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Craintes qu'inspire à un roturier le projet de guerre contre l'Espagne

31 pages
chez tous les libraires (Paris). 1823. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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CRAINTES
QU'INSPIRE A UN ROTURIER
LE PROJET DE GUERRE
CONTRE
L'ESPAGNE.
Pieux donnez-nous la mort plutôt que l'esclavage
VOLTAIRE.
PARIS,
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES.
Janvier 1823
DE L'IMPRIMERIE DE STAHL,
RUE DU CLOÎTRE-NOTRE-DAME, N° 6.
CRAINTES
QU'INSPIRE A UN ROTURIER
LE PROJET DE GUERRE
CONTRE
L'ESPAGNE.
A OUT le monde sait qu'il existe en France deux
partis qui, quoique ennemis implacables l'un de l'autre,
prétendent tous les deux être les amis du Roi. Je ne
leur disputerai pas ce titre glorieux, mais je les aver-
tirai que ma dévise est : Hommage et respect à Dieu,
amour et dévouement à la patrie ,à la Charte, au Roi
et à sa famille. Avec cette devise je me déclare neutre
entre les deux partis, et je ne craindrai point de par-
ler avec la franchise, la sincérité et la naïveté qui ont
toujours caractérisé un vrai Provençal. Si quelques-
uns des membres de ces partis se trouvent offensés des
vérités que je m'en vais leur dire, tampis pour eux ;
s'ils me traitent suivant leur noble habitude, de fou,
d'ennemi de l'ordre, enfin de Carbonani, je m'en-
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moque, parce que je n'écris point pour mériter leur
approbation et encore moins leur estime; mais bien
pour l' intérêt et le bonheur de ma patrie, de mon Roi
et de ma religion. Arrêtez, lecteur, ne m'accusez point
de vanité; réfléchissez auparavant que le hasard peut
faire que le conseil d'un petit roturier soit plus utile
à l'Etat que celui d'un illustre gentilhomme, d'un sa-
vant diplomate, qui ordinairement ne flatte, ne caresse,
ne conseille et n'agit que par intérêt et par avidité pour
les richesses et la grandeur. Par conséquent, daignez
m'écouter et vous me jugerez ensuite. Il s'agit donc de
savoir :
1° Si la France, dans la situation actuelle, peut
faire la guerre ?
2° A quels dangers la guerre contre l'Espagne n'ex-
poserait-elle pas la France et les Bourbons ?
Pour résoudre plus facilement ces deux questions,
jettons un coup - d'oeil rapide sur les événemens qu'a
amenés en France sa dernière guerre contre l'Es-
pagne. Ce tableau est d'autant plus nécessaire qu'il
nous servira à faire connaître au lecteur l'opinion, et
les moeurs actuelles des Français ; les caractères, les
prétentions et les projets de ces hommes qui veulent
à toute outrance engager le Gouvernement à seconder
les bandes des factieux Espagnols.
