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Correspondance d'un préfet [Vte Tassin de Nonneville, préfet de la Loire], avec les généraux, intendans et commissaires de l'armée autrichienne d'Italie, stationnée à Lyon, pendant l'occupation de 1815

De
126 pages
Mame (Tours). 1828. In-8° , 125 p..
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CORRESPONDANCE
D'UN PREFET
AVEC
LES GÉNÉRAUX, INTENDANS ET COMMISSAIRES
DE L'ARMÉE AUTRICHIENNE D'ITALIE ,
PENDANT L'OCCUPATION DE 1815.
TOURS,
CHEZ MAME, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE ET HÔTEL DE L'ANCIENNE-INTENDANCE.
1828.
DANS un tems où l'administration, livrée à
toutes les hostilités, ne peut opposer au déchaî-
nement des passions que le langage de la justice
et de la raison, qu'elles ne comprennent point,
c'est par ses actes surtout qu'elle doit répondre
à ses détracteurs; c'est en manifestant, par des
preuves authentiques et irréfragables que, tou-
jours fidèle à ses devoirs, elle a constamment
cherché à concilier ce que les intérêts du service
du Roi, l'intérêt public et les intérêts locaux ré-
clamaient de son zèle, et que, même aux jours de
danger, elle n'a pas hésité , pour remplir cette
noble mission, de s'exposer aux plus graves con-
séquences de sa position, sans se laisser intimider
ni séduire par des considérations personnelles.
Je me détermine donc à publier une correspon-
dance que je comptais ne transmettre qu'à mes
enfans, heureux de pouvoir leur léguer, à mon
tour, des exemples de dévoûment tels que j'en
avais moi-même reçus de mon père.
A l'époque où cette correspondance se reporte,
l'Europe en armes avait envahi une partie de la
1
France qui subissait les déplorables conséquences
d'une criminelle défection, et. tous les partis,
également froissés par les mesures arbitraires et
vexatoires des agens étrangers qui ne se mon-
traient que trop disposés à oublier leur titre
d'alliés pour se croire en droit d'exercer des re-
présailles, sollicitaient auprès de l'administration
un recours et un appui que les tribunaux ne pou-
vaient leur prêter. C'est alors que les Préfets, au
début d'une carrière hérissée de tant de difficul-
tés, cherchèrent à se montrer dignes de la con-
fiance dont le Roi les avait investis, et à obtenir
des titres à la reconnaissance de leurs administrés,
en opposant tout à la fois la prudence et la fer-
meté aux prétentions et aux demandes sans cesse
renaissantes dont ils étaient assaillis, et dont
l'effet eût causé là ruine des départemens qu'ils
administraient. Obligés de ne consulter que la
nécessité du moment et d'improviser toutes les
mesures qui, en maintenant l'ordre et la tran-
quillité parmi les habitans, tendaient à les sauver
des excès qu'une résistance trop opiniâtre eût pu
faire peser sur eux, et des sacrifices dont une
(3)
trop molle condescendance les eût laissé sur-?
charger, on les a vus, livrés à leurs propres res-
sources , s'exposer aux mauvais traitemens et
même à la perte de leur liberté , plutôt que de
trahir les intérêts locaux qu'ils étaient chargés de
défendre, et de se prêter à d'indignes manoeuvres
que le droit de la force pouvait seul faire préva-
loir, et dont ils eussent rougi de se rendre les
complices. C'est par suite de cette honorable ré-
sistance que plusieurs préfets lurent arrêtés et
même conduits jusqu'au quartier-général des ar-
mées alliées, entre autres M. Jules Pasquier,
préfet du département de la Sarthe, M. le baron
de Talleyrand, préfet du département du Loiret ;
M. le marquis Scipion de Nicolaï, préfet du dé-
partement de l'Ain, etc.; et, si je ne partageai
pas entièrement leur sort, je le dois au noble
procédé du major de Geringen, commandant le
régiment autrichen des dragons de Savoie, qui
refusa d'exécuter à mon égard l'ordre de M. le
comte de Wurmser, intendant général du corps
d'armée stationné à Lyon, en répondant qu'il ne
connaissait que les ordres de son général, le baron
(4)
de Frimont, qui ne voulut prendre aucune part
à cette violence.
Je ne rechercherai point ici les causes qui ont
armé l'opinion contre l'administration dont elle
semble aujourd'hui méconnaître les services, et
dont elle cherche à circonscrire et même à éner-
ver l'autorité, de manière à la rendre également
impuissante et pour le bien et pour le mal. On
dirait que, de toutes leurs attributions, elle ne
veut laisser aux préfets que la responsabilité, et
cependant la responsabilité implique nécessaire-
ment l'idée du pouvoir. Je n'ai jamais craint
l'ordre légal, et ma conscience me rend le témoi-
gnage que, pendant le cours d'une longue et
pénible administration, il ne m'est jamais arrivé
de franchir les limites qu'il me traçait. Il me se-
rait même facile de prouver que toutes les fois
qu'il m'a paru que l'autorité à laquelle j'étais su-
bordonné tendait à s'en écarter , je n'ai pas hé-
sité à l'éclairer sur les erreurs auxquelles elle
pouvait être involontairement entraînée, ainsi
que sur les mesures que je jugeais contraires aux
intérêts du service du Roi, sans calculer les con-
(5)
séquences, et peut-être le danger d'une franchise
qui trouve rarement sa récompense. Mais je ne
puis m'empêcher de dire que, si le pouvoir de
l'administration est resserré dans un cercle telle-
ment étroit que son mouvement en soit gêné, il
serait alors souverainement injuste de se plaindre
de son inaction, lorsqu'elle se trouverait tout à
la fois garottée et par les liens de la centralisa-
tion et par les nouvelles entraves qui lui seraient
imposées. Cependant, par une étrange contradic-
tion, il semble qu'on exige plus d'elle, en raison
de ce qu'on lui ôte plus de moyens d'agir, et
son autorité est tour à tour invoquée ou con-
testée, approuvée ou censurée, selon qu'on la pré-
sume favorable ou contraire aux passions qu'elle
doit combattre, ou aux intérêts dont le jugement
lui est soumis, de même que ces fétiches Indiens
qui sont tour à tour comblés d'offrandes ou d'im-
précations, selon qu'ils se montrent plus ou moins
disposés à se rendre aux prières qui leur sont
adressées. Il importe sans doute que son action
soit clairement déterminée, et ma correspondance
constaterait, s'il en était besoin, que je n'ai cessé
(6)
d'en exprimer le voeu; mais, sous quelque forme
qu'on la conçoive, il n'importe pas moins qu'elle
soit forte pour être juste et féconde en résultats.
Quoiqu'il en soit, c'est en redoublant d'efforts et
de zèle que les Préfets doivent s'appliquer à sup-
pléer à l'autorité qui leur est enlevée. La calomnie
et les préventions n'ont qu'un tems et se discré-
ditent par leurs propres excès : d'autres inconvé-
niens, d'autres abus, et peut-être d'autres préven-
tions amèneront sans doute de nouvelles vicissi-
tudes dans l'opinion, et la raison ainsi que la justice
parviennent tôt ou tard à se faire jour au milieu
des passions. Mais l'injustice des hommes dût-
elle se prolonger à leur égard, dussent-ils même
être menacés dans leur existence, ils se résigne-
raient sans peine à la perte d'un pouvoir qui leur
coûte leur indépendance et leur repos, et, tour-
nant vers le trône dont il est émané des regards
empreints de la même reconnaissance et du même
dévoûment, ils s'écrieraient encore, comme ces
gladiateurs livrés à la mort dans une arène san-
glante pour le plaisir du peuple Romain :
César, morituri te salutant.
CORRESPONDANCE
D'UN PRÉFET
AVEC
LES GÉNÉRAUX , INTENDANS ET COMMISSAIRES
DE L'ARMÉE AUTRICHIENNE D'ITALIE ,
STATIONNÉE A LYON,
A M. le baron de Frimont, commandant en chef
l'armée autrichienne.
19 août 1815.
MONSIEUR le baron, je viens de recevoir par S. Exc.
M. le maréchal duc d'Albuféra, l'avis que mon départe-
ment devait être incessamment occupé par un corps de
troupes alliées.
Votre Excellence doit être persuadée que mon plus
vif désir est de seconder les intentions du Roi, en con-
courant, de toute l'autorité qu'il a daigné me confier, à
pourvoir aux besoins et à la subsistance des troupes qui
sont sous les ordres de V. Exc., et à entretenir entre
elles et mes administrés des relations amicales et bien-
veillantes, telles qu'elles doivent exister entre des peuples
( 8 )
faits pour s'estimer , et que les torts d'un seul homme
ont pu rendre si long-tems ennemis.
J'ose me flatter que V. Exc. daignera m'aider dans ce
noble but, en adoucissant par sa générosité toutes les
charges nécessaires, charges qui ne peuvent être que bien
pesantes dans un pays pauvre, et dont les ressources,
faibles par elles-mêmes , se trouvent encore épuisées par
le long séjour des armées françaises.
