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Considérations sur les intérêts du Tiers Etat, adressées au peuple des provinces ([Reprod.]) / par un propriétaire foncier

De
107 pages
[s.n.]. 1788. Tiers état -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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̃
AD RE $ SE B Sr
AU PEUPLE DES PROVINCES;
Propriétaire Foncier*
i 7 8 8.
à eu uois Editions dans huit jours. Nous
avons cm qdil pouvoir être utile à Paris, de
favoir comment on dans les Provinces. La
Nation n'cfl pas renfermée dans la Capitale, elle
eft dans les Provinces aufiî & c'eft là fur-tout,
que Tintérôt général parle ayec plus de force
parce qu'il
intérêts particuliers. Ce n'ea pas dans U» cla-
meurs d-un peut recon-
noître l'opinion publique mais dans la difcuflion
paifible, fcV dans les réclamations réfléchies des
Citoyens » réunis pour s'occuper de T .itérêt
publie fur lequel fe faffent
1
A x
CONSIDÉRATIONS
SUR LES INTÉRÊTS
TIERS-lTÀÏ,
9 cet état- de crife ou fe trouve Tune des
plus piaffantes & .'des plus opulentes nations de
l'Europe il eft impose que les vrais & bons
citoyens ne foient pas vivement affeôés du dé-
fordre qui croît chaque jour du foin que met-
tent à écarter rexamen des vrais principes,
quelques-uns de ceux qui fe donnent en fpec-
tacle à la nation & de l'artince avec lequel les
intérêts particuliers éludent ou. combattent l'in-
térêt général.
Un peuple généreux & bon, qui, déplorant
Tufage que l'on fait fouvent des contributions
qu'il paie à Vêtit, fe flatte de trouver dans fou
indutirie ou dans rattachement qu'il porte à fe$
rois, des ^reffour ces toujours nouvelles, voyôit
avec douleur les diffipations qui, à timbrée*
C4>
trône laiflbient perdre le fruit le plus pur de
fes. travaux mais il le voyait fans aigreur, Ôc
cet antique réfpsft qu'il porte à les fouverains
en lui interdifant les murmures, ne lui permet.
toit que de s'exhaler eg regrets ou lui laiffoit
encore l*efpérancé que des minières fages
ouvriroient enfin les yeux de fes maîtres, fur
les prodigalités ruineufes qui fe faifoient en
leur nom.
Cependant, le meilleur des rois. adonné la
preuve la plus éclatante de la parfaite bonne
foi avec laquelle il chent fes peuples il a donné
un exemple que n'avoit fourni aucun prince,
& qui dans fa générofité Sublime ne fera peut-
être déformais imité par aucune il a rendu
compte à Son peuple de Ses revenus & de fes
dépenfes; il n'a pas craint de Soumettre à l'exa-
men de fes fujets les défordres oit fes finances
étoient tombées il a déclaré avec vigueur à
fes minières qu'il ne vouloit plus ni impôts ni
emprunt il a médité des plans de réforme.
Dirigés contre les abus même qui avoientocca-
fionné ces maux divers, il a affemblé hs no»
tables de Son royaume & avec cette noble
franchife 4*un père qui communique à fes en-
fans les maux de fa famille il leur a demandé
leurs c.onfeils.
Le zele des notables n'a pas feulement ré«
Ci)
Ai
pondu aux espérances de la nation il tes a fuf-
paffées. En cherchant le remède defiré ils ont
compris qu'ils étoient ïnfùffifans pour le four-
nir ils ont propofé au monarque d'affembler
le* étatS'généraux de 1? nation dé leur expofcr
la longue & douloureufe plaie de l'état, & de
les inviter à la guérir. Un prince defpotique eût
rejeté ce confeii, & Louis XVI l'adopta.
Cependant les befoins preffans de l'état exi*
geoient de prompts recours des engagemens
facrés la dette précieufe de la nation à laquelle
le monarque ne vouloit porter aucune atteinte
demandoient des contributions ou des emprunts
& forcé de renoncer pour quelque tems aux
principes qu'il s'étoit faits le monarque fe vit
obligé d'établir des impôts & de propofer des
emprunts..
On propofa fucceflîvement l'impôt du timbre,
l'impôt ceititorial &C la prorogation du fecond
vingtième pendant deux années le premier
tomboit en grande partie fur lé peuple le fé-
cond affe&oit tes propriétés le troifieme par
fa répartition conforme à fon institution primi-
tive gré voit fur* tout les riches. propriétaires.
On ouvrit aufll les. emprunts. C'étoit une fuite
des malheurs & de la détrefle du moment, qu'on
ne pouvoit ni fe paCTer d'argent ni en de«
der. Le parlement de Paris, refusa de vérifier fis
ci)
d'cnregirtrer les étfsts, par la raifon qu*it n'y
que la nation 'affemblée qui puiffe avouer les
impôts quelle doit fupporter il déclara formel-
lement qu'il étoit incompétent, &qu*iln'y a voit
que les états-généraux qui. eurent le droit d'exa-
miner les édits portant impofition; déclaration
remarquable ôc qui fait époque dans notre
hiftoire. Il demanda enfin la tenue des états"
généraux & le monarque la promit.
Tout ce qui s'éft paffé depuis a fait fentir la
néceffité d'une affemblée nationale. Le parle-
ment, le flergé 5 la nobleffe la demandent, &
le roi le roi la claire plus qu'eux tous il n'a
laiffé échapper aucune occafioa de le témoi-
gner, & d'annoncer à la nation qu'il vouloit
lui rendre une prérogative qui pouvoit feule
rétablir l'ordre public. Exemple mémorable
nous le répéterons qui doit toucher les Fran-
çois de reconnoiffance & réveiller le zele d'un
peuple éclairé, induûrieux acïif & plein d'at.
tachement pour fcs maîtres. Enfin cette affem-
blée a été fixée au mois de janvier prochain.
Mais comment ferat-elle compofée ? Quels
y feront les intérêts particuliers de chacun ? Que
réfultera-t-i! du choc de ces intérêts ? Quelles
paillons animeront fes divers membres? Quels
objets y feront portés ? Ce font autant de quef-
tions devenues iméreflantes pour cette hono*
( ri
A4
fable' portion de la nation
tenant loin des affaires s'occupe uniquement de
contribuer au fcien public par fôn &
fes travaux. En un mot le tiers- état qui fait
le bien public fans briguer des rccompenfes,
qui porte les charges de, bonne foi -fans'
fouftraire aux contributions générales, qwin'a;
point de prérogatives & qui n'en demande pas.
qui fputient le trône fans le fatiguer par deç
réquisitions importunes le tiers -état compofé
de vingt millions de citoyens, & qui, par cour
féquent compofe prefque toute la nation, eft
intéreffé à prévoir & ce qui doit être agité
dans les états- généraux & quel en fera le
réfultat.
