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1
COUP D'OEIL
SDR LA
TOPOGRAPHIE PHYSIQUE ET MÉDICALE
DU DÉPARTEMENT DE LA CÔRRÈZE,
►PA M. VIAL, D. M P.
Topographie physique.
Le département de la Corrèze est situé au premier
degré, longitude occidentale de Paris, et au qua-
rante-cinquième degré de latitude. Il est borné au
..rd par les départemens de la Haute-Vienne et de
la Creuse; à l'est, par ceux du Puy-de-Dôme et du
Gintal ; au sud, par le département du Lot ; à l'ouest,
par celui de la Dordogne. 11 est divisé en trois ar-
rondissemens dont les chefs-lieux sont Tulle, Brives
et Wssel; mais sa division naturelle et vulgaire en
Montagne, Pays-Bas ou Vignoble , et pays de Châ-
latg neraies, est plus importante sous le rapport mé-
dical.
Le sol de ce département r formé de montagnes
om -de collines séparées par des ravins profonds et
des vallées où se précipitent des torrens, des ruis-
- seaux, des rivières, s'élève, au nord-est, vers les mon-
tagnes bien plus hautes de l'Auvergne, et s'incline
ai sud et au sud-ouest. Trois rivières principales, la
(2 )
Dordogne, la Corrèze et la Vezère, suivent cette in-
clinaison et reçoivent une foule d'autres rivières ou
ruisseaux qui coupent les montagnes en tout sens.
Cette configuration montueuse et ravinée du pays y
fait varier la température et les productions à de
très-petites distances : souvent aussi elle détermine
des maladies.
Les montagnes , ou plutôt les hautes plages du -
département de la Corrèze, qui se continuent dans
les départemens de la Haute-Vienne, de la Creuse,
du Puy-de-Dôme et du Cantal, sont malheureuse-
ment dégarnies aujourd'hui des immenses forêts
qui les couvraient jadis , suivant les traditions his-
toriques , et même d'après les apparences géologi-
ques. Ces forêts majestueuses entretenaient au loin
la fécondité et la vie dans des lieux réellement sou-
mis à leur domination ; elles ont été remplacées par
des landes de bruyères qui portent aussi loin la sté-
rilité et la mort. En effet, par suite de la.disparition
de ces forêts, les vents du nord et de l'est, devenus
plus impétueux, transmettent plus facilement dans
les vallons de ce département l'air froid des monta-
gnes de l'Auvergne, couvertes de neige pendant la
majeure partie, de l'année , et toujours froides à rai-
son de leur élévation. Ces montagnes soutirent aussi
plus facilement le calorique aux bas-fonds ; elles
augmentent leur température aux dépens de ces der-
niers, qui deviennent, par cette raison, le siège ha-
bituel de la froide rosée et de la gelée blanche, ai
funeste à la végétation. Par les mêmes causes encore,
les sources d'eau tarissent ou deviennent moins ab on-
( 3 )
i.
dantes ; d'où il résulte que les effets de la sécheresse
se font bien plus sentir durant les chaleurs de l'été,
et c'est ainsi que les campagnes sont réduites à la
stérilité.
Voilà donc deux effets généraux, la diminution de
la température, l'affaiblissement ou la disparition
des sources, résultat du déboisement des montagnes,
et plongeant une vaste contrée dans l'infertilité.
L'arrondissement d'Ussel, situé tout-à-fait au nord-
est du département, sur les confins de la Marche et
de l'Auvergne , est celui qui a le plus souffert de
l'action de ces causes dévastatrices. Aussi l'on pré-
tend que la population y diminue beaucoup, et
que cet arrondissement n'a plus aujourd'hui qu'un
vingtième des terres labourables qu'il possédait ja-
dis ; ce qui paraît exagéré. Mais il est certain que
ses plus vigoureux habitans s'expatrient périodique-
ment tous les ans , pendant leurs longs hivers , et
qu'ils ne restent que quelques mois de l'année dans
l'air pur, mais trop froid de leurs foyers , où séjour-
nent habituellement leurs femmes et leurs enfans
avec leurs troupeaux. Or, cette expatriation est nui-
sible à l'agriculture locale et à celle des contrées
voisines , en ce qu'elle enlève des bras pour les plan-
tations qui doivent êlre faites sur les plages élevées
pour abriter et fertiliser les expositions inférieures ,
plus heureuses et plus douces pour l'homme. Dans
les arrondissemens de Tulle et de Brives, la vigne
s'est retirée de plusieurs coteaux, et bien d'autres
plantes n'y végètent plus avec la même vigueur : c'est
un effet nécessaire d'une température plus rigou-
( 4 )
reuse. Les vents du sud et du sud-ouest sont peut-
être aussi devenus plus impétueux, dans ces arron-
dissemens, par suite de la disparition des forêts vers
le nord-est. Il se pourrait même que le tonnerre ,
la grêle, les ouragans, y fussent plus communs, par
la raison que l'électricité atmosphérique cesse d'être
soutirée par les arbres qui couronnaient les monta-
gnes. Combien n'est-il pas à désirer que l'on puisse
rétablir ces hautes futaies , sources de tant de pro-
spérité!
