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Considérations philosophiques sur la Révolution française ou Examen des causes générales et des principales causes immédiates qui ont déterminé cette révolution, influé sur ses progrès, contribué à ses déviations morales, à ses exagérations politiques ([Reprod.]) / par le citoyen J. Lachappelle

De
402 pages
Benoist (Paris). 1797. 5 microfiches ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Hcatlington Hill Hall, Oxford OX30BW, UK
CONSIDÉRATIONS
PHILOSOPHIQUES
SUR
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE,
00
Examen des causes générales et des principales
causes immédiates qui ont déterminé cette
révolution influé sur ses progrès contribué à
morales, à ses exagérations
Par 1\ citoyèn J.
en une idée qui existe confnséihenr,
•-» Amie sentiment et comme derir dans le coeur
.̃̃̃ *V»oa» Jet hommes
J^friHciptt gMraux sur Ils institutions civiles,
politiques et religieuses, page yj^ ltv. IL
A PARIS.
Chez l'A u T B u R rue de la Vieille-Monnoie,
n°. près celle des Lombards.
F u c H 8 libraire, rue des Mathurins
maison Clunj.
B 1 N o i s T, Imprimeur rue de Varen-
nés maieon de Broglie n°K. s 6
Et chez D- 1 KOI, libraire et commissionnaire,
S ru,e André-des-Arts n°. r
PAR i J libraire rue des Mathurins
I n«.4t4.
f B 1 1 1 n ;• libraire, rue Saint- Jacques
V près Saint-Yves.
A N y.
TA.BLE
D E S CHAPITRES.
PREMIÈRE PARTIR
Chap. 1. Des révolutions en pénéraL page i.
Chap. Il. Des causes e^nérales et naturelles djj
la révolution jrancaise. pnge 1.
Chap. III. Prodigieuse injluenye de léga lit* sur
les propres de la révolution. page if.
CHU. IV. Influence de la fraternité sur tes
progrès des idées révolutionnaires.
png»
Cuap. V. Réflexions surles considérations pro.
cédentes. paies i.
SECONDEPARTÏE.
dç la révolution française. pagp îf.
Chap. II. Chus es intnédiates du progrès d* la
révolution,, <fuant au système politique.
< pig?
Cha*. 1 il. Causes de l'excès des prétentions du
peuple Jrançais origine* de ses dévia-
tiont momies ét dt l altération de sa
senàbiUté. p^ge 133,-
Cb av. IV. Des<a uses de l établissement du gou-
veq'nement révolutionnaire, page
Cuap. V. Triomphe de la philosophie sur let
partisans du despotisme et des préjugés
anciens. page M 9
Chap. VI. Conclusion. page
TABLE
des notes et observations çgkufNËé.
N°. (i) De la religion et particulièrement des
prêtres catholiques. P»ge *•
N°. (x) Propriété, paria des biens, ge xxv.
le 18 juillet 1790- 1 depuis
M».. (4) itinéraire du niveau de légalité depuis
jusqu'en I7*J-
\it-"rr page «in.
N«. (6) Charlotte Corday. ï«ge *tiv-
No. (7) Ie^ 'furieux de la liberté dytyrambe
par Diderot.. page liv.
N*. (3) Quelques parallèles. page *▼̃».
Des ioc/V^* populaires. pape
No. (10) Colloque, entre Barrère V+UaUe et
Wrafilt-de-SecheUe. page ixxv.
Maladie extraordinaire d* ta jeunesse
de Paris: page ixxvn.
N°. (I i) Honnêtes gens. pageLXXix.
K°. (11) De to 7&e à ÏÊtre Suprême.
_«.. page LXXXIV.
No. (14i Discours prononcés varlAuteuv. a la
société fondée par TalUen au palais
Cardinal, lès 1 et 19 f*ner
page lxx xviil.
(1 1) Manifesté des égaux, ou /e «fced« de
/ox4 pag*civ.
Fin de la table.
CONSIDÉRATIONS
AVERTISSEMENT.
PoUR saisir -sous lé plus judicieux
point de vue l'ensemble et les* $rine£-
palts. Ôirconstances de la longue crise
que la. nation française vieçt d'éprou-
ver il ne faut, peut-être que de la
rectitude dans, l'esprit, de la droiture
danslesintentions, s'être livré à l'étude
des hommes, et aVoir été contemporain
des évènemens. Bien loin que la Ëart
qu'on y auroit prise dût inspirer de la
défiance; il nous semble au contraire
qu'elle peut devenir une garantie de
bonne foi et dfimpartialité et qu'à cet
égard le citoyen Fontaneç a eu raison
de dire
"m L'homme qui a passé au travers
de toutes les vanités humaines, est
que celui qui n'a jamais été séduit
et son expérience s'enrichit des illu-
n sion» qui l'ont égaré des fautes
» ùiêrnes de sa. vie et c'est alors qu'il
(i)Quipourroitcroireque c'est dans l'écritd'uh
Français que nous avons recueilli la déclaration
suivante a On ne composerait pas un livre gros
» comme le Petit-Poucet de ce que la vertu a
» fait dans la révolution. Le peuple français
» est le plus vil peuple de l'univers
peut raconter aux hommes sans
•• trop d'indulgence ou d'amertume
ce qu'il a lu dans le coeur humain. »
Le hazard plutôt qu'un dessein
positif, à fait naîlre pessai qu'on va
lire. Il offre un plan qui méritoit un
autre génie et une plume mieux exer-
cée pour le mettre à exécution tel
qu'il est cependant, il ne paroitra pas
entièrement dénué d'inrérét.
