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Considérations sur les élections, adressées à MM. les électeurs du département de l'Yonne , par M. N.

35 pages
Impr. de L. Fournier (Auxerre). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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CONSIDERATIONS
SUR LES ÉLECTIONS,
ADRESSÉES
A MM. LES ÉLECTEURS
DU DÉPARTEMENT DE L'YONNE,
PAR M. N.
A AUXERRÉ,
DE L'IMPRIMERIE DE L. FOURNIER.
1820.
CONSIDÉRATIONS
SUR les Elections, adressées à MM. les
Electeurs du Département de l'Yonne.
Au moment où vont s'ouvrir les élections ,
et entrer en lice bien des intérêts et des
prétentions, il doit être permis à un ami
de son pays d'adresser à ceux qui doivent
prononcer dans ce grand procès, le tribut
de quelques réflexions propres à les conduire
plus directement au but, et à les mettre
en garde contre les ruses, les séductions et
les illusions de tout genre disposées à l'avance
pour les en détourner. Ce but n'est autre ,
sans doute, que le choix d'hommes empres-
sés d'assurer la stabilité du Trône constitu-
tionnel, et, par conséquent, également atta-
chés à nos Princes et à nos institutions.
Il est bien évident que cette première
épreuve de la nouvelle loi d'élections doit
être décisive ; c'est-à-dire, donner de nou-
velles forces à l'esprit monarchique qui les
anime , ou au contraire de nouveaux organes
à ces doctrines spéculatives, séduisantes peut-
être, mais encore isolées de l'expérience,
ou déjà réprouvées par elle. Je n'entrepren-
drai pas la démonstration de cette vérité :
il n'y a pas un de MM. les électeurs qui
n'en soit convaincu, ne fût-ce que par le
mouvement extrême dans lequel il voit tous
les partis autour de lui.
La première question à se faire est donc
celle-ci ; Faut-il ouvrir à ces doctrines le
chemin de la réalité, ou fortifier au con-
traire l'esprit monarchique pour garder et
maintenir sans altération Tordre établi par
la Charte.
La solution de cette question sort pour
ainsi dire de ses termes.
Ne sommes-nous pas dans une monarchie ,
et une monarchie héréditaire ? La conser-
vation du trône et de la famille de nos Rois:
est-il pour nous quelque chose de plus pres-
sant ?
Qu'est-ce que l'esprit monarchique, si ce
n'est la disposition de tout faire pour cette
conservation ? Adressons-nous donc à lui,
si nous voulons conserver. Je ne condamne
nullement ici ceux qui, plus touchés des
besoins dont ils entendent incessamment la
voix autour d'eux que de ceux de l'auto-
rité, laissent à d'autres le soin de réclamer
en sa faveur et la croient au contraire tou-
(5)
jours trop forte ; je ne préconise pas non
plus ceux qui n'ont devant les yeux que
l'intérêt du pouvoir et combattent sans
cesse pour l'étendre ; mais sans prononcer
Sur ces deux différentes directions des
esprits , qui, resserrées dans un certain
champ, sont également louables dans un
Gouvernement représentatif, quelle est celle
qui assure le secours le plus efficace et le
plus prompt au pouvoir qui se plaint de
voir envahir son domaine ?
Il ne peut y avoir la moindre hésitation
sur la préférence à donner à ceux qui se
sont habitués et se sont voués à la défense
de l'autorité; de même, les amis de l'ordre
n'ont pas un instant à perdre pour changer
de direction dans leurs efforts , s'ils s'aper-
çoivent qu'ils prêtent trop drassistance aux
doctrines ou aux ambitions qui tendent à
affaiblir la Puissance Royale.
Ne perdons pas de vue , en effet, que
s'il y a quelque chose à craindre pour le
trône, l'Etat entier chancelé ; car dans un
gouvernement représentatif, plus qu'en tout
autre, il a un besoin toujours actuel du eon~
cours des autres intérêts. Ce gouvernement
en effet est une société des trois intérêts ,
monarchique, aristocratique et démocrati-
(6)
que, contractée sous la condition qu'à l'in-
térêt monarchique appartiendra le droit
suprême de régir et d'administrer : pensez-
vous qu'une société puisse prospérer où
l'associé administrateur est continuellement
envié , entravé , accusé et combattu par les
autres ? Si vous jetiez les yeux sur une pa-
reille société qui vous fut étrangère, vous
ne manqueriez pas d'en prédire la ruine.