On sait que la guerre d'Espagne ravit à Napoléon
la confiance, l'amour et l'admiration que les Français,
quoiqu'on en dise, avaient constamment eu pour lui
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depuis son avènement au consulat et à l'empire. La
multitude qui ne peut juger les actions des Souverains
que d'après des apparences souvent trompeuses, ne
vit dans cette guerre qu'une injuste agression, et dans
les procédés de son chef d'alors, qu'un odieux atten-
tat. Aussi des murmures se firent entendre, et pour la
première fois, en butte aux reproches de la nation, ce
capitaine fut accusé de sacrifier à une vaine et coupable
ambition le sang et les trésors de la France. La résolu-
tion subite, imprévue et digne des héros de l'antiquité,
que les Espagnols prirent de se défendre ; l'intrépidité
avec laquelle ils soutinrent pendant plus de quatre ans,
cette résolution, et la perte de l'élite de nos braves dans
la péninsule, vinrent appuyer l'accusation que le peuple
portait contre Napoléon ; enfin, les revers survenus tout
à coup en Russie par une catastrophe sans exemple
dans les fastes du monde, quoiqu'à la suite des plus
brillans succès, finirent par rendre général le mécon-
tentement public. Dès-lors l'énergie nationale se re-
froidit dans toute la France ; et bientôt on arriva de
degré en degré à cette extrémité si fatale aux princes,
où l'âme découragée reste insensible à leurs dangers
et les abandonne au destin. Les puissances étrangères
s'aperçurent de ce refroidissement; elles se liguèrent
toutes contre la France, elles osèrent pénétrer dans son
sein. La crainte de l'esclavage réveilla les Français ;
les étrangers allaient trouver leur tombeau parmi
nous, si Sa Majesté Louis XVIII, qui du fond de son exil
n'avait jamais perdu de vue son peuple, ne fut venu à
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leur secours. Ce monarque connaissait l'ardent amour
des Français pour leur indépendance; il leur octroya
une Charte et par-là il procura à ses alliés le moyen
d'obtenir sur nos guerriers le succès qu'ils avaient vai-
nement cherché depuis vingt-cinq ans. Aussi je ne
craindrais point d'affirmer que lors de la première
rentrée, en 1814, des Bourbons, il n'y avait en France
qu'un seul parti. Le bourgeois, l'artisan, le cultivateur
comme le militaire revirent avec plaisir le frère du
fondateur de leur liberté. La fille de l'infortuné
Louis XVI parut, et le souvenir des infortunes de l'en-
fance de cette auguste princesse acheva de gagner aux
Bourbons tous les coeurs. Des nombreuses démonstra-
tions d'allégresse et d'amour accueillirent et accom-
pagnèrent le Roi et sa Nièce jusque dans le palais de
leurs ancêtres.
Cette union et cet enthousiasme des Français sub-
sistèrent tant qu'il ne fût point question de mettre le
gouvernement en action ; mais lorsqu'il fallut toucher
à l'armée, à l'administration, à la magistrature ; l'or-
gueil , la vanité, l'ambition et l'esprit des partis se
réveillèrent, et l'amour de soi-même l'emporta sur
l'amour de la patrie et de son Roi.
Ces hommes qui se sont toujours follement ima-
giné que le peuple est obligé de ramper à leurs
pieds, osèrent se vanter publiquement que la Charte
n'était qu'un vain simulacre, qu'un prétexte pour
empêcher la guerre civile qui aurait pu éclater, si
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l'on fût entré en France avec les armes, de l'ancien
régime, enfin, qu'un masqué pour couvrir l'exécu-
tion de leurs projets criminels. Ces insensés ne se
gênèrent point. Tandis que le Roi proclamait sagement
l'abolition de tous les impôts vexatoires, l'indépen-
dance de la patrie, le maintien de tous les droits ,
de toutes les autorités et des privilèges de l'armée;
d'un autre côté,' les individus ci-dessus publiaient
partout qu'ils allaient rentrer dans leurs anciens pri-
vilèges, et que la vente de leurs biens allait être causée.
Ils eurent soin d'entourer les ministres; ils en assié-
gèrent les antichambres; ils fermèrent toutes les
avenues du trône, et par-là, la vérité ne put pénétrer
jusqu'au monarque. Alors des officiers, des généraux,
des administrateurs, des magistrats furent, au mépris
des ordres du Roi, renvoyés, destitués; et à leur place
on mit de ces hommes qui ne présentaient aucune ga-
rantie pour le maintien des promesses royales et des
libertés publiques. Enfin , les gens abrutis par une
sotte présomption se croyaient assez habiles, assez
forts pour obliger un souverain de violer son serment,
et pour renverser la liberté que tout un peuple avait
acquise par 25 ans de révolution et des sacrifices im-
menses. Le gouvernement ne chercha pas à imposer
silence à ces insensés. Qu'arriva-t-il ? deux partis se
formèrent» Comme à présent ils s'attaquèrent à la
tribune nationale, dans les journaux, par des libelles,
par des caricatures dans les lieux publics, enfin, par-
tout où ils se ncreontraient. Le peuple frémit pour son
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indépendance, et l'armée s'indigna des affronts qu'on
lui adressait impunément chaque jour.
