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De l'éducation publique et des moyens d'en réaliser la réforme projetée dans la dernière Assemblée générale du clergé de France ([Reprod.]) / par M. l'abbé Proyart,...

De
233 pages
Vve Hérissant et T. Barrois (Paris). 1785. Éducation -- France -- Ouvrages avant 1800. 3 microfiches acétate de 49 images, diazoïques ; 105 * 148 mm.
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D E
L'ÉDUCATION
PUBLIQUE.
D E
L'ÉDUCATION
PUBLIQUE,
ET des moyens d'en réalifer la
réforme projetée dans la derniere
AJJemblée générale du Clergé de
France.
PAR. M. l'Abbé PROYART,
De plufieurs Académies Nationales &
Etrangeres Principal du College
Royal du Puy.
A PARIS,
M. DCC. LXXXV.
Avec Approbation & Permifion.
a iij
PRÉFACE.
Lorsque le Corps Epifco-
pal s'occupe lui-même des moyens
de procurer la réforme de l'Edu-
cation publique, & que tous les
Prélats de France confultés ( i )
doivent communiquer â la pro-
chaine Affemblée du Clergé, leurs
lumieres & leurs vues fur cette
importante & difficile affaire, je
renoncerois fans doute, au def-
fein de mettre au jour mes idées
(i) Voye^ la Lettre circulaire de MM. les
Agens Généraux du Clergé de France, du
8 Nove:nbre 1780.
vj PRÉFACE.
particulières fur le même fujet
fi la.profeffion que j'exerce ne
follicitoit l'indulgence, & ne fem-
bloit autorifer mon entreprisse.
Placé, depuis vingt ans, dans
les poiles les plus favorables aux
obfervations relatives au régime
des Colleges qu'il 's'agit de ré-
former, feroit-il furprenant que
j'offriffe aujourd'hui à l'Affemblée
du Clergé un réfultat affez com-
plet de ces obfervations Seroit-
il Surprenant que j'euffe affez bien
faifi certains rapports qui échap-
pent dans le lointain aux yeux les
plus pénétrans & fur lefquels
l'expérience .peut. calculer mieux
que le génie ?
C'EST généralement qu'on fe
PRÉFACÉ, vij
a iv
plaint des Colleges dans les Pro-
vinces, & il me femble qu'on
peut dire, fous différens rapports,
que l'on a raifon de le faire, &
auffi qu'on le fait à tort. Il y a
dans les Colleges des abus dignes
de réforme il faut en convenir;
mais une partie de ces abus eft
la fuite naturelle du régime ac-
tuel de ces établiffemens &
l'autre eft fouvent l'ouvrage de
ceux mêmes qui fe plaignent le
plus des Colleges & qui dé-
clament le plus amerement contre
eux. Ceft ce que feroit fen-
tir, d'une maniere affez curieufe
le Principal d'un Collège nom-
breux, s'il lui étoit permis de
révéler fa correspondance d'une
viij PRÉFACE.
feule année avec les parens de
fes Eleves c'efl-là où parmi un
bien petit nombre d'obiervations
fcnfées l'on trouveroit raffem-
blés tous les faux principes d'E-
ducation, toutes les demi-vues &
tous les fy (rimes bizâres toutes
les petiteffes & toutes les préten-
tions infoutenables toutes les in-
conféquences & tous les repro-
ches déraifonnables qui retentif-
fent fans cène aux oreilles d'un
homme chargé de l'Education
publique & dont l'effet naturel
eft de fatiguer fa confiance &
d'altérer à la longue la fageffe
de fes principes c'eft-là auffi où
le plus judicieux Observateur
où le plus fage Interprète de la
raifon trouveroit de quoi Se con-
PRÉFACE. ix
vaincre que rien ne feroit plus
chimérique que de prétendre of-
frir des vues fur l'Education, qui
obtinffent un fuffrage univerfel
c 'eft -là, fur-tout, où je découvre
moi-même la certitude inévitable
de rencontrer des Critiques comme
des Approbateurs de ce que je
vais dire. Mais, dans la théorie
comme dans la pratique, nous
devons nous eftimer heureux de
pouvoir oppofer aux préjugés,
& à 1 improbation même des peres,
fefpérance de nous rendre utiles
aux enfans.
Ce n'eft pas cependant qu'il
ne fe trouve encore des hommes
expérimentés dans la conduite
de la Jeunette; il en eft, & j'en
connois plus d'un, dont je ref-
x PRÉFACE.
pèserai toujours les lumieres
fans craindre leur critique. Aufh,
loin de vouloir éviter ces Guides
fages & induits, j'irai à leur ren-
contre & je leur déclare qu'ils
ne fauroient me faire plus de plai-
fir que de difcuter mes opinions
fans ménagement je ne rends
même ce Mémoire public que
pour provoquer, en quelque forte,
le trop rnodefte favoir de ces
» Maîtres de l'Art & fixer leur
attention fur un Sujet qui- de-
puis vingt ans a trop exercé les
efprits fyftématiques & pas affez
le vrai Sage & l'homme du mé-
tier. Jamais la circonflance ne fut
fi favorable qu'ils s'empreffent
donc de mettre auffi en commun
le fruit de leur expérience; qu'ils
PRÉFACE. X.
combattent s'il en eft befoin,
mes raifons par des raifons plus
folides qu'ils oppofent à mes
obfervations des obfervations plus
réfléchies qu'ils fubftituent à
mes idées des idées plus heu-
reufes. C'eft ainfi c'eft d'après
nos explications, qu'un fage &
judicieux Réda&eur pourra faire
éclôre de nos opinions combi-
nées, ce plan général de réforme,
fimple & bien ordonné que
l'Affemblée du Clergé fe propofe
de mettre fous les yeux de Sa
Majefté.
