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Considérations sur les principaux événemens de la Révolution françoise. Tome 1 / ouvrage posthume de madame la baronne de Staël ; publ. par M. le duc de Broglie et M. le baron de Staël

De
449 pages
Bossange et Masson (Paris). 1818. France -- 1789-1799 (Révolution). 15 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headinglon Ilill llall.Oxford'OXJOBW, UK
LA
LES
DE
1.
SE TROUVE CHEZ LIS SCIYANSi
A FmîrcpoRT [ sur le ¡\rein ( Louis Henri ).
A <»• y y i ̃ ̃
A VMSoliE.GJuscbbbergefO. y
A Berui*, UttJang. $
A Bbpxeiles, Lecharlier.
A FoDtâiot..
• A. AKSTt«w« Dufoor^ Gabriel). t
À JPrsBOKsB Bord l»««i Rey.
A Mosco*, Saocd.
Tout contrefacteur, ou débitant *d 'édition
contrefaite, sera poursuivi selon la rigueur des
Imprimerie te Fai» place de l'Od^o».
CONSIDÉRATIONS
SUR LES PRINCIPAUX ÊVÉNEMENS
DE
LA RÉVOLUTION FRANÇOISE,
OUVRAGE POSTHUME
DE MADAME LA BARONNE DE STAËL,
PUBLIÉ
PAR M. LE DUC DE BROCIJE LT M. LE BARON DE STAËI.
Les révolutions qui arrivent o'jni les jrjo^s eu
ne Mot p olol ta effet du lussrd ni du or ri ?
«Jt-i peuple». M«.m. Bï Suit, T. l,p. IÎ3,
SECONDE ÉDITION.
TOME PREMIER.
PARIS,
DELAUNAY, LIBRAIRE, Piuis.ROïiL, k. 243;
BOSSAGE ET. MASSON, libraires, »ue*de -rou-vos, N. 6.
AVIS DES ÉDITEURS.
EN remplissant la tâche que madame dé Staël
a daigné nous confier, nous devons avant tout
faire contioltre dans quel état nous avons trouve
le manuscrit remis à nos soins.
Madame de Staël s'étoh tracé, pour, toutes
ses compositions, une règle de travail dont elle
ne s'écartoit jamais. Elle éçrivoit d'un seul trait
toute l'ébauche de l'ouvrage dont elle avoit
concu le plan, sans revenir sur ses pas, sans in.
terrompre le cours de ses pensées,. si ce n'est
par.les recherches que son sujet rendôit néces-
saires. Cette première composition achevée,
madame de Staël la transcrivoit en entier de sa
main et, sans s occuper encore de la çorrtcjîon
dustvle, elle modifioit l'expression de ses ide'es
et'les classoit souvent dans un ordre nouveau,.
Le second travail aoitensuitemis.au i.net par
un secrétaire et ce n'étoit que sur la copie
souvent même sur les épreuves imprimées que
vi AVIS DFS, ÉDITEURS.
madame de Staël pèrfectionnoit les détails de
• la diction plus occupée de transmettre a ses
lecteurs toutes les nuances de sa pensée, toutes
les émotions de son âme, que d'atteindre une
correction minutieuse qu'on peut obtenir d'un
travail pour ainsi dire, mécanique.
Madame de Staël avoit achevé, dès les pre-
miers jours de *8i6, la composition de l'ou-
vrage que nous publions. Elle avoit consacre
une année à en revoir les, deux premiers volu-
^toit revenue à Paris pour terminer iês mor-
ceaux relatif à des événeraens récens dont elle
n'avoît pas'été témoin et sur lesquels des ren-
seîgnemens plus prééis dévoient modifier quel-
ques-unes de ses opinions. Enfin les Comidé-
événemens de ta ré-
volution françoise (car tel est le titre que ma-
^tm* ^e Sf a^' avoit 1 elie-méme choisi ) aùro/ent
de l'année dernière si celle qui
feûdjt notre gloire et notre bonheur nous eût
Avrs DÈS ÉDITÉES, tij
Nous avons trouvé les 'deux premiers volu-
mes, et plusieurs chapitres du troisième, dans
letat où ils auraient' été livrés à l'impression.
D'autres chapitres étoient ctipiés, mais nop re-
vus par l'auteur. D'autres enfin n'étoient com-
posés que de premier jet; et des notes margi-
nales, écrites ou datées par madame de Staël,
indïqùoieot les points qu'elle se proposait dé
développer.
Le premier sentiment comme le premier
devoir de ses enfans, a été un respect religieux
pour les moindres indications de sa pensée et
il est presque superflu de dire que nous ue nous
sommes permis ni une addition ni même un
changement, et que l'ouvrage qu'on va lire est
parfaitement conforme au manuscrit de ma-
dame de Staël, Yl
Le travail des éditeurs s'est borné unique-
ment à la révision des épreuves, et la correc-
tion de ces légères inexactitudes de style qui
échappent à la Vue daos le manuscrit te plus
soigné. Ce travail s'est fait sous les yeux de
,;ij AVIS DES ÉDITEURS.
M. A. W.deSchlegel, dont la rare supériorité;
d'esprit et de savoir justifie la confiance avec
laquelle madame de Staël lé coosuttoit dans
tousses travaux littéraires autant que son
honorable caractère mérite l'estime et l'amitié
qu'elle n'a pas cessé Savoir pour lui pendant
une liaison de treize années.
M. de Staël remplira des intentions qui doi-;
vent être sacrées pour lui en publiant une
édijkm complète des oeuvres de sa mère, et de
celles de, M. ^ecVer. Les ouvres de Madame,
de Staël renfermeront quelques compostions
iûé%s .entre autres des fragmens d'un ou;
vragrcommencé sous le titre de Dix années
d'exil. L'une et l'autre collection sera précédée
d'une notice biographique maisunsentiment,
que ceux qui ont connu madame dé Staël ap-
précieront avec indulgence, n'a pas encore
permis à ses enfans de se livrer à un travail qui
touche de si près à leurs plus chers comme à
leurs plus douloureux souvenirs.
DE L'AUME R.
s J'avois d'abord commencé cet ou-
vrée avec l'intention de le borner à l'exa-
men des actes et des écrits politiques de
mon père. Mais, en avançant dans mon
iravail j'ai été conduite par là sujet même
à retracer, d'une part, les principaux
c'véncmensde la révolution françoise,el
à présenter, de l'autre, le tableau de l'An-
gleterre, comme une justification de l'o-
pinion de M. Necker, relativement aux in
stitutions politiques de ce pays. Mon .plan
s'ctant agrandi, il m'a sembla que le de-
vois changer de titre, quoique je n'eusse
pas changé d'objet. 11, restera néanmoins
dans ce livre plus de détails relatifs, à mon
x AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR.
père, et même à moi, que je n'en aurqis
mis, si je l'eusse d'abord conçu sous un
point de vue général;- mais peut-être des
circonstances particulières servent-elles
à faire mieux connottre l'esprit et le cat-
ractère des temps qu'on veùt décrire. ♦
4
Tome i. 1.
