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David (d'Angers) : poëme couronné par l'Académie des jeux floraux, concours du 3 mai 1864 / par Julien Daillière,... ; Académie des jeux floraux

De
19 pages
impr. de Rouget frères et Delahaut (Toulouse). 1864. 20 p. ; in-8.
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A LA VILLE D'ANGERS.
f * ! O
r!l C
ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX.
DAVID (D'ANGERS) (\
POEME
Couronné par l'Académie des Jeux Floraux, Concours
du 3 mai 1864 (2);
Par M. JULIEN MILLIÈRE,
-BiUHothécaire de t'UtuversHë , à la Sorbonne.
1 1.,
Le reflet de sa gloire éclaire son berceau.
1.
"DES grands hommes que l'on admire,
Qu'ils soient les maîtres de la lyre,
De la palette ou du ciseau,
Quand ils sont parvenus au faîte de la gloire,
On aime à rechercher au fond de leur histoire ,
Ou le départ ou le berceau.
— Qui sculpta ces géants aux radieuses têtes
Philosophes , guerriers , orateurs ou poëtes
De tous les points du monde assemblés à la fois ?
Quel homme assez puissant usa toute sa vie
A jeter pêle-mêle en cette galerie
Un tel encombremeut de rois?
(1) litau-uratioii du buste monumental de David , à Angers , dans
la Galerie de sculpture, le 12 mars 1863.
(2) Violette d'argent ( prix du Poëme ).
9
— A —
Aux premiers pas du statuaire
Glorieux fils de la cité ,
Qu'était ce brillant sanctuaire
Par le maître angevin si richement doté (1)?
Notre siècle venait d'éclore ;
La voix tonnante du canon
Avait, du couchant à l'aurore,
De la France porté le nom.
Mille splendeurs allaient paraître
Au ciel de l'immortalité :
De sa tombe ressuscité,
Plus d'un héros devait renaître
Sous le ciseau vivant du maître
Pour l'œil de la postérité !
Et l'enceinte aujourd'hui transformée en un temple
Et qui de l'avenir éblouira les yeux ,
Où, plein d'un saint respect, j'admire et je contemple
Tant de prophètes et de dieux,
Était, si je reporte un regard en arrière,
Au seuil de la vaste carrière,
Le plus humble des ateliers.
Quelques bustes épars décoraient les murailles,
Appelaient autour d'eux, au bruit de cent batailles,
L'essaim distrait des écoliers.
(1) La Galerie de sculpture, qui porte son nom, s'élève dans le
lieu même où David, enfant, reçut sa première leçon de dessin.
-5-
Et c'est là, pressentant sa haute destinée,
Que, le cœur tourmenté d'un vague et noble espoir,
Après avoir gagné le pain de la journée,
Un pauvre enfant venait s'asseoir.
— Sous l'œil de la cité, cette commune mère ,
Studieux , éclairé du céleste rayon,
C'est là qu'avec ivresse il sentit son crayon
Animer la feuille éphémère !
Le front dans ses deux mains, quelquefois il rêvait
Qu'il fallait des héros à l'aitière stature ,
Et le maître attentif pas à pas le suivait,
Et ravi, saluait dans sa vive nature
Une aurore qui se levait !
Ce maître que l'Anjou doit bénir d'âge en âge,
Aura dans ce beau jour sa part de notre hommage.
C'était un de ces cœurs naïfs et généreux
Qui du culte de l'art sont les fervents apôtres ,
Qui recherchent l'ombre pour eux
Et jamais ne sont plus heureux
Qu'en faisant au soleil briller le nom des autres !
Un de ces maîtres bien-aimés
Qui pouvaient s'illustrer, et qui bornent leur gloire
A revivre dans la mémoire
Des disciples qu'ils ont formés ;
— 6 —
De ces maîtres, enfin , qu'un îeflef illmniffe.
Lorsque, sous la palette ou le ciseau de feu
Du peintre ou du sculpteur que leur âme deviire ,
Ils ont surpris un jour l'étincelle divine
Au front prédestiné touché du doigt de Dieu !
Et c'est, ô Providence , à cette même place
Où Delusse enseignait dans sa modeste classe,
A cette même place , où , sur son piédestal
Ce marbre encor voilé fièrement se repose ,
Que l'enfant, que David. orgueil du sol natal,
Grandissait pour l'apothéose !
II.
De cet asile hospitalier
A l'heure dite" il rentre au sein de l'atelier
Où, docile ouvrier, à la voix de son père (1) ,
Il revient chaque lendemain
Suivre de l'œil et <\e la main
La guirlande de chêne à la feuille légère !
(1) Le père de David était un habile sculpteur sur bois. «. C'est
lui qui a exécuté les recommandables travaux qui ornent les boise-
ries de la cathédrale. Il destinait soj) fils à suivre sa laborieuse
carrière. »
( Discours de M. Nontrienxf maire tl'Angers. ) -
- 7 -
Mais, inquiet, fiévreux, sous le toit paternel
Il étouffe ; son âme ardente
Aiglon qui sent pousser son aile indépendante
Veut l'air, et veut l'espace illimité du ciel (1) !
111.
Ce ciel qu'à l'horizon son œil perçant découvre ,
Pour l'artiste inspiré c'est Paris, c'est le Louvre,
C'est le grand prix à conquérir !
Celle porte du temple aux splendides merveilles
Quel Dieu, s'écriait-il en ses brûlantes veilles ,
Quel Dieu viendra pour moi la forcer ou l'ouvrir?
— Sèche tes pleurs , enfant! — Le temple de lui-même
Va s'ouvrir, à la voix de la cité qui t'aime ;
Elle comprend tes vœux , sourit à tes efforts.
Pars, mon fils, lui dit-elle,
Sous ce ciel éclatant va déployer ton aile
Et qu'un astre nouveau se lève sur nos bords !
Marche, sans hésiter , poursuis, ouvre la route
Que, peintresousculpteurs, d'autres suivront sans doute.
Travaillez, ô mes fils, je serai votre appui ,
Et je ferai pour vous ce que je fais pour lui (2) !
(1) « Le vieil artiste comprimait ses élans ; il savait ce que coù-
» tent les désillusions , et il voulait éloigner de son fils leurs amers
» chagrins. »
( Discours de M. Montrieux. )
(2) Lenepveu , grand-prix de Rome ; Dauban, directeur du
Musée ; Arnaud , Taluet, statuaires , etc.
- 8 —
IV. -' - : - ■
Bientôt son front brilla d'une vive auréole !
Et trois fois couronné, David n'oublia pas
La cité qui soutint, qui dirigea ses pas.
Gardant te souvenir de la modeste école,
Il envoyait à son berceau
Le marbre précieux que taillait son ciseau
Sous l'œil des dieux du Capitole !
Admirables essais , purs et premiers rayons
De l'astre éblouissant qu'aujourd'hui nous voyons
Etinceler dans cette enceinte.
Et déjà du sculpteur on reconnaît l'empreinte
Dans la mâle vigueur du héros expirant
Qui, prêt à s'envoler aux voûtes éternelles ,
Baise son bouclier , et s'écrie en mourant :
« Je lègue à mon pays deux filles immortelles (1) » !
V.
Il travaille , grandit, médité ; — et tous les ans
II enrichit l'Anjou de merveilleux présents.
fi) Bas-relief d'Epaminondas, grand prix de Rome, 18H. « C'est
» une page de Plutarque, traduite avec une majestueuse simplicité
» et une élégance antique et sévère. »
1. ( Hip. Durand, Essai sur David. )

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