Le quart à peu près du territoire de la Corrèze
est encore occupé par ces landes de bruyères et d'a-
joncs , où végètent aussi quelques tristes graminées
avec des mousses et des fougères. D'énormes roches
de granit augmentent encore l'horreur de ces dé-
serts. Cependant l'on y pratique quelques défriche-
mens pour la culture du seigle ; l'on y élève surtout
de nombreux troupeaux de bêtes à laine; enfin les
bruyères, les ajoncs, les fougères sont coupés pour
engrais ou pour chauffage : c'est là toute l'utilité de
ces vastes plages. Quelle différence de cette desti-
nation à celle qu'elles pourraient acquérir! Heureu-
sement, parmi ces bruyères, l'on rencontre des val-
lées où la nature se montre moins ingrate. Là exis-
tent des prairies, des vestiges d'anciennes forêts,
des champs où l'on cultive le seigle , l'avoine, le sar-
rasin , le chanvre, etc. ; l'on y trouve des villages et
même des villes. C'est là ce que l'on nomme vulgai-
rement la Montagne; au-dessous, l'on trouve les Châ-
taigneraies, et plus bas encore existe le Pays-Bas ou
Vignoble.
( 5 )
Le châtaignier, cet arbre à pain du Limousin, ne
vient point dans les positions trop élevées ; mais il
prospère sur les deux tiers de ce département, dont
il occupe à peu près le quart du territoire, quoi-
qu'on ne lui sacrifie, en général, que des terrains peu
favorables à d'autres cultures. Interposés entre la
Montagne et le Vignoble, les bois-châtaigniers for-
ment à ce dernier climat un puissant abri contre la
rigueur du froid et l'impétuosité des vents. La châ-
I-aigue fait près du tiers de la nourriture du peuple,
et sert avec la pomme de terre à élever un nombre
considérable de cochons.
Le Pays-Bas, ou Vignoble, ne forme guère qu'un
sixième de l'étendue du département; mais il ren-
ferme à peu près le tiers de la population. Ici la terre
est assez fertile: elle produit du froment, du maïs,
des fruits délicieux, etc. La- vigne n'occupe qu'un
tiers ou un quart de ce climat, qui fait pourtant de
grandes exportations de vin dans le reste du dépar-
tement, ainsi que dans ceux des départemens voi-
sins qui -en sont dépourvus. Dans le. bassin de là
Vzère, à l'ouest du département, la vigne s'élève
jusqu'à quarante-cinq degrés , dix-huit ou vingt mi-
nues de latitude. Elle s'élève moins à l'est dans les
bassins de la Corrèze et de la Dordogne, qui sont
plus rapprochés des montagnes de l'Auvergne. Au
reste, ses limites ne sont plus invariables, non plus
que celles des Châtaigneraies ; car la vigne a étér re-
culée , comme je l'ai dit, par le déboisement des
montagnes, et elle-pourrait être avancée vers ces.
dernières par une cause inverse.
( 6 )
Les récoltes céréales excèdent la consommation
dans la Montagne ; elles sont insuffisantes dans le
Vignoble ; elles ne suffisent qu'à l'aide de la châ-
taigne dans le pays des Châtaigneraies. Les terrains
argileux ou calcaires du Vignoble manquent quel-
quefois d'eau pendant l'été; et ce liquide y est tou-
jours moins pur que dans les terrains sablonneux de
la Montagne ou des Châtaigneraies. Les chemins
sont presque impraticables durant la saison plu-
vieuse, dans la première de ces contrées. L'agricul-
ture y est extrêmement pénible ; et l'homme, tout en
travaillant davantage , s'y trouve soumis habituelle-
ment à l'influence d'une chaleur atmosphérique plus
intense, ainsi qu'aux alternatives du chaud et du
froid ; car c'est surtout dans les vallées que les brouil-
lards, les rosées, les gelées blanches alternent avec
les chaleurs accablantes. Mais, en revanche, l'homme
trouve ici des alimens plus variés, et il boit habi-
tuellement du vin. Dans la Montagne, l'air est plus
ser, l'eau plus pure, les travaux moins pénibles;
mais le froid y est trop rigoureux. L'habitant, privé
d'une nourriture tonique, manquant de vin, d'ali-
mens succulens et de fruits savoureux, y est moins
vif et moins ardent: il est aussi plus rarement ma-
lade que l'habitant ordinairement trop stimulé du
Vignoble.
Le climat du Vignoble et celui de la Montagne
ont donc leurs avantages et leurs inconvéniens qui
sembleraient devoir se compenser dans le pays in-
termédiaire, ou dans les Châtaigneraies. Mais ici l'air
est ordinairement moins pur, par suite des moyens
{ 7 )
qu'on emploie pour fertiliser des terres en général
très ingrates, et par suite aussi de l'habitùde plus
particulière à ce climat, d'engraisser un nombre
prodigieux de cochons, qui logent souvent sous le
même toit que l'homme, et toujours trop près de
ses habitations. C'est aussi autour de ces habitations
qae se font les engrais ou fumiers nécessaires à l'a-
griculture. Des feuilles, des débris de végétaux sont
répandus, avec les excrétions que l'on peut ramasser
des animaux, dans toutes les basses-cours, et dans
des charrièresou chemins creux où l'air et l'eau sont
maintenus en stagnation au moyen de murs, d'ar-
bres, de haies, de treillages, de fossés. L'air non re-
nouvelé perd de son oxygène par la respiration, etc.;
et, par la putréfaction des matières animales fet
végétales, il se charge de vapeurs aqueuses, d'acide
acétique, de gaz acides carbonique et hydro-sulfu-
rique, de gaz hydrogène carboné , de gaz ammoniac,
de miasmes putrides. Il suit de là que les villages ,
qui se trouvent dans les circonstances fâcheuses que
je viens d'indiquer, doivent partager, jusqu'à un cer-
tain point, l'insalubrité des marais. Telle doit être la
cause d'un grand nombre d'affections épidémiques
ou endémiques, comme aussi de l'exaspération et
du caractère de gravité que prennent souvent des
maladies sporadiques accidentelles. Les enfans et,
les femmes, qui s'éloignent moins des habitations ,
sont victimes de cette altération de l'air, plutôt que
l'homme qui s-e promène ou qui travaille au loin ;
mais ce dernier n'éprouve pas moins vivement cette
funeste influence, lorsqu'une maladie quelconque le-
( » )
force de s aliter. L'on ne peut guère s'empêcher de
croire que la constitution physique de l'habitant et
son caractère intellectuel et moral doivent aussi
éprouver l'atteinte fâcheuse d'une constitution at-
mosphérique ainsi altérée.