Votre Excellence me permettra de lui présenter
encore une demande dont une circonstance particulière
me fournit le motif: Ce serait de différer do quelques
jours, et s'il était possible, jusqu'à la fin de ce mois,
l'occupation de mon département par ses troupes; afin
de laisser aux opérations du collége électoral le tems de
se terminer, sans que MM. les électeurs fussent forcés do
les négliger ou de cesser d'y prendre part, en raison des
soins que réclameront l'entrée et le cantonnement des
troupes alliées. V. Exc., en cédant à ce double voeu que
le premier administrateur de ce département ose re-
commander à sa bonté, ne pourra qu'ajouter aux sen-
timens, etc.
Quartier-général. Lyon, le 21 août 1815.
Monsieur le Préfet,
C'est avec beaucoup de satisfaction que je puis avoir
l'honneur de commencer nos relations, en vous assu-
rant qu'en conformité de votre demande et celle de M. le
maréchal duc d'Albuféra , l'entrée des troupes de mon
armée, destinées pour occuper votre département, a été
différée jusqu'au 29 du courant, tems où le collège élec-
(9)
toral aura terminé ses opérations, et que ceux, qui y
auront pris part, seront retournés dans leurs habitations
pour y recevoir les militaires autrichiens.
Je vous prie, M. le Préfet, d'être persuadé que rien
ne me sera plus agréable que d'établir entre nous les re-
lations de l'harmonie la plus amicale, en allégeant, tant
que possible , les charges onéreuses que les circonstances
demandent, et qu'il ne dépendra que de vous d'éloigner
tout sujet de contestation, en disposant vos autorités à
se prêter à ce que la nécessité du moment exige indis-
pensablement, et à ce qui sera requis en forme et règles
prescrites par mes ordonnances.
J'ai l'honneur de vous témoigner l'assurance de ma
très-haute considération.
Le Général en chef de l'armée impériale
autrichienne d'Italie.
Signé FRIMONT , général.
A Son Exc. le baron de Frimont.
28 août 1815.
Monsieur le baron, V. Exc. me permettra-t-elle d'avoir
de nouveau recours à ses bontés, et de rappeler à son
souvenir les termes bienveillans dans lesquels la lettre
dont elle m'a honoré est conçue, si toutefois j'avais be-
soin auprès de V. Exc. d'autres titres que la sagesse de
son caractère et la noblesse de ses senti mens.
Dès le premier moment où j'avais été instruit de l'oc-
cupation prochaine de mon département par les troupes
alliées, je m'étais occupé du soin d'assurer leurs subsis-
(10) ;
tances et de pourvoir à leurs besoins ; et mon attention
avait dû se porter particulièrement sur les points qui
m'avaient été désignés comme devant leur servir de lieux
de cantonnement, par la lettre de M. l'intendant et com-
missaire Revitzhy, et l'ordre de marche y annexé.
Cependant , je reçus le 25 août, de M. le chevalier
Wullerstorf, une nouvelle lettre par laquelle il me man-
dait que le premier plan de marche des troupes alliées
ayant été suspendu , il me transmettait le plan ultérieu-
rement arrêté, auquel il m'invitait à m'astreindre. Cette
circonstance me força de changer mes dispositions et
de modifier toutes les mesures que j'avais déjà prises.
Elle aggravait en outre les difficultés de ma position,
en ce que le nombre des troupes en marche, destinées
pour mon département, se trouvait beaucoup plus con-
sidérable qu'il n'avait été d'abord annoncé, et en ce
que l'arrondissement de Saint-Etienne , qui ne devait
pas recevoir de cantonnement, était compris dans ce
nouvel ordre de marche, auquel, par conséquent, il ne
pouvait être en aucune manière préparé.
Mais V. Exc. jugera sans peine quels durent être mon
embarras et ma surprise, lorsque j'appris qu'un corps
d'armée aux ordres de S. Exc. le prince de Collorédo,
sur lequel je n'avais reçu aucun avis ni la moindre in-
dication , avait envahi l'arrondissement de Roanne qu'il
prétendait devoir occuper avant que j'eusse eu connais-
sance et des ordres qui le faisaient mouvoir, et du nombre
de troupes dont il était composé.
Cependant, M. le baron , c'est dans le moment où je
cherchais, par la prévoyance et l'activité de mes me-
sures , à suppléer, d'une part , à l'incertitude où me
jetaient les ordres et les contre-ordres relatifs à la marche
( 11 )
et à la destination des troupes de V. Exc. ; et, de l'autre ,
à l'ignorance absolue où m'avait laissé M. le prince Col-
lorédo, sur ses projets, que j'ai reçu hier une lettre de
M. le comte de Wurmser, qui exige de nouveaux sacri-
fices de ma part, ou plutôt d'un département précé-
demment épuisé par la présence des troupes françaises,
et dont la ruine sera bientôt complètement achevée par
le séjour des troupes alliées dont la force réelle paraît
devoir s'élever trois fois au-delà de la force annoncée.
Dans cette occurrence, il ne me reste qu'à solliciter,
en faveur de mes administrés, l'intérêt de V. Exc. Je ne
le solliciterai point en vain, M. le baron; je sais qu'il
coule du sang français dans vos veines, et ce sang re-
montera pour nous jusqu'à votre coeur. Considérez les
maux qui pèsent sur notre déplorable patrie ; recon-
naissez-y les excès de la force et l'abus de la victoire : et
puisse cette terrible leçon ne pas être du moins perdue
pour tous les peuples.
Le département que j'administre est pauvre et d'un
accès difficile ; craignons, en ajoutant sans cesse des ré-
quisitions nouvelles aux charges accablantes qui écrasent
déjà les habitans, de ne leur laisser bientôt que leurs
montagnes et leur désespoir.
J'ai néanmoins fait encore dans cette circonstance tout
ce qui dépendait de moi pour les engager à un dernier
et pénible effort qui put convaincre tout à la fois de leur
misère et de leur bonne volonté, et je les ai déterminés
à envoyer à Lyon deux députés dont j'ose supplier
V. Exc. de seconder les sollicitations et les démarches
de sa puissante recommandation.
Je crois avoir l'honneur de connaître trop bien V. Exc.
sur sa seule réputation, pour ne pas être persuadé qu'elle
(12)
trouvera en elle-même la récompense de son humanité
à laquelle la voix de tous les malheureux qui vous bé-
niront , M. le baron, pourra sans doute joindre encore
quelque douceur, mais qui, en ajoutant à ma vive re-
connaissance , ne pourra rien ajouter aux sentimens res-
pectueux , etc.
An Quartier-général. Lyon, le 31 août 1815.
Monsieur le Préfet,
Les dispositions contre lesquelles vous réclamez dans
votre lettre du 28 août, en vous rapportant sur celle que
j'ai eu l'honneur de vous adresser antérieurement, ont
été l'effet des ordres supérieurs qui, ayant destiné une
partie de votre département aux troupes de la grande
armée , m'ont resserré dans des arrondissemens que j'ai
compté laisser libres.
Du reste, fidèle à mes promesses, je serai toujours
prêt à faciliter les charges onéreuses autant qu'il sera
compatible avec le service et les circonstances impé-
rieuses ; et MM. les députés de votre département, que
Son Exc. M. l'intendant-général de mon armée a invités
pour concerter quelques mesures nécessaires à l'égard
du rassemblement de l'armée près de Lyon, trouveront
les mêmes sentimens près des autorités avec lesquelles
l'objet de leur mission les mettra en rapport.
Je vous prie , M. le Préfet, de vouloir agréer l'assu-
rance de ma parfaite considération.
Signé FRIMONT , général.
( 13)
A M. le comte de Wurmser.
28 août 1815.
Monsieur le comte, j'ai reçu par M. le baron de Seppen-
burg, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,
et je vois avec une peine que je ne puis vous exprimer,
qu'elle aggrave de plus en plus la malheureuse position
du département que j'administre, et les difficultés sans
nombre dont je suis moi-même environné.
M. le maréchal duc d'Albuféra , de qui j'avais reçu la
première nouvelle de l'occupation de ce département
par les troupes alliées, m'avait en même tems assuré
que leur nombre ne s'élevait pas à plus de six mille, et
y serait même, selon toute apparence, inférieur ; et M. le
maréchal paraissait avoir reçu cette assurance de M. le
baron de Frimont lui-même.
Un premier ordre de marche, qui m'avait été adressé
par M. l'intendant et commissaire de Reviszky, avait en-
core confirmé cette disposition. Cependant, par suite des
vicissitudes survenues dans les ordres et contre-ordres
relatifs à la marche et aux cantonnemens des troupes
de Son Exc. M. le baron de Frimont, et plus encore
par suite de l'invasion subite et inattendue du corps d'ar-
mée du prince de Collorédo dans l'arrondissement de
Roanne, mon département se trouve tout à coup sur-
chargé d'un nombre de troupes trois fois plus considé-
rable que celui dont j'avais reçu l'avis ; et cette circons-
tance m'a mis dans la nécessité de pourvoir, par l'acti-
vité de mes mesures, à l'urgence des besoins, et d'étendre
mes réquisitions peut-être même au-delà des facultés des
habitans, dans un pays de montagnes tel que celui-ci, où les
( 14 )
récoltes sont plus tardives et les produits moins abondans.
