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De l'influence des femmes dans l'ordre civil et politique ([Reprod.])

54 pages
[s.n.] (Eleuthéropolis). 1789. Femmes -- France -- Activité politique -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANC AISE
15 BRIDGE STREET MHX BRIDGE STREET
WITNEY OXFORDSHIRE 0X8 6YH
Teiephone: (0993) 776396 Fax:
|l'influen..cb
DES
FEMMES
DANS
^ORDRE CIVIL ET POLITIQUE^
4 ELEUTHÉROPOLIS}
i 7 89.
A
DE
«'INFLUENCE
FEMMES
DANS
j£«||jnonimes feront toujours ce qu'il plaira aux >
fimS'i • • L'afcendant que les femmes ont fur les
itMœjÊl, n'eft pas un mal c'eH un présent que leur a
fiËniitture pour le bonheur du genre humain. J. J.
un an le peuple françois est en
pfÇtlftHix horreurs de l'anarchie le des-
frappé de terreur au ièul nom
doivent l'anéantir
*'mlÈ- & fe remue pour retarder do
mois une chute inévitable. Se-
inéJ|TO|»rdeinent la divifion parmi les difle-
ses de la ibciété armer contre
iers ordres ,'de l'état la fougue
entre jeunesse; fomenter de-
toutes manières les troubles & la discorde
afin que le choc des intérêts divers oppose
à l'assemblée de la nation des obstacles
invincibles ou la rende fans efïet ? telle
est la politique, tel est le but de nos en-
nemis. Déjà leurs coupables fuccès ont ré-
pandu Fallarme parmi les bons citoyens.
l)éja!, comme par une conspiration géné-
rale le peuple (i) trompe fur tes véri.
tables intérêts, a déployé contre la noblesse
l'étendard d'une insurrection fuggérée ou
peu réfléchie. Déja pour lë faire un appui
contre fes- défenseurs naturels il s*est uni
ce même despotisme que naguere il bra-
voit ouvertement. Enfm,ion aveugle fureur,
déconcertant la prudence ferme & éclairée
de la magistrature le précipiteroit infail-
liblement dans cette fervitude qu'il veut
éviter £ une voix fecrette que ne peuvent
étouffer des erreurs momentanées, ne l'ap-
peiloit impérieusement à la liberté & au
bonheur.
Au milieu de cette lutte affligeante de
l'ejclave qui baise les fers, & de l'homme
généreux qui les brise quel est le devoir
du philosophe ? Absorbé dans la recherche
des vérités fpéculatives quand le- pilote
égaré par des feux trompeurs entraîne le
vaisseau fur des écueils, doit-il attendre
de iâng froid un naufrage presque assuré;
& refuser aux compagnons de fes périls le
recours de les lumières ? Loin de nous une
telle pensée. Si par la constitution mo-
derne, l'homme qui cultive les lettres ou
la Science de la morale est exclus du gou-
CO Voyez les Notes la ûnâe l'Ouvrage.
.5
vernement de la chose pwmique il ne
cesse point d'être citoyen il doiLau pays
eut l'a vu naitre, le genre de fervices dont
il est capable; il lui doit le fruit de tes
études & le résulrtat de fes observations.
Ces principes ont déterminé & dirigé
mon travail. Je viens offirir à ma patrie le
i'oible tribut de mes pensées je viens mêler
quelques réflexions à la masse des vérités
utiles qui, femées dans l'ame des François,
il y a plus de trente années, viennent d'ac-
quérir, presque fans intervalle, leur déve-
loppement & leur maturité.
Des écrivains patriotes & éclairés ont
établi d'une manière invincible les droits
de l'homme à la liberté. Ils ont forcé l'éru-
dition de concourir, pour la premiere fois
peut-étre au bonheur dé l'humanité, en
Se lorsque l'autorité des exemples a paru
les abandonner alors rentrés en eux-
mêmes, ils ont consulté la nature & la rai-
son, ces juges incorruptibles contre l'ar-
rêt desquels s'éleveroit vainement la force
brutale du despotisme.