EN relevant des abus que leur
notoriété nous difpenfe de difli-
muler, je fuis fort éloigné de
fonger à faire aucune application
*ij PRÉFACE.
particulière je délàvoue même,
d'avance, celles que la malignité
pourroit faire mais on fent bien
auffi qu'il feroit inutile de parler
de réforme dans les Collèges fi
toutes chofes y étaient: dans l'or-
dre. J'avancerai néanmoins qu'il
feroit difficile à la plupart des
Principaux des Colleges, dans nos
Provinces de s'expliquer avec
autant de franchife que moi fur
les abus dont ils peuvent être té-
moins, fans s'expofer au reproche
de vouloir exercer leur critique
fur les Maifons qu'ils habitent.
Pour moi, graces aux plus heu-
reufes circonstances, je me trouve
-à l'abri du plus léger foupçon à
cet égard. On fait affez, dans
.cette Province, que l'union & la
P R É F A CE. xiif
bonne intelligence regnent entre
mes Coopérateurs & moi on fait
que la fageffe, la modération, le
zele du bien public, animent éga-
lement le Préfident de notre Bu-
reau & les Membres qui le com-
pofent on fait qu'à la retraite de
mon Prédéceffeur, la Compagnie,
pleine de confiance en fon Chef,
le pria de faire le choix d'un nou-
veau Principal on fait enfin
qu'ainfi fecondé par MM.. nos
Adminiftrateurs Monfeigneur l'E-
vêque du Puy créa flans notre
College le nouvel ordre de cho.
fes qui y règne qu'il y établit
un Pcnfionnat, qui, dès fa naifr
fance obtint une confiance mar-
quée du Public confiance qui
alla toujours croiffant lorfque les
xiv PRÉFACE.
peres de famille eurent appris
qu'un Prélat, auffi diftingué par
fes lumieres que respectable par
fes vertus fe faifoit une affaire
perfonnelle de l'Education de
leurs enfans que, voulant tout
voir, & fuivant tout par lui-même,
& dans le phyfique & dans le
moral, il entroit, fous ce double
rapport, dans des détails qui
échappent fouvent aux peres
mêmes, & dont la tendreffe ma-
ternelle fent feule tout le prix.
Bien loin donc que des 'mo-
rifs particuliers & le .moindre
intérêt perfonnel, puiffent m'en-
gager à defirer de voir s'établir
ici un nouvel ordre, je m'«m-
prefferai de rendre hommage à la
vérité en .disant que le vice du
PRÉFACE. xv
régime général des Colleges eft fi
bien corrigé dans celui-ci, par la
fageffe de l'Adminifliration ac-
tuelle, que tant qu'elle fubfif-
tera, dans foii Chef & dans fes
Membres la Principalité du Col-
lege du Puy fera un des poftes
les plus gracieux en fon genre
qu'il y ait en France.
Comme les éclairciffemens que
demandent MM. les Agens-Gé-
néraux du Clergé fur certaines
particularités locales & relatives
à chaque Diocefe, ne fauroient
appartenir à un plan général, je
n'ai à répondre qu'à quatre quef
lions principales & enentielles,
qui font la cinquieme la fixieme,
xvj PREFACE.
DE
la Septième & la huitieme de la
Lettre circulaire adreffée aux Pré-
lats du Royaume.
A
DE
L'ÉDUCATION
P U B L I Q U E,
E T des moyens d'en rèalifer la réforme
projetée dans la dernière Affemblée
générale du Clergé de France
QUESTION
De MM. les Agens Généraux du
Clergé.
Quels font les inconvéniens de tadmi-
mjlration introduite par tEdit du mois de
Février 176 j dans les Collèges ci-devant
confiés aux Jéfuites & quel feroit le
remede à ces inconvéniens ?
RÉPONSE.
Ajorsqu'en 1762 on agitoit, dans
le Cabinet de Verfailles, la grande
affaire de la fuppreffion des Jéfuites
DE L'EDUCATION
en France, le Dauphin Pere de
Louis XVI, s'adreflant aux Miniftres
qui fôrmoient le Confeil leur dit
Il me femble Meffieurs, qu'avant
que de conclure pour la diflblution
» de cette Société il faudroit favoir
» quelles font nos reflburces pour l'é-
» ducation de la jeunefle dans nos
Provinces»(0. Réflexion bien digne
du Sage qui la faifoit. J'ignore (i l'on
y répondit alors & ce qu'on y ré-
pondit mais, ce que prévoyoic ce
grand Prince ce qu'il craignoit il y
a vingt trois ans, nous l'éprouvons
aujourd'hui; & le fentiment du Clergé
de France touché de l'état a3uel de
PEducation publiqrce ( i ) eft depuis
trop long-temps un fentunent com-
mun à tous les gens de bien.
( t ) Vie du Dauphin, Pere de Louis XVI.
( a ) Lettre circulaire de MM. les Agens-
Généraux du Clergé.
PUBLIQUE. 3
A ij
En vertu de l'Edit du mois de Fé-
vrier les Collèges évacués par
les Jéfuites Eureut confiés pour l'ad-
miiriftraciqn, tant de la difcipline que
du temporel àfdé's compagnies aux-
quelles on douaa le nom de Bureaux.
