voir la Satire Ménippée, t. II, p. 2 15.
1805
— 2
« ils le pendirent. Il était parvenu de peu, ajoute-t-il, n'étant
« au commencement de sa fortune qu'un petit commis aux vi-
« vres; mais il devint depuis capitaine de gens de cheval et re-
« douté 1.»
Pour rendre à ces deux autorités leur véritable caractère, il suffit
de faire remarquer que l'unique but de la Satire Ménippée était
de jeter le ridicule et l'odieux sur la Ligue, et que Palma Cayet,
en sa qualité de protestant converti, en même temps et comme son
élève Henri IV, avait peu de sympathie pour les ligueurs. Nous
ajouterons enfin que si l'historien politique et royaliste de Thou,
qui avait eu beaucoup à souffrir de leur part, ne les traite pas beau-
coup mieux, il n'y a rien non plus là qui doive nous surprendre.
Voe victis; malheur aux vaincus! est la loi de l'histoire comme
trop souvent aussi celle de la guerre.
Mais on a lieu de s'étonner que les historiens qui ont repris un
ou deux siècles plus tard le récit de ces événements n'aient pas
cherché à se rendre plus impartiaux et plus justes. M. Mouët de
La Forte-Maison est peut-être le seul qui, dans ses Antiquités de
Noyon, se contente d'appeler le sieur de Rieux un « soldat fort
« brave et industrieux.» L'historien du duché de Valois, Carlier,
reproduit, en les développant, les jugements, évidemment em-
preints de passion, de la Satire Ménippée et de Palma Cayet, que
les écrivains modernes, qui ont travaillé sur la Ligue, ont fidèle-
ment transcrits à leur tour. On peut donc dire que toutes ces au-
torités prétendues historiques, qui se répètent de siècle en siècle,
sans se confirmer pour cela, ne reposent, en principe, que sur
le témoignage d'un pamphlet, rédigé avec autant d'esprit que de
partialité. Il nous suffira, pour en faire justice, de reprendre le
récit des faits d'après les vrais chroniqueurs contemporains, comme
Jehan Vaultier de Senlis, et surtout d'après les documents que
nous avons recueillis, soit aux archives de l'Ambassade de France
et à celles de Saint-Louis des Français à Madrid, soit enfin aux
Archives impériales à Paris.
La noblesse de la maison de Rieux nous est attestée par la Sa-
1 Chronologie novenaire de Palma Cayet. Collection des mémoires de Michaud
et Poujoulat, p. 309.
tire Ménippée elle-même, qui le fait, malgré les restrictions des
annotateurs, représentant de la noblesse aux Etats de la Ligue. Ne
voyons-nous pas aussi Henri IV, qui nous le montre, dans l'acte
de réhabilitation, marié à Hélène de Sermoise, fille de l'une des
plus nobles familles de l'Ile-de-France? Quant à sa bravoure, le
premier et le plus éclatant témoignage que nous en avons est celui
du noble, de l'illustre ami de Henri IV. Sully, qu'on n'accusera
certainement pas de complaisance pour le capitaine Rieux, nous
dit dans ses Mémoires, au sujet du siége de Noyon, « qu'il ne
« s'est quasi point fait de siége où il se soit rendu tant de divers
« combats, et plus bravement exécutez qu'à celui de cette ville-là;
« nous vous raconterons en gros (laissant le détail à ceux qui s'y sont
« trouvez) que le sieur de Rieux; soldat fort brave et industrieux,
« qui estoit gouverneur de Pierrefonds, se jeta bravement clans
« Noyon avec cinquante chevaux et autant d'arquebusiers, et fut
« lui seul cause de la grande résistance que fit la place. Un nommé
« La Chanterie, mestre de camp, fit aussi dessein de s'y jeter avec
« son régiment; mais il fut taillé en pièces, et lui se sauva dans la
« ville, avec vingt-cinq des siens seulement 1. »
Les Mémoires de la Ligue nous le représentent ainsi à Noyon :
« Rieux, y lisons-nous, qui commandait pour la Ligue dans Pierre-
« fonds, qui est proche dudit Noyon, et dont il savait très-bien
« les avenues pour être du pays, entra en ladite ville avec cin-
« quante chevaux et autant d'arquebusiers qu'ils avaient en croupe.
« Ce secours encouragea les habitants, qui d'ailleurs étaient assez
« mal affectionnés 2. ......" Palma Cayet nous fait également con-
naître ce trait de bravoure avec quelques nouveaux détails qu'on
ne lira pas sans intérêt : « Le roi étant à Creil, avec son armée,
« dit-il, et apprenant par la noblesse de Picardie que la garnison
« de Noyon, que l'on avait l'intention d'attaquer, était très-faible,
« résolut d'assiéger cette place. Revenu à Compiègne, il se rendit,
« le lendemain 24 août, à Noyon, où était déjà le baron Biron.
« Mais il était difficile de l'investir, parce que cette ville est envi-
1 Mémoires des sages et royales oeconomies d'Estat, etc. t. I, p. 81.
2 Mémoires de la Ligue, t. IV, p. 617.
- 4 -
« ronnée de divers ruisseaux et d'une montagne couverte de
« vignes. Rieux, qui commandait dans Pierrefonds, sachant très-
« bien les avenues pour être du pays, y entra avec quarante che-
« vaux et autant d'arquebusiers qu'ils avaient en croupe. Ce secours
« encouragea les habitants et le sieur de Villers, qui y était gouver-
« neur1...... "
Enfin Mézerai assure que la ville était sur le point de se rendre
au roi, lorsque ce secours aussi hardi qu'inattendu lui vint du ca-
pitaine de Rieux.
« Les habitants de Noyon, dit-il, et le gouverneur, qui était
« M. de Villers, furent tellement étonnés de se voir investis, que
« dès le lendemain ils eussent capitulé si le capitaine Rieux, com-
« mandant de Pierrefonds, qui connaissait parfaitement toutes les
« avenues, ne s'y fût jeté avec quarante chevaux seulement et au-
« tant d'arquebusiers en croupe2.» Il fut assisté dans ce hardi
coup de main par un de ses parents, Henri de Saureulx, cha-
noine régulier de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons, qui avait
quitté son monastère en vertu d'une bulle pontificale de Sixte-
Quint , pour prendre les armes contre Henri IV.
Malgré l'intrépidité du capitaine de Rieux, la ville, divisée sans
doute par les factions, fut obligée de se rendre. Les articles de la
capitulation furent arrêtés le lundi 18 août de l'année suivante
1591. « De Rieux et quatre otages, dit M. Mouët de La Forte-Mai-
« son 3, y compris le doyen et le trésorier de la cathédrale, furent
« livrés à la discrétion du roi..... » De Thou rapporte aussi que
Rieux et quatre autres otages furent livrés à la discrétion du roi ;
mais, selon Legrain 4, Henri IV n'aurait pas voulu le recevoir, et
de Rieux, pour éviter sa vengeance, aurait été obligé de s'enfuir
la nuit sous un déguisement et de s'enfermer dans Pierrefonds.
« Restait encore en cette contrée-là 5, dit de Thou, le château de
1 Palma Cayet, Chronologie novenaire. Collection des mémoires Michaud et
Ponjoulat, p. 296.
2 Mézerai, t. III, p. 887.
3 Antiquités de Noyon, p. 119.
4 Décad.
1 De Thou, t. III.