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CORNÉLIE
ou
LA PUPILLE DE VOLTAIRE,
COMÉDIE.
Se trouve
à PARiS chez Ladvocvt Palais-Royal, galerie de
bois N.°» 195 et 196.
ÂusiN libraire quai des Augustins N.° 125.
A LYON chez J.h TARGE libraire rue Lafont
N.° 4,
Et les marchand* de nouveautés.
@
CORNÉLIE,
ou
LA PUPILLE DE VOLTAIRE,
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN VERS
( Nouvelle proie de da censure théâtrale )
Par le Ch.- Th. P.»
Auteur de Constance, ou l'Indifférence vaincue, comédie
en cinq actes et en vera, jouée et imprimée à Génère
en 1824 et maudite aussi par la même censure.
( Plux 2 fr. 5oc. )
LYON,
IMPRIMERIE DE J. M. BARRET PALAIS ST.PIERRL.
PERSONNAGES.
VOLTAIRE.
PIRON.
Madame DENIS nièce de Voltaire.
CORNÉLIE petite nibce du grand Corneille pu-
pille de Voltaire.
COLINI ami de Voltaire Scrétaire-amateur de ce
grand homme.
THÉODORE DUPUITS capitaine dans les dragons
de la Reine.
( La scène est à Ferney. )
N. B. Si des censeurs plus raisonnable» ou de plus de bon sent
permettaient un jour la représentation de cef ouvrage on le di-
riserai! en deux aefer, La premier finjfail d Ut Jtn de la huViim*
scène la neuvième devenant la première du second acte alors
Corndlie rentrerait avec Voltaire et Mad. Denis.
PRÉFACE.
Ja suis très-convaincu malgré l'audace obligée qui me
transporte aujourd'hui chez l'imprimeur, qu'il est plus
que téméraire aux auteurs dramatiques de livrer un ou-
vrage à l'impression avant qu'il ait subi le jugement du
public par la représentation car ce n'est bien certaine-
ment qu'après cette épreuve indispensable qu'une pièce
--de- théâtre peut être appréciée à sa juste valeur. Alors
en effet ou une chute bien constatée la condamne à
l'oubli ou un demi-revers la fait remettre sur le métier
avec avantage, ou un succès complet la couronne et fait
naître le désir de la lire. Dans tous les cas, l'auteur est
fixé sur ce qu'il doit faire et c'est en connaissance de
cause qu'il se décide entre le silence et la publicité. Je me
serais donc bien gardé d'abandonner ainsi ma Coiwemb
à la critique des personnes qui daigneront la lire, avant
de l'exposer aux chances périlleuses mais utiles du par-
terre, si l'impitoyable et dégoûtante censure, cette hon-
teuse esclave d'un ministère ennemi des arts et des
lumières comme de toute industrie nationale ne m'y
eût contraint par une rigueur despotique aussi partiale
qu'injuste et ridicule à mon égard.
Je ne prends point la plume pour faire l'analyse de
ma comédie, et chercher à justifier ses nombreux dé-
buts par la précipitation avec laquelle je l'ai composée.
Je ne parle d'elle, en ce sens, que pour réclamer l'in-
dulgence de mes lecteurs en faveur du sentiment qui
m'anime. Les rigueurs dëhontées dont je suis l'objet,
ii rlUFAGI.
vont devenir contagieuses si le silence des auteurs
vandaUsês les encourage. Mon seul but j en ce moment,
est donc de donner un exemple salutaire et d'établir à
l'avantage des lettres le public juge entre la censure
ministérielle et un ouvrage dans lequel je me suis interdit
toute allusion toute réflexion étrangère à l'intrigue.
( et pour cause Je savais que le comité de compare est
d'une sévérité minutieuse et révoltante sans soupçon-
ner encore les iniquités dont il pouvait être capable. )
Cette sortie mille fois trop douce contre les censeurs
du moment qui semblent ne se mêler des théâtres que
pour essayer de l'inquisition (i) va être légitimée par
le simple exposé du motif qui a paru suffisant à ces
messieurs pour proscrire à jamais ma pièce. C'est à deux
reprises, et avec la même impudeur, qu'ils en ont
interdit la mise en scène sur le grand théâtre de Lyon.
Et la dirai-je cette raison puissante et merveilleuse qui
a déterminé ces épouvantails de la saine littérature à
priver sans miséricorde, un homme de lettres du fruit
de son travail ?. Pensez-vous que ce soit quelque pas-
sage, quelque vers qui ait provoqué l'anatSème de ces
demi-dieux sur la terre?. Pas du tout: ils ont la
dégoûtante bonhomie de convenir que l'ouvrage ne ren-
ferme pas une seule pensée répréhensible. Ce n'est
que dans Je titre mes chers lecteurs que le péché
capital de l'auteur a frappé leurs regards jésuitiques un
mot unique me condamne un seul nom propre cause
i ) Cette réflexion esi-eiie trop forte ? Poursuives. et
après avoir connu la déclaration formelle d'un des censeurs
au sujet des ultra-philosophes Rousseau Voltaire etc.
vous me direz si la résurrection des aulo-da-fé pour brûler
leurs ouvragea, vous pftruît bien invraisemblable.
HiipAcs. Ht
ma mort. c'est celui de voltaire IH Mais ne vous y
trompe* point ce nom est un cri séditieux Ce beau
nom, dont s'honorent la France, l'Europe et. j'allais
dire le monde entier placé sans qu'il fut possible de
faire autrement en tête de ma composition dramatique,
a tellement fait mal au cceur et surtout à l'esprit mé-
diocre de ces mouchards littéraires qu'il ne leur est
plus resté ni conscience ni sens commun veuillez
en juger.