Vous pouvez juger, M. le comte, d'après ce pénible
exposé, s'il me sera facile de satisfaire aux nouveaux
sacrifices que vous exigez de ma part, ou plutôt d'un
département précédemment épuisé par la présence des
troupes françaises, et dont la ruine sera bientôt con-
sommée par le séjour des troupes alliées dont la force
réelle paraît devoir s'élever trois fois au-delà de la force
annoncée.
Permettez-moi, M. le comte, d'ajouter à ces considé-
rations quelques réflexions sur le nouveau contingent de
réquisition dont vous venez de le frapper.
Le vignoble de ce pays , dont la majeure partie se
trouve dans l'arrondissement de Roanne, est d'une éten-
due peu considérable, d'un produit faible et d'une qua-
lité plus que médiocre. Il a été depuis plusieurs années
maltraité par les atteintes de la gelée, de manière à ce
que ses ressources en ont été presque neutralisées , et
cependant c'est sur l'article du vin et de l'eau-de-vie que
le contingent est le plus exagéré. J'ose donc vous prier
d'avoir égard à cette considération, et de vouloir bien
réduire des quotités qu'il serait de toute impossibilité
de fournir.
Le bien vif désir qui me porte à seconder les inten-
tions du Roi, en concourant de toute l'autorité qu'il
a daigné me confier, à pourvoir aux besoins et à la sub-
sistances des troupes des souverains alliés , m'a fait un
devoir de tenter encore, dans cette circonstance, tout
ce qui dépendait de moi pour engager mes administrés
à un dernier mais pénible effort qui pût convaincre tout
à la fois et de leur misère et de leur bonne volonté , et
je les ai déterminés à envoyer à Lyon deux députés char-
( 15 )
gés de discuter et de traiter avec vous, M. le comte, les
arrangemens les plus convenables dans l'intérêt commun.
Ces députés, qui vous remettront cette lettre, sont
M. de la Chèze, conseiller de préfecture, et M. Dumon -
cel, adjoint de la mairie de Montbrison, auxquels je vous
prie de vouloir bien accorder votre confiance et vos bontés.
Daignez agréer, M. le comte, etc.
Lyon, ce 51 août 1815.
Monsieur le Préfet,
La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
le 28 de ce mois, m'a été remise par S. Exc. M. le gé-
néral Frimont, sous le couvert de qui elle avait été mise
par erreur. Les changemens qu'il a dû faire dans ses
cantonnemens sont la suite de l'extension que S. A. le
prince de Schwarzenberg a donné aux siens. Au reste,
ces troupes seront retirées du département lors de la
formation du camp de la Verpillière. Dans le fond, il ne
s'agit, pour les départemens occupés par les troupes
de M. le général Frimont, que de livrer à la Verpillière
ce que les troupes consomment dans leurs cantonnemens.
Il n'y a de différence que la dépense que les transports
ou les achats hors du département occasionnent ; mais
c'est là un mal inévitable. Du reste, MM. les députés ont
pu se convaincre que j'avais mis la plus stricte égalité
dans ma répartition , et que je ne pouvais dégréver un
département qu'en surchargeant l'autre, ce qui ne serait
point juste. Quant à l'occupation de l'arrondissement
de Roanne par des troupes de la grande armée, je conçois
qu'elle doit vous avoir contrarié; mais l'intendant-gé-
néral de ladite armée m'avait annoncé qu'elles seront
( 16 )
retirées pour la formation du camp de Dijon, qui précé-
dera celui de la Verpillière.
Ce sera là un nouveau soulagement pour votre dé-
parlement. Enfin, M. le Préfet, tout ce que j'ai pu faire
dans des circonstances aussi impérieuses, a été de pro-
curer quelques facilités à vos députés pour la conclusion
de leur marché avec M. de Schram.
Agréez l'assurance, etc.
Signé le comte DE WURMSER.
Montbrison , le 30 août 1815.
Monsieur le Prefect !
J'ai l'honneur de vous avertir mon ariver dans le dé-
partement et de vous communiquer la dépêche suivant
du gouvernement geal a Lion. En même temp je vous
invite Monsieur de bien vouloire m'en faire part le ta-
bleau montant les livresons déja faites en l'égarde des re-
quisitions de touts especes dont le departement fut frappé,
mais comme s'attend de soi même et que j'ai ne plus
besoin d'ajouter dans le cours de la journée d'aujourd'hui.
Agrejès Monsieur le Prefect la consideration et l'assu-
rance de ma plus haute estime.
Votre très-humble serviteur,
Signé Chevalier LEHMANN.
Cloaire du gouvernement dans le département la l'Oire.
Note de l'Editeur. J'ai cru devoir conserver le style et l'orthographe
de M. le commissaire autrichien, qui, toutefois, a promptement senti
le besoin de prendre un secrétaire, dont ou verra qu'il n'a pas épargné
la plume.
( 17 )
Montbrison, le 30 août 1815.
Monsieur le Préfet,
Les besoins de l'armée d'Italie de S. M. l'empereur
d'Autriche sont urgens. Par ordre de M. le gouverneur-
général, daté de Lyon le 25 du courant, votre dépar-
tement est compris pour les réquisitions suivantes, qui
doivent être fournies au plus tard dans la quinzaine ,
dont moitié dans les dix premiers jours , et l'autre moitié
dans les cinq derniers jours suivans; cette époque est
de rigueur , elle est celle d'une revue générale que
passeront les souverains alliés.
1.° — 54,000 chemises.
2.° — 54,000 caleçons en toile en pantalon.
3.° — 10,000 paires de guêtres en toile.
4.° — 10,000 pantalons en toile, faits comme les
pantalons ordinaires.
5.° — 4,000 pantalons en toile à la hongroise.
6.° — 12,000 aunes de toile croisée pour faire des
sarraux.
7.° — 8,000 aunes de toile pour doublure.
Je vous observe , Monsieur le préfet, que les ar-
rondissemens de Montbrison et de Saint-Etienne sont
seuls compris dans ces réquisitions ; celui de Roanne
appartenant à la division de l'armée du Rhin, n'y doit
nullement figurer.
Pour arriver plus tôt au résultat, et pour alléger
autant que possible les charges de votre département,
M. le gouverneur général m'a autorisé à recevoir pour
la façon de chaque chemise la somme de 10 sous ou
50 centimes, pour chaque caleçon celle de 6 sous,
2
( 18)
et pour chaque paire de guêtre celle de 6 sous éga-
lement.
Je ne doute point, Monsieur le préfet, que vous ne
trouviez à faire faire ces différentes fournitures par en-
treprise , ce moyen devant en accélérer la rentrée et
la confection, et m'éviter par là les désagrémens de me-
sures rigoureuses que nécessiterait le moindre retard,
et qui me sont recommandées par M. le gouverneur
général.
J'aurai besoin de voir aussi l'échantillon de chacune
de ces fournitures, pour être à même de les recevoir
ou de les rejeter s'il y a lieu.
Il est utile aussi, Monsieur le préfet, que vous vou-
liez bien me faire prévenir chaque fois que vous re-
cevrez une fourniture quelconque, pour que je puisse
aussitôt la vérifier, la constater et en tenir note.
Agréez , Monsieur le préfet, l'assurance de ma con-
sidération la plus distinguée.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. l'Intendant et Commissaire Lehmann.
31 août 1815.
Monsieur le commissaire, je réponds à la lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 30
du courant.
J'ai déjà eu l'honneur d'écrire et d'envoyer deux dé-
putés à M. le comte de Wurmser, pour lui représenter
à quel point le département que j'administre se trouve
( 19 )
épuisé par suite du séjour des armées françaises et de
la présence des troupes alliées, qui y sont entrées en
nombre trois fois plus considérable que celui qui m'a-
vait été d'abord annoncé.
Je ne puis que vous répéter, à cet égard, toutes les
considératious que j'ai présentées à M. l'intendant gé-
néral, dont j'attends la réponse, qui sans doute sera con-
forme aux principes d'humanité et de justice dont rien
ne doit nous faire dévier.
En effet, l'énormité des taxes et réquisitions dont
vous venez de me transmettre la note est tellement exor-
bitante , que l'impossibilité d'y satisfaire doit paraître
évidente à ceux qui les ont frappées.
J'ajouterai seulement qu'il me semble que vous n'a-
vez aucun égard à la circonstance de l'occupation de
l'arrondissement de Roanne par un corps détaché de la
grande-armée autrichienne , circonstance qui m'enlève
un tiers de mon département, puisque vous élevez à
54,000 chemises et 54,000 caleçons de toile la demande
que M. de Roschmann lui-même, par la lettre qu'il m'a
fait l'honneur de m'écrire, porte seulement à 50,000,
nombre qui n'en est pas toutefois moins exagéré.
J'ai lieu d'espérer que les réclamations trop bien fon-
dées que j'ai eu l'honneur d'adresser à M. le comte de
Wurmser , et que je vous renouvelle, Monsieur, pro-
duiront l'effet que j'ai droit d'en attendre, soit par la
décharge, soit par la réduction sensible des charges qui
nous sont si rigoureusement imposées.
