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COUP-DOEIL
1APIDE
SIXK VIENNE.
I .,
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f • V* : -.-.tr ¿t' L.1 - (
(1 : -" -.l
COUP-DOEIL
RAPIDE
SUR VIENNE.
SUI V l de la Lettre d'un Officier
Supérieur de la Grande Armée,
contenant un précis des opérations
: militaires qui ont fait tomber cette
Capitale au pouvoir des Français.
PARIS,
CHEZ
SOL VET , libraire, rue des Noyers, N*. 4-3.
MICHEL, rue du Coq, NO. 13.
I 80 5.
f
1 -,- < 1
©
AVIS DE L'ÉDITEUR.
LA description de Vienne que
nous offrons au public , date de
décembre 1800, époque à la-
quelle elle parut insérée pour
la première fois dans un des
numéros du Nord Littéraire,
du professeur Olivarius ; c'est
assez donner à entendre qu'elle
est une des plus récentes que
nous ayions dans notre langue.
Il nous eut été facile , afin de la
rendre plus complète, de la ren-
forcer de beaucoup de passages
pris d'ouvrages sur l'Allemagne,
nouvellement publiés , tels que
ceux de Townson, de Guibert
et de l'auteur de l'Abrégé des
Voyages en Europe ; nous nous
en sommes au contraire abs-
tenus soigneusement, parce que
y
ce& ouvrages, déjà fort connus,
ont sans doute acquis un nouveau
degré de célébrité, depuis les
glorieux évènemens qui ont mis
Vienne en notre pouvoir. Il nous
suffisait, à la rigueur, que l'Essai
sur Vienne d'Olivari us offrît un
assez bon nombre de détails et
d'observations omis par les au-
teurs que nous venons de citer.
Nous n'avons pas cependant né-
gligé l'occasion de l'augmenter,
lorsque nous avons cru pouvoir
le faire avec fruit. Les notes que
nous avons ajoutées en sont la
preuve ; elles sont extraites en
très-gran de partie de la trad tiC-:=:
tiori italienne. d'une lettre espa-
gnole du savant abbé Andrès sur
la littérature de Vienne ( i ),
(i) Lettera dell abate Andrès sulla Littor
ratura di Vienna, tradotta dallo spagnuolo
iij
dont on n'a point de version
française. Il n'existe peut-être
rien de plus complet sur les éta-
blissemens de cette ville relatifs
aux sciences, aux belles-lettres ,
et aux savans qui les dirigent.
Nous devons convenir encore
que nous sommes redevables de
deux morceaux très-importans,
l'un sur l'arsenal de Vienne ,
l'autre sur la société qui se réunit
chez les grands dans cette capi-
tale , à l'auteur de lettres fort in-
téressantes sur un voyage à Cons-
tantinople, qui parut en l'an 8 ,
et dont le titre, relativement à
l'Allemagne, ne présentait rien
qui put réveiller la curiosité du
nell' italiano , e cosredata di varie interes-
santi aggiunte dal dott. Luigi Brera. Vienna,
nella s Camperia d'Alb. A. Patzowsky, 1795,
in-12.
iv
plus grand nombre des lecteurs;
ces détails man quaient à l'esquisse
d Olivarius, il n'avait fait qu'en
indiquer la place : c'est une
bonne fortune pour nous d'avoir
trouvé l'occasion de la remplir
aussi bien et à si peu de frais.
Enfin, nous aimons à penser
que ces accessoires joints à quel-
ques transpositions que Tordre
et la juste distribution des ma-
tières nous ont paru nécessiter
dans l'ouvrage du professeur al-
lemand, déjà très-digne par lui-
même d'être reproduit sous fer
yeux du public , ne peuvent
qu'ajouter à l'intérêt dont if est
aujourd'hui devenu susceptibles
1
COUP-DOEIL
RAPIDE
SUR VIENNE.