Le ai mai dernier ( i8a5), CornéUe fut envoyée à
la censure ministérielle. Le Directeur de Lyon s'atten-
dait si peu que cette petite comédie reçue par lui avec
intérêt pût être l'objet de la moindre observation dé-
favorable, qu'il la fit monter et répéter d'avance sur
son théâtre au passage de la jeune Léontine Fay, pour
qui elle a été composée à la hâte. M. Singier avait lui-
même écrit un mot pressant au censeur Coupard » on
» osait se flatter que la censure ne trouverait pas une
seule expression à reprendre dans ce nouvei ouvrage,
» qui devenait en quelque sorte de circonstance vu la
f présence à Lyon de la petite merveille du Gymnase. »
J'avais pris en effet toutes mes précautions quatre vers
seulement, contre les faux dévots ou le bigotisme pou-
vaient alarmer les censeurs de car ce n'est pas
leur faire »a cour que de soulever ainsi le masque des
hypocrites des nouveaux tartufes. Je supprimai ces
quatre vers, avant de laisser partir LA FILLÔ adoptivê DU
défenseur des CALAS pour la censure. S'ils ont été
rétablis à l'impression, c'est que je n'ai pas les mêmes
ménagemens à garder avec la plupart des Français qui
me liront,
Pour en revenir à mes moutons ou plut6t à ma lier..
I iv tnhkcs..
gère CornélU ou la papilk de Foliaire était déjà sur
i'amche et annoncée pour un surlendemain. La ré-
ponse autocratique arrive de la capitale les grandi in-
quisiteurs ont prononcé leur arrêt, et, sans autre (orme
de procès écrit en lettres rouges sur le premier
feuillet de mon manuscrit, ces cinq mots discrétionnaires t
ajournée, le 3 juin i8a5. Le paraphe du sieur Coupard
sanctionne ce chef-d'oeuvre de vandalisme.
Y a-t-il là conscience ?
Certes à cette heure je suis payé pour soupçonner et
deviner tous les motifs absurdes des décisions vexatoires
ëf déloyales du comité de censure mais j'avoue que
l'unique raison de l'ajournement indéfini de mon ouvrage
ne tomba pas alors sous mes faibles sens le ne me vis
point encore terrassé par l'ultimatum parvenu aujour-
d'hui sur les bords du Rhône. ( i ) Je revins à la charge,
et après avoir revu et corrigé tous mes vers l'un après
l'autre pour en extraire tout ce que je pouvais suppo-
ser être un obstacle à l'autorisation déjà vainement sol-
licitée, je renvoyai Cornilie ou la fille adoptive de
VoUaire à la redoutable censure. ( Ce n'est qu'ainsi que
je la traitais je ne savais pas encore qu'elle est aussi
méprisée que méprisable.) Pendant quinze grands jours
d'attente je me berce du doux espoir que ma pièce
sera mieux accueillie que la première fois. Elle me
revient plus maltraitée que jamais on n'a pas même
daigné la relire on lève le masque et l'on constate
par ces mots insolens et barbares
(i) Tous les auteurs de Lyon ont été prévenus. par une
dépêche télégraphique de ne plus parier de Voltaire de
Rousseau, de Molière, etc. sous peine d'interdiction
théâtrale.
rnàrkct, v
» II n'y a pas lieu d'examiner de nouveau cette pièce.
( tracés humainement au dessus du même paraphe )
que dans le titre de Cornélie honoré du nom de
Voltaire est le seul et bien unique motif de sa proa-
cription sans daigner songer au tort peut-être considé-
rable qu'ils font à son auteur, des sicaires armés de
ciseaux d'or par le jésuitisme et le pouvoir arbitraire
préludent ainsi sur moi comme sur tant d'autres jeunes
écrivains, et à l'insu d'un roi vertueux et trop mag-
nanime, dont ils trompent la religion et la confiance.
préludent ainsi dis-je à la destruction totale des
germes de tous les arts de toutes les sciences, eit un
mot de toute industrie.
Y a-t-il là sens commun 1
L'un de ces vandales a dit-on osé dire à un plai-
gnant de Parts qu à l'avenir on n'admettrait jamais ( t )
un ouvrage dramatique, dans lequel il serait question de
Rousseau de Voltaire ou de tous autres ultra philo-
sophes. (a) Misérables! permettez donc qu'on en re-
Ne trouvez-vous pas que ce jamais ressemble beau-
coup au ùuneux jamais d'un certain ministre qui n'est déjà
plus ? Il faut espérer ponr 1lionneur de la France que
le jamais des censeurs ne subsistera pas plus qu'eui, et
que son règne sera même moins long que celui de son
(2) 0 brave, ingénieux et a jamais célèbre DE Jouy! que
vas-tu dire, si tu as un dérober ù tes utiles et
couragense» méditations pour lire mon. réquisitoire ?
M'aurais-tu rien à ajouter à ton voltaire A LA J'Osticrité
compte rendu pour confondre les vandales qui m'assas-
sinent parce que j'ai écrit son illuatre nom ?. Je ne veux
que transcrire ici tes deux premiers paragraphea sur LES
vj raifACB.
présente où il soit question de vous. ou bien la comédie
est perdue 1 Nous n'ignorons pas que Fart de faire rire
au théâtre consiste dans le talent de railler avec esprit
ACTIOMS de ce grand homme pour étouffer ces énergu-
mènes et me venger d'eux.