CONSIDÉRATIONS
SUR
,LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENS
DE LA RÉVOLUTION FRANÇOISE.
PREMIÈRE PARTIE.'
CHAPITRE PREMIER.
Réflexions générales.
LA révolution de France est une des grandes
époques de l'ordre sociâl. Ceux qui la consi-
dèrent comme un événement accidentel n'ont-
porté leurs regards ni dans le passé, ni dans
l'avenir. Ils ont pris les acteurs pour la pièce;
et, afin de satisfaire leurs passions, ils ont attri-
bué aux hommes du moment ce que les siècles
avoient préparé..
H suftïsoit cependant de jeter un coup d'oeil
sur les principalcs crises de l'hisioire, pour se
convaincre qu'elles, ont été toutes inévitables,
2 CONSIDÉRATIONS
quand elles se rattachoient de quelque marnière
au développement des idées; et qu'après une
lutte et des malheurs plus ou moins prolongés,
le triomphe des lumières a toujours été favo-
rable à la grandeur et à l'amélioration de Tes-
pece humaine.
Mon ambition seroit de parler du temps
dans lequel nous avons vécu, comme s'il étoit
déjà loin-de nous. Les hommes éclairés, qui
sont toujours contemporains des siècles futurs,
par leurs pensées, jugeront si j'ai su m'élevai
1 la hauteur d'impartialité' que je voulois at
teindre."
Je me bornerai, dans ce chapitre, à des con,
sidérations générales sur la marche politique
de la civilisation européenne, mais seulement
par rapport à la révolution de France car c'est
à ce sujet, déjà bien vaste, que cet ouvrage est
consacré.
Les deux peuples anciens dont la littérature
et l'histoire composent encore aujourd'hui no-
tre principale fortune intellectuelle, n'ont dà
leur étonnante supériorité qu'a la jouissance
d'une patrie ;libre. Mais l'esclavage existait
chez eux; et, par conséquent les droits et ks
mofits d'émulation, qui doivent'ètre commur.s
à tous les hommes, étoient le partage exclusif
SUR I.A RÉVOLUTION FRANÇOISE. 3
d'un petit nombre de citoyens. Les nations
grecque et romaine ont disparu du monde à
cause de ce qu'il y avoit de barbare,, c'est-à-
dire, d'injuste dans leurs institutions. Les
vastes contrées de l'Asie se sont perdues dans
le despotisme; et, depuis nombre de siècles,
ce qu'il y reste de civilisation est stationnaire.
Ainsi donc, la grande révolution historique,
dont les résultats peuvent s'appliquer au sort
actuet des riations modernes, date de l'inva-
sion dés peuples du Nord; car le droit public
de la plupart des états européens repose encore
aujourd'hui sur le code de la conquête.
Néanmoins, le cerclejcks,]i0mmes auxquels
il étoit permis de se considérer comme tels,
s'est étendu sous le régime féodal. La condition
des serfs étoit moins dure que celle des escla.
ves il y avoit diverses manières d'en sortir
et, depuis ce temps, différentes classes ont
commencé par degrés à s'affranchir de la des-
tinée des vaincus. C'est sur l'agrandissement
graduel de ce cercle que la réflexion doit se
porter.
Le gouvernement absolu d'un seul est le
plus informe de toutes les combinaisons politi-
ques. L'aristocratie vaut mieux quelques-uns,
au moins, y sont quelque chose, et la dignité
4 CONSIDÉRATIONS
morale de' l'homme se retrouve dans les rap-
ports des grands seigneurs avec leur chef. L'or-
dre social, qui admefious nos sêmblables*a
l'égalité devant la loi, comme devant Dieu,
1 esfàussi-bien d'accord avec la religion chré-
tienne qu'avec la véritable liberté l'une et
l'autre, dans des sphères différentes, doivent
suivre les mêmes principes.
Depuis que les nations du Nord et de la Ger-
manie ont renversé l'empire occident, les
lois "qu'elles" ont apportées se sont modifiées
successivement car le temps, comme dit Ba.
con est le plus grand des novateurs. Il seroil
difficile de fixei-savec précision la date des
divers' changemens qui ont eu lieu; car, eq
discutant les faits principaux, on trouve qu'ils
empiètent les uns sur les autres. Mais il me
semble cependant,que l'attention peut s'arrêter
-n sur quatre époques dans lesquelles ces change-
mens, annoncés d'avance se sont manifestée
avec éclat.
La première période politique est celle ofr
les nobles, c'est-à-dire les conquérans, se con
tidéroient comme les coparlageans de la puis-
sânce royale de-leur cbef, tandis que la nation
étoit divisée entre les différens seigneurs, qui
disposoient d'elle à leur gré. Il n'y avoit alor*
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. 5
ni instruction ni industrie ni commence: la
propriété foncière étoit presque la seule con-
nue et Charlemagne lui-même s'occupe, dans
l'économie ruralé des do-
maipes de la couronne. Les nobles alloieot à la
guerre en personne amendant avec eux leurs
bommes d'armés ainsi les rois n'a voient pas
besoin de levef des impôts puisqu'ils n'entre-
tenoient ooiot d'atmée ni d'établissement pn-
blic. TQut démontre que, dans ces temps les
grands seigneurs étoient très-indépendans des
rois ils maintenoient la liberté pour eux, si
toutefois on est libre soi-même > alors qu'oo
impose" la servitude aux autres. La Hbngrie
peut encore, à cet égard, donner l'idée d'un tel
genre de gouvernement, qui a de la grandeur
dans ceux qui en jouissent.
Les champis de mai, si sonrent cités dans
l'histoire de France, pourroient être appelés le
gouvernement démocratique de la noblesse
tel qu'il a existé en Pologne. La féodalité s'é-
tablit plus tard. L'hérédité du trône sans la-
quelle il n'existe point de repos dans les mo-
narchies, n'a été régulièrement fixée que sous
la troisième raee durant la seconde la nation
c'est-a-dJre alors, les barons et le clergé cboi-
sissoient un successeur parmi les individus de
6 CONSIDÉRATIONS
la famille, régnante. La primogéniture fut héu-
reusement reconnue avec la troisième race.
Mais,
ment, le consentement du peuplé à toujours
été rappelé commeMla hase, des droits du souye-
rain au trôné.
U y, avôit déjà, sous Charlemagne, quelque
chose qui ressemhlpit plus à la pairie d' A*#e-
terre que finstllu^on de la noblesse
fais cette ol?serya^on sans y attacher beaûcpp
d'importance. Tant mieux, sans] doute, kïh
raison enpolitique est d'antique ofigine niais,
(ut-eîîé*une parvenue, encore fa<idroit:U ac-
cueillir. régime féod^ valoit beaucoup mpux
pour les inÇbJes que l'état de cjourt^ns au-
quel le despotisme royalties aj condamnes.