Nous ne pouvons pas le lui dire & c'eft pré-
cifément cette ignorance générale qui doit éveil-
ler fa c uriofité intéreffée à ces débats, car it
feroit abûtrde qu'on agitât fes intérêts ÔC qu'il
y fût ir>fenfible. Tout le monde ignore quel fera
le réfultat de l'aifemblée nationale; mais aux
mouvemens divers qui agitent les corps parti-
culiers il eil aifé de prévoir ce que devien-
droit l'intérêt général, fi. les vrais citoyens ne
prenoient foin d'y veiller. Nation françaife.,
c'eft de vos intérêts & de votre gloire qu'il
s'agit! On va diîpofer de votre fortune on va
réfléchir fur la meilleure manière de vôû$ difr:
(«y
tribuer f a juftice on va folemnellement agiter
des quêtons importantes qui jamais, jamais
ne furent préfehtées à vingt- quatre millions
d'hommes par un monarque puiflant. Nation
généreufe, vous verrez avec plaifir qu'un de
yps concitoyens vous ait jugé digne d'être ré-
veillée fur vos intérêts & votre gloire !& fi
le* bornes de fes lumieres ne lui permettent pas
de jeter un grand jour fur ces objets, vous lui
faurez gré de fes efforts & vos efforts & le
tems vous donneront de plus grandes le plus
parfaites lumières.
Ce que font les ajfemblées nationale*. Réflexions
générales fur la conflitution.
Les aiïemblées nationales font des affemblées
de députés pris dans retendue du royaume 6c
choifis dans ce qu'on appelle les trois ordres
de l'état.
Ces ordres n'ont pas toujours été en même
nombre. D'abord il n'y en a eu qu'un enfuite
deux & enfin trois ce qui prouve qu'il ne
faut pas vous lai1fer éblouir par ce que vous
difent des hommes intérêts à maintenir les
prérogatives, fouvent onéreuses, dont ils joûif-
fent ils vous parlent de la conftitution de la
monarchie des anciennes maximes de la mo-
C r)
narchie, des loix fondamentales de la montré
chie: ce ne font què de vains mots. Une feule
chofe a été uniforme, c'efl que la monarchie
eft la nation gouvernée par un roi. Tout le
felle a changé, parce que tout change, & qu'un
peuple au berceau ne peut former une confti-
tution, établir des maximes & ."des loix, éter-
nellement applicables au peuple nombreux
riche & puifîar.t qui doit fortir un jour de 'on
fein.
lien néceflaire de développer cette penfée.1
La conftitution d'un état eft ce qui le fait Être
ce qu'il eft monarchie république gouver-
nement mixte félon qu'en. un tems connu l'on
s'accorda à le former & les loix conftitutives
de fétat font celles qui formèrent cette conf-
titution qui la maintiennent & ne peuvent
être changées ou altérées, fans que la co nftitu-
tion change ou ealtere.
Il n'y a que cela d'immuable car s'il étoit
changé ce ne féroit plus cet état c'en feroît
un autre. Et quand je dis qu'il n'y a que ces
loix d'immuables j'entends qu'il n'y a aucun
pouvoir particulier qui puiffe y toucher car
rien n'empêche que l'état entier fe conftitue
autrement lorfqu'il juge que ce changement lui
eft plus avantageux.
Mais il y a dans un, état d'autres loix que les
lok conftitut jves; Elles entrant dans fa geftion }
elles en gdminiftrent les formes elles veillent
au bonheur, public. Ces loix ne font que les
befoins & le bien général fan&ionoés par la
volonté du législateur or les befoins & le bien
des citoyens & des fujets font des chofes rela-
tives, ils changent avec les relations, les formes
ce la fortune: donc ces dernieres loix font de
nature à changer autrement il n'y a aucun rap-
port entre les principes que l'on garde & les
progrès -que l'on fait.
Il ne faut donc pas confondre les loix conf-
titutives avec les loix .tdminijîratives la confti-
tution avec Tadminiûre don. Toute loi eil dans
l'état & de l'état > mais toute loi ne le conf-
titue pas.
Un peuple fage ne. touche gueres à fa confti-
tution, mais il retouche toujours à fon adminif'\8
tration. Dans une république ou le peuple lui-
mêmes eft légiflateur on fait fans celle des chan.
gcmèns aux loix adminiftratives & voilà pour-
quoi Locke vouloit que les Penfylvaniens re-
fiffent leurs loix tous les cent ans. Dans une
monarchie, où la légiflation eft entre les mains
d'un feul homme, les intérêts particuliers font
qu'on touche rarement aux loix & qu'on ne
les refait que lorfqu'elles font devenues abfolu-
ment mativaifes, & que les abus en font devenus
( o
intolérables: aulfi les chawgefîéns qui amènent
de nouvelles loix y fottt marqués par de grandes
époques; tandis que dans les républiques ces
changemens font journaliers 6t fucceflifs, & ne
font marqués par aucune époque diftinfte. La,
république cil une maifon, oti ceux qui l'habi-
tent veillent fans ceffe à en réparer journelle-
ment les dégradations ou à 'l"adapter.- à leurs
nouveaux bf foins. Le royaume eft une maifon
qu'on ne répare que de loin à loin rarement
au gré de ceux qui l'habitent, & feuletnent quand
on eft fatigué de leurs cris.
Quoiqu'on retouche fans ceffe les loix adntt-
niiiratives, ce n'eft pas une raifon pour dire
que la conûitution eft attaquée puifque nous
venons de voir que ce font deux chofes très-
différentes. Il en eft, en effet de la conftitutiori
politiyue, comme des divers établifl'emens que
nous formons. Un homme établit une manu-
fadure il forme une Société il en rédige les
conditions voilà la con/iitutiori qu'on refpeâe
toujours. Mais il faut enfuite gérer & adminif-
trer & c'eft à cette dernière partie qu'on re-
touche fouvent, félon que le changei^nt des
circonftances l'exige.