Sévère pour les gens de bien, croyant
inutile de calomnier les méchans, et
peir sage d'outrer la peinture des cri-
mes, évitànt d'injurier le peuple fran-
çais (i), et d'avilir la plus belle comme
la plus juste des causes, poussant au
reste la franchise jusqu'à l'ingénuité,
plus d'un parti que nous n'avons pas
voulu servir, pourroient s'appuyer de
nos assertions contre les vrais philoso-
phes amis du nouvel ordre social et
ceux-ci auront quelquéfois à nQus
reprocher d'avoir manqué de prudence
dans la manière de présenter nos idées
Mais si la, position isolée que nou-
ayons choisie, ou plutôt dans laquelle
nous plaçoit notre caractère est en
effet la moins avantageuse pour plaire,
elle est peut-être aussi la meilleure
pour être vrai.
Cet écrit dont l'impression a été
considérablement retardée, se trouvoit
déjà presque fini, qu'aucune des pro-
ductions en tout genre qui ont paru
depuis huit mois n'existoit encore.
Des similitudes frappantes dans le
jugement des faits, dans une foule de
réflexions mêmes, nous font en quelque
sorte une obligation de prendre date.
Avec la conscience d'une certaine su-
périorité, une pareille précaution seroit
plus vaine que modeste mais ce double
aveu doit suffire pour nous justifier.
Qu'on nous pardonne, encore nne
réflexion. Plusieurs personnes ont cri-
tiqué comme fastueuse l'épithète: ca-
ractérjque qui fait partie de notre titre
générai. Nous ne devions pas nous en
tenir au mot CONSIDÉRATIONS seul
parcequ'il anrcSif pn s'entendre de tout
les rapports sous lesquels la résolution
est snsceptible d'être envisagée, et an-
noncer des détails, que ne promettent
point des considérations simplement
philosophiques, Il neconvient qu'à des
hommes auxquels nulles partiës'des su-
jets qu'ils traitent:, ne sontVtraji gères
de prétendre au lac'onisme d'un titre
qui, par cela, même qu'il ne précise
rien embrasse $out comme celui-ci:
De la R-évoluiionfrcinçaise.
coîîsii)ËjaÀtiaNs
PREMIERS
» i P 1 T K B f^ R' TE if rtf%^
tout tend à
et
farcie que tout y est
fcien qu'inertie et qiié l'action de$
«let'entTe^ dàn> un
état de guerre continuelle 5 relative**
Bàent à l'ordre que tdut
y que
il-
mais perfectible est toujours disposé
faire servir- suidées Acquises'
l'amélioration de. son sort parce
que l'activité du désir Ae connaître
l'aiguillon du besoin, le sentiment
de *e$ droits naturel*, les prestige»
l'imagination
l'emportent quelquefois sur l'empire
de irhabitude àt l'Amour au repos-
Toutes lea modifications l«s chan-
gemens d'une aituatiot k une autre
dans le système de la nature comme
dans les institutions humaines, ou
s'opèrent d'une manière insensible
le de crue»
transitions sont brusques, impétueuses,
décisive* qu'elles prennent plus pré<
gisement le caractère et le non de
révolutions.
Qu'elles soient paiftique» polirf
«fe IA
À 2
gnees des mêmes signes plus ou moins
terribles de destruction et de désordres,
parce' que toutes rèconnaisaent ît
mémo ptîneipe occasionnel d'explo»
lion- l'excès de li fermentation:
excitée, prolongée par la résistance.
Quoique les accident pnisiques na
soient pas sans- rapport aréc le* chan-
gemens qui unirent dans fordf e so-
cial nous he croyons pk& deVoîr nous
occùper-dé laTecherche de ces points
de contact. •
Quaxit ,leur
influence est d'autant
plus à
ment des sociétés est prêté son appui
aux Lorsqu'elle n'éat
pat eu, entier là direction des états,
knwqiT «Ile ce devint pas un moyen
auxiliaire entre les mains du législa-
leur', et fondu dans ses institutions
4
v
fortes, elle forma elle-même nue ins-
titution isolée mais towjoiars {{Bête à
se rattacher au, pouvoir
joindre à l'ascendant de son. autorité
spirituelle. touf ce 'que éteins, et les
circonstances, lui permirent
<jdpr de ce
qu'elle parvint à ^identifier ou au moins
à faire cause commune avec .elle ( a ).
point au nombre
4es le» passagers
ces luttes mêmes désastreuses et san«
partis
45UX Se. députent ou se pèr«?
quelques eïpresâions
Q en un mot ces. crises
,Van8r résultat, qui n'on£ d'autre effet
:$dé de ravager les société sans y,
'apporter de modifications marquantes»
On ne doit entendre par révolution
que lès grands changement dans les
institutions ces vastes
•va ia arrottrrioif yaAirgAx»;
A*
dont l'impulsion a pour objet de sub-
stituer à des principes établis à des
formes reçues' depuis long-tems des
principes différons des formes et des
combinaisons absolument nouvelles.
Nous les. distinguerons même en
révolutions locales et en révolution!
Les révolutions purement politiques
sont ordinairement dans la classe des
premières; elles se bornent aux in*
térêts à la seule circonscription du
pays où le besoin et la possibilité d'un
changement se sont faits' sentir. Ainsi
le 'peuple hébreu fut gouverné tantôt
par des prêtres, tantôt par des rois*
Ainsi Rome fut tour-à-tour monarchie,
république ,• et passa naturellement
ensuite des horreurs de l'anarchie
tous le joug des empereurs, où elle
trouva sa décadence et sa ruine. Ainsi,
dans un âge. moins éloigné la Suisse,
l'Angleterre la Hollande ont changé
les formes constitutives de leurs gou·
vernemens. Toutes ces transitions
n'ont été que locales, et sans influence
directe et immédiate les unes «ur le»
autres*
Les révolutions religieuses et phi-
losophiques., au contraire, n'ont pas
de circonscription déterminée. i> est
que la religion et la philosophie voient
les objets à une telle hauteur qu'elles
embrassent l'humanité entière dans
leurs conceptions.