Un grand nombre d'endroits participent des
avantages et des inconvéniens de ces trois climats :
tels sont les villages qui se trouvent sur la cime des
collines, dont un des revers est planté de châtai-
gniers, tandis que le coteau opposé présente des
vignes ou des terres fertiles, et la vallée inférieure,
des prairies. Ici, la décomposition putride altère
encore l'air qui pourrait être très pur autour des
habitations ; ici l'homme est très exposé aux vicissi-
tudes atmosphériques, et souvent ,v en passant seu-
lement d'un côté à l'autre de la Montagne, la diffé-
rence de température peut lui occasioner des ma-
ladies.
Les gorges étroites des montagnes, les quartiers
des villes qui ne sont pas suffisamment aérés, tous
les lieux où l'accès de la lumière et le renou-
vellement de l'air sont gênés par des arbres, des
montagnes, des bâtimens resserrés, partagent plus
ou moins l'insalubrité d'une atmosphère infecte.
C'est surtout dans les vallées basses et encaissées, et
durant les nuits fraîches de l'automne ou de la fin
de l'été, qu'il se forme des brouillards et des rosées
qui tiennent en dissolution des miasmes provenant
des villages (sÍtués sur les collines environnantes.
Quelques faits que j'ai remarqués me portent à croire
que la coupe des forêts interposées entre les villages
( 9 )
qui occupent les collines, et ceux situés dans les
vallées peut être dangereuse pour ces derniers :
sans doute que ces forêts absorbent une partie des
gaz ou miasmes malfaisants ; mais j'ai remarqué aussi
que les arbres trop rapprochés des habitations ,
dans les vallées, nuisaient en empêchant la ven-
tilation.
La superficie du département de la Corrèze est de
cinq cent quatre-vingt-quatorze mille hectares. Sa
population est d'environ deux cent quatre-vingt mille
individus. Ses naissances y égalent le trentième , et
les morts, le quarantième de cette population. Ce-
pendant, depuis que la médecine physiologique
commence d'être mise en pratique, la mortalité a
diminué d'un quart, et quelquefois d'un tiers, dans
certaines communes. L'on peut même remarquer
que le tiers, au moins, des personnes qui succombent
dans ces communes, sont des en fans en bas âge
que l'on abandonne atrocement au mal, ou que l'on
traite encore par des moyens meurtriers; des indi-
gens privés des secours les plus indispensables , et
d'autres individus qui ne s'adressent aux méde-
cins qu'à toute extrémité, et après avoir fait usage
de renpèdes incendiaires. Un grand nombre de ces
malheureux seraient donc sauvés par un traitement
rationnel. Ces raisons me font croire que la mortalité
de ce département pourrait être réduite à un sur
soixante, et peut-être à moins, si l'on mettait en
action tous les moyens de la diminuer que nous
connaissons. C'est dans les pays à Châtaigneraies,
dans les lieux où l'atmosphère est ordinairement le
( 10 )
plus altérée, que la mortalité est la plus forte; et
c'est dans la Montagne qu'elle doit être moindre. Si
le contraire s'obsefve quelquefois, cela tient à la
pratique différente des médecins, ou à l'état de
misère des habitans.
Le nombre des enfans naturels a plusque doublé,
depuis six ans , dans le département de la Corrèze.
Je laisse à d'autres à déterminer quels rapports cet
accroissement insolite d'une population malheu-
reuse, peut avoir avec les changemens qui ont eu lieu
dans nos institutions civiles et religieuses depuis
cette époque.
L'industrie est peu avancée dans ce département.
Les routes, les chemine vicinaux, le canal de Vézère
et Corrèze pourront un jour lui donner quelque
essor; mais , jusqu'à ce qu'on ait tous ces précieux
débouchés, notre commerce sera peu important.
Des ruines variées resteront encore ensevelies dans
nos montagnes ; nous aurons toujours peu de Irul.-
nufactures, et notre agriculture restera dans un état
pitoyable. Les terrains immenses qui restent incul-
tes , l'usage presque général des jachères ou-des
assolemens vicieux, l'art tout-à-fait ignoré d'amen-
der les terres par leur mélange, par la succession
des différentes récoltes, par l'enfouissement des
plantes vertes, etc., etc., tout fait présager que ce
pays pourrait nourrir une population deux fois plus
nombreuse et plus florissante.
Topographie médicale.
Après cet aperçu rapide sur l'état physique et
( il )
physiologique du département de la Corrèze, je vais
entrer dans d'autres considérations plus physiolo-
giques, plus médicales, qui exigeaient en quelque
sorte les détails qui précèdent. Ces considérations
sont relatives, 10 à la nature et à l'étiologie générale
des maladies qui règnent dans ce département ;
2° aux effets particuliers des trois variétés de climat
que j'ai distinguées ; 3° aux mesures d'hygiène pu-
blique en rapport avec les circonstances locales qui
modifient la santé de l'habitant de la Corrèze ; 4° en-
fin, au mode de traitement qui convient le mieux à
ces maladies; et, à cette occasion, je parlerai des
dangers des pratiques anti-physiologiques, qui sont
malheureusement trop répandues.
