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De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France ([Reprod.]) / par J. J. Mounier

De
255 pages
chez J. G. Cotta (Tübingen). 1801. France -- 1789-1799 (Révolution) -- Causes. 3 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
pergamon PRESS
Hcadingion Hill Hall, Oxford OX30BW, UK
DE L'INFLUENCE
ATTRIBUEE
AUX
PHILOSOPHES
AUX
ILLUMINÉS
SUR LA
REVOLUTION DE FRANCE.
/.s\ r a r
/l J. 1. M O U N I E R.
I
A TUBINGEN chez J. G. COTTA.
X PABISi chez FUCHS rue dés Mathurin9.
yoUGENS, quai de Voltaire K. 10.
LEVRAULT, ftircs, quai Malaqnay.
TREUTTEI. et WÙRZ, quai de Volt.
a LONDRES. DLTI.AU et Cu. WAHDOUH-STAEliT.
J. DEBOFFE, Gérard -Street,
à AMSTERDAM) POSTER,
à L E Y 1) Z 1 LUCHTIVIANN.
DE L'INFLUENCE
ATTRIBUEE
AUX PHILOSOPHES AUX
FRANCS- MAÇONS ET AUX
ILLUMINES,
SUft LA
REVOLUTION DE FRANCE.
T
et (le la remettre en d'autres mains fans
c'tabîir des barrières qui parantilfent de l'a-
bus du pouvoir. On craindra la tyrannie
populaire, plus encore que celle des rois.
On ne confondra point les caractères de la
fervitude, de la licence et de la liberté, et
l'on ne croira point s'affranchir du despo-
tisme en multipliant le nombre des despo-
tes mais fi malheureufement on fe trom-
poit dans cet examen, s'il n'avoit d'autre
refultat que de faire clurir des erreurs fu-
neftes autrefois, parcequ'elles font oppofées
â des erreurs funeftes de nos jours, les hom-
mes auroient fouffert en vain ils change-
roient de route, mais ce feroit toujours pour
rentrer par differens détours dans un laby-
rinthe d'infur tunes d'infortunes.
Après les cruelles calamités qui ont fait
répandre tant de fang et tant de. larmes,
rien ne feroit plus déplorable que de voir
s'accréditer de fauffes opinions fur leurs
canfes. On ne fauroit nier que ce danger
n'exirte maintenant.
L'ame accablée de fouvenirs pénibles
éprouve le befoin d'exhaler fon indignation.
Elle 'eft prête a condamner fur les moindres
apparence. La plupart des hommes ne fa-
chant oppofer aux faux qu'ils redoutent
que des maux d'un genre contraire, on
Veut combattre .1 ineivdtiliu' par la fuper-
ftition des projets cliinuïuiues d 'égali-
tci abfoluc par l'apologie des diftinc-
tions humiliantes et des privilèges fans
fonctions, les maximes de la licence par
celles delà ferviîude, et les faux fyjlem.es
du dixhuitieme iiècle par les préjuges du
douzième.
Un grand philofophc a dit, que la vérité
fe trouve toujours entre deux extrêmes. On
répète fans ccTe cet axiome et'l'on oublie
fans ceffe fa juiie application. Iiarce qu'il
ci't quelquefois arrive que des hommes ti-
mides ou cgoittes ont voulu honorer du
nom de modération leur lâcheté ou leur in-
différence, on croit aflfez communément
que des principes modères font des indices
de foiblcfl'e; tandis qu'on ne peut éviter
l'erreur, qu'en adoptant de tels principes,
ctu'il faut beaucoup de fermeté pour y refter
lidelle, et que les Foibles fc pafTionnent
pour les opinions exage'rces, et panent, fuc-
ceflivement de l'une à l'autre.
•r– (J
L'intérêt perfonnel qui dans la révolu-
tion a produit tant de crimes, contribue
fréquemment auffi à répandre de faux fy-
itèmes, parmi ceux qui veulent en expli-
quer l'ori 'ne. Si des hommes cruels pour
parvenir i. ia domination, fe font montrés
infenfibles aux fouffranccs de leurs fem-
blables, il en eft d'autres, qui, croyant mieux
s'affurer la joui/Tance de tout ce qui flatte
leur orgueil, s'oppofent aux changemens les
plus utiles, lors même qu'ils ne nuifent
point aux gouvernemens établis étala tran-
quillité des états. Il en eft à qui les abus
font devenus plus chers, qui regrettent ceux
que les lumièies du ise fiècle ont détruits,
qui s'attachent obstinément à ceux qu'elles
menacent et voudroient pouvoir rétablir
ceux dont les peuples font délivres.
On a fur tout taché depuis quelques
temps d'attribuer la révolution de France
et tous les crimes qu'elle a fait naitre, aux
Philofophes modernes aux Francs maçons
et aux Illuminés. Plusieurs écrits ont été
publiés fur ce fujet en France, en Allemagne
et en Angleterre. Ils ont été lus avec em-
preflement, ils ont fait une impreiHon d'au-
BMMi V tfaHp
tant plus vive, qu'on a réuni pour la pro-
duire, tout ce qui pouvoit dispenfer de la
peine de réfléchir, tout ce qui pouvoit flat-
ter l'amour de l'extraordinaire et beaucoup
de préjugés et d'intérêts. On a fubftitue' à
des caufes très compliquées, des caufes fimr
ples et.à la portée des esprits les plus paref-
feux et les plus fuperficiels. Chacun s'eft
cru capable de prononcer fur des que fiions v
qui exigent de longues et nombreufes re*
cherches. Toutes les explications font de»
venues faciles. Avec les nlots pliilofophes,
francs macons et illumines, on accufe, on
condamne, on rend compte de tous les e've'-«
nemens,
Plufleurs de ces écrits déclarent la guerre
à tout principe de liberté, ou plutôt la rai-
fon humaine. Ils outragent un grand nom-
bre de perfonnes eftimables. J'aime à croire
qu* ceux qui les ont publiés, oi^etc égarés
par l'excès de leur zèle, aveuglas par les-
prit de parti mais quand on te donne pour
le de'fenfeur des bonnes moeurs et (le la *e-
lit,ion, on devroit mieux en obferver les
préceptes. On ne devroit pas fur des oui
dire, fur les conjectures les plus frivoles,
•– 8
hasarder des calomnies, et confondre le cri*
me et la vertu, l'extravagance et la raifon*).
C'eff pour rendre a la vc rité un témoig-
nage folemnel que je publie à mon tour
quelques réflexions fur la prétendue influ-
ence des philofophes, des francs maçons et
des illuminés. Si l'on pouvoit croire d'a-
près ce que je viens de dire, que j'aie eu l'in-
tention de fervir un parti quelconque; qu'on
ait affez de patience pour continuer cette
lecture, et l'on reconnoitra que lefeul inté-
rêt que je me fuis propofe,\eft celui de la
juitice.
*) L'ouvrage de Mr. le profefT'eur Robifon intitulé
Proofs oj a mérite une exception par-
ticulière. Il renferme des faits fur lesquels il a
ité trompé par de faux mémoire» et qui lui ont
dicté des cor.clufions que je ne puis adopter: mais
du moins tout y porte l'empreinte de la pureté des
intentions et l'ou y trouve des vérités très utiles.
S'il e!i l'ennemi de l'impiété et de la licence, il
1 eft auffi du despotisme et de la fuperfîition, et ne
regarde pas comme le dernier degré de la perfec-
tion de l'espra humain, les voeux monaftiques,
l'inquitition, le régime féodal et la nouvoir ai-
bitraire,
De Vînfluence attribuée aux pltilofophes
modernes fur la révolution de France.
Il faut commencer par s'entendre fur le fens des
expieïïîons. Nous employons ici le mot philofoplie,
comme on -l'employe ordinairement fans égard à fa
fignification littérale. On a nommé philofopb.es
parmi nous, ainfi que chez les Grecs et les Romains,
ceux qui fe livrent à la recherc lie de la vérité fur
les objets les plus importàn's pour notre bonheur,
qui remontent aux principes de nos çonnoiflaoces
et de nos devoirs, et dan» cette grande étude, exami-
nent tout par eux- mêmes, ne s'alFujetiffent point
aux opinions des autres, enfeibnent avec quelque»
fuccès les rèfultats de leurs propres méditations, et
non des combinaifons frondées fur. des préjugés gê,
néralement reçus. Il y a des philofophes eltimablc» •
et des philofophes qui ne, le fout pas, fuivantque
leur doctrine eil utiles ou funefic. Le ienfuel Epi-
10
cure, le vertueux Socrate, l'auftere Zénon, l'athée
Diagoras, l'effronté Diogene etoient également des
philofophes.