Les révolutions philosophiques s'é-
tendent pu l'esprit de philantropie
par l'attrait de la raiçen et de la vé-
rité, dont le germe est susceptible do
se. développer dans le cœur de tous
les hommes par l'espoir d'en voir
régner exclusivement les principes sur
la terre.; sur-tout par l'enthousiasme
qui fait tout braver pour' vaincre les
résistantes qui s'opposent à leur succès.
La religion chrétienne ne ,'est filer
^J

même propagée avec des progrès si
rapides et si surprenons, qu'en raison'
des préceptes sublimes de philosophie
et de bienveillance générale qui corn-'
posent sa.. doctrine Et qu'est'ce autre^
chose que l'immense révolution dir
dix-huitième siècle si ce n'est la crise
par l.aquelle la philosophie a voulu se'
dégager des erreurs des ab-
surdités religieuses -des fttùssës ma-
ximes et des procédés arbitraires de»
gouvernemens ? Le Isut de la saine-'
philosophie est la recherche de la
vérité, et, comme l'exprime
Me retour à la nature par les degrés'
'da la perfection pensée profond,
d'une justesse et d'uno précision ad-
Mais de quelle époque date l'origine
)&6 cette crise? Combien de tèms a-N
elle été prépaTée?Quelle en fut la plut
active impulsion?' Depuis quand la
cç»udjUamok» vsztoèôPXfQtrEi
succédé à l'instinct de la nature et
l'espérance au désir?
Tant de causes diverses, de circons-
tances fortuites) de révolutions par-
tielles, de combinaisons impercep-
tibles, ont dû concourir au développe-
ment de la grande révolution dont
nous sommes les témoins., qu'il serait
impossible à la sagacité la plus exercée
dè suivre méthodiquement tous les
détails des progrès de sa marche, a
travers cette complication inextri-
cable mais on en peut saisir du moine
les principaux traits, appercevoir, par
le raisonnement leur direction natu.-
relle, leur influence sur les dispositions
successives des esprits et 1 ur partici-
pation à la grande période révolution-
naire de ce siècle..
Que l'observateur patient et attentif
pénètre dans l'obscurité des tems, pour
«Étudier le. retard et les progrès- de
l'esprit kunaaiji dans..
wrk m m.lroLVTtQx ïea^aise. 9
exactes, dans les arts dans la p'iilo-
sophie qu'il calcule avec soin s?*
pertes et ses acquisitions ces rue-
cherches difficiles et peut-être trop
conjecturales, ne sont pas absolument
nécessaires à notre sujet il nous suffit,
de donner un apperçu général des dé-
couvertes importantes qui ont agrandi
le domaine de nos connaissances, et
dont plusieurs servant à les fixer
irrévocablcment ont accéléré pré-
cipité en quelque sorte, les, événement
qui en devaient être le résultat.
Presque tout est révolution dans
Jes tems modernes. La boussole a
perfectionné la navigation, et éten-
du par-tout les spéculations commer-
câtales.
Les instrumens d'optique ont recul 6
prodigieusement les limites de l'as-
tronomie.
L'électricité a donné l'explication
d'un grand nombre de phénomènes
10 *o*«o*»a*io*s
La poudre à canon a changé tout le,
tystême militaire.
L'imprimerie a fixé et multiplié
l'infini les Produits de la pensée,
diminué la crédulité en propageant
l'instruction, et détruit peu -à- peu
l'empire de la sùperstition et des pré-
sation désistes a facilité avec une
promptitude .surprenante, tous les
genres de communications.
Tant de nouveaux moyens ont
nécessairement établi de nouveaux
rapports entreles peuples, dans leurs
intérêts respectifs comme dans leur
existence particulière. L'esprit humain
ayant changé, la conduite des hommes
a changé dans la même proportion :de.
institutions qui pouvaient être bonnes
quand elles étalent combinées d'une.
manière convenable aux disposition.
de. peuples, ceMèieat. de l'être
eux LA Birotimoir vtAtrçârsK.' la.
ces dispositions ne furent plus les
mêmes. L'art social a dû- suivre le
progrès des lumières et fournir des
théories nouvelles, calculées sur l'é-
tendue des connaissances acquises.
CHAPITRE, M.
Des eauses générales et naturelles
de la révolution française.
L'HOMME tend essentiellement à la
perfectibilité en tout. Voilà l'origine
des -révolutions philosophiques.
On ne pourrait contester la réalité
de cette tendance pour la moralité
elle-même, ou il faudrait expliquer
par quel autre moyen la dépravation
qui dérive de l'amour de soi, si rapide
dans ses effets, excitée à. l'infini par
les lois de la progression, n'aurait pas
produit depuis lung-tems une subver-
tion irréparable d« toutes les notions,
PHILOSOPHIQUE»
(a) •• Si depuis que le monde a prie commencement
» Le v5ee d'âge en Age, avait acciaissement
•» Cinq mille aoi sont passés que l'extrême malice
• Eftt surmonté le peuple et tout ne fut que vice,.
(Ronsard des Misères de notre tems. )
(b) Les philosophes ramènent Tolontiejr* touï
ce qui semble compliqué à un seul principe}
mais si le moyen conservateur paroft ici com-
plexe, c'est qu'il a"agit de deux objets de
couservation. Dans le grand tout, ily a 'espèce
«c l'individu à conserver ne fallait-il pas pour
ce double «fibt, que le moyen fût double lui-'
teêiue?
de tous les sentimens qui contribuent
à maintenir dans la sociabilité l'é-
quilibre Nécessaire à tout ordre exis-
tant (a) L'intérêt particulier, dit-on,
se sert à lui-même de contre-poids (b).
Il faut bien que ce contre-poids ne
puisse suffire pour garantir la société
des effets de l'égoïsmej et c'est pour
suppléer à cette insuffisance que la na:
ture avoulu y ajoutêrUn préservatifplus
noble, une disposition plus généreuse.