» (
/X/X/X/X/X/X^V/X/X/V>/*/X/W
VIENNE semble aspirer à la primatie
des grandes villes de l'Europe, tant il
s'est agrandi depuis le milieu du der-
nier siècle ; sa forme, en y comprenant
ses vastes faubourgs, l'a fait comparer,
avec assez de justesse , à une hirondelle
qui aurait les ailes d'un aigle (i). On
(i) L'abbé Andrès, dans sa lettre indiqùée, dans
l'avertissement , usant d'une autre comparaison ,
trouve, que cette capitale. ressemble à laplanette de
Saturne, dont l'anneau serait représenté par les fau-
bourgs; comparaison d'autant plus juste, ajoute-t-^ ,
qu'il existe précisément, entre Vienne et ses fau-
bourgs, le même intervalle que celui qu'Bcrschell
établit entre Saturne et son anneau. Seulement cet
anneau matériel serait beaucoup plus grand que celui
de l'astre dont il est question.
( 2 )
comptait, en 1796, 1397 bâtimens dans
la ville seule , 5102 dans les faubourgs.
Beaucoup de ces derniers occupent un
grand emplacement, et sont d'ailleurs
séparés par des jardins spacieux ; il
restait à cette époque une quantité con.
sidérable de terrains vagues.
La ville est coupée par le Danube,
mais cet avantage est acheté parquelques
inconvéniens. Lorsque les ruisseaux
qui descendent des montagnes s'enflent
subitement par la fonte des neiges et
des glaces, ils font déborder le fleuve,
qui inonde quelques fois une partie des
faubourgs , jusqu'à une grande hau-
teur ; c'est alors que la vigilance *>t la
bonté de la police est sur-tout remar-
quable. Il est difficile de se faire une
idée de toutes les précautions, de tous
les moyens qu'elle emploie pour la con-
servation et le soulagement des familles
que cet accident menace et maltraite
en effet.
On présume volontiers que le voisi-
( 3 )
nage de ce fleuve donne lieu à beau-
coup de parties de plaisir , qui ne
peuvent être que très-agréables, prin-
cipalement le long de la forêt du Prater ;
mais ces sortes d'amusemens ne sont
pas communs, si ce n'est certains jours
de fête : on se borne en général à re-
cueillir les avantages qu'offre ce beau
fleuve, pour le transport des marchan-
dises et les divers approvisionnemens.
Vienne est l'une des moins belles
capitales de l'Europe. Aucune décora-
tion extérieure. n'y arrête les regards ;
les rues qui se croisent çà et là, de la
manière la plus irrégulière , ne sont ni
nivelées ni alignées ; elles sont sales ,
bordées de trottoirs , qui se trouvant de
niveau avec les pavés, ne servent qu'à
le rendre glissant. Dans plusieurs d'en-
tr elles , l'affluence n'est guères moins
grande que dans celles qui avoisinent
le Pont-Neuf, à Paris, et le coup-d'œil
quelles offrent, est beaucoup plus
higarré. Turcs , Raitzes, Polonois ,
( 4 )
Hongrois, Croates, Cosaques, Kal-
mouks, s'y mêlent sans aucunement se
confondre , avec la tourbe épaisse des
naturels qu'on voit filer, les rues avec
un flègme et une tranquillité tout à fait
remarquables. Non loin du centre ,ilen
est une en forme de pont jette , à
travers une autre rue ( nommée le
Fossé-Profond ) ; de sorte que les voi-
tures qui passent dans la première, se
trouvent quelques fois précisément au-
dessus d'un autre équipage dans la
seconde ; spectacle vraiment singulier
qui pique toujours la curiosité du voya-
geur. Ces hommes et ces voitures qui
défilent sans cessé , vous rapellent les
canaux creusés en Angleterre et en
d'autres pays de l'Europe , lesquels
passant sur une rivière, offrent souvent
le coup - d'œil d'un vaisseau navigant
sous un autre vaisseau. Il n'y a guère,
dans cette métropole, qu'une seule rue
qu'on puisse dire très-belle ; elle est
formée par une suite de palais magni-
( 5 )
fiques, bien alignés; aussi l'apelle-t-on
la rue des Seigneurs.