Ouvrez nos lois , vous y verrez qu'elles
proscrivent sévèrement une pareille lutte
dans les associations d'intérêts privés. Ce que
nous trouvons de si bonne pratique pour
notre bien domestique , cesse-t-il d'être sage
quand il s'agit de l'intérêt national ? Ce qui
est salutaire pour la famille doit l'être, assu-
rément dans la direction de l'Etat qui n'est
qu'une grande famille.
Mais en sommes-nous à ce moment où il
est urgent de mettre avant tous autres in-
térêts celui du trône?
Que dirai-je ? le Roi l'a proclamé. Les cir-
constances sont graves a dit le Monarque,
Après cette imposante recommandation ,
mettrons-nous notre avenir aux mains de
ces hommes qui, tout pénétrés de l'intérêt
démocratique, ne savent rien faire pour
l'intérêt monarchique , qui croient devoir
(7 )
servir le premier aux dépens de l'autre , pous-
ser leurs conquêtes sur l'apanage du trône ,
et s'enrichir de ses droits ? Hommes jeunes
de pensées et d'expérience, peu différens de
ces fils de famille qui, moins conseillés par
la prudence que par la vivacité de leurs désirs
comptent comme une victoire tout ce qu'ils
soustraient à la fortune paternelle au profit
de leurs plaisirs. Enverrons-nous aux pères
des peuples, pour leur subvenir dans les
oeuvres de leur sagesse et de leur bonté, ceux
qui n'y ont encore répondu que par le blâme
et l'opposition ?
Mais s'il n'est pas permis d'ouvrir le sanc-
tuaire des affaires publiques à ceux qui
n'apportent d'autres titres qu'une imagina-
tion impétueuse et un esprit immature ;
quelle réprobation ne doivent point encou-
rir ces hommes liés par je ne sais quel pacte,
qui étendant leurs relations d'un bout à l'autre
de la France, comme un réseau de perdition,
propageant l'expression de leurs voeux plus
rapidement encore que l'autorité ne le peut
faire pour ses commandemens , préviennent
toutes ses mesures, et placent devant chacun
de ses agens une influence absolue et auda-
cieuse qui, sous le nom d'indépendance ,
agit comme l'insubordination , et menace
( 8 )
comme la révolte ; ces hommes qui, sous le
nom de patriotisme, réclament la persécu-
tion , appellent sagesse , l'oubli des devoirs ;
force, l'impudence; vertu, la haine de l'or-
dre , et qui voulaient naguères faire entendre
à la tribune des députés d'un peuple géné-
reux et fidèle, une voix qui avait ajouté un
cri de joie au cri féroce des régicides.
Réunissez-vous contre ces hommes que la
soif du pouvoir et de la tyrannie dévore, dont
les comités directeurs ( I ) formeraient déjà
une cohorte formidable à l'autorité tutélaire,
si la raison des peuples ne leur résistait opi-
niâtrement ; venez au secours de cette raison
irrécusable , et montrez que la fidélité n'est
pas seulement un sentiment, mais une puis-
sance. Mais que dis-je ? la justice a parlé du
haut du trône , et déjà vous n'avez plus
d'ennemis à combattre ; ces vils et insolens
parasites qui assis au banquet de l'induis
gence et des grâces se passaient la coupe de
la rébellion , sont tombés dans l'effroi et le
tremblement; ils se bornent à épier comme
une proie la légitimité qu'ils prétendaient
traiter en esclave , mais l'irrévocable volonté
du Monarque s'élève contre eux comme un
mur d'airain devant lequel se, viendront
briser tous leurs coups.Venez , si j'ose m'ex-
(9)
primer ainsi , vous associer à cette volonté
suprême , en nommant pour députés des
hommes invariablement décidés à donner à
la puissance royale toute son étendue , et
à lui rendre toute sa majesté, de sorte qu'il
ne reste que la honte et la réprobation aux
côtés du Thersite que le Monarque aura
frappé de son sceptre ; que l'esprit de trouble
n'usurpe point la chaise curule , ni la science
de perversion le laurier du génie; que la
perfidie ne dépossède point l'héroïsme, ni
la trahison la fidélité ; qu'on cesse de ré-
clamer, comme pour des hercules, un culte
de crainte et d'honneur en faveur de ces
hommes qui savent détruire mais non com-
battre , qui menacent l'hésitation et fuient
devant la volonté ; qu'enfin le mépris de la
sagesse des dieux ne soit pas le dernier
degré de la sagesse humaine.
