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Cours public d'accouchements de M. Verrier (4e année). Historique de l'art des accouchements. Leçon d'ouverture (3 décembre 1866-67), recueillie par M. A. Violli et revue par le professeur

De
29 pages
F. Savy (Paris). 1867. In-8° , 30 p..
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ECOLE PRATIQUE DE LA FACULTE DE MÉDECINE.
COURS PUBLIC
D'HOCHEMENTS
\"^ Y?M TERRIER
\ -' r ■ '" •;'•' W ANNEE)
HISTORIQUE DE L'ART DES ACCOUCHEMENTS
Leçon d'ouverture (3 décembre 1866-6?), recueillie par M. A. VIOLLI
el revue par le professeur.
PARIS
LIBRAIRIE F. SAVY
Bue Hautefeuille, ?4
1867
HISTORIQUE
DE
L'ART DES ACCOUCHEMENTS
Messieurs,
Les premières traces de l'art que nous allons étu-
dier remontent aussi haut que la société humaine;
et les déesses Isis chez les Égyptiens, Diane chez
les Grecs, Lucine chez les Romains, n'ont été pro-
bablement que des matrones qui se sont fait remar-
quer par leur aptitude à soigner les femmes en
couches. Si le premier homme put seul assister .aux
couches de la première femme, les femmes ne tar-
dèrent pas à se rendre mutuellement ce service,
jusqu'à ce que quelques-unes d'entre elles, ayant
plus de goût et de talent pour ces fonctions, s'y
appliquèrent plus spécialement. Telle fut l'origine
des sages-femmes, et, sous ce rapport, on peut dire
qu'elles ont précédé les accoucheurs, de même que
l'accouchement naturel (eutocie) a précédé l'accou-
chement difficile (dystocie) et que l'état de santé a
précédé la maladie. Dans ces temps primitifs, l'art
des accouchements se réduisait à la section du cor-
don ombilical et à sa ligature; rarement les accou-
chements devaient réclamer les secours de la chi-
rurgie,comme encore aujourd'huichez les peuplades
sauvages de l'Afrique ou de l'Amérique.
HEBREUX.
Le plus ancien des peuples dont nous ayons
l'histoire, le peuple hébreu, nous montre, dans la
Genèse (1), que la sage-femme qui assistait au se-
cond accouchement de Rach'el, femme de Jacob,
eut beau, pour l'encourager, lui annoncer qu'elle
accoucherait d'un garçon,Rachel expira en le met-
tant au monde; c'est là la première mention des
accouchements difficiles.
Le môme livre (2) nous parle aussi d'une autre
sage-femme, à l'occasion de l'accouchement de
Thamar qui mit au monde deux jumeaux avec
beaucoup de peine.
Ce sont encore des femmes qui assistèrent la
femme de Phinée, fils du grand prêtre Hélie, dans
l'accouchement malheurenx qu'elle fit à la nouvelle
(l) Ch. xxxv, v. 10 et suiv.
(.2) Oh. XXXVIII, v. 27 et suiv.
— 5 —
de la prise de l'arche, et de la mort de son mari et
de son beau-père (1).
Dans ces diverses citations, les sages-femmes
portent le nom de Méjalledeth que nous pouvons
traduire par matrones. Deux de ces méjalledeth bi-
bliques méritèrent que leurs noms parvinssent jus-
qu'à nous, ce sont Sèphora et Puha que l'un des
Pharaons, qui régnait alors en Egypte, envoya au-
près des femmes des Hébreux, en leur enjoignant
de couper le cordon de manière à faire périr tous
les enfants mâles de ces dernières. Sèphora et Puha
refusèrent d'obéir (-2). Elles répondirent au tyran
que les femmes israélites n'étaient pas comme les
Égyptiennes et qu'elles savaient ce qu'il y avait à
faire, l'accouchement étant généralement fini quand
les sages-femmes arrivaient.