Un Bureau eft donc un aflèmblagc
de plufieurs hommes. Je n'en dirois
pas davantage à quicoAnoît les hom-
mes, & te croirais lui avoir prouve
que la discipline d'un College ne doit
pas dépendre d'un Bureau. Je fais que
les Gouvernemens Républicains font
Soumis en tout à la volonté de plu-
fleurs; } mais je fris anffique nous
n'avons qu'à..lire les papiers étran-
gers ^pour nous conyaioerc que l'on
voit en grand dans ces Etats ce que
nous voyons en petit dans nos Col-
lèges des divifioas des, diiïentions
que
j'yremarque pas à l'a-
yantage du régime des Collcges, c'cH
que la fortune particuliere des Admi-
4 D L'EDUCATION
niftrateurs de la République eft atta-
chée à leur bonne adminiftration
au lieu que les Adminiftrateurs de
nos Colleges peuvent goûter toutes
les douceurs de la .1 paix, domeftiquè,
tandis que les maisons qu'ils admi-
niftrent fe trouvent dans un état vio-
lent & orageux.
Les Bureaux cependant ont, géné-
ralement parlant amélioré lé tem-
porel des Collèges & cela devoit être
ainfi. Ces compagnies font compofées
de peres de famille, ou de perfonnes
verfées dans les affairas, ,Il y a, pour
la conduite économique dés biens,
certains principes reçut,' certaines
regles invariables dont H fuffit de ne
pas, s'écarter pour obtenir lé réfultac
qu'on s'étoit promis. Le nombre
d'ailleurs loin de nuire des opé-
rations de 'finances ;,ne, peut que les
perfectionnez & plus
il y a d'yeux ouverts Tur un tréfor
plus il eft en fureté; au lieu que l'cx-
PUBLIQUE,
A iij
périence nous apprend que tout ce
qui prête naturellement aux inter-
prétations arbitraires, tout ce qui
peut s'offrir fous différentes faces aux
différens fpéculateurs tout ce qui
peut devenir affaire de faveur ou de
prévention, &, par-là même, tout
ce qui concerne la police intérieure
& la difcipline d'une maifon n'eft
jamais bien tenu, & ne fauroit l'être
que par un feul.
Je ne fache pas qu'en aucun en-
droit les Bureaux des Hôpitaux ou
des autres Maifons publiques, foient
chargés en corps de l'adminiftration
de la difcipline, comme ils le font
du temporel; & ce. feroit fans doute,
un étrange régime pour une Maifon
telle que l'Hôtel-Dieu dé Paris, par
exemple, que l'autorité fur les Sujets
qui la deuervent réfidât tellement
dans le Bureau qu'on pût toujours
en appeller à lui comme d'abus des
difpofitions ou des ordres particuliers
De l'Education
de la perfonne chargée du maintien
du bon ordre dans la Communauté.'
Tel eu: cependant le régime de nos'
Colleges auffi quels abus. n-'y a-t-il
pas introduits ? en voudroit-on des
preuves ? Elles font parlantes & il
n'eft point de Collège qui ne puifle
en offrir. En combien d'endroits le
choix d'un Principal, la hominatfotf,
ou la deftitution d'un Régent f ini
terprétation d'un article du Régie-*
ment, & quelquefois des affaires de
très-peu d'importance, n'ont elles
pas été conduites par cabales. & ter-
minées par des débats & des contef-
tations entre les Adminiftrateursj?
Eft-il rien de plus, ordinaire que de
Noir les Bureaux partagés en deux par-
tis-; dont l'un porte TAffemblée lia
volonté. déterminée de rejeter oa>de
combattre tout ce que l'autre. pro>-
pofera? N 'ente ud-on pas tous les jours
les Membres fe plaindre de.leur Chef;
& le Chef accufer les Membres ?
PUBLIQUE. 7
A iv
Voulez-vous écouter le Principal ? il
vous dira, que rien n'eft plus cmbar-
raffanc pour lui que de régler fa con-
duite au milieu de ces fchifmes con-
tinuels que, pour avoir voulu le
ménager tous les partis, il les a tous
aliénés; que les Affemblées du Bureau,
où il devroit trouver les encourage-
mens dont il a befoin, ne font pour
lui que des répétitions de fcencs défa-
gréables qu'il paroît moins dans ces
Aflèmblées comme un confrere qui
vient délibérer avec fa Compagnie,
quecomme un fubalterne appellé pour
rendre compte de fa conduite qu'on
affecte de fermer les yeux fur le bien
qu'il fait, & de ne les ouvrir que fur
celui qui lui échappe qu'au défaut
de torts réels on lui en fait de ce qui
devroit lui mériter des éloges que
chacun fe croit en droit de le gour-
mander & de lui faire le procès, au-
jourd'hui fur des plaintes portées par
un Régent qu'il veut rappeller à fon
8 De t' Education
devoir, demain fur des bruits popu-
laires, ou des dénonciations mali-
cieufes de Sujets indifciplinables, &
de parens aveugles qui fe font les
Avocats intrépides de tous les torts
de leurs enfans.
Nous voyons auffi & nous voyons
[ou vent qu'un particulier fait feul
tout le Bureau. Les chofes n'en vont
pas plus mal, fans doutc quand c'eft
la tête la mieux organise qui a pris
cet amendant. Le College alors fe
trouve fous le régime Monarchique
bien ordonné. Mais il eft d'expérience
que ce font les têtes ardentes, les ca-
ractères opiniâtres les efprits inquiets
& fyftématiques qui s'agitent le plus
pour dominer leur Compagnie &
ils parviennent, à la longue, finpn
a la fubjuguer, au moins à fatiguer
& dégoûter les gens de bien. On
aime fa tranquillité on craint de fe
compromettre on fe laffè de lutter
contre un homme inflexible ou vio-
PUBLIQUE. 9
A v
lent on lui abandonne enfin le
champ de bataille & avec d'autant
moins de regret ici, qu'on n'y combat
point pour des intérêts perfonnels.
