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Coup-d'oeil statistique, philosophique et moral sur les cimetières du Père La Chaise, etc. , et sur les autres lieux célèbres par leurs monumens, poème, par Mr V.

De
31 pages
1823. In-8, 31 p., planche lithogr..
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COUP-D'OEIL
STATISTIQUE, PHILOSOPHIQUE
ET MORAL
SUR LES CIMETIÈRES
DU PÈRE LA CHAISE, etc.,
x r
SUR LES AUTRES LIEUX CÉLÈBRES
PAR LEURS MONUMENS;
POÈME ORNÉ D'UNE GRAVURE,
PAR Mr V.
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PARIS,
CHEZ LE CONCIERGE, RUE DE SEINE,N* 12,
HÔTEL DE LA ROCHEFOUCAJJLT.
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>8a3.
COUP-D'OEIL
STATISTIQUE, PHILOSOPHIQUE
ET MORAL
SUR LES CIMETIÈRES -
DU PÈRE LA CHAISE, etc.,
E V
SWR LES AUTRES LIEUX CÉLÈBRES
PAR LEURS MONUMENS;
-. POÈME,
-
FAUT Y.
PARIS,
CHEZ LE CONCIERGE, RUE DE SEINE, N. 121
BÔTEL DE AA RpcaEFOUeiULX.
l823.
IMPRIMERIE DE CHAIGNIEAU fiLS AlliE.
10
AVERTISSEMENT.
LE Cimetière de l'Est ou du Père La Cliaise,
qui fut autrefois une habitation de luxe, pré-
sente encore une ordonnance qui ne se fait pas
remarquer dans aucun autre cimetière ; tous
les bouquets d'arbres, servant à rendre ce lieu
plus pittoresque, ont été conservés. Les che-
mins sinueux, les tapis de gazons sous des
formes variées , de longues allées plantées de
tilleuls, les arbres verts, les berceaux de fleurs;
tout , en un mot, transporte l'imagination
hors de l'asile des morts y à moins qu'une dou-
leur fondée ou la vue d'un tombeau chéri ne
la reporte au but de votre visite dans ce lieu.
On regrette seulement que la nature glaiseuse
du sol rende difficile l'accès des parties élevées.
Le curieux qui veut avoir une connaissance
exacte de la topographie et des monumens de
ce vaste Cimetière en prendra une juste idée
dans le plan qui se voit en relief, rue de Seine,
n° 12 , hôtel de la Roçhefoucault.
L'HOMME meurt, se détruit : le pouvoir, la fortune
Ne peuvent l'arracher à cette fin commune (1),
Le vrai commencement de son éternité.
Le désir de passer à la postérité (2)
Elève son esprit, pour avoir son suffrage ;
H doit de vrais talens lui céder l'héritage,
Et ne compter pour rien ses amis, ses parens,
Car tout eîtgénéral s'oublie avec le temps.
Sans le cri de la presse, un son de renommée,
L'homme meurt tout entier, son nom vole en fumée.
(i) Par une fatalité universelle dont on ne peut s'affranchir, tout
change, tout dépérit ; les peuples les empires les plus puissans, les
monumens les plus solides se détruisent et vont se perdre dans
l'abîme de l'oubli.
Les peuples policés ont reconnu un Dieu suprême etTimmorta-
lité de l'âme. Les païens, éclairés par les seules lumières naturelles,
assignaient aux âmes après la mort l'élysée et le tartare.
(a) Cicéron dit dans un de ses ouvrages philosophiques :
Il Quid procreatio liberorum, quiæ propagatio nominis ,'
quid ipsa sepulcrorum monumenla , quid elogia signïficant, rtisi
nos fulura etiam cogitare ? 1)
Chez tous les philosophes quoiqu'ils aient varié sur tes prin-
cipes , on a remarqué le même désir, soit en ne laissant aucun
effet sans en rechercher la cause, un phénomène sans en donner
l'explication , une erreur sans la combattre, un mal sans en cher-
cher le remède, et un bien possible eu doutant d'y atteindre..
