Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

De l'éducation ([Reprod.])

251 pages
1791. Éducation -- Ouvrages avant 1800. 3 microfiches acétate de 49 images, diazoïques ; 105 * 148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

;'DE L'ÉDUCATION.
DE L'ÉDUCATION.
Maçnum quidtm tfl educand't incitamtnmm toilcrc
libcros in fpcm in fpcm
majus tamen in fpem ûbcrtatis in fpem fccuritatisï
C. Plin. S. Pancçyr. Trajaxo D;
Cefl: véritablement un grand attrait pour fotihaiter
des enfxns, que dcfavoir(qu>pris qu'ils feront élevés,
ils ne manqueront ni d'alimens ni des autres fecours
ncceflàircs à la vic mais cc qui eft un motif bien
plus fort & plus puiflant, c'eft de favoir qu'ils vivront
libres fie en sûreté.
Panégyr. dcTllA). trad. par Sac Y.
A BOUILLON.
M. DCC. XCL

PRÉ F A C E.
DE toutes les réformes introduites par
l'Assemblée Nationale, celle de l'éduca-
tion demeure toujours une des plujs né-
cessaires. Tous en conviennent quoique
divisés sur tout le reste, et s*accordent à
la désirer. Mais tous ne conviennent pas.
également du plan qu'il faut substituer
la nullité d*éducation où jusqu'à présent
on a laissé végéter l'enfance.
Il me semble que le but de l'éducation.
doit en régler le plan. Qu'est-ce que se, pn>
pose, la République en prescrivant la ma-
niere d'élever se$ enfirns ? qu'ils reçoivent
des principes qui excitent et répandent
l'esprit public tfont l'effet est d'unir tous.
les citoyens par un intérêt commun qui est
celui du bonheur de l'Etat. Les sages qui
donnerent des Loix aux peuples libres de
1 antiquité, savorent très-bien qu'il ne seroit
jamais possible détenir que chaque 'indi-
vidu^se' sacrifiât pour la Cause publique
s il n en retiçort lui-
même. Car tout homme cherchera toujours
naturellement sph'bxen personneh Mais ils
âvoient tellement lié les intérêts particu-
pers à' l'intérêt public qu'aucun choyer
vi
ne pouvoit travailler à son agrandissement >
sans rendre l'Etat plus puissant, plus flo-
rissant plus riche et' plus heureux. Et
dans les occasions où la République de-
mandoit aux citoyens le sacrifice de leurs
biens ou de leur existence y .elle les en
récompensait par une gloire infinie im-
mortelle que notre petitesse nous fait re-
garder comme vaine, et insensée, mais qui
dédommageoit abondamment ces hommes
fiers généreux et sensibles de la perte
de la vie même et qui dans le fait est
le plus précieux des biens, si l'honneur
la réputation et la vertu ne sont pas des
mots vuides de sens. C'étoit à inspirer, aux
enfans le désir brûlant de l'estime publique
c'étoit a montrer quelle due
qu'à ceux qui parieurs vertus et leurs
efforts, concouroienràla conservation,
à la splendeur de la patrie, qaet s!?ipplir
quoient les pères de familles et les pnilo-r
sophes. La gloire étoit. le mobile qu'ils.
^nettoient en jeu pour éveiller toutes les.
facultés, de ces jeunes âmes et le spectacle
des honneurs prodigués aux citoyens qui
avoient bien mérité de la patrie, étoitlai-:
guiilon qui poussok ses enfans. à remporter
<e prix des services publics. Mais comme
il netoit accorde, qaàlivjertu et aux succès;
dont ..tous les membres .de l'Etat pana-
le profit ? çetpi|
Vil
a m
parles actions utiles et louables qu'il falloit
aller à la gloire dont l'idée seule les trans-
ortoit d'enthousiasme, dont l'espérance
es enivroit de délices. La certitude d'être
transmis à la postérité par, des monumens
de reconnoissance publique qui éterni-
seroient leurs noms et leurs actions, leur
faisoit mépriser les douceurs de la vie, et
chercher la mort pour devenir plutôt les
objets de la vénération et de l'imitation de
leurs concitoyens.
C'est une erreur que de croire qu'ils
renonçoient à tout par pur désintéresse-
ment. J-a pratique de l'abnégation totale
ne peut pas faire des citoyens ardens
maintenir leur ;patne dans un état de pros-
périté*rui^t être.ibrt indifférente des
ens indifférens. pour. tout, Il.faut un motif
motif lui est toujours per-
^onneLî ,c*est son propre bonheur réel ou
idéal.; Il le fait consister ou dans laugmen-
çation.de son en :lui
,.seul ,vet-cesicl#oBjçt.d^ voeux. du vulgaire
riché;-Ott.\pauYx:eJ, puissant ou foible; qui
ne cherche dé-
pens de!
-de ramour-iMTOpre flatté \de?: élo ges présens
ou à- venir. est, celui
fortes et gé*
étoit commun
VI 1]
rare ou plutôt il n'existe pas parmi nous",
parce que notre éducation a achevé d'abâ-
tardir nos cœurs déjà corrompus par les
exemples domestiques, et d'énerver les corps
déjà rappés de la contagion qui les affaiblit
souvent même avant qu'ils soient nés.
Dans l'éducation des anciens, tout se
xapportoit au bonheur de l'Etat c'est-à-
.dire, à celui de tous ses membres. Les
enfans n'y étoient occupés que d'objets
d'utilité jniblique leurs, instructions ne
rouloient que sur les vertus morales et
civiles sur les intérêts politiques de la
patrie et de ses voisins, sur les Loix et la
Constitution sur ses dangers ^et ses re6r
sources. Leurs eux même- et leurs Exercices
les préparoient ce 'qu'ils
jour /des citoyensotout
de l'enfance, à aider leurs concitoyens. Les.
enfans n'y
ment', mais ils participoient aux réjouis-
sances intéressoit
vivement qui rîépandoient
la joie ou la consternation.
de larvertu hornieurs^rendus
à ceux qui s'étoient dévoués pour laïpatrîe,
que n'a voit jamais
flétris^
ces tems heureux;; d'un 'désir sublime
par :lè 'comblé
et de
ix
aux pieds par ces illustres personnage
qu'ils voyoient qu'ils, entendoient élever
jusqu'au çieL
Chez les nations modernes de l'Europe,
le desir des distinctions et des honneurs
est aussi. vif, mais que l'objet en est dif-
férent Accoutumés des notre plus jeune
âge à n'avoir de l'estime que pour les
décorations et les titres, à n'attacher du
prix qu?à l'art d'exceller dans des occupa-
tions qui n'ont aucun rapport à ce qui
pourrait npus éclairer sur nos droits comme
hommes et comme citoyens;. persuadés à
force de 1 entendre et de le voir pratiquera
ue nous ne sommes que des êtres passifs
dans l'Etat, où les professions ne sont esti-
mées qu-en raison de leur peu d'utilité où
les arts de luxe sont dans Fabondance tandis
que le cultivateur'.¥ languit dans la misere:
nous ne recherchons pas d'autre consi-
dération que celle qui .est donnée aux
richesses, puisque c'est la seule dont. on
puisse jouir; et c'est a qui, en amas-
'sera le plus: c'est qui parviendra à ces
distinaionr de. convention^er-de faveur
,et _fon 'démérite réel.
un grand
veut :être. puissant
peut letreisi ses habitans :ne le sont pas,
i? gouvernement dpitvleW'fà(ia»te.r tou|
x
les moyens d'acquérir parce que ce sont
autant de trésors pour lui dans la néces*
si ce. Non qu'il puisse en disposer à son
gré et sans leur consentement mais parce
que dans le besoin, tous les citoyens
qui savent qu'ils ne doivent leur bonheur
qu'à cette Constitution qui favorise leurs
efforts pour acquérir, et leur assure l'in^
violabilité de ce qu'ils possèdent, en
offriront d'eux --mêmes une partie pour
conserver l'autre, convaincus que le pro-
duit de ces sacrifices n'ira pas grossir les
vols et les déprédations de ravidité x
puisqu'ils en dirigeront remploi eux-
mêmes.. ̃
Dans les Républiques anciennes tous
les citoyens cherchaient également- à s'en-
richir et il faut, sur cet article! comme
sur bien d'autres, corriger les préjugés
que les pédans nous inculquent dans l'en-
lance. Ils nous font accroire que ces grands
hommes de l'antiquité étoient?si<lifférens
de nous, qu'ils .jnéprisoient tous les bières
-de là vie, sans.autre motif que-celui de la
(gloire; et eninoiîs disant ,d!en faire autant*
ils ne font que nous désespérét^car ils ne
•nous disent pas. que xKezdesianciens les.
,citoyejis j,. après, avoir sacriÇélèur fortune
la patrie. y y. retrouvoierirlé fruit de. ce
sacrifice dans.. les; honneurs ^les- charges,
les dignités^ tinmot ,<juetovs
x j
partageoient en commun. Cetoit pour
eux-mêmes qu'ils travaillent. Nous, après
tous les sacrifices que nous pourrions faire
dans nos gouvernemens despotiques, nous
ne serions jamais que plus ma] que nous
étions d'abord; ce ne seroit pas pour nous
que nous travaillerions, mais pour quel-
ques individus qui seuls profiteroient de
ter le patriotisme des anciens, de l'autre
ne voyant rien qui puisse nous dédommager
des dé penses et des dons faits dans la né-
cessite nous allons au plus sûr qui est
d'amasser pour nous et de ne' donner que
pPourtrUnepatrie(IUinVrienî-
Patrie patriotisme voilà de grands
mots que tout le monde a la 'bouche
SïïTï?1" le-CŒUr' et que personne
civïe « Onrf-Pamt- ^inisttadon
bonheur du plus grand nombre des ci..