C'est une. ques^i purement
̃gagneroit f lindépen|^|e d'ùne| cla$§|p^t
qu'à roppfejsion exercée doucén|ent i ) pis
également sur
marquer que les nobles, dans le temps de- leur
splendeur^ avaient un genre de iberte PP'-
établi contre les grands a^c l'appui des peuples.
bUR LA RÉVOLGTION FRANÇOISE. ~7
Dans la seconde période politique, celle des
affVancMssemens partiels, les bourgeois des
villes ont réclamé quelques droits; car, dès
que les hommes se réunissent, ils y gagnent
au moins autant en sagesse qu'en force. Les
républiques d'Allemagne et d'Italie, les privi^
léges municipaux du reste de l'Europe, datent
de ce temps. Les murailles de chaque ville
servoient de garantie à ses habitans. On voit
encore, dans l'Italie surtout, des traces sin-
gulièrcs de toutes ces défenses individuelles
contre les puissances collectives des tours mul-
tipliées dans chaque enceinte des' palais forti-
fés; enfin, des essais mal combinés, mais di-
gnes d'estime, puisqu'ils avoient tous pour but
d'accroître l'importance et l'énergie de chaque
citoyen. On ne peut se dissimuler néanmoins
que ces tentatives des petits états pour s'assu-
rer l'indépendance, n'étant point régularisées
ont souvent amené l'anarchie mais Venise,
Gênes la ligue lombarde les républiques
toscanes, la Suisse, les villes anséatiques, ont
honorablement fondé leur liberté à cette épo-
que. Toutefois, les institutions de ces repu-
bliques se sont ressenties des temps où elles
s'étoient établies et les droits de la liberté
individuelle, ceux qui assurent l'exercice et le
8 CONSIDÉRATIONS
développement des facuités^e tous les honv-
mes, n'y étoiënt point garantis. Là Hollande,
devenue .république plus tard, se rapprocha des
ve>iteb|e& principes de l'ordre social eïlë dut
cet avance, en particulier, à là réforme re-
ligieuse. La période des affrancKlsseraens par-
tiels telle que je viens de l'indique?, ne se fait
plus remarquer clairement que dans les villes
libres et dans les républiques qui jont subite
jusqu'à nos jours. Aussi ne devroit-bn admettre
dans l'histoire' des grà nds états mMeriiesi [uq
trois époques tout-à^fait dUUnctesj la fôôda-
l\\4i le despotisme, et legouyerne^nent repié-
Depuis environ cinq siècles, linllépendarice
et les lurnière* ont agi dans tous les sens, et
presque au, hasard; mais; la puissance royale
s'est constamment accrue par diverses causes et
par Les rois, ayant souvent à
redouter t'arrogance des grands) ^herchère'nt
contre eux J'aUiaoce des peuple^^ f,es troupes
força les; souyerains à recourir au j tiers^çta f
qu'ils lèdcgageassent plus ou inoi|is de lin-
fluehee des seigneurs. La renaissance des lé
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. 9
très, 1 invention de l'imprimerie, la reforma-
tions la découverte du nouveau monde, et les
progrès du commerce, apprirent aux hommes
qu'il peut exister une autre puissance que celle
des armes; et depuis ils ont su que celle des
armes aussi n'appartenoit pas exclusivement
aux gentilshommes.
On ne connoissoit, dans le moyen âge, en
fait de lumières, que celles des prétres; ils
avoient rendu de grands services pendant les
siècles de ténèbres. Mais, lorsque le clergé se
vit attaque par la réformation il combattait
les progrès de l'esprit humain au lieu de les
favoriser. La seconde classe de la société s'em-
para des sciences, des lettres; de l'étude des
lois, et du cônimerce; et son importance s'ac-
crut ainsi-chaque jour. D'un autre côte, les
états se Iconcentroienttdàvantagë, les moyen
de gouvernement devenôient plus forts; et lés
rois, en se servant du tiers état contre les h^
ronsTet le haut clergé, établirent leur propre
despotisme, c'cst-a-dirë, ta réunion dans les
mains d'un seul du. pouvoir exécutif et du pour-
voir législatif tout ensemble..
Louis XI est le premier qui fit autheqtique-
ment i'essai de ce faïat système en France, et
l'invchteui4 est \-raim(?nt digne de l'oeuvre.
'10 .1.. CONSIDÉRATIONS
.'HculYUI en Angleterre, Philippin
dans le Nordj travaillèrent
sur le même
férentes. Mai$ Henri VIII, en
ligioti, réformée, affranchît son jpays sa/is Je
vouloir. Charle^Quim aftroit
pli Momentanément son projet <j«f Wionar^hï*
universelle, si, ittalgj'é le Jknetisnjus.de sesf tais
du rénova-
teur dtt tempsj çn acceptant la confei'ôn
d'Augsbourg. On dit ^trtl en eut{ l'idée, Jnm
cette; Jueutde son génie
tcrdbïe regoe de, Philippe H pèse|e|icpi;<? 4ujle
entière sur la nation
de conserver l'hérilagedw deipo-
̃.̃{-,
la Suide et leDa-
Soedois $'^ opposa. On
aU«
celles que nous avons tracées dans les
députes des bourgeois et les
payses coiraposôient la moitié de| h djlèjte; et
SUR LA REVOLUTION FRANÇOISE. Il
la nation étoit assez éclairée pour savoir qu'il
ne faut sacrifier despriviléges qu'à des dr«
et que l'aristocratie, avec tous ses défauts, e
encore moins avilissante que le despotisme.
-Danois ont donné le plus scandaleux
exemple politique dont l'histoire nous ait con-
servé le souvèïnr. Un jour, en .fatigués
du pouvoir des grands, ils ont déclaré leur roi
législateur et souverain maître de leurs pro-
priétés et de leurs vies ils lui ont attribué
tous les pouvoirs, excepté celui de révoquer
l'acte par lequel ildevenoit despote et, quand
cette donation d'eux-mémes fut acbevée ils
y ajoutèrent encore que, si les rois de quel-
que autre pays avoient un privilége quelcpn-
que >i ne fut pas compris dans leur acte,
ils l'accordoient d'avance, et à tout hasard à
leurs monarques. Cependant cette résolution
inouïe ne faisoit, après tout, que mander
ouvertement ce qui se passoit dans d aulçes
pays avic plus de pudeur. La religion protes-
tante, et surtout la liberté de la presse, ont
depuis créé dans le. Danemarck une opinipn
indépendante, qui sert de limites morales au
pou voir absolu.
