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Coup d'œil sur la société en général en 1792 : l'an premier de la République (Reprod.) / par J.J.H.*

De
116 pages
Impr. du cercle social (Paris). 1793. France -- 1789-1799 (Révolution). France -- 1792. 2 microfiches acétate de 98 images, diazoïques ; 105 * 148 mm.
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COUP-D'(EIL
SUR LA SOCIÉTÉ
EN GÉNÉRAL,
EN 1792,
L'AN premier DE LA république.
Pie J. J.
A PARIS,
Chez les Directeur» de l'Imprimerie du Cercle
Social rue du Théâtre-Français.
3.
L'AN II DE LA REPUBLIQUE.
AUX AMIS D2 LA VÉRITÉ,
SALUT.
Tout républicain doit compte à sa pa-
trie de ses facultés physiques et morales
S'il est fort, il doit porter les armes
S'ilestiloqucnt, il doit monter à la tribune;
S'il est réfléchi il doit écrire.
J'ai vécu long-temps et dans plus d'un
lieu né à la campagne près d'un gros
château, j'ai vu k vice à côté de la vertu
l'humble misère d c6tG de l'orgueilleuse opu-
lence. Venu à. Paris j'ai vu toutes lu
vertus et tous tri vices se marier ensemble*.
J'ai voyagé: dans les débris des esapires,
j'ai cherché des traces d'hommes, et je n'ai
trouvé que des os de saints, des statuts
de héros que des fanatiques et dot es-
claves.
Revenu dans une patrie, trop chère, hé-
las foi etté appelé auprès des grands
à la cour: j*y suis venu, et ne m'en suis
consolé que par l'occasion de terminer mes
observations sur toutes les branches de la
société.
Enfin, la grande catastrophe ut arrivée,
et .la vie m'a semblé un long poème dont
le bonheur général étott le dénouement. J'ai
pris les armes déja lourdes pour moi;
la papole. fatigante encore.
Mnfin, f'ai iracé m* pmttes fit si vont
pouvez me lire, chers concitoyens js serai
content.
d'abord lu à ma femme et à deux
omis ce que jc vous présente Us ont dit:
A'ous croyons que cela est bon parcc que
vuus êtes un honnête homme. J'ai ensuite
fait lire cet ouvrage par un ci-devant mrrr.
quis encore agent fidèle de la nation rv-
générée; il m'a dit Ce tableau crt bon d
montrer d de grands connaisseurs son
épouse a applaudi.
Un philosop he vertueux et grand peintre
m'a dcrit et dit des chose» flatteuses. Enfin,
un jeune écrivain bouillant de patriotisme,
pétillant de génie t m'a dit Imprimez
imprimez cet ouvrage; il est beau, il «<
bon; il sera utile il voyagera comrne vous
avez fait..
Il a donc étd imprimé il va donc être,
jugé s'il peut servir quelque chose
j'aurai rempli mes voeux j'arrras montré
mon coeur et ma pensée d. tous ceux qui me
liront. Ils m'estimeront peut-être et je,
verrai la vieillesse arriver avec peu de cha-
grin puisqu'il me restera l'espoird'employer
des matériaux ) en plus d'un genre que m4
jeunesse avoit amassés dans cette espérance»
Je suis, chers compatriotes
Votre frire et ami, J. J. jS*

COUP-D'OEIL
SUR LA SOCIÉTÉ
EN GÉNÉRAL.
DES siècles se sont écoulés
mais leur source est perdue dans
la nuit des tems d'autres siècles
s'écouleront, puissent ils être
éclairés par le flambeau de la vé-
rité L'heure est enfin venue où
les hommes et les choses ont ac-
quis un degré de maturité qui
( 2 )
les rend capables de se servir mu-
tuellement mais pour faire usage
du passé au profit de l'avenir
reportons notre imagination dans
les siècles reculés dans -ces
tems d'ignorance ou d'erreur qui
nous ont précédés.