» Bonnes actions. Fondation de Ferney. Etablissement
d'une fabrique d'horlogerie. Etablissement d'une manu-
» facture de vases de terre. Quatre-vingts maisons bâties
» à ses frais. (Quel philantrope de Mont-Rouge en ferait au-
r> jourd'hui la moitié pour aider à réédificr Salins ?) Il y
n installe autant de familles. Plan de la ville de Versoix. Le
» pay»de Gex affranchi des droits de douane. Affranchisse-
n ment de douze cents serfs du mont Jura. Mémoire de Calao
» réhabilitée. Sirven Martin Montbailly arracliés à
l'échafaud. Défense du général LaUy de La Barre de
n Détalonde de l'amiral Byng du comte de îuoraagics.
» Asile donné à Deliale de Sales. Laboureur de Ferney ar-
» aaché à la prison par Voltaire, qui, paye pour lui une
» somme de huit mille francs. Paysan de Gex sauvé par
» Voltaire qui paye pour lui une tomme de trois mille
n cinq cents francs. NIÈCE DE CORNEILLE dotée de go,ooo f.
» ( Ce n'est pas, ja pr4aume parce que dans Cornélic
» pour faire le vers j'ai rogné de i o,ooo f. cette liono-
» rable action que la censure m'a coupé les ailes. )
n M.lle de Varicoort dotée de i5o,ooof. Somme de i 5,ooo f.
payée pour dégager le patrimoine d'orphelins au moment
« d'éVe dépouillée par les Jésuites. Réclamations contre
» les dîmes la corvée 9 les lettres de cachet la vénalité
n des charges le droit de main morte les institutions
n monacales, la torture En faveur de la liberté de la
n presse de légale répartition des impôts dc l'uniformité
des poids et mesures de la réforme des codes. Gens de
n lettres sans nombre protégé*, secourus de ton argent
n et de son crédit.
Tnàmct. vii
et vérité, les vices et les ridicules du temps mais si les
ministres et les censeurs ne veulent pas qu'on les joue.
Adieu l'art de faire rire et la galté il faut bien alors re-
chercher dans la vie de nos grands hommes quelques traits
qui intéressent le public, puisque vous nous défendes de
l'amuser à vos dépens. Mais vous nous poursuivez encore
dans cette honorable recherche. J'ai donc bien raison
de le dire vous n'êtes que des vandales.
Pour le prouver à mes lecteurs, parlerai-je des cen-
seurs individuellement non pas de tous je n'en veux
faire connaître qu'un qui donnera d'autant moins une
haute idée des autres qu'à l'exception du faiseur de
paraphes dont j'ai parlé plus haut et qui s'est sans
doute fourvoyé, à contre coeur dans cette bande plus
noire que blanche,
» Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé. »
Voici donc l'anecdote, un petit brin scandaleuse,
par laquelle je termine cette déjà trop longue préface.
Préface? Non, je dois plutôt dire ce réquisitoire il
sera peut-être inutile. mais qu'y faire ?. On en fait
comme çà de nos jours. Je commence, pour finir plus
vite.
M.r •*• était jadis, ou plutôt naguère homme de
lettres mais son intérêt autant que son amour-propre
blessé. lui ont fait abandonner la profession d'artiste
si je peux m'exprimer ainsi en jouant sur les mots, pour
prendre celle d'ennemi juré des arts qu'il exerce avec
» MAUVAISES ACTIONS. Voltaire chambellan du roi de
Pruase. Voltaire ennemi de J. J. Rousseau. Voltaire flat-
» teordu duc de Richelieu. »
Quel est le Jésuite de z825 qui osera faire la Jouitrac-
tion, tans pâlir ? P
Vllf FAÏFAC1.
un zèle de réaction et d'animosité dont je vais tâcher
d'indiquer la véritable source.
(1) En ou (si je ne me trompe), Napoléon
l'usurpateur venait d'entreprendre ce fameux voyage de
Hollande, qui devait bientôt réunir ce royaume au
grand empire français M.r **• qui n'était point du
tout alors ennemi juré de l'usurpa/ion comme il l'est
devenu depuis la restauration suivait le grand homme
le héros des héros (ce aont les titres que donnait encore
a l'usurpateur l'auteur du Chantier de Sardaam. )
M.r **• dis-je suivait de porte en porte la marche
impériale ayant dans sa poche le vaudeville de circons*
tance que je viens de désigner. Après avoir vainement
maudit tout bas et loué tout haut l'activité du des-
pole, qui ne lui donnait jamais le temps de faire monter
et jouer sa pièce, en présence de S. M. L et R. dans
les villes qu'elle traversait avec la rapidité de t aigle
M.* *•* arrive enfin à Amsterdam ou la cour doit sé-
journer. Sa première visite après celle qu'il fait à M.r
de Montesquiou qui l'accueille à merveille lui et son
chantier est pour le directeur du théâtre. Il dit hardi-
ment à ce pauvre diable qu'il est de la suite de l'empereur,
que son vaudeville lui est commandé par le i.*r cham6el-
lan de l'empereur et il impose son Chantier de Sardaam
à la direction. iJempereur ta la, fempareur en est très-
satisfait l'empereur désire le voir représenter de suite.
Téméraires 1 obéissez t. Point de raisons. Ainsi
M.r parle en Séide aux desservans de Melpomène
Cette petite historiette m'a été racontée par un témoin
oculaire, et agissant daM la scandaleuse aventure du Chan~
tier de Sardaam.
rnirACB. ix
de Thalie de Polymnie, de Therpsioore etc. été.