Sn?^ bonheur qui ^«^a tant qu'ils
seront admisS1bles aux dignités selon leurs
talens sans acception de personne qu'ils
partageront ses avantages, ses gains «
nation pouvS:. g
Xlt
venger et les rétablir lorsqu'elles seroient
violées. Le patriotisme est la reconnoi&-p
sance de tous les citoyens pour de si grande
bienfaits, et leur .disposition, leur promp-
titude à'.lg. témoigner par dçs secours
efficaces pour maintenir cet ordre de
choses qui ne peut être interverti qu'ils ne
tombent eux-mêmes sous le joug arbitraire
de quelques puissans et dans l'oppression
la plus désastreuse et la plus, humiliante,
Il résulte de cçs définitions justes et
exactes que, chez les peuplçs modernes
il n'y a pas de patrie. n effet que trou-
vons-nous de fait pour le peuple dans nos
gouvernemens féodaux ? des Loix qui lui
défendent de s'élever au-dessus de sa con-
dition en l'obligeant travailler pouç
ceux qui le gouvernent. Une éducation
qui' lui imprime un respect aveugle et
religieux pour tout ce qui emane des vo-
lontés de ceux qui l'écrasent et qui en
lui répétant que tout ce qui se passe au-
dessus de lui, ne le regarde pas, puisqu'il
'nTa rien' autre çhQse faire qu'à se laisser
conduire comme un troupeau de bêtes
travaillant au' profit <: de leurs maîtres
inspire une' indifférence Brute. pour tout
"ce '"dont' on TémpêcKe'tfétrç instruit
pu de prendre çonnoissancèr
Ç'çst çette mdifférence que les Bipubïi*
ques anciennes regardôient comme le plus
grand mal qui pût affliger un Etat. Aussi
une d'entr'elles avoit décerné des peines
contre tout citoyen qui refuseroit de pren-
dre un parti dans les .teins de crises et de
troubles. C'est cette même indifférence que
les gouvernemens modernes qui cachent
le despotisme le plus outré sous le nom
de République, maintiennent par des
défenses sévères de s'inquiéter des événé-
mens publics. Car à Venise, il est défendu
aux habitans dé parier en bien du en mal
des affaires d'Etat.
Cependant il n'est pas de l'intérêt des
Princes d'interdire aux peuples le soin des
choses publiques. Car comme c'est par les
.contributions du peuple que l'Etat se sou-
tient et pourvoie à tout s'il les voit
dissipées ses charges augmenter toujours
de plus en plus nul espoir d'un meilleur
sort rien ne l'attache au Souverain qu'il
quitte sans regret,, lorsqu'un autre vient
pour envahir le pays quil habite. Certain
qu il ne peut être plus malheureux sous
une domination étrangère il'y passe avec
la même indifférence qu'il seroit resté sous
celle qui le faisait gémir. Au contraire,.
quun Roi généreux et bienfaisant
approche ses peuples de son trône
quil daigne descendre jusqu'à eux- leur
communiquer les besoins del'Etat, prendre
DE L'EDUCATION..
A
DE L'ÉDUCATION.
V 0 -E t doit fae le but de location confidérfc
public. dont il faut pofet la bafc pour les généra.
J-k font K moyens d'y parvenir ? Les principes
,de la morale qui étabiiffent la «««quïÏJïrô publique
prépare les efpnts aux divers emplois de la vie
.civile,' & même aux charges publiques V"
font appelles a .fa d,n i J,
de bonne W k
(*•)
L'éducation confiée dans l'inflruâion jointe à la
pratique. Car fans pratique l'inftrudion ne Jaiiie
que des traces bientôt eâàcées & fans inftrûdion
toute pratique ne peut être que vague, & rouler
autant fur des nutieres peu dignes d'occuper que
fur des objets néceflâires toujours fans méthode,
fans règle fixe ôc certaine.
• Ce n'eft pas allez de former les cœurs a la
vertu il faut encore éclairer, diriger la raifon.
Il n'eft que trop commun de voir des gens, avec
les meilleures intentions faire des fautes irréparables
qu'ils n'ont pas prévues, faute de lumière, & que
leur honnêteté leur fait pleurer bien amèrement,
.quand il n'y plus 'de remède. Et ce n'en: pas en-
core aflèz, pour foutenir nos droits comme hommes
& citoyens, que nous les connoifsions, & que nous
Soyons prêts a les défendre il faut que la force &
l'adretiè répondent à notre résolution. Il faut donc
que l'éducation exerce encore nos facultés corporelles
pour raccroiHèment de notre famé, fans laquelle
il faut vivre efdave. Car en vain Pâme eft fiere,
si.- le corps eft faible.. Il ne refte que de fe fou-
niettre ou de mourir quand on eu: uns force
quoiqu'avec du courage.
Prefque 'tous les Ttaités d'éducation ne parlent
,que de, changer celle qui en:'en ufage dans nos
,villes, c'eft-à-dire, qu'en parlant d'éducation publi-
que, on ne penfe pas a celle de la portion la 'plus
rombreufe du public. Car a- t-on' jamais écrit fur
l'éducation du bas peuple des villes- Se des ^bi;
(3)
1 Aj,
tans des campagnes? Cependant elle a pour le moins
autant befoin de reforme que celle des enfans des
riches.
Coniment procéder a cette reforme Se comment
l'étendre a toutes les datiez des citoyens ? Par un plan
si bien ordonné si atfe a Cuivre que Ton utilité affine
fa durée, 8c que tous l'adoptent avec empreflè-
ment. Alors le vœu de la nation fera rempli, car
elle ne desire que de voir tous les efprits concourir
au même but non par une égalité civile qu'il feroit
fou & même dangereux de vouloir perfuader, maïs
pap un amour égal de la £trie, amour que f édu-
cation doit inCpirer, fomenter & rendre fupérieur à
toute autre affcûion.
Il y a deux moyens d'accoutumer, des renfance;
les citoyens à s'oublier eux-mêmes, pour ne Ce cont-
sidérer que comme les membres d'une grande fa-
nülle à ,qui ils doivent tout pour les biens qu'ils en
reçoivent la vie commune, Ôc l'éducation com-
ïnune. Mais îî en irripôisible que, dans un grand
empire, tant d'enfat1s vivent enfcmble il eftTneme
impraticable,, dans nos mœurs, d'y aftremdre ceux
qui habitant une mêmes ville. Il faut, donc y fup-
.plcer par une éducation uniforme & cette édu-
cation doit être l'exécution des rages mefures prifes
par la nation, pour que les principes qu'elle veut
faire germer dans,1 le.1 cœur de fes enfaris foîenc la
bafe &j'la leçons. ce de la conduite 'de
ceux qu'elle chargera- de les' inftruire,
(4)
Je régime de vivre ne change les tempérament
Car nous voyons des enfans, élevés de la même
manière, conrerver toujours un naturel bien diffé-
rent. Le caracbere .étant la première modification
de Famé dcvenue capable de juger cette n1odi-
}!cation ne peut qu'être adoucie par les hnprefsions
qui lui fout poftérieures fans lui être analogues.
.Mais elle Ce confond fouvent dans celles dont on
Rapplique enfuîte l'envelopper ce qui la rend
niéconnoiflàble quoiqu'elle exîfle toujours. Nous
en avons un exemple dans la politèfle qui voile lès
mœurs rudes., mais «nceres qui difsimule lèsfen-
tîmens p'énetrans maiFpurs qui n(e les traits durs,
mais vrais de la nature. Mais quelque différence
,ou*il y. ait dans les caraûeres, s'ils font dirigés par une
éducation qui donne-, ..pour ainsi dire, la forme
i la- namre ils (©.portent tous vers l'objet que cette édu-
cation léur,préfente des les commencemens. Car dans
Jes républiques tous les citoyens ne font-ils pas r^publi-
jains? k moins toutefois Gue.|esintéréfs particuliers &
Jes payons n'affoïbîifîent en quelques-uns rimpref-
4on énérale. Et dans les états defpotiques les efprits
'accoutumés dès l'enfance à fervir, k obcir'fans exa-
jnep", t£ fléchilïènt-ils pas fous Ja .pulffimice' & la
.méchanceté liguées pour,détruire toute opposition?
îyipece d'éducation qui produit ces effets
^difi&bns félon les diSérentes fortes ideV^uyernei.
En. toute
cducation; dans les républiques .& dans les.empires
^folusi* le .qui
Cï)
A3
de la vertu Se de la juftfce comme par-tout on
mange pour Ce nourrir. Mais de même que c'cll
la qualité des alimens qui' ei~ctïent ou détruit la
fantc creft aufsi le plan plus ou moins naturel- de
Féducation qui monte les efprits fur des principes
plus ou. moins conformes aux fentimens de la nature.