Le sentiment actif d'une bienveil-
toe ia ,3
"état social la devient nécessaiM
d'une via publique, de fêtes quirapprochent les
qui augmentent, en le
de générale qui
des objet, de'
d. beau analogue$
foule de vérités morales sont à ce
principe originel. pas rour secmnder lrs
intentions d-e la nature, que qUi
que l'art de les développer,
est vivre
pour lui ét pour les autres, en raison
que auvent même il est juste
à parce que
de est la plus essentielle t
N'est-ce pu encore par
.que de la ,patrie
de fondement,
toutet lea .d'être: cultivé,
par Quand
ou vient à
patcie
eèst que le
lance générale et l'amourdu beau(a);
dispositions qui, par une combinaison
admirable avec l'amour de soi, peuvent
14
agir en nous concuremirient avec
tui et d'une manière entièrement
isolée de sorte que dans la suppo-
sition d'un ordre de choses qui devrait
rendre tous les hommes heureux sans
exception, chacun par un mouvement
expansif, après avoir éprouvé le sen-
timent de son avantage particulier
jouirait encore de son extension à la
société entière, et même d'un certain
charme réfléchi attaché à l'idée de la
perfection. L'innocence comme la né-
cessité de l'amour de soi est incontesta-
ble mais borner l'homme à cette seule
impression c'est mettre sa destinée
au-dessous de la bête qui reste au moins
fidèle à son instinct.
Si l'on s'étonnait de nous voit re-
monter si haut pour parler de la
révolution française, noua pourrions
répondre qu'on ne e&hit la Véritable
filiation des causes subséquentes, qu'ft-
pré* avpir interrogé !il première^
«•* tA ftittILVTtOW
Serait-ce les préjugés anciens et les
pussions actuelles qu'il faudrait con-
sulter ?
Qu'on ne croie pas non plus que
notre intention soit de faire de ce
précis un roman philantropique. Nous
cherchons le vrai. Notre devoir et
notre titre nous commandent d'éviter
l'illusion comme l'erreur. Nous nous
garderons bien d'attribuer tout ce qui
i'est fait à la sublimité des sentimens
généreux; mais nous ne l'attribuerons
pas non plus exclusivement aux pas·
lions' sordides et coupables. Suppose-
rons-nous même pour unique mobile
aux désirs et aux actions des hommés,
leur intérêt isolé(fot-il bien entendu),
eomme s'il n'y avait ni justice, ni gé-
nérosité, ni affections qui lejs appellas-
sent quelquefois hors d'eux-mêmes?
Selon quelques écrivains modernes
classe inculte n'a jamais
tigoifU quo licenci} légalité ne Ait,
l6 PHIX.04OFKIQTX»*
(ai raya 1* Bol* £»U
disent-ils qu'une envie odieuse une
soif dévorante de la richesse ( a ).
Loin. de nous tout excès d'opinion.
Montrons les hommes tels qu'ils sont
par la nature et par les modifications
sociales jugeons leurs actes et lèurs
sentimens révolutionnaires, 'après
les divers, motifs qui ont dû les dé-
terminer.
Le tems ne change rien au typ?
primitif des dispositions de l'homme
si donc la yie humaine est une tendance
continuelle vers le bien et le mieux,
vers la perfectibilité enfin, sans que
les erreurs dans lesquelles ont peut
f tomber dans la route ni les écart»
de l'égoïsme puissent démentir .cette
assertion; s'il est prouvé que l'homme
est essentiellement disposé aa^t senti-
ment du beau en mêmerteins que
l'amour de soi ne saurait ?tre abso-
Ivr tA niroivrion tnkTtçkuxi 10
B
lument étranger à cette disposition, il
est certain qu'à l'idée du perfectionne-*
ment de l'existence sociale s'est jointe
par-dessus tout Fïdée de l'égalité)
elle a dû paraître, par une extention
absolue comme par son application
individuelle, le dernier degré de per*
fectibilité le véritable point du repos
de l'imagination dans* la pensée de la
félicité commune car le bonheur de
tous une fois établi dans les proportions
d'une égalité, entière quels voeux y,
aurait-il encore à former!, Quelle plus
grande et plus séduisante iniage pour*
rait-on poursuivre encore J
Voilà en effet là hauteur à laquelle
l'homme est susceptible de s'élever, et
le terme de l'immense carrière livrée
à la puissance de son génie, à la liberté
de son imagination impatiente. Plus
cette faculté s'exalte, moins elle dis*
cerne sans doute les succès possibles
^e ceux gui ne le 'sont pas pour1
ils COîT«Xl>iaATloK8 PHIX.O8OP*lQtrst
peu que les circonstances la servent
dans son essor rien ne l'arrête elle
commande à la raison de la suivre,
elle l'entraîne l'encourage par des
acquisitions inespérées et finit par l'é-
garer avec elle mais enfin dégagée
de cette influence prestigieuse, la raison
calcule bientôt avec plus de circons-
pection tous les genres d'obstacles
ceux qu'elle s'étonne d'avoir vaincus,
ceux qu'elle peut renverser encore
ôeux qu'elle craint devoir renaître
et ceux qu'elle croit ne pouvoir jamais
surmonter. Toutefois l'activité im-
pétueuse de l'imagination n'est pas
moins nécessaire aux progrès de la
perfectibilité humaine que la raison
peut l'être pour la diriger, pour pré-
venir ou réparer l'inconvénient de ses
écarts c'est toujourspourune fin utile
que nous ont été données nos facultés
même les plus dangereuses.
h bous importait d'établir et de
SU» IX ftivOLUTTOX YftiirçAlSE. If
B2
distinguer scrupuleusement les sources
fondamentales de toutes nos détermi-
nations dans l'usage de nos facultés
morales et intellectuelles nous avions
besoin d'exposer avant tout que
malgré l'espèce de dégradàtion oc-
casionnée dans toutes les classes par
l'ignorance, les préjugés et lés erreurs
sociales, enfin malgré tous les avan-
tages de l'égoïsme sur la justice il
restait toujours au fond des âmes
une disposition indestructible en fa-
veur de ce qui est bon juste, sublime
et digne de la véritable destinée de
l'homme.