Citons encore, à propos du même peuple, le pro-
phète Ezéchiel, qui écrivait l'an du monde 3408 et
par conséquent longtemps avant Hippocrate. Dans
son chap. 46, v. 4, cet auteur voulant faire ressortir
l'ingratitude de Jérusalem envers Dieu, compare
l'état misérable où cette ville était quand Dieu l'a
prise sous sa protection à celui d'un enfant nou-
veau-né auquel on n'a pas daigné couper le cordon
ombilical. Cui in die ortussuinon est proecisus om-
bilicus. Ce passage prouve clairement que les Juifs
étaient dans l'usage de couper le cordon.
Jusqu'à la captivité de Babylone, l'histoire hé-
braïque ne mentionne que l'intervention des fem-
mes en matière d'accouchement, mais il est proba-
(0 Livre des Rois, eh. îv, v. 19 et suiv.
(2) Exode, ch. 1er, vers. 15 et suiv.
Ble qU'à partir de ce itiohlent, lès Juifs admirent
des hommes dans les cas laborieux, ainsi qilë cela
avait lieu â Babylone d'après le témoignage d'Hé-
rdddte(l).
Les Jiiifs, comme le rapporté l'historien Josèphe,
avaient adopté lëS Coutumes dés peuples chez les-
quels ils avaient vécu longtemps.
Përmëttëz-mbi, Messieurs, de vous citer ici, parce
qu'il se rattache à mon sUjet, tin dërflier trait des
usages de cette race, dont la trace se retrouve au-
jourd'hui dans la purification.
Chez les Jiiifs, ùtië fëtiiirie, après être accouchée
d'uii gafëori, gardait la chambre pendant quarante
jdiirs, et pendant quatre-vingts si elle était accouchée
d'une fille. Le terme expiré, dllé portait ait terriple
un agneau et une tourterelle, ou deux pigeo'ns si
elle était paUvrë. Le prêtre immolait i;agnéah ou
uri des oiseaux, dans un vase de terre au-dessus
d'Uhe ëau vive, trempait l'autre oisôait daiis le sang
dé iâ victime qti'it venait d'immoler, faisait sept
aspersions sUr ia femme, iâ déclarait nette et pure
et laissait i'oisëâu s'envoler.
ËGYF-flÈNS.
Hérodote nous apprend que chaque maladie
ËvËit, chez les Égyptiens, soft guérisseur spécial,
qUi prenait ië nom de ià nialadie qu'il soignait,
comme ici nos auristes, nos oculistes, nos dentistes.
(1) Liv. il, c,h. 85. '
il est donc probable que les Égyptiens avaient aussi
des accoucheurs. Leurs rapports, si anciens, avec
les Grecs rendent cette opinion d'autant plus vrai-
semblable qu'en Grèce, comme nous allons le voir,
les hommes étaient admis pour accoucher les
femmes.
Comment cet Usage d'un peuple qui dut tant d'au-
tres choses aux Égyptiens, ne serait-il pas l'indice
presque certain du même usagé chez les colonisa-
teurs d'Argos et d'Athènes?
GRECS.
L'empirisme des premiers âges devint insuffisant
dès (jUe là civilisation, qui n'est pas toujours l'amie
de là nature et do la simplicité, vint compliquer le
jeu dès fonctions naturelles chez la femme.
La Grèce, qui fut ia première nation du monde
civilisé, fut atissi la première à dogmatiser les
connaissances obstétricales, témoin ies livres hip-
pocratiques.
Cependant, comme tous les peupiës enfants, elle
eut, au Commencement, des sages-femmes, et c'est
là Êë qui ajourna si longtemps le progrès dans
l'art des accouchements, eh maintenant cette
branche importante de la médecine dans la bar-
barie.
Platon et AristOte nous parlent des devoirs et
des droits de la sage-femme. Le premier nous ap-
prend qu'elles avaient, à Athènes, le droit de pro-
poser et d'assortii Ifs mariages, fin volt que le iiié-
Lier d'intermédiaire matrimonial remonte haut. Le
deuxième nous dit qu'avant de faire la ligature,
elles pressaient le cordon dans toute sa longueur,
pour refouler le sang qu'il contenait dans le ventre
de l'enfant.