En. Asie, on fait consifler le devoir dans le facri-
fice entier de toute une multitude au luxe & aux
désirs infatiables de quelques individus.' 1er, on
foutient que fe fàlut du peuple efr la loi' fuprçmc à
laquelle toute autre considération doit céder. Ailleurs;
en convenant de cette vérité, on prétend que, pour
être heureuse, il faut qu'il fe laiflè- conduire aveu-
glément.'
L'objet de l'éducation eft de former, a rhorreui:
du vice & à l'amour du jùfte. Mais il n'y a qu'un
plan rdifonnê d'éducation quipuifle faire tourner au
profit de la patrie tant de qualités- & d'inclinations
dfverfès qu'elle remarque dans fes enfains. Car tel qui
périt fur la roue, aurait été peur-être un citoyen utile.;
si' le feu dont (on ame étoit agitée, avoir été dirigé
vers quelqu'ob'jet honnête, s'il eûr été purifié par une
înftruûion qui lui auroit plus appris, d'après quelles
rairons les loix divines & harnaihes- dHlinguent ce
qui eft permis de* ce qui eff défendu, qu*à dire fon
chapelet & à brûler des chandelles devant des Values,
fans autre connoiGânce des devoirs moraux que celle
que peuvent en- donner l'autorité, les menacés la
crainte' 8c née de l'Ignorance des prea^'
vesde h'vctité. Ilfeut donc-non-feufcnient que, nour*
ris des mêmes principes tous les citoyen puifTentfe rc-
connoître à l'identité d'inflru&ion comme ils fe re-
connoifïenc François à l'ufage de la même langue
mais que la forme même d'éducation travaille encore
la trempe que les principes auront donnée aux vertus
actives de rame pour les confirmer', si elles s'at-
tachent à des objets licites, ou pour les anoiblir,
dans le cas contraire. Car toutes les pafsïons font
bonnes en elles-mêmes elles ne deviennent mau-
vaifes que relativement à certains objets. Toutes font
dans tous les hommes, ou plutôt c'eft la méme en.
tous, mais fous des afpecls diftê'rens felon les objets
qu'elle a faisis les premiers ou. félon ceux qui fe
trouvent les plus propres certains tempcramens
ou félon ceux dont l'habitude a été contractée.
De-la il fuie que ce qui agit fur le physique, agit
aussi fur le moral avec lequel il a tant d'affinité.
'Ainsi l'exercice en augmentant la force du corps
augmente aufsi le courage. Car le fentiment de ce
qu'on peut, de ce qu'on vaut, eft cette valeur même
si eftimée dans un guerrier, & qui rfeit rien- fans
la: force corporelle. Aufsi chez les Romains, il ny
••voit qu'un feul mot ( fortis ) pour exprimer un
Lomme fort & un homme courageux & le rage
Rouflêau dit. tics-bien qu'un être plus courageux que
fort eft un monftre. Ainsi encore l'habitude de fe
trouvée -dans les dangers infpire l'intrépidité qui cft
ppcquaHtç de l'ame fortifiëe .par cette «fpece, d'é-
duçation!, 8c c'cfl la .qualité propre aux fol date aguerris.
En général, parmi iious3 l'àiacaaon a cté àrpeu^
(7)
A $
près la m&ne quant au fond. Maïs qu'elfe a'ctt
différente dans l'exécution félon les circonflances
les facultés ou les caprices & la volonté des parenst
Combien cette diversité de plans ne partage-t-elle
pas aujourd'hui les efprits fur les évinemens peu-
blics ? ( z )
Sans vouloir juftifier des écarts înexcufables con-
tentons-nous de marquer ce qu'une éducation raîfonna-»
ble ne peut manquer de prefcrire, pour préparer à la
patrie, dans fes enfans, des citoyens qui faflènt leur bon-
heur, en faifant le sien qui en eil inféparable. Elle
doit en exigeant l'exadicude aux devoirs dont elle
faura perfuader l'utilité accoutumer à Pobcifîànce
due aux loix, qui étant juGes & fages & autori-
ses par la fan&ion royale ne peuvent pas plus con-
traindre la liberté individuelle que la ntcefsité de
fatisfaire tous les befoins du corps ne contredit la-
liberté naturelle chez les hommes fauvaâes. Rien
n'eil donc plus fbuhaitable que le bonheur de vivre
dans une monarchie tempérée par des loix qui rnettenc
tous les citoyens a l'abri des violences des grands
& de la rapacité'des gens du fife, par une coniïitu-
tion qui allure à tous les habicans fous la protec-
tion & la vigilance du prince, une abondance con-
tinuelle, une sûreté entière & facrée une eftïme
de: la vertu & une attention a recompenfer les fer-
vices publics, .auist .rare dans les états expofés aux
caprices d'une multitude ignorante pafsionnéé ce
verfàtile* que dans les gouvernerriens defpotiques
<jpl accordent tout à Taud^cc &^att.vîce.
t«)
Le peuple fanatique, de liberté quand il né.
connaît pas le vrai fens de ce mot impatiens,
ennemi de ceux qui fe montrent aufsi opiniâtres dans
des fentimens oppofés, tentera toujours de déuuire
tout ce qui fera au-deffùs de lui s'il n'eft pas irif-
truit par une efpece de catcchifme de la liberté
de ce qu'il doic faire pour ne pas aller au-delà de
celle qui lui est rendue. Son ignorance le jettera
dans des excès, fes excès le replongeront bientôt
c-uns la néce&të, & la nécefsité dans Pefclavage. Il
paroît par fon ignorance 6c fon inexpérience
plutôt que par fa condition, devoir être conduit.
Il feroit dangereux en effet qu'il voulût remplir les
charges publiques car il faut qu'il travaille. S'il ne
travaille pas que deviendra l'état ou tout le monde
voudra commander, perfonne ne voulant obéir? Qu'il
choîsiflè dans toutes les daflès de citoyens, ceux
qu'il croira les plus dignes de Cori fuftage à la bonne
heure, mais qu'il ne prétende pas en exdure ceux
qui joignent les lumières à. l'éclat du nom, ou. des
richefîès bien acquifes.
Qu'il ne vende pas. fa voix au plus offrant mal-
heur plus grand que tous les autres, qu'il fera im-
pofiîble d'éviter, s'il eft miférable, & s'il n'eit pas
élevé dans des principes qui lui infptrent une gêné-
xosité fupérieure à tout reflèndment d'injure, & une
çonnoiflince du, mérite dons il doit faire la règle
lac fes choix.
Tous les hommes font portés à donner dans qael-
gu'êxcès .quand que leçon préalable ne les en tient
(9)
écartés ou du moins ne leur fert a en connokrc
les fâcheuses conféquences. Car nos erreurs pren-
nent leur fource dans la mauvaife éducation. Ceft
au défaut d'intrusion morale que nous devons et-
ttibuer l'avidité avec laquelle nous adoptons toutes
les opinions hardies, qui nous paroiffent combattre
des abus. Comme on ne nous a donné aucune règle
pour diftinguer le vrai du faux un goût inné de
la vérité & de la liberté nous fait courir au-devant
de tout ce qui en a l'apparence & les paradoxes
les plus extraordinaires trouvent une foule de ftâa-
teurs, parce que l'amour-propre eu flatté de fe dit
tinguer du vulgaire par des opinions qui font au-
deflùs de la commune portée des efprits.
Nous voyons les trilles fuites, de cette licence
caufée par une opprefsion- qui défendoit de penfer
librement & de dire hautement ce qu'on penfoit.
Comme un retort long-tems compriméfe détend tout-
à-coup avec une violence que rien ne peut arrêter, brife
& renverfe tout cet qui 's'oppofe à fa force, ainsi
tourmenté du befoin de s'exprimer fur ce'qu'on fouf-
froit, forcé au silence par la crainte qui ne pouvant
atteindre la penfée, fe difsipe au flambeau de la
raifon éclairée, dénué d'inftruaions fur l'étendue de
la liberté dont,un fànatxûne ombrageux ne permet-
toit pas qu'om ;dônnât de juffes leçons à bjeunefle,
on a étc- emporté dans une explosion univerfelle.
Pendant que des efprits égarés ne connoiflent
plus de bornes des impofteurs calomnient les
( xo)
l'u&ge eiïeâîF de la prote&ion' ailùré'e aux foibfis
contre les puifans. Les uns & les autres ne fui.
vent que la voix de leur intérêt, d'un intérêt Cordide Se
rnCpri&ble mais que les simples nullement prévenus
.de ce poison cache, ne peuvent pas appercevoir>
fous des raifonrïemens qui -leur font illusion, parce
qu'ils n'ont pas ccé instruits à difcerner les motifs
qui conduifent ces auteurs vendus à des cabales;
ou emportés par leur acharnement & leurs préju-
gés. Tant que le peuple ne recevra pas r dans
(on éducation primitive des formules claires courtes
Ce fuffifàmes fur la liberté naturelle fur la dépendance
civile fur l'inviolabilité perfbnnelle fur l'obéiuance
due, aux Iqix, fur la fidélité légitime au Prince, fur
les droits .des citoyens il fera toujours en danger
d'être trompé par des discours captieux..
Ceit à Téducatxon qu'il appartient de tenir de
bonne heure les efpiits en garde contre tout ce qu'on
leur présentera dans la fuite. Des-lors plus exercés a
examiner qu'à répéter d'après d'autres ils porteronr,
dans le refte de la vie, cette heureufe difposiûoa
à ne fe décider qu'après avoir pefé les raiibns pour
Se contre ce qui fera éviter bien des méprîtes.