Les places, les théâtres, les temples,
tout est barbare à Vienne, pour des
sens formés dans la patrie des Bernin
et des Michel - Ange. Le château ,
résidence de la cour, située au milieu
de la ville, n'est qu'un grand quarré
sans ordonnance , sans débouché ;
mais en récompense , l'arsenal est
un des plus beaux qu'il y ait, et cela
doit être chez un peuple , que de vastes
épaules, des poignets vigoureux, des
mains larges, appellent plutôt à ma-
nier le mousquet, que la palette et le
ciseau. On ne voit que du fer ; quatre
immenses bâlimens encadrent la cour:
on y arrive entre deux cents pièces de
canons , dont il y en a quatre turques,
placées aux coins du quarré. Tous les
ornemens de cette galerie sont des ins-
trumens de guerre, ce sont des colonnes
cannelées, des colonnes torses, des ai-
gles figurées sur le plafond, des écus-
(6)
sons, des boucliers, des fortifications,
des tours, des remparts ; tout cela est
d'une patience et d'un travail unique.
Les matériaux sont des lames d'épée, de
sabre ; des hampes de lance , des fers de
hallebarde, des poignées, des platines,
des canons , des montures de fusil : on
ne voit ni boiserie ni muraille. Tous les
princes de la maison d'Autriche y sont
représentés armés de toutes pièces, de-
puis Rodolphe de Habsbourg, en 1273,
jusqu'à Marie- Thérèse, reine de Hon-
✓ grie, qui est à cheval. On voit le tro-
phée d'armes de Mathias Corvin ( 1 ) ;
celui de Godefroy de Bouillon ; sa
cotte d'armes , son bouclier, et au-
dessus le feûtre écarlate, surmonté
d'un petit globe d'or, avec lequel il est
entré dans Jérusalem, ne voulant pas ,
par humilité, porter la couronne royale.
(i)Roi de Hongrie et de Bohême, l'un des héros
du i5œe siècle. Il prit Vienne à Frédéric III, qui ne
put désarmer son vainqueur qu'en lui cédant la
Basse-Autriche. -
( 7 )
Mais ee qui inspire encore plus d'inté-
rêt, ce sont les dépouilles de Gustave
Adolphe, tué à la bataille de Hutzen ,
en 1632. On ne peut voir, sans atten-
drissement , cette soubreveste de buffle
attachée avec des boutons de fil blanc,
percée de part en part ; la moitié de
son chapeau noir, sans retroussis, est
emporté d'un coup de feu à l'endroit
du crâne. Ce simple vêtement est tout
ce que les Impériaux purent arracher
de ses dépouilles ( i ). -
La ville étant fortifiée, les habitations
- (i) Enfaveur de ceux (et il en est beaucoup de cette
trempe ) pour lesquels un simple relevé d'inventaire
est bien autrement intéressant que les plus belles
descriptions des voyageurs, descriptions en général
dont ils croyent d'autant plus devoir se défier, qu'elles
sont plus pompeuses; nous ajouterons l'extrait suivant
du vingt-troisième bulletin de la Grande Armée :
» D'apfès le relevé de l'inventaire général, on a
trouvé dans l'arsenal de Vienne io5o canons de cam-
pagne; 276 canons de siège; 144 obusiers; 472
mortiers ; 160 bombes de différens calibres; 52,000
obus; 600,000 boulets; 35_,3o@ fusils de.nouveau mo-*
dèle garnis en cuivre; 15,986 de vieux modèle *
( 8 )
sont singulièrement rétréci es. Il est rare
qu'une maison entière soit occu p ée par
un seul individu, parce que le second
étage du plus grand nombre d'entr elles
appartient à l'empereur, par l'effet
d'une concession de la part des habitans,
qui achetèrent à ce prix la faveur de
posséder leur souverain au milieu d'eux.
Ces seconds étages sont donnés, par la
Cour, à ses employés et ses commen-
saux; cela fait partie de leur traitement,
et devient une augmentation réelle de
revenu pour le fisc.