Cherchons l'homme sortant
des mains de l'éternel et les
choses au sortir du chaos.
Peut-être la vertu et la vérité
sont-elles sorties aussi du grand
creuset qui engendra l'univers
ou bien ce résumé de toutes les
combinaisons est-il encore dans
les fourneaux de la nature.
Il n'importe pas à ce que nous
voulons savoir, que tout soit de
toute éternité., ou que Dieu ait
( 3 )
A a
pu exister long-temps sans ses
oeuvres; il n'importe pas que l'es-
prit soit indivisible de la matière
ou que l'un ne puisse exister
sans l'autre mais il nous est
très-important de savoir quels
sont les chemins par lesquels
les hommes sont arrivés à ce haut
degré de civilisation dont toute
la nature sembloit les éloigner
c'est pourquoi nous allons nous
transporter dans les temps et dans
les pays les plus éloignés
nous y verrons d'abord l'homme
nu' et presque seul, au milieu
des autres animaux sans honte
et sans frayeur parce qu'il n'a
pas encore offensé la nature.
Il vit des fruits que la terre lui
( 4 )
offre à chaque pas il jouit du
spectacle des cieux; mais il
désire partager sa vie et ses pen-
sées.. et trouve à ses côtés une
compagne. Il est heureux
parce que son esprit conçoit un
Dieu et que ses sens cornoissent
une femme; mais il a déja dé--
robé le feu du ciel et bientôt sa
vie va être troublée de soins et
de remords. Des enians vont
naître, des animaux vent mou-
rir le germe de tous les maux
va se développer. La douleur,
l'inquiétude la jalousie et la
vengeance, vont désoler le père
et diviser les enfans. l'un d'eux
est tranquille spectateur desbeau-
tés qui l'enyironnent l'autre est
c*>
A 3
tourmenté par sa force, et ne
peut laisser la nature en repos..
Il creuse la terre, il forge des ou.
tils, il bâtit des cabanes et ne
pardonne pas à son frère d'être
plus heureux que lui. il l'as-
sassine enfin s'il en faut croire
nos livres.. Mais ne fut-ce qu'une
fiction, elle est sublime. Voyons-
y le premier combat de l'homme
physique contre l'homme mo-
ral voyons-y les principes qui
ont perfectionné. l'espèce, en ty-
rannisant les individus. Une
partie du genre humain semble
sortir du sein d'Abel, et l'autre
des bras de Caîa une partie veut
jouir de tout, sans s'occuper de
rien et l'autre semble condam-
( 6 )
née à tout faire, et à être pri-
vée de tout. Delà. ces combats
éternels entre l'homme et l'hom-
me delà tous ces crimes dont
l'homme seul est capable. Fré-
missons mais poursuivons l'exa-
men.. 0
L'homme échappé des mains
du premier créateur ainsi que
l'enfant au sortir du sein de sa
mère étoit autant bien que Pal-
liage dont il est composé pouvoit
lé permettre. C'est donc par le
choc des élémens.que son corps
est brisé par celui des opinions
que son esprit est tyrannisé; par
celui des passions que son cœur
est flétri et enfin. par la so-
ciété, qu'il est malheureux ou.
( 7 )
A 4
criminel, ou dégradé. Lors-
qu'il étoit presque seul, au mi-
lieu des bois, il n'âvoit de désirs
qu'autant qu'il s'offroit de pos-
sibilités il n'avoit ni remords
ni regrets, ni craintes. Le lion
ne rugissoit point contre lui
parce qu'il ne s'armoit pas contre
le lion, pour lui ravir sa proie
les oiseaux voltïgeoient autour de
lui parce qu'il n'avoit point en-
core troublé leurs chants; l'a-
gneau paisible, et tous les ani-
maux enfin loin de lui faire du
mal, sembloient le reconnoître
pour leur chef. Ils étoient heu-
reux les uns par les autres.