Des hommes animés de pareils sentimens
seront donc de bons députés , dût leur man-
quer le talent séduisant de la parole. Sans
doute que, dans une arêne où les coeurs
ne sont pas moins bouillants de rivalités et
de prétentions que ne l'étaient ceux des chefs
des Grecs devant Troie , on aimerait à voir
un Nestor répandre sur les ames ulcérées ces
paroles de paix et de concorde qui, comme
(10)
une rosée rafraîchissante , éteignent le feu
de la haine et de l'envie, et ne laissent de
chaleur que pour une noble émulation;
mais les bonnes pensées sont encore pré-
férables aux bons discours ; Fart de dire est
moins rare aujourd'hui que la force et la
suite dans la volonté.
Mais à quels signes reconnaîtrons-nous
ces hommes que nous désirons? Il faut né-
cessairement, consulter le système de leur
conduite particulière et plus encore , de
leur conduite publique , car ce n'est point
un mandat privé qui leur est réservé, mais
une mission nationale ; et tel qui agréerait
beaucoup comme particulier, peut manquer
des qualités qui le rendraient recommanda-
ble comme homme politique. Il faut re-
monter aux antécédents , sans s'arrêter aux
paroles, aux discours , aux professions de
foi, mais aux actions. On dit, en effet, sans
beaucoup de difficultés , tout ce qu'on veut
dire ; l'esprit et l'imagination fournissent assez
d'images pour en distribuer à chacun selon
son goût, et plusieurs assez inhabiles d'ail-
leurs , sont fort adroits à ce jeu ; mais les
actions sortent de l'ame ; faibles et viles si
l'ame est sans énergie , grandes et généreuses
si elle est vertueuse ; fourbes ou atroces selon
que la dépravation a poussé ses racines dans
un coeur froid ou brûlant. Quand donc les
actions d'un homme n'auront jamais offensé
ni l'ordre , ni la légitimité, ni la Religion, il
est digne de votre choix , très-digne s'il ne
s'est pas contenté de les respecter, mais s'il
a combattu pour leur cause.
Je ne fais qu'une classe des amis de l'ordre
et de la légitimité , qu'ils soient de ceux
qui n'ont cessé de vouer un culte manifeste
ou secret aux Bourbons, ou de ceux qui,
à l'apparition d'une main répressive de la
révolution , sont venus prêter leurs efforts
et leurs vertus au rétablissement de la règle:
ces derniers, en effet, voulaient l'ordre;
la légitimité qui en est la perfection, est
donc dans leurs voeux et dans le fond dé
leurs pensées ; ils l'ont fait ressusciter comme
de force , en ranimant les premiers élémens
qui la constituent, Ces hommes qui ont
rendu d'éminens services à la France, peu-
vent en rendre encore de bien grands ; ils
savent où prendre dans les décombres de
la révolution d'utiles matériaux pour la réé-
dification de nos institutions. Il faut, d'ailleurs,
se défier d'une disposition assez commune
et en quelque sorte naturelle , mais cepen-
dant fort injuste, et sur-tout très irréfléchie ;
( 12 )
c'est de porter exculsivement ses regards sur
une seule classe d'individus, et à raison de la
ressemblance de leurs antécédents ; les uns
ont eu l'avantage d'accompagner l'étendard
des lis ; ceux-ci de le suivre de plus loin :
qui dira les plus braves ? dans la mêlée ,
le guidon est-il le seul vaillant? La victoire
appartient à tous ceux qui ont combattu ou
contenu l'ennemi quelqu'ait été leur poste.
