Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Achetez pour : 0,99 €

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

COMITÉS CATHOLIQUES DU CHER
COMPTES-RENDUS ANALYTIQUES
DE
L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DES
COMITÉS CATHOLIQUES
DE FRANCE
(30-31 Mars, 1er, 2 & 3 Avril 1875)
I. — Allocution S. É. le card. Guibert.
II. — Discours '.... M. Chesnelong.
III. — Rapport sur la dépopulation de la
France Le R. P. Sambin.
IV. — Rapport sur la sanctification du di-
manche M. de Cissey.
V. — Rapport sur le Denier de St-Pierre. M. Keller.
BOURGES
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE E. PIGELET, 15, RUE JOYEUSE
1875
COMITÉS CATHOLIQUES DU CHER
MAI 187 5
INTRODUCTION
L'assemblée générale des comités catholiques de France
a tenu, en avril dernier, sa quatrième session.
Il nous a paru utile et opportun de faire connaître, par
des comptes-rendus sommaires, l'importance des travaux
de ce congrès, et les oeuvres multiples organisées dans un
grand nombre de localités ; puis ensuite, par la publication
in extenso de divers discours et rapports, de montrer l'es-
prit qui doit animer les comités, le but qu'ils se proposent
d'atteindre, et leur nécessité dans les temps difficiles que
nous traversons; « car le combat contre le mal est devenu
la condition de tous les chrétiens ", a dit excellemment Son
Éminence le cardinal Guibert.
Ce but est donc nettement défini; et nous comprenons
mieux, à cette heure, que défendre les oeuvres religieuses
menacées par des passions insensées, c'est les soutenir, les
étendre, les propager, en leur apportant tout notre
concours. Nous reconnaissons qu'en ralliant toutes les
bonnes volontés catholiques, et les groupant dans un
centre commun de défense et d'initiative, nous constatons
— 11 —
hardiment et avec foi que l'existence de ces oeuvres est
nécessaire à la vie d'une société qui veut demeurer
chrétienne.
C'est donc bien une oeuvre de régénération sociale que
nous nous proposons, et par elle nous nous déclarons les
défenseurs de la civilisation, qui repose sur la libre expan-
sion de l'esprit chrétien.
Nous n'admettons pas que les oeuvres catholiques soient
seulement des institutions pieuses, comme on le dit quel-
quefois; elles sont pour nous des institutions profondément
nécessaires à la vie de la société, parce qu'une société ne
peut être et prospérer, si Dieu et la religion n'y sont
pleinement respectés.
La vraie grandeur et la prospérité des nations sont le
fait du souffle religieux qui les anime, et se peuvent aisément
mesurer au respect qu'on y trouve pour la religion et ses
oeuvres.
Nous ne saurions mieux faire que de poursuivre avec
ardeur notre entreprise, mais quelques efforts sérieux ne
suffisent pas; il en faut de nombreux et multipliés.
Est-ce que d'ailleurs, dans un temps comme le nôtre,
tous ceux qui font profession de la foi catholique, ne doi-
vent pas se porter à la défense commune, s'accepter réci-
proquement, se grouper et s'unir pour faire tête à l'orage ?
Ce n'est pas seulement le zèle de notre salut personnel
qui doit nous soutenir, nous devons tous éprouver le zèle
du salut commun, l'amour de la maison de famille, de la
patrie sainte ; et dès lors tout ce qui fait partie de la maison,
tout ce qui peut être de la patrie, nous devons avoir à
coeur de le rassembler dans une même pensée de dévouement
à l'Église et à ses oeuvres !
Nous ne doutons pas que notre appel ne soit entendu.
COMPTES-RENDUS ANALYTIQUES
DE
L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DES
COMITÉS CATHOLIQUES
DE FRANCE
EN MARS 1875
Séance d'ouverture du mardi 30 mars 1875
La séance s'ouvre à huit heures précises par la prière.
Son Éminence le Cardinal-Archevêque préside, ayant à sa
droite Sa Grandeur Mgr Lequette, évêque d'Arras, M. Ches-
nelong, président du congrès, et M. Baudon; à sa gauche,
M. Combier, député de l'Ardèche, M. l'abbé Lagarde, vicaire
général, M. Bailloud, président du comité de Paris. Sur l'es-
trade nous remarquons M. le vicomte d'Aboville, M. Keller,
M. Aubry, M. le marquis de Montlaur, M. Paul Besson1. M. Pra-
dié, M. le colonel Caron, M. le vicomte de Bonald, députés.
Parmi l'assistance, outre les membres connus du comité de
Paris, les religieux de tous ordres, les Frères de la Doctrine
chrétienne, l'on voit également bon nombre de délégués de
la province, qui se pressent par centaines dans la vaste salle.
On ne pouvait prévoir un si grand concours ; il répond lar-
gement à nos espérances.
- 2 —
Avant tout autre travail, lecture est donnée d'une dépêche
adressée au Saint-Père par M. Cheshelong, au nom du con-
grès. Elle est ainsi conçue :
TRÈS-SAINT PÈRE,
Les membres du congrès catholique, réunis pour la qua-
trième fois à Paris en assemblée générale, ne peuvent com-
mencer leurs travaux sans se prosterner humblement aux
pieds de Votre Sainteté. Unis dans un commun amour pour
leur Père bien-aimé, dociles aux enseignements infaillibles
de la chaire de Pierre, ils vous prient, Très-Saint Père, de
daigner accorder à leurs oeuvres et à eux-mêmes votre béné-
diction apostolique.
Le Président du congrès,
CHESNELONG.
Cette lecture, accueillie aux cris de Vive Pie IX! est saluée
par des bravos et une double salve d'applaudissements.
M. BAILLOUD adresse ensuite à Son Eminence le Cardinal-
Archevêque de Paris les paroles de bienvenue que voici :
MONSEIGNEUR,
Avant de commencer les travaux de notre congrès, Votre
Eminence me permettra de lui offrir l'expression des voeux
sincères et des hommages respectueux de tous les membres
qui se sont empressés de se réunir ici, en présence de notre
vénéré Pasteur.
Pour la troisième fois, vous daignez honorer de votre pré-
sidence l'assemblée générale des catholiques qui se tient à
Paris, et vous nous apportez, avec vos conseils et vos exhor-
tations, la prudence qui dirige et le zèle qui vivifie.
Daignez, Monseigneur, recevoir, pour votre infatigable
bonté, nos humbles remercîments et ceux de tous les mem-
bres de cette assemblée.
Venus des divers points de la France, comme de votre ville
diocésaine, tous désirent s'éclairer sur les intérêts qui tou-
chent le plus l'Église notre mère, s'animer à les. défendre,
mais s'exciter, surtout, à bien accomplir les devoirs qu'elle
nous impose.
— 3 —
Une pensée, Monseigneur, doit principalement ressortir de
ces réunions, et j'ai confiance que vous la bénirez ; c'est une
pensée de concorde et d'affection mutuelle. N'ayant d'autre
mobile que l'amour de l'Église, d'autre objet que sa gloire;
étrangers aux passions politiques et, nous l'espérons aussi,
aux suggestions des pensées personnelles, nous trouvons
dans notre caractère de catholiques un gage précieux d'unité
et de bonne entente.
Car si, dans les détails et l'application des questions que
nous allons étudier, la liberté' la plus large et la plus vraie
nous est laissée, cette liberté, néanmoins, est contenue dans
de justes bornes par l'enseignement de l'Église et par la doc-
trine infaillible qui descend de la chaire de saint Pierre ; ne
voulant rien étudier qu'au divin flambeau de la Vérité éter-
nelle ; entendant ne jamais sortir du cercle de la doctrine
révélée, nous sommes sûrs par là de demeurer dans la paix,
dans la concorde mutuelle, et de mériter sans doute qu'on
nous applique cette belle parole que la sainte Église chantait
jeudi dernier : Ubi caritas et amor, Deus ibi est : Là où sont la
charité et l'amour, Dieu y est aussi.
Nous désirons. Monseigneur, que ces résolutions vous
soient agréables; et lorsque, à la fin de cette séance, vous
bénirez notre assemblée, nous prions Votre Éminence de
demander au bon Dieu, source de toute paix et de toute
charité, qu'il daigne répandre sur nos modestes travaux le
trésor de ses grâces inestimables. (Applaudissements.)
M. CHESNELONG prend ensuite la parole pour la lecture du
discours qui doit inaugurer les travaux du congrès en retra-
çant une fois de plus la pensée, les origines et la vie des
comités catholiques. Ce qu'ils ont à faire en ces temps mal-
heureux, ce qu'ils ont fait, ce qu'il leur reste à accomplir,
tel est sommairement le résumé de cet éloquent discours que
nous publions intégralement (1), et qui, à maintes reprises,
a provoqué les applaudissements énergiques de l'assemblée
(1) Voir ce discours à la suite des comptes-rendus.
— 4 —
tout entière. Ces applaudissements ont éclaté surtout quand
l'orateur nous a fait voir la grande figure de Pie IX, domi-
nant la tempête qui secoue le monde et montrant à tous
d'une main ferme le chemin droit qu'il nous faut suivre,
serrés autour de ce guide indomptable et nous inspirant
avant tout de ses courageux enseignements.
M. BAUDON prend ensuite la parole sur la grande question
de la liberté de l'enseignement supérieur.
L'an passé, dit-il, il semblait qu'on était près de la. con-
quérir. Le savant et lumineux rapport du Père Marquigny
avait élucidé la question pour les catholiques. Forts de leur
.droit et confiants en la vaillance des députés chargés de
soutenir leurs intérêts, ils devaient croire que l'on ne tarde-
rait pas à s'occuper de leurs légitimes revendications. Cet
espoir a été en partie trompé. Néanmoins, on a commencé la
discussion d'une loi sur ce point à la Chambre, et plus que
jamais, c'est le cas de se ceindre les reins pour la lutte, en
rappelant une fois encore ce qu'il est, en tout état de cause,
essentiel de réclamer. A ce sujet, M. Baudon rappelle et fait
applaudir énergiquement les vérités qui doivent présider en
cette matière à l'action des catholiques. Sans entrer dans le
détail des projets en discussion, il est certains principes géné-
raux, desquels ne saurait s'écarter une loi sérieusement des-
tinée à donner une vraie liberté. S'armant à ce propos des
aveux échappés dans la discussion aux adversaires des catho-
liques eux-mêmes, M. Baudon les appelle éloquemment en
témoignage, et c'est en citant M. Laboulaye, M. Paul Bert, etc.,
que l'orateur démontre la nécessité pour l'enseignement supé-
rieur de se relever du déclin où l'a jeté le monopole.