Aristote loue cette pratique qu'il croit propre à
rendre les enfants plus forts et plus vigoureux.
Nous savons, au contraire, que lorsque l'enfant naît
bleuâtre, cyanose, à la suite de la longueur du tra-
vail, rien n'est plus propre à le ranimer que la
section du cordon sans ligature préalable, et l'écou-
lement d'une cuillerée ou deux de sang.
Cependant la pratique grecque pourrait peut-
être renaître avec à-propos dans les cas, beaucoup
plus rares, où l'enfant, en état de mort apparente,
est pâle et anémié.
Bien que les Grecs ne connussent d'abord que la
sage-femme, ce rôle, chez un peuple si intelligent,
avait bientôt cessé d'être le privilège exclusif d'un
seul sexe, et peu après la guerre de Troie, quand
le cercle des connaissances médicales se fut élargi,
grâce à Chiron, à'Esculape et à ses fils Podalire et
Machaon, les hommes furent admis concurrem-
ment avec les femmes à faire les accouchements.
C'est ce qui résulte du témoignage de l'historien
Hyginus qui raconte même que les lois à Athènes
avaient fini par défendre aux femmes l'exercice de
la médecine.
Mais les Athéniennes, mues par un sentiment de
pudeur excusable, eurent de la peine à s'habituer
à recevoir des secours de la part des hommes.
Alors une jeune fille, nommée Agnodice, prit les
habits du sexe masculin; et, après avoir étudié la
— 9 —
médecine sous Hiêrophile, elle s'adonna à l'art des
accouchements, en mettant clans son secret les
femmes qu'elle devait secourir. Sa clientèle s'était
rapidement étendue, lorsque les médecins jaloux,
— il y en a eu de tout temps — firent condamner
par l'Aréopage, Agnodice comme eunuque et cor-
ruptrice des femmes des citoyens d'Athènes....
mais celles-ci accoururent défendre le médecin de
leur choix, qui, ayant fait connaître son sexe, ob-
tint de ses juges non-seulement la révocation d'une
sentence injuste, mais aussi l'abrogation de la loi
qui interdisait la médecine aux femmes.
Néanmoins les médecins se mirent à traiter
toutes les maladies particulières au sexe, qui jus-
que-là avaient été l'apanage des sages - femmes,
comme nous l'apprennent les récits mythologi-
ques et plus tard les écrits de Galien (4). Les
sages-femmes jouissaient, dans la Grèce antique,
d'une certaine.considération, et l'histoire nous a
conservé le nom de Phanerète, mère de Socrate,
qui exerçait cette profession. Hippocrate fait aussi
mention des sages-femmes (de morbis mulierum,
lib. I, part. 76 et 93). IL les appelle ou.a^j.n-^M.
On les nommait encore, en langage familier p.aiai,
c'est-à-dire maman, ou I-J.-^JM^. Quoique la partie
des écrits d'Hippocrate, qui traile des accouche-
ments, soit inférieure en mérite au reste de ses
ouvrages, on y trouve, en résumé, les connaissan-
ces physiologiques de l'époque, les signes de la
grossesse, l'attitude et la position du foetus, ac-
croupi dans la matrice la tête en haut, d'où la
(1) De locis affectis, — liv.VI, ch. v.
— 10 —
théorie de la culbute, alors qu'il ne trouve pius
dans l'organisme la nourriture qui lui est néces-
saire. Lorsque le foetus veut sortir, nous dit l'au-
teur, il rompt ses enveloppes avec les doigts, et,
s'aidant ensuite des mains et des pieds, il dilate les
parties molles qu'il trouve sur son passage, écarte
les os et arrive ainsi au dehors. La présentation
des pieds est considérée par Hippocrate comme
non naturelle ; et la première manoeuvre qu'il in-
dique est la version céphalique. En Cas d'insuccès,
il conseille l'emploi des instruments tranchants,
pour diviser l'enfant dans le sein maternel et en
extraire les parties à l'aide des crochets.