§ I. Presque toutes les formes des maladies ir-
ritatives et des maladies asthéniques s'observent
dans le département de la Corrèze ; mais quelques
unes de ces formes sont plus communes, tandis que
d'autres ne se présentent que rarement, et comme
pour nous donner une idée des maladies des an-
ciens peuples, ou de celles qui affligent encore des
contrées lointaines : c'est ainsi que nous voyons
quelquefois des maladies plus ou moins analogues à
la lèpre ou au typhus pestilentiel.
Il est peut-être nécessaire de dire que par mala-
dies irritatives j'entends les phlegmasies, les sub-
inflammations, les irritations périodiques ou fièvres
intermittentes, les hémorrhagies, la plupart des hy-
dropisies et des névroses. Les maladies asthéniques,
qui sont plus rares ou du moins rarement isolées
des précédentes, comprennent des névroses et des
( 12 )
hydropisies ; elles comprennent aussi le scorbut,
dont la cause matérielle étant une altération de com-
position des solides et des fluides organiques , doit
avoir immédiatement pour résultat la débilité des
divers systèmes, quoique l'irritation puisse aussi
s' y associer.
Le défaut d'air respirable, la disette, les alimens
de mauvaise qualité, etc., produisent les affections
asthéniques. Le plus souvent on les trouve associées
aux maladies d'irritation, soit comme cause, soit
comme résultat. En effet, d'une part, les organes
débilités sont ceux qui résistent le moins à l'irrita-
tion, et, d'autre part, celle-ci ne peut s'établir dans
un point sans affaiblir plus ou moins le reste de l'é-
conomie ; d'où il résulte que ces deux élémens mor-
bides , l'irritation et la faiblesse, sont, pour ainsi
dire, toujours réunis, et que l'on doit toujours
tenir compte de l'un et de l'antre dans le trai-
tement de toute maladie. Toutefois, comme l'ir-
ritation est l'état morbide le plus dangereux, ce-
lui qui tend le plus directement à la désorganisation,
c'est aussi contre l'irritation que le traitement doit
être principalement dirigé ; mais les moyens qui
guérissent celle-ci dissipent aussi la faiblesse, et les
excitans révulsifs , par exemple , combattent-en
même temps l'une et l'autre. Ainsi le traitement de
l'asthénie se trouve subordonné à celui de l'irrita-
tion : c'est à détruire cette dernière que le médecin
doit surtout s'occuper. L'histoire des maladies irn.
latives constitue, pour ainsi dire , toute la patho-
logie.
( i3 )
Les causes les plus générales des maladies irrita-
lives sont, i" la soustraction plus ou moins subite
du calorique au corps de l'homme, soit par le refroi-
dissement du milieu et des corps qui l'entourent,
soit par des alimens ou des boissons d'une tempé-
rature trop intérieure à celle qui lui est propre. Le
froid n'est pourtant pas un irritant direct; il suspend,
il paralyse au contraire l'exercice des organes, dans
son action immédiate ; mais en même temps d'au-
tres organes, liés aux précédens par une sympathie
d'ation réciproque, reçoivent une plus grande quan-
tité de sang et s'irritent dangereusement en se char-
geant de suppléer à la fonction suspendue par le
froid. Les organes engourdis par cet agent réagis-
sent aussi après un certain temps, et cette réaction
peut encore devenir une irritation morbide. Plus la
fonction supprimée était active, plus cette suspen-
sion est redoutable. C'est ici la cause la plus ordi-
naire des phlegmasies de la plèvre et du poumon,
des rhumatismes et des fièvres intermittentes. Les
phlegmasies continues des organes de la digestion,
de F encéphale, du tissu cellulaire et de la peau, en
sont aussi assez souvent le résultat, mais moins sou-
vent que de la cause suivante.
2° La chaleur atmosphérique , en excitant directe-
ment l'action organique, détermine des gastro-en-
térites, l'encéphalite, des phlegmons, des érysi-
pèles , etc., et plus rarement des phlegmasies pecto-
rales. Les fatigues, les travaux excessifs produisent
le même résultat.
3° La mauvaise qualité des alimens et des bois-
( 14 )
sons, la gourmandise et l'ivrognerie, sont encore
des causes fréquentes de gastro-entérite, de gastro-
céphalite et même de bronchite. Un grand nombre
de ces maladies sont produites par le régime, ou
par l'abus que l'on fait des substances grasses dans
les jours dits maigres par les casuistes. Les graisses
végétales et animales, étant des produits hydrogé-
nés, contenant peu d'oxigène et de carbone, et tout-
à-fait dépourvus d'azote, ne méritent guère le nom
d'alimens : ce sont plutôt des condimens ; et, sous
ce rapport, elles peuvent être utiles, quand elles
sont de bonne qualité, quelques unes étant alors-
très agréables au goût et même favorables à la diges-
tion ; mais si ces graisses ont été altérées par la cha-
leur, si elles sont rances ou empyreumatiques ( et
c'est dans cet état que le peuple les emploie le plus
ordinairement), elles méritent de figurer parmi les
poisons. Les viandes salées, les vins aigres ou pous-
sés peuvent produire les mêm-es effets , si l'on n'est
pas habitué à leur usage, ou même si l'on en fait un
usage trop exclusif. J'en dirai autant de la châtaigne,
qui est difficilement supportée par les estomacs dé-
licats ou très irritables, par ceux surtout qui sont le
siège habituel d'une phlegmasie latente: la châtaigne
est pourtant un aliment précieux; mais les procédés
de préparation et de conservation généralement mis
en usage à son égard sont vicieux : une découverte
qui apprendrait à en faire un meilleur emploi serait
très utile à ce pays.