La Russie bien qu'elle diftere des autres em-
pires de l'Europe par ses institutions tt par ses
112 CONSIDÊRAtlÔNS
L'Eorôpëdevoît être dt|e au de la Po.
dont
de Màisy saris nous afrl-
ter, ^maintecàni éi* têôubles qui ént dû natîrc
de h Sieste iéunibn du iervap
des
9UP?'lp«)Bi' de la pétrie, et
fout oiîVerte au
étrangers/ nous
stitutiori^ rédigée en des
édvMs3 celle que le général KoscmsUo <, si
quejsageïftéhtfcohibinée. ,> t
comme empire pblitiqïi^ en
est «icore restée, souydtvers
lions, lia Frtnde, l'Espagne 'et Yen&o bilti n^
nique
politique Allemagne a raaiiîWnli^sa Siibd|;|I
sion pai- un éprit ^indépendante jet d^aS^ol
mfà tdut Le fraiédè #estpja%
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. i3
en reconnaissant la religion réformée dans la
moitié de l'Empire, a mis en présence deux par-
tiesdé la même nation, qui, par Une longue
lutte, avoicnt appris à se respecter rnutuelle- r
ment. Ce n'est pas ici le moment de discuter
les avantages politiques et militaires d'une réu-
nion plus compacte. L'Allemagne a bien assez
de force à présent pour maintenir son indépen-
dance, 'tout en conservant ses formes fédéra-
tives et l'intérêt des hommes éclairés ne
doit jamais être la conquête- au-dchors, mais la
liberté au-dedans.
La pauvre riche Italien vant été sans cesse en
proie aux étrangers, il est difficile de suivre
la marché de l'esprit humain dans son histoire,
.comme dans celle des autres pays de l'Europe.
La seconde période» celle de l'affranchissement,
des villes, que nous avons désignée comme sé
confondant avec la troisième, est plus sçnsibfc
en Italie que partout ailleurs, puisqu'elle a
donné naissance, à diverses républiques, admi*
rables au moins par les hommes distingués
qu'elles ont produits. Le despotisme ne s'est
établi chez les Italiens que par la division; ils
sont, à cet égard, dans une situation très-diffé-
rente de l'Allemagne. Le sèntiment patrioti..
que en Italie doit faire désirer la réunion. Lés
14 CONSIDÉRATIONS
étrangers sont attires sans cesse par les délices
de ce paya, les Italiens ont besoin de l'unité
pour former enfin une nation. Le gouvernement
ecclésiastique a toujours rendu cette réunion
Impossible non que les papes fussent leipar-
tisans des étrangers; au contraire » ils auroient
voulu les repousser mafs, en leur qualité de
prêtre ils etûtent hors d'état dé défendra le
pays, et ils empêchoient cependant tout autre
pouvoir de s'en charger.
L'Angleterre est le seul des grands empires
de l'Europe où le dernier perfectionnement de
l'ordre social, à nous connu, se sojit accompli.
Le tiers état, ou, pour mieux dire, la nation
a, comme ailleurs, aidé le pouvoir royal sous
gé et à s'étendre à leurs dépens. plais la 0-
blesse angloise a été de bonne heure plus li-
bérale que celle de tous les- autres pays; et
dès la grande charte on voit les! barons ti.
puler.en faveur des libertés du peuple, La
volution d'Angleterre a duré près 4e cinquante
ans, à dater des premières guerres ci viles saut
laume tu en i68$j
quaigte.années.o'ont eu\pour but réel et por-
Wanent que l'établissement de la constitution
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. i5
actuelle, c'est-à-dire, du plus beau mopument
de justice et de grandeur morale existant parmi
les Européens.
Le même rnoùvement dans les esprits a
produit la révolution d'Angleterre et celle de
France en 1789. L'une et l'autre appartiennent
à la troisième époque de la marche de l'ordre
social, à l'établissement du gouvernement re-
présentatif, vers lequel l'esprit humain s'avance
de toutes parts.
Examinons maintenant les circonstances
particulières à cette France dont on a vu sortir
les gigantesques événements qui ont fait éprou-
ver, de nos jours, tant d'espérances et tant de
craintes.
Î6 CONSIDÉRATIONS ['̃
CHAPITRE
"lm hômm|3 ïbislggre
là|^
clàmations de nos jourt, que les
la monarchie qui ont précédé la évolution
française, n'ont été que des' temps; tranquilles,
et que la natioti étoit aldfs sur
Bel| les triomphés deé Ânglois sortes Val^s;
• la guerre de la Jacquerie les assassinats du duo
perfides de -Louis XI les protesta ns françois
condamnés a d'affreux Supplices sous Fran-
çois iw. pendant qu'il s'aHioît lui-même aux
protestans 4'Allemàgne les horreurs de la
ligue surpassées toutes encore par; le massacre
Henri 1 V, et son assassinat, œuvré effroyable
des ligueurs; les échafauds arbitraires élerés
par le cardinal de Richelieu j les dragonnades,
la révocation de l'édit de Nantes, jj'expulsion
des protestai et la guerre des Cévîennes, s us
SUR LA RÉVOLUTION, FRANÇOISE. 17
JOUE I. 3.
Louis XIV enfin les. querelles plus douces,
mais non moins importantes des parlernens
sous Lpuis XV.
Des troubles sans fl^p se sont élevés pour ob-
tenir la liberté telle qu'on la conceypit à diffé-
rentes périodes, soit fcofôle soit religieuse
en(ïn représentative; et, si ron excepte les
règnes où des monarques, tels que François Ier.,
et surtout ijpuis XIV, ont eu la dapgereuse
habileté d'occuper fes esprjjs par la guerre, il
ne s'est pas passé, pendant l'espace de huit
siècles, vingt-cinq ans durant lesquels, ouïes
armes contre les rois, ou les
paysans soulevés contre les seigneurs, ou les
contre les catholiques,
ou les parleniens se prononçait contre la
cour, n'aient essayé d'échapper au pouvoir ar-
bitraire, le qui
puisse peser sur un peuple. Les trouves civils,
aussi-Hen que les violences auxq^jles im a eu
recours pour les éto/iffer, attestent que les
François ont lutté autant que les-Anglois pour
obtenir !a liberté légale, qui
jouir une nation du calme, de remu|^tion et
de la prosp<yr|le.