Eh! vkeyehKite, en vite! ie ChantUr de Sardaam
est copié distribué appris presque su, et sur le point
d'être joué au bout de quatre jours. Les artistes et leur
directeur tremblent et ne murmurent que bien sourde-
ment, à l'aspect de l'impérial homme de lettres qui leur
parle toujours au nom du vainqueur de PEurope du
fondateur de l'Ordre de la Réunion. ( ordre qu'ambi-
tionnait infiniment Mr avant la restitution de la
Hollande et des Pays-Bas à leur roi légitime. ) Vous pour-
riez difficilement vous faire une idée mes chers lecteurs t
du despotisme exercé dans les coulisses par ce saltimbanque
restauré. Les incartades du célèbre Gluk, faisant répéter,
avec humeur, ses chefs-d'oeuvres au grand opéra fran-
çais, sont des galanteries si on tes compare à l'impa-
tience, aux trépignemens aux gros mots aux menaces
hautaines et dictatoriales de ce vermisseau littéraire, se
vantant d'un crédit imaginaire d'un appui qu'il n'avait
point pour maîtriser les acteurs chargés de représenter
en public, et devant son mallre bien-aimé le misérable
véhicule de son ambition. Enfin le jour tant souhaité
vient de luire le premier placard qui parait dans la
capitale des ci-devant princes d'Orange ( style de M.r •*• ),
est l'affiche du spectacle, où figure en première ligne,
et en caractère d'un pouce et demi de longueur Lx
GUAVTUR DE SARDAUI.
M.' ••• ne touchait pas la terre en se rendant au
théâtre dès le matin pour assister à la répétition gé-
nérale de ce chef-d'œuvre, tant voituré tant préconisé,
tant favorisé. Mais a fatalité des misères humaines 1 Il
bizarrerie de la fortune, ou de la faveur I. b coup im-
prévu du sort au lieu de ces figures tremblantes la
PRÉFACE.
veille encore à sa vue à son arrivée au lieu de ces
comédiens soumis à ses volontés presque souveraines dont,
pendant trois ou quatre jours il avait fait de. timides
esclaves le plat courtisan d'alors, le misérable censeur
d'aujourd'hui, ne trouve plus sur la scéne d'où les
décors de son Chantier ont disparu que des mines go-
guenardes ou hautaines à leur tour; que des femmes
piquantes et railleuses des acteurs mit en liberté qui se
moquent de lui en riant aux cdats, en chantant un
requiem prématuré pour la pièce nouvelle et un direc-
teur audacieux et vindicatif, qui l'envoie se promener le
plus lestement du monde. M.r • veut parler et faire des
observations, sur le ton de la veille. On le hue, on
lui ferme là bouche. (la chronique ne dit pas bien
comment ). et chacun lui tourne le dos.
O fureur ron l'auteur du Chantier de Sardaam
n'osait plus se mettre en colère. 0 désespoir oui
M.r se désespère et vole immédiatement après son
désespoir chez M.r de Montesquiou où la veille aussi,
il avait été reçu par S. Ex. presqu'à bras ouverts, et
avec un déluge de félicitations. Mais 6 nouvelle sur-
prise A malheur nouveau; difficile à supporter
comme à décrire Le même changement qui s'est opéré
subitement dans la coulisse, vient de frapper les yeux
du pauvre auteur désappointé, sur la figure du cham-
bellan, et dans tout son hôtel. Peu s'en faut qu'il ne
soit pas reçu. Que dis-je ? Plût à Dieu L'infortuné
se hasarde à demander la cause de cet événement inat-
tendu, je dirai même foudroyant Il apprend. ( fatale
curiosité ) que M.r de Montesquiou a été vers les dix
heures du matin chez l'empereur bien-aimé que S..M
Imp. tt Bey. ar demandé à son chambellan quel devait
PRÉFACK. X)
être le spectacle du soir et qu'au seul nom de fauteur
impertun de la pièce nouvelle le desoote s'était écrié,
en frappant du pied (selon sa coutume, quand il était
dans ses |ou le mépris ) « Eh cet ennuyeux et chétif
écrivailkur me poursuivra donc partout ? Je n'ai vu
» que sa figure suppliante, et les titres de ses pièces de
» circonstance à Fontainebleau Versailles Trianon
Rambouillet St. Cloud, Compiègne. et dans toutes
les résidences impériales. Faut-il que je le retrouve f
encore en pays étranger ? Dites à MJ *•* qu'il me fa-
» tigue et m'obsède. Je ne yeux plus entendre parler
de sa rapsodie, ni de lui. »
Quel coup de foudre, 6 ciel pour un solliciteur
expatrié qui n'a peut-être plus de quoi solliciter long-
temps sans droits d'auteur. On conçoit maintenant la scène
des coulisses et celle qui se passa chez le chambel-
lan. M.r de Montesquiou avait des affaires pressantes.
Il allait congédier M.r ###, lorsque celui-ci le supplia
sans doute à deux genoux de lui donner un dernier
conseil. Son Excellence fit un mouvement marqué d'im-
patience, haussa les épaules et rentra dans son cabinet
après lui avoir dit en parodiant le vers d'un plaisant
du parterre de la comédie française
ac Hé reprenez la poste et retournez en France.
