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De l'Espagne et de la liberté... par M. Camille Paganel,...

De
41 pages
Brissot-Thivars (Paris). 1820. In-8° , 38 p..
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DE L'ESPAGNE
ET
DE LA LIBERTÉ.
©
DE L'IMPRIMERIE DE P. DUPONT,
Hôtel des Fermes.
DE L'ESPAGNE
ET
DE LA LIBERTE.
« Peuples libres, souvenez-vous de cette maxime:
« On peut acquérir la liberté; mais on ne la
a recouvre jamais/»
Rousseau, Conir. Soc. , ch. viii.
PAR M. CAMILLE PAGANEL,
1
Avocat à la Cour Royale de Paris, auteur du Coup-d'œil
sur l'état de l'Europe en 1819.
PARIS,
A LA LIBRAIRIE CONSTITUTIONNELLE
1
DE BRISSOT-THIVARS,
rue Neuve-des-Petits-Champs, N* S2.
1820.
i
DE L'ESPAGNE
LA
DE LA LIBERTÉ.
LA nation espagnole ne fait rien à demi. Après
avoir conquis son indépendance sur Napoléon,
elle a reconquis sa constitution sur son pro pre roi.
A Aranjuez, àBaïonne on voit le prince des Astu-
-ries, rebelle envers le roi son père, trouver dans
son premier tort sa première infortune ; l'accroître
à Valançay par le rôle qu'il s'impose; plus tard,
quand des sujets fidèles l'ont replacé sur le trône,
laisser un despotisme ingrat, sou pçonneuxet fana-
tique, s'asseoir à la place de la constitution natio-
nale. Son gouvernement ne s'arme du pouvoir que
pour en abuser : il ruine ses sujets; il isole
l'Espagne de ses colonies; dessèche toutes les
sources, jadis si fécondes, de la prospérité
publique ; reconnaît une puissance au - dehors
qui domine la sienne ; combat tout ce que veut
( 2 )
le siècle; veut tout ce que le siècle réprouve, et
ces ministres croient gouverner. Cependant un
gouvernement incapable, qui, séparant les inté-
rêts du prince de ceux de la nation, ne donne
au trône de base qu'un prétendu droit divin,
pour appui que le saint-office et sa mystérieuse
jurisprudence ; qui choisit exclusivement ses
conseillers parmi les hommes des classes privi-
légiées, pour qui le bien général n'est rien,
pour qui le pouvoir et la pompe royale sont
tout, un tel gouvernement doit éprouver un affai-
blissement d'autant plus accéléré , que sa puis-
sance est plus absolue, ses volontés plus arbi-
traires, et qu'il s'est mis en opposition plus di-
recte avec les lumières, les progrès de la science
politique, les institutions des peuples voisins et
les mouveme.ns d'opinion qui chaque jour ob-
tiennent des résultats nouveaux sur l'un et l'au-
tre hémisphère. L'Espagne pouvait - elle être
stationnaire dans ses préjugés, immobile dans
son désastreux régime, quand tout s'agite au-
tour ou non loin d'elle ? Pouvait-elle perpétuer
les vices de sou gouvernement, quand des hom-
mes dont le gouvernement ne soupçonnait pas
même l'existence avaient, en 1814, régénéré, par
une constitution savante et franchement libé-
rale, le peuple espagnol, alors qu'il venait par
( a )
Sa seule vertu de s'affranchir de la domination
étrangère? Il ne faut rien moins supposer que
l'absence de toute idée, cette cécité morale que
peut produire, dans les conseils d'un prince né sur
le trône, le despotisme héréditaire, l'irritation de
courtisans orgueilleux à qui la voix du peuple s'est
fait entendre par l'organe de ses représentans,
l'incapacité absolue ou la perfidie des ministres,
il ne faut, dis-je, rien moins que toutes ces cau-
ses réunies pour qu'il soit possible d'expliquer
la conduite du cabinet espagnol , depuis le
premier janvier, jour mémorable où une poi-
gnée de soldats , se dévouant à la cause de la
liberté , firent un appel à leurs compagnons
d'armes, aux cortès expatriées, appel entendu
bientôt des colonnes d'Hercule aux Pyrénées,
et jusqu'aux extrémités occidentales que battent
les flots de l'Océan.