( 6 )
Honneur, respect aux morts ! dans ce grand univers,
Tel fut le sentiment de ses peuples divers.
Ces masses de. tombeaux à la face du monde (1)
Prouvent qu'ils ont compté sur une paix profonde.
Après avoir bravé le temps et les humains,
Ils verront écrouler tous les contemporains.
La persuasion que leur âme immortelle
Reprendrait après eux une forme nouvelle
Les leur fit élever en fondant le bonheur -
De jouir en mourant d'un avenir meilleur.
Malheur à tout mortel, s'il n'a la prescience
Qu'il survit après lui l'être d'ÎnteIJigence;
Cet être, c'est notre âme, et la vie un rideau
Qui cache le sentier qui conduit au tombeau.
(i) Il existe des monumcns qui servent à constater l'antiquilé
reculée de certains peuples qui précèdent toutes les époques con-
nues et tous les livres , ce sont les prodiges d'architectnres, comme
les pyramides et les palais d'Egypte, qui ont résisté aux ravages
du temps. Hérodote, qui vivait il y a deux mille trois cents ans et
qui les avait vus, n'avait pu apprendre des prêtres égyptiens dans
quel temps on les avait élevés.
Il est difficile de donnera la plus ancienne des pyramides moins
de quatre mille ans d'antiquité; mais il faut considérer que ces-
efforts de l'ostentation humaine n'ont pu être commencés que long-
temps après l'établissement des villes. Les rois d'Egypte.., pour
occuper les loisirs de leurs esclaves, les ont fait exécuter à grands
frais. L'idée de la flamme qui à'effile par la pression de l'air en
détermina la forme.
(7)
PÈRE LA CHAISE (i).
Dans ce monde connu quel architecte habile
Peut ailleurs imiter le plan de cet asite ?
Quelle riche bordure ! un ciel serein et pur
Couronne ces côteaux d'un horizon d'azur ;
Les lointains, dominés par des bois, des montagneS:,
S'élèvent en gradins sur les basses campagnes* -
La Seine, en arrosant ces sites délicieux,
S'éloigne avec regret étalant à nos yeux
Ses ports et ses chantiers > des palais, des prairies :
On a peine à quitter des rives si fleuries;
Assis près du tombeau de l'immortel Perrier (2),
On lui demande l'eau qu'on vit dans ce quartier.
(1) Le choix d'un terrain propre à un cimetière n"est pas indif-
férent; il faut reléguer ses maléfices dans les plus hautes régions
de l'air. Le cimetière de l'Est, autrement dit du Pèfc La Chaise.,
réunit tout les avantages. Cet enclos, situé sur le sommet des col-
lines de Belleville, est consacré depuis le commencement du siècle
à la sépulture. On est étonné de ne pas y éprouver cette impres-
sion triste qui s'empare insensiblement des sens lorsque nons nous
trouvons dans un cimetière. Paris, cette grande capitale, est toute
entière sous les yeux du spectateur; et ce qui peut le détourner de
l'admiration de ses édifices, c'est la pensée réelle qu'à chaque
heure de la journée il en sort un de ses habitans pour être
inhumé.
(2) M. Perrier importa en France les pompes à feu, il les per..
fectionna, et fit couler les eaux de la Seine dans tous les quartiers
de Paris.
( 8 )
Le premier pas qu'on fait dans tous nos cinlelières(l)
Où l'on pense trouver sur les tombes des pierres,
On est fort étonjié du luxe des tombeaux ;
Ils peuvent égaler les monumens royaux
Par le fasle imposant de leur architecture
Et le goût varié de chaque sépulture.
On pourrait présumer dans un premier coup-d'oeil,
Qu'ils sont pour les vivans un théâtre d'orgueil.
Un saint respect aux morts repousse cette idée;
A ce pieux usage une terre cédée
Conserve dans la paix les plus simples tombeaux,
Et des religions protège tous les sceaux (2).