A ce propos, rencontrant sur son chemin une objection
que nous ont souvent faite les soi-disant libéraux qui ne
visent, en réalité, qu'à opprimer l'enseignement catholique,
M. Baudon la réfute avec vigueur en des termes que nous
ne saurions trop mettre en lumière et que nous citons tex-
tuellement.
« Mais, dit-on, vous ne voyez pas qu'en ayant à côté les uns
— 5 —
des autres des établissements divers, universités d'État, uni-
versités catholiques, universités protestantes ou autres, vous
élevez entre les diverses catégories d'étudiants des barrières
infranchissables? Notre société souffre, avant tout, de la divi-
sion des esprits, du morcellement des intelligences : au lieu
de faire faire aux systèmes qui se combattent des pas l'un
vers l'autre, vous les séparez, vous les fractionnez davantage
encore : mais il y a là un grave péril social, et il ne faut pas,
dans l'intérêt de notre patrie bien-aimée, entrer dans une voie
pareille, qui est une cause d'affaiblissement de plus.
« Il y a là, Messieurs, un sentiment noble et auquel je rends
hommage; mais sous ce sentiment se cache une dangereuse
erreur. En fait d'intérêts matériels, on peut se demander des
sacrifices, et il est sage d'en faire d'équitables, et même de
larges, dans l'espoir de travailler à la conciliation désirable
des esprits. Mais en fait de doctrines, de vérités de science,
il n'y a pas de concession possible, il n'y a pas de concilia-
tion ni de transaction. (Bravo! bravo)! Il y a telle doctrine
qui soutient que Dieu n'existe pas, que la matière est éter-
nelle, que l'âme n'est pas immortelle, et qui, bien entendu,
tire logiquement de ces prémisses d'importantes conséquences
en philosophie, en morale, en politique. En face de cette
doctrine, il y a l'enseignement de l'Église qui affirme qu'il
existe un Dieu créateur de la matière, que l'âme est immor-
telle; et qui déduit de cet enseignement des conséquences
tout opposées à celles de la doctrine adverse. C'est tout l'un
ou tout l'autre ; c'est le oui ou le non ; mais ce n'est pas l'un
et l'autre, le oui et le non : ou alors on tombe dans ce dou-
loureux scepticisme, qui est la plaie de bien des intelligences
modernes, dans cette identité des contraires qui, par un tour
de force merveilleux aspire à faire croire, sans en convaincre
jamais, surtout dans la pratique, que le oui et le non sont la
même chose, et qui laisse pour seul résultat de ce sophisme
le doute dans les esprits, l'hésitation dans les actes, et l'indé-
cision dans les volontés. (C'est vrai! c'est vrai!)
« Ce que je viens d'énoncer pour la philosophie se reproduit
dans toutes les autres sciences ; car partout les mêmes prin-
— 6 —
cipes produisent les mêmes conséquences. Et l'on voudrait
nous faire voir dans un tel résultat un idéal à atteindre et
non pas un mal à combattre ! On voudrait nous faire regar-
der comme un progrès cette incertitude des convictions, au
lieu de la considérer comme une décadence et une effroyable
cause d'affaissement! Non, Messieurs, vous aimez trop votre
pays pour admettre un pareil mélange du faux et du vrai,
et s'il y a un grand service à rendre à notre France bien-
aimée, c'est de donner à ses enfants des doctrines droites,
sûres, et de lui assurer une génération qui sache vivre pour
le bien, travailler pour l'honneur, se sacrifier pour la dignité
de son pays et mourir, s'il le faut, pour la vérité. (Applau-
dissements). Sur ce point, notre conviction est entière, et
nous ne doutons pas que ceux mêmes qui nous combattent, s'ils
veulent bien réfléchir impartialement en face de leur con-
science et de leur pays, ne nous rendent cette justice, qu'en
conservant à nos fils une foi généreuse, nous n'apportons
pas à la France la division et la guerre intestine, mais un
élément de force et de grandeur. (Très-bien! très-bien! —
Applaudissements.) »
En résumé, si l'on prétend donner la liberté aux catho-
liques, comme c'est leur droit et comme ils la réclament, il
faut qu'elle ne soit pas dérisoire, qu'elle permette d'élever
véritablement tout l'enfant et de le pousser à l'âge d'homme,
sans l'avoir un seul moment arraché à l'autorité qui l'ensei-
gne. Pour cela, trois conditions au moins sont indispen-
sables, et au nom de la commission de l'Enseignement supé-
rieur organisée dans le sein du congrès, M. Baudon les
formule comme il suit :
« 1° Possibilité d'organiser et d'assurer la propriété des éta-
blissements d'instruction supérieure aux catholiques dont
l'action commune aura permis de créer des facultés et uni-
versités libres.
« 2° Liberté des programmes, en se conformant à un cadre
général de matières indiqué par la loi.
« 3° Droit pour les facultés et universités libres de délivrer,
à leurs candidats, moyennant de sages et justes conditions,'
— 7 —
des diplômes, notamment celui de bachelier; ces diplômes
auraient une valeur égale à celle des diplômes actuellement
conférés par l'Université. »
Ces propositions sont mises aux voix par M. Chesnelong.
L'assemblée les acclame au milieu des plus vifs applaudis-
sements.
M. CHAMPEAUX lui succède, et reprenant cette question de
la liberté de l'enseignement supérieur, en attendant, dit-il,
que la loi nous donne ce que nous lui demandons, convient-
il de ne rien faire ? Il cite comme exemple ce qui a été tenté
dans la ville de Lille pour s'essayer à la lutte sur l'étroit
terrain qui nous est limité jusqu'ici. D'un accent chaleureux,
avec une émotion vibrante et communicative, dans un style
chaud comme son coeur, l'ardent journalier du bon Dieu,
selon le mot du P. Aymard qu'il rappelle et qu'on peut si
bien lui appliquer, nous initie aux débuts timides, au dé-
veloppement modeste, mais aussi à la fécondité belle déjà
de ces cours libres ouverts à Lille, pour préparer les voies à
la future université. Écoutons-le nous raconter le premier
jour de l'ouverture.
« Elle était bien pauvre et bien nue la chapelle de la future
université catholique du Nord, le 23 novembre 1874, jour où
l'on allait la bénir et y offrir, pour la première fois, le très-
saint sacrifice. Cependant, à sept heures, un évêque montait à
l'autel, celui qui, depuis bien des mois, nous soutenait de sa
protection et de ses conseils et qui maintenant, avec le pain
de sa parole, nous apportait le pain vivant descendu du Ciel.
Bienfaiteurs, administrateurs, professeurs et étudiants s'unirent,
clans le banquet eucharistique, au Dieu de toute lumière, et
un peu plus tard les cours commençaient. Depuis lors, la
messe spéciale des étudiants fut célébrée tous les mois et le
19 mars, jour de la fête de saint Joseph, nous nous sommes
retrouvés tous réunis au pied de l'autel. La chapelle ne s'était
guère enrichie, et si les épaules sacerdotales n'étaient plus
couvertes de vêtements d'emprunt, si des mains pieuses
avaient entouré le tabernacle des décorations que les cir-
— 8 —
constances exigeaient, le sanctuaire n'avait encore qu'une
statue, mais c'était celle du père nourricier de Jésus-Christ,
du protecteur de l'Église universelle; les murs n'avaient
qu'un tableau, mais il représentait la proclamation du dogme
de l'Infaillibilité pontificale (Bravos. — Applaudissements),
afin que maîtres et élèves se souviennent toujours que tout
enseignement, pour être conforme à la vérité, doit découler
de la doctrine dont les Papes ont été institués les gardiens et
dont ils sont à jamais les indéfectibles interprètes. (Très-bien!
très-bien! — Applaudissements répétés.) »
Voilà ce qui s'est fait à Lille. A Angers, M. Champeaux
rappelle aussi ce qu'a préparé Mgr Freppel, dont le congrès,
l'an dernier, acclamait si vivement le nom comme le gage
du succès pour la future université de l'Ouest. Bordeaux ne
reste pas non plus dans l'inaction et nous savons qu'à Aix et à
Marseille, les comités catholiques et la Société d'éducation
unissent leurs efforts pour faire refleurir l'antique université de
Provence. Qu'on ouvre seulement la carrière à ces généreux
efforts et que, surtout, on ne s'effraye pas de la grandeur
de l'entreprise. Ici, par un mouvement admirable, l'orateur,
s'adressant tout ensemble aux députés catholiques et à tous
les membres de ce grand parti de Dieu, s'est écrié :
« Loin de nous la pensée d'accuser nos législateurs!
Obligés de pourvoir, à travers mille difficultés, à la constitution
politique du présent, ils n'ont pu songer, autant qu'ils l'au-
raient voulu, aux grandes choses qui sont la constitution de
l'avenir. Mais nous avons confiance en leur foi chrétienne et
dans leur amour de la patrie ; nous espérons fermement que
ces hommes qui ont fait la loi sur l'aumônerie militaire, un
de leurs plus beaux titres à la reconnaissance du pays, qui
ont unanimement reconnu le principe de la liberté de l'en-
seignement supérieur, ne se sépareront pas sans avoir rendu
complétement à l'Église la liberté d'instruire les générations
dont les âmes lui appartiennent. Ils le feront, non pas en
différant jusqu'à la dernière heure, comme on recule une
échéance difficile ou une besogne sans attraits; mais dès les
premiers jours de la session prochaine, et ce sera, n'est-ce
— 9 —
pas, Messieurs, leur éternel honneur, en même temps que le
plus durable et le plus fécond de leurs actes! (Applaudisse-
ments.)
« Et maintenant, Messieurs, sommes-nous prêts? Et si,
comme nous devons l'espérer, le mois consacré à la reine du
ciel, qui est aussi la reine de la France, voit promulguer la
loi que nous attendons, pourrons-nous bientôt en profiter?