Quant aux fortifications, elles ne ser-
vent, à vrai dire, qu'à faire payer des
droits de péage sur les ponts, passé le
'soleil couché; les habitans même sont
soumis à ce droit. Que l'on joigne à
p,ouo fusils de remparts, de paysans et de diverses
es.pcces ; 23,000 carabines de hussards ; 23,ooo pis-
tolets; 1 8L)000,000 de pierres à fusil; 2126 quintaux
de plomb et balles; 1800 quintaux de fer en barre;
900,000 cartouches confectionnées ; 600,000 quin-
taux de poudre. On a pris en outre, sur la rive gauchç
du Danube 80 pièces de canon et 200 caissons »,
(9 )
cette considération , celle du revenu
- èonsidérable que leur enceinte procure
aux propriétaires rdes maisons de la
ville, on se persuadera facilement que
malgré leur inutilité pour sa défense ,
et l'obstacle qu'elles présentent à sa
splendeur, elles ne seront pas de sitôt
détruites.
La seule promenade qu'on trouve
dans la ville, en ne comptant pas celle
du bastion;, qui n'est fréquentée que
dans l'été, c'est le Graben : elle s'étend
le long des trotoirs d'une place qui n'a
de commun avec la place de St.-Marc,
que de rassembler les,désœuvrés , les
argus dè la" police, et des légions de
ces malheureuses créatures qui ne tont
d'autre métier que l'infâme trafic de
leurs charmes.
Quoique la villç s'embellise tous les
jours, on peut.prédire qu'elle ne sera
jamais parfaitement belle. Les fau-
bourgs sontbâijfe sur un meilleur plan,
et auraient de l'élégance si les bàtimens
( 10 )
qu'on élève étaient plus grands (i), et
d'une architecture plus riche; la plupart
des rues sontlarges et régulières ; elles
sont principalement occupées par des
manufacturiers et un grand nombre
d'ouvriers. Malheureusement, la proxi-
mité de la capitale présente beaucoup
dinconvéniens pour cette classe d'indi-
vidus. Placés si près du luxe et de la
corruption, ils perdent rapidement leur
argent et leurs mœurs. Ils conserve-
raientmieux Tunetrautre dans les petites
villes , qui n'ont pas généralement la
population que comportent la bonté du
climat et la fertilité du sol. Ces fau.
bourgs sont bâtis à six cents pas aux
environs de la ville, à cause des forti-
fications. La superbe plaine qui se
trouve entre Vienne et Léopoldstadt,
est bordée de casernes ; car il y a tou-
(i) Cela vient de ce. que les propriétaires des fau-
bourgs, qui ne sont pas exempts de la concession du
second étage , n'en donnent le plus souvent qu'un à
leurs nouvelles constructions.
( 11 )
jours à Vienne quatre ou cinq régi mens
en garnison; ces casernes étaient autres-
fois de beauxmonastères, que Joseph II
a trouvé plus à propos d'employer à un
usage tout opposé.
D'APRÈS la situation topographique
de Vienne, on serait, au premier coup-
d'œil, tenté de croire que la tempéra-
ture y doit avoir un haut degré de
chaleur : c'est à-peu-près la latitude
d'Orléans ( 1 ); mais on a déjà remar-
qué que plus un pays est situé vers
l'orient, et plus, par cette raison même,
il est froid: Vienne d'ailleurs , en-
touré de montagnes ou de hautes col-
lines , sur lesquelles les neiges et les
glaces s'entassent et se conservent long-
tems, n'éprouve de vives chaleurs que
pendant une couple de mois, tandis
qu'en hiver le froid devient très-vif.
La chaleur même est tempérée par
(t) Vienne est au 481Ile degré 12 min, ; Orléans au
47me degré 54 miri.
( 12 )
des vents fréquens, et quelquefois très-
pénétrans. La réponse des Viennois'aux
Italiens qui s'en plaignent, a passé en
proverbe : Vierina e ventosa o veneno-
sa; Vienne est venteux ou venimeux,
disent-ils aux Lombards , à ces bons
Milanais qui se sont réfugiés chez eux,
et qui regrettent un ciel pur et serein,
un air presque toujours calme , un
climat chéri du ciel.