(1) L'an. 1675, le père La Chaise fut nommé confesseur de
Louis XIV. Le roi, par affection pour lui, donna des ordres pour
reconstruire la maison sise dans l'enclos du Mont-Louis, et lui
donna cetjLe retraite. Après sa mort, Mont-Louis devint la maison
de campagne des jésuites, et fut vendu , lors de la destruction de
cet ordre en 1765, pour payer leurs créanciers. Enfin cet enclos,
qui vient d'être. agrandi, a été acheté par le département de la
Seine, et porte le nom de cimetière de l'Est. 1
(2) J'ai été un jour témoin du rite juif dans les funérailles. Le
corps descendu du char funèbre fut porté dans une salle pour le
purifier. Cette cérémonie se fit en le lavant d'abord avec de l'eau
tiède, en lui enlevant avec le rasoir les cheveux et le poil; ensuite
on le revêtit de la chemise dont les israélites se couvrent dans
leurs temples au jour de la fête des expiations. Quand ces céré-
monies secrètes furent accomplies, le corps fut apporté par des
israélites dans un cercueil découvert et posé sur le bord de la
iosse, où l'on mit sous la tête du mort un petit sac de terre, puis
on l'y descendit.
( 9 )
Si le goût, le génie ont mis dans cet ensemble
Ce que la piété permet qu'on y rassemble
De ce faste nouveau, qui serait donc surpris ?
Tout est original, admirable à Paris.
De ce nouvel Eden , le Panorama vaste (1)
A l'œil observateur offre plus d'un contraste !
Le plus petit des points de ce fameux charnier
Est le tableau réel de tout le globe entier.
La scène qu'on y voit de minute en minute,
De la mort, de la vie, est la dernière lutte.
Mais parmi les tombeaux une âme sans remords
Ne voit rien d'effrayant dans le séjour des morts,
Et ne fait pas dépendre une vraie destinée
Du jouet des saisons, d'un jour ou d'une année ;
Car cette vie , hélas ! est l'instant passager
- Où l'âme de son corps pourra se dégager.
(i) Extrait d'un feuilleton du Journal de Paris en 1822 :
« J'ai profité d'une belle journée d'octobre pour aller faire un
tour au cimetière du Père La Chaise : il y a vraiment là plus
d'émotion qn'à l'Opéra. La contemplation, là surprise, la terreur,
le souvenir , les réflexions envahissent votre imagination, impri-
ment- à vos mouvemens une allure timide, silencieuse, et vous
ne pouvez suffire à la foule de pensées qui vous assiègent. Ici
l'orgueil et la vanité ont trouvé moyen d'introduire leurs privi-
lèges par-delà le tombeau : la fosse commune- est pour les pauvres;
ils y sont précipités pêle-mêle. D'autres jouissent cinq ans seule-
ment de cette sépulture; ils n'en sont que les humbles loca-
taires , etc. »
( 10 )
Dans cet amphithéâtre où la mort est empreinte,
Déjà par prévoyance on agrandit l'enceinte (1).
La génération y voit tout engloutir.
Combien d'autres encor viendront y abou tir !
Ce mont qui dans un temps futun fort pour la ligue(2),
A perpétuité est ouvert à l'intrigue;
Et quels que soient les corps d'une secte ou parti,
Sitôt qu'ils sont entrés, pas un n'en est sorti.
Au reste, que voit-on dans les trois sepultures (3) ?
Pourritures , lambeaux, lambeaux et pourritures y
On n'y reconnaît plus le pouvoir du plus fort;
On n'y connut jamais le culte du Veau d'or.
(i) La circonscription des fosses communes vient d'être agran-
die; elle comprend toute la partie basse à gauche de l'allée trans-
versale de tilleuls.
(2) Ce fut, dit-on, de cet endroit que Louis XIV, encore
enfant, vit le combat livré, le 2 juillet 1652 , au grand Condé y
alors chef des frondeurs , par le maréchal de Turenne , comman-
dant l'armée royale. Ce lieu , illustré par la présence du roi, fut
alors nommé Mont-Louis.