« Messieurs, répondons avec la conviction de gens qui tra-
vaillent pour les intérêts de. Dieu et qui comptent sur son
assistance : Oui nous serons prêts. (Bravos et applaudissements
prolongés.) Sans doute, nous ne réaliserons pas de suite cet
ensemble complet dont l'idéal se présente à nos yeux comme
la restauration de nos grandes écoles du moyen-âge, enrichies
de tous les progrès que la bonté divine laisse faire chaque .
jour à la science humaine. Nous n'aurons pas immédiatement
ce studium generale qui, dans nos vieilles universités catho-
liques, était, en même temps que le foyer de toutes les con-
naissances, le rendez-vous de la jeunesse de tous les peuples.
Nous bâtissons par assises successives l'édifice de régénéra-
tion dont les fondements sont jetés en plus d'un endroit;
mais ce que nous élèverons sera certainement assez, solide
pour motiver son existence légale, assez grand dans la foi
pour rassurer toutes les âmes, assez fort pour abriter les
jeunes générations! »
Les applaudissements éclataient nourris et pressés. Ils ont
redoublé quand l'orateur a dit en terminant :
« Nous sommes profondément convaincus que toute uni-
versité catholique, sous peine de ne pas vivre ou de n'avoir
tôt ou tard qu'une existence amoindrie dans la considéra-
tion des hommes et sans honneur devant Dieu, doit établir,
en tètes de ses facultés, celle de théologie dominant, tous les
autres, leur infusant sa doctrine et maintenant leur enseigne-
ment dans cette pureté de principes que la vigilance de la foi
peut seule sauvegarder. (Très-bien! très-bien!).
« Il faut qu'au contact de cette faculté maîtresse, tout
s'élève, grandisse et s'harmonise avec les révélations divines;
il faut qu'à toute heure elle puisse dire à ceux qui l'en-
— 10 —
tourent : « Marchez dans la lumière que l'Église catholique,
« apostolique et romaine, porte devant vos pas! La vérité
« n'est ni à droite, ni à gauche, ni avec Descartes, criant à
« Gassendi : O chair! ni avec Gassendi, qui lui répond d'une
« voix railleuse : O idée! Elle est avec le Verbe fait chair et,
« jusqu'à la fin des siècles, elle découlera de ce Verbe divin
« par les lèvres de son infaillible Pontife ! » (Applaudisse-
ments.)
« Oh! alors, Messieurs, quand la génération nouvelle aura
été ainsi formée, nous verrons commencer la rénovation qui,
seule, peut nous sauver ; nous verrons les nouveaux venus
dans la lutte, hommes du sanctuaire ou de la place publique,
prendre corps à corps la société moderne avec la science
dont elle se glorifie et, après l'avoir terrassée dans ce nou-
veau combat de Jacob et de l'Ange, la relever convaincue
pour la mettre à genoux devant Dieu! (Sensation. — Très-
bien ! très-bien! — Applaudissements prolongés.)
« Sont-ce là, Messieurs, des assertions téméraires et des
espérances vaines? et ce cri de mon coeur, qui est aussi celui
des vôtres, restera-t-il sans écho? Dieu seul a dans sa main
le secret de l'avenir; mais nous savons qu'il a fait les nations
guérissables et, pas plus que nous n'avons le droit de dou-
ter de sa miséricorde, nous n'avons le droit de désespérer
de la France. Nous éprouvons certainement, à l'heure où nous
sommes, d'indicibles tristesses ; mais nous avons aussi sous
les yeux de bien consolants spectacles.
« Le pays, dont les ministres servent, à côté des princes
de l'Église, les vieillards et les infirmes dans les asiles des
Petites-Soeurs des Pauvres; le pays qui voit en ce moment
surgir de tous les points de son territoire des oeuvres
catholiques ouvrières rangées sous la victorieuse bannière
de Constantin; le pays enfin qui, dans quelques jours, recon-
naîtra solennellement à l'Église de Jésus-Christ le droit
d'enseigner ses enfants ; ce pays-là, Messieurs, n'est pas près
de périr! Et d'ailleurs, si notre confiance faiblissait, nous
n'aurions qu'à tourner nos regards vers celui dont le Père
Lacordaire a dit qu'il est non-seulement infaillible dans tout
— 11 -
ce qui concerne la foi et les moeurs, mais qu'il a même des
pressentiments divins;le bien-aimé Pontife Pie IX a le con-'
tinuel pressentiment du relèvement de la France, et il compte
toujours sur elle comme sur la fille aînée de l'Église. (Très-
bien! très-bien! — Bravos et applaudissements.) »
Son Éminence le cardinal GUIBERT s'est levé ; invoquant
les fatigues de la semaine sainte, il s'est excusé de n'ajouter
que quelques mots avant la fin de la première séance.
Nous sommes heureux de publier le texte complet de cette
allocution recueillie par la sténographie' ; elle renferme, sous
la forme d'un entretien simple et familier, d'importants
enseignements et d'utiles conseils —On remarquera, au sujet
de la presse, un passage très-actuel et d'une facile application.
Séance du 31 mars 1875
L'affluence est, s'il est possible, plus nombreuse encore
qu'hier. Mgr Place, archevêque de Pékin, préside, ayant à sa
droite MM. Chesnelong et Baudon, à sa gauche MM. Combier
et Pradié. Après la prière, M. Chesnelong donne lecture d'une
lettre de M. le comte de Champagny, membre de l'Académie
française, qui s'excuse de ne pouvoir assister à la réunion.
M. DE BENTQUE a la parole pour la lecture d'un rapport sur
l'OEuvre de l'Adoration nocturne. Il en retrace l'origine, en
marque l'esprit, en signale les progrès. Elle est le complé-
ment nécessaire de l'OEuvre de l'Adoration perpétuelle de
jour, et doit exciter le zèle particulier des comités catholiques
qui comprennent qu'en nos temps surtout, on doit répondre
par des actes d'adoration plus nombreux et, si l'on peut ainsi
dire, plus continus, aux outrages dont l'impiété ne cesse de
poursuivre le Très-Saint Sacrement. Des résolutions formulées
en ce sens sont vivement applaudies par tous les membres de
l'assemblée.
1 Voir cette allocution à la suite des comptes-rendus.
— 12 —
M. LE MARQUIS DE MONTLAUR, député du Gers, présente sur la
question du repos dominical un rapport substantiel et nourri
de faits, où l'orateur, après avoir éloquemment exposé le devoir,
au point de vue moral, et les nécessités, au point de vue ma-
tériel, d'accorder à l'ouvrier le jour de repos fixé par Dieu,
fait connaître les phases diverses par lesquelles a passé la
question avant de venir à l'Assemblée nationale, sur la pro-
position de M. le baron Chaurand. M. le marquis de Montlaur
rappelle les déclarations formelles faites publiquement à cette
occasion par les ministres de la Guerre, du Commerce, des
Travaux publics. Il s'en autorise pour demander que ces décla-
rations ne soient pas lettre morte, et en ce qui concerne les che-
mins de fer particulièrement, qu'on arrive à supprimer les
trains marchands de petite vitesse, afin de donner aux 130,000
employés des compagnies le loisir de remplir les devoirs reli-
gieux, les devoirs de famille auxquels on les arrache violem-
ment. Ces résolutions sont acclamées.
M. ÉMILE CARON, député d'Ille-et-Vilaine, entretient ensuite
l'assistance de la loi sur l'aumônerie, dont ses efforts persévé-
rants n'ont pas peu contribué à doter enfin le pays. Lui-mê-
me paraît n'en rien savoir, et son humilité fait qu'à l'enten-
dre on n'en saurait rien, si le président du congrès, M.Ches-
nelong, ne rappelait tout ce qu'on doit, en cette grave ques-
tion, à l'initiative courageuse, au zèle constant, à la persévé
rance indomptable du vaillant député. Aussi les catholiques
présents lui prouvent-ils leur reconnaissance par de vigou-
reux applaudissements.
Depuis trop longtemps, dit excellemment l'orateur, nous
avions perdu toute notion exacte d'obéissance, d'hiérarchie,
de discipline, de respect. Maintenant que la religion a pris
droit de cité dans l'armée, nous devons espérer que ces senti-
ments vont partout refleurir, nous refaisant une France vrai-
ment forte. Mais, pour assurer ce succès à la loi du 20 mai
1871, il faut aider les aumôniers, et faire pour les cercles mi-
litaires ce qui a été si bien fait par les vaillants fondateurs
des cercles ouvriers. Des bravos unanimes répondant à ce
— 13 —
voeu de l'orateur, lui prouvent que, dans les membres des co-
mités catholiques, les aumôniers ne manqueront pas de trou-
ver les secours qu'il réclame pour eux.
M. LE COMTE DE MELUN lui succède. Avec la compétence que
chacun lui reconnaît, il parle du travail des enfants dans les
manufactures, de ce qui a été fait par la Chambre pour remé-
dier autant que possible au mal que produit ce travail et des
améliorations obtenues sur ce point par la nouvelle loi. Pour
assurer tout le succès de cette législation nouvelle, M. le comte
de Melun recommande vivement aux membres des comités
catholiques de porter leur attention sur ce point. Et ils le
pourront mieux faire, s'ils entrent dans les commissions de sur-
veillance que la loi elle-même a voulu établir pour en assurer
l'exécution. Ces conclusions sont vivement applaudies.
M. AUBRY, député des Vosges, lit un rapport sur le travail des
femmes dans les manufactures, vrai chef-d'oeuvre de clarté, de
force et d'éloquence chrétienne, qui soulève à plusieurs re-
prises les applaudissements unanimes de l'assemblée. La ques-
tion du rôle de la femme dans la famille et dans l'économie
domestique, du concours qu'elle apporte au travail agricole,
de la condition que lui fait le travail industriel, y est traitée
avec une science, une compétence pratique, une hauteur de
vues dont nous essayerions vainement de faire un suffisant
éloge.
Nous n'essaierons pas davantage de résumer cette grande
étude. Elle est de celles qui méritent d'être connues en leur en-
tier avec les conclusions que l'orateur a proposé de renvoyer
au ministre de l'Agriculture et du Commerce et que l'assis-
tance a saluées de ses bravos redoublés.
LE R. P. MARQUIGNY donne lecture du rapport fait au nom
de la commission de la Presse. Sur la première question de son
programme ainsi conçue : « Enseignement du Syllabus par rap-
« port à la presse. — Dans la pratique, quels sont, à ce point de
« vue, les devoirs de la presse, des catholiques et des pouvoirs
— 14 —
publics, » Cette question si importante a été traitée parle savant
rapporteur, avec le même talent, la même force, la même au-
torité qu'on avait justement signalés l'année dernière dans
son mémorable rapport sur la liberté de l'enseignement.