Tout dans les ouvrages des hommes eft un mé-
Jange de bien et de mal, et même tout ce que nous
connoiflbns dans la nature nous offre des inconvé-
niens et des avantages. C'eft ainfi que chaque ob-
jet peut fournir deux tableaux, l'un pour la louan-
ge, l'autre pour le blâme. Aux yeux de ceux qui
raifonnent, le bien fé trouve là où il furpafle le
mal, et le mal là où les inconvéniens l'emportent
fur le bien mais les hommes paifionnés prennent
le coté qui convient fejplus à leurs intérêts ou à
leurs affections du moment. Ce qui leur eft con-
traire leur paroit horrible; ce qui fert leurs projets
eft fans défaut* En exagérant les inconvëniens de
ce (lui eft bon, ils peuvent le peindre comme af-
freux, et les avantages de ce qui eft mauvais, ils
peuvent le peindre comme fublime. C'ei ainfi que
J. J. Rou fléau voulant féduire par la nouveauté, et
ne rappetlant que les erreurs des favans et les maux
qu'elles peuvent produire, eft parvenu à reprëfenter
l'ignorance comme plus utile que le favoir. C'eft
ainfi que d'autres ne s'arrêtant qu'aux exemples d'é-
nergie de dévouement, de vertu, qu'on rencontre
Il –•
dans les troubles civils, ont pu les faire confidérer
comme un bouheur, et que d'autres ont pu par drs
raifons oppofées vanter le repos du despotisme.
C'eft ainfi qu'en faifant une defcription révoltant
des maux qu'a fouvent caufés la diverfité des reli-
gions, on a pu foutenir, qu'il falloit adopter les ma-
ximes de l'intolérance et punir des opinions comme
des forfaits,
Avec cette manière de raifonner, il n'eft rien
qu'on ne puiffe profcrire, tous les genres d'étude
et de p!aifir, tout ce qui mérite notre reconnoiirance
et notre respect, la religion même. Au nom de la
religion, que de crimes ont été commis, que de
fang a été répandu fur la terre Si vous oubliez Cea
bienfaits, fi vous ne retracez que les fureurs du fa*
natisme religieux, vous pourrez à l'imitation de
quelques infenfés, conclure en faveur de l'athéisme»
Il en efl à cet égard de la philofophie comme
de la religion. Il eft facile de la repréfentor fous
des couleurs odieufes, Les hommes font environ"
nés de tant d'iltufions, que fouvcnt ils font conduit»
à l'erreur, même par leurs efforts pour s'infiruire.
Il *n'eft donc pas furprenant que dnns les écrits des
philofophcs, des rellexion» utiles fe trouvent fi
X ^^«^
fouvent mêlées à de faux fyftcmes. £îeurs doctri-
nes font bien plus pernicieules encore, lorsqu'ils ne
font pas dirigés dans leurs travaux, par des inten-
tions pures et défiutérelTées, lorsqu'ils s'occupent
plus de leur célcbrité que du bien public, du foin
de plaire aux hommes que de celui de les fcrvir;
lorsqu'ils attaquent d'anciens principes non parce-
qu'ils font convaincus (le lcur faufieté, mais pour
la oloire d'attacher leur nom à des. > théories nou-
velles. On a vu parmi les philofophes de tous les
pays, des malheureux dont la railon et la confcien-
ce étoient aiToiblics par l'excès de leur orgueil, qui
cependant avoient confervé tous les dons de l'inia-
oination, tous les moyens de perfuader et qui fou-
tenoient avec éloquence des opinions conçues dans
le délire. On eu a vu dont l'aine delféchéepar l'é-
goisine u'appercevoit plus l'ordre de l'univers et
l'intelligence fupreme pour qui tout étoit l'oeuvre
du hafard, tout étoit incertitude, la juftice une
convenance, la vertu un calcul d'intérêt, les plai-
rra des fens le feul honheur.
Commè dans le îfieme fiècle, les fciences et la
littérature ont été plus cultivées que dans tous les
autres fiècles connus, il a produit un plus grand
• nombre de pbilofoplics dangereux ou de fophiftes,
qui ont teprèfentê les devoirs les pins facrès* les
principes religieux les plus refpcctablcs, connue des
préjugés de l'ignorance.
Mais ce feroit le comble de l'ingratitude que
de conlidérer fous ce feul afpect les travaux des
pliilofophM. Quel eft le fort des nations qui man-
quent d'hommes affez courageux pour s'élever au
de1fus des opinions vulgaires, pour Ibumettre à
leur examen, les préjugés de la multitude? Qu'étoit
l'Europe avant que les philofoplles de la Grèce euf-
fent répandu des preceptes de morale et de législa-
tion que les Romains s'emprefferent d'adopter? et
lorsque le. despotisme des empereurs et enluite la
domination des barbares eurent replongé cette par-
tie du monde dans-les ténèbres de l'Ignorance, quai
adoucit par degré la férocité dès moeurs, la fervi-
tude du peuple et la tyrannie du régime féodal, fi
ce n'eft le retour de la pbilofophie, c'eft a dire les
efforts de quelques hommes de génie pour marcher
fur les.traces des anciens philofophes et pour ajou-
ter aux lumières qu'ils avoient transmifes?
Avant la révolution françoife, les philofophes
avoient détruit dans planeurs états, l'intolérance
religieufe eiui a cauié des prolcription. li cruelles,
qui même au milieu du dixhuitieme fiècle a fait
languir en France dans les p,,fons, un fi srtnd nom-
bre ,1 Lombes, parce qu'ils refufoict ,1e penfer fur
la grâce co,e le pape et le roi, qui <la,,s
du culte protea,Dt, avec tout ,,J1)pardl d?|
arracher fIes enfans des bras de leurs mcres, pour
1« dever ,lans la rciigion domi,,m,C] e, f
71'0'i^eS "-«•iq-i. fl«ri le, époufe.dc»
prcel, du titre ,le concu,nc]> et confidéré leurs
«..«. cou, ,c fluit (lu )iWrt.nage Nm
<orl.es avaient fait rougir Ics n^ntems j.E[p^
ne, t
pe,;d,e^outleurpouvo.r> iIs avoi,nt d» moins
éteint leur, buchcrs et brifé les glaives de leurs
Wn.au». Ils .voieiu (li,inu dans les pays ca-
tholiques romains, le noulbre de ceux qui par un
zele fupcrfiitieux ou par un e1fet de la
de 1-widWd. leurs Familles, 5.enfeve|ifl.o.en
toujours du» des n,onartères, coran,e,,oiene un fui-
cidc civil «moral et 5-expofoient> s'ils ne confer.
,oient pas les mêmes opinions, à palier leur vie dans
le AiWpri,. ensag ,es fom.era.n3
-uluplier dans les tribunaux, les p^aution. en
15
faveur de l'innocence, ils avoient fait fupprimer la
question dans la plus grande partie de l'Europe, ils
avoient fait adoucir la cruauté des fupplices. II*
avoient follicité et fouvent avec fuccès, plus d'é-
gards pour les arts utiles, plus de protection pour
l'agriculture, plus de pitié pour les malheureux.
Ils avoient démontré 'PinjulUce de l'efclavage des
nègres et forcé tous les hommes qui n'ont pas un
coeur de tigre) à en defirer l'abolition lente et gra-
duelle, en évitant les troubles, en garantiflant les
maîtres de la ruine et en les mettant à l'abri du ref-
fentiment ou de la férocité de leurs efclaves. Les
philofophes n'uvoient pu cependant malgré leurs
efforts obtenir encore en France la réforme d'un
grand nombre d'emplois inutiles et des privilèges
dont jouiuoit une multitude d'oififs, fous le prétexte
qu'un de leurs ayeux avoit poffedé uu fief, avoit
été armé chevalier, ou avoit acheté des offices.