Quelle ne doit pas être la présomptueuse sé-
curité des agens d'un arbitraire sans frein et sans
limites, quand on voit le conseil de Ferdinand
compter pour vains et dérisoires un système
d'insurrection habilement concerté, la liberté
nationale réclamée avec tous les caractères d'une
inébranlable résolution, et cependant avec des
égards envers le prince, avec cette modération
qu'inspirent la conviction du droit et le senti-
(4)
ment de la force? Cette espèce.d'aveuglement est
)nhérent au pouvoir absolu, indépendamment
de la zone sous laquelle il est exercé; mais arrê-
tons notre attention sur la péninsule et sur les
conséquences de sa révolution, conséquences
d'autant plus heureuses que ce mémorable évé-
nement s'est opéré sans effort, sans désordre, et
par la volonté souveraine de la nation. L'exemple
est donné, et cet exemple pourra être interprété
comme une sorte de loi suprême, imposée à tous
les peuples. Son action sera plus rapide ou plus
lente, dans la proportion des obstacles qu'elle
rencontrera, des oppositions qu'elle aura à sur-
monter; mais, sur aucun point de l'Europe, ces
oppositions, ces obstacles ne seront l'œuvre des
peuples. Tous ont épuisé les épreuves auxquelles
le despotisme ministériel a soumis leur patience ;
tous invoquent l'impartialité des lois contre les
traditions féodales, et l'intolérance religieuse;
tous sont prpts à secouer le joug de l'arbitraire, si
l'on ne se hâte de les en délivrer. Il y a urgence
pour les peuples, et peut-être plus encore, ur-
gence pour la plupart des gouvernemens, car la
révolution d'Espagne a stipulé, non pas pour un
seul peuple, mais pour l'espèce humaine.
Avouons cependant que, s'il fallait estimer
son influence par le système d'arbitraire que dé-
( 5 )
routent maintenant .les dMfetres d'une monar-
chie constitutionnelle, avec une inconcevable
affectation de mépris et de dérision pour l'opinion
publique, avec l'alliance de ceux qui ont décou-
vert la contre-révolution dans la charte, alliance
offensante pour le Roi, hostile envers la nation,
il faudrait conclure d'une telle entreprise encore
inarrelée, que la leçon donnée par le peuple fier et
généreux de la péninsule sera, à plus forte raison,
perdue pour les gouvernemens qui contestent
encore les droits naturels et politiques des peu-
ples; mais la France , l'Europe , le monde entier
considèrent cette influence sous des rapports plus
étendus et plus profonds. L'orgueil despotique est
partout et toujours un faux calcul du pouvoir rau
temps présent et par rapport au peuple français,
un pouvoir illimité est un absurde contre-sens,
un essai funeste , un attentat aux lois divines et
humaines, un complot contre la charte, contre
son auguste auteur et la nat;on, Ú qui la garde et
la défense en sont confiées; les ministres et leurs
soutiens recueilleront les fruits de ces impru-
dentes tentatives, car leurs nobles adversaires, les
députés nationaux, ont, par la discussion la plus
lumineuse, interdit à la faction oligarchique et
ministérielle toute excuse fondée sur l'ignorance
des principes , et l'improbabilité des conséquch-
M
ces, que la violation de ces mêmes principes en,
traîne après elle. Que dis-je? le ministère, forcé
dans toutes ses positions, n'a-t-il pas déclaré qu'il
voulait l'arbitraire pur, c'est-à- dire la contre-
révolution dans les lois ( habemus confitentem
reum ) ? et ne s'est^l pas prévalu de la Charte
pour féconder les théories de la monarchie abso-
lue , le germe des priviléges et les lois d'exception?
Quand tout prépare l'inévitable triomphe de la
liberté, la fermentation des esprits, l'exaltation
des sentimenscroissent de jour en jour; l'opinion
se déploie et marche comme un chariot armé en
guerre: image inquiétante de l'état possible d'un
peuple qui se verrait, ou violemment ou par des dé-
ceptions outrageantes, dépouillé de ce qu'il pos-
sède de droits naturels et ci vils, au lieu d'en
obtenir le complément et les garanties ; choses
inutilement promises et jurées; comme si le
VATICAN pouvait encore absoudre les ministres
violateurs de la foi des sermens? Le parj ure est-il
toujours un droit de la force, parce qu'il fut con-
sacré seize siècles par la politique ultramon-
taine ? de là venait le droit de déposer les
rois et de délier les peuples du serment de
fidélité; de là tous les crimes, tous les scandales
dont la monstrueuse alliance de la puissance
Spirituelle et temporelle a couvert les deux,
(7)
mondes, Helas ! elle règne encore , et les jésuites
sont rendus au monde chrétien:
Apparent d¡.ræ ja'cies, ininncaque Trojæ-
1\ -l:mif/a.