Ajoutons qu'il n'a pas obtenu un moindre succès.
De toutes parts les applaudissements se sont fait entendre,
quand l'orateur, après avoir exposé nettement, sans réticence
aucune, toute la doctrine du Syllabus, s'est écrié qu'aujour-
d'hui ce grand acte de Pie IX devait être la règle de tous les
catholiques et que, pour tous, la première chose à faire était
de répudier les doctrines qu'il condamne, et, dans la vie pu-
blique comme dans la vie privée, de conformer leurs actes à
cet infaillible enseignement.
Là-dessus trop de catholiques, comme l'a fait remarquer
l'orateur, ont encore à apprendre ce que dit le Syllabus, pour
qu'il ne soit pas nécessaire de reproduire complétement un
travail qui, par sa précision même, échappe à l'analyse. Nous
nous bornons à donner le texte des conclusions.
RÉSOLUTIONS:
1. Nos sentiments sur la valeur intrinsèque des libertés mo-
dernes sont pleinement d'accord avec les déclarations de l'En-
cyclique de 1864 et du Syllabus. Et en particulier, pour ce qui
est de la presse, nous pensons que la liberté également laissée
à l'erreur et à la vérité, au mal et au bien, constitue un régime
funeste à la liberté religieuse et à la société civile.
2. Sans déroger aux principes et en nous prémunissant
contre les illusions libérales, nous continuerons à nous ser-
vir résolûment de tous les moyens de droit commun, et notam-
ment de la presse, pour défendre les droits de Dieu, les droits,
de l'Église et nos propres droits. Puisque le combat est néces-
saire, nous le soutiendrons vaillamment, avec la bénédiction du
Vicaire de Jésus-Christ, sur le terrain où il est engagé et par
l'emploi légitime des armes dont il est fait usage contre
nous:
3. Le principal devoir des publicistes catholiques est aujour-
- 15 -
d'hui de restaurer dans les idées le droit public chrétien, et la
presse à pour mission essentielle d'être l'écho des infaillibles
enseignements du Saint-Siége dans toutes leurs applications
à la vie sociale.
4. Conformément à la doctrine définie par l'Église, nous
professons que les pouvoirs publics, qui sont les ministres de
Dieu pour le bien, ont des devoirs envers la vérité, et nous
ne laisserions point sans protestation appliquer la théorie per-
nicieuse de la liberté en tout et pour tous, spécialement dans
la prochaine loi sur la presse.
5. Comme l'efficacité de l'action catholique exige l'accord de
tous dans l'unité des mêmes principes et du même but,
les membres des comités catholiques s'engagent à ne favori-
ser d'aucune façon les journaux qui manifestent des tendan-
ces contraires à la direction doctrinale du Chef de l'Église.
(De nouveaux applaudissements accueillent cette lecture.)
M. LE COMTE DE MADRE succède au P. Marquigny. En quelques
mots chaleureux, il fait ressortir l'importance de l'OEuvre des Biblio-
thèques pour l'armée. Aujourd'hui que toutes les oeuvres qui s'en
occupent sont fondues ensemble, qu'elles rencontrent généra-
lement dans les autorités militaires une bienveillance dont on*
doit témoigner, les catholiques ont le devoir d'y concourir avec
un plus grand zèle, et M. de Madre, qui donne si noblement
l'exemple de ce dévouement qu'il prêche, ne saurait manquer
d'être entendu.
MGR L'ARCHEVÊQUE DE PÉKIN clôt la séance par une simple et
émouvante allocution. Il a été frappé, dit-il, par le grand
spectacle que lui donne cette réunion où la vérité catholique
est si hautement, si nettement professée. Il en est consolé, car
d'autre part il ne doit pas dissimuler que, revenant en France
pour la seconde fois depuis trente ans, il a été douloureusement
affecté des ravages produits par l'erreur sous toutes ses formes
et qu'il a dû constaster. Il y a donc de grandes plaies. Les
comités catholiques jugent avec raison qu'il y faut appliquer
les grands remèdes. Qu'ils en soient bénis !
— 16 —
Du reste, dit Monseigneur, ce n'est pas autrement que nous
agissons en Chine, et je puis vous citer l'exemple récent d'un
lettré qui, s'étant instruit de la religion catholique, demanda
le baptême. On lui demanda s'il savait que l'assistance à la
messe le dimanche est indispensable et ce qu'il pensait faire.
Comme il répondit que son emploi ne lui permettrait pas d'y
assister. Eh bien ! a dû répondre le missionnaire, si vous ne
pouvez faire ce sacrifice à Dieu, nous ne pouvons non plus
vous donner le baptême. Cette fermeté, poursuit Monseigneur,
ne semble pas déplaire au bon Dieu, car ses bénédictions pleu-
vent véritablement sur nos missions de Chine, où nous comp-
tons maintenant 29 évêques, 300 prêtres européens et 600
prêtres indigènes. Peu à peu la communauté chrétienne prend
droit de cité. Sans doute, vous entendrez parler encore de per-
sécution ; peut-être même aurons-nous encore des mar-
tyrs; néanmoins, la persécution présente diffère de l'an-
cienne en trois points. Elle est surtout locale; elle est
de courte durée ; le résultat final en est toujours bon. Aussi
ai-je la ferme conviction que nous sommes en Chine comme
était l'Église universelle trente ou quarante ans avant Con-
stantin.
Le mouvement catholique s'étend, son flot monte, il finira
par renverser tous les obstacles et se répandre partout. En
attendant nous supplions les catholiques de nous aider par
leurs prières et leurs aumônes. Ils ne feront ainsi qu'acquitter
une dette de reconnaissance, car, sans nul doute, Messieurs,
vous serez heureux d'apprendre que, depuis 1870, 300,000
chrétiens chinois font chaque jour une prière spéciale pour la
France, afin que cessent nos épreuves et nos calamités.
Des applaudissemnets redoublés accueillent cette nouvelle.
Avec une émotion qu'il ne cherche pas à contenir, Monsei-
gneur reprend et demande en retour pour la Chine l'appui des
catholiques et de la France dont le protectorat est toujours
puissant là-bas. Qu'on maintienne les traités, sans explication
d'aucune sorte, et surtout qu'on ne porte pas atteinte aux
droits qu'ils reconnaissent, comme on menace de le faire sans
couleur d'améliorer une situation qui deviendrait pire. D'un
— 17 —
bout à l'autre du monde soyons unis, ayons Dieu pour père,
mais pour cela ayons l'Église pour mère, et ainsi ceux qui ha-
bitent sous les tentes de Sem et de Cham deviendront vrai-
ment les frères de ceux qui résident sous les pavillons de
Japhet.
De nouveaux applaudissements répondent à ces voeux. Mon-
seigneur termine en donnant à l'assemblée sa bénédiction épis-
copale, et l'on se sépare à dix heures et demie, encore tout au
charme de cette réunion, destinée à porter tant de fruits.
Séance du jeudi 1er avril 1875
La séance est ouverte à huit heures, sous la présidence de
Mgr Gaume. Sur l'estrade, outre les députés nommés dans le
compte-rendu de la première séance, nous remarquons M. le
général Robert et M. de Kéridec.
M. CHESNELONG prend la parole pour annoncer qu'il a reçu
de S. Em. le Cardinal Antonelli la réponse à la demande trans-
mise au Saint-Père par le président du congrès. Cette réponse
est ainsi conçue :
« Le Saint-Père, ayant lu avec une vive satisfaction votre
télégramme, accorde de tout son coeur aux membres du con-
grès catholique, réunis pour la quatrième fois à Paris, et à
leurs oeuvres, la bénédiction demandée.
« J., CARDINAL ANTONELLI. »
Cette lettre est accueillie aux cris répétés de : « Vive Pie IX ! »
et par des applaudissements redoublés.
M. LE COMTE DE LA TOUR DU PIN prend ensuite la parole
pour la lecture d'un rapport sur l'OEuvre admirable des Cer-
cles catholiques d'ouvriers. Il entre à ce sujet dans des détails
qui la font mieux connaître et, s'il est possible, aimer davan-
tage. Aussi c'est par de vigoureux applaudissements que l'as-
semblée tout entière accueille les résolutions en faveur des
cercles, proposées par le vaillant officier.
— 18 —
LE R. P. GERMER-DURAND présente sur l'imagerie religieuse,
au nom de la commission de l'Art chrétien, un rapport où,
après avoir protesté vivement au nom de la liturgie, de la
vraie mystique et du bon goût, contre les productions qui
déshonorent la religion et l'art chrétien, il signale ce qu'il y
aurait à faire pour arrêter cette invasion, non moins que le
débordement d'autres productions tout aussi mauvaises au
point de vue du goût et qui, de plus, sont répandues dans le
dessein d'enseigner la morale sans Dieu. Dans ce but, il expose
tout ce qu'à fait déjà la commission, ce qu'elle se propose de
faire, encore, et demande que, dans cette oeuvre, elle soit aidée
par le concours de tous les membres des comités catholiques. '
Ce voeu est chaleureusement adopté.
LE R. P. DELAPORTE, au nom de l'OEuvre du Voeu national
et pour le compte de M. Legentil, donne lecture d'un rapport
sur la situation de l'OEuvre, établie comme on le sait pour
la délivrance du Souverain-Pontife et le salut de la France.
Nous n'insisterons pas sur les détails qui nous montrent, avec
l'état présent des ressources, les chiffres auxquels il faut
atteindre. C'est à la générosité catholique d'y pourvoir et nous
savons qu'elle ne fera pas défaut.
Mais ce qui a particulièrement frappé l'assistance, ce qui a
le plus excité son émotion, c'est l'annonce que, parmi les
chapelles particulières, concédées à la dévotion de certains
groupes de catholiques, figurait une chapelle destinée par les
députés catholiques à donner témoignage de leur foi. Plus
de cent d'entre eux ont adressé à Son Éminence, avec leur
offrande, une supplique dans ce but, afin d'appeler ainsi la
bénédiction spéciale du Sacré-Coeur sur l'Assemblée actuelle
et sur celles qui viendront, pour que leurs travaux soient
toujours consacrés à la véritable restauration de la France.