Mais un être plus charmant que
tous les autres paroit au milieu
( 8 )
d'eux l'homme seul y reconnott
son semblable, et bientôt ne veut
pïus d'autre compagnie; il dé-
daigne la force du lion la dou-
ceur de l'agneau, et s'il écoute
encore les chants des oiseaux ce
n'est qu'avec distraction. On dit
même que pour plaire à sa com-
pagne, il lui apporta, un jour,
un nid dont les petits trop
foibles encore pour s'envoler y
moururent dans ses mains, et
que la mère lasse de voltiger à
l'en tour, tomba morte aux pieds
du couple trop heureux qui fris-
sonna pour la première fois.
Hélas sans doute ? ses accens
plaintifs attirèrent une partie des
autres animaux. Ils virent que
c'étoit l'homme et la femme qui
avoient fait cette cruelle action
et déjà mécontente leur indif-
férence pour eux ils s'éloignè-
rent en les maudissant.
Alors ? l'homme et la femme res-
tés seuls eurent le temps de se
lasser d'eux-mêmes; et de l'en-
nui ils passèrent à l'examen de
leur valeur réelle. La femme
dit tout bas mais cet être qui
m'a d'abord semblé si fort si
majestueux, n'est pas ce qu'il pa-
roit il est crantiî auprès de
moi, il se prosterne à mes pieds
il fait ma volonté. Si je pouvois
le captiver.encore davantage; car
enfin il fait encore des choses
qui me déplaisent; il parcourt
les montagnes à l'ardeur du so-
leil il passe une partie des nuits
à contempler les astrrs; il aime
peut-être plus que moi cet ani-
mal qui, seul, nous est resté fi-
dèle y et qui le caresse tant.
Elle s'endort, et rêve encore à.ce
qui l'occupoit.
Alors son compagnon arrive
chargé des^ fruits qu'il a-recueillis
pour la subsistance commune. Il
s'arrête un peu loin de sa com-
pagne. Grand Dieu s'écrie- t-il,
les yeux levés an ciel et les bras
tendus vers ce qu'il aime le plus,
je te vois dans tout ce qui est
au-dessus de moi ma pen-
sée s'envole dans ton sein tu
descends quelquefois dans le
( il )
mien! j'adore tout en t'ado-
rant je sens,que tu çs le tout dont
je ne suis qu'une foible partie
mais je m'égarerois dans l'im-
mensité, si tu n'avois pas dai-*
gné me créer un,autre moi-même,
que mes sens puissent palper
une autre image de toi que je
puisse adorer. Comme elle est
belle cette femme que tu m'as
donnée comme elle est douce à
mes yeux et à ma pensée Il
me semble voir un lys se reposer
sur sa tige courbée. Il me sem-
ble voir le croissant argenté
se balancer sur une colline éloi-
gnée Elle palpite et sem-
ble s'éveiller. Grand Disu
laisse-moi tomber dans ses bras..
C 12 )
il est temps que le grand. mys-
tère: La nuit développa son
crêpé, et nejut troublée que par
un coup de tonnerre à l'appro-
che du jour.
Voilà la première association
établie entre l'homme et la fem-
me et leur séparation d'avec les
autres animaux voyons à pré-
sent naître les générations et se
heurter dans tous les sens avant
de s'accorder.
Deux grands principes sont
dans nous l'un sublime nous
élève au-dessus de tout et l'au-
tre abject nous rabaisse au plus
bas degré l'un nous dit tu es
( i3)
une parcelle de la divinité, mais
tu n'es rien, sans accord avec
le tout et l'autre nous dit tu
n'es qu'un grain de sable sou-
levé un instant de la poussière,
et ne dois rien à tous ceux qui,
comme toi forment le tourbil-
lori. Delà, le germe du. bien
et du mal delà ces différences
entre les hommes delà le
-vice et la vertu.