C'était fort aisé à dire mais en vérité il ne restait
plus ni sou nimaitte l'auteur malencontreux du Chan-
lier de Sardaam II était sans ressource sur la terre
étrangère. comment revenir à Paris ?. Il sortit de
chez le chambellan, -mauvais plaisant, ne sachant où
donner de la tète. On nA assuré que des hommes de
lettres et des artistes dramatiques étaient venus au secours
de ce pélerin sans coquilles, pour le rendre à sa patrie.
xîf PRBfACB.
1 t%. i* Il' •_
Ah 1 monsieur le censeur de i8a5 quelle ingratitude f
quelle maladresse à vous de maudire et même de ne
pas manager les dcrivains les artistes et les pièces de
théâtre mais ne seriez-vous anime que par la ven-
geance 1. cela n'est guère plus louable (1).
Je me flatte d'avoir donné par des faits complètement
historiques, une belle idée de la censure et des censeurs
du jour tel était mon unique but il est rempli.
hélas Vive Cohneue et son tuteur 1 A bas la
censure de 182S 1.
(i) Je pouvais ajouter à cet opuscule quelques petits
détails curieux sur une romance de M. ( musique de
Paer), sur laquelle l'auteur des paroles comptait beau-
coup, et qui ne fut pas plus heureuse que le Chantier de
Sardaatn mais en voilà usez.
CORNÉLIE,
ou
LA FILLE ADOPTIVE
DE VOLTAIRE.
SCÈNE PREMIÈRE.
VOLTAIRE seul.
(Assis auprès d'une table et venant d'écrire une lettre qu'il cacheté.)
i-rf'BST un rude métier que celui de tuteur
n'en est qu'un de pire et c'est celui d'auteur.
Je n'avais pas besoin, pour échauffer ma bile
De me donner les airs d'avoir une pupile
Le Franc de Pompignan Palissot et Fréron
L'excitaient bien assez, sans rime ni raison.
Mais en m'établissant le gardien d'une fille
Célèbre par son nom autant qu'elle est gentille
Je ne dus redouter que le temps des amours.
( Mères tuteurs, maris le redoutent toujours
Eh bien précisément le sang du grand Corneille
Sur cet article-là paisiblement sommeille j
Autant que son esprit, j'admire sa candeur
Le bonheur innocent est son premier bonheur.
Mais un autre démon agite Cornélie
Elle veut, malgré moi jouer la comédie
Contrarier son sexe est assez dangereux
Et ce goût me fait peur plus que dix amoureux.
a convint
Ce diable de Piron qu'ont séduit mes délices
Et qui fait Ferney l'éloge des actrices
De cet enfant exalte et le coeur et l'esprit.
Mais l'exemple et mes goûts font plus que ce qu'il dit.
(Il .élire.)
Oui sublime Clairon à ton dernier voyage
Je devra: le. succès de mon plus bel ouvrage
Je n'avais qu'ébauché Mérope tes accens
Ont seuls donné la force et la vie à mes chants. [
Ton génie a créé la veuve de Cresphonte,
Et ta magique voix fait pâlir Poliphonte.
Tu m'avais subjugué Toi, Zaïre-Gaussin
Consoler mes vieux ans était ton seul dessein 1
Lorsque suivant les pas de cette enchanteresse
Au soudan de Ferney tu rendais la jeunesse
Ou lorsque de Nanine un regard vif et doux
Forçait les préjugés d'embrasser te* genoux.
Voltaire était charmé Sous quels meilleurs auspices
Pouvait-il en effet consacrer us dtlictsî
Melpomène et Thalie essayant ses travaux
D'ici les disposaient à des succès nouveaux.
Le poète a senti ce brillant avantage.
Le tuteur en murmure. et ma foi c'est dommage
Toute apostrophe à part ce n'est pas sans raison
Si Cornélie un jour. Quel bonheur pour Fréron 1
Si du fond d'un bourbier sa langue de vipère
Pouvait ainsi parler de ce pauvre Voltaire
» Jaloux du grand Corneille il voulut l'avilir.
« Eh quelle gloire fut ia sienne
» Tuteur de Cornélie il eut l'affreux plaisir
x D'élever une comédienne. »
coMiouu 3
SCÈNE DEUXIÈME.
VOLTAIRE piron qui écoutait depuis un moment.
PIRON.
Voyez, le grand malheur avec tout ton esprit,
Mon cher Amphitryon les sottises qu'on dit
T'occupent un peu trop. Eh bien si Cornélie
S'avise de vouloir jouer la comédie,
Il-faut"kv4aisser faire; elle peut devenir
Le modèle cite des siècles à venir.
Elle a le feu sacré. comme tu peux bien croire
Apollon la destine à ce genre de gloire
N'en vaut-il pas un. autre ? Et tes succès. les miens
Sont-ils indépendans de ceux des comédiens ?
Sans leurs sueurs, ami, je ramperais encore
Si je leur ddis l'honneur je veux qu'on les honore.
Je sais qu'au milieu d'eux plus d'un cœur est perdu
Dans la société n'en as-tu jamais vu ?
VOLTAIRE ricanant avec malice. »
J'ai vu dans la coulisse une ame vertuèuse.
MROft avec force.
J'ai cherché dans le monde une ame généreuse.
Ft, comme Diogène on m'a vu m'en sauver
Cependant au théâtre un 'malheureux espére
Et l'artiste qui souffre y trouve plus d'un frère.
La vertu, chez Thalie, est sûre comme aiUèun.
Ta pupille y saurait confondre ks railleurs.
cobhAms
C'est donner l'honneur un stérile avantage
Que de croire pouvoir le soumettre à l'usage.
Une vie honorable a partout du succès.