Napoléon, qui du fond de son île n'avait cessé d'avoir
les yeux fixés sur la France, et de rêver dans sa tête
quelques projets capables d'alimenter et de satisfaire
son insatiable ambition, s'aperçut des troubles et des
craintes que les folles prétentions de certains insensés
avaient fait naître parmi les Français ; il se hâta d'en
profiter. Il débarqua à la tête des 800 hommes ; il pro-
mit Ja liberté, et en vingt jours il arriva dans la capi-
tal sons tirer un coup de fusil. Je demanderais à ces
gens qui voudraient engager le gouvernement à at-
taquer la constitution espagnole, quels étaient les
motifs du silence d'une partie des Français, de
l'enthousiasme de l'autre partie, et de l'armée à
embrasser la cause de ce capitaine qui, neuf mois
auparavant, ils avaient abandonné à son sort? ils n'o-
sèrent sans doute me répondre ; mais j'entends l'histo-
rien impartial me dire pour eux : « Ce sont les affronts,
" les outrages, les injures dont des insensés avaient,
» au mépris des ordres du Roi, abreuvé nos braves ;
" les menaces qu'ils avaient faites au peuple, les in-
» tentions qu'ils avaient impunément manifestées de
» faire revivre la féodalité: » Vous voyez donc, par-
tisans de la guerre, que la crainte de l'esclavage avait
seul décidé la France à se soumettre de nouveau à
l'homme qui l'avait tourmentée durant vingt-cinq ans.
Napoléon entra avec des promesses de liberté et de
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paix ; mais il ne tarda pas à nous laisser entrevoir que
ces belles promesses n'étaient que des chimères,
qu'une ruse pour rattrapper son ancien déspotisme;
il ne nous donna qu'un fantôme de constitution. Qu'ar-
riva-t-il? Nos troupes seules montrèrent du dévoue-
ment et du courage non pour la conservation de leur
chef, comme on l'a dit, mais bien pour la défense de
leur patrie et de son indépendance. Hélas ! l'énergie
des soldats est un secours bien faible pour une nation,
lorsqu'elle n'est pas secondée et soutenue par celle dès
citoyens ! Aussi nos braves succombèrent.
Nous nous rappelâmes tout à coup que dès que
notre sage Monarque sût que des insensés avaient osé
faire soupçonner ses promesses et ses intentions, il
avait couru dans le temple de la représentation natio-
nale. Là, devant Dieu, et en présence de nos Députés,
à la barbe des traîtres, il avait juré, ainsi que toute sa
famille, de défendre et de maintenir la Charte qu'il
nous avait octroyée. Et certes, pouvions-nous douter
des sentimens bienfaisans, des engagemens bien for-
mels du petit fils d'Henry IV ? Aussi nous le reçumes
une seconde fois avec enthousiasme et dévouement.
Les alliés seuls abusèrent de sa bonté. Ils se répandi-
rent par tous les côtés dans le sein de la France. Ils
obligèrent notre Roi de licencier son armée ; cette
opération terminée, ils nous posèrent des conditions
les plus dures. Ils nous enlevèrent nos canons, nos
vaisseaux, nos munitions ; ils dégarnirent nos arse-
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naux et nos places fortes. Non contens de ce manque
de bonne foi, ils nous imposèrent des milliards, et
jusqu'à leur entier paiement, ils nous forcèrent de
nourrir et entretenir plus de trois cents mille de leurs
soldats.