Après cela, il y a dans un état des formes
felon lefqueîles il eft adminiftré & je n'ai pas
befoin de dire que ces formes ne font pas la
conftitution elles y font adaptées. Mai:» cet
formes font auflî de nature à changer & de ce
qu'on les change, il ne s'enfuit pas du tout que
la constitution foit changé.
Ces diftinftions potées, il s'enfuît que nous
devons nous défier des clameurs de ceux qui
le récrient qu'on attaque la conftitution, lorf-
qu'en effet on ne voùdroit changer que l'admi-
niftration & les formes. Ceux à qui telle forme
a donné tels privilèges, & ceux à qui télle loi
adminiftrative a donné tel ou tel pouvoir font
intéreffés à ce qu'on ne les, changé pas & voilà
pourquoi ils appellent cette forme la loi de
t'état voilà pourquoi l'on dit toujours qu'il faut
refpe&er les loix & les ufages mais le cri en
faveur de l'usage & de la coutume n'eft jamais
pouffé par le peuple que fatigué des abus
foupire toujours après leur réforme. Obfervez-
le bien c'eft toujours le cri des corps particu-
liers chacun d'eux appelle, loi fondamentale
la loi qui lui donne des prérogatives de l'éclat
ou de l'autorité.
Ils appellent donc, conftitution de l'état ce
qui n^tt'au fond que leur conftitution &
maximes d'état ce qui n'efl que leurs maximes.
Cependant il n'y a qu'une maxime d'état c'eft
le bonheur du peuple falus populi fuprema Ux
,flo. Aufli ne manquent-ils pas de dire que le
bonheur du peuple eft attaché à la confervation
de ces maximes mais ce font eux qui le diferit
Je peuple a droit d'en appeler & il peut juger,
mieux que perfonne, -Ci ces loix prétendues
fondamentales font réellement fon bonheur.
Cependant» pour juftifier ces'formes & ces
loix, on s'appuie de leur ancienneté mais l'an-
cienneté d'une loi ne prouve autre chofe finon
qu'elle eft ancienne. On s'appuie de la pogef-
60n mais la pofTeiTion paffée n'eft pas un droit
à une pofleflion éternelle autrement il ne fau-
droit jamais rien changer même aux abus car
les abus font une pofleflion aufTi. On s'appuie
de rhiftotre mais notre hïftoire n'eft pas notre
code. Nous devons nous défier de la manie de
prouver ce qui doit fe faire, par ce qui s'eft fait;
car c'eft précifément de ce qui s'eft fait que
nous nous plaignons.
Cette hiftoire mêmes, que nous nous gardons
bien d'alléguer comme une loi & que nous
n'employons que contre ceux qui la citent,
l'hiftoire témoîgneroit contr'eux car, en prou-
vant qu'on a changé jadis elle les forceroit à
conclure qu'on peut changer aujourd'hui. Nous
connoiflbns en effet l'époque de chacune des
loix on de chnctin des ufag?s,q«e leurs pro-
teôeurs &leur j»;-otcgé appellent loi fondamen-
talle. Or chacune d'elles a fuccédé à un autre
C'4)
ordre de chofes elle a fait un changement, &
ce changement dépofe coiur'elle car de que
droit changèrent* ils les loix fondamentales qui
exiuoient auparavant ? ou quel droit ont- iis pour
qu'on nepuiffe pas changer les leurs ? Pourquoi
ne pourroit-on pas faire aujourd'hui, ce qu'on
fît alors pour leurs devanciers? Ieur inilitution
dépote donc contre leurs principes ou leurs
principes condaimnent leur inftitution.
Auffii tôt qu'il eft queÛion d'une réforme,
ceux que cette réforme touche, crient, la loi
la conftitutwn l mais entendent-ils la confli-
tution de la monarchie fous Pharamond & Clo-
visr Non & ils i'eroient très- fâchés qu'on remit
les chofes fur le pied où elles étoient en ce
tems-là. Entendent-ils les formes qui exiftoient
fous la première race ? Pas davantage, car elles
ne font pas les mêmes que celles qui exigent
aujourd'hui. En ce enfin les formes & les loix
de la feconde & même du commencement de
la troifieme race? Non plus, car on y trouve*
roit des différences qui n'accommoderoient pas
les intérêts particuliers qui exigent de nos jours.
Qu'entendent ils donc par la loi par la confr
titution } Cela eft évident ils entendent la
constitution qui les conftitue & la loi qui leur
donne du pouvoir.
La nation affemblée & confultée par fon roi
̃(*!)̃
dont l'objet eft de la régénérer, a droit d'examirie*
ces loix & les maximes fondamentales qu'on
oppofe à tout & qui» elles-mêmes, font la
caufe pour la pl upart qu'on ne peut faire
aucune réforme. En effet, fi on les confulte
toutes il en réfultera qu'on ne peut rien chan-
ger & que par conféquent la nation ne peut
être régénérée.
Oppofons à ces obftacles des raîfons & à
ces principes d'inertie, des principes fimpîes &
vrais Bc fur-tout des principes aâifs.
Il y a moins en France., des maximes fon-
damentales que des maximes fucceffives dont
nous connoiflbns l'origine. RUes font fi l'on
veut, fondamentales, tant qu'elles font utiles
mais aufli-tôt qu'elles font nuinbles, elles font
deftruâivês. Les maximes fondamentales font,
dans chaque circonftance ce qu'exigent la rai-
ton, la juftice le bon ordre & le bien public
ce font ici les fondemens des maximes.
Il y a moins des loix fondamentales qu'il n'y
a des principes fondamentaux fur lefquels les
loix doivent être faites. Ces principes font en-
core la raifon l'équité, le bon ordre le bien
public c'eft-à-dire les vrais intérêts des peu-
ples dans l'Infant où on leur donne des loix.
La conftitution de la France conflue en ce
qu'elle eft une nation gouvernée par un roi.
(•<>
_ci ce que primordialement il la gouvernoit
Si. nmpofbit avec elle & fans intermédiaires.
Cet accord peut feul former une bonne conf-
titution.
Tout ce qui sVfl: élevé depuis de pouvoirs
bîées générales, de tribunaux de juftice de
prérogatives de privileges,, de prétentions »
tout cela a été formé tout cela eft né dans des
tems divers dont nous connoiflbns les époques
& rien de tout cela ne fauroit preferire contre
l'intérêt commun à la nation & au roi car cet
intérêt eft précifément & uniquement ce qui
forme notre conftitution.