4° Les habitations et les lieux où l'air n'est pas suf-
fisamment renouvelé, où cet-air est infecté par les
( 15 )
miasmes qui se dégagent des corps vivans , sains ou
malades, par les émanations qui proviennent de la
décomposition des substances mortes, animales ou
végétales, produisent sur l'homme les accidens les
plus redoutables. Si l'infection est très étendue , il
en résulte des épidémies typhiques, des gastro-cé-
phalites graves, des dysenteries , etc. ; si elle est
moins étendue , il en résulte ces mêmes affections
sporadiques , c'est-à-dire que ces mêmes maladies,
produites par d'autres causes, contractent, sous l'in-
fluence de celle-ci, le caractère de gravité, la torpeur
du système nerveux, la prostration musculaire, qui
caractérisent l'empoisonnement miasmatique : enfin
cette même infection, dans un degré encore moins
intense, tend à perpétuer dans l'état chronique les
névroses, les phlegmasies latentes, les fièvres inter-
mittentes rebelles, etc.
Les maladies qui proviennent des vices des ali-
mens et de l'air font souvent le désespoir des ma-
lades ef des médecins, par la raison que l'on ne
peut pas toujours en détruire la cause; les maladies
ne guérissent, en général, que par la destruction de
la cause qui les a produites ou qui les entretient.
L'altération des premiers stimulans de la vie ne
peut manquer à la longue d'altérer le tempéra-
ment de l'homme et de faire dégénérer la famille
humaine. En effet, l'homme vigoureux -et EO-
bnste , s.'il se trouve soumis à des influences aussi
fâcheuses, voit bientôt se détériorer sa constitu-
tion avec sa santé, et alors il ne peut engendrer que
de faibles rejetons, dont la race s'éteindra inévita-
( >6 )
blement, s'ils ne parviennent pas à améliorer leur
position.
Les facultés intellectuelles et morales de l'homme
sont modifiées par les mêmes causes que celles qui
agissent sur ses organes. A qui faut-il démontrer
aujourd'hui le lien qui unit le moral au physique? et
qui peut méconnaître l'influence qu'exercent sur
notre esprit et sur nos passions l'air, le régime, l'é-
tat de santé ou de maladie , etc.? L'excitation céré-
bro-viscérale, qui constitue les phénomènes organi-
ques des sensations et des passions ( Broussais,
Prop. XV, XXXIV, etc.) , est déjà un léger degré de
phlegmasie, au moins dans les passions fortes et
continues: de ces dernières à la phlegmasie et à la
folie, il n'y a certainement qu'un pas. Or, plusieurs
causes peuvent déterminer ce passage de l'excita-
tion à la phlegmasie , et de la passion à la folie : telle
est l'action même du cerveau, lorsque l'attention se
porte et se fixe continuellement sur l'objet de la pas-
sion ; tels sont tous les stimulans de nos organes, qui
exagèrent de même l'irritation cérébro-viscérale et
l'exaltent jusqu'à l'état morbide. C'est ainsi que a
mauvaise qualité des alimens, des repas trop co-
pieux, l'insalubrité de l'air, et d'autres causes de sti-
mulation, peuvent déterminer chez l'homme une irri-
tation chronique habituelle , qui quelquefois se
borne à changer son caractère moral ou altère légè-
rement son intelligence, et d'autres fois s'exalte jus-
qu'à la phlegmasie intense et jusqu'à la folie. Ainsi
l'homme qui souffre, ou qui se trouve sous l'in-
fluence des causes qui irritent continuellement ses
( 17 )
- Statistique#,
CJ
2
organes, devient triste, craintif, défiant, colère,
furieux, vindicatif, égoïste, avare., superstitieux; et
si ces passions ou ces affections de l'âme sont de
plus en plus exaltées, l'on voit se développer la ma-
nie, la mélancolie, l'hypochondrie, etc. f h
Le goitre, les scrofules , les fièvres intermit-
tentes, sont endémiques dans plusieurs contrées de
ce département. L'humidité alternativement chaude
et froide des gorges de montagnes, la privation de
la lumière solaire que l'on éprouve dans ces lieux
ainsi que dans les villes mal bâties, les altérations
de l'air, des alimens trop nourrissans et pas assez
stimulans, rendent assez raison du goître et des
scrofules, ainsi que de quelques symptômes scor-
butiques que l'on observe quelquefois. Les fièvres
intermittentes dépendent des causes générales que
j'ai indiquées, mais principalement de l'humidité
froide et de l'impureté de l'air. M. le docteur Vida-
lin vient d'assigner comme cause ordinaire de ces
maladies, dans ce département, l'altération de l'eau
par la décomposition putride des tuyaux de bois qui
servent quelquefois à la conduire, ou des vases de
bois dans lesquels on la reçoit ordinairement. La li-
gnite , les algues ou champignons, et les autres pro-
duits de la décomposition du bois, imprimeraient
ainsi à l'eau des qualités nuisibles auxquelles serait
dû le développement des fièvres intermittentes. J'ai
en effet observé des fièvres intermittentes qui m'ont
paru dépendre de cette cause, et je pense que M. Vi-
dalin a bien mérité de l'humanité pour lavoir si-
gnalée ; mais ce n'est pas là l'étiologie ordi-
( 18 )
naire de ces maladies. Les endroits où l'on amène
l'eau au moyen de tuyaux de bois ne sont pas tou-
jours ceux où les fièvres intermittentes sont endé-
miques, et la plupart des lieux où elles règnent ont
des fontaines murées en pierre graniteuse ou schis-
teuse. Quant aux seaux de bois où l'on reçoit l'eau, il
serait peut-être dangereux de les remplacer, au moins
à la campagne, par des vaisseau Ï de cuivre qui se-
raient souvent mal étamés et facilement oxidables. Je
le répète, c'est dans la constitution de l'air, et non
pas dans les qualités de l'eau, qu'il faut chercher Ja
cause ordinaire des fièvres intermittentes, quoiqu'il
soit très plausible de penser que les mêmes principes
qui produisent ces affections lorsqu'ils se trouvent
combinés avec l'air, puissent aussi les déterminer
lorsqu'ils sont dissous dans l'eau. Depuis long-
temps l'altération de l'air par la décomposition pu-
tride des matières animales et végétales a été recon-
nue comme la cause des maladies rémittentes et in-
termittentes les plus terribles : M. Vidalin accuse
aujourd'hui l'eau altérée par une décomposition
principalement végétale ; il ne paraît avoir tort que
parcequ'il veut que cette dernière origine soit la
plus commune. Comme il faut ordinairement une
réunion de plusieurs causes pour produire les ma-
ladies, il serait possible que l'altération de l'eau ne
déterminât l'irritation intermittente que dans les en-
droits où cette affection est favorisée par d'autres
causes, et que, dans d'autres lieux, elle concourût à
produire diverses phlegmasies chroniques, peut-
être même le goitre et les scrofules. Il se pourrait
( 19 )
2.