Ils n'avoient pu faire fupprimer des droits de fer-
vitudt: perfonnelle, qui accabloient encore les habi-
tans des campagnes dans plulieurs provinces. Ils
avoient inutilement demanda, qu'il fût permis aux
cultivateurs de racheter les droits perpetuels établis
fur leurs poflelïions. Ils .n'avoient pu faire ce1fer
la déprédation des finances, le régime oppreffif
des fermes générales, la partialité des tribunaux)
IL 6
dans les crimes des perfonnes dont les familles
jouiffoient de quelque crédit, le fcandale de la vé-
nalité des offices, l'arbitraire des jugements, la mul-
titude des gens de loix, l'obfcurité des loix, le dé-
faut abfolu de fureté pour les hommes fans pouvoir
et fans fortune, fans celfe expofés à des emprifon-
nemens au gré de l'autorité militaire, au gré de
cent autorités civiles, qui rivalifoient à qui prouve-
roit le plus de puilfance.
Tels font les titres de gloire de la philofophie
du îgeine iiecle. Qu'on blame, j'y confens, le res-
pect ftupide cIu vulgaire pour les talens dont on
abufe. Qu'on blâme l'admiration des fots, pourune
éloquence men ion gère defîiuée embellir des para-
doxes, ou à détruire les fondernens de la morale;
qu'on voue au mépris cette foule de poetes vils
flatteurs des vices des grands, qui s'efforcent de
rendre ridiculcs la pudeur et la fidélité conjugale,
qui vantept l'adultère, la proftitutian, la corruption
de l'innçjence et la perfidie des feducteurs. Ah
fans doute, il fero'.t temps qu'on s'éclairât fur la
véritable gloire, que les feuls orneuiens du dis-
cours ne pufl'ent fui lit pour illuftrcr un écrivain;
que le bon féru, que la morale fuffent des condi-
tions indifpe niables pour leur mériter l'eûime pu-
mmmm J m r^^rn
bliqueet fans lesquelles ils feroient connûtes com-
me des citoyens dangereux, Et qu'efi-ce en effet
que le talent d'écrire fans le zèle de la vérité,
fans l'amour de la vertu ? Un art funefte qui
peut fe concilier avec la baiFefle de l'aine, avec
un égoisme. révoltant, avec un efprit faux, avec
un défordre d'idées qui approche de la démence.
L'homme obfcur, qui juge fainement et dont les
intentions font pures, devroit être millefois pré.
féré à ceux, qui, pouvant confacrer au fervice de
leurs femblables les lieureux dons qu'on appelle
ëfprit ou génie, les réferveht exclusivement poùr
des moyens de fortune, ou pour obtenir des ap-
plaudifleniens. Mais en flétnflant les auteurs que
n'ont eu d'autre but que d'exciter les pallions, il
faudroit craindre de confondre avec eux, ceux
qui par des écrits utiles ont été les bienfaiteurs
du genre humain. Il faudrait favoir dilHnguer,
même dans les ouvrages des philofophes qu'on ac*
cufe des erreurs les plus funeftes. ce qui peut
mériter l'approbation des gens de bien. Platon
qui avoit une théorie politique fi abfurdc dans,
fon livre de la république, avoit oublié fes folles
et éloquentes rêveries, quand il remit à fon disciple
Diôn un plan de gouvernement pour fyracufe.
Ce plan renfermoit des idées moins brillantes et
18
moins nouv elles, mais par cela même plus faces,
plus propres à faire le bonheur des Syracufaias,
s'ils euffent aloi*. été dignes détre libres. Repro-
chez à Voltaire, d'avoir attaqué les principes les.
plus refpectables, d'avoir profetTé le mépris de tous
les cultes avec un fanatisme odieux, d'avoir ou-
tragé la pudeur et fait.l'apologie du luxe et de la
volupté, de t>'ctre avili jusqu'à prodiguer feà louan-
ges à des hommes injuites et puiuans, d'avoir cou-
vert d'imprécations et d'injures groiVières, ceux qui
réfutoient fes opinions ou réfutaient de lui reudre
hommage: mais n'ouhliez pas que Voltaire a.ter-
Taffc la fuperftition et l'intolérance, qu'il a fouvent
défendu les droits des malheureux, qu'il a coni'tam-
ment lutté contre des préjugés barbares et n'a ceffé
de recommander la paix et l'indulgence. Reprochez
à J. J. Rouffeau d'avoir détourne de fa véritable de-
ftiuation, la vive flenfibilité qu'il avoit reçue de la
nature en s'occupant trop conftamment de lui
même, en fe préférant à tous ceux qui l'environ-
noiejtt, de n'avoir jamais eu ni ami, ni ma h relie,
npres avoir été le peintre le plus éloquent des affec-
tions du cocur humain d'avoir abandonné fes en-
fans et de les avoir confondus pa'*mi ceux de la tlé-
bautlte, après avoir tiacé d'un ftile fi touchant les
devoirs des pures. Reprochez lui d'avoir préféré la
féroce indépendance des fuuvages aux bienfaits de
la civilifation d'avoir prélenté fur cette nré'itfe, et»
viljfation des rêves obi'cur» et chimérique*, enlin
d'avoir ofé fe dire un homme vertueux, en s'accu*
fant dans l'hiftoire de fa vie., de pluiîcurs actions,
criminelles: mais profitez de fes heureufe» contra*
dictions, voyez avec quelle énergie, il condamne
l'athéisme comwe il fait aimer les devoirs des ci-
toyens, des époux, et des parens; quel profond
mépris il infpire pour les moeurs corrompues,
comme il forme le coeur il la pitié Comme il dé·
peint les ravages du luxe, les maux que courent la
frivolité du grand monde, le mauvais ufage des
richefles et les fophuines des philofoplies. Liiez
Emile et malgré les erreurs que ce livre renferme,
mallieur à vous, fi vous n'éprouvez pas le besoin de
devenir meilleurs.
Au lieu de profcrire les philofophes, le3 hom"
mes iclaïrés doivent donc profiter, de tout ce (lue
leurs méditations peuvent offrir de jufte et d'utile.
Ils doivent garantit' les jeunes gens du poifon des
feutres doctrines, et lorsque leur age et leur inltiuc*
tion les rendent capables de jugcr par eux mêmes,
ils doivent les exercer à féparer avec difcernenieut
la vérité de l'erreur, et à réfuter les déclamation
go
qui fous une apparence féduifante déguifent de
faux paradoxes. J'avoue que des hommes corrom-
pus ou pailionés fe laifleront facilement égarer, par
un refpect aveugle ppur les fophismes de quelques
philofophes célèbres. Cet inconvénient eft inévi-
table mais fans la philofophie, on fe trouiperoit
bien plus fouvent encore. Pour une fauffe opinion
qu'elleaura créé, vous compterez miHfc préjugfs fu-
neftes qu'elle aura vaincus. Ne détruilons pas ia
plante qui nous nourrit parcequ'elle nourrit en mê-
me temps des animaux venimeux. Sup'pofons mê-
me qu'on put accufer la philofophie, de tous les
maux produits par la révolution de France, fau-
droit- il ne prononcer fon nom qu'avec horreur,
et mettre obftacle pour l'avenir à la recherche de la
vérité? cette cruelle expérience ne fera- telle pas.
pour les plilafophes eux mêmes» un gra.;d fujet de
méditation? que diroit-on d'un homme qui parce-
que fes yeux l'ont trompé, fe cond#mneroit ù deve-
nir aveugle, pour ne pas fe tromper une feconde
fois
Quand on s'écrie qu'il n'y eut jamais de telles
atrocités, on exprime une jufte indignation, une
jutle furprife, de ce que dans un iiècle éclairé, ou
apu les commettre mais ceux qui connoiffeut l'hia·
ni
toire ne prétendent pas que les temps d'ignorance
fuirent exemts de troubles et de forfaits. Ils fa-
venf que les cruautés exercées pendant la captivité
du roi Jean, pendant les querelles des bourguig*
non* et des armagnacs, et celles des ligueurs et
des f roteftarvts n'etoicnt pa^ ordonnés par des phi*
fofophea*).