En attendant, comme la majeure partie des demandes
qui me sont faites, excèdent les pouvoirs et les ordres
que j'ai reçus de mon gouvernement, je viens de nom-
mer une commission dont l'objet sera d'en délibérer
( 20)
et de discuter les moyens possibles d'exécution. Je m'em-
presserai , Monsieur, de vous faire connaître les dispo-
sitions qu'elle aura prises ou indiquées dès que j'en
aurai moi-même connaissance.
Agréez, etc.
Montbrison, le 30 août 1815.
Monsieur le Préfet,
M. le gouverneur général de Lyon m'instruit, par sa
lettre du 29 courant, que le département du Rhône
et celui de la Loire sont frappés, chacun pour la moitié,
d'une réquisition de 2,250 aunes de Vienne de taffetas
jaune, et d'une même quantité de taffetas noir, devant
servir aux petits drapeaux des trois régimens d'Hullans,
la ville de Lyon n'ayant pu supporter seule cette réqui-
sition, étant surchargée d'ailleurs de beaucoup d'autres.
Cette réquisition n'ayant pu supporter aucun retard,
la ville de Lyon a tout fourni. Il vous reste, Monsieur
le préfet, à la couvrir de la portion qui est assignée
au département de la Loire. Pour ce faire, vous êtes
libre de vous entendre avec M. le préfet du Rhône, ou
bien me rendre l'intermédiaire de cette dépense, dont
e vous donnerai communication sitôt que M. le gou-
verneur général me l'aura fait parvenir.
J'attends à cet égard votre détermination.
Je vous observe, Monsieur le préfet, qu'il faut une
aune et demie de Vienne pour faire l'aune de France.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé LEHMANN.
(21)
Montbrizon , le 30 août 1815.
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous prévenir qu'à dater de ce jour,
nulle réquisition ne peut être faite que par mes ordres,
et que vous ne devez déférer à aucune de celles qui
vous seront faites par d'autres que par moi.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement;
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. l'Intendant et Commissaire Lehmann.
Montbrison, le 31 août 1815.
Monsieur le commissaire , vous me mandez par la
lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, en date
du 30 août, que M. le gouverneur général de Lyon ,
vous instruit que le département du Rhône et celui de
la Loire, sont frappés, chacun pour la moitié, d'une
réquisition de 2250 aunes de Vienne de taffetas jaune ,
et d'une même quantité de taffetas noir, dont vous m'in-
diquez la destination.
Indépendamment des réclamations que je vous ai pré-
sentées dans une des lettres ci-jointes, et qui demeurent
dans toute leur force , je me permettrai de vous ob-
server , qu'en supposant cette demande fondée, tout
exhorbitante qu'elle soit, il est évident que la réparti-
tion n'en est pas juste, puisqu'elle assigne aux deux tiers
( 22 )
du département de la Loire, un contingent égal à celui
d'un département infiniment plus riche en industrie et
en ressources de la nature de l'objet requis, qui ne se
fabrique dans aucune ville du pays que j'administre.
Je me bornerai, Monsieur, à cette seule observation,
m'en référant sur toutes les autres au contenu des lettres
ci-jointes.
Agréez, etc.
Montbrizon, le 31 août 1815.
Monsieur le Préfet,
Monsieur le gouverneur général me transmet officiel-
lement , par sa lettre du 29 de ce mois, une réquisition
du général en chef prince de Schwazemberg, qui frappe
sur l'arrondissement de Roanne , et qui consiste en
draps, toile, dont le premier corps a le plus pressant
besoin.
Ci-joint est le tableau de cette réquisition.
Je vous invite, Monsieur le préfet, à prendre sur le
champ les mesures les plus promptes pour satisfaire à
cette demande, qui ne concerne au surplus que l'arron-
dissement de Roanne. Je vous préviens qu'aucun pré-
texte ne peut retarder cette fourniture fixée au 10 sep-
tembre prochain , vu que cette époque est celle où
l'empereur d'Autriche avec les autres souverains alliés
passeront les troupes en revue, à Dijon.
Si les articles exigés ne se trouvaient pas à Roanne ,
il serait à propos d'envoyer sur le champ , à Lyon, un
commissaire qui pourrait facilement se les procurer.
Le tout doit être rendu à Roanne et remis à un offi-
( 23)
cier ou à un commissaire des guerres qui, en cas de
retard, est chargé de l'exécution militaire.
Tenez-moi, Monsieur le préfet, au courant des dis-
positions que vous aurez fait prendre à cet égard. Je vous
observe que ma responsabilité personnelle ne me per-
met pas de souffrir aucun retard , et que l'exécution
militaire aura inévitablement lieu , si la moitié de la ré-
quisition n'est pas fournie d'ici au cinq , et l'autre moitié
d'ici au dix septembre prochain.
Je vous engagerais, Monsieur le préfet, à nommer
tout de suite une commission spéciale qui serait uni-
quement chargée de toutes les réquisitions dont est frappé
le département; elle éviterait, par la promptitude de
ses opérations, des désagrémens qui pourraient peser
sur les habitans de la Loire.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé LEHMANN.
A M. le Commissaire Lehmann.
Montbrison, le 31 août 1815.
Monsieur le commissaire, je reçois à l'instant la lettre
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et par a-
quelle vous me mandez que M, le gouverneur général
vous transmet officiellement l'ordre d'une réquisition
du général en chef prince Schwazemberg, qui frappe
sur l'arrondissement de Roanne , et qui consiste en
draps , toile et autres objets mentionnés dans le tableau
y annexé.
(24)
L'exécution do cette nouvelle mesure me paraît offrir
des difficultés d'autant plus insurmontables , que l'ar-
rondissement de Roanne se trouve surchargé d'un nombre
de troupes beaucoup plus considérable encore que le
contingent réparti dans mes autres arrondissemens.
Les objections que je me suis permis de vous faire ,
ne peuvent donc être renouvelées, à cet égard, qu'avec
plus de force et d'insistance. Je vais m'occuper sur-le-
champ de donner communication de votre lettre et de
son contenu à la commission que je viens d'établir et
dont j'ai eu l'honneur de vous donner avis, et j'aurai
soin d'en transmettre une copie conforme à M. le sous-
préfet de Roanne , afin qu'il puisse en prévenir les ha-
bitans de son arrondissement.
Agréez, etc.
Montbrison, le 31 août 1815.
Monsieur le Préfet,
La réunion des troupes Hessoises, Bavaroises-Wurtem-
berg, etc., à l'armée autrichienne du Rhin , a obligé le
changement de station des différens corps d'armée :
c'est ainsi que l'arrondissement de Roanne est occupé
pour le premier corps d'armée , et qu'il se trouve dans
la nécessité de pourvoir à tous ses besoins.
M. le gouverneur général m'a envoyé, par sa lettre
du 26 courant, trois tableaux cotés A, B et C. Celui
coté A indique l'état des troupes stationnées dans l'ar-
rondissement de Roanne, avec les noms de chaque chef
ou commandant. Je vous l'adresse pour que vous ayez
j'aperçu des besoins de l'armée depuis le 31 août jusqu'au
20 septembre prochain.
( 25 )
Celui coté B présente la quantité de denrées que ledit
arrondissement doit verser par quart, à Dijon, les 2,
6 , 10 et 14 septembre prochain. Rien n'est à négliger
pour en assurer le versement en tems utile , les besoins
du camp de Dijon nous en font un devoir impérieux.
Au reste, M. le préfet, le stationnement de ces troupes
est seulement passager, et vous avez lieu d'espérer que
vers le 8 ou le 10 septembre prochain, l'armée sera
concentrée à Dijon.
Mais jusqu'à cette époque, j'ai besoin que vous me
teniez constamment au courant de la manière dont les
subsistances et les fourrages sont assurés dans chaque
détachement dispersé dans l'arrondissement de Roanne,
et par qui ils le sont, pour que, dans le cas où ils vien-
draient à manquer sur un point, je sois à même de
prendre les mesures nécessaires pour faire cesser aussitôt
cet abus dont sont responsables ceux qui en sont chargés.
A cet effet, je vous remets le tableau coté C.
Au surplus, M. le sous-préfet, comme premier res-
ponsable , peut, à défaut de livraison , et est autorisé à
demander au général les troupes nécessaires pour as-
surer les différentes branches de service.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. Le Sous-préfet de Roanne.
Montbrison, le 31 août 1810.
On dit bien , Monsieur, qu'à chaque jour suffit sa
peine ; mais encore faudrait il qu'elle fût seule et qu'elle
( 26)
ne fût pas plus forte qu'on est en état de la porter.