Les uns se sont livrés à la
contemplation des choses surna-
turelles, aux sciences abstraites,
aux arts difficiles et les autres
plus matériellement composés
n'ont pu s'occuper que des be-
soins physiques et par suite ont
laissé s'avilir la faculté la plus
(i5)
Jjong-temps les hommes épars
sur la terre, se sont livrés, selon
leurs facultés à différentes oc-
cupations celui qui étoit fort
soulageoit le foible celui qui
étoit délicat intéressoit par les
charmes de son esprit par l'a-
dresse de ses mains il étoit un
intermédiaire entre la colombe
et le taureau, entre le vieillard
et l'enfant. C'étoit autour de lui
que l'on se rassembloit après le
travail; c'étoit lui qui visitoit les
malades et qui les soignoit c'é-
toit à ces êtres doués d'une sensi-
bilité particulière auxquels les
mères, trop foibles pour sup-
( 10)
porter l'image de la mort, remet-
toient les dépouilles inanimées
de leurs enfans chéris, de leurs
maris de leurs vieux parens.
Ho comme la joie et la douleur
étoient pures dans ces premiers
temps Un enfant venoit-il de
naître les vieillards les ado-
lescens se réunissoient autour de
la mère encore souffrante et déja
transportée d'aise, entre son fils
et son époux chéri. Ces êtres con-
templatifs, déjà distingués des
autres chantoient des hymnes
en l'honneur de la nature nais-
sante et de la puissance indon-
nue.On les entouroit, on chan-
toit avec eux. Ils s'emparoient
de ces enfans lprsqu'ils quit-
toient
(i7)
B
toient le sein de leur mère et
les conduisoient dans la route
de la raison 1 jusque ce que la.
force acquise les engagea au
travail des mains. C'est eux qui
dirigeoient les passions naissan-
tes c'étoit sous leurs auspices.
que les amans étoient époux. Le
jour de la fête étoit fixé les pè-
res et leurs compagnes rajeunis
par la gaîté se rangeaient à la
suite des vieillards les futurs
époux étoient au centre; les uns
fiers de leur victoire animés d'un
feu sacré, les autres timides con-
quêtes les yeux baissés et le
front couvert d'une sainte rou-
geur un grand. silence se fai-
soit. Source inséparable de la
<i8)
yie disoient ces vieillards en
extase reçois l'offrande de ces
jeunes gens et bénis leur posté-
rité. Ils te béniront aussi et
leurs enfans orneront la terre
comme les étoiles décorent la
voûte des cieuù. Alors un en-
thousiasme divin s'emparoit de-
toux. On se serraIt" on s'em-
brassoit, on pleuroit, on chan-
toit. La nuit séparoit les grou-
pes, et les mères, jeunes en-
core, recevaient, en souriant, let
adieux de leurs enfans ivres de
plaisir.
Restons encore avec ces hom-
mes primitifs voyons. leurs idées
s'agrandir, et: leur. industrié se
perfectionner toujours partagés
B 2
en deux classes l'une plus nom-
breuse se livre à tous les tra-
vaux du corps et l'autre s'oc-
cupe des choses qui tiennent
particulièremeut à l'esprit.
Les infirmités ont fait naître
des médecins et les médecins
ont multiplié les infirmités les
erreurs de la pensée ont exigé
des juges et les juges ont aug-
menté les erreurs de la pensée;
les arts ont suppléé aux défauts
de la nature, et les arts ont fait
négliger les biens naturels.. Déja
l'homme ne se reconnut plus
dans le conflit d'idées qu'il a ac-
cumulées, dans le chaos de cho-
ses qu'il a amoncelées. 11 veut
se guérir il se tue il veut se
( ^o )
juger^ il se perd il veut se lo-
ger, et il s'écrase sous les débris
de ses édifices mal conçus; il
veut escalader le ciel, et n'est plus
digne d'habiter la terre.
Déja les plaines de l'Arable
heureuse sont désertées et des
hordes vagabondes die relient
dans les sables et dans les pier-
res la substance qni s'offroit à
eux en des climats voisins.
Ils n'y trouvent pas même de
quoi appaiser leur soit brûlante.