Car il n'y a que trop de gens en, qui un efprix
brillant n'eft qu'un vernis qui couvre leur peu de
jugement. Ils, donnent aux chofes un mauvais fens
parce qu'ils n'ont pas allez de connoifîànces o»
qu'ils ont trop de prévçntions pour en joger faine-
ment* ••• ̃ ̃
•Quand, nous agii&ns même de bdime fil! nos.
'( il )
fautes ne viennent que de nos erreurs & cel-
les-ci, de ce que nous nous Mitons alternent illu-
sion. Car l'illusion eft la caufe des jugemens pré-
cipicés portés fur de faufles apparences qu'on prend
pour vraies parce qu'on ne fxit pas les mettre
a l'épreuve. Dans le vide & le clinquant de notre
éducation an milieu des préjuges dont l'enfance
eH obfédée, rien ne l'aide à reconnoître l'évidence,
a l'admettre Ceule à ne s'attacher qu'à elle. De-la
l'habitude de ne pas plus chercher à s'apurer de la'
vérité dans les affaires importantes, que dans les plus.
indifférentes, mais feulement de chercher ce qu'elles
ont de plus fpécieux. Ceft encore bien pis quand,
notre intérêt nous perfuade de ne pas lever le voile
dont nos payions l'enveloppent.
Comme les loix publiques doivent ê:re les mêmes
pour toute une nation, fans variété fans bigarrure,
l'éducation doit être aufsi la même pour tous Ces
enfans. Car l'éducation eft fécole des loix, puis-
qu'elle doit nous inflruire des motifs qui nous
détèrmineront à adhérer aux loix/ civiles &.qu'elle
doit nous accoutumer .à les fuivre. Elle eG donc
elle-même la 'première loi civile pour l'enfance, elle'
doit donc être uniforme. Cette uniformité fera dift
paroître peu-à-peu- la diversité de fenomens qui en-
tretient au léin de l'étac. des haines toujours prêtes
éclater en révoltes d'une part, en opprefsions &|
en voies de fait, de J'autre.
1 tTn plan prudemment rédige par la nation ne
lumroit pas pour inculquer aux jeûnes gens des pria-
(il)
opes fains & qu'on pûc avouer hautement, ni pour
les y tenir attachés. Il faut encore qu'elle faflê conv-
pofer ou gu'elle choisifle expreflement des livres qui-
condennentla madère même de renfeigneraent, pour
prévenir les effets des Mures dangert Ces ou insi-
dieufes qu'ils feront dans la fuite, & pour les pre-
ferver de la contagion que foufflent les exemples de
tant d'hommes qui cachent un coeur pervers fous,
'des dehors polis & aimables*
Que les pi emiers livres que nous mettrons fous
les yeux des enfans ne foient que des recueils d'ac-
dons de bienfaifance & de vertu. Car l'exiftence d'un
Etre-Suprême fe manifelre par les fentimens d'équité
naturels tous les coeurs puifque Dieu efl: l'ordre
néceflâire immuable éternel exfftant avant la
produâion extérieure de toutes chofes, conformé-
ment à leur eûence, qui', eft en lui. Dani l'ordre
moral les préceptes, de la Toi naturelle & dans
Tordre phyfîque les Ioix Mathématiques en nous
fàifànt connoitre cette êflènee nous donnent une
connoifiànce intime de Dieu. Les leçons de rnor
raie doivent donc précéder celles de dogme,, ou au
moins n'en doivent jamais être féparées. Dès-lors le juif
& le chrétienne catholique & le réformé fe voyant d'ac-
cord fur des principes que la nature a rendu communs
à tous les hommes, ne fe croiront plus autorifés à ou"
blier qu'ils font frères.
Prémunis contre les erreurs de l'intérêt nerfonnel^par
,1a connoiiîànce qu'ils auront reçue des limites quLfépa.T
icntks droits civils des droits naturels les enfans fiai,
X x3.)
rontqne, SI on ne peut jamais attenter fur la sûreté Pé-
dite la liberté individuelle que tous les hommes tien-
nent de la nature le droit de propriété, introduit par
les hommes çn fociété, doit être aufci facré que les
droits de la nature, puifqu'il les aflùre quelque dif-
férence qu'il mette dans les fortunes Ôc même dans
les individus parce que celer de le refpeder, ce
ïeroit attaquer les droits naturels mêmes.
Ceft peu de chofe que du peuple, dit Philippe
de Commines s'il n'eft conduit par quelque chef qu'il
ait en révérence & en ccaime fauf qu'il eft des heures
& des tems qu'en fes fureurs eft bien a craindre
La foumifcion aux puiûances légitimes eft donc
le lien de la fociété. Car elle ne peut pas fubsiller fans
cette fubordination « néceflàire au peuple même qui Ce
teflènt toujours le premier des befoins publics qui font
lafuite naturelle des défordres auxquels il a quelque
Les enfans 2pprendront que si doréna-
vant la chemin des honneurs eft ouvert .a tous
uns diftfoaion & fans exclusion de perfonne
ils ne. feront accordes qu'aux hommes qui fe feront
acquis Mime publique dans leur état Civil. Uam-
biaon fans talensou fans mérite ne pourra plus
s arroger ce qui n'eft dû qu'au désintereflement, au
£esir de la vraie gloire qui eft le fruît'des grands
ïervices rendus Ja patrie par là probité, le
rage &' la vertu. -'rt
Ioîx fc^ a pourfuivré
juges commis pour les
{'♦)
faire exécuter; & que, s'il faut dcvcuer a Texécra-
lion .& à l'infamie les Balue, les Dô, les Louvois,
les Tellier, les Dubois, les Law, les Lavrilliere,
qui infulcoient aux malheurs qu'ils avoient caufcs,il faut
décerner des ilatues & des panégyriques à un Suger y
à un Amboife à un Sully & à un Ncckcr.
Mais fur-tout qu'ils foient convaincus par l'hîftoire
qui ne fera plus l'écho de l'admiration prodiguée
par les hommes à ceux qui les mafîâcrent ou les op-
priment, que fans mœurs il n'y a pas de liberté.
Car toutes les nations libres font tombées dans l'ef-
clavage quand elles fe font laifle corrompre par
la rnolldTe & la débauche. La licence & l'af-
ferviflèment font contraires à la liberté. En
•fe livrant aux dércglemcns qui leur font com-
muns ces deux extrêmes travaillent cgale-
ment pour les intérêts des tyrans. Car l'ivreflè des
plaisirs eft, la, même pour les .efclaves qui n'ont
.que ce feul moyen de jouir de la ric & pour les
forcenés qui en abufent; avec cette différence pourtant
-que. les efclaves.s'y étourdirent fur leur condition dé-
.plorable, Se les autres fur les maux qui les at-
Ces moeurs qui consiftent moins dans une rete-
nue virginale, que dans le mépris des richeflès &
de la mort dans le plaisir de. faire le bien pour lui-
même, ne font qu'imaginaires depuis que la corrapr
tiori fe communique à tous les cœurs .par les exemples
pernicieux doiit on eft témoin dès l'enfance. Il faut,pour
perûader un dévouement qui attende fa rccompenlc
d"une autre vie des motifs qui ne font pasle produit d'u-
ne éducation ctayée fur des moyens purement humains.
La Religion qui heurcufcment a tant 'd'empire
fur la multitude peut feule perfuader cette vertu
qui, fans la certitude d'une fanâion divine, coûteroit
Couvent beaucoup dans la pratique. Non que nous
naifbions avec le coeur mauvais, à mains qu'on
monftees au moral comme au physique. Mais les
déformations corporelles Ont toujours des caufes pJ
siques dans les ddréglemens des parens, ou dans le
vice de leurs humeurs dont le cours a été interrompu
ou la mate altérée par quelques accidens extraordi..
naires ou fubits. Il faudroit donc, pour dire qu'il
y a des hommes qui na!flènt avec le cœur “!£._
tellement mauvais pouvoir afsisner des ™-
b LZÏ- ??mpU avant la raifon- Mais
la corruption morale des parens ne P eut p as influer
fur le moral des enfans comme leurs humeurs il)-
fluent fur la conformation physique; On ne trouvé
donc jamais dans le coeur d'un pere la fource de
vices ou des vertus d'un enfant. Car la raifon des
enfans n'eft pas formée de celle des D elle
pas une émanation comme les. corps qui
proviennent les uns des autres. Aufsi le plus Ll
remarque-t-on la plus grande diffirence de caraâere
entre les peres & les enfans. ·
n éfi vrai' que les exemples des parens ont
une.inW inévitable fur les moeurs des en!n£
<* c eu la caufe de- cette- dépravation, •&
(iO
.Elles
méchanceté dont tous les hommes font atteints;
Car les a&îons dont les enfants font. témoins, tes
paroles qu'ils entendent dès la premiere nourriture,
forment le caractère qui cil alors si fufeeptibie de
fe mouler fur les objets extérieurs. Renfermes tou-
jours dans le même cercle, ils contraétent infensi-
blement l'habitude de penfer & d'agir d'eux-mêmes,
.comme ils ont penfé Se agi d'abord par imitation.