aussi que cette altération fut plus souvent la princi-
pale cause de ces maladies. C'est ce que l'on peut
objecter aux personnes qui ne veulent pas recon-
naître l'influence de certaines causes morbides, par
la raison que ces causes ne produisent pas toujours
les mêmes effets.
La plupart des maladies peuvent être favorisées
par une disposition héréditaire. Les pères , en trans-
mettant leur constitution ; leurs enfaris, leur trans-
mettent aussi une disposition à éprouver les mêmes
maladies dont ils sont affectés ou menacés; par la
même raison , les enfans héritent souvent des quali-
tés intellectuelles et morales de leurs pères : c'est
ainsi qu'il faut entendre l'hérédité physiologique et
pathologique. Mais de ce que des dispositions sont
transmissibles , il ne suit pas qu'elles soient toujours
transmises ; encore moins qu'il soit impossible CLÎ
s'opposer à leur développement, ou de les détruir a
par des moyens hygiéniques, par l'éducation, etc. :
les partisans des germes, les médecins égarés par
l'ontologie , ne paraissent pas pouvoir comprendre
cette théorie , qui est pourtant bien simple.
S II. Quelles sont les modifications physiologi-
ques et pathologiques qui dérivent des trois princi-
pales variétés du climat de la Corrèze ? Les habitans
de la Montagne et ceux du pays bas présentent cer-
tainement entre eux une grande partie des diffé-
rences caractéristiques qui distinguent les peuples
du nord de ceux des régions chaudes ou tempérées
du midi de l'Europe. Il est donc très important de
les considérer sous ce rapport.
( 20 )
Dans le climat du vignoble, où l'habitant trouve
une nourriture plus variée et boit habituellement du
vin, l'on observe en général des constitutions san-
guines ou nervoso-sanguines, et l'appareil gastri-
que y présente souvent cette prédominance qui con-
stitue le tempérament bilieux des anciens. Les pas-
sions y sont plus vives et l'intelligence y est, en
général, plus active et plus étendue. Mais pourquoi
faut-il que l'homme n'y soit que plus disposé aux
croyances absurdes et superstitieuses ? Les gastro-
entérites sont ici très communes, ainsi que l'encé-
phalite et plusieurs névroses, telles que l'hypochon-
drie, l'hystéro-manie, la monomanie, etc. Les
phlegmasies pectorales et rhumatismales, les co-
lites ou dysenteries s'y développent aussi assez
souvent sous l'influence des vicissitudes atmosphé-
riques.
, Chez l'homme bien nourri et qui use d'alimens sti-
mulans, la pléthore s'établit facilement et l'estomac
se trouve souvent affecté dans les maladies. Les cri-
ses naturelles sont alors plus rares ; la diète et les
évacuations sanguines sont plus souvent nécessai-
res, et l'on doit, en général, insister plus sur ces
moyens que dans les cas où le viscère principal de
la digestion se trouve moins profondément lésé.
C'est peut-être en partie parceque les affections gas-
triques sont plus communes dans le climat du vi-
gnoble que la médecine physiologique y a été adop-
tée , en général, plus tôt que dans les autres climats.
Le montagnard guérit ordinairement par les seuls
efforts de la nature , et le médecin peut souvent lui
( 21 )
prescrire indifféremment les modes de traitement les
plus opposés; tandis que l'homme qui vit dans un
climat plus heureux, et dont la sensibilité se trouve
exaltée par tous les genres. de stimulation a presque
toujours besoin des soins les mieux entendus pour
ne pas devenir la triste victime du mal dont il est at-
teint. Les doctrines galénico-browniennes, les mé-
dicamens incendiaires, la polypharmacie dange-
reuse, sont plus particulièrement nuisibles aux pays
chauds ; et c'est aussi par les contrées les plus
chaudes qu'a commencé leur proscription dans ce
département. Déjà même avant que la nouvelle doc-
trine futconnue7 quelques uns de nos meilleurs ob-
servateurs avaient commencé d'abjurer ces. fléaux de
l'humanité. Parmi plusieurs faits qui viennent en
preuve de cette assertion, je citerai le suivant: En
1809, une épidémie typhique, une sorte de fièvre
jaune, ayant été déterminée à Brive (1) par le pas-
sage et le séjour d'un grand nombre de, prisonniers
espagnols, les médecins de cette ville traitèrent-la
plupart de leurs malades par les antiphlogis tiques ,
et ils parvinrent ainsi à arrêter les progrès d'une ma-
ladie aussi terrible, tandis que des. médecins célè-
bres de Paris, envoyés en commission expresse par
le gouvernement, leur prescrivaient d'employer les
stimulans, si meurtriers en pareils cas.