11 importe de répéter à tous les parlisaûS(Jes
droijs qui reposent sur le pâssé, que c'est la
fond4s au commencement
choisissaient
»
jper
ne resté aucune[ or-
m donnant des deux premières races ce la
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. t9
monarchie qui ne soit caractérisée' du cort~
» sentéracnt dés assemblées générales des
» champs de mars ou de mai et même aucune
guerre ne se faisoit alors sans leur approba-
Lk troisième race des roj& fran,Çois se fondA
sutvleje'gime féodït les deux précédentes té-*
noient de-pttis près à la coriquète. Les pre·
miers princes- de la troisième rate s'iniitu-
loieïit Rois par la grâce-de Difcu et par le
consentement du peuple; èt la formule de leur
serment ensuite contenoit la promesse d-ecoh*
serverMeis lois'et les droits de la iVatloti. Les
rois ^é France,' dypuU saint Louis jusqu'à
Louis Xï ne se sont point arroge te droit de
faire des lois sans le consentement des états
généraux. Mais les querelles des trois ordres^
qui ne purent jamais s'accorder, les obligèrent
à recourir aux rois comme médîatètirS; est la
ministres se sont sérvjs habilement de cette né-
cessité, ou 'pour ne pas convoquer les étets
généraux* ou pour les rendre inutiles, Lorsque
Iôs Âtïglois entrèrent en France, Edouard Ut
dit> xîâïns sa proclamation, qu'il tenoît rendre
aux François leurs droits qu'on ïélir aVoit
Les quatre meilleurs rois de France, saint
M CONSIDÉRATIONS
Lomj Charles LouisJXH et surtout
Henri lV chacun suivant les idées de kursie-
cle, ont voulu fonder l'empire des lois.s'Les
croisades ont empêché saint Lôui$ de consacrer
tout spn tepps au bien du royaume. Les guerres
et la
ont absorbé d'avancé le$
rôit la sagesse de son fils Charles V>! La |>ial«
dljalie rnaj coroniencée
par rnaiçonïïriue'epar Louis JX.1I,
à privé la françe 4 «ne partie
arraché au monde le roi, 1 homme le meilleur;
et le prince le plus grand, et le plus écjalrt que
la France fit produit, Néanmoins,
malgré les obstacles singuliers qui ont a frète
la marche le ces ieu» >
les autres, <c cçu-
pe'sr pendant leur règne;, à, vçëonnoitjcc des
droits qui limitoient les leurs.j ̃,? ua tuh^
Saint Lpuis s dçs
çonim\ig^j il
fit de$ ^pec
el,| chose re nar-
quable, lorsqu'il lut choisi par les baron .an-
glois pour arbitre entre eux et Uur monaWjue
I
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. ic
Henri III, il bUraa les barons rebelles, mais
il fut d'avis que Henri III devoit être fidèle à
la charte qu'il avait jurée. Celui qui resta pri-
sonnier en Afrique pour ne pas manquer à ses
sermens, pouvoit-il énoncer une autre opi-
nion ? « J'aimerois mieux, disoit-il, qu'un étran-
» ger de l'extrémité de l'Europe, qu'un Écossois
» vint gouverner la France, plutôt que mon
», fils, s'il ne devoit pas être sage et juste.
Charles V, pendant qu'il n'e' toit que régent,
convoqua les état, généraux de i355, les plus
remarquables de l'histoire de France, parles
réclamations qu'ils firent en faveur de la nation.
Ce même Charles V, devenu roi, assembla le.s
états généraux en i36(), afin d'en obtenir
j'impôt des gabelles, alors établi pour la pre-
mière fois; il permit aux bourgeois de Paris
d'acheter des fiefs mais; comme les étrangers
occupoient alors une partie du royaume, l'on
peut aisément concevoir que le premier inté-
rêt d'un roi de France étoit de les repousser et
cette. cruelle. situation fut cause que Charles V
se permit d'exiger quelques impôts sans le con-
sentement de la nation. Mais, en mourant, il
déclara qu'il s'en repentoit, et reconnut qu'il
n'en avoit pas eu le droit. Les troubles inté-
rieurs, combinés avec les invasions des Au-
2U CONSIDÉRÂT 101
glois rendirent la marché
du très-difficile. (chartes VU éta-
blit, J# premier les troupes de ligne funeste
.l'histoire des nations l-ouis 3U
dont te nom suffit, comme celu^ de Néï^n ou
de essaya de s'arroger )e pouvoir ab-
solu. 11 fit quelques pas dans 14 route quç le
cardinal de Richelieu a, si bien suivie depuis;
mais il rencontra dans les pjsrlémens une
grande opposition. ont
donné de la Consistance aux lqis en Frince,
il, n'est presque pas une dei leurs remon-
gen>ens envers la nation. Ce n)ême Louis XI
ctoit. encore bien loin cependant de se croire
un roi $aos limites j et» dans, l'instruction qu'il
laissa en ,mourant' à son fils Charles VHI, il
» regard à la loi, en ce faisant, ils font leur
« peuple serf, et perdent le nom de roi; car nul
» ne; doit é{re àppçy roi fors celui qui ègne
M et sur les Francs. [Les Frai es do
nature aiment leur seigneur; tnais le serfs
naturellement baissent comnjie les esclaves
}>. leurs maîtres. Tant il est jvrai que, par
testament du moihs, les tyrans ^ȏme ne peu-
vent s'empêcher de blâmer Ip despotisme 1
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. a3
Louis X1I, surnonuné le Père du peuple, sou-
mit à la décision des états généraux le mariage
du comte d'Angouléme, depuis François ïct.
avec sa fille Claude, et le choix de ce prince
pour successeur. La continuation de la guerre
d'Italie étoit impolitique niais comme
Louis XII diminua lés impôts par l'ordce qu'il
mit dans les finances, et qu'il vendit ses pro-
pres domaines pour subvenir aux dépenses de
l'état, le peuple ressentit moins sous lui, qu'il
n'aurait fait sous tout autre monarque, les in-
corivéniens dp cette expédition. Dans le con-
elle de Tours, le clergé de France, d'après les
désies de Louis XII, déclara qu'il ne devoit
point une obéissance implicite au pape. Lorsque
dés comédiens s'avisèrent de représenter une
pièce pour se moquer de la respectable avarice^
du roi, il ne souffrit pas qu'on les punit, et dit
ces paroles remarquables le Us peuvent nous
apprendre des vérités utiles. Lâissons-les sç,
» divertir pourvu qu'ils respectent l'honneur
» des dames. Je ne suis pas fâché que l'on sa-
» che que, sous mon règne, on a pris cette li-
berté impunément. La liberté de la presse
n'est-elle pas toute entière dans ces paroles?
Car alors la publicité du théâtre étoit bien plus
grande que celle des livres. Jamais un monar-
24 CONSIDÉRATIONS
que vraiment vertueux ne s'est trouvé en pos-
session Q& la |>ui5s|nce souveraîrîé sans avoir
désiré de inod|rér sa propret tpri té, au Ifeu
d'empiéter sur les droits des' peuples les ro|s
éclairls vèuleni limiter lé pouvoir de ïeurs
ministres et do tours successeurs. Un' de
lumière se fait tçujQurs se ntîr, suivant la nature
des, temps) dans tous les hommes d'état de
premier ring, ou par leur raison!, ou parleur
âme.