SI, dans l'accouchement naturel, la tête était déjà
trop volumineuse pour s'engager, le même auteur
vëht qu'on la divise avec un couteau pour la saisir
ensuite avec un compresseur: c'est la première idée
du céphalotribe moderne. Ces préceptes d'Hippo-
cratë nous disent assez que s'il est le père de la
médecine, il ne T'est pas précisément de i'art des
accouchements.
ECOLE D ALEXANDRIE.
Cette école grecque, transplantée sur le sol égyp-
tien, fit fieiirir l'étude des accouchements. Moschiah
composa le premier ouvrage à l'usage des sages-
femmes. Il fit aussi le traité : Dé excisione faitus
nloïtui in utero. /Étius, le plus ancien médecin
chrétien dont nous ayons les écrits, et qui vivait
vers la fin du v° siècle, noLIS à conservé les frag-
— 11 —
liichts d'Aspasie et de Ciéopâtre, célèbres sages-
femmes, auteurs dé cette même école (i).
On y voit que ces praticiennes s'occupaient déjà
de l'avortement, et l'on sait que cette triste spécia-
lité est restée dans les mains de plusieurs de nos
sages-femmes d'aujourd'hui.
Philoménus, Asclépiade, ne craignent plus les
accouchements parles pieds. Paul d'Egineprend le
premier le nom d'accoucheur.
C'est de cette époque que date, dans la pratique,
l'irttfoditetiou du petit travail.
ROMAINS.
Lés Romains, de même que les peuples dont nous
venons de parler, eurent des sages-femmes pour
présider aux accouchements ; on en trouve la
preuve dans Plaute('2), et dànsTérence(3).
On les appelait obstétrices, d'dti le nom d'obsté-
trique donné à la science des accoUchertieilts. Nous
trouvons aussi chez les Romains, d'après les au-
teurs de ce temps-là, une classe de femmes qui
intervenaient dans ia pratique médicale, et que l'on
nommait Sagoe, d'où le docteur Rouyer fait dériver
justement le nom de sage-(emme. (Études niédicales
sur l'ancienne Rome, Paris, 18S9.)
Les attributions de l'esclavage dans la société
(i) Teti-abiblon 4, sërm. iv.
(2) Le Miles gtbfibsus.
(3) L'Andrienne.
— 12 —
romaine favorisaient le rôle de la femme et comme
accoucheuse et comme médecin : les premiers mé-
decins de Rome étant des esclaves, on comprend
qu'à côté de cet abaissement de l'art médical, les
sages-femmes se soient maintenues en possession
de la spécialité qui les touche de plus près ; aussi
continuèrent-elles d'exercer jusque dans la déca-
dence de l'Empire, et Marcellin assure que l'impé-
ratrice Eusébie gagna la sage-femme qui dcvail
accoucher sa belle-soeur, femme de Julien l'Apos-
tat, dont elle enviait la nombreuse progéniture,
pour que cette sage-femme fit périr l'enfant en cou-
pant trop court le cordon ombilical.
Quant à l'obstétrique elle-même, quel était, dans
la période romaine, l'état de la science? quels fu-
rent ses procédés? Nous n'avons point à regretter,
en dehors de l'avortement, si familier à la corrup-
tion de Rome comme d'Athènes, l'absence presque
totale des renseignements'jusqu'aux deux grandes
figures de Celse et de Galien. Notons toutefois que
c'est dans la Rome républicaine que se montre pour
la première fois l'opération de la gastro-hystéro-
tomie pratiquée avec succès sur la femme venant
d'expirer. D'après le témoignage de Pline, c'est par
celte voie que vinrent au monde Scipion l'Africain,
Manilius, et l'un des ancêtres de Jules César, a
cceso matris utero ; ainsi, pour le dire en passant,
le nom d'opération césarienne n'est pas né avec
l'empereur romain lui-même, mais seulement dans
sa famille. D'un autre côté, la main qui ouvrit si
hardiment la vie aux hommes que je viens de citer
ne put être que celle d'un accoucheur ou d'un chi-
rurgien.