Des causes particulières font perdre à l'habitant
du vignoble une partie des avantages qu'il peut avoir
sur les habitans de la Montagne ou des Châtaigne-
(1) Cette ville tat située dans la vallée la plus chaude du département.
( 22 )
raies, J'ai déjà signalé le défaut d'eau potable, qui
heureusement est assez rare, les travaux pénibles
qu'exige ici l'agriculture, et des chemins éxtrace-
ment bourbeux : à cela il faut ajouter les droits éta-
blis sur le vin, qui constituent pour cet habitant pt
djjribLe imposition, et font diminuer considérable-
ment le prix du vin, au lieu de le faire augmen-
ter, parcéque le peuple des contrées dépourvues
de cette boisson aime mieux s'en passer que d&
payer les impôts, qui nuisent ainsi À la prospérité
générale et deviennent la suurce d'une grand e cor-
ruption, celle des auberges, où Uhomme le muirtè
favorisé de la fortune ya contracter l'habitude.4e
l'ivrognerie. Le vigneron, obligé de donner &es vins.
à bas- prix, ne boit lui-même que les vins médiocres
et altérés qu'il ne peut vendre. Le défaut d'aisance ,
les travaux pénibles altèrent insensiblement sacoil-
stitution; il devient sujet aux phlegmasiesr chroni-
ques des viscères, aux rhumatismes, aux varices,
aux ulcères des jambes. Les femmes, qui résistent
encore moins que l'homme aux travaux fatigans,
sont plus particulièrement exposées à la métrite, aux
flueurs blanches, etc.
Dans la Montagne, les tempéramens sont plus
lymphatiques , quelquefois sanguins ; mais rarement
la sensibilité y est aussi vive que dans le climat pré-
cédent. Les phlegmasies gastro-icéphaliques y sont
moins dominantes; celles de la poitrine y semblent
plus communes. Les maladies paraissent ici se termi-
ner plus facilement par les sueurs, ou autres évacua-
tions critiques, et les stimulans sont moins dange-
( 23 ) -
reux. Je ne veux pas dire que la médecine stimu-
lante y soit sans dangers : la nouvelle doctrine a
arrêté aussi dans la Montagne des épidrmies très
meurtrières, et toutes les maladies s'y terminent plus
rarement par la chronicité ou par la mort, lorsqu'elles
sont traitées d'après les méthodes physiologiques et
rationnelles.
Dans le climat des Châtaigneraies etdans les gorges
étroites des montagnes où l'humidité domine , où
les arbres, les montagnes, et même la disposition
vicieuse des habitations , privent souvent l'habitant
de l'influence bienfaisante de la lumière solaire , au
moins pendant une grande partie çlu jour, pu l'at-
mosphère est d'ailleurs infectée par l'abondante dé-
composition végéeo-animale qui s'opère tout autour
des maisons, l'on observe fréquemment les phleg
masies aiguës et chroniques de l'appareil gastro-in-
testinal, des organes de la respiration et de, l'ejiceV
phale , ainsi que les fièvres intermittentes , ,rle$
rhumatismes, les inflammations arthritiques, les
sub-inflammations ou phlegmasies chroniquqs. e,t
lymphatiques des organes glanduleux, du tissu cel-
lulaire et de la peau , qu, l'on connaît sous les noms
de scrofules, de dartres, etc. Ici, les phlegmasies
aigus des viscères sont souvent épidémiques et
prennent plus ou moins les caractères des typhus.
Le goitre y est aussi fort coitimun : il en est de Inème
de l'hypochondrie, de l'épilepsiç:, de la lnéln;)(olie.,
de la manie, de la démence, de l'idiotisme., Jci, sur-
tout, le caractère de l'habitant, peu loyal, peu franc,
peu généreux, mais vain et orgueilleux, paraît en.
t 24 )
core éloigné des qualités sociales d'une civilisation
perfectionnée; et, sous l'influence des circonstances
fâcheuses où il se trouve placé, l'on ne voit que trop
souvent l'homme intellectuel et moral se dégrader
aussi bien que l'homme physique.
§ III. Hygiène publique. Malgré cette immense
série de maladies et de causes morbides, dont je
n'ai énuméré que les plus communes, le départe-
ment de la Corrèze peut devenir aussi sain que tout
autre lieu de la France. En effet, que l'on rétablisse
les forêts qui doivent rapporter la fertilité dans tous
les points de ce département; que l'on donne un
nouvel essor, une forte impulsion à l'agriculture, à
l'industrie et au commerce ; que l'homme des champs
reçoive l'instruction qui lui convient, celle qui peut
le faire sortir des préjugés, des superstitions, des
habitudes vicieuses , de l'état d'abrutissement où il
est plongé, et l'on verra bientôt s'accroître son ai-
sance, sa fortune, son bien-être. Alors cet homme
rustique se logera mieux, il saura se procurer des
alimerls plus salubres, il pourra se faire traiter dans
ses maladies, sa constitution s'améliorera, ses mœurs
deviendront douces et sociables.