Certes la crise révolutionnaire a
remué fortement cette disposition;
elle l'a développée avec d'autant plus
de puissance qu'une grande sommé
de lumières seconda l'activité de son
Impulsion et porta facilement làcon-
viction, dans les esprits L'ivresse des
premiers succès et par suite d'une,
!%O COKaiDiEATIOKS PHIXASOPHYQT7M
(a) « Une révolution était inévitable vers
a la fin du 18-le siècle les résiatances ont accru
«on-Toluuw», M§rciêr membre du conte*
du Soo,
résistance mal calculée (a) des succès
encore plus décisifs firent naître de
nouvelles espérances} une opiniâtreté
soutenue rompit enfin toutes les digues,
et donna un moment aux vœux du
peuple, les plus extrêmes le carac-
tère profond et imposant de la volonté
générale; vœux réels! habilement rap-
pelés, et invoqués après l'organisation
même de la constitution actuelle par
les chefs des sectaires de l'égalité
absolue. Malheureusement tous les
Vices ont fermenté simultanément et
avec plus d'activité peut être; les
passsions nuisibles ont mêlé leur ra-
vages aux élans des idées grandes et
généreuses tous les désordres spQn-
tanés et plus encore suscités par les
ennemis du perfectionnement de l'art
aux zk B.èvoitTTro!T 2I
Celle du 9 thermidor.
b a.
s.ocial vinrent souiller l'époque de la
plus haute puissance des idées philo-
sophiques qui électrisaient toutes les
têtes. L'effet de ces désordres dont
l'influence destructive non-seulement
corrompit la morale publique mais
pénétra dans toutes les parties dé
l'administration fut d'opérer une
nouvelle crise ( a), qui arracha sans
retour aux espérances populaires leur*
prestige le plu's séduisant Végalité
philosophique consentir par l'opinion
corrime l'objet le plus essentiel des
moeurs nationales. Ils pouvaient faire
plus (et nos ennemis y avaient bien
compté ) ils pouvaient priver le
peuple français d'acquisitions solides
qu'il a heureusement conservées et
s'il est vrai que dans les siècles à
venir, la marche naturelle des idée
vers la. perfection nous donne le droit
tA PHILOSOPV*QVE«
de prétendre à de nouveaux bienfaits,
du moins, en, attendant, ceux qui
ont apprécié, la sage combinaison des
différentes parties constitutives de
notre gouvernement, peuvent se dire
que les malheurs causés par la, ré-
volution ne seront pas sans un dé-
dommagement immense.
r Dans le développement majestueux
et terrible de cette crise mémorable,
trois intentions positives se sont ma*
nifcstées .la Liberté, l'ÉGALITÉ,
la Fraternité.
Qu'on analyse attentivement et de
bonne-foi la révolution toute entière',
on trouvera nécessairement pour ré-
sultat ces trois vœux plus ou moins
fortement prononcés. Ce sont eux qui
en furent les causes premières et le
brut le désordre des finances la
dépravation de la cour et le progrès
des lumières, n'en ont été que les
causes occasionnelles et immédiates.
ST7& LA màvOLUTION ÏBAKÇAXSE. &3
(a) a Le mot égalité est le levier qui *T*p-
plique le plus immédiatement à lniMour-
n propre ». {Manuel révolutionnaire, p.
B4
Les significations diverses que pré-
sentent à l'esprit les mots liberté,
égalité, par le plus ou moins d'ex-
tension dont ils sont susceptibles, ont
produit toutes les divergences d'o-
pinion leur sens raisonnable et bien,
compris est ce qui a occasionné la
lutte générale entre le despotisme et
la philosophie, et commencé ce grand
procès que termineront nos armées
et que la postérité jugera.
Par .leurs nombreuses^ abstractions
métaphisiques par..leur application
assez difficile à une foule de combi-
naisons civiles, politiques, morales et
religieuses les idées de liberté appar-
tiennent plus particulièrement aux
esprits cultivés. Celles de l'égalité
beaucoup moins complexes et lices
intimement au sentiment universel de
la justice (a), sont par conséquent
%j CÙVSlvitikllOJt» FHILOSOFKlQt/
plus à la portée de tous. La fraternité
indique, sans qu'il soit nécessaire de
l'expliquer, le besoin et le vœu do
toutes les âmes bienveillantes et ex-»
pansives.
Certes, quiconque avec une âme
^ile ou despotique prononça le mot
liberté,' en profana le nom auguste
qu'il n'était pas digne de comprendre.
Çelui qui prêcha l'égalité avec un
caractère injuste et orgueilleux, mentit
sa conscience et à ses semblables;
inais quel mortel impie et barbare
osa parler de la douce fraternité avec
la froideur d'un cœur desséché par
i'envie et associer non pas seulement
l'idée de la mort, mais la mort même
à la sainte expression de la bien-
veillance générale?
Ce n'est point au reste par des dé*
clamations passionnées contre les mé·
chans, ni même en cédant à des
mpuvemens involontaires d'indigne
•V& LA KiTOLUTlON a5
tion que l'on doit remonter à la source
des désastres révolutiannaires dans
cette recherche intéressante, mais dé-
licate, il faudrait nous ne dirons pas
être privés mais se défier beaucoup
de la moindre impression sentimentale.
Nous tâcherons de nous écarter le
moins possible de cette défiance de
nous-mêmes garant nécessaire d'une
stricte impartialité.
CHAPITRE III.
Prodigieuse influence de l'égalité
sur les progrès de la révolution.