M. BOURNISIEN, dans un spirituel rapport, nous entretient
ensuite des pèlerinages. Il rappelle le grand mouvement par
lequel se sont signalés les catholiques dans les années précé-
dentes. Cette année jubilaire doit nous inviter à dépasser
— 19 —
encore et de beaucoup ce qui a été fait. Déjà les processions
du Jubilé étonnent Paris et réhabilitent nos rues. Nous ferons
aussi le pèlerinage de Rome. Mais nous aurons bientôt une
occasion unique de manifester aux yeux du monde entier
toute la vigueur de notre foi, en assistant à la pose de la
première pierre du sanctuaire d'expiation, que les hauteurs de
Montmartre vont porter vers le Ciel comme une intercession
perpétuelle de la terre.
Puis, le rapporteur propose l'adoption des quatre voeux
suivants :
« Premier voeu. — Faire les plus grands efforts pour aller soi-
même à Rome ou pour provoquer des départs de pèlerins
pour la Ville éternelle.
« Deuxième voeu. — Choisir spécialement cette année, pour
but de pèlerinages, les sanctuaires favorisés de miracles du
Saint-Sacrement, sans oublier la pieuse coutume des années
précédentes d'aller à Paray-le-Monial.
« Troisième voeu.—Promouvoir detous nos efforts la grande
manifestation du 29 juin à Paris.
« Quatrième voeu.—Nous trouver à Lourdes le 15 août et
clore nos pieuses excursions de 1875 au tombeau de saint
Martin, patron de la France, le 11 novembre. (Applaudisse-
ments prolongés.) »
M. CHESNELONG prend aussitôt la parole pour promettre, en
son nom et au nom de ses collègues, de ne pas manquer, le
29 juin, au rendez-vous que rappelle le rapporteur. Cette
déclaration est saluée par de nouveaux applaudissements.
M. CAVROIS donne ensuite lecture d'un rapport sur les tra-
vaux des comités catholiques du Nord.
On sait déjà tout ce qu'a fait pour les oeuvres catholiques
cette généreuse région. Les détails fournis en excellents termes
par le sympathique rapporteur nous l'apprennent mieux encore,
et l'assistance applaudit énergiquement, surtout lorsque, résu-
mant tout son rapport par la fière devise qui anime tous les
catholiques du Nord, M. Cavrois termine en jetant ce cri qui
nous promet l'avenir : Si Deus pro nobis, qui contra nos?
— 20 -
M. DUBY donne lecture d'un intéressant rapport sur la tenue
du congrès d'Auch. Il ressort de cet exposé que les congrès
régionaux sont une excellente institution pour le développe-
ment des oeuvres et du zèle catholiques. Aussi l'assemblée
accueille-t-elle avec une faveur marquée les voeux proposés
en ce sens par le rapporteur.
M. LE COMTE D'ACQUIN nous entretient ensuite de l'OEuvre
qui, sous le nom d'Apostolat de la Prière, a pour but de réunir
en un seul faisceau toutes les forces vives dont, par les grâces
spirituelles, disposent partout les catholiques. Il montre
cette action et propose de l'étendre encore. Ces voeux sont
applaudis.
MGR GAUME termine la séance par une allocution où le savant
prélat s'associe à l'espoir que vient d'exprimer M. Chesnelong
disant que, s'il plaît à Dieu, nous nous retrouverons l'an pro-
chain avec une liberté chrétienne de plus.
Pour que cette liberté d'enseignement soit vraiment profi-
table, Mgr Gaume signale à tous la nécessité de réformer
sérieusement et de christianiser de plus en plus l'enseigne-
ment. Monseigneur donne ensuite sa bénédiction à l'assistance
prosternée, et la séance est levée, comme les soirs précédents,
à dix heures et demie.
Séance du vendredi 2 avril 1875
La séance est ouverte à huit heures, sous la présidence de
Mgr Vérolles, évêque de, la Mandchourie, ayant à sa droite
M. Combier, en l'absence de M. Chesnelong.
M. DE GINESTOUS, dans un remarquable rapport, rend compte
des travaux du congrès national tenu à Montpellier. L'ardeur
de la' vie catholique s'y est manifestée de telle sorte, qu'on
— 21 —
peut en espérer pour l'avenir les meilleurs fruits. On a sur-
tout remarqué deux actes de ce congrès: l'un par lequel a été
instituée une commission pour la réforme de nos lois et de
nos institutions, et l'autre qui consiste en l'envoi d'une pétition
•à la chambre de commerce de Montpellier pour demander la
fermeture des gares de marchandises les dimanches et jours de
fête. Les conclusions du rapporteur sont vivement applaudies
et unanimement adoptées.
LE R. P. SAMBIN lui succède et donne lecture d'un rapport
sur la diminution de la population de la France. Le sujet est
grave. Il a été traité par le rapporteur avec une ampleur ad-
mirable et, dans l'exposé des faits et la comparaison des chif-
fres, avec une merveilleuse clarté. Citons quelques chiffres:
Pendant la période de 1817 à 1833, 100 habitants donnent
3,11 naissances, chiffre à peu près égal à celui des autres nations
européennes. De 1832 à 1846, le rapport n'a plus été que de
2,86 naissances ; de 1849 à 1865, il est tombé à 2,65 ; enfin, en
1868 (dernière année pour laquelle nous avons le relevé com-
plet de l'état-civil), il n'est plus que de 2,54, De cette stérilité
on comprend tout de suite qu'elles doivent être les suites so-
ciales. C'est d'abord une perturbation profonde dans l'as-
siette agricole du pays ; c'est ensuite l'amoindrisement de no-
tre puissance militaire qui est compromise, et enfin, c'est
l'effacement de la race française et de son influence.
Le savant rapporteur justifie cet exposé par des exemples,
des citations, et des faits incontestables.
Nous avons voulu publier in-extenso cette remarquable, étu-
de, car rien n'est plus saisissant, et plus douloureusement in-
structif.
Des applaudissements redoublés ont accueilli l'éloquente
péroraison de ce rapport, qui restera comme l'un de ceux que
les catholiques peuvent étudier avec le plus de fruit (1).
M. LE COMTE DE GERMINY, au nom de la commission de l'En-
seignement, donne ensuite lecture d'un rapport sur la ques-
(1) Voir ce rapport à la suite des comptes-rendus.
- 22-
tion spéciale du baccalauréat. Examinant dans toutes ses
parties le nouveau projet qu'on élabore pour affranchir, —
du moins on le prétend, — l'enseignement à tous ses degrés,
M. de Germiny recherche si vraiment la liberté y est con-
tenue. Avec une vigueur et une éloquence qui provoquent à
maintes reprises les applaudissements de l'assemblée tout
entière, il démasque le mauvais vouloir et, pour tout dire, la
mauvaise foi de ceux qui entendent refuser aux universités
libres la collation des grades. Quand on nous parlait, dit-il,
de la liberté de l'enseignement secondaire, on en écartait le
baccalauréat comme faisant partie de l'enseignement supé-
rieur; aujourd'hui qu'on nous parle de la liberté de l'en-
seignement supérieur, on en écarte toujours le baccalauréat,
sous prétexte qu'il appartient à l'enseignement secondaire.
Où est la logique? le bon sens? la bonne foi? Des applau-
dissements vigoureux saluent cette ardente protestation, et
nul doute qu'au retour de la Chambre les députés s'inspire-
ront des idées de justice si éloquemment soutenues par
M. E. de Germiny. C'est ce qu'attend le rapporteur, c'est ce
qu'espère aussi M. Combier, et, c'est ce qu'appelle l'assistance
de tous ses voeux.
M. HARMEL présente ensuite un rapport sur l'OEuvre de
l'Usine. On sait qu'il en est l'initiateur et l'apôtre. Une fois de
plus, avec une ardeur toujours nouvelle, il en montre la
nécessité et se fait applaudir en montrant aussi quelle en est
la facilité; mais pour cela il faut que les patrons, comme les
ouvriers, comprennent leur devoirs. Là encore c'est donc à
l'Église qu'il faut demander le secret et le gage du succès.
La. révolution, en pervertissant le sens des mots, a tout
bouleversé en ce monde. Depuis qu'on parle tant de liberté, la
liberté du bien n'existe plus ; la liberté du mal l'a tuée. Eh bien,
cette liberté il faut la reconquérir et unir tous nos efforts
pour y aboutir, en refaisant la France la fille aînée de l'Église.
L'orateur entre à ce propos dans les détails de l'OEuvre, et
termine par des conclusions que vote l'assemblée au milieu
des plus chaleureux applaudissements.
— 23 —
M. LE BARON DE CHAMBORAND donne lecture d'un rapport, fait
au nom de la commission de la Presse, sur la propagation des
bons journaux. Examinant quel doit être et quel est le rôle
de la presse, le rapporteur expose éloquemment et avec' une
ardeur communicative le devoir des catholiques à l'endroit
de la bonne presse. Dans ce sens, il y a quelque chose à
faire, pour étendre encore et de plus en plus l'action des bons
journaux. Sans se prononcer sur les voies et moyens, M. de
Chamborand propose qu'il soit fondé une OEuvre de la bonne
Presse, à l'imitation de ce qui se fait en Belgique, où par
souscription l'on recueille des fonds pour recevoir en plus
grand nombre, distribuer et colporter les journaux catholiques.
Ce voeu est adopté au milieu des plus vifs applaudissements.
MGR VEROLLES termine la séance par quelques mots où Sa
Grandeur, parlant de l'influence que conserve au loin la
France, en dépit de ses malheurs, invite tous les catholiques
à la restaurer dans toute sa force première, par une restaura-
tion de plus en plus complète de la vie catholique. C'est à ce
prix, dit-il,' que la France redeviendra grande et que les
missions lointaines serviront à propager, avec le règne de
Jésus-Christ, le renom de la fille aînée de l'Église.
Après la bénédiction de Monseigneur, la séance est levée à
dix heures et demie.
Séance du samedi 3 avril 1875
La séance est ouverte à huit heures et quart, sous la prési-
dence de M. l'abbé d'Hulst, vicaire général.. Outre les députés
présents aux séances précédentes, nous remarquons aujour-
d'hui le général du Temple.