Bizarre contraste avec la morale philantropique
propagée par les philosophes et les légitimes pas-
teurs des églises ! les cultes parlent aux sens ,
l'évangile au cœur et à la raison : l'intolérance,
pour égarer l'un et l'autre , allume le fanatisme
dans les imaginations; et ne croyez pas que le
patelinage jésuitique ne répande son venin que
par l'organe des missionnaires : la faction qui les
paie l'a introduit dans les cours , dans les cham-
bres ,dans les congrès et jusque dans les cabinets
des princes séparés delà communion-romaine. Je
pourrais expliquer ce contre-sens, mais ce serait
par trop douter de l'intelligence des lecteurs.
- Depuis trente ans , la France instruisait l'Es-
pagne: cette longue leçon ne lui aurait pas pro-
fité , si l'invasion de Bonaparte ne lui eût ap-
porté la leçon plus efficace du malheur , ce
grand maître de l'fa&m-we. Avant cette épo-
que les guerres politiques se faisaient par le
peuple espagnol, comme par tous les autres ,
pour le trône, pour les grands du royaume,
peur la ruine et l'asservissement des citoyens. De-
venue nationale par une heureuse iiécessité ; la
guerre a rétabli le ressort long-temps comprimé
( 8 )
du caractère espagnol ; les guerillas ont évoqué
les cortès, et les cortès la liberté , jadis si chère
à leurs aïeux, si florissante dans la populeuse
péninsule. Oui, Bonaparte, en leurapportant de
nouveaux fers, brisa les chaînes que la dynastie
autrichienne avait forgées , que la dynastie sui-
vante avait rivées et appesanties.
A la lutte contre l'envahisseur succède une
lutte nouvelle : Ferdinand, à peine replacé par la
nation sur son trône , se met en état de guerre
avec elle; de perfides conseils l'entraînent; et du-
rant cinq années 1815 pèse sur l'Espagne.
Tout-à-coup la scène change : un rayon d'espé-
rance luit dans l'Andalousie ; une poignée de
soldats se déclarent constitutionnels, et pous-
sent , à l'envi, le cri de liberté. Ce cri se pror
page avec la rapidité de la flamme électrique; la
nation proclame ses droits; et Ferdinand , désa-
busé ou vaincu, se rend au vœu du peuple, et
prête serment à la constitution des cortès.
L'Espagne et la France ont changé de situa-
tion et de base en changeant de régime; l'une VA
s'élever d'un vol rapide à la plus haute prospérité,
quand l'autre verraitsedesséchertoutesles sources
de la sienne si le despotisme ministériel pouvait
s'établir; passager dans les monarchies tempé-
rée , il se hâte, par cela même, de ralentir la circu-
( 9 )
lation de la vie dans les artères du corps politique
il n'eu permet que ce qu'il en faut pour l'humble
obéissance, Mais l'opinion se joue de ces calculs
téméraires; si les droits naturels et politiques
peuvent recevoir des limites, elles ne sont impo-
sées aux peuples que par leur intérêts; s'il est une
échelle graduée de liberté, cette mesure est fixée
par la raison publique.
Lapart de l'Espagne est faite dans les destinées
de l'Europe, si les cortès sont aussi habiles à
défendre la constitution qu'ils le furent en 1814
à la fonder. L'erreur qui la dépare (1) sera tem-
poraire. A cela près , il n'est aucune monarchie
représentative au monde qui soit assise sur des
bases plus durables ; qui, embrassant tous les
-droits, les coordonne plus sagement avec toutes
leurs garanties , qui laisse plus de latitude au
prince pour opérer le bien, et moins de moyens
à son conseil de l'égarer hors des limites de son
autorité constitutionnelle. Les ennemis de la li-
berté des peuples sont les mêmes partout où
l'arbre de la féodalité a étendu ses rameaux mal-
faisans et jeté de profondes racines. Les rameaux
reverdiront tant que les racines ne seront pas
entièrement extirpées. Par là s'explique la rap i-
(1) Je la signalerai bientôt.
( 10 )
ditë des conquêtes et de l'influence créatrice de
la liberté sur le sol vierge deFAmérique du Nord.
Que tout Espagnol rentre dans la masse natio-
nale ou soit déshérité de ce titre, désormais si
honorable, et qu'il aille rêver le privilège là où
l'aristocratie intrigue et conspire encore contre
l'égalité des droits et les intérêts imprescripti-
bles des nations, contre la charte éternelle quE!
la main de Dieu même a gravée dans le cœur de
l'homme.