Je me .crée en idée un théâtre français
Ou l'acteur citoyen est digne de son rôle
Du chef-d'oeuvre qu'il joue et crois qu'à cette école
Le jeune homme agrandit son esprit et son «rur
Et qu'une fille honnête y garde sa pudeur.
D'un caractère fier je connais Cornélie
De bon grand oncle, un jouer, ce serait l'Emilie.
Pierre Corneille ainsi bénirait son destin.
Molière est-i! moins grand pour être un. cabotin?
Laisse aller ta pupille, et, si le vent l'entraîne,
Pour l'amour de notre art qu'elle soit comédienne.
De nos pièces d'abord, elle apprendra les vers.
Et ne les dira pas peut-être de travers
Comme on fait tous les jours.
VOLTAIRE.
Je vois par tes paroles,
Que déjà tu voudrais la charger de tes rôles
L'instruire et la guider.
Pinoir, gaillardement.
Ma foi de tout mon coeur.
voltaire.
D'un tendron de seize ans Piron l'instituteur
C'est parbleu pour le coup que X Ane-littéraire
Aurait quelque raison de ruer et de araire,
Tu veux rire ? Je vais, par controverse moi
Très-sérieusement discourir avec toi
coMims. S
Nous raillerons après. D'un piètre journaliste
Que te (ait la ctoêure ? Et pourquoi toujours triste,
Lorsque de tes bienfaits quelques obacurs faquins
Etouffent par dépit conçois-tu des chagrins ?
Lorsque de tes écrits tu dérides l'Europe
Morose, vas-tù craindre, en obscur misanthrope
Cet immodeste auteur d'insipides pamphlets
Dont le double visage appelle les soufflets ?
Ta conduite et tes vers. ( sauf quelques pécadilles )
Sont sus, lui et relus dans toutes les familles.
Fréron et Savalier font entendre leurs cri,
Mais Œdipe et Mérope ont séduit tout Paris:
Et l'on sait qu'à Ferney les loisirs de Voltaire
Sont toujours consacres au bonheur de bien faire.
En vain le cagotisme, et quelques faux dévôts
Veulent porter atteinte à tes nobles travaux,
Quand leur voix te poursuit, Dieu même te contemple
A la religion faisant bâtir un temple:
Je suis jaloux de toi mais je ne saurais plus
En sablant ton Champagne outrager tes vertus.
Je suis peu courtisan mais de l'ingratitude
Je n'ai pas encore fait une profonde étude.
Tu crains pour Cornélie 1. on la critique ? On dit
Qu'elle tournera mal c'est qu'elle a de l'esprit
Qu'on la trouve charmante. As-fu vu dans ta vie
Une fille à seize ans impunément jolie?
Que ta pupille soit ou comédienne ou non
Elle est jeune elle est belle et doit flétrir son non.
Sage, elle a de l'orgueil; polie ét prévenants,
Des dispositions- à devenir galante.
Parait-elle sévère? elle n'a point de coeur.
Veut-elle s'égayer on la dit sait» pudeur.
6 convint
Quel que soit le théâtre où débute une belle,
Les kùdts et les vieux se déchaînent contre elle
Elle n'a pae besoin pour se faire lwïr
Par son sexe et le» sota, d'aimer et de faillir..»
Tu peux dans une boîte enfermer Cornétié
Si tu reux sur ce point iaire taire l'envie.
VOLTAIRE.
Ah moins pour prévenir d'aussi vaines clameurs
Que pour fixer u.n oort bien exempt de; rigueurs
A ma fille ado.ptive » il faut que je termine
Ce que j'ai commencé. (Prétfettu orpheline)
Tout me fait un devoir de combattre sa goûts
Je lui (ibis une dot, je lui dois un époux
Qu'approuve son grand nom et que son coeur chérisse.
( A imable enfant ) Vois-tu d'ailleurs > je précipice
Où l!entraîne un.;penchant qu'elle ne conçoit pas ?
Si la société se composé d'ingrats,
D'infidèles amis qui tous. rompent leurs chaînes
Les faveurs, d'un publie sont bien plu» 'incertain*»
Si le titre d'auteur que l'on est convenu
D'abaisser un peo moins d'un chagri» continu
Consume -tous les pour» 4* celui qui le portn,
Et plaça m faction ht terreur sa parie*».
Que:8 soucis < héla» J que.de regrets, amen
Attachés à l'état qu'on dit être un traVees!
Le talent le. plus vrai n'en exempte personne
CmI au bruit des siAete qu'on. obtient la couronne.
Une fille au théâtre eot-die des vertus,
Le droit que l'on achète est de n'y croire plus»
Tels sont les préjuges (. je les. trouve bariwes*
Mais il faut s'y sooaetee. A des douceur» moins are»
COMMUN. 7
le lègue ma pupille et tout soldat loyal
Doit uinsi de son mattre ou de son général |
Secourir t héritière. Achevons mon ouvrage
Dussent tous les ingrats en dessécher de rage 1
Pour la dot de ma fille il est des souscripteurs,
'Dont les vertus les noms font pâlir mes censeurs.
PIRON.
Mais en mettant au jour tes savans commenlaires,
Brave les idiots puisque tu les éclaire.
Veux-tu que cent auteurs restent indifférens
Quand tu leur prouve net qu'ils sont des ignorans ?
A les entendre tous tu mutiles Corneille
Dans les sages avis que Phébus te conseille
Relever ses défauts est un crime à leurs yeux
Ils nomment jalousie un goût judicieux.