Mais c'est peu d'avoir appris au François,
que Dieu l'a créé libre; c est peu de l'avoir
convaincu qu'il obit faire des efforts créné-
reux pour recouvrer un bien qu'on n a pu
lui ravir fans crime la plus intime per-
suasiom cédera bientôt à l'intérêt des cir-
constances que fait naître journellement
la versatilité de notre esprit, fi la voix
d'un fexe puissant ne rallie tous les cœurs
fous les drapeaux du patriotisme & ne les
emplit de cette magnanimité qui caracté-
risa toujours- l'ennemi de la fer vitude Ainiî.
pour rompre les chaînes qui nous pressent,
ou pour en éviter de plus dures encore,,
il faut intéresser les femmes à ce grand
ouvrage il faut les appeller à la défense--
de la liberté l
Qui pourroit douter de leur pouvoir,
après les exemples célèbres qu'elles en ont
donnés dans tous les temps ? Toujours leurs
charmes innocents ou coupables ont en-
chaîné l'activité de l'homme, -ou lui ont
communiqué une nouvelle -impulsion. Tou.
jours leur génie, fouple & fertile en res-.
sources, a pris fur l'opinion même un as-
cendant que l'esprit ne peut concevoir
lorsque le cœur est froid ou las de fentir.
En un mot, les femmes ont été les causes
immédiates de la plupart des révolutions
qui ont changé la face du globe. Cette as-
sertion qui, aux yeux du vulgaire igno-,
rant ou prévenu ^orte l'empreinte du
paradoxe est, pour le philosophe occupé
a réfléchir fur le mobile des actions hu-
maines, une vérité démontrée. J'ouvre les
fastes fkcrés & je vois la première femmes
réparer par la désobéissance le mal-
heur de fa postérité. Les filles des hommes,
(pour me fervir des termes de l'écriture
entraînent dans leur prévarication les en-
fants de Dieu, que leurs charmes ont cap-
tivés. La face, de la terre fe couvre de
crimes & la majesté du créateur offensée
confie fa vengeance aux eaux du ciel. C'en
est fait la race humaine est proscrite &
J
anéanti. Une feule famille a trouvé grâce
'devant Dieu.
Plusieurs fïecles après les enfants de
Jacob pour venger l'outrage fait à leur
fœur, pillent & massacrent les habitants
d'une grande ville Mais détoùrnous
nos regards de cette icène d'horreur 9 pour
les fixer fur des événements dont l'huma-
nité n'a point à rougir. Béthulie est assié-
gée par Holopherne déjà privée de la
feule ressource qui pouvoit commander
une longue résistance cette ville est
fur le point d'ouvrir fes portes à l'ennemi.
Mais Judith est dans fés murs. C'est dans
ces moments d'une crise violente lorsque
tout espoir de falut est banni du cœur des
hommes c'est alors qu'on voit des femmes
déployer un courage au dessus de leur
fexe. C'est alors que l'héroisme s'empa-
rant de leur ame change tout-A-coup leur
timidité en audace & leur foiblesse en
énergie. Judith épargne à fa patrie les
fuites funestes d'une capitulation devenue
nécessaire. C'est à une jeune veuve qui n'a
d'autres armes que fa beauté qu'est réser-
vée la gloire de déconcerter lés projets
ambitieux du fouverain de l' Afîfe par la
mort de fon général. Les livres faints nous
fournissent un autre exemple, non moins
illustre du pouvoir de la beauté Un
ministre orgueilleux & despote pour ven-
ger une injure personnelle a résolu la
(*)Skherm
8
perte d'un grand peuple. Il a furpris par
fes criminelles huinuations, la justice d un
roi vertueux, mais foible; le plus noir des
attentats est concerté dans un perfide &-
lence, Le même jour, un ordre barbare
doit remplir cent provinces de désolation &
de carnage. Mais Dieu veille fur fon peuple,
Il a placé dans le lit d'Assuerus une chaste
héroïne, destinée le fauver. Esther à
la vue du péril qui menace fes freres ne
craint point d'enfreindre une loi rigou-
reuse & fa généreuse audace est couron-
née. Ses charmes innocents ont disposé le
cœur de fon époux. Elle lui découvre les
coupables intrigues d'Aman, & lui rappelle
l'ordre jfanguinaire qui touche au moment
de fon exécution. Âssuerus frémit de fa
foiblesse & s'indigne de la perfidie de ion
ministre. Une fimple disgrâce jetterait, fur
la pureté de fes motifs des doutes odieux
il fait attacher Aman au même poteau, que
ce barbare destinoit au vertueux Maido-
chée. Une-femme a fauvé fes freres & dé-
livré l'empire d'un monstre.