L Si l'on y souffre moins du froid que
dans quelques autres contrées où il n'a
guère plus d'intensité, c'est qu'à l'exem-
ple des peuples voisins, tels que les
Hongrois, les Polonois, et même les
Grecs etles Turcs, on est dans l'usage de
se vêtir d'une pelisse aux premières fraî-
cheurs et qu'en vrais allemands les vien-
nois se servent de poêles d'une gran-
deur, d'une qualité qui ne permettent
pas au moindre froid de se faire sentir.
Une des principales causes qui altè-
rent la santé des habitans, c'est l'impé-
tuosité des vents qui , outre les re-
( 13 )
froidissemens et les rhumes qu'ils oc-
casionnent , sèchent subitement un
terrain de craie et de chaux , en
enlèvent des molécules qu'ils insinuent
dans la poitrine, et y déposent ainsi le
le germe de la pulmonie. Un prompt
départ de la ville , est le plus sûr
remède, sur-tout pour un étranger.
Le relevé des pulmoniques qui meu-
rent annuellement dans ses murs *
est effrayant. Cette cruelle maladie
exerce il est vrai ses ravages dans toutes
les grandes villes ; mais nulle part elle
n'est plus funeste , en dépit de, tous les
efforts de lart.
Cependant , l'art de la médecine
est peut-être mieux cultivé à Vienne
que dans toute autre ville d'Allemagne.
On pourrait citer des preuves de la
perfection à laquelle l'ont élevé les tra-
vaux etles leçons de ceux qui s'y livrent.
Tous les jours, par exemple , il arrache
aux douleurs et à la mort une infinité
de ces victimes de la volupté, que tout
( 14 )
concourt à multiplier chez un peuple
sensuel, avide de nourriture, et que son
aisance met en état de se satisfaire. On
n'est que trop fondé à croirç que le
mal syphillitique est plus général à
Vienne qu'à Paris même. Eh! que peu-
ventles plus grands efforts de la science
et tout le zèle des médecins, pour extir-
per un fléau qui prend sa source dans
l'immoralité toujours croissante !
Moins meurtrière , quoique terrible
encore, est cette triste maladie que l'Eu-
rope ne connut pas- autrefois, et que
d'heureux essais tendent à rejeter de
son sein- La petite-vérole , en 1795
avàit enlevé jusqu'à 1,098 personnes.
On vient d'introduire la nouvelle ma-
nière d'inoculer. par la vaccine, et de
tous côtés on en attend les plus grands
avantages.
Le total de la population de Vienne
s'élevait, en 1795, à 231; 105 habitans,
donVia3i ecclésiastiques, 3,253noblps,
4,256 fonctionnaires publics, ou gens
( 15 )
vivant noblement, et 7,333 bourgeois
ou chefs de corporation.
Si la mortalité n'est point excessive
dans un pareil centre de population ,
où tout d'ailleurs semble concourir à
laugmenter, on doit l'attribuer sans
doute, et aux progrès de la médecine,
et aux soins paternels que le gouverne-
ment et même les particuliers pro-
diguent aux malades.
Parmi les établissemens qui leur sont
destinés, il faut mettre en première
ligne le grand hôpital, dont la direc-
tion est confiée au célèbre Frank ; on y
reçut, en 1796, jusqu'à 11,860malades;
on y a joint un musée pathologique.
Vient ensuite l'hôpital des femmes
enceintes; il reçut dans la même année ?
1,904 femmes, dont 111 moururent.
Les Petites Maisons renfermaient,
en 1790, 261 fous, dont 156 mâles et
io5 femelles ; il y entra l'année suivante
Igo individus, et il en sortit 122. Le
principal remède dont on fait usage
( 16 )
dans .cet hospice, est le régime etlabs-
tinence ; personne n'y est admis sans
apporter un état détaillé du traitement
suivi jusqu'alors à son égard, afin qu'on
puisse mieux juger de la cause, de la
nature et des progrès du mal.