Sais-tu pourquoi ? C'est que, dans le siècle où nous sommes,
Ces gredins revêtus des erreurs 4* grands hommes
N'ont point d'autre parure et ffefettaquer l'erreur
C'est fronder tout mérite ou leur percer le coeur.
VOLTAIRE.
Cet éloge accompli dans ta bouche m'étonne
Ta critique souvent.
Va lorsque je raisonne,
Je ne t'en veux jamais.
VOLTAIRE.
Tu fais donc comme moi
Qui ne puis, qu'en riant, me fâcher avec toi.
9 CblWBLlB
piron.
Oui mais A mes dépens tu fais rire les autres.
VOLTAIRE.
Mes tort*, à cet égard ressemblent bien les vôtres
Mon cher panégyriste I A ma Zaïre un jour
S'il m'en souvient Piron tu n'as pas fait ta cour.
mon.
Gustave l'emportait sur Zaïre outragée.
Mais par un mot heureux ne l'as-tu pas vengée ?
VOLTAIRE.
Et ma Zulime ?
FIROK.
Holà! Mon cher, parlons raison
Pour ne plus nous railler. et mes chimères F
^TOLTAIRB.
Jk>n!
Tu veux railler encor ?
mon.
C'est notre maladie.
VOLTAIRE.
Laissqns-la nos travers. Parlons de Comëlie.
piron.
Soit.
VOLTAIRE.
Tu connais son coeur 1
conseil» 9
a
PIRON.
Il est noble excellent 1
VOLTAIRE.
Il nous faut l'émouvoir, pour brider ce taient
Qui lui tourne la tête et déjà me tourmente.
MROIf.
J'entends tu veux changer une actrice en amante.
Cette métamorphose est facile entre nous.
Mais va-t-elle à son goût préférer un époux ?.
Car tu veux tout de bon la marier je pense.
VOLTAIRE.
A ce propos gaillard je m'attendais d'avance.
J'ai pour elle déjà fait le choix d'un mari,
Qui si tu veux m'aider sera bientôt chéri
Comme je le désire.
FIROtf.
Hé bien je me dévoue.
Mais quel rôle en ce lieu faudra-t-il que je joue ?
VOLTAIRE.
'ru n'auras qu'à jeter de l'huile sur le feu. v
moi».
Tu peux compter sur moi.
VOLTAIRE,
J'en étais sûr. Dans peu
Nous serons tous en scène au moyen d'une lettre
Qu'à mon voisin Dupu?U je vais faire remettre.
O
PIROfi.
Je comprends ton intrigue oui voilà le mari
Qui doit par la pupille être aujourd'hui chéri.
Il me vient une idée. Eh parbleu c'est la tienne ?
Je le gage. Pour plaire à notre comédienne
Il faut que Théodore, encouragé par nous
De ta fille adoptive épouse tous les goûts
Que de l'art dramatique il s'enivre avec elle.
VOLTAIRE.
T'y voilà. Ya-t-en donc te mettre en sentinelle
J'enverrai Colini vers le jeune dragon
Aborde ce dernier fais-lui bien la leçon.
J'irai bientôt te joindre au bout de l'avenue
Et nous concerterons la première entrevue.
PIRON.
D'un verre de Pouilly je cours me rafraîchir
Savourer une pèche et puis tout à loisir,
Je vais, en invoquant Thalie et Melpomène
Des ruses de leur cour armer le capitaine,
Sitôt qu'il paraîtra. ( Il va pour sortir et revient. )
Si Madame Denis
Voulait savoir.
VOLTAIRE.
Attends au en ce lieu réunis.
Nous nous soyons revus.
PIRON.
Je me sauve.
( Il part.)
4 COMjfolE. 1 1
SCÈNE TROISIÈME
VOLTAIRE seul.
A sa muse
Comme à la mienne 6 ciel inspire quelque ruse
Colini
SCÈNE QUATRIÈME.
VOLTAIAE, COLINI,
COLINI entrant et lui serrant la main.
Me voilà tout à vous Cette nuil
Avez-vous mieux dormi ?
VOLTAIRE.
J'ai recueilli le fruit
De vos sages conseils. Oui grâce à vous j'oublie
Les discours des méchans leur fureur, leur folie
Et je m'en trouve bien. Car ayant moins veillé
Hier au soir j'étais calme et j'ai mieux sommeillé.
Vous voyez que docile à votre amitié tendre
Du langage du coeur je ne puis me défendre. r
COLINI.
J'en ai l'ame ravie En songeant un peu moins
A de vils écrivains indignes de vos soins,
Vous serez plus heureux ? d'une santé meilleure.
voltaire gâtaient.
Pour achever la cure il faudrait que sur l'heure,
Vous me rajeunissiez de quelques trente hivers.
1
la convins,
colibi.
La vieillesse pour vous n'est pas un grand revers
Car vous substituez encor dans chaque ouvrage,
Aux glaces des vieux jours la chaleur du bel âge.
VOLTAIRE.
Mon. très-cher Colini vous êtes un flatteur
Mais laissons-la Voltaire et parlons du tuteur.
Ce matin avez-vous aperçu Cornélie ?
COUNI.
Elle joue au jardin.
VOLTAIRE.
Vous savez sa manie ?
colini.
J'ai remarque son goût pour réciter des vers
Mais ce goût, à vos yeux serait-il un travers ?
VOLTAIRE.
Il peut le devenir.
COLIHI.
Je conçois vos alarmes
Le talent de Clairon a pour elle des charmes
Je le crois. De Gaussin elle a voulu savoir
Le secret de ravir d'amuser d'émouvoir.