Ils meurent desséchés. Oui
mais le malheur mène au crime.
Ils trouvent çà et là des animaux
errans ils luttent avec eux et
celui qui peut vaincre boit le
sang du vaincu ? dévore ses mem-
( 21 )
bres palpitans et s'accoutume
ainsi au carnage à la férocité.
Ils quittent enfin ces déserts in-
habitables; mais par-delà sont
des peuples plus sages et plus
heureux qui vont se refuser au
séjour d'une nation étrangère 9
que le sol ne pourroit pas nour-
rir, et cette nation va les chas-
ser de lour asyle, ou les assas-
siner. On nomme à la hâte des
chef- on fabrique des armes;
on se défend on se tne et le
sang h util" in qui à peine avoit
encore rougi la terre va tein-
dre lf?s fleuves jusqu'à leurs em-
bouchures la trter en reculera
d'horreur, et tous les êtres /'pou-
vantés de voir des cadavres rou-
( 22 )
1er dans les flots accuseront le
ciel d'avoir lancé sa foudre avec
trop de cruauté sur des climats
inconnus. Et le ciel s'ébranlera
pour noyer toute la race des êtres
qu'il a créés.
C'est en vain que le ciel tonne
c'est en vain que toutes ces ca-
taractes fondent sur la terre
le germe du mal y a pris racine.
Bientôt l'orbite balayé de pres-
que tous les êtres et de presque
toutes les choses, fut couvert de
nouveaux êtres et de nouvelles
choses. Le souvenir du passé
irrite. La vengeance des dieux
intimide les hommes, ou les rend
plus cruels. Les uns élèvent des
autels pour appaiser les puissan-
<*3)
ces inconnues les autres élè-
vent des trônes pour dominer les
peuples effrayés. "Bientôt cent
dieux sont adorés dans des tem-
ples magnifiques cent rois sont
proclamés dans des palais fas-
tueux et ces êtres contemplatifs,
ces savans consolateurs sont
transformés en prêtres en cour-
tisans impies en politiques bar-
bares.
§ IV.
Déja la gent humaine est di-
visée en trois classes; $ Pane à
l'ombre des autels et dans les
parvis jouit en paix des offran-
des faites à ses dieux et com-
mande en leur. nom selon ses
(
§. V.
intérêts; l'autre, à l'abri des tr0-
nes et sous des portiques inac-
cessibles insulte à la nature en-
tière et tyrannise au lieu de
gouverner. Toutes deux n'exis-
tent que par la troisiéme, elles
en ont dévoré la substance et
veulent encore en être adorés.
Juste ciel tout cela étoit-il
dans tes décrets Est-ce toi .qui
as voulu que des millions d'hom-
mes rempassent sur la terre
pour en cultiver, pour en arra-
cher les fruits, afin de nourrir
somptueusement quelques in-
dividus, porteurs de tes oracles,
et distributeurs de tes foudres.
c
§ V.
Doit-il exister une hiérarchise
tyrannique entre les êtres sortis
de la main du créateur? Ce ne
séroit qu'entre les différentes na-
tures que cette gradation existe-
roit, et pour le bonheur de tous
que cet ordre seroit établi mais
non ceux qui s'arrogent le droit
de gouverner renversent toutes
les loix de la nature obscurcis-
sent les rayons de la divinité, et
1 font de leurs semblables ? des'
brutes pour Veneur et des es-
claves pour la, force.
Parcourons-toute la surface de
notre globe, et le* temps les plus
(a6)
reculés nous verrons tous les
peuples se faire une guerre im-
pitoyable pour venger leurs
dieux offensés ou leurs rois ja-
loux nous verrons ceux qui
échappent aux combats arro-
ser la terre de leurs sueurs
recueillir des moissons abondan-
tes dont a peine il leur reste
les plus grossières; fouiller
des mines d'or, de plomb ou de
fer, dont ils ne recueillent que le
poison.