DES trois causes essentielles de la
révolution, la plus ancienne', la plus
active, la plus opiniâtre c'est sans
contredit le sentiment de l'égalilë
morale. Celui qui a dit « L'égalité
naturelle est un mensonge 5 l'égalité
? sociale est une chimère j
s6 coN3iDiB.A.ïïoxs rniLOsorHiçcts
civile et politique est le premier
b droit de l'homme » a exprimé une
pensée infiniment juste dans le sens
qu'il y attache, et qui n'est point
équivoque. Il est clair que c'est l'é-
galité de fait que l'auteur nie avec
raison et qu'il traite de mensonge;
comme lui la nature la dément à
chaque instant sous nos yeux par
l'inégalité effective de ses productions
les plus homogènes; mais il est bien
étonnant que l'on n'ait pas saisi ou
voulu saisir la. principale idée que le
peuple a toujours attachée à son vœu
pour l'égulité.
Que les premiers en instruction et
en moyens, hors de la classe des pri-
vilégiés, n'aient vu dans l'égalité que
l'abolition du système féodal et des
distinctions nobiliaires, le droit de
prétendre à toutes les fonctions pu-
bliques, et, qu'à cet é^ard ils aient
dû confondre l'égalité avec la liberté,
sur LA nèvortmoH r&A.KçAxss. s^
cela est naturel; mais la classe nom-
breuse que sa position fixe dans la.
société écartait alors et éloignera
toujours des places et des dignités,
devait avoir aussi sa pensée relative:
elle la puisait dans la nature son
instinct lui disait que les hommes
sont égaux devant elle quo le mépris
est un vicç quand il n'a pas le vice
pour objet que la dignité de l'homme*
ne devait pas être détruite ni même
compromise par l'indigence et la va·
riété des professions que la moralité
la vertu ne sont pas plus exclusivemen t
le partage de 1 homme instruit et opu-
lent que de l'homme inculte et pauvrf
tous les esprits bien faits avaient
de plus le sentiment intime que la
bienveillance des procédés est respec..
tivement honorable que V urbanité y
non pas exclusive, mais généralisée,
en rapprochant des distances qui ne
sont rien pour l'homme honnête, écarte
•ft CONSipiaATIOKS P&ItOsOPAlQuis
l'eu vie élève les âmes, entretient la
paix et l'harmonie des rapports so-
ciaux, ajoute à la puissance des lois
et devient le complément, nous dirons
même la source des bonnes mœurs.
Quelle sensation n'avait pas pro-
duit, long-tems avant la révolution
cette belle maxime de VOLTAIRE
Les mortels sont égaux ce m'est pas la naissance >
Cest la 4eule vertu qui fait If différence
Combien cette maxime n'a-t-elle pas
été citée depuis par des.hommes sages!
La raison confirmait donc tout ce que
nous venons de dire de ce sentiment gé-
néral que nous nommerons populaire,
et il est de la nature de l'amour-
propre d'exiger toutes ces choses,quand
la raison qui les réclame n'est pas
entendue.
Aurait-il suffi pour contester au
peuple ses prétentions à l'égalité mo-
tale de lui alléguer que l'orgueil s'y
ses &▲ lufcronrrioK trawçaisï. ai
refuse est que les lois n'ont aucune
prise sur l'orgueil encore moins sur
la sottise qui presque toujours <y
trouve jointe? Le peuple ne sait point
entrer dans tous ces détails métaphi-
siques les circonstances lui donnaient
"chaque jour de plus en plus le sen-
timent de sa force il opposa toute sa
puissance à l'orgueil rebelle et se
flatta de produire et de fixer à jamais
dans l'opinion ce que la raison oserait
à peine se promettre des institutions
les mieux conçues, les plus habilement
dirigées. Il se trompait dans son
espoir; mais sa volonté était bonne.
Les chefs qui exaltaient ses sentimens
étaient le plus souvent des fourbes
mais il procédait avec franchise et
conviction et si la raison sociale et
relative t'opposait au succès de tous
ses vœux, il semblait du moias avoir
pour lui la justice
On a prétendu infirmer la puissance
3p coffszBiAAtxoxrs
réelle du sentiment de l'égalité si*
la marche révolutionnaire,et repousser
ainsi cette cause générale et essentielle
dans la classe des motifs indirects,
en disant que les voeux du peuple lui
furent suggérés que ses opinions
comme ses actes partaient d'une im-
pulsion combinée qui le faisait mouvoir
aveuglément au gré des ambitions
particulières. Nous saisirons cette oc-
casion pour reconnaître une vérité
incontestables c'est que de lui-même,
jamais le peuple ne se met en mon-
vement. Il n'y a peut être pas
d'exemple d'aucune explosion absolu-
ment spontanée mais il serait plus
difficile^ encore à quelques hommes, si
habiles qu'on les suppose si nombreux
que pussent être leurs agens, de pro-
duire un grand mouvement, s'ils ne
Motivaient leur appel solemnel ou
ténébreux non-seulement sur les dis-
poûtiQBS existantes parmi ceux qui
•Vil t*. VRAIIÇAISS. 3»
(a) Loin d'être disposé à s'insurger su»
cesse, ai le peuple français a eu tant de peine
se r'asjMour c'est qu'il voulait achever son
a ouvrage pour ne plus recommencer ». {Sût»
philosoph. de la Rév* de Fr. par Fantm-de*-
Odoardt). Ce n'«st jamais aana peine que le
peuple renonce à cette disposition à la paix et
l'obéissance qui lui ont rônn4 des
nultres., et; ont assuré l'auUtàfli •»
«ont susceptibles d'être mis en action,
tnais encore en faveur d'un but ana-
logue aux dispositions générales de
-la masse qui doit rester dans l'inertie
et conforme à l'intérêt public, en der-
.nière analyse (a).
Qu'on ne cherche point ailleurs la
raison des différences de succès dans
les divers mouvemens révolutionnaires
depuis le 14 juillet jusqu'au i3 ven-
déntiaire sans en excepter le 6 oc-
tobre ni même l'exécrable 2
septembre La force d'opinion
qui sert de motif comme de prétexte
à un mouvement désordonné s'empare
Sa CoNSIDiUÀTlOMS f HILOSO*IIIQVa|
dérange*
toujours du produit de l'action quelle
qu'en ait pu être la source cachée.