M. LE VICOMTE GABRIEL DE CHAULNES lit un rapport sur le col-
portage où, dénonçant avec une rare vigueur les facilités in-
croyables données à l'exposition de peintures obscènes et à la pro-
2
— 24 —
pagande des oeuvres immorales, il signale en même temps le
caractère odieux du programme adopté par plusieurs asso-
ciations qui, par la diffusion de petits écrits impies ou im-
mondes, ont le dessein avoué d'arracher la religion de l'âme
du peuple. Contre cette entreprise, le rapporteur s'élève avec
une indignation chaleureuse qui provoque des applaudisse-
ments unanimes. Aussi les conclusions, par lesquelles est
recommandée aux autorités compétentes une surveillance
plus efficace de ces écrits empoisonnés, sont-elles accueillies
par une double salve d'applaudissements.
M. LE BARON D'AVRIL, au nom de la commission de l'Art chré-
tien, donne ensuite quelques explications sur ce qu'a fait la
commission pour développer les études et le goût de l'art
chrétien, sur ce qu'elle compte faire encore. Dans ce but, et
afin d'accroître l'étendue de son action, il donne lecture d'une
pétition adressée au ministre des Beaux-Arts. L'assemblée y
adhère par ses applaudissements.
M. GIRARD rend compte des travaux du comité de Marseille.
Nous ne saurions les énumérer après lui, car il est difficile de
citer une oeuvre à laquelle ce vaillant, actif et généreux comité de
Marseille n'ait donné de quelque manière son concours ou son
appui, quand il ne l'a pas créée. Il ne recule même pas devant
la construction d'églises dans les quartiers où la nécessité s'en
fait spécialement sentir. C'est dire que le comité catholique
de Marseille a d'importantes ressources qu'alimente la grande
générosité de ses membres, et que sa commission des finances
n'est pas un mythe. Ces détails sont suivis avec un vif intérêt
par l'assemblée, dont les bravos éclatent à plusieurs reprises,
témoignant de son admiration pour tant de zèle et de si beaux
résultats.
M. LE CHANOINE SCHORDERET, de Fribourg, donne ensuite
lecture d'un rapport sur l'OEuvre de Saint-Paul, dont il rappelle
la pensée inspiratrice, expose l'organisation et fait ressortir
la singulière importance en notre temps. Avec la foi, l'ardeur
— 25 —
«
et l'éloquence d'un véritable apôtre, il signale la douloureuse
situation de l'Église catholique en Suisse et presque partout.
La presse a mission de parler, quand on ferme la bouche aux
évêques et qu'on expulse les prêtres. Il faut donc l'élever à la
dignité de l'apostolat. C'est cette idée que le Saint-Père a dai-
gné bénir, assurant ainsi le développement et la vie d'une
oeuvre qu'il y a dix ans un écrivain catholique pressentait en .
ces termes :
Un des signes divins de la mission de l'Église est qu'elle a
toujours merveilleusement adopté la création de ses grands
services publics, la fondation de ses ordres nouveaux, à la
satisfaction des besoins et des aspirations qui ont éclaté au
milieu des peuples. Ce signe divin va se renouveler : soyez
sûrs que se lèvera bientôt parmi nous une nouvelle et grande
institution religieuse appropriée à la manifestation intellec-
tuelle que subit notre société. Nous aurons des associations
apostoliques de la presse, comme il y a eu en d'autres siècles,
des ordres prêcheurs, comme il y avait eu des copistes.
Des applaudissements vigoureux répondent à ces paroles
commentées par M. le chanoine Schorderet avec une brillante
éloquence. Les conclusions pratiques qu'il formule à l'appui
sont de même accueillies par d'unanimes applaudissements.
M. DE CISSEY lui succède. En quelques mots tout pleins d'une
conviction entraînante, cet apôtre de la sanctification du
dimanche fait le compte-rendu des efforts tentés partout pour
arriver à généraliser le respect de la loi de Dieu, dont la vio-
lation semble aujourd'hui devenue générale. A redire ces
efforts, l'homme de foi qui, pour sa part, s'est tant donné dans
ce but, se passionne d'une noble ardeur et soulève à diverses
reprises les bravos de l'assemblée, qui promet de travailler
sans relâche au triomphe de l'idée dont M. de Cissey s'est
armé le chevalier.
Nous publions le texte complet de ce beau rapport, dont
l'application serait le salut de la France (1).
(1) Voir ce rapport la suite des comptes-rendus.
— 26 —
M. KELLER, à son tour, vient plaider pour une grande oeuvre,
le Denier de Saint-Pierre. Quand le budget des plaisirs engouffre
des sommes si folles, quand aux budgets de la guerre, par le
monde entier, on sacrifie des sommes si considérables, à
combien se monte le budget du salut des âmes, comme l'ap-
pelle excellemment M. Keller, le budget de la paix du monde!
A 6 ou 7 millions au plus. Or, à combien de choses avec cela
le Pape ne doit-il pas pourvoir? Les évêques italiens, pour
ne parler que d'une partie de l'immense royaume de l'Église,
sont nourris par la charité apostolique ; c'est cette même cha-
rité qui s'emploie à racheter les clercs que la nouvelle loi
voudrait enlever au sacerdoce, etc.
Les catholiques ont donc le devoir de redoubler, vis-à-vis du
Pape, de générosité. On ne parle pas assez du Denier de Saint-
Pierre; on ne le propage pas assez. Que chacun là-dessus fasse
son examen de conscience et promette de donner plus et de
récolter plus. N'est-il pas touchant d'apprendre qu'en certain
quartier de Paris les marchands ont établi dans leur comptoir
ce qu'on appelle la tirelire du Saint-Père? Ayons donc tous
notre tirelire, et quand nous la briserons au bout de l'année,
qu'elle soit toute pleine d'une riche épargne à verser dans les
mains du Saint-Père pour aider sa pauvreté dans toutes les
oeuvres auxquelles elle doit subvenir.
M. Keller recommande encore la dévotion aux chaînes de
saint Pierre, à la statue de saint Pierre dont Notre-Dame des
Victoires a un exemplaire, et dont un autre s'élèvera bientôt
dans l'église Saint-Sulpice, selon le dernier désir du vénéré
M. Hamon.
M. Keller s'élevant ensuite par la considération de son sujet
à l'examen de la grande lutte que soutient en ce moment
l'Église, flétrit en quelques mots ses persécuteurs, puis il se
reporte en arrière pour retracer à grands traits l'histoire de ce
combat qui, depuis près de vingt ans, n'a presque pas cessé.
Par l'exemple de la France surtout, il montre que manquer à
la cause de l'Église, manquer de respect au Pape, c'est attirer
sur soi des châtiments inévitables, témoin la guerre de cent
ans après Philippe le Bel. Sachons donc tirer parti de cet
— 27 —
enseignement et soyons zélés pour la cause du Pape, si nous
voulons que la France, relevée de ses désastres, reprenne son
ancienne prospérité.
Nous publions in extenso cette fière harangue (1), les conclu-
sions de l'éloquent député, ayant pour but de ranimer le zèle
pour la diffusion du Denier de Saint-Pierre et sa plus grande
fécondité.
M. COMBIER ajoute quelques mots par lesquels, s'associant
aux voeux exprimés par M. Keller, il déclare que tous les
catholiques sont prêts, s'il le faut, à verser leur sang et être
martyrs pour la défense de l'Église. Puis M. KELLER, reprenant
la parole, donne lecture de l'adresse au Saint-Père, et qui est
accueillie aux cris répétés de : Vive Pie IX !
M. L'ABBÉ D'HULST s'est excusé, vu l'heure avancée, de ne pas
accepter l'honneur qui lui était offert de terminer ces séances
par un discours. D'ailleurs, a-t-il dit, quelques mots suffiront
pour clôturer ces assemblées solennelles que Notre-Seigneur
Jésus-Christ lui-même semble avoir présidées. Dans l'office
d'aujourd'hui, le Sauveur dit un mot que vous emporterez.
Pax vobis. Mais il avait dit auparavant : Non veni pacem mittere,
sed gladium.
C'est qu'en effet il y a trois sortes de paix : la paix de l'inno-
cence, que nous ne connaissons plus depuis le péché originel;
la paix honteuse, qui cherche le repos dans la défaite ; et la
paix glorieuse, acquise par là victoire. C'est à celle-là que
tendent nos voeux ; mais pour la reconquérir, il faut d'abord
faire la guerre et la faire avec ardeur. Nous sommes la milice
de Jésus-Christ. Nous avons à faire vaillamment la guerre de
Jésus-Christ, ne l'oublions pas et soyons tout à ce combat
qui nous assurera la paix.
Ce sont ces fières exhortations qu'emporte l'assemblée en se
séparant, après la prière d'usage, à dix heures et demie.
(1) Voir ce discours à la suite des comptes-rendus.
ALLOCUTION
DE
SON EMINENCE LE CARDINAL GUIBERT
ARCHEVÊQUE DE PARIS
MESSIEURS,
Si je voulais vous exprimer tous les sentiments
qu'ont excités dans mon.âme les paroles éloquentes que
nous avons entendues des divers orateurs, il me fau-
drait de longs discours. Ces longs discours; je ne suis
pas en mesure de vous les adresser, soit à cause de
l'heure avancée, soit à pause d'un peu de fatigue que
m'ont laissée les cérémonies des solennités pascales.
Toutefois, je ne voudrais pas me retirer de cette assem-
blée si imposante, et j'ajoute si édifiante, sans remer-
cier M. le président du Congrès des paroles qu'il nous
a dites sur le Souverain-Pontife. Il nous a montré cette
grande figure de Notre Saint-Père le Pape avec une
vérité si parfaite, qu'il a dû préparer les couleurs du
portrait dans une audience particulière. Il faut avoir
vu, pour parler comme l'a fait M. le Président.
Et moi aussi, j'ai eu ce bonheur, quand je suis allé
à Rome, l'été dernier, pour recevoir du Pape le témoi-
gnage d'une bonté bien au-dessus de mon mérite, sinon
de mon dévouement. Il m'a été donné de voir le Saint-
Père dans plusieurs audiences, et de le suivre dans quel-
ques-unes de ses promenades de chaque jour, soit dans
— 29 —
le jardin du Vatican, quand le temps le permet, soit dans '
les salles et les galeries du palais.
L'impression que j'ai rapportée de ces douces et
fréquentes entrevues est celle qu'on éprouverait si l'on
était témoin d'un miracle. La longue et forte durée de
Pie IX, la conservation et la fraîcheur de son esprit
tiennent vraiment du prodige. J'ai vu le Saint-Père en
des temps plus reculés : rien n'est changé dans son au-
guste personne, si ce n'est par l'éclat devenu plus grand
de l'auréole que le malheur a répandue autour de sa
tête sacrée. (Sensation.)