Le Portugal ne peut tarder à éprouver la puis-
sance d'attraction qu'exercent les grandes masses
sur les moindres. S'il ie tourne pas sur ses propres
pôles ; il s'appuiera sur l'Espagne qui lui impri-
mera son mouvement, et leur alliance accroîtra
leur force, par conséquent leur influence au-de-
hors. Vainement le cabinet britannique négo-
ciera à la cour du Brésil le droit d'imposer à la
nation portugaise de plus pesantes chaînes., et
peut-être de convertir en propriété le royaume
qu'il exploite et gouverne à titre de dépôt. Le
monarque , en le désertant, n'a-t-il pas com-
promis ses propres droits. Quelque parti que
prenne le Portugal, il formera un état libre ,
ou, si les antipathies nationales venaient à s'effacer,
il deviendra une partie intégrante de la mo-
narchie constitutionnelle espagnole ; il s'anran-
( Il t
chira du tribut qu'il paie aux fabriques, au
commerce exclusif de sa fière dominatrice ; la
dynastie qui l'a déshérité de son indépendance.
et de son titre de métropole a cessé de posséder
le Portugal comme province; et moins heureux
que le roi d'Ithaque, celui du Brésil battra vai-
nement les mers , battu lui-même par les vents
et les tempêtes, pour retrouver cette Lisbonne
qu'il a dédaignée et qui le désavouera à son tour.
On a beau faire : l'esprit humain niarclie d'en-
semble au but nouveau que la révolution fran-
çaise a signalé. L'Espagne n'était pas la seule
péninsule qui aspirai après sa restauration na..
tionale. Il est une terre classique de la liberté,
une terre couverte d'augustes monumens et de
symboles dont l'éloquence muette réveille dans
les âmes ces noms magiques de Forum, de
tribune aux harangues, de Capitolé ! L'Italie
ne redemande pas ses dieux ni ses fêtes re-
ligieuses, dont Rome moderne emprunta trop
peut-être ce qu'elles étalaient de somptueux
et de profane. L'Halic ne réclame pas ses pa-
triciens, ses comices, ses temples et ses cirques
où se déployait toute la majesté du peuple~
roi. Impatiente du joug étranger, elle n'as-
pire qu'à brûler quelques grains d'encens sur
les autels modestement restaurés de la liberté;,
( 12 )
elle veut des constitutions, et des lois qui les
lui garantissent. Sa volonté ne se manifeste en-
core que par des désirs dont l'expression géné-
rale porte l'empreinte d'une timide servitude.
Elle ose à peine soulever le voile qui couvre son
avenir. Dans quelques-unes de ses parties un
caractère plus saillant anime cette expression, et
rappelle à l'esprit des époques de liberté qui,
pour avoir été passagères, n'ont pas laissé d'im-
primer des traces profondes. Les peuples de l'I-
talie , tout divisés qu'ils sont en plusieurs états,
n'en forment pas moins une nation homogène par
sa langue, ses goûts, ses mœurs et ses inclina-
tions politiques; le despotisme a régné sur tous
avec des différences peu sensibles. Dans le do-
maine pontifical le joug est plus doux, mais plus
combattu par les lumières du temps, plus hon-
teux selon l'opinion générale des peuples : cir-
constance qui probablement hâtera la dissolution
du pouvoir des elefs et de la puissance tempo-
relle. Entourée de prestiges et de fantômes bi-
zarres durant l'épaisse nuit du moyen âge , cette
alliance aura trop long-temps sans doute régi le
monde chrétien ; mais du moins elle ne se re-
produi ra pas; et la morale évangélique fleurira
de nouveau par le doux empire de la parole, les
vertuâ et l'éloquence persuasive des pasteurs
formés à l'école de leur divin maître.
C 13 )
Le trône de Naples, planant au-dessus des
trônes qui se divisent l'Italie et l'accablent de
leur poids, est aussi le plus exposé aux révolu-
tions. La république romaine couvre de ses
débris le sol qui environne cette capitale, non
moins menacée par la fermentation qui agite
l'Europe, et que lui portent les échos des Apen-
nins, que par la foudre qui gronde dans les en-
trailles du V ésuve. Une faible étincelle lancée
du volcan révolutionnaire, dont les gouverne-
mens attisent, alimentent, élargissent chaque jour
le foyer, suffit pour produire l'embrasement
des esprits et des passions dans toute l'Italie.
Maîtres des nations, on vous offre plus de gran-
deur et de stabilité; consentez à devenir prin-
ces constitutionnels , il en est temps encore.
Un bienfait préventif est toujours bien accueilli
par les peuples ; il serait dédaigné , il serait
repoussé comme une injure alors que, le code
des droits à la main , les peuples, consultant et
délibérant, liraient dans ce code ce principe
chez nous proclamé par les trois ordres, il
y a trente ans, qu'aux peuples appartient le
droit de marquer les bornes du pouvoir, celles
de l'obéissance, et de dicter les conditions aux-
quelles ils veulent être gouvernés. Si telle en
effet est l'opinion que se forment aujourd'hui

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