Telle eft la premiere éducation qui commence
à la mammelle, & dont il efl: impofsible d'effa-
,cer entièrement la trace. Aufci faut-il bien du tems,
de l'étude Se des combats à la raifon avant qu'elle
puiffe en furmonter .l'empire. Elle eft même fouvenc
étouffée fous cet amas d'idées factices & acceflbi-
res qsli l'éteignent, fous ces imprefsions étrangères
qui la défigurent. On ne peut cependant pas nier
qu'elle exifte, car elle fe fait & d'ailleurs
c'eft elle qui efl: le fonds de cette bonté originelle
que tout le monde aime, que si peu poffedent
réellement. Mais comme la nature ne nous avoit
pas créés pour naître avec le germe de la petite
vérole que nous avons cependant dans le fang avant
notre nai&mce, elle ne nous avoit pas. non plus
entaches de cette méchanceté universelle qui ne prouve
.,pas plus contre la bonté primordiale que ies ma-
ladies héréditaires contre la faute de l'homme forti
des mains du Créateur (4).
Cétoit pour s'oppofer à la contagion des exem-
ples, que chez les anciens les républiques clevoient
elles-mêmes fous leurs yeux les enfans des citoyens.
Elles ne s'en rapportaient ni au patrîotifnle ni aux
talens des parens. Elles. Ikvoient trop bien que
l'humeur, l'intérêt, les payons de chaque particulier
auroientrenverfi le plan qui feul, obfervé avec autant
d uniformité que de religivn perpétubit cet erP«t
d'égalité Se de civifine» auquel elles devoient leur
confervaaon Ieur, gloire & leur bonheur.
N'abandonnons pas non 'plus l'infliuôion de Ia
jeûner aux caprices à «nfouciance des parens.
Que les enfans de la patrie trouvent dans con
fein une nourriture commune qui leur Cetve de
contrepoifon contre les insinuations fecrettes, les
aûions fcandaleufes & les difcours dangereux.
Mais n'eft^e pas faire violence à la liberté pu.
bhque, que d'obliger ceux des citoyens qui repu..
gnent au plan propofi de s'y conformer ? Je
réponds qu'ils y feront invites, & même détermi-
nés par futilité & l'université des fccours que la
patrie prépare pour l'inftroâion de ceux qui font
plus chère efpérance. Perfonne ne doit être force
%la participatïon d'un bien dont on peut dire ce
qu'oa. dit de la, religion que toute nécdbire qu'eue
eft, on ne doit contraindre, perfonne à iWcaflèr.'
La .volonté smcere uns laquelle le choix ne feroït ni
ne fooiVfuivi d'aucun fuccès, ne
de futilité. Ce font les biens incorruptibles quelW&
fantre.rptpmettenr, qui y attirent, c'e(t: la ûtk&c-
tion quon.éprouve à ne pas être trompé, qùiyre-
tient. Ceurquin'appercowént-pas ces avantages,' ne
(i8)
font pas coupables de ne pas les rechercher. Nous
femmes déjà afîêz à plaindre d'en avoir befoin, Ce
d'être obligés d'y avoir /recours pour nous foutenir
dans le dépériflèment de nos facultés naturelles.,
Cela parole bien vrai. à. qui considere que si les hom-
mens étoient reflés dans l'état de nature, ils n'auraient pas
eu plus befoin. d'éducation que de religion.! Leurs
desirs bornés à facisfaire ,les appétits corporels au-
roient toujours été remplis fans euai & fans ap-
prentiflàge parce que leurs forces leur auroient
toujours fuffi comme la vertu originelle auroit tou-
jours dirigé Ieurs a&es moraux fans effort & {ans
combat. Mais s'étant une fois corrompus l'idée de
l'honnête s*eft effacée en eux & il a fallu* qu'une
révélation divine la leur çippellâL Leurs corps iè
font ^aSbiblis,, & iîa falla. fùppléer à la force primi-
tive-pa^radreflè qui Mais
de mime. que le caraâere de la' vraie religion eft
de faire, revivre dans les coeurs les principes de la
loi naturelle la meilleure des éducations fera celle
qui nous -rapprochera; le plus. de la -nature.
Àprès.-ayoir parlé- des plus -pauvres^ enrans qu'on
a tant négligéssjufqu'à préfent dont la plupart étoïerit'
condamnés à rignorancei.& a la grofsiéretév- tandis
qu'ils :envioient le %zt îdfc. qaelques-uns ^d*êhtr*ttne i
<}ue;:la parefle Se. une cerjaihebaflè ambition jet-
toient dans, les ordres, religieux panons a ceux,
éducation ^us
̃>
C'9)
B a
de faux principes & accoutumée à la routine fur
laquelle elle a été formée ne fe corrige pas elle-
même, ou si des hommes courageux & fenfés ne
Lèvent pas du milieu de nous pour tracer à la
«ce qui doit nous fuivre, un autre chemin on
ne peut efpérer aucun-fruit de la meilleure éduca-
Tf^ tant que fes gens comme
il faut détruiront par leurs opinions leurs difcours
leurs exemples ce qu'on apprendra » ce qu'on
fera faire de Bon à leurs enfans.
Si un «fctuteur a 1-ame républicaine, s'il patle
de Horreur de la tyrannie, de l'égalité naturelle;
de la libertéûcrde dans tout homme^ quelque faible;
quelque petit qu'il foit,- de l'unïverfalité des loix
& de leur- empire fur tous ceux qni vivent dans
un état, tans exception; un tel 'homme eft dan-
gereux, dit-on, il faut l'écarter, car de tels fenti-
mens infpirfs à un enfant, Je feraient regarder
comme, un. animal extraordinaire dans la (aciéré.;
ou comme un imbécile qui mettroit ktmôme obfr
tade à fon avancemenr. •- ̃
Qu'on ne craigne, rien. On Iaiflè bien lire aux
enfansjeshifto.res des' Grecs & des Romains; fcns
qu<« les voie
auxquelles l'amour^e la patrie^portoit cesrépubK-
carns, parce
fonnes;_qui foctles
tans rpeine a faire plus" de casài-.fafie & des«nui-
leur fait- partager, que de la grandeur
d'anxe de ces anciens héros. Si les enfans font frappés
d'admiration à la Iedure des traits de courage,, &
de fermeté de ces défenfeurs de la patrie, cette ad-
miration cft ilérile & paflâgerc. La volonté de les
imiter qui eft naturelle à un âge tendre généreux
& fensible, eft bientôt étouffée par tout ce qu'ils
ont fous les yeux, par les fentimens faélices & les
faux jugemens que jettent dans leur ame encore
fùfceprible de toutes fortes d'imprefsions, les perfonnes
qui les entourent. Ils s'y attachent de préférence
parce que les éloges prodigués dans le monde à qui
réunie lé mieux à. fe conduire fuivant les règles du
monde,. les carènes qui corrompent les enfans qui
prennent le mieux la teinte & la forme du grand
monde, les plaisirs dont on récompenfè leur facilité
à s'y plier Tarerait naturel vers ces plaisirs qui flattent
les fens tout celas fait, mourir dans.les jeunes coeurs
̃ les premieres femences de vertu native.
Cependant le dégoût, fuite nécefiàire de l'ennui
où tombent les enfans, quand ils font hors de ces
plaisirs, bruyans auxquels on s'emprefle trop de leur
'faire prendre part oblige, d'avoir recours. à mille
rufes' emmiellées pour :les engager a apprendre par
1'appât du plaisir & on prétend y réuGir en r<î-
.duilànt en jeux. jout ce qu'il y a de plus difficile
-dans les fdences les Mathématiques 9 les fortifi.-
cations. Comme. si l'homme D'étoit pas naturel-
lernént pareflèux v comme si d'autres motifs que
le tfefoin., oula crainte: d'un mal plus, grand, que
la peine- du travail pouvoient nous forcée à nous
occuper.
(ZI)
ftj
Quel befoin reflênt un enfant élevé fous les yeux
d'une mère tendre qui s'alarme au moindre mé-
contentement de Con fils ? qui court,,au-devant de
Ces désirs ? Quelle crainte peut-il avoir où tout
tremble devant lui? où il commande par Tes larmes,
quand on n'obéit pas à fa parole ?
Ceft ce qui a fait dire a tous les gens vraiment
fenfés que de toutes les éducations la plus mau-
vaifè eft l'infticution doraeftique ou plutôt elle
est nulle. Car elle ne consifte que dans la com-
munication des préjugés dans fobfervation fcru-
puleufe, de ce qu'on y regarde comme eŒntiel,
les visites, l'examen des qualités des gens pour
les voir ou les rejetter les. moyens de s'avancer,
les décorations extérieures l'appareil impafant,
& rart de paflçr le tems agréablement.
Il faudrait pour travailler avec fruit à l'éducation
de la jeuneflè commencer par faire celle des pa-
rens. Mais ceux-ci ne conféntiront jamais a fe rc.
former-; car ils fe trouvent parfaits, & ils veulent que
leurs enfans leur reflèmblent r puifqu'ils fe donnent
pour les meilleurs modèles h imiter. Je ne vois pas
comment on pourra établir un plan généiral d'édu-
cation dont cette çlaflè d'êtres qui fe prétendent
relevés au-deflùs des autres par leur condition, veuil-
lent profiter. Sur-tout si ceux qui s'abaiflènt îufqu'à
le transporter dans les maifi)ns pour y acheter la for-
.tune par la perte de leur liberté » font toujours aufsi
nombreux» toujours aufsi ferviles, tonjours, aufsi ad-*
nûrateursdes. grands Scdé tèurs idees^ S ceuacque leut
pauvreté force cet emploi, n'ont pas le courage de
rester aux folies & à l'arrogance des parens, ou de
facrifier l'efpérance d'une certaine fortune, à leur li-
berté contrariée par le defpotifme femelle.