Les pouvoirs intermédiaires font concédés,
ou par la nation qui auroit le droit de les révo-
quer fi elle a eu celui de les accorder; ou par
le roi, quia le pouvoir de les changer* s'il a
èu celui de. les créer ou enfin ils font des ufur-
pations & la nation & le roi ont droit d'exa-
miner fi elles font nnifibles ou utiles.
Ou ils y a des abus & il faut les réformer
ou il n'y en a point, mais on a droit de recher-
cher, fi en effet, il n'y en a point.
Lors donc que vous entendrez crier à, l'in-
novation défiez- vous des motifs de ceux qui
fe récrient 6c Soupçonnez qu'ils n'ont pour but
que- de conferver leurs privilèges, ou qu'ils font
efclaves
̃'t*y'-> .̃
B
efcfem & tours les en avbit
toujours crus nous gémirions encore (bus îc
régime féodal. Si ôn les en
car à les entendre
chacun en loi* af&ire il n'y a point d'abus,
tout eft bien tout eft au mieux» Oui pour eux:
mais eft- ce mieux pour la nation ? C'eft ce
que vous aUez être appelés à conférer.
r 1.
Dis états généraux.
J'ai dit que les Semblées nationale7^nT75
composes fucceflivemeiit d'un deux & trois
ordres.
A la nainance du la
lance à la main qui Ta voient con-
quis, ?i voient délibérer fur lés affaires com-
munes, ils s'affembloient armés, aux mois de
mars ou de mai & ces aitemblées étoient nom-
mées des champs ou pour mieux dire » des
camps. II n'y avoit alors qu'un ordre dans l'état
c'étyient les étrangers qui s'etoient rendus maî-
tires du pays. Les naturels réduits en fervitude
ou ferfs, furent connus fous les dénominations
de manans & de vilains. C'étoit l'ufagé de la
première époque.
Cet ufage que les nobles du tems a^peloient
vénérés les évêques devinrent des feigneurs »
Us entrèrent dans les affemblées nationales, &
même les nobles leur codèrent la première place.
II y eut alors deux ordres dans l'état. Les ma-
ïians qu'on appelloit les les
rupiorcs parce qu'ils rompoitntXà. glèbe refte-
rent toujours en Servage. Telle fut la loi fon-
damentale auffi de la feconde époque (i).
Lorfqut les gentilshommes eurent été fe faire
tuer en Afie, & que les gexis d'églife qui les y
envoyQient, fe furent fait donner par eux des
Jtteos immenfes après les croifades nos rois.
(1) Si ron en croit M. Gibbon» le fyftême féodal
paroît ,venir. originairement des Barbares-Celtes: voici
fes paroles: a Lorsque Céfar fubjugua les Gaulois cette
grande nation fe trouvoit déjâ divifée en trois ordres
le clergé la nobleffè & le peuple. Le premier gou-
» vernoit par la fuperilicion le fecond par les armes s
le troifieme entièrement oublié*, n*avoit aucune in-
ÎSuence dans les confeils publics. » Gibbon hijloire de
la décadence Romain toua. Il thap. pag.
38a, traduSion de M. le Clerc de Sept- Chênes. Il fliiyroit
4elà que les Francs conferverent l'ufage féodal du-pays.
conquis. On fait en e^et, que fous le régime féodal des
Francs, il y avoit des naturels du pays & d'anciens
chevaliers Romains qui tenoient leur rang parmi les
L'ïï.
B à
qui avoient lutté pendant long tems contre Ici
nobles, s'appèrçurent qu'ils ne pourvoient fe
délivrer de leur joug qu'en donnant la liberté
au y maitans & aux vilains. Ils affranchirent les
habitans des villes les fcigneurs ruinés»
imitant cet exemple permirent auffi aux vil-
lages & aux bourgs de fe rédimer pour une
fomme d'argent. Il y eut alors dans l'état une
claire de fujets q*ui furent nommés hommes libres 0
L'induftrie & le commerce s'accrurent entre
les mains de ces hommes' toujours diftingués par'
le nom- de roturiers il.' leur fallut trois fiecles
pour prendte une certaine confiftance çar les
progrès de la raifon font lents, quand elle a à
lutter contre le defptotifme des corps, & la
tyrannie des prérogatives. Mais enfin, ils furent
appelles aux états-généraux par Philippe le-Bel.
Ce prince avoit befoîn de réprimer les préten-
tions du pape, fie il' ne vit que fes fuj ets d x
peuple qui puffent venir à fon recours. Il avoit
d'ailleurs besoin d'argent les privilèges du clergé
étoient d'en recevoir beaucoup, & de n'en point
donner. Les biens des nobles étoient presque
tous exempts de taxes: il ne reçoit donc qu'à
s'adreffer aux roturiers. Ils furent reçus dans
raffemblée nationale fous la dénomination de
tiers'itat: & ce droit & ce nom ont toujours
été confervés depuis,
On peut rapporter à ces ttok époques toutes
les recherches détaillées qui ont été faîtes, ou
qui fe feront fur les états-généraux.
Des rcprcfcntans du tiers- état.
Nous n'avons pas befoin de nous inquiéter
comment la noblefle & le clergé ont été, ou
feront repréfentés aux états-généraux, ils ont des
intérêts particuliers & nous ne devons pas
douter que le clergé ûir-tout accoutumé à les
confolider dans fes affemblées générales ne fache
élire librement prudemment & fagement ceux
qui font le mieux' en état de le représenter de
défendre fes droits.
Mais le tiers-état qui conformément aux
derniers états-généraux, doit avoir auffi fes te.
préfentans fera-t-il bien repréfenté ?
D'abord il eft aifé de prévoir qu'il le fera
mal, fi l'on fuit lequel que ce foit des anciens
ufages (i). Je vous conjure de ne pas vous en
laiffer imposer par l'étalage d'érudition qu'on
(t) Dans cet ouvrage, que l'on compote avant l'tf-
femblée des notables on ne peut prévoir quel fera le
réfulcat, de cette aflemblée. Les réflexions que l'on va
lire ne s'adrefient donc nominativement à oerfonne»
mais aux clameurs & aux préjugés.
̃ (.«.)
B 3
.ourroit vous présenter. On ouvrira notre hîf-
toire pour vous y faxre voir la compétition d es
divers états-généraux, & la manière dont vos
repréfentans y ont été nommes. On vous pré-
fentera de grottes compilations, que vous auriez
à peine achevé de lire que l'aflemblée nationale
feroit réparée.