La fable est pleine de révolutions occa-
sionnées par les femmes. Je ne rappellerai
ici que la plus fameuse. Hélène est enlevée
par le fils de Priam. Aussi-tôt la Grece en-
tiere s'arme pour venger la querelle de
Ménélas. Troye est prise & ruinée, après
un liège de dix ans. Des Princes Grecs &
Troyens les uns écartés par la tempcte
les autres cherchant une nouvelle patrie^
établissent fur des côtes étrangeres des
colonies qui deviendront célefires. Enfin.
tel
M
d'une guêtre èhfareprisé pout
une femme:, quelle fournit au plus beau
génie de l'antiquité* la matière dé deux
poèmes immortels. Si de la fable je passe
dans l'histoire.* Sémiramis fixe mes regards.
3b la vois qui embrasse toute l'Ane dans
fes qui établit le plus vaste
empire connu jusqu'alors. Dans une autre.
partie du globe une fèmme jette les ion*
déments de Cannage; A ce nom, que d'e·
yénements mémorables que dé guerres
longues & fanglantes que de grands
hommes fe présentent en ibule à l'esprit
A mesure que les peuples fe civilisent eii
le rapprochant j 1 influence des femmes
augmente Il & les révolutions fe multi-
plient. En Europe fenlevement des Sa-
pines fouleve contre l'empire naissant
de Romulus tous les peuples du Latium*
Borne est prête à rentrer dans le néant
mais l'empIre de l'univers lui étoit destiné
les mains innocentes qui ont excité l'o-
rage contre elle vont le dissiper; Les Sa*
bines devenues Romaines s'élancent au
milieu des deux armées, où leurs per es
& leurs époux font aux mains leurs larmes
& leurs prieres fuspendent l'animofité des
combattants; c'est peu; un traité d'alliance
met--fin à la guerre & les deux peuples
réunis désormais en un feul deviennent
formidables à leurs voiiîns.
Pendant que la mort de Lucrèce délivre
Rome des Tarquins & de la tyrannie à la
même époque & par une identité d'évé-
îneûts dont l'Iûstoixe ne que cet
le
exemple, » wne insulte peu Importante faite
à la fœur d'Harmodius (3) excite les Athé-
niens à recouvrer leur liberté un des ty*
rans est mis à mort & l'autre fera bientôt
forcé de chercher un azile chez les bar-
bares. Mais le Tibre nous rappelle fur fes
bonis* Home, en proie aux divifïons intes-
tines, a banni de fes murs Marcius Corio-
lan ce guerrier unissant fa vengeance à
celle des/Volsques, menace la république
d'une ruine prochaine. En vain ce qu'il y
a de plus auguste dans la religion & dans
e corps politique implore la commiséra.
tion du vainqueur irrité Marcius est in-
flexible mais, à la vue de Véturie & de
Volumnie la voix impérieuse de la nature
fe fait entendre Marcius désarmé immola
fa vengeance & fa sûreté aux prieres de
deux femmes.
Cependant quelques Aristocrates ont
prjis à la faveur de l'estime & de la recon-
noissance une autorité funeste à la liberté
publique. Déjà Ce croyant au-dessus des
Ipix qu'ils venoient de promulguer ils
s'abandonnent fans réserve aux excès les
plus criants l'un d'eux, éperdument amou-
reux de* la jeune Virginie a recours aux
moyens les plus tyranniques pour fatis-
faire une passion criminelle. virginius
voulant Soustraire fa fille à la lubricité du
Décemvir, l'immole en là présence puis
montrant aux Romains assemblés, le cou-
teau encore fumant il les appelle à la li-
berté. Sa juste indignation a bientôt passé
dans tous les coeurs; le Superbe Appuis est?
il
jette dans une prison où une mort obscure,
mais violente, le dérobe à l'infamie d'un
fuppliçe public & le gouvernement dé-
cemvirat est aboli.