Il y a un hôpital militaire, différens
hospices desservis par des religieux.,
et même un hôpital pour les Juifs. En
général, ces hôpitaux se distinguent
par leur propreté et la bonté du trai-
tement. 1
Vienne se glorifie d'une institution
bienfaisante à laquelle on ne peut rien
comparer, sinon les établisses en s faits
en faveur des pauvres à Hambourg.,
à Kiel, etc. ; c'est cette excellente et
fcage institution de Léopold, qui divise
les faubourgs en huit districts, dont
chacun a son médecin, son chirurgien ,
sa sage-femme, tous soldés par le gou-
vernement pour soigner les pauvres
dans leur domicile. Ces praticiens trai-
tèrent, en 1795, 19,820 malades, 4^4
( 17 )
moururent, et 623 fûrent envoyés à
l'hôpital ; cette institution fut reconnue
si salutaire, que l'année suivante on .fit
participer la ville à ses bienfaits. -
Il est encore un autre établissement
qui se rapproche de celui-ci, et qui est
formé pour les eu fans au-dessous de
ioans; en 17'95, i,g35 malades y furent
soignés, 113 seulement moururent.
Paripi ks ordonnances favorables à
la santé des habitans, et que de pareils
établissement supposent, nous en ci-
terons une , qui est bien digne de servir
de modèle aux autres pays, dans un mo-
ment sur-tout ou les grandes villes
s'agrandissent de plus en plus , c'est
celle du 13 mai 1796, par laquelle il
est défendu d'habiter un bâtiment neuf
avant que le physicien du district l'ait
examiné, et ait constaté qu'il a le degré
de sécheresse convenable. Une pareille
mesure de police semble être le comble
&e ra^^M^èt^de la vigilance.
-xes es est d'une modicité
2
( 18 )
qu'on croirait à peine. La Hongrie
fournit la viande, le blé et le vin en
abondance ; l'Autriche , le bois qu'on
transporte sur le Danube. et qu'on ne
peut guère exporter. Environ i 5o jar-
diniers cultivent dans les faubourgs de
vastes potagers ; ils n'ont peut-être pas
l'économie minutieuse de leurs con-
frères des environs de Paris; mais ils
connaissent toutes les ressources , on
dirait même les délicatesses de lart :
ils emploient pour les arrosemens une
longue pelle de bois faite tout exprès.
Grâces à leurs soins industrieux, les
légumes sont toujours à très-bas prix;
cependant, ils forment une classe aisée
dans la bourgeoisie ; ils se font aider
dans leurs travaux par les montagnards
de la Stirie, qui viennent régulièrement
pour cet objet tous les printemps. Or
avec le pain , le vin, la viande et les lé-
gumes ( i ) lhomme est suffisamment
(i) Une sorte de légatne, qu à Vienne on cultive
beaucoup, et qui assaisoune très-agréablement les
( 19 )
-uourri, et l'ouvrier peut ainsi se con-
tenter d'un salaire modique ; de sorte
que dans un pays qui tire abondam-
ment, de son propre sol, toutes les
denrées de première nécessité et les
principaux matériaux de ses manufac-
tures, il n'y a guère que le luxe sur les
marchandises des Indes qui force un
peu la dépense ( i ). La police veille
en même tems avec tant de soin à tout -
ce qui a rapport à la nourriture du
peuple, qu'il n'est pas rare que ses
agens rencontrant des personnes qui
viennent d'acheter de la viande , la
pèsent de nouveau en leur présence
pour en vérifier le poids. -
sauces, ce sont les pommes de paradis; (paradeis-
aepfel) il serait à desirer qu'on en adoptât la culture
dans le nord de l'Allemagne. 7 L
Qi ) Le bois aussi est à bon marché , du moins,
relativemeBt au prix de Hambourg et du Holstein.
Au reste, on commence à brûler à Vienne de 1%
tourbe, du charbon de terre qu'on tire des premiers
confins de la Hongrie, et enfin d'une tourbe factice,
dônt l'invnetion est dlle kM. Meidinger.