Les arbres sont certainement très utiles sur la
cime et sur le flanc des montagnes : il serait avan-
tageux que l'administration fit déterminer, par des
hommes éclairés, quelles sont les expositions qui,
dans l'intérêt général, doivent être mises en forêts,
et qu'elle favorisât les plantations par tous les moyens
possibles. Autour des habitations, les arbres peu-
vent quelquefois faire l'office de paratonnerre ; ils
( 25 )
procurent un ombrage avantageux durant les fortes
chaleurs; ils diminuent la dangereuse impétuosité
des vents ; enfin, comme toutes les parties vertes des
plantes, leurs feuilles décomposent l'acide carbo-
nique, retiennent le carbone, et restituent l'oxy-
gène ou l'air vital à l'atmosphère. Mais néanmoins
les arbres ne doivent pas étouffer les habitations ,
y empêcher le renouvellement de l'air, y entretenir
l'humidité, intercepter la vue , qui aime à se répan-
dre sur un vaste horizon, etc.
L'homme ne devrait pas avoir si souvent à fouler
aux pieds , dans des chemins étroits où il est obligé
de passer, une couche de fumier qui lui lance des
gaz mortifères. Les chemins devraient être plus sou-
vent et mieux pavés. Les cimetières ne devraient pas
être au centre des bourgs, ou sous le vent qui arrive
à ces derniers , ainsi qu'ils le sont presque toujours ;
et, malgré les défenses, l'on enterre quelquefois
encore des morts dans les églises. Enfin, les ani-
maux qui meurent sont trop souvent laissés dans les
chemins ou sur le bord des routes, où ils infectent
les passans.
L'agriculture n'exige pas impérieusement que,
pour se procurer des engrais, l'on fasse des cloaques
de toutes les avenues des maisons rurales, ni qu'on
élève un nombre aussi prodigieux de cochons, qui
contribuent puissamment à altérer l'air autour de
ces habitations. Le commerce que l'on fait sur ces
animaux, devenus trop nombreux, est aujourd'hui
plus ruineux que lucratif: le peuple ne doit plus
compler uniquement sur un profit si faible et si
( 26 )
précaire pour payer ses impositions ; mais il faut
qu'il cherche d'autres débouchés à ses denrées, et
son industrie doit lui créer d'autres ressources. Le
fumier qui provient des autres animaux domestiques
est le principal aliment des terres, et paraît aussi
moins nuisible à la santé. On le tient ordinairement
plus loin de la demeure de l'homme, et en le dispo-
sant ainsi convenablement, on peut même en aug-
menter avec avantage la quantité, avec le nombre
du bétail, par l'adoption des prairies artificielles,
qui, sous d'autres rapports encore, sont profitables
à l'agriculture. D'ailleurs, pour engraisser, pour
amender les terres, il existe encore bien d autres
7
moyens que nos cultivateurs ignorent.
L'homme est essentiellement omnivore : il ne peut
se soutenir, soit avec un régime végétal trop dér
pourvu d'azote, soit avec une nourriture trop ani -
malisée. Le peuple fait ici un usage trop exclusif de
la chair de porc; qui pourtant ne mérite pas, au
moins dans nos climats, la proscription à laquelle
l'avait vouée le législateur des Hébreux: mais n'est-
il pas encore plus absurde de proscrire, pour des
jours jet des temps déterminés, les viandes les plus
saines, celles que l'on peut se procurer le plus éco-
nomiquement, celles enfin au l'homme trouve
abondamment les principes nutritifsiquilefont vivre?
Ces principes sont les élémens organiques où domi-
nent le carbone et l'azote, tels que le -mucilage., le
sucre, la fécule, Ja gélatine , la fibrine : il faut à
l'homme un mélange d'alimens azotés et carbonés ,
une nourriture régéto-animale : sa composition ma-
( 27 )
térielle et ses besoins réclament cette alimentation.
Les proJujs oxigénés ou hydrogénés du règne vé-
gétal et du règne animal fournissent plutôt des as-
saisonncmens que des aliment. L'homme, puisant
en grande partie dans l'air et dans eau l'oxigène et
l'hydrogène- qui lui sont nécessaires , -a besoin de
chercher ailleurs le cartlone ci l'azote. Le régime
gras ou hydrogéné, "la nourriture trop exclusivement
végétale, et peut-être les repas trop copieux que foni
des personnes qui prétendent jeûner, sont donc
contraires à la santé et défendus par l'hygiène.
Peut-être la ferveur -religieuse est-elle augmentée
par ce régime ; mais certainement grand nombre
d'indtvidus eontractentdanscette abstinence et dans
ces excès, dans cet usage de graisses altérées et dans
ce genre d'empoisonnement, des phlegmasies chro-
niques incurables, etc., etc. Ceux qui ont observé
les Russes dans leurs longs carêmes et dans les ex-
cès crapuleux qu'ils font succéder à ces pénibles
privations, savent combien les forces physiques et
morales de ce peuple sont anéanties par ce régime.
Le régime est un puissant moyen de gouverner les
peuples.
Le vin, et, à défaut de vin, les autres liqueurs plus
ou moins alcooliques sont aujourd'hui des besoins
pour rhomme sain, pour l'oisif et pour l'homme
de lettres ou de cabinet, pour l'artisan -et pour4'OB-
Trier ccups a - des travaux plus ou moins pénibles.
Ces boissons, sources de tant de tra*s d'eeprit et
d'inspirations poétiques, comme aussi des jouis-
sances les plus pures, sont favorables à la santé-