Autre fource d'abus dans les Bu-
reaux, au moins dans certaines Pro-
vinces il efl porté, par l'Edit de Fé-
vrier que l'Archevêque ou
Evêque pourra en cas d'abfence, le
faire remplacer au Bureau. Ce dont
le Légiflateur a voulu faire une ex-
ception on l'interprète & on le fuit
comme règle en forte que l'Aflem-
blée du Bureau, aujourd'hui compo-
fée de l'Archevêque ou Evêque du
Lieutenant-Général du Procureur du
Roi-, du Maire de la Ville ou du pre-
mier Echevin, pourra l'être demain
du plus jeune des Confeillers du'Siege
qui préfidera pour le Lieutenant-Gé-
néral, du Commiuaire de l'Arche-
vêque ou Evêque, d'un Avocat du Roi
qui tiendra la place du Procureur da
Roi du fixieme Echevin qui reni-
lo De L'EDUCATION
placera le Maire de la Ville, & du
feptieme Echevin qui remplacera le
premier. Le Principal abfent n'auroit
pas moins de droit de fe faire repré-
fenter par fon Sous-Principal d'où il
peut arriver, & d'où il eft arrivé quel-
quefois, qu'âne délibération prife
avec unanimité de fumages dans une
AflTemblée à été mife au néant par
une délibération contradiftoire de
l'Aflemblée fuivante.
Paflbns de la falle du Bureau dans
l'intérieur du College autres abus
& bien plus fenfibles encore. En füp-
pofant même que le Principal ait eu
le talent, ou le rare bonheur de fe
concilier la bienveillance du Bureau,
je demande comment il vit avec fes
Profefleurs & Régens, & comment
ceux-ci vivent entre eux ?
Le Principal il eft vrai fe trouve
chargé, par l'article XX de l'Edit déja
cité, de maintenir dans le Collège
tout ce qui concerne- 11, difeiplinc.
PUBLIQUE. If
A vj
Mais, pour qu'il pût maintenir la dit:
cipline il faudroit qu'il eût une au-
torité qu'il n'a pas il faudroit qu'il
fût véritablement, & comme on le
qualifie, le Chef du Corps enfeignant;
au lieu que, dans le fait, il n'exerce
fur ce Corps qu'une infpe&ion fubor-
donnée plus propre à le rendre odieux
qu'à le faire refpe&er &, comme fi
l'on envioit encore au Principal le
fimulacre d'autorité que le commen-
cement de l'article XX fembleroit lui
attribuer on ajoute qu'un Adminif-
trateur fera nommé par le Bureau
pour veiller conjointement avec le
Principal & que, fur le rapport dudit
Adminiftrateur co-veillant ( non fur
celui du Principal ), il fera ftatué ce
que de raifon d'où il réfulte, à^aon
avis, que, par-tout où il n'y a pas de
Penfionnaires à diriger le Principal
eft un vrai hors d'oeuvre & de tons
les êtres qui entrent dans la cômpo-
il De l'Education
fitiofr d'un Collège le moins utile à
fon organifation.
Il peut y avoir certains Collèges,
& je fais qu'il y en a, où le Principal
cft l'homme de confiance du Bureau,
& le dëpofitaire connu de fon auto-
rité pour tout ce qui concerne lâ dif-
cipline mais, fans prendre l'excep-
tion pour la règle il faut convenir
que, généralement parlant, les Pro-
fefleùr* & Régens, ne reconnoiflànt
pour chef que le Bureau, n'en ont
véritablement aucun dans l'intérieur
du Collège qui puiflè éclairer leur
conduite, & la diriger efficacement.
Le Principal le mieux intentionné, &
le plus zélé même pour le bien, craint,
s'il eft fage, de fc compromettre au-
près de gens qui connoiflènt les bor-
nes de fon pouwoir & dans des cir-
confiances où il feroit néceflàirc .qu il
employât l'autorité, à peine ofcra-t-il
hafardcr des avis, qui peavent être
PUBLIQUE. Ij
reçus avec mépris ou même dénon-
cés comme des infultes.
Or, je le demande, peut- on con-
noître un peu les homme, & s'éton-
ner que huit ou dix jeunes gens, de
diâérens pays & de mœurs différen-
tes, les uns laïcs, les autres fbrtant
des écoles, abufent de leur liberté
par-tout où ils fe trouveront raffem-
blés fans un chef immédiat ? Doit-on
s'étonner que le College ne foit pour
plufieurs d'entr'eux que'comme une
auberge où la nuit & l'heure des
repas les rappelle, & pour quelques-
uns qu'une Maifon étrangère où ils
ne paroiuent, comme des Maîtres de
danfe ou d'efcrime qu'aux heures
marquées pour leurs leçons > Doit-on
s'étonner que, libres de fe répandre
dans les fociétés, ils le faflfent fans
beaucoup de difcernement dans leur
choix & que, bientôt, le jeu la
table & tous les genres d'amufemens
deviennent les plus férieufes de leurs
14 D E L'EDUCATION
occupations ? Doit.on s'étonner enfin
d'entendre dire, que dans tel Collège
la difcorde a formé deux ou plufieurs
partis qui ne fongent qu'à fe fur-
prendre des torts, qu'à fe déchirer
dans les cercles, ou même devant les
Tribunaux & que, dans tel autre
le défoeuvrement & la diffipation
ont précipité des Maîtres dans des
excès d'inconduite qui font devenus
pour la jeunefle des fujets de fcan-
dales irrémédiables ?