Je ne sais pas quand finiront les nôtres; mais ce que
je ne sais que trop bien, c'est qu'elles s'aggravent et se
modifient à chaque instant. J'avais à peine pourvu aux
soins que réclamait l'arrivée de nos amis les ennemis,
qu'il m'est tombé tout à coup sur les épaules un in-
tendant , puis un commissaire. Certes , ce n'était pas
le cas de chanter avec Piron : Un commissaire, en
vérité, ce n'est pas assez (1) , puis une réquisition de
denrées, puis une réquisition de chemises et de cale-
çons , puis des réquisitions de toute espèce et de toutes
couleurs, jusqu'à du taffetas, des plumes de coq et des
pains à cacheter. Il ne s'agissait encore que des ar-
rondissemens de Montbrison et de St.-Etienne, et l'on
avait bien soin de me répéter dans chaque lettre que
Roanne n'y était pas compris. Mais, on vous réservait
pour la bonne bouche , et voilà que l'on m'envoie à
l'instant même, à votre intention, une énorme réqui-
sition de draps , de toile, etc. Je souhaite que vous
puissiez y suffire; et, quant à moi, je vous avoue que
je me suis vu sur le point d'en perdre la tête. Cepen-
dant , à force de réfléchir et de peser les paroles et le
style de toutes ces sangsues, j'ai cru entrevoir que c'é-
tait plutôt encore de l'argent que des denrées qu'on
voulait, et que ce n'était qu'un jeu pour éluder la défense
de lever des contributions. Dans cette idée, j'ai envoyé
deux députés à Lyon pour traiter des intérêts du de
partement dès la première réquisition qui m'a été lancée,
avec des instructions dont l'esprit est de chercher à
(1) Dans le joli vaudeville de Piron et ses Amis.
( 27 )
transiger aux meilleures conditions possibles , et sur-
tout de gagner du tems. Je n'ai pas encore reçu de ré-
ponse, et cependant il est bon de se mettre en mesure
pour ne pas se trouver en risque d'être trop gravement
compromis. Je me suis donc déterminé à nommer une
commission pour tout le département, à l'effet de discu-
ter et d'arrêter les moyens possibles d'exécution , et
de montrer ainsi une apparente déférence à leurs très-
pressantes et très-menaçantes injonctions. Je ne puis,
Monsieur, dans cette circonstance, que vous informer
des motifs de ma conduite, n'ayant reçu aucune ins-
truction ministérielle qui puisse la régler, et m'en rap-
portant à votre prudence sur toutes les mesures pro-
pres à prévenir tous les inconvéniens qui pourraient ré-
sulter à la fois d'une résistance trop marquée ou d'une
soumission, trop facile. Je m'attends à tout pour mon
compte, et j'ai fait mon sacrifice. Aucune considéra-
tion personnelle ne m'arrêtera jamais lorsqu'il s'agira
de mon devoir et des intérêts de mes administrés, quelque
peu de reconnaissance que j'aie lieu d'en attendre, sur-
tout dans un moment où la souffrance générale doit
engendrer le mécontentement, et le mécontentement
l'injustice ; mais ce n'est plus un emploi, Monsieur,
que les fonctions d'administrateur, c'est la peine des
galères ; et il faut la subir par le double sentiment du
bien public et de notre dévoûment au Roi. Il serait
possible que je me rendisse à Roanne, si je jugeais que
ma présence pût y être nécessaire, et cette considéra-
tion seule suffirait pour m'y conduire, s'il ne s'y joi-
gnait encore le véritable désir de vous voir et de vous
renouveler l'assurance , etc.
Si vous voulez envoyer des députés au prince de
( 28 )
Schwazemberg, je vous donne d'avance toute autori-
sation à cet égard (1).
Lyon , le 31 août 1810.
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous prévenir que S. Exc. le gé-
néral en chef ayant jugé de faire établir à Lyon la ma-
nutention du pain pour le camp de la Verpillière, ce
sera clans les magasins de Lyon que la farine devra être
versée. Quant aux autres fournitures, elles devront être
versées au magasin de la Verpillière. Je saisis cette oc-
casion pour vous renouveler l'assurance, etc.
Signé le comte de WURMSER.
A M. le marquis de Talaru, pair de France.
Montbrison, le 31 août 1815.
Monsieur le marquis, je vous envoie un volume, et
j'aime à me flatter que vous me rendrez assez de justice
pour croire que j'aurais trouvé bien plus de plaisir à
(1) J'ai cru devoir insérer dans cette correspondance plusieurs
lettres adressées à des autorités françaises , et même à des ministres du
Roi, afin que d'honorables témoignages pussent, s'il en était besoin,
en mieux constater l'authenticité , et prévenir les inductions qu'on
chercherait à tirer de l'absence et de l'éloignement des autorités étran-
gères avec lesquelles elle a eu lieu.
( 29 )
vous le porter moi-même; mais il faut que je vive de
privations, il faut que je traîne ma chaîne, et je vous
avoue que jamais elle ne m'a paru si pesante. Dès le
jour même de votre départ, un intendant, qu'on aurait
pris beaucoup plus facilement à sa mine pour un juif,
est arrivé, se rendant pour exercer ses fonctions dans
la haute Loire, et m'a remis en passant, une lettre du
comte de Wurmser, qui me prévenait et m'envoyait
l'état d'une réquisition de denrées destinées, en appa-
rence, pour l'approvisionnement d'un camp qui doit se
former entre Lyon et la Verpillière, et au fait pour ca-
cher leur jeu et percevoir, par des contributions en
nature , des contributions qu'il leur est prescrit de ne
plus imposer en argent. Je me suis récrié vivement sur
l'épuisement de mon département, et j'y ai même mis
une telle chaleur, que cet enfant de Belzebut en est
resté tout interdit.
Cependant, comme la réflexion me fit craindre d'ex-
poser , par une résistance trop prononcée , mes admi-
nistrés à des mesures de rigueur encore plus fâcheuses,
je tâchai et je parvins, dans une nouvelle conférence,
à lui tirer son secret et l'aveu que M. de Wurmser pour-
rait me donner beaucoup de facilité pour un arrange-
ment qui épargnerait les frais de transport. Je me dé-
terminai donc à envoyer à Lyon deux députés, MM. de
Lachèze et Dumoncel, que je chargeai de deux lettres ,
l'une pour M. de Wurmser, et l'autre, dont je joins
ici copie , pour M. de Frimont, dont je voulais tenter
d'émouvoir l'intérêt, et j'y joignis des instructions dont
l'esprit est de chercher, s'il n'est pas possible d'ob-
tenir une décharge , à transiger aux meilleures condi-
tions possibles, et surtout de gagner du tems. A peine
(00)
remis de cette secousse, survint un nouveau commis-
saire , et cette fois c'était bien l'intendant de notre
pauvre Loire qui m'apportait des lettres du gouverneur
général, M. de Roschmann, qui, en me notifiant sa
nomination , m'annonçait une nouvelle réquisition de
30,000 chemises et 30,000 caleçons, en ajoutant que
ce n'était que le prélude d'une masse entière de ré-
quisitions. Le bourreau ne disait que trop vrai, et, le
soir même, son digne délégué m'a adressé une col-
lection de billets doux dont le résumé ci-joint vous fera
voir toute l'étendue des sacrifices qu'on exige de nous.
J'avoue que toute ma longanimité n'a pu résister à cette
nouvelle épreuve, et j'ai cru que je devais mettre dans
mes relations un ton et un stile qui pussent empêcher
de confondre un peuple malheureux avec un peuple
vaincu. Cependant, bien que le premier ressentiment
en dût retomber sur moi, comme il s'agissait des in-
térêts de mes administrés plus encore que du service
du Roi, qui, toutefois, ont l'un et l'autre une intime
affinité, je crus devoir consulter quelques-uns des prin-
cipaux habitans de Montbrison avant d'envoyer à M. l'in-
tendant la réponse dont vous trouverez copie ci-incluse;
la couleur leur en a paru trop vigoureuse et leur a fait
craindre d'attirer sur eux l'animadversion des chefs au-
trichiens , de sorte que j'en ai substitué, quoiqu'à regret,
une autre d'une touche plus adoucie, mais à laquelle
M. de la Roche-Aymon préférait aussi la première. J'ai
sur le champ créé une commission de sept membres
pour discuter les moyens possibles d'exécution des me-
sures prescrites , et pour donner du moins une appa-
rence de déférence à mon opposition secrète; et je
m'empresse d'avoir recours à vous, M. le marquis, pour
(31 )
supplier, dès les premiers momens de votre arrivée à
Paris, dont il serait bien utile que vous pussiez presser
l'époque, pour supplier, dis-je , les ministres de venir à
mon secours, et de m'envoyer les ordres et les ins-
tructions qui me sont nécessaires dans une aussi pénible
circonstance; j'y ajouterai la demande de m'envoyer sur
le champ un courrier, dans le cas où il surviendrait
quelque événement favorable et qui pût influer sur la
position de ce département. Je termine cette longue
lettre , M. le marquis , en vous priant d'agréer, etc.
Montbrison, le (1er septembre 1815.
Monsieur le Préfet,
En réponse à ma lettre n.° 6, datée du 30 août der-
nier , vous me faites le plaisir de me dire que, déjà pré-
venu par M. le comte de Wurmser, de la réquisition en
denrées frappée sur le département de la Loire , et des-
tinée à l'approvisionnement du camp de Lyon, vous
avez envoyé en cette ville, tant pour cet objet que pour
différens autres, deux députés chargés de traiter avec
M. de Wurmser, des moyens possibles d'exécution, et
vous ajoutez que vous attendez ou leur réponse ou leur
retour pour me faire part du résultat de cette négo-
ciation.