Mais que les grands s'obftinent ou non a s'y réfuter,
réduction qui doit comme le meilleur gouvernement
dont elle eft le premier agent, travailler au bonheur
du plus grand nombre, & non de quelques individus
privilégiés par Hiabitudc, de les regarder comme tels,
plus que par quelque qualité perfonnelle, fera accefsible
a tous les cnfans de la nation, de ce peuple qui fait le
fonds la richeffe & la gloire des nations, par fon
anduflriç, fes talens, fes travaux, fes Iumieres dont
ceux qui le méprirent. ne peuvent Ce pafïèr.
Il femble d'abord qu'ayant, donné- l'exclusion à
l'éducation domeilique, telle qu'elle exifte chez les
grands je dois donner la préférence à l'éducation
publique on fe trompe néanmoins, si on confond
l'éducation avec rinftruâion.
.Je demande que les' enfans des riches n'aient
pas d'autres' écoles que ceux des pauvres. Cette
communauté d'iriftruâion les accoutumera à fe re-
gardeur comme égaux dans les droits d'homme *&
de citoyen au lieu qu'aujourd'hui les riches ne fe
repréfentent le peuple que comme un vil troupeau
de bêtes de fomme nées pour travailler au profit
des puiuans. Tous ce enfans, en préfence le/uns
des autres, fe jugeront fans partialité, parce qdifs v
n'auront rien à efpérer ni à craindre de ces jauge-
paens qui les exciteront à mériter l'approbation de
̃(*3)
B i
la multitude. Le bien qui réfultera de cette émula-
tion fera le principe de l'honneur qui doit être la
bafe des allons & des penfées mêmes de tous les
citoyens d'un état. Et la liberté avec laquelle ils
manifelteront dès-lors leurs fêntimens, fervira mer-
veilleufement a rabattre cet orgueil qui eft le pre-
mier des vices dans les enfans riches & re-
lever les pauvres au-dtflùs de la baffeflê de leur
condition par Mime d'eux-mêmes, la connoiflànce
de leurs calens & de leur égalité naturelle, & fouvent
même de leur fuperioritt* perfonnelle dans l'état
d'écolier.
-le, prctends qu'il faut s'appliquer à nourrir dans
les enfans Cette liberté de penfer, de parler & d'agir
que je regarde comme le routien de la sûreté publi-
que & particulière car la moralité de nos aérions
consistant dans le pouvoir de faire ou de ne pas faire
le mal c'eft la liberté qui établit la vertu au-
deflùs de toutes les fuggeflions de l'intérêt & de
la cupidité, & qui déterminé pour le bien par pré.
férence au mal. Elle eG par conféduent le venger
de l'homme oublié ou méprifé puifqu'elle feule peut
réclamer les droits naturels, s'oppofel aux attentats
de la. force & aux 'intrigues de la fraude..
Que diroit-on ou d'un. peuple qui. fe feroit donné
des Ioix contraires à fa conflîtutipn physique, à
l'exigence du climat, à fesbefoins, Tes travaux,
à fa situation ? Que fans doute il a voulu eo rendre. la
pratique impoGible, ou la violation permife., Et
db- lors on conduroit avec ràifoa que due. telles
(M)
loix lui feroient inutiles & même nuisibles, parce
qu'en ^accoutumant a enfreindre ces loïx, il s'accou-
tumeroit aufi{ a ne pas obferver ce que lui ordonne
la loi naturelle,
Il en eft due même de réducation qui eg comme
un code de règles prefcrites aux enfans. Si ces
Ioix tranrgreitent la première difposition de la na-
ture, qui eft un gpûc invincible & un penchant
ïrrcsîftible à la liberté, ne faudra-t-il pas, pour
plier les enfans à une obéiffince pafsive les dé-'
naturer par un long .efdavage, comme op de
grade de la qualité d'homme les malheureux defii-r
nés par la tyrannie a la garde & à IWerien des
plaisirs brutaux des hommes puiflàns dans les pays
du defpotiûwe ? Ne faut-il pas avouer qu'une telle
éducation en déformant le primitif de la'
nature, ne peut infpirer que de l'aversion pour tout
ce qui eft grand '& généreux ? Si on fe laiflè do-
miner par les principes qu'elle aime à propager
pu par les moyens qu'elle emploie pour maîtri-
fer les caractères fiers & indomptables on n'eu
propre qu'à ramper haflèment pour obtenir ce
qui flatte l'ambition & l'avarice, le luxe & les fens
corrompus. On eft incapable de fentir, qu'il copias
heau de donner que de recevoir. Maxime digne de
celui dont la vie entière a été une pratique conti-
nuelle de cette leçon qull a donnée aux hommes
fpn fàng. Ne
faut-il pas-converiîr"que, devenus hommes après.
n'avons pas de me3^
f*n
leur parti à prendre que de la corriger, s'il efi pofsï-
blc? quoique courbés depuis trop long-tems, nous
ne puisions jamais reprendre Feflbr de la nature.
Il faut donc que tout citoyen Cache dès fpn en-
fance (cotir & dignité que rien n'afïbibliflè en lui
ce fentiment inné d'indépendance naturelle qui ne
fe laiflè lier que par les loix auxquelles tous ont li-
brement contenu, pour empêcher que cette lïbertc
qui ne doit être que la fauve garde de la sûreté
& de la paix ne dégénère en licence. Il faut donc
que cette énergie naturelle, fortifiée depuis l'enfance
par l'exercice volontaire de nos facultés, croiffe en
pous avec Page & nous porte à détruire tout ce
qui voudroit s'y oppofer.
L'éducation, chez les Pertes, n'avoit pour but
que de faire des guerriers c*eft pourquoi elle ne'
s'occuppit que de les former de 'bonne heure à la
difcipÛne militaire dont rerprit eft une obéiflànce
aveugle. Chez les Lacédémoniens, l'éducation étoit
plutôt une école d'égalité Se d'habitude à oublier fa
volonté particulière dans la volonté générale, qu'une
contrainte exercée fur les fentimens & les aôions
naturelles. A Lacédémone, les jeunes gens avoient
la plus grande liberté de faire ce qu'ils vou-
loient dans le particulier pourvu que Tordre
public n'en foufîrît point. Un amour ardent de
la patrie qu'ils voyoient fleurir par cette dureté de'
moeurs les attachoit Fobfervaâon des devoirs
qu'elle leur fàifoit pratiquer. Sans doute c'etf
-les citoyens, Fattenuoa
( *O
à les ïnftruire tous également & en commun du
gouvernement, à les y faire participer fans dif.
traûion qui les Et reûer si long tems fideles à
un genre' de vie aufsi aubère, & qui conferva leur
liberté long-toms après que tous les autres états de
la Grèce l'eurent perdue. En Perfe au contraire, l'é-
ducation reflêmbloit plutôt à une règle de novices
dans un monafiere qu'a une înflitution guer-
riere, si la description qu'en fait Xénopbon dans
la Cyropédie, n'eu pas fâuflè. L'habitude d'o-
béir même dans les petites chofes indifférentes, dé
trembler devant toute autorité héréditaire parmi
eux ou amovible au gré du prince feul', les
.fit tomber infensiblement fous le defpotifme le
plus impitoyable qui ait jamais déshonoré l'hu-
manité..Car les Rois des Perfes & des Modes
étoient abfolus, leur volonté étoit là feule loi.
Leurs fetrapes dépositaires de leur autorité, fe
dédommageoient en épuifent les peuples du danger
où ils étaient k chaque inihnt d'être étranglés par
l'ordre ou le caprice du Prince, & fe délivroient
de cette crainte en achetant a force de tréfors la
protection des femmes ce des favoris. Les efprits
étant dégradés par une longue fervitude cet empire
perdit fa puiflànce. Car les habitans n'étant plus que
les efclaves du rouverain au Heu d'être tes citoyens
d'un, grand Etat, furent aifément fubjugués par Alexan-
dre a qui ces' vaftes pays ne coûtèrent que trois ba-
tailles; Nous lirons' avec quélle facilité- tes Perfes
Çaflçient fous la domination macédonienne qui Jeu?
parut plus douce même que celle de leurs anciens
maîtres.
Tous les efforts d'Alexandre & de fes généraux
pour foumettre la feule ville de Laccdcmone échoue-
rent, pendant que l'Asie & l'Europe tremblaient
au nom de ce conquérant. Ceft que dans cette petite
république le gouvernement fe maintenoit en vi-
gueur par la liberté laiflce aux jeunes gens d'ufer de
leur adreflè, de leurs organes de leurs facultés,
quand ils en trouvoient l'occasion. La rigueur des
loix étoit contrebalancée par la protection qu'telles
afïuroienî; à ,tous les citoyens contre les Rois même
qui y étoiént fournis comme les autres Spartiates &
cités devant les Ephores, quand ils étoient accufés.