VOLTAIRE.
Et je vous fais tout bas mon cher la confidence
Qu'elle l'a découvert Je frémis quand j'y pense
De l'art où l'on excelle il est doux d'être épris
Cornélie a raison de l'aimer à ce prix.
ÇOM&>IB.
Pour ne pas m'enrayer, elle est trop étonnante.
Elle dit comme un ange. Et puis. elle est charmante!
L'ignore-t-elle ? Non. Paris le sait aussi.
«Et tout cela vraiment me donne du souci.
COLINI.
Les journaux de Paris ont parlé de Lécluse.
VOLTAIRE.
Je sais qu'à mes dépens Martin- Fréron s'amuse.
Mais vous savez pourquoi ce jeune comédien
Fut admis au château Malheureux et sans bien
Je voulus soulager son honnête misère,
Sans le faire rougir. Car l'infortune est fière.
Elle a le droit de l'être. Ici, vous l'avez vu
Pour jouer Nérestan Lécluse fut reçu.
Je l'ai gardé trois mois. De retour à Genève
Il paraît moins à plaindre.
COLINI.
Oui c'est là qu'il achève
L'état que grâce à vous, on le vit embrasser.
VOLTAIRE.
Mais à lui Cornélie a-t-elle pu penser ?
CûLINI.
Comme à moi mon ami. C'est une calomnie
Mais il fut bien reçu jouant la tragédie.
VOLTAIRE.
Voilà tout le danger. J'aurais dû le prévoir.
De mes vils détracteurs il faut tromper l'espoir:
Je veux la marier.
̃
CORNÉLIE,
COLINI.
Vous ne sauriez mieux faire
Un époux, s'il lui plait pourra seul la distraire
Du penchant qui la flatte et qu'elle tient de vous.
VOLTAIRE.
De moi précisément c'est au milieu de nous
( Va dire le public ) sur mon propre théâtre
Que, voyant les plaisirs dont je suis idolâtre
Ma pupille en mes vers a sucé le poison t(
Qui dévore son ame ou trouble sa raison.
Ravissons la douceur d'une telle satire
Aux zoïles du jour s'ils me blâment d'écrire r
Du moins qu'à ma tutelle ils ne reprochent rien.
Aidez-moi mon ami }e veux faire le bien.
r
COLINI.
Cet heureux passe-temps m'est devenu facile
Car ainsi tous les jours vous me rendez utile
Je n'ai point de quartier.
VOLTAIRE.
De semblables efforts
Chez vous n'usent jamais ni l'ame ni le corps
Je le sais. Parlons donc un peu de nos affaires
Avez-vous mis au net mes derniers commentaires ?
Le bien de Cornélie est entre bonne main.
COLINI, 1
La copie est exacte et partira demain
Si vous le désirez.
VOLTAIRE.
Quoi! dans une journée ?.
COMEDIE.
COLINI.
J'ai lu dans votre coeur. Et je l'ai terminée
Avant de me coucher.
VOLTAIRE.
Faites-la donc partir
De suite pour Paris. Partagez mon plaisir
Car la souscription est déjà toute faite
Hier j'en ai reçu l'assurance complète.
A mon maitre à sa nièce ainsi je puis offrir
Un patrimoine heureux, ui ne fait point rougir.
L'estime et l'amitié seules m'ont fait écrire.
Pour huit bons mille francs le Roi veut bien souscrire,
Et le duc de Choiseul la belle Pompadour
Madame de Gramont ont souscrit à leur tour
Pour de petits trésors. Le banquier du monarque
Sur cette liste veut aussi qu'on le remarque
Ce monsieur de la Borde est un homme d'esprit,
Et déjà pour la dot il m'offre son crédit.
L'affaire est donc certaine ?
COLINI.
Elle est indubilablt
Puisqu'elle fait ouvrir la bourse d'un comptable.
VOLTAIRE.
Il ne me restait plus que l'époux à trouver
J'ai mis le doigt dessus, à force d'y rêver.
COLINI.
Quel est-il ?
VOLTAIRE.
L'officier des dragons de la reine.
l6 CORNBLIE,
COUNI.
Théodore Dupuits Je le dis avec peine
Je crains qu'il ne soit point aimé.
VOLTAIRE.
Diable! tant pis I
Mais si pour éveiller leurs sens trop assoupis
Je leur fais à tous deux jouer la comédie.
Répondrez-vous alors du coeur de Comélie ?
COLINI.
Je ne suis pas si îou la nlle mon ami
Est un oiseau privé lorsqu'il est endormi
Mais comme très-souvent c'est l'amour qui l'éveille
Je n'en répondrais pas même quand il sommeille.
VOLTAIRE.
Allez, mauvais plaisant Je suis de votre avis
Et, si tous mes projets aujourd'hui sont suivis
Par vous et par ma nièce il se peut fort bien faire
Que notre capitaine ait le bonheur de plaire.
Portez-lui cette lettre elle lui dit comment
Il doit près d'un tuteur s'introduire en amant,
Sans trop parler d'amour. Dupuits dès son bas âge,
M'a fait vous le savez chérir son voisinage.
J'aimais son père. Ainsi j'aime son héritier.
Le sang du grand Corneille est digne d'un guerrier.
Cette idée, entre nous me sourit et m'enchante.
Dupuits a de l'esprit ma lettre encourageante
Le fera mieux connaître et je ne doute pas
Que l'hymen aujourd'hui ne close nos débats
Théodore doit plaire. pourra vous instruire.

Un pour Un
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