Si Tordre du peuple fut ]admis à parta-
ger le consulat ayec celui'des patriciens
il le dut à la fille de Fabius Ambustus.
Ce ue le droit naturel & ce qu'un
itècle detlissentions n'avoient pûarraclier à
l'inflexibilité du fénat la vanité d'une
femme déconcertant la politique la plus
raffinée le procura à l'ordre dans lequel
fon mariage l'avoit fait entrer.
Quelque temps auparavant, (un caprice
d'Atosse femme du premier Darius
avoit allumé cette fameuse guerre Mé-
dique, où brillèrent les plus grands hommes
de la Grèce,* & dont l'issue vraiment éton-
nante montra ce que peuvent la valeur &
la discipline, animées par la Iiberté [contre
le courage indisciplié d'une multitude
d'esclaves.
Qui croiroit que la ruine fuccessive de
la puissance d' AÛienes & de celle de Sparte,
ainfi que la grandeur passagère de Thebes,
fcnt 1 ouvrage d'une femme ? Ces révolu-
tions furent opérées par un cercle d'évé-
ments qu'il est nécessaire de parcourir..
,Alcibiade banni d'Atàenes s'est réfu-
*aS à Lacédémone. Là parvenu à ins-
pirer une violente passion à lai femme
du roi Agis. Il entretient avec cette prin-
cesse un commerce fcandaleux, is au
retour de l'armée est instruit par la voix
publique, du déshonneur de ià maison
contre? Alcibia^e les
Spartiates déjà prévenus, Cet Athénien,
craignant les effets de leur ressentiment »
je retire auprès de
sources de ion esprit êc fon incroyable fa^
milite à fe revêtir de tou$ les caractères t
lui l'estime & la con..
cou-
îa s
Sparte ^terre est poussée aveè
dont la haine est le principe
& ittccombe enfin fouà
Timee avoit ré-
doutes du jeune
Leothychide AgéTilas, profitant de cette
préoccupation des esprits, fait déclarer fbj^
au trône, & y
monte lui-même; bientôt il vole en Afie
délivre les colonie^ grecques du jouff des
barbares & le grand roi
nourrie
triomphes éclatants fouîevô la
.Oreçe contre
?ie par prend les amies. Celu^
Ci, par 1 imprudence de les démarcKes &
aux Thébains le temps de s'amier-
cc»npré«dr«
'*f
dans le traite dé
4?a république la plupart de Tes allies*:
Thebes, encouragée paries premiers avan-
tages ne craint plus un ennemi qui" juf-
«m'alors avoit basse pour invincible & de
laccès en fucces> elle ensevelit la grandeur
de Sparte aux fameuses journées de Leuc-
*res & de Mantinée. L'amour de finale
pour Alcibiade fut la cause primitive do
^ces grands événements,
Grecs épuisent dans les
horreurs d une guerre civile des forces
leurs ancêtres avoient constamment diri-
gées contre les barbares une grande, f cène
s'ouvre en. Afîé, ( 6 Parysatis femme de
Darius N othus aime tendrement le jeune
Cyrus fon fi'ls. C'est peu de lui avoir fait
décerner le gouvernement de l'AjGe mi-
neure le plus beau de l'empire elle veut
encore le porter ftir le trône mais le droit
-d'aînesse & Je fuffrage des Perdes ont pro-
nonce en faveur d'Artaxerxès. Cyrus, de-
-chiré par l'ambition que i omentoit l'amour
aveugle de la mère attente à la vie «le
ion frère & de ion noi. Parysatis obtient
,la: grâce ce jeune ambitieux peu
fènfîbîe aux nobles procédés d'un frère
dont il avoit mérité toute l'animadverfîon
le révolte ouvertement contre lui mais
il perd & la vie à la bataille
de Cunaxa. Dix mille Grecs qui s'étoient
attaches à la fortune entreprennent de
retourner dans leur patrie à la vue d'une
armée victorieuse qu'avoit irritée leur ré-
opiniâtre. En vain les Perses ne
M
leur Marche,
en vain les fleuves & les
posent à leur passage en vain les éléments
co&tr'eux leur géné-
reux courage triomphe de tous ces obstacles
réunis; & la plupart revirent le doux ciel
de leur patrie. Cette fameuse retraite ache-
ta de faire connaître à la Gxec,e le fecretde
Ces forces & lui inspira pour les Perlés un
mépris qui causa leur ruine bientôt après.