Il faut remarquer une dinerence extrême,
entre les erreurs que produit la philofophie et
celles que produit l'ignorance. Les effets des
premières peuvent indiquer aux philofophes la vé-
ritable route, au lieu qu'il faut une longue fuito
«le fièclcs pour faire fortir un peuple de l'état de
barbarie et pour ranimes le goût des fciences,
dans les pays, où l'on a détruit pour l'intérêt du.
défpotisme, la liberté des penfées et des discours.
Quand le duc de Bourgogne faifoit périr dix mil-
les perfonncs dans la capitale, et qu'uno popuhca
féroce prenoit plaifir à déchirer, à brûler, a. rôtir
des hommes vivans on n'avoit pas il fe plaindre
de l'influence de l'éfprit philofophéque car un
foUat bourguignon ayant frappé d'un coup d'épée,
et n'Itéfita point croire, que le fang avoit jailli
de la ftatua fous les coups de l'ûiipie.
aa
Eft il donc vrai que les philofophes ont com«
menée la déduction de l'ancienne forme du gou-
vernement de la france ? je fais que cette affertion,
eft généralement foutenue et par ceux qui veulent
leur en faire honneur, et par ceux qui veulent leur
en faire un crime mais je croîs, que la révolution
a été produite par des circonftances qui leur font
abfoluement étrangères. Je vais le» retracer le plus
rapidement qu'il me fera potable, et l'on jugera
des motifs qui déterminent mon opinion.
La cbute de l'ancien gouvernement a été précé-
dée par l'affoihlilfement lent et graduel de l'auto-
rité du monarque. Les cours fuperieures de juftice
etoient devenues les rivales du trone, après avoir
été les ioiftrumens de fa puitfance. Elles étoient
parvenues à former des corps indépendan», à fe
réserver le choix de leur membres, a:nli que l'exa-
men et le jugement des aceufations. portées contre
eux. Les édits publiés par le prince, ne deve-
noient des loix que par leur approbation, et e'les
n'obfervoient ces loix qu'autant qu'elles le jugoient
convenable. Elles en faifoient elles m«?me fans atten-
dre fon aveu; elles puni[oient ceux de fes agéns qui
ncreconnoiffoientpasleurfuprcmatie. Elles j>ou-
voient fans péril violer toutes les formes protectri-
ces de l'innocence, lorsqu'elles prononçoient dans
leurs propres intérêts, contre les perfonncs qui
s'expofoientàleur haine, en contenant la légitimité
de leur pouvoir*).
On fait qu'un des intérêts les plus généralement
fcntis par la multitude eft celui de la diminution
des taxes. Les parementes avoient donc acquis par
leur réftlîance aux nouvelles impo(itions, une gran-
de popularité et l'autorité royale avoit perdu la.
fienne, fous Louis XV par le mauvais emploi des
revenus par des taxes oppreffives et le fcandale
des moeurs de ce prince, et de la pluspart de fes
courtifans. Il refolut de mettre un terme à la puif-.
*) Aucun avantage ne pouvoit balanoer pour les per-
fonnes éclairées, le terrible inconvénient de ces
corps au deffus des loix et non refuonfables ayant
droit de vie et de mort fur les citoyens, et com-\
pofés d'homme» qui avoient acheté leurs emplois.
Il y avoit beaucoup de juges, dont les intention»
étoient pures et les connoiffance» dininguée»: mais
on peut dire on général des parlemens de fraucc.
ce qu'ils avoient dit eux mêmes des jefuite»; c'eft
que malgré le caractère xefpectable d'un grand
.norobre d'individus, il y avoit dans leur collai-
tutinu un vice effentiel qui fubordonnoit tout au
défir d'accroître leur pouvoir.
fance des cours de juftice mais c'étoit pour fauver
un coupable, et l'opinion publique fut eu leur
faveur.
Louis XVI cédant aux infiances de ceux quai
l'environnoient, eut l'imprudence de rétablir l'an-
cienne compofition des tribunaux, à qui ce triom-
phe donna plus de crédit et plus d'orgeuil. Il
n'étoit pas impofTible à l'autorité royale de s'en
délivrer une féconde fois. Il falloit que le
rrince fuivit les mêmes mefures, qui dans les iièclea
précedens avoient détruit l'indépendance des pof-
feffeurs de fiefs. Il falloit fe concilier l'affection du
peuple, protéger dans toutes les circonftances la li-
berté des individus contre les jugemens arbitraires,
diminuer les impôts et retrancher les dépenfcs inuti-
les malhcureufement Louis XVI avec des intentions
pures, n'jvoit aucune fermeté dans l'execution de
fes projets. Un de fes miniftres, le vertueux Tur-
got vouloit fupprimer les corvées dés grands che-
mins et faire contribuer tous les propriétaires à
leur conltruction le parlement de Paris s'écria
qu'on alloit reuverfer la monarchie par la confufion
des rangs, et Turgot qui fe propofoit d'opérer gra*
duellement et fans nuire aux poflefleurs de fiefs,
l'affiaucinflemcnt des :erres et des perfonnes, fut
as
facrifié aux clameurs des parlemens et des privi-
légiés. Necher qui defiroit que le législateur ne
fut plus forcé de compofer avec treize parlements,
qui furtout ne négligeoit aucun moyen d'intro-
duire l'ordre et l'économie dans les depenfes, fût
Privé de fon emploi malgré l'éftime générale dont
il iouifloit. Les prodigalités fe renouvellerent,
les ininifires trompèrent le peuple en lui annonçant
une profpéiité qui n'exiftoit pas, et même l'exftino
tion prochaine de la dette publique. Pendant que
la nation étoit dans cette faufle fteurite, le désor-
dre s'accrut à un tel point qu'il fallut enfin révéler
le fatal fecret de la detrefie des finances et s'occu-
per des moyens d'obtenir de nouvelles taxes. On
ielolut d'augmenter les contributions des privilégiés.
On s'attendoit à la reliftance des parlemens; on
crut la prévenir en convoquant une aflemblée de
notables compofée de la manière la plus propre à
fonder les intérêts de la cour, elle lui fut cepen-
dant contraire, et ne dilfimula point fon mécon*
tentement. Un cri général d'indignation s'éleva
dans toute la France; M. de Calonne fut renvoyé
du miniftère. Brienne le remplaça et voulut
forcer les parlemens à autorifer de nouvelles taxes,
Celui de Paris irrité de ce qu'on rcfufoit de fou-
mettie à fon examen, fétat des recettes et des de»
26
pen:es, recourut fubitement à l'ancienne doctrine,
oubliée de puis fi longtems, fuivant la quelle Je roi
devoit,fe contenter des revenus de fes domainet et
ne pouvoit obtenir aucun fubf de fans le confente.
ment libre des contribuables. Il demanda une con-
vocation des états generaux qui n'av oient pas été
a1femb!és depuis Cette propofition fut répétée
par les autres trihunaux et fut accueillie avec trans-
port par tous les ordres de l'état. Ceux même* qui
fctoiezit le plus ennemis de la trop grande autorité
des juges, crurent voir dans la convocation d'une
a3emblée de repréfentans du peuple, le moyen
d'obtenir fans troubles une conftitution libre et de
faire cefler la confulion des pouvoirs, qui rendoit
ùnpoflibîe la réforme des abus, qui n'espofoit pas
les citoyens, il eft vrai, à une tyrannie cruelle, in-
compatible alors avec les moeurs et les lumières de
la nation; mais qui favorifoit le désordre dans les
finances, fubftituoit l'arbitraire à l'autorité desloix,
privoit le gouvernement de toute énergie, rendoit
ton adminifîration foible et incertaine et entrete-
noit l'inquiétude et le mécontontement dans toutes
les clafiea du peuple.
Puisque les juges fupérieurs, chargés de faire
obéir au roi, appelloient eux-mêmes le peuple à la
rèfiftance, il n'y avoit plus de moyen de falut pour
le prince, qu'en cédant aux voeux de la nation,
en fe latant de traiter avec un nombre de proprié-
taires affez coniidérable, pour former un parti
puiffant en fa faveur. Presque tous les états gé-
néraux précédons avoient été de'peu d'importance,
parce qu'on pouvoit fe palier de leurs fubfldes et
qu'alors les revenus du domaine royal fuflifoient
pour l'ordinaire aux befoins du fisc; mais les nou-
veaux, quelque fut leur convpofitioo, alloient dev e-
nir les difpenfateun de tout le revenu public, con-
féquemment les maîtres abfolus du premier reflort
de l'autorité. Toute la nation demandoit qu'il*
fu lient périodiques, qu'ils partageaient avec le roi,
le pouvoir législatif et que les miniftres fuflent re«
fponfables. Ainfi le gouvernement t alloit ttre changé,
Si le prince fe co'nduifoit avec fermeté et prudence,
la monarchie jusque là fimple en apparence, ariito»
cratique en réalité, pouvoit n'être pas détruite:
mais elle devoit nucéirairement recevoirun mélange
de démocratie; elle devoit tomber, fi dans une par.
eille crife, on luttoit fans ménagement contre les
voeux du peuple. Les miniftres voulurent conjurer
l'orage; ils entreprirent de rendre au roi, un pou*
voir fans limite, par des loix abfur«Ies et révolta:
tes qui renfermoieut quelques difpofiticais falutaires.
Ils virent fe déclarer contre eux, le clergé, la nobi
lelïu, la capitale, la plupart des villes de France,
tous les tribunaux, même un'grand nombre de cour-
titans. Ils firent marcher des troupes les officiers
invitèrent ies foldats à protéger les mccontens
et l'opinion publique vouloit à l'infamie ceux quiie
déclaroicnt pont l'obéi (Tance. Tous les moyens de
contrainte fe briferent dans les mains des o<*ens du
monarque. Il fallut céder, il fallut promettre fo*
lumnellcmcnt la convocation des états- généraux,
et renvoyer les ministres devenus les objets de la
haine de tous les François,
Voila donc une révolution nécéflitée par des
caufes qui n'ont pas le plus léger rapport avec les
philofophes. Eli ce la philoiophie qui a créé la
vénalité des places de juges, leurs prétentions et
leurs différends avec la courronne? Eft ce la phi-
lofophie, qui a produit la ruine des finances? Sont*
ce les pliilofoplics fculs qui ont profité decescir-
confiances, pour entreprendre, de fixer des limi-
tes au pouvoir du monarque, pour obtenir une in-
tèrvention nationale dans l'établifTement des loix et
des impôts. Il faudroit donc confidérer comme des
pliilofophes, tous lçs membres des parlemens, ceux
de raiTembléç du clergé de Fiance qui fit au roi des
remontrances énergiques, pour féconder ICI voeux
du peuple, tous ceux qui avoient quelques princi-
pes de jufiice et quelques fcntimcns d'humanité;
car tous les hommes d'honneur, non feulement en
France, mais encore dans toutes les parties de l'Eu-
rope, ont applaudi à ce concours unanime des Fran-
çois qu'on croyoit dirigé vers là liberté et le bon-
heur. Je fais que Lien peu deperfounes ont la bon-
ne foi d'avouer aujounlhui l'opinion qu'elles avoi-
ent alors; mais que ceux de mes lecteurs qui veu-
lent être impartiaux confultent fur ce lujet leur
confcience. et leur mémoire.
Si les François n'av oient eu que des idées
d'obéilTance pailive il auroit été facile au roi de
vaincre la réfiftance des tribunaux, et le peuple fe-
roit relié le froid témoin de leurs querelles: mais
on aimoit depuis longtcmsia liberté, fans en avoir
une connailFance exacte, fans avoir prévu qu'on
auroit un jour l'ocrulion d'y parvenir; et quand
cette occaflon le préfenta, on la failit avcc un en-
tlioufiasmc univerfel qui paralyfa toutes les forces
de la monarchie. On a dit que ce défir général de
la liberté étoit infpiré par les philofophes mais la
liherté eft elle donc une invention des temps mo-
dernes? N'y a-t-il pas dans tous les hommes un
fentiment qui les avertit qu'ils ne font pas nés pour
être les jouets des caprices de leurs femblabîes;
qu'ils n'exiftent pas pour le gouvernement, mai»
que le gouvernement exifte pour eux; qu'fy doi-
vent être fouinis à des règles fixes établies pour le
bonheur général et non pour l'intérêt d'un individu
ou d'une claflfe particulière? à moins que leurs [en-
timens ne foient dépravés par une longue habitude
de la fuperftition et de l'cfclavage, il lettr eft facile
de reconnoitre qu'ils tiennent de la nature les droits
de la vie, de l'honneur, de la propriété et du libre
ufage de leurs facultés, dans tout ce qui ne nuit pat
aux autres et ne blefle pas l'ordre moral. Le res-
pect de ces droits naturels et la protection que
l'état leur accorde forment lit [¡buté civile qui cft
un devoir de tous les gouverneinens monarchiques
ou républicains; et s'il arrive que cette liberté foit
fouvent enfreinte les peuples font difpo(és à pro-
fiter de toutes les circonftances favorables pour la
garantir par la liberté politique: c'eftudire, par
les limites dont ils entourent le pouvoir qui s'efk
écarté de la jultice*).
*) Our own feelings tell us liow long, they ougUt
to liavé fubmiucJ and at wtiat moment ir would
have been treacherv to thcmsclvcs, not to havo
refiiicd» Lettres de Junius.
5*
TiO peuple romain n'avait pas eu befoiu de phi-
lofophcs pour fe retirer fur le nront-facrc·. Guil-
laume Tell n'nvoit point lu d'ouvrage philofophi-
que, quand il fut indigné de l'infolence du Bailli
Gefster et qu'il réfolut de braver le tyran. La con-
(litution d'Angleterre et la révolution des états-
unis d'Amérique, ont bien plus contribué que la
philofophie répandre en France des idées
de liberté. Ces idées étoient (urtout entretenues
par les remontrances des pariemens qui fouvent
même opporoient aux volontés du roi, des princi-
pes exagérés, des maximes dingeteufes, et que ce-
pendant on ne peut accufér d'avoir aime les philo-
fophes, car ils faifoient bruler leurs écrits.
Il eft vrai que plus les hommes s'éclairent,
plus il devient difficile de les retenir dans la fer-
vitude, et que la philofoplûe, en le» indiuifant
de leurs droits, fortifie l'amour de la liberté; et
voila pourquoi les tyrans ont toujours fait de
grands efforts pour abrutir l'éfpccc humaine. De-
puis la renaiffance des lettres, le fort des Euro-
péens sVlt de plus en plus améliore. Les mal-
heurs produit par des idées d'une fauiFe liberté
doivent faire mieux fentir le prix de la véritable,
et non faire ugretter la barbarie des temps ù'i£*
noranre ou envier la trille fituation des ftupides
hahitans de l'Aile qui languiiTent depuis tant de
fiècles fous le joug du défpotisme.
Combien il eft abfurde de fuppofer que la
révolution de Fiance foit le réfultat d'une conju-
ration i'iittefte ici la bonne foi de tous les Fran-
çois impartiaux. Pcrfonne ne penfoit en France
en i707 aux moyens de changer le gouvernement.
On ccnfuroit, on ridiculifoit les fautes de l'ad-
miuiftration; mais on ne s'occupoit pas du foin
de les prévenir.
Un ouvrage qui paroit avoir été accueilli, ac-
cufe un comité qui fe tenoit dit on chez le Ba-
ron d'Holbach. On nomme parmi les membres de
ce comité, ls célèbre écrivain la Harpe, le garde
des fceaux Lamoignon et Mr. de Grimm de Gotha.
lie premier n'a pris aucune active part à la révolu-
tion il a été longtemsprofcritpouren avoir condam-
né les excès. Le fécond a fait tous fes efforts pour
empêcher les état-généraux et pour rendre abfolu
le pouvoir de Louis XVI il s'eft tué lui même, de dés-
efpoir, de n'avoir eu pour prix de fes travaux que la
haine publique. Mr. de Grimm a quitté la France
pendant la révolution, et il eft encore au fçrvice de
l'Empereur de Iluflie.
3
On accufe les économiRes dont la plupart étoi*
ent des hommes refpectables. Cette fectc phiiolo*
phique à la quelle on peut reprocher fa théorie de
l'impôt unique fur les terres, le ton emphatique de
les écrivains, l'aftectation ridicule de leurs expref*
fions, à laquelle on doit cependant plusieurs o-b-
fervations tiès importantes fur les abus qui huilent
l'induftrie et fur les moyens d'augmenter la pro,
fpé,rité publique, cette fecte avoit en général des
principes très oppofé.s à ceux de la révolution, et
qui même a'étoient nullement favorables à la liberté
politique. Ijeséconomiftes vouloient*) qu'on etti le
plus grand refpect pour la propriété, que l'induitrie
fut délivrée de toutes fes entraves, que tous les ho m»
niesfuflenttraitésavecjultice; mais ils vouloient uni-'
té de pouvoir. un despotisme légal. C'eft aiuii qu'ils
appelloient l'autorité d'un monarque qui feroit otm
ferver la grande loi naturelle du refpect des proprié-
tés, dont les loix politives ne feroient que le déve-
loppement. La puiffancedufouveraiu ne devottéue
tempérée que par les lumières et pur fon intérêt
perfonnel à la généralité des avances*). Il devôit
*) Voyez ilnfiruction populaire fur les drvit? et les
devoirs de l'homme imprimée en J774*
*;i) Lei économises donnoient le nom d'avances à tous
le» travaux de l'agricultuie. lia appelloitiut pru+
*̃•
avoir la propriété conftante d'une partie du produit
net de toutes les terres. Les économistes ne. défa-
pvouvoient pas les allcmhlées nationales; mais ils
ne confentoient point qu'elle» prononçaflcnt fur
les impôià. Ils ne leur laifToient d'autres droits que
le foin d'indiquer les améliorations et de recevoir
les revenus perpétuels du louverain.
Quelques ancirns économises fe font écartés
.(le cette doctrine dans le cours de la révolution;
mais tant d'eccléliaitiques, tant de militaires ont
niontré beaucoup de zàle pour des principes démo»
cratiques dira t on que la religion et l'armée
étoient des écoles de démocratie?
Des hommes qui plaignoient la fittiation mal-
heureufe des nègres, qui defiroient leur liberté,
avoient fornié à Paris un comité fous le nom (Tamis
des noirs. Ils ne calculoient peut être pas aflez la
trifte nécéiîitc d'agir avec lenteur, lorsqu'on veut
réparer des maux ancicns, afin d'éviter d'en caufer
de nouveaux; mais leur intention du moins étoit
digne de l'intérêt de tous les vrais chrétiens et des
duit net le profit du cultivateur au delà du rem-
bou.feihent de toutes les dépenfes qu'il avoit faites
pour labourer et pour feœer.

hommes probes de toutes «les opinions. Parce que
plufieurs de ces amis des noirs, les uns égarés par
l'exaltation de leur zèle pour leurs fciublahles*
d'autres par l'orgueil ou l'ambition, ont protégé des
crimes dans le cours des troubles de la France, ou
foutenu des fyfiôines dangereux, des applogiftes de
la fervitutle difent aujourdhui qu'ils avoiens pré*
paré la révolution. Ils oublient, que des peifonne»
autrefois membres de cette faciété, ont défendu les
principes les plus juftes et montré le plus grand
courage. Ils oublient que ni les amis des noirs,
ni le prétendu comité du Baron d'Holbach n'ont pu
opérer la ruine des finances et diriger les délibéra-
tions des notables, des tribunaux, du clergé, et
de la nobleffe.
Je ne puis nier que flans la nombre de ccu*
qu'on appelloit philofophes, il n'y eut des hommes,
qui trompés parle fens littéral du mot liberté, la con-
fidéroiént comme l'exemption de toute contrainte, et
publioien' en attaquant le defpotisme d'un feul*
des maximes favorables au defpotisme populaire»
Mais je me. plains de ce qu'on a taché de confondre
avec eux les amis de la véritable liberté, qui n'oit
autre chofe que la réunion des moyens nccciFuiiea
pour la protection de la juftice.
*r
On a mis dans la même confpiration ceux qui
vauroient les principes de la constitution d'Angle-
terre, les cconomiltes qui la déteitoient, et J. J.
Roufleau qui recardait les Anglois comme des et'
claves. L'illuftre Montesquieu mvuie étoit, difoit on,
un confpiratcur. Il avoit foutenu que le pouvoir
judiciaire fetoit trop terrible dans les mains d'un
rot, et qu'il ne devoit jamais remplir les fonctions
de juge. Un eccîëfiaflique fram:ois qui a publié ,à
Londres quatre volume. fur les prétendues conCpi-
ratiofis, caufes de la révolution de Fiance, a trouvé
cette doctrine criminelle; il penfe que les hommes
ne peuvent être trop afl'ujetis à l'autorité des princes.
Il croit révéler au monde l'infamie deMontesquieu,
pareequ'il a découvert que ce grand homme defiroit
ta deftruction des Jefuites qu'il les accufoit de
transformer les monarques chrétiens en defpotes,
et qu'il vouloit du moins conferver à fa patrie le
peu de liberté dont elle jouiffoit. Dans l'Ffprit des
loix, l'un des plus beaux ouvrages que ce fiècle ait
produits, il y a quelques défauts fans doute, quel-
que*, maximes hafardëes. Les abus de la monarchie
françoife y font trop préfentés comme des bafes ef-
lentielles de toutes les monarchies fimples mais il
n'y a pas un feul mot qui puiffe encourager à ren-
veifei par la violence, l'ordre établi dans un gou-
vernement quelconque, et furtout transporter une
démocratie fans limites, au milieu d'un va(le pays
corrompu par les habitudes du luxe et de la
uiollelT*.
Parceque Montesquieu, dans un chapitre fur la
conftitution d'Angleterre a dit, qu'il n'examinoit
point fi les Anglois jouifloient véritablement de la
liberté et qu'il fulFifoit pour fon delfein qu'elle fut
établie par les loix, l'écrivain dont nous avons par»
le prétend qu'il ne regardoit pas les Anglois comme
libres: mais comme il fe propofoit feulement dans
ce chapitre d'analyfer des principes, ilavo'itdû, pour
fe difpenfcr de trop de détails, différer l'examen de
leurs elFets. Cet examen fe trouve dans le chapitio
27 livre 19 "voyons dit-il les effets qu'ont dû pro-
"duire fur un peuple libre, les principes de fa con-
"ftitution." Il en dérive tous les ufagos dominans
en Angleterre, les traits principaux, du caractère
national, et il foutient que les coutumes des Au-
gloia font partie de leur liberté. Il ajoute: cette
,,nation aimerait fa liberté parcequ'clle feroit vraie;
,,elle fe chargeroit des impôts les plus durs, tels
aque le pouvoir le plus abfolu n'ol'eroit les établir.
»Si quelque puitTauce étrangère mcttoit cet état
»en danger de fa fortune ou de fa gloire, pour
58
"lors les petits intérêts cédant à de plus grands,
,tout fe reuniroit eu faveur du pouvoir executif."
Pour prouver que Voltaire étoit entré dans
ane confpiration contre le gouvernement monar-
chique, on a cité des vers de fes tragédiens en faveur
de la liberté; mais par la raniie méthode, on au-
roit pu prouver auffi qu'il étoit bon chiétien et
trouver dans les vers de Racine et de Corneille l'a-
pologie de l'aiïaflînat. On ne decoit pas s'attendre
à voir indiquer comme une réflexion criminelle,
ceile que les rui junt de la nu'.nie efpèce cluc les au-
tres kc:i::cs. Ap;î:s ce'a nous ne pouvons pris être
furpris, de ce qu'on lui reproche d'avoir eJlhné les
provinces unies ^t d'avoir bî.iuié les guerres »îe Fré-
déric II. Ainlipour nV-trepas un icbelle, ilfaudroit
croire qu'on ne doit jamais cenfurcr les fautes des
princes, pas même les crimes d'une yierre entre-
prife par ambition. Il ne feroit pas permis d'ai-
mer une république hcurcufe autant qu'une monar-
cliie bien gouvernée; et l'on devroit adopter des
principes révolutionnaires, contre tout gouverne*
ment qui ne feroit pas dans les mains d'un roi.
Voltaire ne peut pas étre mis au nombre des
amis confiai) de la liberté, il attachoit trop de
39
prix au luxe, à l'élégance des manières; il flaitoit
trop les hommes en pouvoir. Pendant qu'il habi*
toit aux portcs de Genève, il ne vit dans les que*
fiions politiques qui divifoient les citoyens, qu'un
fujet de fatyre, qu'une querelle ridicule; s'il eut
véritablement aimé la liberté, il auroit profité de
cette circonstance pour étudier fes effets, pour ju-.
ger les caufes qui la rendent orageufe et les moyens
qui peuvent la concilier avec le repos public} pour
diltin<uicr les vices et les avantages de la confti-
tution d'une petite république fi refpectable par le
patriotisme, les bonnes moeurs et les lumières de
fes habitans.