Les premiers fours du sèïzièmç siècle vjrcn*
naître la reforme religieuse dan|s les étais les
Anglejerre, bientôt après en Frajnce. Loih de
se dissïbul^rque la liberté de conscience tient
de près à'la liberté politique, il me se'mble'que
les protons doivent se vanter (le cette nm.
lôgie. Ilsottt toujours été et seront toujours des
ami^ ta Jiberlté; l'esprit d'examen énfe
tière' de religion condiiïï nécessairement au
en fait d'inséu-
sert à tous les dèspotlmes^ seconde to îles
matiori à la m^me époque où ellese consolida,
en Angletejte^ les plus grands seigneurs de
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE.
l'état; Côndé, Coligny, Rohan, Lesdiguières,
professèrent la foi évangélique. Les Espagnols,
guidés par l'infernal génie de Philippe II; sou-
tinrent la ligue en France, conjointement avec
Cathertne de Médicis. Une femme de son ça.
ractère devoit souhaiter le pouvoir sans bornes,
et Philippe Ii vouloit faire de sa fille une reine
de France, au préjudice de Henri IV. On voit
que le despotisme ne respecte pas toujours la
légitimité. Les parlernens ont refusé cent édits
royaux de i56a à Néanmoins, le chan-
celier de l'Hôpital trouva plus d'appui pour la
tolérance religieuse, dans les états généraux
qu'il put» rassembler, que .dans e parlement.
Ce coirpsde magistrature, très-bon pour main-
tenir les anciennes lois, comme sont tous les
corps no participoit pas aux lumières du
temps. Des députéssélus par la nation peuvent
seuls s'associera à ses besoins et à ses désirs, selon
chaque époque.
Henri IV fut long-temps le chef des réfor-
més mais il se vit enfin forcé de céder à l'opi-
nion dominante, bien qu'elle fut celle de ses
adversaircs. Toutefois il montra tant de sagesse
et de magnanimité pendant son règne, que le
souvenir de ce peu d'années est plus récent en-
core pour les coeurs françois, que celui même
a6 CONSIDÉRATIONS
des deux siècles qui se, sont écoulés, depuis.
;J/édit de Nantes, publié en
tolérance religieuse pour
encore cessé de lutter. une
.barrièîfe au despotisme; car, qu>nd te gouver-
ne ment est obligé 4e tenir la
entre deux partis opposes,
de de justice, D*ai%urs
comment un hormnçs tel que Henri IV eAtjil dé-
contre la tyran-
nie de Méd,iç]gjpt des Guise qu'il iétoit armé;
i\ çn"déUvî-e.c la France,
nature plus
le besoin de l'admiration libre, que de t'obéis:.
sançe; çor>fi!e. Çully nje.ttoit dans ha fininces
du royaunie un ordre qui auroit p;u rendre l'au-
d,es'peu-
ples ^maij} Hepri JV^e ce çpu-
pable usage d'une, l'économie U cinvo-
qua donc Rassemblée des notables à Rouer, et
librement élue; saos que lïn-
Huence du souverain eût part au| choix de ses
membres. Les encore
bien rcçcn|f et t'on auroit pu «le service e ce
prétexte^ p£qr remettre tous les pouvons ntre
les mains du souverain mais c'est dans la v^ie
liberté que trouve leremèdeJè.plus efficace
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE a;
contre l'anarchie. Chacun sait par coeur les bel-
les paroles de Henri IV à l'ouverture de l'assem-
blée. La conduite du roi fut d'accord avec son
langage; il se soumit aux demandes de l'assem-
blée, bien qu'elles fussent assez impérieuses,
parce qu'il avoit promis d'obtempérer aux dé-
sirs des délégués du peuple. Enfin, le même
respect pour la publication de la vérité qu'avait
montré Louis XII, se trouve dans les discours
que Henri ÎV tint à son historien Matthieu
contre la flatterie.
A l'époque ou v^ivoit Henri IV, les esprits
Vétoient tournés que vers la liberté religieuse;
il crut l'assurer par l'édit de Nantes; mais,
comme il en étoit seul l'auteur, un autre roi put
défaire son ouvrage. Chose étonnante! Grotius
prédit sous Louis'XHI dans un de ses écrits
que, l'édit de Nanjes étant une concession et
non pas un pacte réciproque, un des succes-
seurs de Henri IV pourroit changer ce qu'il
avoit établi. Si ce grand monarque avoit vécu
de nos jours, il n'aurait pas voulu que le biep
qu'il faisoit à la France fut précaire comme sa
vie, et il auroitUonné des garanties politiques
à cette même tolérance, dont après sa mort la
France fut cruellement privée.
Henri IV, peu, de temps avant de mourir,
r
18 CONSIDÉRATIONS
conçut, dit-on, la grande idée d'établir l'irtde**
pendant des divers états de l'Europe pat an
congrès. Mais ce^ii est cértajn au moins, c'est
que son but principal e'toif^e soutenir le parti
des proïestans en Allemagne. Xe fanatisme, qui
le fit assassiner, ne se trompa poïiit sur ses vé»
Ainsi périt le souverain le plus françoîs qui
ait régné Sur- la France. Souvent jnos rois ont
tenu de leurs mères un caractère ëtran^er;
mais Henri IVëtoiten tout compatriote <îe ses
sujets. Lorsque Louis XHI hérita! de sa mètre
italienne une gronde di5simulatioi|» on ne re-
connut plus Je sang du père dani le fils. Qui
brûlée comme sorcière, et en présence de la
d'applaudir & l'édit dèNantes? 11 £a des
6^ e le, sort 4e l'esprit Humain, dépend d^u}i
de ^"t^e «« peut se laite que paf l'impu^ m
1 l'indepe nuance des grands vassauxf de la ci
proyinces. ijouis XI,avoit conçu la ^iême id ci
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE.
mais. la capitale, cette époque, ne pre*ntoil
aucune séduction de société, et la cour encore
tnoins; plusieurs hommes d'un ram talent et
d'une grande âme d'Ossat Moraai ;SuHy,
s'étoLt développés avfec Henri IV; v«ais>Pre«
lui 1> ne vit bientôt plus a^un de ces grands
chevaliers dont les noms sont encore comme
les traditions héroïques de l'histoire de i tance.
Le despotisme du tardai de Richelieu détrui-
sit en entier l'originalité du caratlèrefl-anco».
ià loyauté; sa candeur, son indépendance. Un
a beaucoup vanté Je taknt du
parce qu'il a maintenu la grandeur politique
de la France, et sous ce
lui refuser des talens supérieurs; roais Henri ]V
atteknoiTau même but, en par
des Fincipcs de justice et &
6é wjnifesu non-seulémecct dans lelhompK'
qu'on remporte > hvais dans les moyens qa'on a
pris^poùr l'obtenir. La dégradation rnôi-ale,
ernpreinte sur une nation qu'on accoutume au
crime tat-.oü tardait lui nuire plus que les
succès ne l'ont servie.