On ne vous dira jamais ce que les états-géné-
raux doivent être, mais ce qu'ils ont été on >
ne vous dira pas comment vous devez élire vos,
repréfentans mais comment ceux des roturiers
vos trifayeuls avoient été choifis on ne vous
dira pas ce qu'il faut faire mais ce, qui a été
fait. Ainfi vous laitière* échapper) une occafion
favorable de faire valoir vos droits dans faflem-
blée nationale, fi tant eft qu'au moment ou vous
me lirez, cette occaron ne foit pas perdue.
Le bon fens & vos intérêts vous difent que
puifque la nobleffe eft représentée par des no-
bles, & le clergé par des gens d'églife les
roturiers doivent être repréfentés par des ro-
turiers.
Cependant, cela n'eft pas encore arrivé. Le
tiers-état a été îepréfenté en grande partie par
des nobles, ou par des gens deûinés à l'être 6c
pour quelques lieux par des gens d'églife. Il
étoit impofiible que de pareils députés ne vinf-
fent à rafemblée avec leurs intérêts & leurs
préjugés, & que par conséquent vos droits ne
Ment mal défendus auflî ont-ils toujours été
facrifiés. Vous voyez comment il en va même
aujourd'hui dans les aflemblées d'états provin..
ciaux où vous êtes absolument nuds où vous
êtes muets où vous n'affalez que pour donner
des lignes d'approbation où vos députés ne
défendent en aucune maniere les droits de
ceux dont ils font les repréfentans comme s'il
reftoit aux deux autres ordres le fouvenir de
leur ancienne domination féodale & à vous
celui de votre ancienne fervitude.
Les raifons de votre pufillaoimité font que
.vos repréfentans font très-fouvent des nobles
ou ce qui revient au même des gens appellés
à l'être d'oit il arrive qu'ils fongent à eux, &
non pas à vous & qu'abandonnant vos intérêts
ils ne voient que ceux de la noblefle dont ils
font ou brûlent d'être membres.
Le clergé, d'ailleurs a une fi grande influence
par les places qu'il donne, ou que fon crédit
peut procurer par les faveurs qui dans chaque
ville diocéfaine font briguées par tous ceux
qui s'efforcent d'approcher de l'évèque que
tous font muets devant lui, & craignent de s'ex-
pofer à fon reflentiment.
Enfin prefque tous ceux dù tiers- état, qui
dans les provinces d'états, y repréfentent le
(M)
Bi
peuple » font des hommes ou dépendans du
clergé ou nobles ou appellés à l'étre d'où
i il fuit <j>4? vous y êtes mal représentés. Il en
fera peut-être de même dans les états- gêné*
raux,
Des repréf encans d'une nation.
Avant que d'examiner comment & par qui
vous devez être représentés, Je croîs nécef-
faire de pofer les vrais principes fur lesrepfé*
fentans en général.
Toutes les fois qu'une nation en eft réduite
à fe faire repréfenter fcs intérêts & fes droits
font à la veille d'être facrifiés. On né fait, bien
fes affaires que par foi même, Tout repréfen-
tant eti un homme, & par conféquent occupa
premièrement de lui, & par conféqueht difpofé
à facrifter tes intérêts de fes commettant, toutes
les fois qu'il y trouvera fon propre intérêt. H
eft fujet à être intimidé ¡lei fe
vendre & il y a trop peu de ces hommes qui
font prêts 1 fe facrifier à la chofe, publique
pour etpérer que le hafard ou te choix les
amèneront à être députés du peuple.
Il eft donc impoffible que vous ayiez long-
temps des repréfentans sûrs & fideles.
(M)
Ccft un mal attaché aux Sociétés nom-
breufes & il faut bien payer de quelque
chofe l'honneur d'être membre d'une grande
nation.
Mais ce n'eft pas une raifon pour n'avoir
point de repréfentans du tout t'en eft une
pour prendre les plus grandes précautions à
bien choifir vos députés pour y veiller fans
cefle pour ne pas vous ïafler jufqu'à ce
que vous ayiez obtenu du gouvernement la
faculté d'élire vos députés librement & à la
pluralité des pour leur donner vos
inftrucTions, pour les faire fur veiller pour les
révoquer, pour les faire- punir en un mot,
pour faire dans les choses d'état ce que vous
favez fi bien faire. pour vos intérêts privés, que
vous vous gardez bien de confier à la légère.
Je fais que je vous préfente là une grande
tâche, & votre plus grand malheur feroit que
vous en fuflîez effrayés. Mais je ne vous de-
mande que de vous en occuper aux prochains
états généraux & le bien que la nation & le
monarque ed retireront fervira d'aiguillon à
l'avenir pour pourfuivre ce que l'on aura
toinBiencé.
(,Si.)
De la manière de choifir les rcprif entant.
Il n'y en a qu'une c'eft de les élire foi*
même: tout contribuable eft éligible, tout con-
tribuable eft électeur; & un feul homme oublié a
droit de fe plaindre car il n'y avoit aucune
raifon de négliger fes intérêts de préférence*
Nous ririons 6 dans nos affaires de com-
merce ou dans nos autres intérêts privés un
intendant un tribunal, un magifirat ou tout
autre homme qui n'entendroit rien nos
affaires, nommoit pour les diriger un homme
qui n'y entendroit pas davantage & en. qui
nous n'aurions aucune confiance. Peirc-il en
être autrement dans nos affaires publiques }
On va mettre des impositions fur votre pain
fur votre vin, fur votre champ, fur votre
maifon, fur vos habits » fur le terrein ou vous
marchez fur tout ce qui vous entoure & fur
votre tête même & vous voyez de fang-
froid que le député qui va vous représenter
foit peut être un homme vendu à d'autres
intérêts que les vôtres ?