Dans ces temps malheureux, on ne connc»t
plus d'autre vice et d'autre vertu, que d'être l'en-
nemi ou le partifan de tel ou tel fyftémc politique.
La plus légère différence; d'opinion fuiïït pour li-
vrer à la calomnie, des hommes dignes d'une véné-
ration éternelle. Le bon, le refpcctable Mnlcshci
bes eft aulti compté parmi les phiîofophes confpii"
teurs. Il eft aceufé, d'avoir favorifé la liberté de la
preffe. L'ecclcfiattirjuc françois qui Taccufe, écri-
vant en Angleterre, a bien voulu permettre aux Ar.r
glois les avantages de cette liberté; mais faifaiit
les honneurs de fa nation, il la fuppofe indigne de
publier fes penfées fans l'approbation d'une auto-
rité arbitraire. Malesherbes, ce généreux défenfenr
de la jujiice, ne pouvoit pas être d'une telle opi-
nion. L'cnuemi dcs lettres de cachet ne devoit pas
rartager l'eiVroi que la vérité infpire aux tyrans.
JLe couveniement pouvoit fe mettre en fituation
de i.e plus la craindre, en s'occupant constamment
du bonheur du pcuple, en celTant toutes les d-*pen-
les inutiles, en faiiaiU pefer indiitinctementlefcep-
tre de la loi fur tous les fujets du monarque; com-
jiic le vouloit le préfidcnt Dupaty, dont je fuis fur-
pi ia que les apologifies de la fervitudeayent oublié
d'hunorer la mémoire par l'infciiption de fon nom
i'm leur lifte (les ronfpirateurs. Malesheibes difent-
iis encore d'après une Jettre de d'Aletnbert, avoit
biffé circuler à regret plufieurs ouvrages réligieux.
Il falloit donc que ces ouvrages fufTent bien fanati-
ques, bien dangereux pour le repos public; car
l'ame fenfible et tolérante de IVlalesherbes étoit in-
acccJFible à tout efprit de parti. Aucun de ceux
qui l'ont connu n'Ignore qu'il étoit impolRble de
îcumir plus de fiinplicité de caractère plus de noh-
lelfc de fentimens. Enfin on lui reproche d'avoir
dit dans des remontrances prefentêes à Louis XV
en i77x au nom de la cour des aide? de Paris, qu'il
falloit interroger la nation puisqu'on ne lui avoit
41
laiilé aucune relFource pour fa défenfe. Quelle
que foit la forme du gouvernement, ne doit- il pa*
rendre le peuple heureux, et peut il y parvenir en
a» i liant dan» un fens contraire à fes opinions ? Maîes-
herbes étoit trop éclairé pour croire que le peuples
put connoitre les intérêts, lorsqu'il intervient tu-
multueufement dans l'adminiiiration de IV ta t. Ja-
mais il ne fut partifan de l'anarchie ou de 4a démo-
cratie illimitée. Il a péri victime des démagogues,
parcequ'il ne voulut pas s'avilir en flattant leur or-
gueil, lui qui avoit confervé le caractère (l'un hom-
me libre jusque dans la cour des rois. Quand il
propofoit d'interroger la nation, il fuppofoit donc
qu'on prendroit des moyens pour connoitre les
voeux libres et réfléchis,
S'il faut en croire la plûpart de ceux qui ont
écrit fur les caufes de la révolution, l'influence des
chofes et des per Tonnes qui ont le plus contrihué à
la faire naitre n'étoit rien, auprès de celle de NI.
Necker adminiftiateur des finances. Il étoit de (Je
Ht'i;«î, dit M. Robifon, il voulait porter cn France
les injiitutions de ja république. Mais il ne iuffit
pas d'être de Genève pour aimer le régime républi-
cain, et 1i Necker aimoit celui do fon pays, ce <jue
beaucoup de Genevois révoquoient en doute, il nYé-
4a
toit pas aïïc?. ignorant pour fuppofcr que vingt cinq
millions d'hommes duffent être gouvernés comme
vin"t cinq milles. Dans fon premier inini/tère, on
n'eut aucun motif de foupçonner qu'il fut cnnemi de
Fautovité roy.iîc il fit nu cuntv.i ire tous fes efforts pour
la foutenir. Il a\'oit augmenté le crédit du tréior pu-
blic et conféquemmentlapuiffancedo la couronne, il
avoitobtcnul'homiua^edes cours do juiucc, ccnfeurs
obftinéà de toutes les mefures des miniltres du roi.
On Faccufoit dans ce tems là d'aimer la monarchie
abfoluc, en avouant que du moins il vouloit la faire
fcvvir an bonheur du peuple.
On lui reproche aujourd'hui d'avoir dans fon
premier minil'ùre, ruiné les finances par des em-
prunts: mais ces emprunts ctoirnt- ils blâmables,
loisque le gouvernement françois engage dans la
guerre de l'indépendance, «les Etats- unis tVAmél'i-
queiuanquoit de refTourccs fufiifautcs, lorsque les
s'oppofoient encore à Fégalitt: des fubfi-
Jes et qu'il u'étoit plus poJïible d'en établir de nou-
veaux ? ne valoit-il pas mieux emprunter pour le
moment du Wlein ut fe procurer par une fage éco-
ûonïie les moyens de payer Tiatèiét de la dette et
de éteindre par degrés? étoit-ce la faute de M.
Nccher fi le tréfor public êtoit épuile? il n'étoit
43
pas alors du confeil du roi, il n'avoit eu aucune
part à la réfolution de faire la guerre. Mais, dit on
encore, les conditions de ces emprunts, étoient
onéreufes à l'état. Il n'étoit pas en fou pouvoir
d'en obtenir de plus favorables. Ce qui le prouve,
c'eft que la plupart des fonds fuient tournis par des
étrangers.
Jusqu'ou peut aller la rage de l'efprit de parti
un eccléfiauiquc fran;ois a olé dire, que Ke<-her
ayant affame le peuples pour le faire révolter, a bien
pu dans la même intention ruiner Us finances. Ainli
i'lromme dont la France entière a célébré la pro-
bité et les talens, dont elle a boni radmim-
Itration, lorsque des troubles civils n'ont point
mis d'obftacles à fes projets d'ordre et d'écono-
mie, étoit un monftre. capable pour le plaiJir de
bouleverfcr fa patvlo adoptive, de ruiner la France
pendant fon premier miuiUère et condamner les
françois a la famine pendant le fécond. Celui quo
j'ai vu moi meme en lejettei avec borreuv la
propofition d'ad.eter les fumages de quelques faux
amis du peuple; a qui j'ai reproclié devoir trop
compté fur l'autorité de la raifon, d'avoir trop çwlé
aux factieux p;vr le défir
et d'avoir trop reUoiuê la guêtre civile, vouloit doue
Fine périr dc3 milliers d'innocents par la faim,
quand il cioiignoit d'en faire périr un feul par le
fer des combats. Ne lentez vous pas que vous
employez pour vos iyftèmes les moyens dont fai-
fuient ulagc les fcélérats qui ont déshonoré tare-
volution? des furieux inaflacrèrent en 1789 Ber-
rhier intendant de Paris, fous le prétexte qu'il
avoit accaparé les grains pour caufer une famine.
En formant des magasins, il avoit féconde les in-
tentious de M. Nccker. Ne blâmez donc pas des
infenjës d'avoir pu croire l'infortuné BertLier
capable d'un tel forfait, puisque vous accu-
fez du mCmc crime, celui dont il exécutoit les
ordres.
Comme fi tout s'etoit réuni pour environner
la révolution de caufes de détordre!. il y eut en
i739 et »79O une difette de fubfiilances. M.Nec-
ker fe hâta de .faire acheter du blé dans Tétrau-
ger pour former des magaf ns et il réfolut d'en
dillérer m vente autant qu'il feroit potfible pour
ménagor !es reflources. L'auteur des mémoires
du Jacobinisme cite le témoignage d'un magiftrat
<!c Rouen: ce parlement ait- il, avoit follicité la
permillîon de faire vendre des gmiua qui fe trou-
roiçnt (!;uis !es raagafuis de la Normandie.
45 /•–
M. Nocher la ref-ifa* Ionc, dit cet écrivain, il
vouloit affamer le peuple
Faut* il répondre à d'autres calomnies fur l'o-
rigine de Us fortune de NI. Necker, à <!ei calom-
nies plus horribles encore contre fa vcrtueufc
époi.lc, dont la plus confiante occupation fmt de
foulager l'indigence et qui dans le cours de la ré-
volution partageoit fi vivement les foulfrauces des
victime. Ponr prouver qu7elle protégeoit les cri-
mes du 5 et du 6 Octobre, on cite des billets for-
g«s par rimpofture. On accufe auJii famille d'a-
voir affecté de fourire le ci.n] Octobre 17U9 att mi-
lieu la confteriiation générale. Et cependant
ceux de fcs ennernis qui la connoiflent, font forcés
d'avouer, malgré les défauts qu'il» lui reprochent,
qu'elle poiïede la vertu de la pitié, et qu'elle elt
toujours empieffée à venir au recours du malheur.
Mai» ue réfutons pas de telx menùmgçs. Laif-
fous le fanatisme exhaler fa fureur; il ne trom-
pera que d'autres fanatiques incapables de nous
entendre.
On aflfure que nos philofophes ont répandu
dans leurs écrits des principes d'égalité qui ont
contrihué à faire naitre la révolution. J* préfen-
46
terai fur ce fujt't quelques udexions qui nie paroif-
feut nécélTaiics pour apprécier la jultice ou l'inju-
fiice Je ce reproche.
Les hommes confi.lérés hors de tout lien poli-
tique font é^aux en droits et ne font inégaux qu'en
forces c'eft a dire, que l'un ne peut rien exi»vr (le
la confcience d'un autre, que celui-ci ne pnifi'e
exiger de, la tienne*
Le but du gouvernement civil étant de proté-
ger la juftice, il doit détruire l'inégalité des forces
individuelles, enétablillantune force publique pour
faire rcfpecter l'égalité des droits naturels; mais
une force publique ne peut être établie faus créer
une inégalité «le pouvoirs; c'eft à dire, fans créer
des fonctions avec uue autorité et des prérogatives
particulieres. Tous les hommes ne font pas indi-
ftiuctement capables de reuzplir ces fonctions. Il
eft jufte cependant de n'en interdire l'accès à aucun
de ceux qui peuvent êtie dignes de les exercer; car
tout privilège qui n'eft pas néct lïaiie au maintien
du bon ordre, eft contraire à la juftice; puisqu'elle
ordonne de procurer a tous les membres d'une affo-
ciation, les mêmes avantages autant que le permet
la fureté des ail'ociés. Les feules eacluûon» rai-
47
fonn aides danS la difiribution des emplois, font cel-
les qui ont pour objet de s'affurer des talcns et de
la probité des officiers publics et de leur intérêt
la prolpéritë de 1"état. Sous ce dernier rapport il
peut être nécéfiaire pour beaucoup de fonctions
importantes, d'exiger des canditats une certaine
valeur en propriétés acquifes, comme caution de
de leur conduite future, comme gage de leur Inde-
peudance. y a même des formes de gouverne-
ments où quelques dignités doivent être héréditai-
res, pareeque l'élection auroit eiicore plus d'incon»
vi-niens que l'hérédité; teUes font les dignités des
rois dans les monarchies et celles des pairs des
îles Britannique.
Il y a donc dans toutes les formes de gouver-
nemens, une inégalité de pouvoirs relativement aux
fonctions, et quelque inégalité de droits politiques
relativement à l'admiilion dans les emplois. Il y a
furtout une grande inégalité abfoluumnt inévitable
dans les rèfultats du droit de propriété. Le droit
naturel de propriété eft fans doute le même pour
tous les"*homiues. Ils font tous fusceptibles d'ao-
quérir ce que perfoune ne poifede encore, ou d'é-
changer les produits de leur indultrie: mais les pio-
priétés acquilus ne peuvent être iemblabltt». Leur
48
valeur dépend du plus ou moins d'acthltè ou de
talens et de circonftauces plus ou moins favorables.
Le développement de nos facultés tient effentiel-
lement à cette inégale diftribution des richelfes,
fource de beaucoup d'inconvénient, mais en
même tems bafe nul ifpen fable de tout ordre
focial et principal mobile des travaux du corps
et de l'efprit.
Ainfi lorsque des philofophes ont dit que la
juftice eft une et la mêmes pour tous les hommes,
qu'ils doivent être égaux devant les loix comme
devant dieu, dans ce qui n'eft pas relatif aux
fonctions publiques; quand ils ont condamné cette
multitude de privilège* onéreux, créés pour des
intérêts particuliers quand ils oi.t dit que l'iné-
galité de ricbelles et de pouvoirs n'autorife point
l'oubli de l'égalité naturelle, et ne permet point
d'avilir et de méprifer ceux qui ne pofledeiit pas
les mêmes avantages, ils ont dit des vérités uti-
les, ils ont fait leur devoir: mais lorsque des en-
thoufïaftes ont condamné l'inégalité des fortune*,
quand ils ont publié des rêveb extradant de par-
tage ou âe communauté de biens quand ils ont
fupporé qu'on pourroit fe pafler de magiftrats, ou
que tous les hommes font capable» de le devenir,
49
que toile doivent délibérer fur les affaires de l'état
quelque foit leur pauvreté et leur ignorance, et
que la décifion doit toujours dépendre de la pluxa-»
lité de leurs fuffragea, ils ont enfeigné les erreurs
les plus dangereufes. C*eft en parlant de ce genre
d'égalité que Raynal. difoit, que fi l'on de
l'établir, on dechaineroit des tigres. Mais les
écrits qui renfermoient de pareils principes n'avoi»
ent pas eu la moindre influence avant la révolution.
La multitude ne les lifoit ou ne les comprenoit pas
le discours de J. J. Roseau fur l'inégalité, et la
differtation de Mably fur l'ordre naturel des foexetés
n'étoient aux yeux de la plûpart des lecteurs que
des déclamations brillantes et des jeux d'efprit qui
ne comportoient pas un examen férieux, qui nex-
citoient pas plus d'intérêt que l'utopie de Thomas
Morus.
L'amour de l'égalité n'eft paa plus que la liberté
une invention des tems modernes; c'eft une incli.
nation naturelle du coeur humain qu'il faut régler
et concilier aveo l'ordre public. Là où les princi-
pes de la juftice font méconnus, les hommes puif-
fana s'éfforcent de détruire cette inclination et d'a-
baiffer leurs femblables pour a'élever au deffus d'eux.
Il d même des pays tellement barbares, que la der-
QQ
nière claffe du peuple^ft plus vile que les plus vils
des animaux. Mais à mefure que la civilifatioti
fait des progrès, on fe demande compte de cet ex-
cès d'orgueil et debaueue. Il arrive une époque où
Ians renoncer au refpect qu'on doit à la mémoire
des grands hommes, et à l'intérêt qui en refaite
pour leurs familles, on ne confent plus à reconnoi-
tre leurs descendans le droit d'humilier les autres,
en vertu d'un mérite qui ne leur eft pas perfonnel;
où fon ne confond plus avec la véritable illustration,
l'ancienneté de pouvoir ou de priviléges. Lorsque
le commerce et l'indulhie font paflor une partie des
richeffes dans les mains de ceux qui ne font pas ap-
pelles nobles, et qu'ils n'ont plus de fupérieurs.en
lumières et en fentimens d'honneur, il devient par
degrés néceffaîre de les affocier aux mêmes avanta-
ges. C'eft ainfi que depuis longtems en Angleterre
une éducation libérale fans preuves généalogiques
donne la qualité de gentilhomme. On apperçoit
maintenant dans toute l'Europe, la même tendance
vers une égalité modérée dont nous venons d'indi-
quer les caractères. Elle eft la fuite inévitable des
progrès de l'erprit humain, elle peut eaufer à l'avenir
dans différents états des changement mais
elle ne peut renverfer un gouvernement s'il n'-a pas
en lui .nême d'autres caufes de defimctim.

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