On voit clairement l'action de Dieu qui soutient
l'âme, la foi, le courage de son Vicaire. Depuis que j'ai
l'honneur d'appartenir au Sacré-Collége, je. me sens
particulièrement touché de tout ce que l'on dit du Saint-
Père, et je dois remercier M. le Président des belles
paroles*qu'il vient de nous faire entendre. Nous devons,
dans nos prières, demander à Dieu qu'il conserve à son
Église le plus longtemps possible ce grand Pontife, qui,
j'en ai la conviction, est destiné à voir des temps meil-
leurs et la paix rendue aux chrétiens. (Applaudisse-
ments.)
Maintenant, en ce qui concerne les comités catho-
liques, j'ai peu de choses à vous dire ; je n'aurai qu'à
vous louer et à vous encourager.
L'OEuvre des comités catholiques est désormais
jugée ; elle est connue de tous. Dans les commence-
ments, son existence restait dans un certain vague et
n'était pas encore parfaitement dessinée. Il y eut des
hésitations pendant quelque temps. Maintenant elle est
parfaitement comprise, et l'on peut dire que nulle pré-
— 30 —
vention ne s'élève contre elle. J'ai été quelquefois.con-
sulté par des collègues et par des laïques distingués sur
la nature et la portée des comités catholiques, et je n'ai
eu qu'à parler selon ma conviction, pour faire connaître
le bien qu'ils sont appelés à produire dans notre société.
M. le Président, dans son discours, vous à très-
bien expliqué l'association, le but qu'elle se propose,
sa nécessité dans les temps difficiles que nous traver-
sons ; car le combat contre le mal est devenu la condi-
tion de tous les chrétiens. Il vous a spécialement dési-
gné deux points sur lesquels je voudrais un peu insis-
ter : il vous a parlé d'abord du respect humain, qu'il
vous a montré comme à peu près vaincu. C'est là un des
effets les plus heureux produits par les comités catho-
liques : vous avez tué le respect humain en France. En
reportant mes souvenirs à trente ou quarante ans, je
me rappelle que les hommes, en ce qui touche la prati-
que de la religion, étaient d'une timidité vraiment dé-
plorable ; ils n'osaient pas se montrer dans les églises
pour remplir leurs devoirs de chrétiens..
C'était une sorte de phénomène que de voir des
hommes assister aux offices publics, se confesser, se
présenter à la sainte table. Aujourd'hui, chacun accom-
plit les actes religieux de sa foi avec une entière li-
berté, on pourrait même dire avec une sainte fierté.
Les comités catholiques ont contribué puissamment à
détruire ce fléau du respect humain. Partout où se
trouve fondé un Comité, dans les grandes comme dans
les petites villes, ce sentiment de faiblesse ne peut plus
subsister. Dès qu'il se forme quelque part un groupe res-
pectable d'hommes distingués par l'instruction et par
— 31 —
l'éducation qui observent fidèlement la loi de Dieu, les
autres se font un honneur de suivre ces bons exemples.
Voilà un grand bien que les comités catholiques
ont accompli.
Il en est un autre que vous faites aussi, mais que je
voudrais pourtant vous recommander. Il faut, autant
que vous le pouvez, selon la mesure de vos forces,
arrêter et paralyser l'action funeste de la mauvaise
presse. C'est la mauvaise presse qui constitue aujour-
d'hui un des plus grands dangers de la société. Cette
presse périodique, quotidienne, dont la mission devrait
être de défendre la vérité, d'enseigner à tous les vertus
religieuses, morales, patriotiques, est devenue, du
moins dans un trop grand nombre de ses organes, un
foyer d'erreurs et de mensonges et une cause de cor-
ruption pour les âmes. (Mouvement d'approbation.)
Il y a deux genres de journaux mauvais dont il faut
empêcher la propagation, autant qu'on le peut, dans le
pays et dans les familles. C'est d'abord la presse impie.
Celle-là marche sans déguisement; elle est franchement
ennemie de Dieu et de nos croyances. Nous devons lut-
ter contre elle, sinon avec l'espérance de la détruire
pour restreindre du moins sa funeste influence. A côté
de cette presse, sur les desseins de laquelle on ne peut
se méprendre, il en est une autre qui démoralise sans
afficher l'immoralité, qui corrompt en entretenant une
curiosité malsaine, en excitant les passions par cer-
taines peintures de moeurs, en troublant les âmes inno-
centes par des mots à demi-voilés. (Vif assentiment).
Cette presse, d'un genre à part, prend tous les vi-
sages pour se faire accepter ; elle fait marcher de front
— 32 —
le respect de la religion et la savante exploitation du
scandale ; elle met de l'art à parler du vice sans le faire
détester, et, en même temps, les hommages à la vertu
semblent faire partie de son programme. Rien n'est
plus dangereux. Il faut que les familles chrétiennes
ferment la porte à ce journalisme qui va de l'église au
théâtre, et qui fait beaucoup de mal, précisément parce
qu'il se donne les airs de vouloir le bien. Vous ne devez
pas encourager une telle presse par l'exemple de l'abon-
nement; mais vous devez mettre tout le monde en garde
contre de pareils poisons.
Voilà, Messieurs, ce que je voulais vous signaler
d'une manière particulière.
Après cela, toutes les bonnes oeuvres sont de votre
ressort. Vous ne les faites pas toujours d'une manière
directe, mais vous les soutenez toutes, et c'est là sur-
tout le caractère des comités catholiques. Ils font naître
les oeuvres chrétiennes, ils les inspirent, ils leur
donnent des conseils et même des subventions quand
ils peuvent, ils les défendent quand elles sont mena-
cées, et les aident à se relever quand elles déclinent.
Il me reste une recommandation à vous faire, avant
de terminer. Déjà M. le Président a touché ce point
dans son éloquent discours; mais il est peut-être utile
d'insister sur la pensée qu'il a exprimée.
Vous êtes tous citoyens; vous avez le droit, je dis
même le devoir, d'exercer vos prérogatives de citoyens,
toutes les fois que l'occasion s'en présente, selon l'ins-
piration de votre conscience. Mais les comités catho-
liques ne doivent pas, comme tels, s'occuper de la poli-
tique. Je reconnais l'importance des questions politiques;
— 33 —
il est nécessaire qu'on les étudie avec une sérieuse
attention, et surtout avec un parfait désintéressement :
la destinée des peuples dépend souvent des solutions
quisont données à ces questions. Mais, encore une fois,
qu'on les agite, qu'on les discute dans les assemblées
parlementaires, dans les livres, dans les journaux, c'est
très-légitime ; si. vous appartenez à des réunions de ce
genre, si vous avez le talent d'écrire, traitez ces ques-
tions dans le sens et la mesure où cela peut vous con-
venir; mais ne transportez jamais ces préoccupations et
ces controverses dans le sein des comités catholiques.
Vous vous exposeriez à exciter contre vous des suscep-
tibilités et de fâcheuses préventions, comme cela est
arrivé en d'autres temps.
Vous comprenez tout de suite l'allusion que je
veux faire aux conférences de Saint-Vincent de Paul.
Sous le prétexte qu'elles s'occupaient de politique, —
et vous savez ce qu'il en était, (Sourires.) — on 'leur
porta un coup terrible, qui jeta le trouble dans cette
belle et charitable association, et réduisit notablement
pendant plusieurs années, le bien qu'elle faisait.
Il faut donc éviter de fournir des prétextes aux
adversaires, et de créer des embarras à ceux qui vous
sont favorables. Si vous êtes attentifs sur ce point dé-
licat; si, dans vos réunions, dans vos rapports, dans vos
circulaires, dans tous vos actes, vous écartez avec soin
tout ce qui offrirait un caractère politique, il sera bien
acquis dans l'opinion que les comités catholiques s'occu-
pent exclusivement de l'intérêt moral et religieux, et on
les laissera accomplir en paix leur charitable et salu-
taire mission. (Applaudissements unanimes et répétés.)
DISCOURS
DE M. CHESNELONG
Député des Basses-Pyrénées
Président de l'Assemblée générale des Comités catholiques
ÉMINENCE 1,
Votre haut patronage est la force et l'honneur des
Comités catholiques. Si la louange nous est interdite
devant cette humble abnégation qui est en vous le re-
haussement d'une vertu accomplie, notre reconnais-
sance ne peut se taire devant une bonté qui ne s'épuise
jamais. Soyez donc remercié de nous apporter aujour-
d'hui, avec le bienfait de votre présence, l'encourage-
ment de votre sainte parole. .C'est, pour nos travaux,
une bénédiction dont nous sentons tout le prix.
1 S. Em. Mgr le Cardinal-Archevêque de Paris.
— 35 —
MONSEIGNEUR 1, MESSIEURS,
Quand, après une année de séparation, les membres
dispersés d'une famille chrétiennement unie se donnent
rendez-vous à un foyer commun, qui pourrait dire les
joies de ce rapprochement?
Les mains se serrent, les coeurs se touchent, les âmes
se confondent, les courages se relèvent. On oublie les
tristesses de la veille et les soucis du lendemain, pour
s'abandonner à la douceur des espérances ranimées. Ce
sont là des heures trop rares, où la vie semble sans
amertume, le bien sans obstacles, le mal sans prestige ;
où l'on se sent presque supérieur aux défaillances et
inaccessible aux découragements; où les généreuses as-
pirations et les nobles pensées, les sentiments élevés et
lés douces émotions semblent se grouper dans un milieu
choisi, sous le regard de Dieu, pour faire la garde au-
tour du bonheur commun. Ces heures s'écoulent rapi-
dement; mais elles laissent derrière elles une trace
bienfaisante. Et, quand elles passent, on est heureux de
s'y retremper, pour reprendre ensuite, avec une con-
fiance plus sereine, les labeurs et les difficultés de la
tâche quotidienne.
Telle est, Messieurs, l'impression que j'éprouve en me
retrouvant au milieu de vous, et je suis sûr que vous la
partagez. Qu'elle vous soit un témoignage de ma grati-
tude pour l'insigne honneur que, cette année encore,
vous avez bien voulu me conférer; permettez-moi d'y
trouver aussi un gage de vos indulgentes sympathies.