de part aux fe-
cousses qui ébranlèrent 1 empire d'Alexan-
dre après la mort de ce conquérant. On
pense bien que fous des princes foibles &
crapuleux pour la plupart les femmes
toujours habiles à faifir leurs avantages.,
& portées j, par les fentiments de leur foi-
blesse à ibitlr d'une dépendance qui les
humilie exercèrent un empire absolu. &
{auvent funeste à. la tranquillité publique.
Aussi l'histoire des Lagiaes & dos Séleu-
cides est-elle pleine des intrigues & des
tôt pour iupplanter une rivale tantôt pour
ranger un mépris & plus fouvent encore
peur disposer des trônes à leur gré. Mais
aucune n a joué fur la fcène du monde un
TÔle aussi étonnant que la dernière Cleo-
pâtre. Son ascendant fur Marc Antoine
tient du prodige ,& £on caractère doit
figurer coté des plus fmguliers que nous
sut conservés l'histoire. À quoi tient le fort
du gej|re humain? Peut-être que, fi Cléo-
pâtre n'eut point existé ou eût été moins
belle, Antoine & Octave croient re^téa
15
unis. L'empire Romain eût été dès! ors pat*
tagé. Chaque partie gagnant en folidité ce
qu'elle perdoit en étendue, auroit y par nn
concentrementplus rapproché de fes forces,
donné à fa constitution une base ferme <5c
assurée. Ces conjectures ne font point fans
fondements lorsqu'on coniicbre d'après
l'opinion des historiens que ce qui accé-
léra la chute de l'empire, fut, d'un côté,
fa trop vaste étendue: Se, de l'autre, le
partage'que l'on en fit dans un temps où il
avoit perdu presque toute fa vigueur. Peut-
ktre aussi les Romains occidentaux, moins
propres à la fervitude que les peuples d'o-*
rient auroient fait des efforts heureux pour
recouvrer leur liberté au lieu que toutes
les parties de l'empire fe trouvant réunies,
fur la tête d'un feul homme, l'esprit fervile
des Afiatiques qui fe mêloit perpétuelle-
ment avec le caractere mâle oc inflexible
des Européens anéantit peu-à-peu dans
ces derniers cet amour da l'indépeadanc©
qui les distinguoit autrefois. Ainn l'on peut
dire que Cléopâtre opéra la plus grande
des révolutions. Elle affermit la puissance
d'Octave qui sût habilement intéresser à
ion ambition haine des Romain, pour
les princes étrangers elle ruina la repu-
blique fans retour, & prépara la chute de
l'empire. La rapidité oc la liaison des évé-
nements, ne m'ayant point permis de m'as-
treindre rigoureusement à l'ordre chrono-
logique deux femmes célèbres ont échap-
pé à mes regards. La première est la belle ce
infortunée Sophonisbe. Syphax 9 vaincu par
il 16
les charmes, renonce à l'alliance des Êo-
embrasser le parti des Cartha.
ginois. Sa défection est punie par la perte
de' tes les unit à l'empire de
Massinissa dont la puissance balança dès-
fers celle des Cartaginois, & dans
coups les plus funestes. Le
ftom de Cornélie rappelle les premiers
troubles domestiques où fut versé le fang
"Rommii. Cette de fon père
& époux, foufÉa dans Famé de fes
enfants un violent defir de dominer qui
le colorant da prétexte toujours accueilli
Jar le peuple de le réintégrer dans tous
les droits, pensa renverser la: république» j
Les attentats des Gracques enhardirent les
citoyens Ils créèrent
& Octave*
Cependant l'univers, devenu Romain;
et passe -fous la puissance d'un feul homme.
Dans cet ordre de choses > l'influence des
femmes concentrée à là cour des empe-
n'opère de révolution remarquable
dans l'empire, que l'assassinat de quelques
pinces, & l'élévation ou la chute des favo-
ris. Peu de femmes d'ailleurs le préfentent
revêtues d'un m-and carac-
tëre trois feulement ont fxé fes regards.