i Au milieu du mécontentement gé-
néral, & à la faveut du difcrédit où
font tombés la plupart des Collèges
des particuliers ont fait des fpécula-
tions de fortune fur l'éducation d: la
Jeunefle & qui n'a pas d'état au-
jourd'hui, s'en fait un de celui d'lnf
tituteur. De-la ces annonces pom-
peufes que nous voyons circuler dans
le Public ces plans d'études abrégés,
ces méthodes fâres & faciles pour for-
mer la JeuneOTe de-'à ces enfeimes
PUBLIQUE. 1
fcholaftiques qui nous frappent fur-
tout à l'entrée de nos grandes Villes:
ici c'eft un Cours de Mathématiques
la, une Penfion Militaire, ou bien une
Ecole Académique. Ce n'eft pas tout
encore à certaines époques de l'an-
née les plus favorables vous verriez
les Maîtres de ces Gymnafès en équi-
page étoffé parcourir les villes &
les bourgades de leur arrondiffement
faire offre aux peres de famille de
leurs foins défintéreflès leur préfen-
ter d'une main le Profpcclus de leur
favoir faire, & de l'autre une lifte
enflée des noms de tous les Elevés
de diftin&ion qu'on leur a promis.
C'eif ainfi que, dans les épidémies
& lorfque les Médecins de profeffion
n'oppofent plus au mal que des re-
medes inefficaces nous voyons les
Charlatans croître en nombre & re-
doubler d'audace. Mais le charlata-
nifme n'en impofe que pour un temps,
& le Public trompé revient enfin de
1G De l'Education
fon erreur. Se fiant à des promettes
magnifiques, & d'autant plus volon-
tiers qu'elles étoient oppofées aux
reproches mérités par nos Collèges
des peres de famille fe font déter-
minés d'abord à confier leurs enfans
à ces Inîlituteurs nouveaux. Ils ont
examiné enfuite ils ont comparé
& le réfultat de leurs obfervations
n'a pu les conduire qu'à douter fi le
moins eftimé de nos Colleges n'étoit
pas préférable encore à Ia Penfion la
plus vantée. Les chofes enfin en font
aujourd'hui au point que le défefpoir
d'un homme de bien qui connoît le
prix de l'éducation, c'eft de fe voir
pere de quelques enfans en âge de la
recevoir. De quelque côté qu'il porte
fes regards, il n'apperçoit que des
abus, il ne découvre que des dan-
gers & s'il eftencoreune maifon entre
mille, qu'il juge digne de fa con-
fiance, elle eft fituée peut-être à cent
lieues du pays qu'il habite.
iS Dt l Education
QUESTION
De MM. les Agens Généraux du
Clergé.
Ne feroit-il pas avantageux d'appeller
au Gouvernement des Ecoles publiques
des Communautés réguliers oujeculieres
6- d'en exclure les Maîtres particuliers
foit EccUfiafliquesJoit Laïcs ou yfion
continuait à les employer ne faudroit-il
P*sles4fiyctnr la vie commune fous
Us yeux & tinfptBion du Principal?
RÉPONSE.
I L me paraît hors de doute qu'une
Congrégation, & fur-tout qu'un Ordre
Religieux, dévoué par état à l'Educa-
tion publique a de grands avanta-
ges fur des particuliers ifolés que des
motifs d'intérêt appliquent à la même
PTJBLIQVE. I9
eeuvre ou qui s'y livrent fi l'on
vent par goût & par vertu. Des Re-
ligieux j dans la retraite, & parmi les
exercices- analogues à leur vocation
trouvent tout-à-la-fois les plus grands
motifs de fidélité à leurs devoirs &
les plus puiflàns fecours pour les rem-
plie.- tous membres d'une même fa-
mille, l'intérêt, le devoir &'la recôn-
noiflTancfc les engagent à en foutenir
l'honneur. Tirant toute leur force de
leur union, ils trouvent un grand
avantage mettre tout en commun
iùfqu'aux tilens & aux lumières. Dans
un Corps dont, le Chef: commande
àtotisM membres,. & difpofc d'eux
à foe gré il cft airé de faire d'heu-
reufes combiaaifons &. les erreurs
mêmes ne- font jamais irréparables. -le
citer réfutation déplacer les grands
talens firr les grands théâtres & de
mettre à couvert la médiocrité. On
peatr fàns perdre un Sujet, l'envoyer
10 DE l'Education
expier, .dans une Maifon, la faute
qu'on rle lui pardonneroit pas dans
celle où elle a été çommife. Enfin
un Corps Religieux-, chargé de tous
les Collèges pourrait compter de
trouver parmi les Eleves qu'il forme-
roit, une pépiniere toujours renaif-
fante de Sujets propres. ci l'enfeigne-
ment* que l'eftime, la reconnoiflànce
& la religion ne manqueroient pas
de lui attacher.