J'entends une voix qui me oit
Ces hommes que tu plains 'tant
ont eux-mêmes fabriqué leurs
idoles, choisi leurs prêtres, pro-
clamé leur chefs ? et juré de leur
obéir; ils ont préféré les tra-
(
C 2
Taux grossiers aux soins dé-
licats ils jouissent plus dans
le néant, que nous dans la splen-
deur ils sont plus heureux que
toi; c'est des enfers que sort
cette voix impie. Quoi parce
que vos semblables réunis en
trop grand nombre ont senti
la nécessité de se choisir des
conducteurs parce que des êtres
animés du souffle divin ont
voulu adorer en commun une
puissance invisible parce
quMsvousont laissé le noble em-
ploi de parler aux deux et de
commander aux hommes. tan-
dis qu'ils s'occuperoient des be-
soins phpsiques de toute la so-
ciété vous profitez de leHr
confiance pour les. tromper, pour
les il ('gracier à leurs propres yeux
et aux vôtreâ ?. C'est par vous
qu'ils ne sont presque plus des
hommes ils se sont courbés
comme des bêtes de somme et
tous les avez. muselés et battus
mais. prenez-y garde. ils se re-
dresseront.
v VI.
Dans tous les siècles dans
tous les pays il s'est montré
de tems en tems, des hommes
dui ont désiré réellement soulager
leurs semblables à côté des trô-
nes des usurpateurs sous les por-
tiques consacrés à des dieux
cruels, il s'est élevé des voix
(29)
C 3
tonnantes. qui ont dit Prô-
tres vous trompez; rois, vous
tyrannisez; mais ces voix ont
été étouffées par les cris de
ceux-mômes qui dévoient les sou-
tenir. Les victimes ont souvent
ènfoncè le couteau arraché de
leur sein dans celui de leurs
défenseurs tant étoit adroite la
perfidie des sacrificateurs.
§. VII.
Enfin des législateurs des
philosophes se sont fait enten-
dre. C'est aux confins de notre
hémisphère, qu'un grand homme
a su accorder: ensemble les loix
de la natnre avec celles de la.
société et d'un bon gouverne-
( 30 )
ment. Il a dit à tous Formons
un grand édifice que chacun
y travaille selon ses facultés je
dirigerai l'ouvrage alors des
milliers d'hommes en ont posé
les fondemens d'autres milliers
l'ont élevé jusqu'au ciel d'au-.
tres en ont distribué les orne-
mens; là fut élevé un trône;
là fut placé un autel et les
ouvriers de ce vaste monument,
après avoir déclaré leur chez,
grand pontife.et roi, après avoir
choisi des prêtres et des législa-
teurs, retournèrent cultiver leurs
champs.
§. VIII.
Après bien des siècles tan-
(3i )
C 4
tôt obscurs et tantôt lumineux
nous sommes appelés à un grand
œuvre encore, parce que le tems
en a perfectionné les matériaux.
Si ces peuples éloignés sont tou-
jours contens de leur ouvrage,
heureux par leurs anciennes loix,
il nous est bien plus facile de bâ-
tir un édifice commode, majes-
tueux et impérissable.
Mais ne quittons pas le fil
des destinées. D'autres légis-
lateurs d'autres philosophes
vont se succéder, et leurs loix et
leur morale disparoitront, parce
que leurs buts et leurs moyens ne
seront pas si naturels.
Loin de cet hémisphère tem-
péré, où nousrious transportions à
(3a)
l'instant, il est un climat brû-
lant, dont les habitans, trom-
pés par leur malheur adorent
le soleil parce qu'il les des-
sèche, et leurs rois, parce qu'ils'
les tyrannisent ils les croient
des dieux, des enfans du soleil.
Prêtres hypocrites, -ou despotes-
forcenés ils commandent lx
foudre en main ou la hache le-
vée à des hommes qui se
croient des troupeaux. Fuyons
ces contrées où il n'y a de sup-
portable que la nature inanimée;
revenons sur des bords moins
éloignés..