.fcivie dont on a parié diversement Livie,
qui avec lui,
germe des Çàfîuraâons en do^
tm conseil que lui dictai
la aveugle prédilection^
pour Tibère fut fatale à l'empire. Le des-'
potisme de ce Prince, qu'imitèrent quatre
c
de lès fuccesseurs tous pris dans la fai
mille des Nerons
dans l'aine des Romains cet intérêt que;
tout homme libre prend à fa patrie; &
par-là les ressorts de PEmpire f» trouve*
rent affoiblis dès le fécond £e«le de fort
rétablissement. Livie avoit accoutumé les
Romains à être gouvernés par des femmes.
Les Historiens n'ont pas donné moins d'élo-
ges à la £age administration de Gammée
pendant la minorité d'Alexandre Sévère
qu'aux vertus des Antonins il est vrai que
ion extrême parsimonie causa fa perte &
celle de fon fils; mais dans ces tems ora-
eux où les armées disposoient de l'Empire,
le foldat taxoit d'avarice une fage écono-
mie qui Íe refusoit à leurs dissipations.
Zénobie est trop connue pour que j'insiste
fur tes louanges, je dirai feulement qu'a-
vec tous les avantages de fon fexe elle
eut les vertus du notre que dans les cir-
constances les plus difficiles, où jamais
femme fe foit trouvée elle développa un
grand caractere,& le Soutint d'une maniera
admirable enfin qu'elle feule étoit digno
d'anéantir la puissance Romaine en orient,
& qu'elle eut la gloire de ne céder qu'aux
talens fupérieurs a Aurélienjpour la rre.
Au cinquième uecle de l'Empire, la fille
de Théoaofe le jeune nous donne un
exemple mémorable de la vengeance des
femmes. Une conjuration dont elle ignore
l'auteur lui a ravi ion époux. Le meur-
trier ,qui l'avoit épousée en usurpant l'Em-
pire dans un de ces moments ou l'aine
tS
perd toute entière dans celle de la puer-
êmmè aimée Maxime lui découvre le fe-
èret fatal il ose lui dire que le désir
de la posséder bien plus que l'appas du
trôné l'a poussé ce crime. Eudoxie peu
capable de dissimuler un outrage qui étoit
fans remède^ appelle les Vandales en Italie
confondant ainîï dans fa vengeance FEm-
pire avec l'usurpateur. La capital e du
monde est prise & saccagée l'Empire d'oc-
cident perd le peu de vigueur qui lui res-
toit, pour Succomber un demi-fîecîe auprès
fous les premiers efforts des Hernies.
Ici commencent les tems qu'on appelle
modernes ici le présente un nouvel or-
dre de choies. L'Europe divisée en une
infinité de petits états presque tous mo-
narchiques, espèce de gouvernement où
l'influence des femmes est la plus grande,
va nous les montrer occasionnant par-tout
les, plus étonnantes révolutions mais pour
terminer ici l'Histoire Romaine, je dirai
qu'une raillerie piquante & amere de l'Im-
pératrice Théodora (7) enleval'Italie à 1'em-
pire & la fit passer fous la domination des
Lombards. Les royaumes fondés *par les
Barbares du nord, vont déformais occuper
notre atention. C'est à une femme que les
Francs,, nouvellement établis dans les
Gaules, doivent l'introduction du christia-
nisme parmi eux & pour rapprocher deux
événemens éloignés } mais femblablès le
mariage d'Hedevige avec le chef des Li-
thuaniens unit ces peuples aux Polonois
& à leur religion. Le Comte Julien, pour
19
venger l'infulte faite à fa fille par un mo-
narque voluptueux attire les Maures en
JSipagne où ils ont dominé plus de (ept
cents ans. Dans la même contrée mais
plus de quatre fie clés après, la mort de
Blanche de Bourbon précipita du trône
Pierre-le-Cruel fon indigne époux. Je ne
m'arrêterai point fur la guerre civile qu'al-
lumerent en France l'ambition & les dé-
fordres de Judith je ne parlerai ni du raa-
riage d'Eléonore de Guienne avec Henri,
Roi d'Angleterre mariage fatal qui com-
mença une guerre de trois- f ecles ni de
celui de Constance (8) avec Pierre d'Ar-
ragon qui annonça les vêpres Siciliennes
je ne ferai qu'indiquer la donation de la
comtesse Mathilde [oj, à la cour de Rome;
donation que l'on prétend avoir occaiïon-
née la longue guerre entre le facerdoce &
l'empire; ces femmes, à l'exception de Ju-
dith, ont été caules innocentes des événe-
mens que je viens de rappeilér mais deux
princesses du nom de Jeanne qui ont
régné à Naples, méritent une attention par-
ticuliere pour l'influence qu'elles ont eues
fur de grands événemens leurs excès les
rendirent odieuses aux peuples qu'elles gou-
vernoient & la haine de leurs fujets s'u-
nissant à la vengeance des étrangers, les
renversa plusieurs fois du trône où des
circonstances imprévues les replaçoient.