Jamais Lacédémone n'eût été engloutie avec le refis
du monde par la puiflànce romaine si les Lacédémo-
niens euflênt étendu aux Hélotes la liberté & les
privilèges de citoyens, qu'ils s'étoient réfervés eux
feuls après avoir fait de la Laconie un grand fief donc
les anciens habitant ou tranfportcs la par les
vainqueurs étoient les ferfs. Le mécontentement
de ce pauvre peuple les guerres civiles qui naqui-
rent toujours de cette oppreûion le relâchement des
Lacédémoniens,1 amené par le tems qui détruit tout>
l'ambition des plus puiflàns de la ville favorifereht
les entreprises .des ennemis du dehors & concou-
rurent ruiner cette république qui avoit fauve toute
la Grece.du joug des Pertes.
Cependant il faut l'avouer, l'éducation des La-
ccdcmoniens étoit f&oçe Se licencieufe leurs loix
̃(*«)̃'
ctoient injures envers leurs efdaves leurs connoif-
(ânees fe bornoient au métier de la guerre; & il
nous faut à nous non-feulement des guerriers, mais
anfsi des citoyens, & des citoyens libres & ver-
tueux braves & inftruits.
Je ne voîspjs chez les anciens, de peuple donr
Fciducation convienne mieux à nos moeurs & à
notre caraâerc, que les Athéniens. Ce peuple gai, poli,
aimable, vif & Jcger, honnece, sensible & généreux,
jaloux de fa liberté jufqu'à la fureur, envoyoit tes enfans
s'indruire fous des maîtres qui re faifoient connoître
par leurs talens fans avoir befoin d'être incorpores
dans une compagnie dont l'inftiturion auroit choqué
l'efprit de liberté de ces républicains. Les écoles de
Platon de Socrate, de Zenon fpnt connues. Les
jeunes gens y alloient entendre difcourir ces phi-
lofophes célèbres & ne perdoient pas leurs plus
belles années 4 apprendre des mots. Les princi-
pes les plus purs de la morale la connoiflànce Se
la difcufsion des loix la fcience de la nature Tare
de la politique & du gouvernement étoient la ma-
tiere des leçons de ces hommes qui faifoient la
gloire d'Athenes. Les difcïples zélés pour la doctrine
de leurs maîtres s'attachoient à eux par eftime Se
par amitié. Ces leçons publiques étoient des entre*
tiens familiers des diflèrutions fur la nature des
chofes. Sortis de l'Académie ou du Lycée, les.
jeunes. Athéniens alloient fe récréer dans. le. Gym-
marc aux exercices du corps. C*eft de ces écoles que
font foras les plus grands orateurs, les plus grands,
( 29 )
capitaines les plus grands politiques qu'on admire
dans l'antiquité, Et ces écoles ne font tombées que
quand le pédantifme eut pris la place du mérite,
quand on n'y entendit plus que les clameurs de la
difpute fiiccéder aux preuves folides de la raifon
& qu'un fophifme orgueilleux & fubcil eut com-
mencé à embarraflèr les chofes les plus claires de
difficultés & de chicanes.
Ceû fur ces modèles de vertus & de patriotifmeque
je voudrais former notre éducation nationale en
la rendant plus mâle par le ton fortement prononcé
de la fermeté, de l'intégrité des anciens Romains,
& par l'efprit des principes fpartiates les plus con-
forme/ à la juilice Se à la raifor. les plus pro-
pres à rendre nos mœurs fortes & caraaérifées,
de molles & de futiles qu'elles font. Mais en atten-
dant que ce vœu s'accompliflè expofons les dif&
i rentes fortes d'éducation qui ont été & qui font
encore en ufage parmi nous. Quand on verra
le mal de plus près on jugera mieux de la néceC
site du remède & on avifera plus promptement
aux moyens de l'appliquer.
(3o)
C ETA PITRE II.
Vices de notfe Éducation actuelle.
A. QUI dans les villes la remiere inftruâion des
cnfans efl-elle confiée ? A une efpece de moines
minutieux bonnes gens d'ailleurs & bien capables
de montrer à lire & 4à écrire, à chanter des hymnes
en. françois gaulois faire de profondes révéren-
ces, fléchir fous la verge menaçante: mais peu,
à raifonner jufte. Il en ett de même iies petits vil-
lageois; un maître d'école honnête homme *mais
borné leur apprend le catéchxfme qu'il n'entend
pas, le plain-chant qu'il eftropie, Be des contes de
revenans, ou des prodiges tirés de la légende dorce,
qu'il leur donne comme autant d'articles de foi.
La plupart de ces, hommes ne lavent gueres plus
que ce qu'ils ont rappris eux-mêmes, dans leur en-
fance. Ils inftraifent.1 comme ils ont été inftruits, ils
n'oferoient fe permettre .d'ajouter ace qui, leur ëft
prefcrit quelques-uns ne font pas même en état d'en
avoir la penfée. Un silence profond régne dans leurs
écoles. Quand les en&ns en;fortent, c*eft ,én proces-
sion, fous les yeux de 'ces gardiens féveres. Réciter,
à la lettre & fans s'en -écarter fous peine du fouet,
les livres qui font mis entre les mains de ces petits
efcîaves eft un devoir exigé & rempli à la 'rigueur.
Les réflexions font défendues aux jeunes efprits, les
quêtons troubleroiènt l'ordre public & fans doute
enibarrafferoient ces maitres aflèz prudens pour les
interdire comme une curiosité dangereufe.
Ainsi les enfans font pliés au joug des leurs pre-
mieres années. Les préjugés fe perpétuent, un ref-
pea aveugle pour tout ce qui eft inintelligible prend
la place de la raiCon qu'on empêche de fe dévelop-
per, & l'ignorance grofsiere à laquelle les dernières
dates de la fodété font condamnées par la rnifere
achevé d'ôter à ces âmes abruties leur reflort natu.-
rel. Si un trait de lumière les frappe dans quel-
que livre que le hafard leur offre, il les bJeflè ou
les attire dans des excès déplorables. Comme un
aveugle dont on vient de defsiller les yeux, ne
peut foutenir l'éclat du jour qu'il voit pour la pre-
mière fois les referme aufii-tôt ou ébloui par une
lumière trop vive fe jette dans quelque 'préci-
pice qu'il n'a pas fi éviter, pour ne pas avoir appris
auparavant à le prévoir,
S'il eft vrai, comme on n'en peut pas douter;
que plus les connoiflances fe répandent, plus il eft
néceflaire que l'empire-du fenatifme Se de l'injuf-
tice re rèfferre, il eft donc .important, pour Pin-
térêt de tous les citoyens qu'ils 'foient fainement
wftrùits & qu'ils reçoivent des notions juftes claires
Ce précités qui raflent, germer en .eux la raifon que
rant de caûfes concourent a étouffer quand quelques
hommes trouvent leur avantage dans l'aveuglement
du plus grand nombre. (
tre
qu'ils une des bras de leurs enfant, ne leur permet.
tent pas de leur faire donner une longue éducation.
Tout fe borne pour eux à Finftruâion. Les travaux
auxquels ces enfans feront bientôt appliqués donne-
ront allez d'exercice a leurs' ,corps. Il faut donc em-
ployer, fans en rien perdre le peu de cems qu'oa
laiHe aux enfans pour fréquenter l'école. Nous (avons
qu'avant l'âge de douze ans, un petit payfan ne
peut gueres mener les troupeaux de Con père aux
champs ni les enfans des journaliers dans les villes,
aider leurs pères dans leurs métiers.
Ceux quï. veulent recevoir une éducation com.
plette, ont ou la reflburce des colleges ou les enfans
enfermés ne voient que le ciel & les mûrs de 'leur
prifon, dans la capitale fur-tout^ ou celle des pen-
sions où. les enfans n'ont que. la dlfliculté Couvent
vaincue de s'évader; ou enfin celle desmaifons pater-
nelles où les. enfans font élevéVpar leurs païens ce
fe rendent aux lieux d'inftruétion publique pour y
entendre les
La première forte fe divife en éducation particulière
Se en éducation commune^ ̃̃
Cette dernière en: compofée de la partie la plus nom-
breufe des écoliers qui vîvent^dansJes collèges y de-
xneurent &y étudient. Ceft celle que nous cônsidàre-
rons le plus, parce- qu'en tout le plus 'grand nombre
doit axer nos regards.; Les citoyens de la clafîê moyenne
entre les plus
à leurs commune
legèSr droit d'en-connoî-
V
tre le plan & comment s'en acquittent ceux qui y
président. Dans ce moment, je ne parle que des
enfîtns qui iont élevés dans les collèges. Tout ce que
j'en dirai peur au&i s'entendre, quelques excep-
tions près que je marquerai, de ceux qui y font
furveillés par des précepteurs particuliers. Les
éducations particulières étant obligées de s'y con-
former au gros de la communauté, dans tout l'or-
dre extérieur, il n'y a d'autre avantage pour les
enfans riches dans cette dûlinâion qui careflè
leur orgueil que d'être un peu plus préfèrvà de la
corruption générale, si leurs précepteurs font leue
devoir, & de prendre un peu plus fouvenc rair aa
.dehors mais aussi plus contrariés, plus ennuyés,
ils font plus .& par conféquent, plus façon..
nés a Pefclavage, à la di&inularion & au *nenfonge.