On va difcuter les cjueftions les plus impor-
tances de la jurifprudence criminelle c'eft -à-
dire qu'on doit examiner quelle forme on doit
t •*)
donner à la procédure qu'on doit méditer fur
les moyens de ne pas confondre les coupable
Il les innocent de ne pas faire périr ceux-ci
fur un échafaud; comme il n'eft aucun de vous
qui n'en ait vu des exemples. Et vous tiers-
,état! 1 vous qui feul êtes viâime de 1. juttice,
parce que vous n'avez pas le crédit d'échapper
à la punition vous. dans le fein duquel fe
trouvent ces infortunés accufés qui n'ont ni
des lumières pour fe défendre ni de l'argent
ni un nom pour attirer. les défenfeurs vous
du fein de qui font fortis cette foule d'inno-
cens, trop malheureufetnent célèbres, les tan.
glade les Calas les Sirvén,' les Montbailly,
cette nuée de martyrs dont les ombres errent
encore autour des tribunaux & vont enrayer
dans leurs cachots les malheureux chargés de
fers. Tiers état vous ne vous inquiéterez pas
de favoir qui font vos repréfentans dans l'af-
{emblée nationale vous laiflem agiter loin de
vous ces que Rions qui ne regardent que vous
vous fouffrirez que les loix criminelles foient
difeutées par ceux qui déjà peut-être ont des
préjugés favorables aux 'loi. antiques, ou qui
ont placé je ne fais quel amour propre d'ai-
lance & de commodité dans leur exécution
par d'autres qui n'y ont aucun intérêt, parce
qu''ils font prefque toujours sûrs d*échapper à
( si )
ia punition at que quelle que foit leur huma-
nité on àifcuie toujours mal des loix qui
regardent d'autres que nous f Vous attendrez
enfin dans une lâche indifférence que des
hommes qui fe féparent de vous, & fe font
une gloire de ne pas Vous appartenir, déci-
dent de vos biens & de vos vies; & tran-
quilles dans vos foyers, vous attendrez comme
ces animaux qui fuccetii ventent nous fervent
de pâturé, que votre tour d'être immolé foit
venu Le fang s'allume à cette fer vile & cri-
minelle indifférence & fi l'indignation qui
nous anime ne pafle pas jufqu'à vous; fi vous
ne forcez, par vos cris répétés, la nation qui
va les entendre à demander & à opérer 1a
réforme de nos loix criminelles tiers état,
il n'y a plus rien à vous dire & vous
méritez de porter des fers.
Le roi ,vient auffî de renvoyer aux états-
généraux l'examen des quêtions fur la procé-
dure civile. On doit y examiner, entr'autres
chofes fi la juitice doit être rapprochée des
jufliciables' c'eft à dire lequel eft plus com-
mode & plus avantageux pour, vous d'aller
plaider vos droits cent lieues de chez vous
ou de plaider fur vos foyers fi les reports des
,tours fouveraines ont on n'ont pas befoin
d'être reilraints s'il eu jufle ou s'il ne lest
<̃>
pas que l'homme puisant qui opprime le foi*
Me puiffe le fatiguer par de longues procé-
dures, que l'éloignement des lieux rend plus
onéreufes; & s'il ne faut pas ôter à la mau-
vaife foi que foutient la richeffe, le moyen
de tromper la juftice & d'accabler les op-
primés il fera donc queftiori dans les états-
généraux de vos plus grands intérêts, de vos
biens, de votre repos dé vos vies il eft donc
absolument néceifaire que vous y foyiez bien
rêpréfentés.
On ignore encore au moment oh j'écris de
quelle maniere vos députés feront élus oc
quel fera leur nombre. Vous voyez cependant
la fureur des intérêts particuliers qui vous
écartent. Ils craignent votre œil fcrutateur
ils comprennent que vous auriez démêler
leurs artifices ils bavent qu'on ne trompe
point fur l'intérêt public, le public assemblé
pour le discuter. Si donc vous ne voyez pas
que vos repréfentans aient pour vos intérêts
& vos droits tout le zele que ces droits Jâcrés
demandent voici ce que vous avez à faire.
Avant leur départ faites-leur connoître vos
delirs; invitez- les à élever la voix en votre
faveur repréfentez-leur la mifere du peuple
des villes & de celui des campagnes fuppliex-
les d'être touchés du fort de tant d'infortunés
que ruine la longueur des procès, l'éloigné*
ment des tribunaux 8c tes frais immenses des
procédures recommandez -leur vos intérêts
ceux de vos femmes & de vos enfans & fi
vos députés vous abandonnent & vous facri-
fient qu'à leur retour ils (oient couverts
d'ignominie que devenus un objet de mé-
pris, ils n'ofent plus lever les yeux devant
vous Et qu'ils apprennent comment font
regardés dans kun [fiecle d'humanité & 'de
lumières, ceux qui trahirent le bien public.
Mais jufqu'ici je ne vous ai parlé que comme
à un troifieme ordre, que l'on s'eft toujours
efforcé de rejetter au dernier rang de la Société
il faut remonter à de plus hauts principes;
vous montrer à vous-mêmes votre dignité
& vous faire connoître vos droits.
V,I.
Ce que c'efl qui U tiers fat.
C'eft la nation, moins la nobleffe oc le
clergé.
Le clergé n'eft pas la nation 5 il eft le clergé
c'eft un affemblage de deux cents mille nobles
ou roturiers confacrés au fervice des autels
ou de la religion.
décote de la nation. Ceft un certain nombre
de François auxquels certaines illuftrations Se
prérogatives héréditaires font accordées.
Retranchez, par fuppofuion, les deux cents
mille gens être en France
vous avez toujours la nation Retrancher
même toute par fuppofition en-
core vous avez toujours la nation car on
peut créer mille nobles dès demain comme il
fe fit au retour des croifades. Mais fi vous re-
tranchez tes vingt -quatre
connus fous le nom.de tiers* état que vous
refera. t.- il ? Des nobles & des gens d'édité ?
mais il n'y aura plus de nation.
Donc il eft évident que le tiers- état eft;
comme nous l'avons dit la nation moins la
nobleflc & le clergé.
VII.
Suite*
Pans le tems du régime féodal la noble1fe
regardoit tout ce qui n'étoit pas noble comme
des troupeaux dWclaves. Aujourd'hui qu'il n'y
a plus de Servitude, elle regarde le
comme un amas d'hommes affranchis & cela
eft vrai.
<̃&*̃:
que fur -tout époque des croisades, une
grande parité ck la noWeffe fut détruite ôt
qu'enfin les iaoiilles lei plus anciennes
dix
centièmes font fortis
de ce corps même dîhommt: litres d'aârao-»
chis, dont la nation eft compofée.