Mais, au défaut des Jéfuites qu'on
ne rappellera pas, & de la nouvell»
Compagnie R«!igiedlc qu'on ne fbt-
mera pas il ftudroit donc en fui-
vant ridée que fumèrent MM. les
Agens-Généraux tourner nos vues
pour trouver des Maîtres publics, fur
v les Communautés telles qu'elles
exiftent aauelleraent & c'eft le parti
que Ton a pris dans ptufieurs Villes
dw Royaume. Les divers: abus dont
nous avons parlé, parvenus à leur
comble, ont déterminé les Evcques,
PUBLIQUE. Il
les Officiers Municipaux des Villes
& les Bureaux eux-mêmes, à deman-
der au Roi que leurs Collèges fulfent
confiés, à des Communautés qu'ils ont
propofées & nous voyons pluiieurs
de ces Colleges occupés par des Bé-
ncdi&ins & des Bernardins, par des
Carmes & par des Minimes, par des
Jacobins & par des Cordeliers par
des Capucins & des Récollets par
des Oratoriens & par des Doctrinai-
res, par des Barnabites & par d'au-
tres Religieux encore. Il peut fe faire,
par dMieureufes circonftances que
quelques-uns de ces Colleges foient
bien tenus. Mais, en faifant profef-
fion d'eftime & de refpcd pour les
Congrégations & les Ordres Religieux
qui font chargés ou qui pourraient fe
charger d'une partie du fardeau de
l'Education publique, je ne puis m'em-
pêcher de rappellcr quelques ré-
flexions que l'on a déja faites quel-
ques-uns de ces Corps féculters ou
22 D l' E d u c a t i o m
réguliers ne couinent pas de toute la
confiance du Public. Etl:-ce à tort ou
avec raifon que le Public s'obftine à
leur refufer cette confiance ? C'en:
ce que je n'examine :pas mais fin-
convénient n'en en: pas moins réel.
D'autres ont fait vœu de üiivre une
règle & des conftitutions qui paroif-
fent incompatibles avec les fondions
de l'enseignement public. Quelle con-,
fiance puis-je avoir en des hommes
qui contracteront avec moi des en-
gagemens qu'ils ne peuvent remplir
qu'en manquant à ceux qu'ils ont
pris au pied des Autels 2>
Mais la grande. difficulté,, la diffi-
çulté infurmontable, & quine permet
pas de fonger aux Communautés pour
le gouvernement des Collèges., ç'eft
que toutes, fans en excepter aucune.,
manquent de Sujets, &c fur-tout de
Sujets propres ài'enfeignemenc (iy.
( i ) Au défaut de Sujets de .leurs: Corps,
PUBLIQUE. 15
Ces Corps Religieux, fi floriflàns en
France fous le regnc de Louis-le-
Grand, ne nous offrent plus aujour-
d'hui que des fquélettes décharnés,
que nous voyons courir à leur extinc-
tion avec la plus effrayante rapidité.
Serviles échos de Voltaire, nos Phi-
lofophes modernes, par la licence
qu'ils ie font arrogée de fe déchaîner
contre les Religieux, font parvenus
à les rendre en partie tels qu'ils les
fnppofoient d'abord calomnieufe-
ment. A force de les traduire comme
de pieux imbécilles, ou de méprifa-
bles fainéans à force de leur prêter
des ridicules ou des vices, ils ont jeté
dans le difcrédit & l'aviliflement une
les Communautés, aujourd'hui chargées de
quelques Colleges, prennent des Adjoints qu'on
appelle Gagnes & quels hommes pour l'or-
dinaire que ces Gagiftes Souvent Sujets de
rebut, Sujets quelquefois exclus pour caufe
dinconduite des Maifons réglées qu'ils habi-
toient c'eft de quoi j'ai plus d'une preuve.
DE L'EDUCATION
fages
profeffion fainte & respectable, pro-
tégée, comme utile à l'Etat, par les
plus fages de nos Rois &, fans une
réforme éclatante» conduite par la
main de la Religion dix ans ne fe
feront pas écoulés que tous les Corps
Religieux fe verront forcés, faute de
Sujzts non-feulenlent d'abandonner
les Colleges dont ils font aujourd'hui
furchargés mais de laiffèr auflfi les
autres fondions du faint Miniftere,
auxquelles les premiers Payeurs les
appliquent encore dans la hiérarchie
eccléfiaftique. Quels font en effet les
Ëtudians que nous voyons fortir au-
jourd'hui de nos Colleges pour em-
braser l'Etat Religieux Sont ce
comme autrefois des jeunes gens
de famille, des jeunes gens recom-
mandables par les talens & la
vertu ? Nous connoilfons les Sujets
le nombre en eft bien petit, & quels
Sujets ? Ce n'cft pas que je veuille
improuver la conduite des Supérieurs
PUBLIQUE.
B
fages & éclairés, qui, ne pouvant
mieux faire, les aggregent à leur
corps. Je fais que le faine & aimable
Evêque d'Amiens confulté fur ce
point, répondoit à quelques-uns d'eux
« Tâchez, mes Peres, de vous allure
» des bonnes mœurs; quant au refte, il
» me femblequ'un pere de famille doit
» mieux aimer encore que fon champ
foit labouré par des ânes que de le
» laifler en friche. » Mais il feroit
bien fâcheux fans doute que nous
fumons réduits à la néceiiité d'appli-
quer le bon mot de M. de la Mothe
à la culture du champ de l'éduca-
tion. Il paroît donc qu'il faut renoncer
l'efpérance de pouvoir employer
les Communautés à l'enfeignement
public.
MM. les Agens-Généraux, preflen-
tant aflèz la conclufijta que je tire
demandent fi, dans le cas où l'on
conferveroit les Maîtres particuliers
dans les Collèges, il ne conviendrait
DE L'EDUCATION
pas de les affujétir i la vie commune
fous les yeux & Hinfpeclion du Prin-
cipal ?