Quoi par tout des dieux
(33)
cruels ou ridicules des rois fai-
néans- ou barbares et toujours
des esclaves à leurs -pieds. Quoi!
c'est au nom d'un boeuf d'un
Serpent et de moins encore
qu'ont régné ces tyrans dont je
-vois ici les orgueilleux tombeaux.
Ils osoient montrer si bas la di-
vinité et se montrer si liaut
et ils étoient crus Peuples in-
sensés à tel point vous avez
exist6
• Dites-nous donc vos secrets
sycophantes exécrables, vous
qui conduisez les humains dans
ce dédale infernal, où la raison
s'égaroit où le monstre de la
( 34)
tyrannie les attendoit. Mais ils
sont disparus et cas prêtres, est
ces monstres. Des isles que l'es-
pace des mers a sans doute pré-
servées de la contagion se pré-
sentent à nous. Les bords de
celle-ci paroissent rians des
bergers chantent mélodieusement
en conduisant des troupeaux qui
bondissent; des jeunes filles dan-
sent gaîment en portant des
fleurs et des fruits et ces ca-
banes de feuillages sont peuplées
d'enfans et de vieillards que le
plaisir rassemble où donc sont
leurs temples ? leurs palais ?.
Ils n'en ont point: cette pierre
est leur autel ce palmier qui
la couvre est le temple; et le pa-
lais c'est la cabane du plus sage
des vieillards. Restons dans cette
isle fortunée mais nous en som-
mes déja loin. Une autre s'of-
fre à nous avec un aspect tout
différent des maisons flottent
sur ses bords, des murailles im-
menses s'élèvent de toutes parts
des portiques des statues, des
colonnes triomphales. Mais
quel objet, dans cette place pu-
blique, attire la multitude ? est-
ce cet homme élevé sur les mar-
ches de ce superbe édifice? oui.
C'est un grand philosophe qui.
donne des leçons quoi des
leçons de philosophie sous des
portiques de marbre ornés de
statues de bronze? où prêche-
rez-vous donc la volupté?. Ici
dans ces théâtres à colonnes de
crystal; là, dans ces wauma-
eîiies où la pudeur n'a pour
tout voile qu'une eau limpide
et pour refuge que des touffes
de fleurs. Où sommes-nous
donc? Quel nouveau spectacle
des hommes nus combattent
succombent. et des milliers'
d'hommes paroissent applaudir/
et des milliers de nymphes net
détournent pas les yeux. O phi
losophie sagesse dans quel
paysvouliez-voushabiter ? que ne'
restiez-vous dans ces islès où nous
avons cru vousappercevoir?Quit-
tons ce séjour dangereux cette
isle qui neparoit qu'un point dans
la vaste mer, ne pouvant réunir
que peu d'habitans, nous offrira,
sans doute, moins de corruption,
moins de ces arts perfides qui
ont dégradé la nature à force de
la tourmenter. Qu'entends-je?
des cris de guerre des sons ai-
gus, des cliquetis d'armes!
je ne vois que des soldats. C'est
avec des épées rompues, que la
terre est sillonnée les temples
même sont des arsenaux et leurs
prêtres, sont .des dictateurs fé-
roces. Tout m'effraie en ce pays
barbare. A-t-il des juges pour
tous les crimes qui s'y commet-
tent ? Oui; mais ces magistrats
commandent le meurtre d'une,
main et de l'autre lé punis-.
sent. Ils enfantent des mons-
tres, les nourrissent et les
tuent. Juste'ciel tonne sur cette
terre maudite et que ta fou-
dre la fasse disparottre
Fuyons.
§. X I.