Ces conditions, quoique énormes n'auraient pas
affaibli la France, si ces hommes, abrutis par l'esprit
de faction, imbus des principes insensés, eussent pu
se conformer aux ordres positifs, aux sages intentions
du Monarque et de son auguste famille; mais l'orgueil,
la vanité et la présomption n'ont pas de remèdes. Ces
hommes, fiers de la présence des étrangers, s'empa-
rèrent tout à coup de la personne des ministres ; ils as-
siégèrent encore les antichambres des premiers fonc-
tionnaires de l'Etat; ils fermèrent de nouveau toutes
les avenues du trône, et la vérité ne pénétra plus au-
près du Souverain. Alors le sang français coula sur
l'échafaud ; l'exil et la proscription reparurent. Heu-
reusement pour la France et les Bourbons, cette
chambre, dont nos derniers neuveux ne se rappele-
ront qu'avec horreur en même temps qu'avec admira-
tion , parce qu'elle aura sauvé leurs pères, commit
tant d'atrocités que le Monarque en fut instruit. Il se
hâta de la dissoudre, de destituer ses infidèles minis-
tres ; et la joie, lé bonheur et la liberté revinrent parmi
nous. Les nouveaux ministres résistèrent quelque
temps aux efforts, aux solicitations et aux prétentions
des partis; mais cette sage résistance ne fut pas de
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longue durée. Plus imprudens et plus audacieux que
leurs prédécesseurs, ils parlèrent de vouloir saper la
Charte. Un pair osa, en pleine tribune, demander la
modification de ce bouclier de notre liberté ; à cette
nouvelle des milliers d'adresses partirent comme un
éclair de tous les coins de la France pour le trône; les
ministres et leur parti directeur reculèrent devant tant
d'armes meurtrières; mais bientôt ils se servirent d'un
crime affreux, pour tromper notre Monarque, bâil-
lonner ses sujets et tenter d'accomplir leurs projets
criminels. Le peuple se leva encore, et quoique ces
insensés eussent l'audace de faire publiquement sabrer
ceux qui criaient vive la Charte et le Roi! ils ne pu-
rent entièrement réussir. Mais qu'en est-il résulté?
Hélas ! faut-il le dire ! faut-il l'apprendre aux étran-
gers ! faut-il braver la fureur et la barbarie des partis !
Oh! oui, un vrai Français, un véritable ami du Roi et
de sa famille ne doit rien craindre, il doit dire la
vérité.
Eh bien, depuis cette époque d'exécrable mémoire',
la France est déchirée, vexée, tourmentée par les
deux partis; elle est sans commerce, sans industrie,
entièrement et exclusivement livrée à la pensée de re-
pousser le joug qu'on voudrait lui imposer; elle est
chargée de dettes et d'impôts qui la dévorent. Les
prisons sont encombrées des malheureux commer-
çans, des faillis forcés, quelque fois volontaires, et des
victimes des partis ; les tribunaux ne sont presque plus
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occupés qu'à prononcer sur des accusations, des dé-
nonciations portées par la fureur des factions ; les lois
sont foulées aux pieds, ou interprêtées en faveur du
plus fort. Elle est avilie, démoralisée, parce quelle est
forcée de laisser exister des institutions honteuses,
contraires à la société, et de lever des impôts désho-
norans. Elle n'a plus aucune considération, aucune
suprématie dans l'état politique de l'Europe. L'a-t-on
appelée dans les divers congrés tenus depuis sept ans?
A-t-on demandé son approbation au partage de la Po-
logne ? A-t-on exigé son consentement pour rendre les
Ioniens esclaves des Anglais? A-t-on pris son avis
pour décréter l'avilissement de deux peuples qui
avaient brisé leurs fers en Italie, et pour l'occupation
de leurs territoires? Lui permet-on de s'opposer au
massacre des chrétiens de l'Orient? Si on l'a admise
au congrès de Vérone, nous ne devons cet honneur
qu'à la sagesse de notre Roi ; et encore quel rôle lui
a-t-on fait jouer? Comment l'a-t-on considérée? Nous
vous laissons libres, nous a-t-on dit, défaire la guerre à
l'Espagne ; mais vous ne pouvez néanmoins avoir une
armée plus forte que celle que nous vous avons fixée
par le traité du 20 novembre 1815. Si vous succombez,
nous ferons avancer nos troupes sur votre territoire.
Est-ce là, je le demande, avoir de la considération
pour une nation ?
Mais, supposons que la France eut l'autorisation
d'augmenter ses troupes , comment ferait-elle pour