Je dois vous observer, Monsieur le préfet, que rien
de ce qui se fait dans le département, ayant pour ob-
jet , ou les réquisitions de toute espèce, ou les moyens
d'assurer le service des subsistances, ne doit m'être
( 32)
étranger ; que les plus petits détails doivent m'être con-
nus. Je suis ici le centre auquel viennent se rattacher
toutes les branches qui coopèrent à cette administra-
tion; telle est la nature de mes fonctions. Ainsi, Mon-
sieur le préfet, j'ai besoin de connaître, et les noms
des députés que vous avez envoyés à Lyon, et la nature
des pouvoirs que vous leur avez conférés; comme aussi
je vous prie de nouveau de m'instruire de toutes les
dispositions prises ou à prendre pour l'exécution des
différentes demandes que je vous ai communiquées dans
mes lettres précédentes.
Agréez, etc.
Le commissaire du gouvernement,
Signé LEHMANN,
A M. le Commissaire Lehmann,
Montbrison, le 1er septembre 1815.
Monsieur le commissaire, je réponds à la lettre que
vous me faites le plaisir de m'écrire, en date de ce
jour.
Je ne me suis déterminé à envoyer deux députés à
Lyon, que sur la proposition et d'après la lettre de M.
le comte de Wurmser, qui ne m'a pas mandé que je
dusse en rendre compte à d'autres qu'à lui; et cepen-
dant , d'après le désir que vous m'exprimez , je ne
vois aucun inconvénient à vous mander que ces députés
sont MM. de Lachèze , conseiller de préfecture, et le
chevalier Dumoncel, adjoint à la mairie de Montbrison.
( 55 )
qui ont déjà eu l'honneur de voir M. le comte de Wurm-
ser , et d'entrer en conférence avec M. de Cavallier ,
intendant de l'armée autrichienne.
Quant à leurs pouvoirs , ils se bornent à solliciter,
soit la décharge, soit la réduction des denrées requises
pour l'approvisionnement du camp de la Verpillière ,
et pour lesquelles ils sont seulement autorisés à traiter
aux conditions qu'ils jugeront convenables dans l'intérêt
commun. Mes attributions ne me permettant pas d'en
donner de plus étendus et qui auraient d'autres rap-
ports que celui de subsistances, je m'en référerai sur
sur tout le reste aux dispositions qui seront prises par
la commission que j'ai nommée, pour délibérer sur
toutes les réquisitions d'effets d'habillement et autres
que vous m'avez adressées, et discuter les moyens
possibles d'exécution. Je m'empresserai de vous faire
part des mesures auxquelles elle se sera arrêtée, à moins
que mon absence momentanée ne m'empêche de cor-
respondre directement avec vous, auquel cas j'aurai
soin de la charger de me suppléer.
Agréez , etc.
Montbrison, le 1er septembre 1815,
Monsieur le préfet,
Monsieur le gouverneur général, par sa lettre du 28
août dernier, requiert absolument la quantité de che-
mises, de caleçons, etc., etc. , exprimée dans celle
que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 50 dudit mois.
J'insiste donc pour cette quantité, qu'il ne m'est pas
permis d'augmenter ni de diminuer.
5
(34)
Je vous prie aussi de m'envoyer les noms de MM.
les membres de la commission que vous avez créée pour
les réquisitions; et d'y joindre l'état de répartition de
chacun d'eux dans les divers cantons où leur présence est
jugée nécessaire pour en activer les rentrées, et me donner
enfin connaissance de toutes les démarches faites à cet
égard.
Vous ne m'avez pas fait connaître, Monsieur le préfet,
votre détermination à l'égard de la façon des chemises,
caleçons, etc., dont je vous ai entretenu dans la même
lettre du 30 août; cependant, il est d'une absolue né-
cessité que je la connaisse.
Je vais me voir dans la dure nécessité, Monsieur le
préfet , pour mettre ma responsabilité personnelle à
couvert, d'établir demain , à une heure, la garnison chez
vous, ainsi que chez M. le maire de la ville si, à midi,
vous n'avez déjà fait rendre dans mon domicile la quan-
tité de 1000 pièces de toile.
J'espère, Monsieur le préfet, que vous m'éviterez une
mesure qui répugne singulièrement à mes principes,
mais que commandent mes instructions, et que vous
me mettrez à même de pouvoir dire , dans mon pre-
mier rapport, qu'une partie de cette réquisition se trouve
déjà entre mes mains.
Si vous avez traité, au nom du département, avec
un entrepreneur ou avec plusieurs, je vous le répète,
Monsieur le préfet, j'ai absolument besoin de connaître
leurs noms, les crédits que vous leur avez donnés, et
la nature des objets dont chacun d'eux est chargé.
Agréez, etc.
Le commissaire du gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
(35)
Montbrison , le 1er septembre 1815.
Monsieur le préfet,
Je sens encore le besoin de vous rappeler au contenu
de ma lettre d'hier, n.o 7, relative à la réquisition en
draps, toile, etc , à fournir par l'arrondissement de
Roanne, de l'ordre du prince Schwazemberg , pour le
premier corps d'armée du Rhin. Rappelez, je vous prie,
de nouveau à M. le sous-préfet, ainsi qu'aux habitons
de l'arrondissement de Roanne, qu'il est instant pour
eux de fournir la moitié de cette réquisition sans aucun
retard, et que, faute par, eux d'y satisfaire, rien ne
peut empêcher l'exécution militaire dont est chargé spé-
cialement l'officier commandant à Roanne. Pour leur
éviter ce désagrément, j'ai déjà moi-même prévenu
hier par estafette M. le sous-préfet, mais je sens qu'il
ne peut être trop souvent averti, pour qu'il n'ait pas à
m'imputer l'odieux de mesures si rigoureuses , que je
voudrais de tout mon coeur pouvoir éviter aux habitans
du département.
Agréez,etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. le Commissaire Lehmann,
Montbrison, le I.er septembre 1815.
Monsieur le Commissaire, je m'empresse de répondre
à vos deux dernières lettres que je reçois à l'instant, et
(36)
d'abord je vous observe que les énormes réquisitions
frappées tout à la fois sur les deux arrondissemens de
Montbrison et de St.-Etienne , et l'arrondissement de
Roanne, se trouvent, outre l'impossibilité de leur exé-
cution , en contradiction formelle avec l'article deux de
la note officielle remise le 25 juillet dernier, par les mi-
nistres des puissances alliées, à Son Exc. M. le prince
de Talleyrand, ministre du Roi. Cet article porte expres-
sément que les départemens seront partagés entre les
différentes armées, de manière à ce que chacune d'elles
ait un rayon , et que par conséquent, dans le même dé-
partement, il n'y ait que des troupes de la même armée.
Or, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire, et les réquisitions exorbitantes dont vous m'avez
adressé la note, annonçant que leur objet est relatif au
service et à l'entretien de l'armée de M. le prince de
Schazemberg, d'une part, et de l'armée de M. le baron
de Frimont, de l'autre, je me vois forcé, par respect
même pour la décision du ministre que vous représentez,
de vous objecter que vous outrepassez vos pouvoirs, et
d'ajouter que , dans le cas où vous mettriez à exécution
la menace que vous me faites, je me verrais dans la né-
cessité de protester contre une mesure qui serait évi-
demment en opposition avec les ordres et les instructions
que vous avez reçus , et qui doivent être conformes à la
note officielle avouée et signée des ministres des puis-
sances alliées, et par conséquent du ministre de votre
souverain, auprès duquel je croirais alors de mon de-
voir d'user de mon recours contre vous, en en préve-
nant en même tems les ministres du Roi.
J'ai l'honneur de vous prévenir aussi que mon inten-
tion est de me mettre demain matin en route pour
( 37 )
Roanne , afin de conférer avec M. le sous-préfet sur les
moyens les plus promps et les plus efficaces d'assurer le
service et la subsistance des troupes alliées cantonnées
dans son arrondissement.
Agréez, etc.
A M. le Général Major Autrichien Bretschneider.
Montbrison, le 2 septembre 1815.
Monsieur le Commandant, ma présence devenant né-
cessaire dans l'arrondissement de Roanne, par suite des
réquisitions et des menaces de M. le commissaire du gou-
vernement autrichien, qui les renouvèle à chaque ins-
tant et les multiplie à l'infini, contre la teneur expresse
de la note officielle remise le 25 juillet dernier à Son
Exc. le prince de Talleyrand, par leurs Exc. les mi-
nistres des puissances alliées, je vous préviens que je
me propose de me rendre à Roanne, et de quitter mo-
mentanément Montbrison; je vous prie donc, dans le
cas où le maître de poste, ainsi qu'on me l'assure, aurait
besoin de votre autorisation pour accorder des chevaux,
de vouloir bien lui faire passer vos ordres à cet égard.
Agréez, etc.
Montbrison , le I.er septembre 1815.