Les collèges de la capitale ont été fondés par
des Prélats pour l'éducation gratuite de quelques jeunes
gens defKnés à PEglife. (On les nomme boursiers).
La mollefle qui s'efl introduite parmi notre Nobleflè,
lui a fait abandonner la dure éducation de la dus
yalerie pour ritude des Lettres; car elle vouloir s'ou-
vrir un chemin plus doux a la fortune dans la car..
riere des Négociations Se, des Ambaflàdes, autre-
fois remplie par. des Evéques & des gens dérobe.
Elle Veft donc déterminée a faire élever fes entans
avec les jeunes clercs ou boursiers dans les collèges.
Cet. exemple fut fuivi' de tout .ce qu'il y avoic de
riche, de lorte qu'on défeita les -hofpices fcholafti-
^ues pour venir en foule s'enfoncer dans les collèges,
(34)
Le bon ordre qui ne fe trouvent pas chez les maîtres
laïcs, régnant en apparence dans les collèges, en
impofa aux familles. Mais cette affluence fut aa&i
préjudiciable aux riches qui payoient leur pension
qu'aux boursiers qui ne payoient rien. Car ceux-ci
ne furent plus regardés que comme de pauvres
malheureux méprîtes, & comme confervés par cha-
rité dans ces maisons qui leur appartiennent cepen-
dant purfque c'eft pour eux qu'elles ont été fondées
Se bâties. Les autres y prirent un esprit de hauteur,
d'indolence & de débauche qui trompa bientôt
l'attente des familles.
Pour les fauver des dangers auxquels ils
croient exposes, ces familles les plus riches con-
fièrent leurs enfans des maîtres particuliers qui
demeurant, chacun 'avec fon pupille, font chargés
de veiller fur les moeurs la fàntc Se les études dans
intérieur de l'appartement qu'ils occupent y.féparé
des ïogemens communs.
Ce [croit fans aucun fondement qifortfuppoferott
qu'il y a dans les collèges des ,exercices propres a
entretenir la fanté, donner an corps de la foa-
pleiîè & de l'agilité a les rendre robuftes 6c adroits.
Le fcul lieu de récréation publique eft une cour où
les -jeunes gens n'ont pas d'autre plaisir que de lancer,
une balle de paume contre* les murs, les jours de
qui rarement font au nombre de deux par
femgine encore le plus fervent n'eft-ce que pendant
quelques heures après le dîner. On les conduit aux
Champs-Elyfées, ou au bois de Boulogne où ils n'ont
Ci
d'autre reflbunce que leur balle, fous les yeux d'un
pédagogue qui empêche qu'ils ne courent trop lvin.
Les plus grands suivent & rejoignent le trou-
peau 01 goûte on boit on mange, l'argus eft
de la partie, ce qui lui fernie les yeux ou plutôt
Ja bouche puis on rentre au collège où on ne
sapperçoit de rien.
Dans l'intérieur, figurez-vous des jeunes gens en..
nuyés de la regle la plus monotonie, fe trouvant
plusjeursenfemble, fe communiquant leurs réflexions
fur le dégoût de fe trouver ainsi cloîtrés & cher-
chant à fe confoler mutuellement de leur malheuc
commun' par des plaisirs qui font en leur pouvoir.
Les dortoirs communs, les infirmeries, les rendez.
vous, lés failes d'étude où ils font afts côte-à-côte
pendant un tems considérable, tout cela ne favo-
nfc que trop remprefTement de pratiquer ce que
des condifciples trop Induits leur ont appris; 8r
quoique Me un gardien attentif,
M faciant vteibus non eft levé lot puerorutn
m Objtrvarê manus oculofiue in fine trementts.
Juvxnâl. Sat. VIL*
il n'empêchera jamais la contagion de fe répandre'
ni ces ordures de continuer.
L'ennui où font plongés tous ces enfans réunis dans
un même lieu forcés pendant des heures entières
de bâiller fur des livres qui leur déplaifent, ou de.
reftpr enfermés dans une cour qui borne leurs élans,
&où par confêqucnt le dégoût fuccede bientôt aux
(3<)
premières courtes ouvre leur efpric aux pentces
dont le germe y eG naturellement, leurs oreilles
à des difcours qui excitent leur curiosité, Se leur cœur
à des payons qu'ils fatisfont avant le développe-
ment naturel des organes.
Les dimanches & les fêtes, autre efpece d'ennui;
Ces pauvres jeunes gens font forcés d'afsifter, comme
des moines à des offices d'une longueur afTom-
mante après ils pas d'aucre relâche
,que de Ce promener dans cette maudite cour où ils
retrouvent les mêmes plaisirs faflidieux, dont ils nie
.peuvent fe diftrake qu'en recourant à des plaisir
bonteux plus vifs & plus attrayant A peine eft-on
délafle delà fatigue de l'cglife, que la cloche fonne il
faut remonter & achever de s'engourdir fur des livres..
Ne pourroit-onpas, au lieu de leur faire tranf-
greflêr, par des études qui les rebutent, le précepte.
:de fàndifier ces jours de repos le leur faire ac-
complir en les conduifant dans des hôpitaux dans.
les prifons dans les demeures des pauvres familles^
pour y vçrfer des recours fur les malheureux qur
fouffirent? Le plaisir de prendre du mouvement fe
trôüveroit d'accord avec la Religion, & les prome-
nades qui accompfegnerolcrit âu qui ruinaient' ces
bonnes oeuvres leur feroiént trouver plus agréable
la pratique de la charité que les catcdufrnes<& le?.
fermons dont ils fonc fans cefïè rebattus, fans qu'on
Jeur procure jamais l'occasion de voir eux-mêmes la
niifere, &delafouîager, •
Ainsi, toujours captifs, ces jeunes gens' fèdeTeÇ
(37)
C3
perent de pafîer leurs plus belles années dans une
fervitude qui ,n'a d'interruption que celle qu'on ac-
corde à leur docile à s'y foumettre. Leurs plaisirs
ne (ont donc que ceux d'un prifonnier dont la chaîne
s'allonge ou Ce raccourcit, Ce reflerre ou (e relâche x
félon qu'il mécontente ou qu'il flatte, qu'il irxite ou
qu'il appaife fon géolïer. Ces pauvres entons pour
ne pas être privés des dïverdflfemens auxquels ils
pourront fe livrer a leur aife, chez leurs parens, les
jours de congé ou pendant tes vacances, courbent
la tête fous le joug, malgré leurriiépugnance parce.
que c'eft le feu! moyen d'obtenir la grâce d'être
libres quelquefois. Ils contentent a Tefclavage pour
jouir de la liberté par intervalles, comme on content
àfe faire couper un membre., pour jouir ;de la fanté.
Voila rare de former des fuiets au defpôtifroei
voila en quoi fur-tout excelîoient des gens aontl'ul
niversité de Paris voit, j&ns fy oppofer les tiiàges
adoptés par .les che& de fes collèges.1. L'ancien pUri
des études, dans l'université étoit beaucoup plus
simple Se plus digne des hommes qu'elle formoir.
LeTéjour des -collèges étoit réfervé aux boursiers.
Les d'é'cudians qui venoienc
y écouter les leçons des profeflfeurs; Le desir d'ap-
prendre ̃ plus- qu'une émulation cupide excitée par
des prix &ifoït travailler1 tout. ce 'monde & les
jeunes gens libres 'après leur travail, jouiffoient
de leur liberté GmsaUarmer, Se fê remettoient à
l'étude fans contrainte. Mais depuis que des moines
•ambitieux fe furent établis dans le fein de runiver.
?J«)
sïté, y eurent ouvert des écoles oîi.fls inculquoient
à leurs difcïples les principes d'une foumifsion entière
a toute autorité même illégitime, & par un genre
de vie & leur rairaient pra-
tiquer ce qu'ils leur enfeignoient de petit, de mi-
nutieux l'université pour leur oppofer un nombre
égal d'éleves illuftres, a facrifié fon, ancienne réputa-
tion de liberté à la vaine gloire de Ce dire considérée
par de grandes maifons dont l'intention eH qu'on
élevé les enfans, dans lefpric de la fortune & le
désir de la faveur.
( i ). Française si. la vraie morale de, l'Evangile
vous eft aufsi chère qu'une liberté fage si vous
voulez garantir vos enfans de .votre ^humiliation
pafî^e ne rappeliez pas cette fociété d'hommes
qui rendoient tout facile .& permis aux, grands
qui, fous un extérieur dévot, rampant & ctésinté-
relîe., cachoient une ambition ;un une
avidité qui
fans importunité, à fe faire valoir même. par kur
sïlence, à captiver la proteâion des grands par, une
humilité qui flatte toujours .ccuiji; devant qui; l'on
s'abaiflê, à fe faire eftimer dul-bas^euple par des
vertus. a&Ôées à enchaîner ,à leur parti tous ceux
dont ils avoient quelque^chofe attendre,, à péné-
trer les felcretsdes familles par la ^confefiion, a en
abufer pour leurs, intérêts captiver ^admiration
-des .ignorans par une- oflentation ,de fcience, par
.les déclamations dela chaire., exiles mitsions faites
avec éclat fous ,lesyeux, des peuples, ils faifoient illusion

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin