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De l'Infection paludéenne,... par Aug. Gaffard,...

De
31 pages
Chapoulaud frères (Paris). 1872. In-8° , 32 p..
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DE
L'INFECTION PALUDÉENNE,
CAUSE DES FIÈVRES INTERMITTENTES OU D'ACCÈS ',
DES SYMPTOMES LES PLUS FRÉQUENTS QU'ELLE PRÉSENTE
ET DU MEILLEUR TRAITEMENT A LUI OPPOSER.
Mémoire scientifique, mais à la portée des gens du monde,
destiné à faire connaître au monde médical, au corps pharmaceutique,
comme à la société en général,
la vérité vraie sur la composition du fébrifuge
connu sous le nom de Fébrifuge-Gaffard, d'Aurillac, et à démontrer
que cette spécialité pharmaceutique,
comme le traitement dont elle est la base, sont,
>eKtnsirefeKactuel de la science, ce que celle-ci possède de plus rationnel
'v^i, .—^'-M,8e plus efficace pour combattre l'élément fiévreux
;y.'' N &, A et en détruire tout germe,
.XC.ÂUG. GAFFARD, D'AURILLAC,
tr^ï&ttfi^n médecine et en pharmacie-Paris ; ancien inspecteur des pharmacies ;
correspondant de l'Académie des sciences , belles-lettres et arts, de Clermont-Ferrmid
de la Société nationale de médecine , chirurgie et pharmacie de Toulouse :
onze fois couronné déjà pour ses travaux , etc.;
CHEF DE FABRIQUE ET D'USINE A VAPEUR
pour l'obtention de produits chimiques, pharmaceutiques et d'économie
domestique , spéciaux,.
A AURTLLAG f; ;
£»Ri:& : ÊïO GERIT.
PARIS.
LIBRAIRIE DE CHAPOULAUD FRÈRES,
4 , rue Honoré - Chevalier, (
A LIMOGES , 7, HUIS MONTANT-MAHIGNE.
1878. .
I. — INTRODUCTION.
1. — RTotre étoile. — Le hasard, ou la Providence, nous a placé, en venant au
monde, dans une famille où, de parent à parent, on s'occupait depuis longtemps du
traitement des fièvres intermittentes. A cette famille s'attachait la réputation de
posséder des spécifiques à grande efficacité pour la curation de cette affection ; et,
cette circonstance nous ayant mïs à même de nous livrer, de concert avec notre père,
comme nous, de son temps, médecin et chimiste, à une facile expérimentation, il
s'en est tout naturellement suivi une série de petites découvertes de l'ordre théra-
peuthique qui, mises à profit pour améliorer des préparations déjà bonnes et
renommées, nous ont maintenu dans cette voie, où nous devions progresser, et, par
une suite de perfectionnements, arriver à la composition actuelle du fébrifuge,
connu à peu près partout aujourd'hui, qui porte notre nom.
S. — fuIblScaftâoK! die EÎOS travaux. — Pendant longtemps nous ayons
tenu nos préparations secrètes, et nous le devions , pour avoir momentanément le mono-
pole d'un produit créé ou amélioré par nous, devant réparer par d'honnêtes bénéficesdes
malheurs de famille, et dans la vente duquel nous trouvions aussi une juste rému-
nération , soit à nos labeurs, soit à des sacrifices d'expérimentation, occasionnés par
nos recherches. Mais nous le devions encore, et par-dessus tout, parce qu'on nous
aurait tenu peu de compte de livrer a la publicité un remède encore peu connu, que
nous étions d'ailleurs en voie d'améliorer. Aujourd'hui, outre que nous pourrions
nous passer à la rigueur des produits d'une industrie pour vivre, nous avons, ce
nous semble, porté cettepréparation, comme l'ensemble du traitement des fièvres, à
un degré de simplicité et de perfection qui a dépassé nos- espérances : aussi rien ne
saurait désormais, être un obstacle à ce que nous donnions un libre cours aux senti-
ments qui nous portent à tout faire connaître. Nous considérons cet acte comme un
devoir à l'égard de la société, dont nous tirons notre bien-être ; envers Dieu qui nous
a protégé dans nos efforts.
3. — KJne deecondltiioms «Je succès du fébrlftaege. — Est-ceàdire
que nous allons, pour les motifs qui précèdent, cesser de nous livrer à l'obtention de
cette précieuse préparation? Assurément non : car, si nos sentiments de justice veulent
que nous trouvions peu noble de garder- pour nous une composition qui doit profiter
au bien-être général, un mobile tout aussi louable nous sollicite à en continuer la
production. En effet, nous sommes convaincu que, si cet agent thérapeutique a obtenu
la grande vogue qu'on lui sait, cela a tenu beaucoup aux soins qui président à son
obtention dans la maison, comme à une rigoureuse exactitude dans le mode spécial
d'administration. Du jour où les proportions respectives des bases alcaloïdiques
qui entrent dans chacune des pilules, salifiées par l'acide acétique, ne seraient plus
celles que nous indiquons , et, à moins qu'on n'achetât les quinquinas fort en grand,
et qu'on ne les analysât préalablement, on y parviendrait difficilement; de ce jour,
ces pilules perdraient leur supériorité sur les autres préparations. Qu'on juge donc
de l'importance que nous mettons, dans l'intérêt général, à ce que ne tarisse point
la source à laquelle on pourra toujours en puiser de fidèlement obtenues !
- 4 —
4. — Une autre condition de succès du fébrifuge. — Étant
admise l'importance du mode d'administration du remède, ce qui constitue une méthode
particulière, rigoureuse pour sa réussite, du jour où cette préparation serait livrée au
malade sans une notice, comme le comporte la spécialité, sur ce mode rigoureux de
l'administrer, sur les précautions à employer, sur l'opportunité d'en continuer l'usage,
etc., on le prendrait "mal, comme il arrive si souvent encore, malgré toutes les recom-
mandations que renferme cette notice, et ce serait là la source de très-nombreux
mécomptes.
5. — I^a spécialité bien comprise doit être un progrès pour
la thérapeutique. — S'il est vrai, comme le dit le vieux et trivial proverbe,
que celui qui trop embrasse mal étreint, il faut réciproquement reconnaître qu'il n'y
a pas d'homme, d'une aptitude même médiocre , qui, en se consacrant avec goût et
persévérance à l'étude de branches restreintes d'un art, ne parvienne, avec le temps,
à y acquérir beaucoup et même à le faire progresser. C'est dans la nature, et Celui
qui a dit aux hommes, dans son langage simple et mystique : « Cherchez, et vous
trouverez », a voulu, par cette formule générale, proclamer cette grande loi de la
création. Nous vivons d'ailleurs à une époque exceptionnelle, où l'homme, à moins d'être
doué des facultés les plus heureuses, ne peut, par suite de l'épanouissement permanent
des sciences physiques et naturelles, et à cause du développement qu'en reçoivent les
arts qui s'y rattachent, embrasser fructueusement l'étude entière d'un de ces arts :
il est utile, pour leur avancement, que les travailleurs se renferment rigoureusement
dans un cerele étroit devant se restreindre de plus en plus à mesure que nous irons,
et d'où naîtra, il est facile de lé prévoir déjà, la consécration éclatante de la
spécialité, que les esprits vulgaires blâment encore de nos jours, sans songer que
de son règne doit résulter de grandes découvertes, et partant d'immenses bienfaits
pour l'humanité. D'ailleurs, n'avons-nous pas, depuis longtemps déjà, à Paris,
des professeurs, des membres de l'Institut, qui se consacrent presque exclusivement
à l'étude et au traitement .des maladies d'un seul ou d'un petit nombre d'organes,
ou bien à des maladies d'un genre spécial? Pourquoi donc ce qui est bon à Paris
serait-il moins bon en province, et pourquoi là des hommes, inférieurs en intelligence
et en savoir aux illustrations précitées, mais animés de l'ardent désir de faire pro-
gresser un art en se vouant corps et âme à l'étude d'un petit nombre de ses branches,
n'avanceraient-ils pas dans cette voie de perfectibilité que Dieu accorde à toute chose
fécondée par un travail opiniâtre ?
Du reste, hâtons-nous de le dire, ce n'est pas toujours les grandes découvertes
qui sont le plus directement utiles à l'homme, mais bien des fois des améliorations,
de simples perfectionnements, et le plus souvent l'application simultanée, mais à
propos, de divers moyens déjà trouvés, constituant une méthode nouvelle, sans que
les matériaux en soient nouveaux.
Mais, pour être réellement utile à la société, il ne suffit pas de trouver des formules
ou des procédés, de produire des découvertes ou inventions de nature à en augmenter
le bien-être : il est rigoureusement nécessaire de les faire connaître pour en répandre
l'emploi ; en sorte que le complément de l'acte d'utilité se trouve forcément dans
une certaine publicité.
Cela nous rappelle l'opinion que le professeur d'hygiène de la Faculté de Paris,
le savant M. Bouchardat, ancien pharmacien en chef de l'Hôtel-Dieu, a exprimée, en
parlant dés besoins de la pharmacie : « On ne saurait, dit-il, qu'applaudir à celui qui
se livre aune fabrication pharmaceutique exclusive dans le but d'assurer la perfection
gomme la conservation des produits. Que chaque pharmacien s'attache à un produit,
- 5 -
qu'il le prépare, et qu'il le conserve mieux qu'un autre, tous ses confrères seront
heureux de profiter des perfectionnements qu'il aura apportés. » De son côté, le
professeur Civiale, de l'Institut et de l'Académie'de médecine, disait, il y a quelques
années, à l'ouverture de son cours, en parlant de la spécialité d'une manière
générale et à propos des ennemis qu'elle rencontrait parmi les savants : « J'ai le regret
de déclarer que ces savants se trompent, en même temps qu'ils sont injustes envers
les spécialistes ».
6. — IPoint de remède secret, maïs la spécialité en matière
de remèdes. — Si notre dignité personnelle , si notre devoir envers la société,
si notre déférence pour le corps médical et pharmaceutique , veulent que nous n'ayons
aucun secret, d'autres obligations envers celte société ne veulent point assurément
que nous en abandonnions désormais la production au premier venu. Du jour où nous
voudrions en agir autrement; du.jouroule public et ces nombreui malades que nous
avons si souvent guéris, si fréquemment débarrassés d'une affection qui avait résisté
à tous autres traitements, ne pourraient plus disposer d'une préparation en tout
semblable à celle à laquelle ils ont déjà dû le rétablissement de leur santé , qui les a
sauvés parfois d'une mort imminente , de ce jour, nous serions assaillis , dans notre
demeure, par d'irrésistibles supplications! Aussi, plus que jamais , entendons-nous
consacrer à produire cette préparation , comme à l'améliorer encore, s'il est possible,
le temps ou la majeure partie du temps que Dieu nous laissera sur cette terre.
7. — I5ut du présent opuscule. — Le présent écrit est destiné à com-
pléter les' renseignements trop concis que la notice jointe au fébrifuge présente aux
hommes de l'art, aux malades, à ceux qui les entourent et aux personnes charitables
qui s'intéressent au soulagement des pauvres. Les membres de la grande famille
médicale voudront bien, en faveur du bien général, nous pardonner soit les
expressions parfois peu techniques que nous y employons, soit certaines explications
et détails, tout-à-fait superflus pour eux, que nous y consignons. Cet opuscule a pour
but aussi , et essentiellement, de démontrer péremptoirement au monde médical,
comme au corps pharmaceutique, que nos préparations et leur mode d'adminis-
tration sont, dans l'état actuel rie la thérapeutique , ce que cette science possède de
plus rationnel comme de plus efficace pour le traitement des fièvres intermitentes, et
pour détruire dans l'économie tout germe de l'infection paludéenne.
II. - INFECTION PALUDÉENNE.
8. — Origine de l'infection. — Ce qualificatif paludéen, appliqué à un
groupe d'affections qui, en langage médical, est synonyme de fièvres intermittentes,
tire son étymologie, comme on le sent, du mot latin palus , marais, parce que l'obser-
vation semble devoir attribuer la cause des fièvres aux émanations des marais. En
effet, tant que les terrains bas, peu perméables à l'eau, sont immergés par ce
liquide, il semble n'en 'échapper aucune effluve insalubre ; mais, quand ils se décou-
vrent,- et qu'ils s'échauffent par l'effet de l'insolation, ces surfaces, se trouvant, dès
lors, dans les conditions les plus favorables à la formation spontanée d'êtres organisés
ou à des germes, il s'en dégage des miasmes-produisant, entre autres maladies, et
le plus fréquemment, l'intoxication ou infection paludéenne. Heureux les habi-
tants de ces parages lorsque cette intoxication se borne à l'infection paludéenne
simple, se traduisant par les fièvres périodiques ou intermittentes régulières , et qu'il
ne s'y mêle ni les fièvres rémittentes pernicieuses qui déciment impitoyablement
- 6 —
parfois la population des contrées infectées, ni ces fièvres larvées, graves, échap-
pant 1rop souvent au diagnostic de l'homme de l'art et constituant par cela même
une dangereuse affection, ni, à plus forte raison, ces fièvres pseudocontinues des pays
chauds, le désespoir de la médecine.
9. — IFiè-vres continues. — Le public confond trop souvent deux groupés de
maladies ayant entre elles une similitude de nom : nous voulons parler des fièvres
intermittentes et des fièvres continues. Le médecin est loin de les confondre, et, s'il
attribue la production des fièvres intermittentes ou d'accès , ou fièvres périodiques,
ce qui est synonyme, aux émanations provenant de l'altération de la matière organi-
que végétale, il est disposé à rapporter la cause des fièvres continues, comme la
fièvre muqueuse , là fièvre typhoïde , ainsi que la cause des maladies pestilentielles
telles que le choléra, à des miasmes d'origine animale.
10. — Intoxication. — Il paraît que l'empoisonnement paludéen se produit
plus particulièrement le matin ou le soir, en l'absence des rayons solaires directs. Ce
ne serait point assurément parce qu'il se dégagerait plus de miasmes délétères avant
le lever ou après le coucher du soleil, mais, très-probablement, parce que l'inso-
lation communique à l'économie une résistance plus grande aux agents malfaisants ,
d'une part, et que, d'autre part, elle détruit les germes morbides que renferment
ces miasmes. Cette action délétère s'exerce également sur les deux sexes, et à tous
les âges de la vie, mais, de préférence, chez les sujets déjà affaiblis par une maladie,
par une nourriture insuffisante, parles excès de tout genre. Que ce soit par l'effet
d'un travail au-dessus des forces auquel le père de famille est sollicité par l'amour
si digne d'éloges de la mère et des enfants, trop souvent par la misère ; que ce soit
par l'excès dégradant des liqueurs fortes et du tabac, ou par l'excès d'autres plaisirs ,
les conséquences de cet affaiblissement sont les mêmes en ce qui touche l'infection
paludéenne. Toute perturbation subite dans les fonctions de nos organes, comme un
refroidissement rapide, une indigestion, une frayeur, une chute, prédisposent aussi
à cette intoxication.
11. — Théorie de l'infection. — Les êtres organisés qui appartiennent
à l'échelle inférieure de la création semblent destinés à vivre peu, après l'acte de
reproduction. Ce grand acte accompli chez le végétal non vivace, il est fatalement
voué à la mort. On appelle évolution la période qui s'écoule depuis sa naissance
jusqu'à ce qu'il meurt : il y a donc chez ces êtres organisés des évolutions annuelles
et bisannuelles, indiquant, comme on le voit, leur durée approximative. Mais on trouve
des plantes, parmi les liliacées, par exemple, qui, naissant seulement au mois de
mars, cessent de vivre vers la fin de septembre : chez ces sujets l'évolution n'est
guère que semi-annuelle. Enfin il est, dans la grande division des plantes.acotylé-
donées, des sujets, surtout dans le groupe des mucédinées, dont l'évolution se
produit dans une période de quatre jours, de trois jours, et moindre encore.
Si le zoologiste a pu, dans ces derniers temps, et par l'effet du perfectionnement
des instruments d'optique, découvrir et étudier une foule d'animaux microscopiques
comme les infusoires, dont une. goutte d'eau pourrait à la rigueur en renfermer un
millier; animaux dont l'évolution n'est souvent que diurne, ou se compte, selon les
genres ouïes espèces, par deux, trois, quatre jours, etc., le botaniste a pu, tous
les jours aussi, faire des découvertes nouvelles, en appliquant les mêmes instruments
aux investigations de la science qu'il cultive. Après avoir constaté que le muguet
des enfants est une production végétale (l'oïdium albicans), qui se développe sur l'épi-
thélium de la bouche ; que la teigne blanche ou favus est un végétal (Trichophyton)
l'¬
appartenant aussi à la classe des champignons, qui s'attache'au bulbe pileux de la
tête ; que la pourriture d'hôpital et la diphthérite sont autant de végétaux dohtle,
germe, qui existe à certaines époques dans l'atmosphère, se fixe et se développe
sur le derme dénudé ou sur les membranes muqueuses, n'est-il pas presque évident
que les maladies pestilentielles sont occasionnées par l'introduction dans nos humeurs,
et au moyen de la respiration, de germes de même nature qui, se fixant et se déve-
loppant, soit sur le tissu des viscères, soit même sur les globules du sang, agissent
sur l'économie à la manière des poisons ? Qui peut ignorer d'ailleurs que cette famille
botanique des champignons présente les espèces les plus' vénéneuses, pour ne citer
que la fausse oronge et l'agaric meurtrier ! Que de fois la simple moisissure du
pain a déterminé des coliques et jusqu'à plusieurs symptômes cholériques! Que
d'accidents graves produits par l'usage de grains ergotes ! •
12. — î¥ature de l'infection paludéenne. — Et, si nous admettons,
avec les savants les plus autorisés, que la peste, le choléra, comme les maladies
exanthémateuses et les fièvres continues, doivent leur cause à la fixation, dans nos
tissus ou dans nos humeurs, de ces germes de mucédinées dont l'évolution , pour nous
servir d'un mot sur la valeur duquel nous nous sommes expliqué, coïncide en général
avec la durée de la maladie qu'ils déterminent, ne sera-t-il pas presque évident que les
fièvres intermittentes tiennent à une infection de nature similaire, sans être iden-
tique, et que, selon l'évolution de la mucédinée productrice des accidents, la fièvre
sera quotidienne, tierce, quarte ; de même que l'infection simultanée par deux genres
différents de- mucédinées fébrigènes pourra déterminer des accès doubles-tierces,
doubles-quartes, etc. ? Nous savons que l'économie a une tendance à se débarrasser
des corps étrangers qui la souillent,- par un effet de réaction qui constituerait l'accès
coïncidant avec le plus grand développement de la plante parasite, qui serait expulsée
à chacune de ces crises, mais dont le mycélium ou germe subsisterait, pour se
reproduire, dans une même période, avec son même développement. Le mycélium,
nous avons besoin d'expliquer ce mot, est au champignon ce que le bulbe esta la
jacinthe, à la jonquille, au narcisse; ce que le tubercule est à la solannée par-
menticre et au topinambour ; bulbes et tubercules qui, tant qu'ils restent enfouis dans
la terre, reproduisent constamment ces plantes à évolution annuelle. C'est dans le
mycélium que se conserve le principe vital de la mucédinée fébrigène, à laquelle
nous rapportons la production des accès. Or, tant que ce mycélium restera fixé sur
le tissu de la rate ou du foie, deux sortes de grandes glandes qui sont, comme
on sait, plus ou moins atteintes dans les fièvres, il y aura infection, et les
accès devront se renouveler. C'est donc à détacher ce mycelium-àe ces tissus, à
l'expulser de la rate ou du foie, où ils paraissent se fixer, que peut consister unique-
ment le procédé de guérison des fièvres, et c'est en agissant ainsi, nous le croyons,
que les préparations que nous obtenons exercent leur salutaire effet sur l'économie.
Disons un mol, en passant, d'une grande loi naturelle dont certains savants ont
parlé sous le nom de .force biogène, en vertu de laquelle « toutes les fois que la
matière organique se trouve en présence de l'air, de l'eau et du calorique, il y a
formation d'êtres organisés, ou tout au moins de germes qui ne demandent pour leur
développement qu'un milieu approprié ». Créés, sans doute, dans ces circonstances,
les germes de la mucédinée fébrigène s'élèvent dans l'atmosphère à l'état de miasmes,
et, par l'effet de la respiration, s'introduisent dans les ramifications des bronches ,
d'où, par l'acte de l'hématose, ils pénètrent dans l'organisme, et parviennent, entraînés
par la circulation , jusqu'à la rate et au foie, viscères qui sont leur siège d'élection.
13. — Mode d'action des quinquinas en leurs principes
- 8- —
actifs. —Les quinquinas que nous apporte le com'mercedu Nouveau-Monde sont,
comme on.sait, l'écorce des grands arbres de la famille des rubiacées, qui croissent
spontanément dans la chaîne des Andes ou Cordillières du sud de l'Amérique. Ce n'est
ni par le tissu fibreux inerte que>enferme cette écorce, ni par une matière résineuse,
ni par divers acides faibles qu'elle contient,-qu'elle exerce son action fébrifuge : mais
essentiellement par deux alcaloïdes, dont l'un porte ,1e nom de Quinine (ne pas con-
fondre avec le sulfate de quinine que tout le monde connaît), et l'autre, celui de
Cinchonine. Chacun de ces alcaloïdes, qu'il faut rendre solubles dans les sucs de
l'estomac si on veut qu'ils exercent sur l'économie toute l'action dont ils sont
capables, ont entre eux une grande connexion de propriétés, puisqu'ils sont l'un et
l'autre anti-fébriles; mais ils possèdent chacun des vertus qui leur sont propres ou
particulières.
14. — Propriétés spéciales à chacun des alcaloïdes des
quinquinas. — Nous considérons que, si une réaction spontanée de l'économie
a le pouvoir de détacher du tissu de nos viscères la mucédinée fébrigène, comme
dans les accès de fièvre, une réaction ou une crise, non plus forte, mais se localisant
sur tel ou tel organe , peut en expulser le mycélium ; et c'est en agissant ainsi que se
comporte la quinine salifiée et soluble sur la rate et sur le foie. Quant à la cinchonine,
elle jouit de cette même propriété à un moindre degré ; mais elle possède en outre cette
vertu, non moins précieuse, d'augmenter les forces vitales , et de communiquer
ainsi à l'économie le don de produire des réactions plus fortes, car c'est le tonique
par excellence. Elle possède surtout encore la vertu spécifique fébricide, — qu'on
nous passe ce néologisme , — c'est-à-dire qu'elle.agit sur le mycélium fébrigène
comme le soufre sur cette autre mucédinée que nous connaissons tous aujourd'hui,
Y oïdium de la vigne ; comme agit la benzine sur telle ou telle autre mucédinée qui
produit le psoriasis et tout ce cortège de dartres, toutes affections incurables autre-
fois, et que les progrès récents de la science semblent indiquer comme d'Une guérison
possible et souvent facile. Si la quinine est, par le fait des propriétés précitées,
plus spécialement. anti-périodique, la cinchonine possède plus particulièrement la
propriété tonique, et surtout cette autre propriété spécifique tendant à détruire les
vestiges de ce mycélium de la mucédinée fébrigène dont les moindres traces
reproduisent ultérieurement les fièvres.
<*
15. — Corollaire et conditions essentielles de réussite. —
De ce qui précède nous conclurons vigoureusement, ce nous semble, que chacun des
alcaloïdes que renferment les quinquinas (nous ne voulons parler que des deux lesjplus
essentiels) aura son utilité spéciale, et dès lors extrêmement précieuse, quand ils seront
rationnellement administrés, à saToir : 1° l'acétate quino-cinchonique, avec prédomi-
rience d'acétate quinique, pour produire sur les viscères abdominaux une réaction
qui doit détacher des viscères la mucédinée fébrigène ; 2° l'acétate quino-cin-
chonique, avec eicès d'acétate cinchonique, pour mortifier le reste de mycélium
ou germe de ces cryptogames, et prévenir tout retour de la maladie qu'elle déter-
mine.
Tout cela, c'est-à-dire l'expulsion de tout germe produisant l'infection paludéenne,
demande comme condition essentielle de réussite : 1° emploi à haute dose d'un des
alcaloïdes de quinquina; 2° emploi prolongé de l'autre alcaloïde; 3« leur introduc-
tion dans l'économie à l'état soluble ; 4° et enfin, pour produire cette solubilité
indispensable, emploi d'un acide non-seuloment 'dépourvu des propriétés malfai-
santes de l'acide sulfurique (qui entre dans la composition, comme on sait, du sul-
— 9 -
fate de quinine), mais encore doué de propriétés sédatives, comme l'acide acétique,
qui préexiste dans l'organisme, formant avec ces alcaloïdes des composés d'une
facile absorption par les vaisseaux chylifères, seules conditions de l'assimilation de
ces alcaloïdes.
Nous avons essentiellement pour principe, dans notre mode de traitement des
fièvres, et avant tout, non-seulement de n'introduire dans l'organisme aucun agent
thérapeutique qui puisse préjudicier à cet organisme par des propriétés malfaisantes
ou par une dose trop élevée, mais encore d'y ingérer seulement et toujours des
matières bienfaisantes, et à une dose telle que, en la doublant, il n'en pût résulter
aucun ébranlement nuisible. Qu'on veuille bien se pénétrer de l'observation rigou-
reuse que nous meltons constamment à remplir cette importante indication ! Nous
sommes convaincu que la dose de principes actifs que renferment nos pilules
d'opiat pourrait être doublée sans grand inconvénient. Mais pourquoi l'augmenter
quand elle est suffisante ! Quanta déraciner le mycélium de la mucédinée fébrigène
pour détruire toute trace de l'infection paludéenne, nous considérons que nos
pilules toniques ne manquent jamais leur effet, mais à une condition pourtant:
c'est d'en continuer longtemps l'usage, ainsi que nous l'indiquons.
Quand un malade aura gardé longtemps les fièvres, et que, pour cela, l'infection
paludéenne sera profonde , si les traitements qu'il aura suivis ont eu pour base, comme
presque toujours, l'emploi du sulfate de quinine, qui détermine constamment une
inflammation des muqueuses, le malade, par le fait de cet état pathologique du tube
digestif, ne pourra compter sur l'intégralité des propriétés de notre fébrifuge, et,
pour y remédier, dans ce cas, il ne saura mieux faire que d'en prendre consécu-
tivement deux doses. Sous l'influence bienfaisante du premier remède, les fonctions
digestives reprendront l'intégralité de leur activité normale, et ce ne sera que par
l'usage du deuxième fébrifuge, qui dès lors pourra être assimilé, que son effet
curâtif sur l'économie.pourra s'y manifester pleinement.
III. — SYMPTOMES LE PLUS FRÉQUEMMENT PRODUITS PAR L'INFECTION
PALUDÉENNE.
16. — Wîèmva, état fébrile , mouvement fébrile. — On entend
d'une manière générale, sous cette désignation, un état pathologique caractérisé par
du malaise , assez souvent des frissons, de la douleur ou de la pesanteur de tète,
du dégoût pour les aliments, avec soif plus ou moins vive , une chaleur brûlante
et pénible à la peau, et enfin par Y accélération dans les fonctions de la circulation.
Ce dernier symptôme se reconnaît surtout à la fréquence dupouls , et c'est à une des
artères qui passent au poignet que les médecins ont l'habitude de constater l'état du
pouls. Il donne, dans l'état de santé, chez les adultes, c'est-à-dire chez les per-
sonnes au-dessus de seize à dix-huit ans, soixante à soixante-dix pulsations par
minute. Quelques personnes cependant ont, dans l'état normal, le pouls plus lent
ou plus fréquent. Le pouls est d'autant plus fréquent chez les enfants qu'ils sont
plus jeunes. Il ne faut pas confondre la fréquence du pouls qui se lie à l'état de
fièvre avec celle qui résulte d'une marche forcée ou d'une émotion vive, ou même
celle que produit l'ingestion de boissons alcooliques ou même encore d'un repas co-
pieux. Pour qu'il y ait fièvre ou état fébrile, il faut qu'à la'fréquence du pouls se,
joignent les autres symptômes que nous venons d'énumérer.
17. — Fièvres intermittentes, fièvres périodiques, fièvres
- 10 —
d'accès, fièvres paludéennes. — On appelle fièvres intermittentes,
fièvres périodiques, fièvres d'accès, fièvres paludéennes, une affection caractérisée
par l'invasion subite, et se reproduisant par intervalles à peu près égaux, de l'état
fébrile décrit à l'art, qui précède (16).
On désigne, par accès chacune des reproductions de ces symptômes, et on nomme
apyrexie l'intervalle qui sépare ces accès.
Certaines maladies peuvent être compliquées d'une manière grave par ce mouve-
.ment fébrile intermittent, produisant des accès dits sypmtômatiques, et dont nous
n'avons pas à nous occuper, les fièvres essentielles devant seules faire l'objet de
notre opuscule.
Si on considère l'influence qu'exercent sur la production des fièvres intermittentes
les émanations miasmatiques des marais, ou paludéennes , d'une part; si, d'autre
part, on envisage l'action antipériodique des quinquinas sur ces maladies, on sera
amené à ranger dans une même classe des affections qui en différent sensiblement
en apparence, telles que les fièvres rémittentes, pernicieuses, et les fièvres pseudo-
continues des pays chauds, par la considération que ces fièvres se produisent sous
les mêmes influences, et qu'elles cèdent à l'emploi d'une même médication plus ou
moins énergique. . .
18. — Fièvre intermittente régulière. — La fièvre intermittente
régulière, la seule dont nous devions entretenir nos lecteurs, si fréquente dans nos
campagnes et dans les contrées où les eaux stagnent, soit par défaut de pente, soit
par défaut de perméabilité du sol, débute quelquefois par des symptômes précurseurs
tels que malaise général, lassitude , douleurs de tète , mais le plus souvent sans pro-
dromes, et simplement par un accès. Ces symptômes précurseurs ou ce simple accès
sont parfois accompagnés d'une éruption aux lèvres.
19. — Stades. — Les médecins divisent les accès de fièvre intermittente où pé-
riodique en trois stades, caractérisés : le premier stade, par une sensation de froid
augmentant ordinairement ou se produisant tout à coup avec intensité aux extré-
mités et dans les lombes , accompagnée de pâleur de la face. Les lèvres sont viola-
cées, ainsi que les ongles. Des frissons généraux se manifestent, dans lesquels les
membres et la mâchoire sont agités. Le pouls est fréquent, mais il est petit, con-
centré, comme disent les médecins. La respiration est pénible ; état ordinairement
accompagné de douleur et de gêne dans la région du coeur. La voix se ressent de ce
trouble général, et, si la digestion n'est pas terminée, il peut y avoir des nausées
et même des vomissements. Les membres sont douloureux, courbaturés, et une
douleur sourde se faitordinairement sentir, parla pression, dans la région de la
rate , presque toujours gonflée. Ce premier stade, fréquemment de la durée d'une
heure, varie dans son intensité comme dans sa durée, qui peut n'être que de
quinze minutes, ne consister qu'en un frisson léger, comme être nul. Le deuxième
stade est ordinairement caractérisé par le réchauffement de la peau, par sa colo-
ration , par une augmentation dans l'état de céphalalgie , par la soif. Le troisième.
stade est caractérisé par -une transpiration généralement abondante, succédant
à la chaleur, qui se calme à mesure que se produit la sueur. L'urine, qui, dans le
premier stade, est pâle et fluide, présente, dans le deuxième stade, une plus
grande densité comme une plus grande coloration. Elle devient rouge dans le
troisième stade , et laisse se produire un dépôt de couleur rouge-brique.
Le malade voit dès lors tous les symptômes disparaître. Il reste fatigué , brisé, et
désire un repos et un sommeil devenus nécessaires, et après lesquels il éprouve du
bien-être. Il est dès lors comme guéri, malgré une certaine fatigue, un peu de pà-
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leur, une pesanteur ou embarras dans la tête , et, assez souvent, un peu de dou
leur danslès jambes. Les traits de la face restent tirés ; la coloration est pâle et terne.
Le blanc des yeux est assez souvent injecté de jaune. Il existe un embarras dans la ré-
gion de l'estomac et dans les hypocondres. Ces symptômes, qui peuvent croître
singulièrement en intensité, peuvent aussi se compliquer d'hémorrhagie , de suffo-
cation et même de délire.
20. — Eêivisïon des fièvres Intermittentes régulières. —
Nous avons dit que l'apyrexie, ou intervalle des accès, laisse le malade dans un état de
bien relatif. Cette apyrexie peut varier de quelques heures, comme de plusieurs jours.
Les accès peuvent par conséquent se reproduire fréquemment, comme à grands inter-
valles. Ils peuventse manifester tous les jours, tous les deux jours, tous les trois jours,
et même tous les quatre jours; et, de là, la dénomination de fièvres quotidiennes,
fièvres tierces, quartes, etc. Quand elles se reproduisent par intervalles inégaux,,
d'abord d'un jour, puis ensuite de deux jours, elles sont dites doubles quartes. Les
• accès peuvent se reproduire à heures fixes, ou retarder, comme avancer, sur l'heure
de leur précédente manifestation.
21. — IFièvres pernicieuses. — Les fièvres intermittentes peuvent
parfois affecter un tel caractère de gravité que le deuxième ou le troisième accès soit
-mortel. Elles sont dites alors pernicieuses. On comprend toute l'importance, dans ce
cas, d'un moyen thérapeutique assez puissant pour arrêter la maladie à son début.
Que de fois a été fatale une affection dont aurait facilement triomphé notre remède,
ou même le sulfate de quinine, comme toute préparation rationnelle tirée du quinquina,
administrée à temps ! Aussi faisons-nous à ce sujet un appel spécial aux personnes
qu'anime l'amour du bien; à celles surtout qui, vivant dans un lieu éloigné d'un
médecin, peuvent, par leurs conseils, et en attendant les secours de l'homme de
l'art, si pressants dans cette circonstance, intervenir de manière à prévenir la mort
imminente de sujets dont la vie est précieuse , et qui tient à si peu dans les cas de
fièvre pernicieuse.
Assez souvent le type des fièvres pernicieuses est la fièvre tierce, c'est-à-dire
présentant un jour d'intervalle entre les accès. Ce que nous avons décrit sous le nom
de stade est assez mal dessiné. Assez souvent même ces stades sont intervertis ; mais
ce qui les caractérise le mieux est ordinairement une céphalalgie intolérable,
des douleurs à l'épigastre avec resserrement de la poitrine, des défaillances, du
délire, dos syncopes, de la diarrhée, des vomissements, des convulsions laissant
quelquefois après elles de la paralysie ou une roideur tétanique. Cette insidieuse
maladie-emporte rarement le malade à un premier accès; mais elle laisse à peine le
temps de prendre les mesures pour empêcher de se produire un deuxième accès,
auquel il doit trop souvent succomber. Disons cependant que ce n'est quelquefois
qu'au troisième; de telle sorte qu'un médecin expérimenté, appelé à temps, devrait,
dans ce cas, être en mesure de le sauver. Toujours est-il que, soit par l'effet de la
négligence, de la pauvreté, de l'ignorance ou de l'éloignement du médecin et du
pharmacien; soit parfois par inexpérience de l'homme de l'art, nous voyons tous
les ans des contrées assez nombreuses décimées par l'effet des fièvres pernicieuses.
22. — Wièvres larvées. — Dans les contrées fiévreuses, il est assez commun
d'observer un genre d'affections qui semblent appartenir à la classe des névroses par
les caractères bizarres qu'elles présentent, mais qui, résistant aux traitements qui
ont pour base les calmants et les antispasmodiques, offrent 'un symptôme essentiel
pourtant, et dont on ne tient pas ordinairement un compte suffisant : celui d'exacer-
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bâtions plus ou moins périodiques dans lesquelles se manifestent soit de la cépha-
lalgie, soit des douleurs à l'épigastre , au bas-ventre, dans les lombes, le long de la
moelle épinière, accompagnées parfois de frissons, quelquefois de chaleur et malaise,
de faiblesse, de bâillements, de pandiculalions, etc. Ces affections, constituant la
fièvre larvée, cèdent aisément à l'emploi, mais à l'emploi prolongé de noire médi-
cation.
23. — Symptômes intercurrents d'infection paludéenne
dans les affections aiguës. — Il n'existe point de maladie aiguë qui ne
puisse se compliquer d'accès fébriles, présentant la plus grande ressemblance avec les
vrais accès de fièvre intermittente, ou tout au moins des exacerbations ou redou-
blements à heures prévues. C'est au médecin seul i porter sur la nature de ces compli-
cations un jugement qui lui permette d'ajouter à la médication générale l'emploi des
anti-périodiques, auquel sera souvent attachée la conservation du malade. Nous pensons,
avec les hommes les plus autorisés de la science, que l'intervention des préparations
quinocinchoniques dans le traitement des maladies aiguës, devrait être plus fréquente
qu'elle ne l'est en général, et que c'est, trop souvent, trop tard qu'on y a recours.
Ceci expliquerait comment il se fait que, dans un grand nombre de localités où ré-
gnent endémiquement les fièvres continues, com e la muqueuse et la typhoïde, on
considère là nos préparations comme le spéciliqu de ces affections. C'est que, très-
souvent , la complication paludéenne se produit alors que le malade irait mieux du
côté de l'affection esse, tielie; que la complication seule retarde le rélablissenicnt
du malade, et qu'il suffi dès-lors d'appliquer notre médication pour que la guéri-
son se manifeste par des rogrès rapides.
IV. — MOYENS TOUR A TOUR EMPLOYÉS OU PROPOSÉS POUR COMBATTRE
L'INFECTION PALUDÉENNE.