(5) Trois genres de sépulture ont lieu dans les cimetières :
] °. Les pauvres sont inhumés gratuitement dans des tranchées
profondes, nommées fosses communes, où les cercueils sont
placés les uns près des autres. Le terme de cinq ans suffit pour la
consommation des cadavres dans ce sol glaiseux. On les rouvre à
la fin de ce terme.
2°. La concession pour une fosse temporaire est de cinq ans,
terme où finit le séjour de la dépouille humaine. Les signes funé-
raires n'empêchent pas la reprise du terrain; mais on peut obtenir
leur translation dans des concessions à perpétuité.
5°. Dans un terrain cédé à perpétuité, l'acquéreur peut fonder
toutes formes de monûmens. -
( 11.)
Un concours journalier réunit dans ces lieux (1)
Des mortel s de tout sexe, amis et curieux,
Qui sous divers motifs remplissent leur visite.
L'étranger, attiré par la beauté du site.",
Admire tour-à-tour le luxe des tombeaux.
(Il pourra tous les jours en trouver de nouveaux). -
Un oisif très-souvent, à l'ombre des ténèbres,
Se plaît à critiquer les legendes funèbres.
Dans ce lieu de douleurs, censeurs, sots indiscrets,
De ces mânes sacrés respectez les secrets !
Peut-être d'un ami vous refoulez la cendre :
Du fond de son cercueil il peut fort bien entendre.
Mais livrons la critique au dernier des mépris;
Eh ! d'un vain quolibet serait-on donc surpris,
Lorsque sur cette terre onae voit que mensonge ?
Dans ce triste séjour que tout bon esprit songe -
Que l'éloge d'un mort, fait par un sot ami,
Est plus à redouter que le trait ennemi;
Mais l'ombre du cercueil repousse l'épitaphe
Où la saine raison ne met pas de paraphe.
(1) Des hommes de toules les nations, de toutes les rel igions se
rendent tous les jours dans ce vaste cimetière pour nourrir leur
cœur d'une douleur fondée sur la perte'd'un parent, d'un ami. On
en a vu plusieurs qui, dès la première visite, y ont acheté le
terrain pour leur dernière demeure. Les scènes les plus variées se
succèdent dans cette enceinte.
On y voit arriver à chaque heure du jour des personnes chargées
d'arbrisseaux, de fleurs, de couronnes pour orner les tombeaux
qui leur sont'chers. -
La foule curieuse parcourt en tous sens les allées, admire, cri-
tique, juge, et souvent quitte le sol de la mort sans y avoir
songé.
( 12 )
Je suis de l'œil les pas de ce bon artisan ;
Il vient de loin suivi de son fils vétéran;
Pour un pieux devoir tous deux fendent la presse;
Ils passent les tombeaux tous nuls pour leur tendresse
Pour arriver plus tôt au monument chéri,
Celui d'un ancien maître y on peut être attendri
Les voyant sans témoin méditer en silence,
Et ajouter les vœux de la reconnaissance.
Leur âme s'abandonne à ce demi-sommeil
Qui laisse voir au sage un chemin dans le ciel (1) ;
Sur sa tombe à genoux ils font une prière,
Ils inondent de pleurs et le sol et la pierre.
(1) Il semble qu'une voix mélancolique et tendre,-
Chaque jour, en ces mots , daigne s'y faire entendre i
« Le parent ou l'ami que vous avez perdu
u Habite un meilleur monde et vous sera rendu;
CI Il vit paisible, heureux. Privé de sa présence,
« Cônsolez-vous, sa mort n'est qu'une longue absence. n
LES TOMBEAUX.
L'homme de bien vit toujours dans.le cœur de ses semblables.
Les pauvres qu'il a aidés par ses secours et ses conseils témoignent
par les pleurs qu'ils répandent sur sa tombe la perte sensible
qu'ils ont éprouvée.

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