La cboÉe eu donc chançéQ du tout au tout
autrefois les nobles étoient des conquérant,
étrangers aujourd'hui ces font des nationaux £
c'étoient des Fraoca de$ aujour-
d'hui ce (ont dci Gaulais c'étaient des folda ts
vir.orieux dominant par l'épée ce font des
bourgeois annoblis. Il y a voit cette différence
entre lé noble èc le roturier que le premier
&oit uwître & le fécond eCclaye aujourdTiui/
il y a cette, difEéreace entre le noble & le
roturier que le premier eà un roturier devenu
noble*
Les pohks font donc pour la plupart des
échappée du &c cela fera toujours
plus vrai à n»f\ir« que les ancieûoes familles
s'étet«4itont & qu'il s'en créera de nouvelles.
I^e tiers -état eft donc la pépiniere des nobles.
Or, les nobles font des François tirés du fein
4« la naiiort pour jouir de certaines preroga-
Xi*)
tirres donc le tiers état d'oh ils font tirés* eft
la nation elle* même.
Je dis la même chofe du clergé avec, d'au*
tant plus de raifon que quoique les évêques
foient prefque toujours nobles la nobleffc n'eft
pasnéceiTaire pour Féglife que quand tout le
clergé feroit compofé de roturiers, il n'en fe-
roit pas moins le clergé. Mais, nobles ou non
les gens d'église font des François ils font des
hommes élus fur la nation, ce tirés de ion fein
donc ce fein ce corps d'où ils font tirés eft
la nation elle-même. Or enfin, ce corps qui
refte eft le tiers -état donc le tkrs-iuu eft la
nation moins la nobleffe ce le clergé.
vin.
Des trois ordres de Citai sn France.
Vous (avez qu'on diftingue aujourd'hui en
France trois ordres dans l'état. Cette diftinâion
n'eft pas propre d'une manière abfotue à la
nation françoife puisqu'il y a eu fucceffivement
un deux & trois ordres. On a proposé autre-
fois d'y enjoindre un quatrième celui de la
magistrature; c'eft-à-dire qu'on propofoit de
multiplier les embarras en multipliant les intérêt»
particuliers.
Cette diftinâion de trois ordres n'eft pas
propre à tout état, puisqu'il y en a plufieurs où
elle
<JJ )
C
elle n'exige pas cp'on en voit oh il *fy a pokil:
de nobleffe & d'autres ou les gens d'église rà
font que des citoyens comme les autres,, & dont
les intérêts font entièrement confondus avec l'jn-
térêt commun.
Enfin cette diftinflion n'eft pas dans la dé-
finition de la monarchie qui eft un état coin.
pofé d'une nation & d'un roi. La nation eft le
corps dont le roi eft la tête. li n'y a donc pri-
mordialement fc dans la nature des chofes
qu'un ftul corps qui eft l'état 6c fi le monarque
diftingue quelques fujets par des prérogatives »
il n'entend pas en faire des corps féparés de l'état
de leur donner des intérêts oppofés, de les rendra
ennemis de l'intérêt général, ce feroit dire que
le monarque a voulu porter la defanion dans fon
royaume. ce qui implique contradiction.
Trois ordres ne font donc que trois rangs.
Le concours des trois ordres n'eft que l'accord
de chacun à faire le bien de tous.
La divifion de premier fecond & troifieme
ordre n'annonce que le rang oa chacun doit
parler pour la chofe publique & lorsqu'ils font
raflemblts, il ferait abfurde de prétendre qu'ils
ne font -là que pour disputer chacun fur leurs
privilèges fans s'embarratfer de la chofe con>
mune.
(J4)
Tout ceci fuppofe qu'il y -a dans uo état «a,
intérêt commun il ne reife qu'à voir où il fe
trouve 9 & en quoi il conMe.
Dans un état bien connue. il eft dans l'in-
térêt de tous fi nous voulons fuppofer un
gouvernement parfait nous verrons qu'iI doit
être tel, qu'il foit impoflible que certains hom-
mes y fatfent leurs affaires Séparément & aux
dépens de tous les autres. Au contraire l'in-
térêt particulier y fera toujours facrifié à Tin»
1 térêt général.
«Mais dans un état moins bien constitué l'in-
térêt commun fe trouvera dans celui du plus
grand nombre & le comble de la déraif.nn, &
le figne infaillible de la décadence d'un étant,
c'eft lorfque l'intérêt du plus grand nombre eft
facrifié à celui du plus petit. Chez une telle
nation, toutes les richeffes tous les honneurs «
toutes les immunités pafferont fur un petit nom-
bre de têtes l'avidité croîtra des fuccès fc$
richefles donneront du crédit & le crédit pro-
curera de nouvelles richefles. Le plus grand
nombre des fujets toujours facrifié au plus
petit portera toutes les charges de l'état &
gêné dans fon induftrie qui fera toujours fur-
chargée par de nouvelles impofitions il finira
par ne pouvoir plus Supporter le fardeau, &ç
l'état périra.
( Jt. ,).'
C »
Ceïl donc un mauvais ordre que ctlw qui
place au dernier rang l'intérêt du plus grande
nombre & au premier rang intérêt du plus
petit. Ordination deftruâive qui mine infenfi-
blement les petites propriétés qui détruit en
détail, toutes les induftries qui fouftrait chaque
jour aux champs quelque chofe de leur fécon-
dité qui appauvrit peu-à-peu la cultivateurs,
& qui doit conduire infcnfiblement à ce dernier
terme où les champs le commerce & l'induf*
trie ne produiront plus rien du tout.
Le vrai principe, c'eftque, dans uneaflem-
blée des états-généraux, il ne devroit y avoir
aucune diftinâion parce que malgré toutes
les fanlt ions la diftinâion de rangs amené né-
ceflairement une diftinâion de pouvoir; parce
que la Uiftin&ion de trois ordres fait naître
celle de trois intérêts, & que dès lors Taffern-
blée n'eft plus une mais triple. Et dans les
débats de la jalouse contre le pouvoir & du
bien public contre le privilége, il eitimpoflîble
que l'état foit bien fervi.
Il eft toujours évident qu'il n'y a qu'un feul
intérêts, qui eft l'intérêt de tous;
Que là où l'intérêt de tous eft une chofe
inintelligible, s'il faut defcendre jufqu'aux id Ses
dégradées d'un tel peuple il faut au moins
•l'attacher à l'intérêt du plus grand nombre;
oo.