1 S. G. Mgr l'Évêque d'Arras.
36
I
Nous ne venons pas ici avec l'orgueil de nos oeuvres,
qui, si elles témoignent de notre bon vouloir, attestent
trop souvent aussi l'inefficacité de nos efforts ; et si
nous montrons le peu que nous pouvons faire, c'est
uniquement pour placer devant nos résolutions affer-
mies le vaste champ de devoirs et de besoins qui s'ou-
vre au zèle catholique, et pour susciter autour de nous
des dévouements nouveaux. (Très-bien ! très-bien !)
Le mot de l'Écriture : Voe soli! nous montre assez que
l'isolement est le père de l'égoïsme et ne produit que la
faiblesse.
Voilà pourquoi nous demandons à tous ceux qui par-
tagent notre foi de s'associer à nos oeuvres ou tout au
moins de les seconder; voilà pourquoi nous mettons en
commun nos pensées et notre action, nos intelligences
et nos âmes, sachant bien, par la parole du Maître et par
une douce expérience, que, quand des chrétiens se réu-
nissent pour honorer leur foi et pour servir leurs frères,
Dieu prend sa place au milieu d'eux; et qu'il se fait,
sous cette invisible influence, comme une multiplica-
tion de l'esprit de charité. (Vive adhésion.)
Ainsi s'accomplit cette loi mystérieuse et consolante
de la communication du bien qu'il importe, aujourd'hui
plus que jamais, d'opposer à la loi funeste et redouta-
ble de la communication du mal.
Aussi bien, nous portons dans notre nature déchue
l'empreinte de la blessure faite à notre race par la pre-
mière révolte de l'orgueil humain, et nous portons aussi
dans nos âmes rachetées quelques gouttes de ce sang
— 37 —
divin qui a régénéré le monde et qui a rendu à l'homme
les titres et la gloire de sa vocation. (Applaudisse-
ments.) Nous sommes, à vrai dire, les fils de cette dou-
ble solidarité. C'est notre honneur, et c'est aussi notre
destinée, de nous affranchir de la première et de nous
approprier le bienfait de la seconde.
La lutte entre ces deux solidarités, c'est toute l'his-
toire du christianisme; c'est le grand combat que
l'Église catholique soutient depuis dix-huit siècles, et
où chacun de nous a, dans la sphère de son activité,
son rôle à prendre, sa mission à remplir, sa part de
devoirs à accepter.
Cette lutte a aujourd'hui un caractère formidable.
La solidarité du mal s'affirme dans ses conséquences
les plus extrêmes, j'ai presque dit les plus brutales.
Elle ne conteste pas seulement le fait divin de la.révé-
lation, elle détruit le fondement de toute loi morale.
Elle pervertit les intelligences et laisse entrevoir au-
dessus de ses ruines je ne sais quel rêve monstrueux de
domination athée. L'État sans Dieu, tel a été son pre-
mier cri; l'État Dieu, telle sera bientôt sa formule né-
cessaire. (Très-bien!) L'abîme appelle l'abîme; et, de
même qu'il y a dans la vérité une logique féconde, il
y a aussi dans l'erreur une logique fatale. (Très-bien !
très-bien !)
Devant cette audace de la solidarité du mal, la soli-
darité du bien restera-t-elle inactive? Grâce à Dieu,
Messieurs, elle ne l'est pas.
L'Église s'y dévoue par son sacerdoce, et jamais le
clergé catholique ne montra plus de vertus, plus de
charité apostolique, une foi plus ferme, un héroïsme
— 38 —
plus inflexible. Il est, par sa science, à la hauteur de
toutes les controverses, par son abnégation, à là hau-
teur de tous les sacrifices ; il a ses chaires où l'éloquence
chrétienne se déploie dans sa splendeur, ses livres où
la vérité est vengée avec un talent digne des grandes
causes; il a ses pontifes vénérés et ses milices fidèles.
Et comment, dans cette énumération des grandeurs
et des forces de l'Église, pourrais-je ne pas glorifier ce
sublime vieillard du Vatican, qui, malgré tous nos mal-.
heurs, nous est un gage vivant des miséricordes divines!
C'est la plus grande figure, je ne dis pas assez, c'est la
plus grande sainteté de notre siècle. Quelle majesté sur
ce front, où l'âge n'a pas creusé une ride ! Quelle puis-
sance et quel attrait dans ce regard, où se reflètent la
limpidité, la paix supérieure, l'indomptable fermeté de
l'âme ! Quel ineffable rayonnement dans ce large sou-
rire, où s'épanouit cette bonté qui est le suprême char-
me des grands coeurs ! Quand sa main s'étend pour
bénir, on sent, par une irrésistible impression, que
c'est Dieu qui passe! Puissions-nous entendre long-
temps encore cette voix dont la menace n'a jamais
affaibli l'énergie, dont l'ingratitude n'a jamais altéré la
douceur ! cette voix qui retentit haute et ferme devant
la puissance, calme et dominatrice devant le péril, im-
placable et vengeresse devant l'injustice, magnanime et
consolante devant le malheur! (Très-bien!) cette voix
qui parle de Dieu avec des accents qui semblent être
des échos du ciel, (Très-bien! très-bien!) de l'Église,
avec une touchante tendresse et une inaltérable con-
fiance; de la France, avec une noble sympathie, du
monde, avec une sollicitude pleine de compassion,
— 39 —
cette voix qui enseigne, qui entourage, qui affermit
les faibles, qui fortifie lés bons, et qui touble le som-
meil de l'iniquité jusqu'au milieu de ses tristes triom-
phes ! (Bravos et applaudissements prolongés.)
Gloire, honneur et longs jours à PieIX, Messieurs!
(Oui! oui! Vive Pie IX!)
Et, pour en revenir au clergé catholique, dont cet
hommage rendu à son premier représentant ne nous a
pas, à.vrai dire, écartés, voyez-le, à tous les degrés de
sa sainte hiérarchie, suivant la trace du divin Maître,
rendant la vue aux aveugles de l'intelligence, l'ouïe aux
sourds qui ne veulent pas entendre, redressant les in-
certains dont la marche est chancelante, assistant les ma-
lades, consolant les affligés, et, par-dessus tout, ce qui
est la grande marque du prosélytisme chrétien, évan-
gélisant les pauvres. (Très-bien ! très-bien !)
C'est beaucoup; est-ce assez, Messieurs?
On a semé, hélas! tant de préjugés contre le prêtre,
que son apostolat, partout offert, n'est pas partout ac-
cepté. Le prêtre ! c'est l'une des plus merveilleuses
créations de cette Église catholique qui en a produit
de si belles! Cet homme qui sacrifie les joies, les hon-
neurs et les ambitions du monde, pour ne mettre qu'en
Dieu ses fiertés et ses espérances; cet homme qui s'ar-
rache aux joies de la famille, pour se donner tout en-
tier et sans partage à cette autre famille chrétienne dont
il devient le pasteur et le père, l'homme de la prière et
du pardon, de la mansuétude et du renoncement, l'ami
des délaissés, le consolateur de ceux qui ont perdu,
avec l'espérance, la dernière force de la vie, le martyr
mystique qui puise chaque jour, dans le grand sacri-
— 40 —
fice chrétien, le sens de la douleur volontairement ac-
ceptée pour la rédemption des âmes, l'antiquité païenne,
si elle l'avait connu, lui aurait dressé des autels; nos
âges chrétiens lui avaient fait une auréole de respect;
la raillerie du dernier siècle et la brutalité du nôtre n'ont
pas épargné sa noble figure. On l'a représentée sous des
traits qui ont allumé la haine et éveillé la défiance. Il se
rencontre des hommes qui ont peur du prêtre, qui le
fuient et qui paralysent ainsi les élans de son amour.
Eh bien! à nous de servir de médiateurs entre le
prêtre et ceux qui ne lé connaissent pas. Si nous ne
comblons pas l'abîme qui les sépare, prenons garde:
toutes nos plus chères espérances pourraient s'y en-
gloutir. Restons à notre rang, à côté du prêtre, der-
rière lui, acceptant sa direction, soumis à son ensei-
gnement, n'empiétant pas sur son rôle, dont il a l'in-
communicable privilége, mais l'aidant dans son action
et lui ouvrant, par un concours à la fois filial et frater-
nel, les coeurs qui se refusent à son influence directe.
(Très-bien ! très-bien !)
Et puis, le mal s'est fait légion ; ne faut-il pas que
le bien ait son armée ?
Nous ne sommes plus au temps où la controverse
théologique, renfermée dans les écoles, agitait quelques
intelligences, mais ne disputait pas à l'Église le règne
des âmes.
L'anti-christianisme est partout aujourd'hui; et ses
prétentions ne sont pas moins menaçantes que ses
doctrines. Il a ses chaires, ses journaux, ses livres, ses
orateurs; il travaille ouvertement à déchristianiser le
monde. Il se vante d'avoir l'homme; il convoite la
— 41 —
femme et l'enfant; il s'attaque à l'âme du peuple. Il
exploite la complicité inconsciente de la souffrance et
les funestes excitations de l'envie, pour entraîner les
masses et s'en faire un instrument de domination. Il es
flatte de pouvoir retourner contre nous, en la pa-
rodiant, la parole célèbre de Tertullien, défendant les
premiers chrétiens, et de nous dire à son tour : « Nous
« sommes partout, dans vos armées, dans vos familles,
« dans vos académies, dans vos écoles, dans vos ate-
« liers, dans vos théâtres, dans vos villes, dans vos
« campagnes; nous ne vous laissons que vos temples.»
Nos temples, Messieurs, le jour où il serait le maître,
soyez sûrs qu'il ne nous les laisserait pas. (Sensation.)
Eh bien ! que partout où se dresse un sophiste, il se
montre un croyant; que partout où l'on jette dans la
société des semences de mort, il se trouve des mains
fidèles pour y jeter des semences de vie; que partout
où éclate le cri de la révolte, et de la haine, des voix
généreuses fassent entendre la protestation de l'obéis-
sance et de l'amour. Opposons la ligue pacifique des
hommes de foi et de respecta la conjuration des hommes
d'orgueil et de mépris.
Voilà pourquoi, Messieurs, nous sommes ici ; voilà
pourquoi vous avez fondé l'OEuvre des Comités catho-
liques. (Bravo ! bravo !)
II.
Permettez-moi, avant de caractériser l'esprit de cette
OEuvre, de dire quelques mots sur sa situation.
Les Comités de nos grandes cités, imposants par le
nombre de leurs membres, disposent aussi de res-