Monsieur le Préfet,
Votre réponse à ma lettre, en date de ce jour, n.° 13,
ne m'a pas complètement satisfait; je vois avec regret
( 38 )
que le tems s'écoule et que votre commission ne s'est pas
encore mise en devoir de verser dans mes magasins la
moindre fourniture. Cependant, mes intentions sont pré-
cises, et demain, à midi, est le terme fatal. Je vous en
prie, M. le Préfet, évitez-moi des mesures que je re-
pousse , mais qui me sont commandées, l'intérêt des ad-
ministrés du département en dépend.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé LEHMANN.
A M. le Commissaire Lehmann.
Montbrison, le 2 septembre 1815.
Monsieur le Commissaire, en réponse à votre lettre
n.° 16, en date du 1.er septembre, je vous observerai
d'une part que la majeure partie des demandes et des
réquisitions multipliées dont vous avez frappé mon dé-
partement, excédant les pouvoirs et les ordres que j'ai
reçus de mon gouvernement, j'ai cru devoir nommer ,
selon l'avis que je vous en ai déjà transmis, une com-
mission , à l'effet d'en délibérer et de discuter les moyens
possibles d'exécution.
D'autre part, que les dispositions et mesures qu'elle
peut être appelée à prendre, intéressant essentiellement
tout le département, j'ai dû choisir les membres de cette
commission parmi les habitans et propriétaires des trois
arrondissemens ; il en résulte que l'éloignement du do-
micile de plusieurs d'entre eux ne leur ayant pas encore
( 39)
permis de se rendre au chef-lieu, puisque la lettre de
convocation n'a pu partir qu'hier , les opérations de la
commission ont dû nécessairement rester en suspens jus-
qu'à leur arrivée, que j'attends d'un moment à l'autre,
d'après les termes pressans dans lesquels je les ai
mandés.
Je termine en ajoutant que vos lettres me donnant
elles-mêmes un délai de huit jours pour la première li-
vraison des réquisitions frappées , vous ne pouvez par
conséquent m'accuser encore d'aucun retard, puisque
ces lettres sont en date du 30 août, et que nous com-
mençons à peine le second jour de septembre.
Agréez, etc.
Montbrison, le 2 septembre 1815.
Monsieur le Préfet,
Je reçois à l'instant de M. le gouverneur général une
lettre datée du 51 août, qui me prescrit la prompte ex-
pédition des toiles que je ne cesse de vous demander
depuis trois jours; il me rappèle à mes devoirs et se
plaint des lenteurs. Les chemises et les caleçons sont
d'une absolue et d'une pressante nécessité.
Dans cette hypothèse, M. le préfet, je n'ai point à
balancer entre mon devoir et les ménagemens que j'au-
rais désiré avoir pour le département de la Loire, si les
mille pièces de toile ne me sont pas livrées dans ce jour,
à l'heure que je vous ai indiquée dans mes lettres d'hier,
sous les n.°s 13 et 16.
(40)
Au surplus, M. le préfet, je vais faire part de votre
lettre à M. le gouverneur général.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. le Commissaire Lehmann.
Montbrison, le 2 septembre 1815.
Monsieur le Commissaire, j'ai eu l'honneur de vous
mander par une de mes lettres précédentes que je m'é-
tais déterminé à renvoyer à Lyon deux commissaires ,
avec l'approbation d'un traité passé entre eux et le sieur
de Schramms, sous la garantie de M. le comte de
Wurmser. Ces Messieurs sont également autorisés à pro-
poser des arrangemens, relativement aux autres réqui-
sitions dont le département a été ultérieurement frappé,
et tant qu'elles seraient conformes aux stipulations con-
venues et arrêtées à ce sujet entre les ministres du Roi
en les ministres des puissances alliées. Quant aux denrées
que M. de Schramms n'a pas pu leur promettre, ni s'en-
gager de leur fournir, ils doivent chercher à s'en pro-
curer une partie sur la place de Lyon , tandis que de
mon côté j'envoie aujourd'hui même un membre de la
commission centrale que j'ai établie selon l'avis que j'ai
eu l'honneur de vous en transmettre, à l'effet de faire
diriger de l'arrondissement de St.-Etienne sur Lyon le
contingent en foin qui entre pour partie dans la réqui-
sition des denrées destinées à l'approvisionnement du
camp de la Verpillière.
( 41 )
Quant à l'arrondissement de Roanne, et aux charges
énormes qui lui sont imposées, je vous observerai qu'in-
dépendamment des objections qui résultent de l'infrac-
tion formelle faite à la note officielle du 25 juillet der-
nier, sur laquelle je me réserve tout mon recours, je
n'ai reçu de vous jusqu'à ce jour aucune indication ni
sur le lieu , ni sur les personnes avec lesquelles on pou-
vait entrer en négociation. Au surplus, il serait possible
que je me rendisse moi-même à Roanne pour me con-
certer avec M. le sous-préfot, sur les mesures qu'il serait
convenable de prendre dans les intérêts communs.
Je vous envoie ci joint un arrêté que je viens de
prendre, et qui vous prouvera sans doute le désir que
j'ai de pourvoir à tout ce que peuvent exiger le service
et les besoins des troupes alliées.
Agréez , etc.
Montbrison , le 2 septembre 1815.
Monsieur le Préfet,
Je suis pleinement satisfait des dispositions que vous
avez prises et du résultat que vous avez obtenu pour les
approvisionnemens du camp de Lyon , qui concernent
votre département, et que vous me communiquez par
votre lettre de ce jour; je vous en fais mes sincères re-
mercimens. Cependant, il est dans mes attributions que je
connaisse les conditions stipulées entre le sieur Schramm
et MM. vos députés, j'en dois compte à M. le gouverneur
général. Au surplus, il est bon, M. le préfet, que vous
sachiez que c'est par anticipation, que vous avez reçu
( 42 )
par d'autres que par moi l'avertissement des fournitures
à faire pour votre département, et qu'il est utile, pour
ramener la correspondance à son véritable point, que tout
ce qui se fait et tout ce qui se fera par la suite, soit par
vous, M. le préfet, soit par les commissions que vous
avez établies , doit m'être ponctuellement connu. Ainsi
le veut la hiérarchie des pouvoirs de mon administration,
qui est absolument distincte et séparée de l'intendance
générale, et qui ressort entièrement du gouvernement
général de l'armée.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
A M. le Sous-Préfet de Roanne.
Montbrison, le 3 septembre 1815.
Je m'empresse, Monsieur, de répondre à votre der-
nière lettre, en date d'hier, et qui ne m'est parvenue
qu'à neuf heures du soir, bien que les lettres que vous
avez dû recevoir de moi, dans l'intervalle, aient sans
doute pourvu à la majeure partie des questions que vous
m'adressez. Si je suis libre, je me propose de me mettre
demain en route, sur les onze heures pour Roanne ,
afin d'y arriver à la nuit tombante, et de donner par là
moins d'éclat à mon arrivée , sur laquelle je vous prie
de me garder le secret, en le confiant toutefois à M. de
la Blanche, chez lequel je descendrai si je puis vous
causer le moindre embarras, et si votre maison est dans
(43)
un quartier moins retiré que le sien, circonstance qui,
dans ce moment, est pour moi un motif de préférence.
Dans cette vue, je désirerais encore qu'il fût possible
d'obtenir de l'obligeance de quelqu'un des habitans de
Roanne, des chevaux de maître qui viendraient m'at-
tendre à Saint-Germain-Laval, et qui éviteraient la pu-
blicité des chevaux envoyés par le maître de poste ; et
auxquels, cependant, il faudra bien avoir recours, si
l'on ne peut faire autrement.
Je ne prévois rien en ce moment qui puisse déranger
ce projet, à moins que l'arrivée de M. le lieutenant-gé-
néral , comte de Hardgg, qui commande la division can-
tonnée dans les deux arrondissemens de Montbrison et
de Saint-Etienne, et que l'on vient de m'annoncer pour
demain, ne soit dans le cas d'y mettre obstacle, ce dont
j'aurais soin de vous instruire par le courrier du lundi,
et ce qui ferait faire une course inutile aux chevaux que
je vous demande.
En attendant, je ne puis que vous recommander de
chercher à suivre, autant que les circonstances vous le
permettront, le système que j'ai adopté pour ma propre
conduite, et qui doit être un terme moyen entre une
résistance trop évidente et trop prononcée, et une dé-
férence trop facile et trop timide. Je viens d'en éprouver
l'effet, lorsqu'enfin me trouvant trop vivement harcelé
par les lettres et les menaces du commissaire autrichien,
que ma première impassibilité désolait, j'ai pris le parti
de lui écrire la lettre dont je joins ici la copie, ainsi
que d'une autre qui peut vous donner des renseignemens
utiles, et qui vous prouvera que , tandis qu'on m'accu-
sait à Roanne d'indifférence, et peut-être de partialité,
je n'étais occupé ici qu'à défendre avec la même cha-
(44)
leur les intérêts communs , au risque même de com-
promettre ma personne et ma sûreté. La garnison qu'on
devait m'envoyer le lendemain, c'est-à-dire , hier, n'est
point arrivée; les otages qu'on annonçait vouloir prendre
sont restés tranquilles , et c'est en tenant tête à l'orage
que je suis parvenu à le conjurer. Il faut donc, sur
toutes choses, chercher à gagner du tems, user de tous
les moyens dilatoires, et disputer le terrain pied-à-pîed,
en se gardant toutefois de l'apparence d'une opiniâtreté
calculée et trop sensible , qui pourrait, en agissant, pro-
voquer des mesures de rigueur.