L'adoption imprudente qu'elles firent al-
ternativement fur des princes Espagnols &
Roderic, dernier Roi des Goths en Efpagne.
François àotmp. naissance à une guerre de
deux fieclès qui a contribué plut que tout
autre événement à établir cette balance
de pouvoir que nous voyons en Europe.
JLesr duchesses de Blois & de Montfort iilus-
trerent le quatorzieme lîecîe qui fut ce-
lui des héroïnes elles eurent la plus
grande part à la fameuse guerre pour la
îuceessicm de Bretagne & elles foutinrent
Jeudis droits respectais avec une valeur peu
commune mais la premiere, par une
ambition déplacée cause la mort de fon
époux, & la ruine de fa maifon.
L'ordre des tems me conduit à Isabeau de
Bavière; & c'est à regret que je prononce un
nom fi odieux aux François [n] épouse in-
fidelle mère dénaturée ïemme fans pu-
deur elle mérita l'exécration de Ion ne-
cle & le mépris de la postérité fa con-
îiivence facrilége avec les ennemis de l'état,
mit la France a deux doigts de fa ruine
êc donna lieu à une révolution qui influa
iur le caractere & fur l'esprit françois. Pen-
dant qu'une Reine de France vendoit le
Royaume aux étrangers. après l'avoir épuiie'
par fes monstrueules dissipations y deux
femmes d'un rang fubalterne l'arrachoient
aux vainqueurs l'une, par fon courage
héroïque & l'autre par le noble uiàge
qu'elle fit du pouvoir de fes charmes.
Qu'il est doux de prononcer les
noms de Jeanne d'Arc *& d'Aenès èorel
«près celui de l'exécrable Iiabeau! Si je
ne cmignols le reproche d'anticiper fur
Tordre des événement je rappellerois ici
21
le nom d'une femme dont le caractere a
quelque rapport avec celui d'Agnès SoreL,
comme rîrrefolution du duc de Bragance
peut être comparée à l'indolence de Char-
les VII. Cette femme est la fameuse Me-
dina-Sidonia ce fut elle qui excita foa
époux à remonter fur le trône de fes an-
cêtres elle fut triompher de fès craintes
pufillanimes & fixer lies îrréfolutions; en-
fin elle fut Famé de cette grande entre-
rife qui enleva le Portugal au petit-fils de
A la fin du quatorzième fiecle, la fille
de Valdemar réunissoit trois cou-
ronnes iurfatête, & méritoit par la gloire de
fon règne le furnom de Sémiramis du nord.
Cinquante ans auprès, une princesse de la
maison d'Anjou l'outenoit le foible Henri
contre l'efprit factieux des Anglois, rempor-
toit des victoires fignalées fur les rebelles
& fe montroit aussi grande Reine que fem-
me aimable. En Espagne Ifabelle ache-
voit de détruire la domination des Musul-
mans, tandis que le célèbre Colomb, ion
amiral découvroit un nouveau monde.
Cependant la maison d'Autriche dont la
fînguliere destinée a été dans. tous les tems
de devoir l'on agrandissement à des maria-
ges, recueilloit la belle fuccession de Char-
les le Téméraire & bientôt un fécond
mariage devoit la mettre en possession de
l'Amérique & des Efpagnes; fit3] mais fi la
mariage de l'héritière de Bourgogne avec
Marguerite*

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