Si nous confultons l'expérience,
elle nous décidera bientôt pour la
négative. Je fais que, dans plufieurs
Collèges on a eu lieu de fe repentir
d'avoir tenté ce moyen de rappeller
le bon ordre & j'ai peine à croire
qu'il y en ait aucun où on l'ait em-
ployé avec fuceds. Je penfe, au con-
traire, qu'une pareille difpofition
furajoutée à notre régime actuel, ne
produiroit qu'une augmentation de
confufion & de défordre, propre à
précipiter la ruine de ceux des Col-
leges qui le Soutiennent encore. Le
vrai Philofophe de notre fiecle le Roi
Staniflas l'a dit: «Par-tout oùleshonv
» mes fe trouvent raflèmblés fans un
» chef, la difedrde doit s'aflfeoir au
» milieu d'eux ». Or, il s'en faut bien,
comme nous l'avons remarqué que
le Principal foit chef dans le Col-
PUBLIQUE. I7
B ij
lege; il s'en faut bien qu'il ait fur fes
coopérateurs l'autorité d'un pere fur
fes en fans il tient tout au plus le
rang d'un aine parmi fes frères Se
ce n'eft pas dans nos Colleges que
devoit être démenti le Proverbe Rara
concordia fratrunz. Plus donc on s'obf-
tineroit à vouloir rapprocher & aiïu-
jétir des hommes, qui, jufqu'à pré-
fent, ont regardé l'indépendance
comme la plus belle prérogative de
leurs places, plus on rapprocheroit
auf plus on multiplieroit les occa-
fions de difcordes; plus, fur-tout, on
prépareroit de défagrémens au Prin-
cipal. On pourroit bien, fans doute,
obliger les Prcfeffeurs & Régens de
s'affeoir à fa rable mais les obligera-
t-on au(li à ne pas fc plaindre aujour-
d'hui de la table & demain des com-
menfaux ? Et voudroit-on impofer
pour tâche au Principal de rendre
contens huit ou dix Penfionnaires de
force bien réfolus de ne jamais l'être ?
*S De l'Education
En un mot, comment un Principal,
avec la mefure d'autorité que nous lui
connoiflbns, obticndra-t-il ces égards,
& cette fubordination eflentielle à la
vie commune que des Supérieurs
Religieux obtiennent quelquefois à
peine de Sujets qui ont fait vœu d'o-
béiflance entre leurs mains ?
Mais fi l'on ne peut ni réformer
les Maîtres particuliers fuivant la
méthode propofée par MM. les Agens-
Généraux, ni leur fubftituer les Com-
munautés régulières ou feculieres
il nous refte toujours à chercher une
réponse fatisfaifante au fécond mem-
bre de notre premiere queftion Qui
firoit le remède aux inconvénüns intro-
duits dans t adminijlration des Collèges?
Eflayons de donner, s'il eft poffible,
cette réponfe.
Ou.le Gouvernement fe détermi-
nera à changer entièrement le régime
des Colleges, & à les confier à une
Société Religicufe qui fe dévouera
l' U 1 Q U E.
Biij
par état à l'Education publique, ce
qui prcfenteroit la grande. difficulté
de donner l'exiftence à cette Société,
qui certainement, ne fc trouve pas
en France ou bien on fe contentera
de corriger les vices eflentiels de l'ad-
miniftration aduelle des Colleges
opération qui paroîtroic beaucoup
plus facile. Or, en fuppofant que* l'on
doive s'en tenir à ce dernier parti, &
je doute qu'on fe détermine à en
prendre un autre voici, après y avoir
couvent & mûrement réfléchi les
différens changemehs qui me paroî-
troient les uns de néceffité abfolue
les autres trcs-utiles pour établir l'or-
dre dans les Collèges, & en bannir
l'anarchie.
ARTICLE PREMIER.
Les Bureaux des Collèges, com-
pofés comme ils l'ont été jufqu'ici
continueront d'adminiftrer les biens
30 De E l'Education
& de fuivrc toutes les affaires rela-
tives au temporel.
II. L'Archevêquc ou Evêqae pourra
feul, en cas d'abfencc fe faire rem-
placer au Burcau.
I 1 1. Tout ce qui concerne la re-
ligion, l'enfeignement & la difci-
pline dans les Colteges, fera réglé
uniformément pour toutes les Pro-
vinces, maintenu par le Principal,
& furveillé par l'Archevêque ou
Evêquc diocéfain.
1 V. S'il y a des Pensionnaires dans
le College l'Archevêque ou Evêque
fuivant l'état des revenus ou des
épargnes ordonnera les différentes
diftributions ou réparations dans les
bâtimens qui peuvent intérefler l'or--
dre moral dans une Maifon d'éduca-
tion.
V. Le Principal ne pourra être
chbifi que parmi les Aggrégés dont
nous parlerons. Sa nomination appar-
PUBLIQUE. 3I
B iv
tiendra au Bureau; mais fa deflitu-
tion, en cas d'inconduite pourra
être prononcée par l'Archevêque ou
Evoque feul.
VI. Les Sous-Principal, Profefleurs
& Régens feront à la nomination &
deftitution du Principal.
VII. Tous les Maîtres habiteront
le Collège & y vivront en commun
avec le Principal.
VIII- Dans tous les Collegcs où
il y aura des Penfionnaircs le Prin-
cipal ne pourra fe décharger entiè-
rement du foin de la Penfion fur
aucun Maître foit étranger ou du
Collège à moins que ce Maître ne
foit un coadjutfeur défigné de fon
contentement pour lui fuccéder.
IX. Les appointemens du Prin-
cipal feront au moins de quinze à
dix-huit cents livres ceux du Sous-
Principal & des Profeueurs de Phi-
lofophie ou de Rhétorique, de douze
à quinze cents livres ceux des Ré-
il De l'Education
gens de féconde & troifieme de cent
pifloles à douze cents livres & ceux
des Régens de quatrieme de cin-
quieme & deuxième, de neuf cents
livres à cent piftoles..