24. — Exposition chronologique. — Avant la découverte des quin-
quinas, les fièvres étaien tconsidérées comme une grave affection, puisque la médecine
n'avait rien d'efficace à leur opposer. La plupart des hommes de l'art cherchaient, au
moyen des vomitifs et des purgatifs, à produire, sur l'économie , une forte secousse qui
avait parfois pour résultat d'amortir les accès; mais à quel prix, mon Dieu! Et que
de fois cette méthode perturbatrice échouait! Que de fois aussi celle méthode, employée
à l'égard d'un malade déjà affaibli soit par l'affection morbide elle-même, soit par
l'effet de saignées répétées, autre méthode longlemps en faveur aussi, n'avait
plus la force de résister à cette médication destructive, et succombait, tantôt sous
le coup immédiat du traitement, pendant les vomissements par exemple, tantôt dans
la crise d'un accès !
La petite-centaurée, le chamoedris ou germandi-éc, les divers genres, presque
tous d'une amertume prononcée, de la famille des composées, comme certains char-
dons, la carline, l'artichaut, l'absinthe, la camomille, la tanaisie, furent tour à
tour préconisés. Vint le tour de la ménianthe ou Irèlle d'eau, de la gentiane, du
houx, de l'orange amère, des écorecs de pommier, de noyer, de saule, pour ne cilcr
que les plus efficaces. Nous laissons dans l'oubli des médications tantôt absurdes et
sales comme l'administration du foie de loup, du fiel de porc, des excréments de
hérisson, d'une araignée vivante, ou dangereuses comme celles, qui consistaient à boire
une pinte d'eau-de-vie ou de rhum, ou une décoction de coloquinte, médications
auxquelles ne résisteraient qu'un petit nombre de malades, pour en venir à la grande
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découverte, celle de l'écorce divine, comme les Espagnols appellent parfois encore le
quinquina. Citons pourtant encore, avant, le nom de quelques substances chaude-
ment préconisées, à diverses époques, comme spécifiques des fièvres. Le quassia-
amara, le simaiouba, le winter, la serpentaire de Virginie, le café, l'écorce de
tulipier, la noix vomiquc, le poivre noir, la noix de galle, le paulownia, l'écorce
d'olivier. l'écorce de chêne, l'essence de térébenthine , la grande ortie, la feuille de
pécher, le bleu de Prusse, l'ellébore noir, l'impératoire, le maronnier d'Inde, et
l'eau de laurier-cerise.
Des hommes instruits , faisant autorité dans la science , ont cru, dans ces derniers
temps encore, trouver un succédané du quinquina ou des sels quiniques, soit dans
le salicine, soit dans la phloridzine, soit dans l'apiol, soit dans le ferrocyanate de
potasse et d'urée, soit et surtout dans les préparations arsenicales. Hâtons-nous de
dire que, sauf les préparations d'acide arsénieux, qui, bien maniées, peuvent rendre
des services dans la médecine des pauvres à cause de leur bas prix, tout le reste
est d'une valeur à peu près nulle. Quant aui préparations arsenicales, elles sont
d'un maniement si difficile et si dangereux; elles exercent chez certaines idiosyncra-
sies des effets si violents, si effrayants, qu'on finira par en abandonner tout
usage.
25. — On découvre le quinquina. — Le nom de quinquina s'applique,
on le «ait, aui écorces de divers arbres du genre cinchona, appartenant à la famille
botanique des rubiacées. Le nom latin que lui ont appliqué les naturalistes rappelle
celui de la comtesse de Cinchon, vice-reine du Pérou, qui, en 1638, guérie des
fièvres par l'ingestion de la poudre de .celte substance, la fit connaître en Europe , où
elle a acquis depuis une si grande célébrité.
Les quinquinas américains, les seuls usités dans la médecine, mais que les
Anglais cultivent depuis quelques années dans leurs possessions de l'Inde, et dont
les produits ont, depuis quelques mois seulement, fait leur apparition en France,
habitent la partie centrale de l'Amérique, vers le 4» degré de latitude sud, aux
environs de Loxa , au Térou, dans la Bolivie, dans la Nouvelle-Grenade, dans les
conlrées de Huanuco, de Lima, etc.
Ruiz, qui a su, par son séjour au Pérou , comment la découverte du quinquina
s'est produite, nous fait connaître que, bien avant que la comtesse de Cinchon fît
usage de cette écorce , un corrégidor de la province de Loxa, malade des fièvres,
en avait été débarrassé par l'usage que lui en avait indiqué un naturel de cette pro-
vince. C'est avec ce même quinquina (gris de Loxa), que furent faites les expé-
riences publiques à l'hôpital de Lima, expériences qui démontrèrent au vice-roi
Cinchon les propriétés soulenues par les naturels de Loxa et par leur corrégidor, et
à la suite desquelles la comtesse sa femme en fit usage et fut guérie.
26. — Obstacles nu progrès. — Mais les meilleures choses mettent souvent
bien du temps à être reconnues comme bonnes : telle est la nature de l'homme, avec
des passions qui l'aveuglent ou qui le sollicitent à propager l'erreur ; ce quia fait
dire à noire bon moraliste La Fontaine : « Il-cst de glace aux vérités; il est de feu
pour le mensonge ». Considérons, en passant, tous les efforts que dut faire le cé-
lèbre ParmcnliiT avant de voir se généraliser en France la culture du tubercule
qui devait, peu de temps après, préserver de la famine des contrées nombreuses !
Que de temps et de sacrifices de tous genres n'a-t-il pas fallu aux philanthropes pour
propager l'usage, dans le. mémo pays, de la vaccine, celte pratique simple, à la
portée de tous, qui, paralysant les effets deslructeurs d'une meurtrière épidémie,