Le cardinal de Richelieu fit brûler, comme
ç<ji?cier; un pauvre innocent curé, Urbain
Pçandier se prêtant ainsi bassement et perfi-
dement aux superstitions qu'il ne partageoit
30 1 CONSIDÉRATIONS
pas. 11 fit enfermer dans sa
de MarilSc
pour le faire
M
de Richelieu; aj des
po|uV< proficin*
cer sui« Ib sùti des
a pu ^vanter un t«l Jiohiméï U
est la plénitude do sa
puisshhc^ aU
jgrafitf îkm
On peut,
de
rainé les n
sont trop vifs pour
qui a «telle
dans ph pavs où
SUR LV RÉVOLUTION FRANÇOISE. 3t
Le cardinal de Richelieu, en appelant les
grands a Paris, les privavde leur considération
dans les pVovinces et créa cette influence ue
la capitale sur le reste de la France, qui n'a
jamais -'cessé depuis cet instant. Une cou* a
nécessairement -beaucoup d'ascendaïlt Sur la
ville qu'elle habite, et il cU commode de gou-
verner l'empire '£ l'aide d'une très-petite rtfù-
niort d'home; je dis commode poUr le des-
potisme.
On prétend que Richelhm a préparé les mer-
veille* du siècle de Louis XIV qu'on a souvent
mis en parallèle avec ceux de Pendes et d'Au-
guste. Mais des à
brillans se pâleurs
divérfeî formes, au ttiorti^ît où la lilléKatWe
et pour la ptèrim're
fois, après de longs troubles civils ou desgùeV^
its ptolongées'. Les grahdes phases. de l'esprit
bien
l'œuvre d'un homme; cat elleâ SU rcisêrnbfè'nt
toutet entré elles quelque dlfférens que sj^ftt
^s caractères- 'des ciieft
Après Richelieu sôua là minorité 'de
Louis XIV) quelques idées politiqués tih p^V
sérieuses se mêlèrent k la frivolité
delà Fronde.
traduit devant ses juges
mettre aussi des,bornes au pouvoir ministériel
et quelque
contre
dangereuse splendeur
ce .qui leur toujours quelque consi-
que sous Louis; ne.
P*nM quP les propriétés de sca
s'est
int
le dernier reste de l'ombre d'un droit, ht re-.
du
qu'on. a
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. 33
Tome 1.
reprochés à Louis XIV sont une conséquence
naturelle de la superstition de son pouvoir dont
on l'avoit imbu dès son enfance. Comment le
despotisme n'entraîneroit-il pas la flatterie? et
comment la flatterie ne fausseroit-elle pas les
idées ds toute créature humaine qui y est ex-
posée ? Quel est t homme, de génie qui se soit
,entendu' dire la centième partie des éloges
prodigués aux rois les Plus médiocres? ei ce-
pendant ces rois, par cela même qu'ils ne mé-
ritent pas qu'on leur adresse ces éloges, en sont
plus facilement enivrés.
Si Louis XIV fût né simple particulier, on
n'auroit probablement jamais parlé de lui,
parce qu'il n'avoit en rien des facultés trans-
cendantes mais il entendoit bien cette di-
gnité factice qui met lame des autres mal à
l'aise. Henii IV s'entretenoit familièrement
avec tous ses sujets depuis la première classe
jusqu'à la dernière; Louis XIV a fondé cette
étiquette exagérée qui a privé les rois de sa
maison, soit en France, soit en Espagne, de
toute communication franche et naturelle avec
ïeshofnmes aussi ne les connut-il pas, dès que
.les circonstances devinrent menaçantes. Un
ministre ( Louvois ) l'engagea dans une guerre
sanglante pour avoir été tourmenté par Iui sur
CONSIDÉRATIONS
les fenêtrés d\in bâtiment; et, pendant soixante-
huit années de règne, Loujs XIV bien qu'il
n'eût aucun talent comme général, à pourtant
fait cinquante-six ans la guerre.'Le Palatinat a
été ravagé; des exécutions atroc'es ont eu lieu
dans la Bretagne. Le bannissement de deuxeent
mille François protestans, les dragonnades et
là guerre des Cévennes, n'égalent pas encore les
horreurs réfléchies qui se trouvent dans les diffé-
rentes ordonnances rendues après la révocation
de l'édit de Nantes en 1685. Le cQde lancé alors
contre les religionnaires peut tout-à-fait se com-
parer aux lois de la convention contre les émi-
grés, et porte les mêmes caractères. L'étal civil
leur étoit refusé, c'est-à-dire que leurs enfant
nlétôiënt pas considérés comme légitimes, jus-
qu'en 1687, que l'assemblée des notab es a
provoque la juslice de Lou!&XYl à cet égard.
Non-seulement leurs biens étoient confisques
mais ils ét9ient attribués à ceux qui les dénon-
çoient; leurs enfans leur etoient pris de que.
iLes ministres du culte, et ce qu'on apf eloit
les relapjîj étoient condamnés aux galèresioû à
la mort; et, comme enfin on avoit déclaré'qu'il
sidéroit i tous i ceuf qui l'étoieni1 'i comme re-
SUR LA, RÉVOLUTION FRANÇOISE. 35
laps- quand il convenoit de les traiter ainsi.
Des injustices de tout genre ont signalé -ce
règne de Louis XIV objet de tant 'de madri-
gaux et personne n'a réclamé contre les abus
d'une autorité qui étoit elle-même un abus
continuel. Fénclon a seul osé élever sa voix;
mais c'ést assez aux yeux de la postérité. Ce roi,
si scrupuleux sur les dogmes religieux, ne l'é-
toit guèreVir les bonnes moeurs, et ce n'est
qu'à l'époque do ses revers qu'il a développé de
véritables vertus. On ne se sent pas avec lui la
moindre sympathie jusqu'au moment où il fut
malheureux; alors une grandeur native reparut
dans son âme»
On vante les beaux édifices que Louis XIV
a fait élever. Mais nou^ savons par expérience
que, «dans tous les pays où les députés de la
natioa ne défendent pas l'argent du peuple il
est aisé d'en avoir pour toute espèce de dé-
pense. Les pyramides de Memphis ont croûté
plus de travail que les embellissemens de Paris,
et cependant les despotes d'Egypte disposoient
facilement de leurs esclaves pour les bàtir.