X. Tous les Principaux, Sous-Prin-
cipaux; Profefleucs ou Régens, après
vingt années d'exercice dans un ou
plufieurs Colleges, auront en penfion
émérite les deux tiers ou, pour le
moins la moitié de ce qu'ils avoien t
en appointemens & dans le cas où
ils tomberaient, par infirmité, dani
une impuiflance réelle de continuer
leurs fondions, ils obtiendront avant
les vingt années une penfion émérite
proportionnée au temps de leurs fer-
vices.
Je pofe donc pour principe de fo-
lution de la queftion propofée par
MM. les Âgens Généraux, que Ion
doit féparer abfolument radminiftra-
> tion de la difcipline des Colleges de
celle du temporel, qui eft confiée aux
PUBLIQUE. 33
B v
Bureaux que le premier & le grand
remède à tous les abus, c'eft que les
Proféfleurs ou Régents, & le Princi-
pal lui-même foient déformais con-
tenus dans l'ordre & le devoir par
une autorité immédiate, par une au-
torité qui foit une & indéclinable
par une autorité enfin qui ne reflem-
ble point, comme celle de nos Bu-
reaux, à ces êtres fantaftiqucs qui
commandent à l'imagination & dont
la volonté fe joue; que fi l'on n'admet
pas ce principe comme inconteftable,
& fi l'on n'en fait pas la bafe de la
réforme projetée cette réforme me
paroît impraticable.
Pourroit-on craindre qu'en aucun
endroit les Membres qui compofent
le Bureau euflent la foiblefle de re-
gretter le petit retranchement que
l'on feroit à la petite portion de leur
petite autorité dans un Collège ? Des
Magiftrats & des Citoyens amis du
bien public des peres de famille fi
34 DE L'EDUCATION
intcrefles à la perfeftion de l'éduca-
tion, pourroient-ils ne pas s'empref
fer eux-mêmes de faire éclore le
nouvel ordre qui peut la procurer?
Pourroient-ils ne pas regarder comme
un bienfait de Sa Majoré qu'Elle les
déchargeât de la partie de leur ad-
miniflration la plus ingrate & la
plus défagréable? C'eft aux Evêques
& aux Principaux que e confie le
foin de furveiller tout ce qui con-
cerne la religion les mœurs & l'en-
seignement aux Evêques,. en qui je
fuppofe plus de zele pour la régula-
rité, & une affection plus tendre pour
la Jeunefle la portion la plus inté-
reflante de leur troupeau & enfuite
aux Principaux, comme les plus in-
téreflfes, à toutes fortes d'égards, à
maintenir le bon ordre dans les Mai-
fons qu'ils gouvernent & les feuls
qui foient à portée de le faire.
Le pouvoir de destitution fur tous
les Maîtres efl, entre les mains du
B vj
Principal, un pouvoir bien étendu ?
J'en conviens mais fi c'eft un pou-
voir néceflairc au bon ordre; mais
fi par le correctif qui le tempere
il ne fauroit en réfulter d'abus que
comme il en réfulte quelquefois des
plus fages difpofitions des hommes
faudra-t-il que la crainte légère d'un
petit mal potlible nous empêche de
remédier à un mal actuel qui cft porté
à fon comble? Faudra t-il que de vaines
alarmes fur le defpotifme nous lient
à tous les inconvéniens de l'anar-
chie
Dans les plus petites Sociétés
comme dans les plus grandes il faut
que les hommes raffemblés foient gou-
vernés & ils ne fauroient l'être qtie
par d'autres hommes. Les deux grands
reffbrts de la fubordination, je dirois
prefque les deux feuls font la con- ̃>
fcience Se l'intérêt celui de la con-
'cience eft quelquefois le plus effi-
cace fouvent au(£ il eft le plus foible.
36 DE L'EDUCATION
Mais, d'un autre côté, nous voyons
que le reflbrt de l'intérêt toujours
puiflTant par lui-mcme n'agit jamais
avec plus d'énergie que fur les Sujets
qui réfîftent à celui de la confcience.
Si donc on veut. rendre un Principal
refponfable du bon ordre dans fa
Maifon il eft indifpenfable qu'on
mette fous fa main l'unique moyen
de fubordination qui produife fûre-
ment fon effet & fur les cfprits re-
ligieux, & fur ceux qui n'écouteroient
que la voix de l'intérêt.
Pourquoi le Sous-Principal, la fe-
conde perfonne du College eft-il
fuivant le régime actuel, à la nomi-
nation & deftitution du Principal?
C'eft fans doute, parce qu'on a fenti
que ces deux hommes devoient avoir
etentielleinent les mêmes vues, &
n'agir jamais que de concert-pour le
bien de l'Education publique. Mais
pourquoi ne pas avoir étendu cette
loi de dépendance jufqu'aux Profef-
PUBLIQUE.
fcnrs & Régcns ? Auroit-on imaginé
que la bonne intelligence entre le
Principal & le Sous-Principal dût fuf-
fire pour établir le bon ordre géné-
ral ? ou bien fe feroit on flaté que
la dépendance du premier des Maîtres
du College auroit été pour le Prin-
cipal comme le gage & la caution
de la dépendance des autres ? L'ex-
périence nous a appris que, dans
l'une & l'autre fuppofition on fe
feroit également trompé.
On voit bien, dira quelqu'un, que
l'Auteur du Mémoire eft un Princi-
pal, & qu'il voudroic qu'on l'érigeât
en petit Souverain dans fon Col-
lege ( i ). Pourquoi diflimulerois- je
( i ) Comme l'autorité tire une partie de fa
force de la confidération, je voudrois auffi que
l'on parût en accorder plus au Principal, &
qu'il ne fût pas condamné par exemple, à
fiéger précifément au dernier rang dans le Bu-
reau. Eft-il de l'ordre eft-il même de la dé-
cence qu'un homme de mérite ( on doit le