Alors l'intention générale répare les
horreurs commises, trompe les espé-
rances criminelles, et, selon lé degré
de justice, de puissance et d'intensité
qu'elle possède elle n'en fait que
plus de progrès vers le but dont on
pensait la détourner*
Le projet profondément atroce dont
jBabœuf était le directeur ostensible,
vient à l'appui de cette vérité. Plus
on médite sur lés combinaisons de ce
complot contre le gouyernement ac-
tuel, plus on en demeure épouvanté
car, sans parler des moyens horribles
qui devaient être mis en usage, on
voit que s'il restait en faveur du projet
assez de dispositions générales pour le
faire réussir, il y avait en même-
teins tout ce qu'il fallait d'opposition
générale pour le faire échouer, (au
cas qu'il eut éclaté ) 3 mais non sans
VO* tA S&fOLVTlOir
(CI) Lors même qu'il bannissait l'égalité ,et
la tolérance de ses assemblées sectionnaires il
ne parlait pas moins d'égalité et de fraternité
c'est qu'il croyait devoir soumettre ceux qui
«•Allaient de, -s'identifier arec lui, ou qu'a iup-
c
déranger le travail de la première
végétation de l'arbre constitutionnel
et mettre la république, et peut-être
la France, à deux doigts de^a perte.
Il est inutile d'ajouter qu'à l'époque
de ce compldMli^ÉKmens de ceux
auxquels s'adressait l'appel de Babœuf
et qui eussent voulu y répondre,
n'avaient plus la même pureté, et par
conséquent la même puissance que
dans le cours de la révolution.
II est certain que les vœux du peuple
ne furent pas tout-à-coup des espé-
rances, et que ces espérances elles-
mêmes n'acquirent que progressive-
ment le caractère d'une volonté
forte (a)', mais ces mêmes vœux
CONSIDERATIONS PHILOSOPHIQUE»
rosait dans ces dispositions; et c'est ce qui peut
expliquer cette fameuse devise
Unité Indivisibilité de la République
Liberté Egalité Fraternité, ou la mort.
Mais par quelle sïngularité les trois mots
placé* ordinairement à la tête de tous les actes
publics occupent-ils ici le second rang?£Cette
incohérence do réduction indique-t-elle défaut
de goàt ou bien une intention perfide, ou enfin,
au moment où elle fut rédigée l'unité l'indi-
visibilité de la république parurent-elles l'objet lo
plus important ? Quoi qu'il en soit nous re-
marquerons que malgré la terreur qui forçait
les propriétaires a faire afficher cette devise aux
endroits les plus apparens de leurs maisons il
ceux q»»> plâtrent l'inscription au Louvre et
au jardin des Plantes, osèrent la décomposer
Liberté, Egalité, Fraternité Unité,
Indivisibilité de la République ou la mort.
Par cette transposition la menace de mort,
n»épouvantait pas d'aussi près la fraternité, dont.
le sentiment s'ipspue et ne se commande point.
,étaient, comme nous l'avons déjà
dit, inspirés par la nature et par la
raison elFe-même éclairée depuis
long-tems à cet égard par toutes les
réflexions de la religion et de la
philosophie.
ÈVTL tA rRàKr4Isç.
C 2
Eli .'comment le peiiple,qui est -plus
capable de sentir les idées abstrait es.
que de les analyser et d'en calculer
les résultats, n'aurait-il pas montré
une, disposition opiniâtre en faveur
de l'égalité ? Il avait joui pleinement,
au moment de l'insurrection générales
le 14 juillet, aux premières et belles
époques de la révolution, de tout ce
que la liberté encore, vierge l'égalité,
parfaite, le rapprochement sincère
des esprits et la fusion des intérêts
pouvaient offrir de plus séduisant dans
l'abandon des affections publiques.
Car ce fut dans ce moment d'union
générale que la fraternité prit nais-
sance, ou plutôt commença à donner à
toug une idée sentie du charme de la
bienveillance qu'elle exprime, est ce
charme doubla le prix attache a l'é-
galité Le souvenir de- si douces
3t COHSIDtttÀTIOXi MllOSOKlQVB»
jouissances n'avait point péri dans
les âmes de ceux qui les avaient
goûtées, encore moins dans la pensée
des ambitieux: il retraçait au peuple
de grandêslmuges, en même tems qu'il
fournissait aux intrigans un moyen
puissant d'exaspération. Aussi lors-
clue l'assemblée constituante eut eu
l'imprudence de déclarer que les seuls
citoyens actifs pourraient composer
la garde nationale, des plaintes amères
se firent entendre ceux qui tout-à-
coup avaient été condamnés à la
nullité politique la plus absolue
rappelèrent leurs services et ne dis-
simulèrent pas que lorsqu'on avait
eu besoin d'eux pour résister au
despotisme, on les avait bien crus
dignes de porter les armes. On sait
aussi avec quel avantage Danton
sut, au 10 août relever cette
classe d'une exclusion ignominieu-
se, et lui tendre. toutu son acti-
8VK LA HByOLtJTlOK ÏKÀNÇAUE. 31
(a) Un appel motivé aux citoyens passifs, et
signé Danton, tut placardé dans Paris à cetta
époque.. c 3
Yité et toute son énergie ( a ).
Sans doute nous aurons à parler,
de la funeste dépravation des idées
révolutionnaires nous nous proprosons
même de traiter isolément cet im-,
portant sujet dansnotre seconde partiel
mais avant de porter nos regards sur.
les maux affreux qui résultèrent de
J'exaltation excessive du sentiment
de l'égalité continuons de suivre et
de marquer avec scrupule la grada-
tion de ses progrès.