Recevez, etc.
Montbrison, le 2 septembre 1815.
Monsieur le Préfet,
Je pense que vous avez déjà reçu do l'intendance gé-
nérale de Lyon, l'avertissement d'une réquisition en sel,
frappée sur le département pour le camp de Lyon; M. le
gouverneur général, en me la rappelant par sa lettre du
50 août, m'enjoint de lui répondre courrier par courrier,
et de lui marquer qu'elle est la résolution que vous avez
prise à cet égard; savoir si vous la fournirez en nature
ou si vous la fournirez en argent. Dans ce dernier cas,
il me prévient que cette livraison est faite à Lyon par
des entrepreneurs, à raison de 55 fr. le quintal métrique.
En conséquence, M. le préfet, pour satisfaire au désir
de M. le gouverneur général, faites-moi le plaisir de me
marquer tout de suite quel est celui des deux partis au-
quel vous désirez vous arrêter, dans l'intérêt du dé-
( 45 )
partement, pour que je puisse faire parvenir votre ré-
ponse par le courrier d'aujourd'hui, à midi.
Agréez, etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé LEHMANN.
A Son Excellence Monseigneur le Ministre de la Guerre.
Moutbrison, le 3 septembre 1815.
Monseigneur, j'ai eu l'honneur d'adresser par le der-
nier courrier, à Votre Exc., le tableau des énormes ré-
quisitions dont mon département était frappé, par suite
de son occupation par les troupes alliées, et des de-
mandes multipliées, en tout genre, de fournitures que
renouvèle à chaque instant un commissaire autrichien.
Je crois devoir vous rendre compte aujourd'hui d'une
légère altercation que nous avons eue à l'instant avec
le général, major autrichien Bretschneider, au sujet
de trois hussards français qui se sont rendus ici avec
armes, bagages et chevaux, sous prétexte de se rendre
à leur domicile, mais en effet, pour déserter et vendre,
ou céder leur équipement. J'avais même été prévenu
qu'ils étaient entrés en marché pour leurs chevaux, et,
comme tous ces effets appartiennent au gouvernement,
et que les ordres et instructions de Votre Exc. nous pres-
crivent de les retirer à l'instant du licenciement, j'avais
cru devoir autoriser M. le commandant de la gendar-
merie à arrêter les trois hussards, que j'étais d'autant
plus fondé à regarder comme déserteurs, qu'ils n'étaient
(46)
porteurs d'aucuns papiers, d'après le rapport qui m'en
avait été fait.
Cependant le général autrichien s'est plaint vivement
de leur arrestation, comme empiétant sur les droits de
son autorité, bien qu'il me semble que leur qualité de
français dût les maintenir dans ma juridiction, et j'ose
supplier Votre Exc. de vouloir bien m'envoyer une dé-
cision à cet égard, afin d'éviter toute discussion et toutes
difficultés semblables pour l'avenir.
Je suis, etc.
Montbrison, le 3 septembre 1815
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous prévenir que mardi prochain ,
au matin, je partirai pour Roanne, à l'effet de voir par
moi-même, 1.° à quel point en sont les réquisitions en
denrées, pour le camp de Dijon , et en habillemens, dont
je vous ai entretenu dans mes lettres du 31 août der-
nier, n.os 7 et 10; 2.° pour en activer les versemens aux
époques déterminées, si M. Sheter, général comman-
dant à Roanne , ne l'a déjà fait au désir des instructions
qu'il a reçues à cet effet.
J'aurai en conséquence besoin, M. le Préfet, que vous
m'indiquiez quels sont les fournisseurs ou les membres
de la Commission que vous avez chargés de ces différens
services, pour que je puisse y avoir recours à mon ar-
rivée 6 Roanne.
Agréez , etc.
Le Commissaire du Gouvernement,
Signé Chevalier LEHMANN.
( 47 )
A Son Excellence le Ministre de l'Intérieur.
Montbrison, le 3 septembre 1815.
Monseigneur, j'ai eu l'honneur d'adresser, par le der-
nier courrier, à Votre Exc., le tableau des énormes
réquisitions dont mon département était frappé, par
suite de son occupation par les troupes alliées, et des
demandes multipliées, en tout genre, de fournitures que
renouvelé à chaque instant un commissaire autrichien.
J'avais déjà eu l'honneur de mander à Votre Exc. que,
par un premier projet et un premier ordre de marche ,
dont il m'avait été fait part, mon département avait dû
d'abord n'être occupé que par un corps de troupes alliées
dépendant de l'armée aux ordres de Son Exc. M. le
baron de Frimont, mais que, par l'invasion subite et
inattendue d'un corps dépendant de la grande armée du
Rhin, aux ordres de S. A. le prince de Schwarzemberg,
l'arrondissement ne Roanne se trouvait occupé par des
troupes qui appartiennent à une armée différente. Cet
état de choses me paraît en contravention formelle à
l'article 2 de la note officielle remise le 25 juillet der-
nier à Son Exc. M. le prince de Talleyrand, par les mi-
nistres des puissances alliées , lequel article porte expres-
sément que les départemens seront partagés entre les
différentes armées, de manière à ce que chacune d'elles
ait un rayon, et que par conséquent, dans le même dé-
partement , il n'y ait que des troupes de la même armée.
M. le chevalier Lehmann , commissaire du gouverne-
ment autrichien, ayant renouvelé et multiplié les de-
mandes et les réquisitions pour les trois arrondissemens
( 48 )
du département de la Loire, de manière à ce que la
valeur d'achat en excéderait aujourd'hui quinze cent
mille francs, outre les charges journalières de la subsis-
tance des troupes, j'ai donc cru pouvoir répondre aux
menaces qu'il dirigeait contre moi, par une protestation
basée sur l'article de la note officielle que je rappèle à
V. E., et dans les termes qu'elle trouvera consignés dans
la lettre dont je joins ici la copie.
Du reste, Monseigneur, notre position devient de jour
en jour plus critique et plus menaçante, et l'autorité du
Roi paraît devoir être bientôt méconnue par les chefs
et les commandans autrichiens, dans la personne de ceux
que Sa Majesté en a rendus dépositaires. Il est évident
que toutes ces réquisitions en nature, en denrées , en
effets, etc., ne sont qu'un jeu pour éluder la défense
de percevoir des contributions en argent. Mais quel re-
cours reste-t-il à un administrateur contre la force, et
quel argument peut-il opposer à des baïonnettes qui se
tourneraient aussitôt contre les malheureux habitans que
son devoir et son désir sont de protéger, et qu'une fa-
tale et impérieuse nécessité le force à tourmenter pour
leur éviter de plus grands maux. Monseigneur, j'ai le
coeur brisé de tout ce que je vois, de tout ce que j'en-
tends], peut-être même de ce que je fais, si pourtant ma
volonté y entrait pour quelque chose. Mais enfin, ne con-
viendrait-il pas que je susse à quel point je dois m'ar-
rêter , et si, cessant d'être l'agent fidèle, le serviteur
dévoué du meilleur des Rois , je dois perdre mon ca-
ractère pour devenir l'exécuteur des hautes oeuvres des
alliés.
Je crois avoir eu l'honneur de mander à V. E. que
j'avais envoyé à Lyon deux commissaires pour traiter ,
( 49 )
dans l'intérêt du département, d'une réquisition en den-
rées destinées pour l'approvisionnement d'un camp qui
doit se former entre Lyon et la Verpillière. Quant aux
autres réquisitions en toiles, draps, peaux de veau, cha-
peaux, plumes de coq, etc., j'attends avec une vive
impatience la note et la circulaire de LL. EE. les mi-
nistres des puissances alliées que la commission royale
devait m'envoyer, et qui ne m'est point parvenue. Mais
Votre Exc, daignerait-elle faire part à S. A. M. le prince
de Talleyrand de la considération qui m'est particulière,
et du moyen qu'il serait possible d'en tirer en faveur de
mon département, par la disposition de l'art. 2 de la.
note officielle du 25 juillet dernier.
Je suis, etc.
Monsieur le Commissaire du Gouvernement de S, M.
Impériale Autrichienne,
Montbrison, 4 septembre 1815.
(1) Ensuite des ordres que j'ai reçu du gouverneur gé-
néral en date du 2 septembre je vous soumette M. le
préfet la note de tous les effets d'habillement que ce dé-
partement de la Loire doit fournir complètement en
quatre terme de vingt quatre heures en vingt quatre
heures à recevoir de la présente ordonnance qui doivent
(1) M. le commissaire autrichien n'avait pas sans doute trouvé sous
sa main le secrétaire qu'il employait habituellement, lorsqu'il écrivit
cette lettre dont le style et l'orthographe sont exactement figurés.
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