Attribuera-t-on aussi Louis XIV les grands
écrivains de son temps? Il persécuta Port-Royal
dont Pascal étoit le chef; il fit mourir de cha-
grin Racine; ¡!exila Fcnélon; il s'opposa con-
36 CONSIDÉRATIONS
stamment aux honneurs qu'on vouloit rendre
à La Fontaine, et ne professa de l'admiration
que pour Boileau. La littérature, en l'exaltant
avec excès, a bien plus fait pour lui qu'il n'a
fait pour elle. Quelques pensions accordées aux
gens de lettres n'exerceront jamais beaucoup
d'influence sur les vrais talens. Le génie n'en
veut qu'à la gloire, et la gloire ne jaillit qyjg de
l'opinion publique.
La littérature n'a pas été moins brillantè
dans le siècle suivant, quoique sa tendance fût
plus philosophique; mais cette tendance même
a commencé vers la fin du règne de Louis XIV.
Comme il a régné plus de soixante ans, le siècle
a pris son nom; néanmoins les pensées de ce
siècle ne relèvent point de lui et, si l'on en
excepte Bossuet qui, malheureusement- pour
nous et pour lui, asservit son génie au despo-
tisme ot au fanatisme, presque tous les écrivains
du dix «septième siècle firent des pas très-
marquaos dans la route'que les écrivains du
dix^huitiè«e ont depuis parcourue. Fénçlon,
le plus respectable des hommes, sut apprécier
dans un de ses écrits la constitution angloise
peu d'aftiiées ftpès son établissement; et, vers
la fin du règo/de Louis XIV, on vit de toutes
parts grandir la raison humaine.
SUR U RÉVOLUTION FRANÇOISE. 37
Louis XIV aècrut la France par les conquêtes
de ses généraux; et, comme un certain degré
d'étendue est nécessaire à l'indépendance d'un
état, à cet égard il mérita la reconnaissance
de la nation. Mais il laissa l'intérieur du pays
dans un état de désorganisation, dont le régent
et Louis XV n'ont cessé de souffrir pendant
leur règne. A la mort de Henri IV, les finances
et toutes les branches de L'administration étoient
dans l'ordre le plus parfait, et la France se
roawmnt encore .pendant plusieurs années par{à
orce qu'elle lui devoit. A la mort de Louis XIV,
les finances étoient épuisées à un degré tel que
jusqu'à l'avènement de Louis XVI, on n'a pu
les rétablir. Le peuple insulta le convoi funèbre
de Louis XIV, et le parlement cassa son testa-
ment. L'excessive superstition sous laquelle il
s'étoit courbé pendant les dernières années jde
son règne; avoit tellement fatigué les esprits,
que la licence même de la régence fat excusée,
parce qu'elle les soulageait du poida èe la cour
intolérante de Loui.sXlV, Compara cette mort
avec celle de Henri IV'. 11 étoit si «impie bien
que roi, si doux bien que guerrier t si Spirituel
si gaî> si sage; il savoit si bienqtfe, se rap-
procher des hommes, c'est s'agrandir à leurs
yeux, quand on est véritablement grand, que
38 .CONSIDÉRATIONS
chaque François crut sentir au coeur le poi-
gnard qui trancha sa belle vie.
I1 né faut jamais juger les despotes par les
succès momentanés que la tension même du
pouvoir leur fait obtenir. C'est l'état dans lequel
ils laissent le pays à leur mort ou à leur chute,
c'est ce qui reste de leur règne après eux, qui
révèle ce qu'ils ont été. L'ascendant politique
des nobles et du clergé a fini en France avec
Louis XIV; il né les avoit fait servir qu'à sa
puissance; ils se sont trouvés après lui sans
liens avec la nation même, dont l'importance
s'accroissoit chaque jour.
Louis XV, ou plutôt ses ministres, se sont
disputés sans cesse avec les parlemens qui so
retidoient populaires en refusant les impôts; et
les parlemens te noient à li classe du tiers état,
=du, moins en grande partie. Les écrivains, qui
étoient pour la plupart aussi de cette classe,
çonquéroient par leur talent la liberté de la
presse qu'on leur refusoit légalement. L'exem-
ple de l'Angleterre agissoit chaque jour sur les
esprits, et l'on ne concevoit pas bien pourquoi
sept lieues de mer séparoient un pays où la na-
tion étoit tout d'un pays où la nation n'éloit
rien, c
L'opinion, et le crédit qui n'est que l'opl.
SUR ÎA RÉVOLUTION FRANÇOISE. 39
mon appliquée aux affaires de finances, deve-
noient chaque jour plus essentiels. Les capita-
listes, ont plus d'influence à cet égard que les
grands propriétaires eux-mêmes; et les capita-
listes vivent à Paris, et discutent toujours libre-
ment les intérêts publics qui touchent à leurs
calculs personnels.
Le caractère débile de Louis XV et les er-
reurs de tout genre que ce caractère lui fit com-
mettre, fortifièrent nécessairement l'esprit de
résistance. On voyoit d'une part lord Chatham
à la tête de V Angleterre environné de tous les
gran'ds orateurs du parlement qui reconnois-
) soient volontiers sa prééminence et dans le
même temps les maîtrises les plus subalternes
du roi de France, faisant nommer et renvoyer
ses ministres. L'esprit public gouvernoit l'An-
gleterre; les hasards et les intrigues les plus
imprévues et les plus misérables disposoient
du sort de la France. Cependant Voltaire,
• Montesquieu Rousseau, Buffon des penseurs
profonds, des écrivains supérieurs, faisoient
partie de cette nation ainsi gouvernée; et coqa- x
ment les François n'auroient-ils pas eavié l'An^v
gleterre puisqu'ils pouvoient se dire avec rai»
son que c'étoit à ses institutions politiques
surtout qu'elle devoit ses avantages? Car les
4o CONSIDÉRATIONS
François comptoient parmi eux autant d'hom-
mes de génie que leurs voisins, bien que la na-
ture de leur gouvernement ne leur permit pas
d'en tirer lemême parti.
Un homme d'esprit a dit avec raison que la
littérature étoit l'expression de la société' si
cela est vrai, les reproches que l'on adresse aux
écrivains du dix-huitième siècle doivent être
dirigés contre cette société même. A cette égo-
que) les écrivains ne chercboient pas à flatter le
gouvernement; ainsi donc ils vouloient corn-
.plaire a l'opinion; car il. est impossible que le
plus grand nombre des hommes de lettres ne
suive pas une de ces deux routes ils ont trop
besoin d'encopragement pour fronder à la fois
l'autorité et le public. La majorité des François,
dans le dix-huitième siècle, vouloit la suppres-
sion du régime féodal, l'établissement des in-
stitutions angloises, et avant tout la tolérance
religieuse. L'influence du clergé sur les affaires
temporelles révoltoit universellement; et,
comme le vrai sentiment religieux est ce qui
éloigne le plus des intrigues et du pouvoir, on
n'avoit plus aucune foi dans ceux qui se ser-
voient de la religion pour influer sur les affaires
de ce monde. Quelques écrivains, et Voltaire
surtout, méritent d'être blâmés pour n'avoir

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