On ne peut le nier, la prépondé-
rance que ce sentiment acquerrait de
jour en jour fut vivement stimulée
par l'intrigue et la perfidie des am-
bitieux ils tirèrent eux-mêmes leurs
grands moyens de succès des fautes
commises par les hommes chargés de
travailler à la reconstruction de l'é-
CONSIDERATIONS PHlLOSOPHIQTr£$
dificc social, et qui, dans plus d'une
circonstance manquant de concert et
de sagesse pour diriger, comme elle
aurait dû l'être l'impulsion révolu-
tionnaire ( a ) fournirent par-là au
(a) En supposant qu'il soit possible de diriger
1 une crise dont la force d'impulsion est inconnue,
les- complications incalculables et les redouble-
mens inataendus si dangereux. Dans la confusion
de tant de volontés d'opinions et d'intérêts-
difFérens que peut faire la plus haute sagesse ?
Sait-on jusqu'où l'on doit aller et où l'on pourra
s'arrêter une révolution quelconque est une
conflagration terrible d'élémeris disparates lea
désordres moraux ou phisiques les plus afiretux
sont soumis à des loix également précises; mais
lçur intensité leur durée dépendent d'une infi-
nité de combinaisons tout-' -fait hors de la
puissance comme de la prévoyance des hommes.
Maitrisés par la force des choses loin que les
plus habiles puissent se flatter de régulariser ou
d'arrêter le mouvement révolutionnaire r c'est
ce mouvement lui-même qui les dirige et les
entraîne. Ils influent si l'on veut, en bien oit
en mal, par' kuw talons et leurs efforts; ils
agravent ou adoucissent la crise la prolongent
ou la précipitent en!raison de leur caractère et
de leurs moyens mais. sans pouvoir répondre
d'aucun résultat analogue. Les produits salu-
taires de la raison er de la vertu elles-àiêmes
ne commencent à promettre des effets certains-
qu'au moment difficile à juger d'une toodanc9
universelle au repoa*
ÇVR LA
peuple de fréquentes occasions de
déployer sa puissance. En s'eilor cant
inutilement, d'un côté, d'éluder ses
prétentions à l'égalité, en travaillant
de l'autre à les exalter, on, l'amena
par degrés à »'y plus mettre; de
bornes mais ce qui contribua.
essentiellement à la réussite de toutes
ses entreprises, ce fut le nombre
immense, et vainement conteste de*
pa,rtisans de cette égalité morale, qui
n'agissait pas seulement sur la-classe
inculte mais dont le charme; jai»aU*
commencé par séduire une grande
partie des esprits cultivé^ d'autant
plus attachés à ce sentiment qu'il»
l' embellissaient de plus, d'idées phi-
losophiques et ceux même qui par
caractère ou par, intérêt ne se tuou^
yaie,nt point disposés à en admettre
la. doctrine ne purent tellement dé-
fendre leur «pnsciençe de son a^çoii->
dajal, que leur adhésion seçrelte^toulc
%O 9*ltMÙ*UlQp*»
involontaire qu'elle était n'eut aussi
une grande part à la propagation du
prestige. Il vint enfin une époque
trop marquante pour être jamais
oubliée, où 'tout ploya sous le joug
de la volonté .populaire où rien ne
parut impossible, en bien comme en
mal peut-être, où les esprits assez
clairvoy ans, assez exempts de l'in-
fluence* commune pour oser se flatter
de prévoir l'issue positive des évé-
nemens, formaient un bien petit
nombre
L'amour-propre nie envain au jour'
d'hui l'assentiment de conviction pres-
qu'universel donné au système de l'é-
galité philantrof>ique. Nous attestons
ici les âmes franches qui savent con-
server le souvenir de' toutes leurs sen-
sations elles peuvent'dire avec quelle
facilité la puissance progressivc de
l'opinion générale avait modifié les
opinions particulières les plus diver-
W% .il- fcéTOLVTXOK *Hk*ÇkU*Z
h (<O Notice sur sa fie Fage Si.
géantes elles se rappelleront à quel
point leur pensée intime, leur raison
toute entière, pour ainsi dire, fut
asservie à fempire des circonstances
à l'éclat imposant de ce système.
« La raison dit Sieyes, est la mo-
raie de l'esprit, comme la justice
2) est la morale du cœur (a) ». Mais
tel fut l'ascendant de la justice si-
non dans les actions, du moins dans
l'opinion, que le prestige avait gagné
toutes les têtes; et si quelque chose
arrête l'imagination surprise^ c'est
que le gouvernement, à l'époque dont
nous parlons, se soit conduit avec
autant de folie et de cruauté, que
s'il eut ignoré la surabondance de
force d'opinion dont il était investi.
4s
(o) Nous reconnaissons très-bien d*àilleii)r»
que les fonctionnaires en général avec
ij plus grande dureté les citoyens qui, pair mal-
heur 'ou pour affaire se trouvaient en, rapport
avec eux; et que..le tu fraternel était àrlà-foi»
d'une insolence, et, vis-à-vis des personnes du
sexe d'une indécence insupportable mais ce»
outragea partiels de quelques individus jtjue le
pouvoir égare, étaient absolument contraires à
l'opinion ainsi qu'aux procédés généraux.
Une comédie qui fut jouée avec le plus, grand
succès dont la première représentation eut lieu
te 3 rtivôsê'Aê Tan a r.u 'Théâtre des Arts, -et
intitulée U parfaite Egalité, prouve le véri-
table esprit qui faisait adopter le tutoiement.
Dans cette conduite comm
ouvrage dramatique tous les personnages se
tutoient et cependant les convenances
raissent aucunement blessées le respect filial,
celui des serviteurs à l'égard de leurs maîtres T
celui d'un sexe envers l'autre loin de perdre
de leur force semblent au contraire y gagner.
C H A P 1 T -R E I..v.
Influence de la fraternité les
progrès des idées révolutionnaires*
"L'égalité régnait alors complet-
îemcnt dans les relations ptWées (a)

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