( 20 )
On doit dire encore, à la louange dit
gouvernement et des particuliers, qu'ils
ont toujours réuni leurs efforts et leurs
sacrifices pour empêcher la mendicité.
La maison des Orphelins nourrissait
au .commencement de 1797, jusqu'à
1479 de ces infortunes ; il y a de plus,
un établissement formé pour subvenir
aux besoins des vieillards, et des pères
de famille hors d'état de se procurer
lieur subsistance par le travail.
LES sociétés particulières , etles cer-
cles tant soit peu distingués , sont si
nombreux, que les cafés ne peuvent
être fréquentés , les cabarets le sont
d'avantage ; il n'est pas de ville où l'on
voie plus d'enseignes de cabarets et de
maisons publiques. Cela n'empêche pas
qu'à dix heures du soir, on remarque
déjà dans les rues une tranquillité, un
silence rares, à cette heure , dans toute
autre grande ville. Lorsqu'on se retire
plus tard, on fait un léger cadeau au
( 21 )
portier de la maison qu'on habile.
C'est surtout dans les faubourgs que le
soir à-dix heures on admire le calme
profond, l'entière solitude qui y régnent.
On né rencontre presque que le guet,
et le matin cependant l'on est point
réveillé de trop bonne heure. Vienne
offre à cet égard un contraste parfait
avec Naples, que les Allemands se plai-
sent à mettre en parallèle avec leur
capitale.
Un café digne de la curiosité d'un
étranger, c'est le café grec , dans le
faubourg de Léopoldstat. Cette maison,
située entre le Danube et la rue où
passent les voitures qui vont à la pro-
menade du Prater, est tellement fré-
quentée des Grecs ( fort nombreux à
Tienne ) , qu'entendant partout leur
langage , et voyant partout leur cos-
tume, on se croirait souvent transporté
au milieu de la Grèce : illusion qui n'est
pas sans agrémens pour ceux sur-tout
qui ont puisé les premiers élémens de
( 22 )
leur érudition dans les ouvrages classi-
ques de ce peuple célèbre.
Si l'on est bien dans les cafés ( 1 )..
Ton est très-mal dans les auberges;
lorsqu'on s'en plaint, les habitans s'ex-
cusent sur l'esprit d'hospitalité qui do-
mine parmi eux. En effet, indépendam-
ment de beauco.up de tables ouvertes,
on trouve plusieurs maisons où il est
permis de venir à toute heure du jour,
même jusqu'à minuit, et de prendre
part à tout ce qu'on sert à l'assemblée,
aussi bien qu'à la conversation.
Dans l'hiver, les poëles qui répan-
dent dans les appartemens une chaleur
-égale, ne rassemblent pas, comme en
France, autour des cheminées, mais
- multiplient les groupes répandus dans
le salon, ou lui donnent absolument l'air
d'un café : de grands valets en livrée
(i) Observer que pour avoir du bon café , on doit
demander du café double; on le paye en consé-
quence.
( 23 )
de toutes couleurs, apportent succes-
sivement des glaces, de la limonade,
de l'orgeat, des gauffres ; et des mar-
chandes , qui tiennent boutique au
milieu du salon, étalent des bijoux
pour ceux qui nont rien à dire , ou
qui veulent acheter les choses deux
fois plus quelles ne valent.
On ne rencontre que des croix et des
cordons, cordons rouges, rouges et
blanc, verts, noirs, clefs d'or à presque
toutes les poches ; car à Vienne avec
la clef on entre partout; la clef fait
d'un gentilhomme un chambellan ; les
femmes sont en cercle trente ou qua-
rante ensemble , ce qui rend leur
approche assez difficile.
On se voit avec aflluence les mêmes
jours et dans les mêmes endroits. Il
en résulte que, tQute nombreuse qu'est
la société, on y est aussi peu caché
que dans nos cercles de province, et
que toutes les intrigues se savent et se
remarquent.

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