Que vois-je des villes flot-
tantes s'avancent en dépit des
flots des soldats sans nom-
bre débarquent, escaladent les
rochers escarpés, est les murailles
impénétrables ils vont extermi-
ner cette race exécrable. Où
m'emporte le dépit d'avoir vu
tant de peuples si peu dignes
à mes yeux, d'exister?. Ne
seroient-ils- pas tous forcés, par
une puissance invisible, de faire
ce que je blâme ? Et celui qu'un
autre peuple harcélle sans cesse
avec des armes peut-il n'être
pas toujours armé; et celui que
rien ne trouble fait-il mal en
se livrant aux voluptés ennoblies
parles charmes de l'esprit? tous
peuvent-ils rester dans les sim-
ples bornes de la nature ? a-t-elle
voulu que les hommes sortissent
de ses mains, comme le vase de
celles du potier ?
Ne ferai-je pas mieux de ne
voir qu'un seul animal dans tous'
les êtres animés, de le voir gran-
dir et se perfectionner en vieil-
lissant, et de suivre ses pro-
grès ?
qui
§. XII.
Quittons ces isles divisées
dans leurs principes autant que
par les eaux qui les séparent la
nature peut nous offrir quelque
part des hommes mûrs une so-
ciété bien erganisée.
Cette longue chaîne de mon-
tagnes qui s'avance et se replie
au loin dans les mers semble
tenir au continent, et nous con
duira peut-être chez des peuples
parvenus à la raison. J'apperçois
déjades ports garnis de vaisseaux
mieux construits que d'autres
parts. Cette cité estbâtie avec élé-
gance et commodité; ses habi-
tans ont une fierté de maintien
(4O
D
qui me plaît plus qu'elle ne
M'intimider leur langage est no-
'ble sans être fastuéux. Avan-
çons, gravissons ces montagnes
escarpées. Que vois-je toute
la terre est couverte de palais
les uns s'étendent sans mesure,
les autres se perdent dans les
mues ce fleuve tortueux est cou-
Vert de ponts hardis ces places
publiques sont terminées par des
arcs magnifiques, des temples;
j'entends déja les cris d'un peu-
ple nombreux le bruit de cent
chars roulans comme la foudre.
Je suis donc dans la cité éter-
nelle ?
§. XI II.
Quel spectacle s'offre à mes
yrux? Un homme est assissur une
machine resplemlissante traînée
lentement par des animaux in-
connus il est procédé de tro-
hhées brillans, entouré d'une
musique guerrière et suivi d'un
peuple innombrable qui chante
des hymnes à sa louange. Mais
que vois-je enchaîné au char de
ce mortel adoré?.. des hommes,
des rois, iles femmes. Dites-
nous que signifie cet appareil?..
C'est le triomphe décerné à un
héros. Et qu'a-t-il fait ?
Vaincu les peuples les plus bel-
liqueux et les plus braves il
D z
n'en est resté que ce que vous
voyez. Voici leurs chefs, voici
leurs plus belles femmes. Grand
Dieu et ces monstres sont fiers
de leur victoire 0 sacrilége
ils entrent dans ton temple pour
te rendre grâce pour t'offrir
des dépouilles ensanglantées.
Mais quel Dieu es-tu donc, pour
les recevoir ? car chaque pays a.
le sien. Là, c'est une constella-
tion là, c'est un animal; la
c'est une machine ici, c'est
un homme ici, tous les hom-
mes qui se sont distingués par
quelque crime ou par quelque
passion honteuse sont divinisés
ont leurs temples leurs prêtres
et leurs victimes les grands ses
(44)
prosternent, et nous adorons. Le
dieu des combats est sur-tout celui
que nous invoquons le plus et
il n'est pas de Dieu pour fou-
droyer toutes ces idoles-là et il
n'est pas d'homme qui ose les
renverser
§. XIV.
Voyageur indiscret me dit
un vieillard respectable tais-toi.
Si tu ne crains pas nos divinités
impuissantes crains leurs prê-
tres, jaloux et riches de nos er-
reurs crains le chef de cet em-
pire. Il est impie mais il sou-
tient le culte rendu à. ses sem-
blables, pour en obtenir un.
Viens-le voir au milieu de sa

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