Vous , preux Chevaliers qui, tout couverts
de cicatrices que vous imprimèrent les coups
de la révolution , vous offrez encore à la
combattre, mettez à votre tête ceux qui
l'ont vue en face , qui Font vue marchant
dans le sang, et le poignard à la main,
lancer contre l'autel les débris du trône ,
faire tout crouler autour d'elle et grandir
au milieu des ruines, mais qui l'ont épiée
dans les transports de sa joie féroce et dans
ses craintes, dans ses momens de médita-
tion, d'emportement ou d'assoupissement;
ils vous indiqueront où il faut frapper
ce géant, ils le frapperont en votre pré-
sence, il leur est moins redoutable qu'à vous ;
vous n'avez vu que ses destructions, et elles
vous effraient; nous avons vu ses terreurs, et il
nous inspire non moins de mépris que d'in-
dignation ; qu'on l'enchaîne et il flatte ; qu'on
le caresse et il dévore.
( 13 )
Envoyez des hommes courageux qui aillent
droit à ce monstre s'il ose s'agiter; envoyez
des hommes sages qui empêchent une valeur
indiscrète de courir sur des fantômes, pen-
dant que l'ennemi s'avance d'un autre côté.
Les personnages que des opinions et des
caractères modérés ont toujours tenus éloi-
gnés des coups d'éclat, et qui aiment mieux
à suivre qu'à frayer le chemin, ceux-là
peuvent vous être encore d'une grande uti-
lité ; vous les trouverez assez dévoués pour
embrasser les glorieuses entreprises et pour
les seconder; mais sans préoccupation pour
des desseins dont d'autres se portent les au-
teurs , ils auront toute leur présence d'esprit
pour vous avertir de vos écarts ; ils auront
toute la fidélité de braves compagnons, et
toute la prudence de bons conseillers. Que l'on
m'accuse, si l'on veut, d'appeler des hommes
trop peu prononcés, et dès-lors trop sus-
ceptibles de recevoir l'impulsion du ministère,
je ne cesserai de regarder de pareils hommes
comme fort utiles. Si j'ai trouvé, dans un
temps où le ministère ne paraissait pas avoir
un plan fixe, qu'il y avait trop de facilité
de conviction dans ceux qui le suivaient à
travers toutes ses oscillations, je crois au-
jourd'hui qu'il découvre loyalement sa pen-
( 14 )
sée ; qu'il faut s'attacher à lui et lui donner
la disposition de toutes nos forces, tant qu'il
ne sera pas démontré qu'il ait quitté la voie
qu'il annonce vouloir prendre, Les royalistes
sont les auxiliaires naturels du Ministère ,
et de ce qu'avec le précédent, cette alliance
ne fut pas ce qu'elle devait être, il n'en
faut pas conclure qu'elle est déplacée avec
celui-ci ; bien au contraire , c'est la condi-
tion de sa puissance comme celle du salut
de la France. Il y a une conséquence di-
recte à tirer de ceci , c'est que si le Ministère
exprimait son desir pour un candidat, il
serait de toute convenance de se réunir en
sa faveur, que ce n'est pas là lé cas de se
récrier sur la liberté des suffrages. Sans doute,
vos suffrages sont libres, mais y a-t-il ser-
vilité à suivre le guide qu'on s'est choisi?
Comment donner une utile assistance à là
Puissance Royale, en refusant au Ministère
les coopérateurs qu'il réclame ? à moins qu'on
ne suppose que le Ministère n'agit point
dans l'intérêt du Trône, alors on remet
en question ce qui est résolu et très-mani-
festement en sens contraire.
Enfin, Royalistes dé toutes les nuances
et de toutes les époques, unis et également
alliés du Ministère, si vous ne lui envoyez

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