Que le plus grand nombre, c'eA le tiers-état
compo{4 de vingt-cinq millions de fujets contre
cinq ou fix cent mille privilégiés;
Que la diftîn&ion de rangs ne forme aucune
diftinâion de pouvoir
Que fi cetté diftinàion de pouvoir exiftoit
il feroit injure qu'il appartînt au plus petit nom-
bre at que cette fous- ariflocratie feroit in-
conftitutionnelle;
Que puifque les aflemblées nationales font
des affemblées contribuantes on doit y entrer
pour contribuer comme les autres ou n'y en-
trer pas
Que ceux qui y entrent ne le font que,
comme contribuables, & qu'une feule dénomi-
nation présentant une feule idée, les états-gé-
néraux ne font qu'un feul corps» un corps de
contribuables; ^>
Ce font là les vrais principes c'eft votre
code, ce font véritablement vos inftruBions
tiers-état, & je vous invite à les méditer. N'ou-
vrez point nos livres, vous y trouveriez toutes
les contradiâions ne confultez pas la conduite
de vos aïeux, ils n'avoient point de principes
& ils étoient avilis; ne demandez pas ce qu'on
a fait; car vous le iavez, on vous a facrifié.
Ne confultez que le bon fens qui eft de tous
les pays & de tous les âges, & le droit naturel*
C yt )
CI
baffe de tous les droits, dont les principes
immortels ne prefcrivent jamais.
Reprenez donc votre place ce votre afcen'
dant; car vous êtes la nation. Le teins eft venu
oh le mal étant porté ion comble, cveft du
détordre même que Tordre doit fortir. Les im-
pofitions fur le peuple font portées au plus haut
point, on n'y peut rien ajouter; il eft téms que
les deux ordres, qui vous dominent, partagent
avec vous le fardeau. Mille ans Ce font écoulés
depuis que vous fupportez, en grande partie,
toutes les charges de l'état & cependant, par
des charges étrangères à l'état mCme vous
contribuiez à accroître la fortune de ceux qui
ne vouloient rien faire pour le bien commun.
Vous payez des droits à la noble fie vous don-*
nez la dîme, c'eft-à-dire le quart de vos re-
venus au clergé; vous contribuez à l'entretien
des villes vous contribuiez pour les commu-
nautés vous conilruifez les grands chemins;
votre industrie a tong-tems été la fource vivi-
fiante, qui rempliiïbit tous les canaux mais il
n'eu point de fource intariflable & fi votre
zèle pour votre roi vous avait perfuadé encore
que vos reflburces égaloient votre volonté,
votre impuiflance vous a trahis. Elle a dévoilé
la grande plaie de l'état elle a prouvé que
sous touchions à ce dernier terme où le peuplq
t J« )
ayant donné tout ce qu'il pouvolt il ^Uoit
ou laitrer périr l'état, ou s'adrefler enfin' ceux
qui poffedent la moitié des terres Se qui fe
font enrichis de lai mifere de la nation, Vous
vous êtes toujours tus parce qu*on ne vous
confultoit pas vous devez parler quand on
vous confulte.
1 X.
Des vrais intérêts du roi.
Ces principes font évidemment fondés fur le
bon fens«, mais fur-tout c'eft l'intérêt du roi
& de la nation qu'ils foient enfin reconnus
publiés, proclamés, admis, & qu'its dey iennent
à l'avenir une regle générale, pour nous pré-
ferver du malheur qui menace un état, ldrfque
la création fuccefiiye & abufive de je ne fais
Combien d'intérêts particuliers dévore l'intérêt
général, le mine, le confume, le defleche&le
réduit à rien.
C'eft l'intérêt du roi parce que les corps
particuliers font, en un fens, les ennemis na-
turels du roi & de la nation non qu'il faille
(ufpe&er la moralité de ceux qui composent ces
corps, ni même leurs lumières, mais parce qu'il
eft dans la nature des chofes que tout corps
cherche à conferver fon amorité, fes préroga-
tives & fes ri.çheffes, & même à les accroître
(«y
C4
Or, il ne peut accroître fon
dépens de celle du monarque & Ses richeffes
qu'aux dépens des Sujets.
On n'a jamais vu, en France, que le tiers- état
fe foit bppofé à l'autorité royale on a toujours
vu, au cantraire une lutte des divers corps.
pour entamer cette' autorité, non pour le bien
des peuples, mais pour leur intérêt particulier
pour obtenir des immunités, des prérogatives,
des honneurs, tous avantages qui ne leur font
jamais accordés qu'aux dépens de la natioa, aux
dépens du tiers état.
Que demande en effet le sUrs-état où tend
ion ambition? il ne demande que la liberté dans
fcan induilrie, liberté qui feroit la richeflfe du
royaume & par conféquent celle du roi.
Que demandent au contraire les corps? Que
leurs prérogatives {oient confervées qu'ils ne
fuient pas tenus de contribuer aux taxes pudi-
eues, que tous les honneurs & les récompenfe s
foient pour eux; c'eft-à-dire en dernière ana-
lyfe, ils demandent de recevoir beaucoup gr
de donner très-peu. C'eff ce que j'appelle être
oppofé à l'intérêt de la nation & du roi car
il *ft une injuilice politique Souverainement
criminelle, qui, en furchargeant l'agriculture
Je commerce ctC les arts, détruit les reffburces
d'un empire > en dévore la fuh&bnce & le |«ù&9
(4O)
«C lui kit plus de mal qu'une armée entière
d'ennemis.
N'y a-t-il donc pour un état qu'une feule ma-
nière de périr? La guerre eft-elle le feule déau que
nout ayions à craindre? Et n'avons-nous jamais
connu les fuites de cette guerre înteftirie des
puiffins contre les foibles des riches contre les
pauvres des grands contre les petits de tous
contre le traitant, du traitant contre tous ?
Ce défordre des intérêts particuliers qui croiflcnC
& s'agrandiffent d'une manière effrayante &
qui tous acharnés contre l'intérêt général
le démembrent, le dépècent, & s'en partagent
les lambeaux ? Cet amaigriffement déplorable
d'un corps, qui ne fe foutient miraculeufoment
que par fa Yigoufeufe conftitution, n'eft- il pas
un xndice atfuré de fa chute prochaine Et que
pourroit lui faire de pis une guerre, dont la
fin, après tout, pourrait encore avoir quelque
chofe d'heureux ?
Si i'intérêt du roi n'eft pas à diminuer l'af-
cendant des corps, & à remettre le tiers état
qui eft la nation, à fa véritable place je ne
vois pas oii il fe trouve.
X.
le ne parle plus maintenant au tiers-état, mail

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