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De l'Influence que l'intolérance politique peut et doit exercer sur l'esprit public, par N. Desgravier,...

De
13 pages
J. Tronche (Libourne). 1816. In-4° , 14 p..
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QUE
POLITIQUE
PEUT ET DOIT EXERCER SUR L'ESPRIT PUBLIC.
Par N. DESGRAVIER,
Docteur en Médecine, Garde d'élite à cheval et Maire de la com-
mune de Laroche-Chalais.
Accordez donc à tous la tolérance civile, non en approuvant
tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience
tout ce que l'Étemel souffre , et en tachant de ramener
les hommes par une douce persuasion. FENEION.
A LIBOURNE ,
CHEZ J. TRONCHE , IMPRIMEUR DE L'ARRONDISSEMENT.
1816.
DE L'INFLUENCE
QUE
POLITIQUE
PEUT ET DOIT EXERCER SUR L'ESPRIT PUBLIC.
L
E corps social ressemble, sous plusieurs rapports, à celui
de l'homme ; il a comme lui ses révolutions et ses maladies ;
une foule d'agens physiques et moraux menacent son exis-
tence, en détruisant les rapports qui unissent entr'eux les
divers membres qui le composent; et lorsque ces causes sont
assez puissantes pour produire un résultat aussi affreux, tous
les avantages de la civilisation sont perdus pour nous; l'homme
s'isole de son semblable; les liens sacrés qui l'unissoient à son
ami sont oubliés, méconnus et détruits; le père oublie la
tendresse qu'il doit à ses enfans ; le frère craint de trouver
un traitre dans son frère ; et le mari fuit son épouse caressante,
et l'évite comme un ennemi dangereux.
Parmi les fléaux qui désolent et déchirent ainsi la société,
le plus cruel, je pense , est celui qui naît de l'intolérance,
quel que soit son objet. Pour appuyer celte proposition, je
ne recourrai point aux fastes sanglans de l'histoire , ni à ceux
de notre trop cruelle révolution: je crois,malgré la médio-
crité de mes moyens, rendre cette vérité assez sensible par
I ..
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la force du raisonnement, en considérant l'intolérance poli-
tique sous les rapports de son injustice, de son inutilité, et
enfin sous celui de ses dangers : car il est facile de prouver
qu'elle est nuisible aux intérêts du trône.
Dans un autre petit mémoire, connu de quelques person-
nes, mais auquel je n'ai pas donné de publicité, je n'avois
pas craint de dire, et je crois encore pouvoir établir comme
une vérité incontestable, que l'opinion politique , dégagée
de toute espèce dépassions, constitue un être moral et passif,
qui ne peut exercer aucune influence sur la société.Réduite
à cet état de simplicité qui lui est naturel, elle devient une
propriété sacrée ; et celui qui cherche à lavioler en inquiétant
ou en poursuivant ceux qui la professent, est un homme
injuste , qui devroit être traité comme un perturbateur du
repos public.
L'intolérance est contraire au droit naturel. Quelqu'er-
ronée que soit une opinion, elle est toujours dirigée par nos
facultés intellectuelles : or, celles-ci sont indépendantes de
nous-mêmes, puisqu'elles dépendent, en quelque façon,
d'une certaine organisation de notre être.Il n'appartient donc
qu'à l'Etre suprême de changer ces opérations libres de notre
esprit, en suspendant ou en renversant les loix de la nature.
Il nous a donné la liberté de penser de telle ou telle manière;
c'est une propriété que nous tenons de lui; elle est inaliénable,
elle est immuable comme lui ; vouloir entreprendre par la
force de la dénaturer ou delà violer, est une injustice mons-
trueuse , un mépris de la loi naturelle et une usurpation,des
droits du Créateur.
L'opinion est toujours innocente par elle-même, pourvu
que les principes qui lui servent de base ne soient pas réduits
en action, s'ils sont de leur nature contraires au gouver-
nement sous lequel on vit. Eh ! que m'importe, en effet, que
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mon voisin, mon parent, mon ami soient théocrates, aristo-
crates ou démocrates, si', avec ces principes purement
spéculatifs, ils sont honnêtes, vertueux, et qu'en remplissant
les devoirs que leur impose la société, ils se sont acquis de
justes droits à l'estime et à la bienveillance de leurs concito-
yens! Par la même raison,le gouvernement ne doit tenir aucun
compte de l'opinion de ses sujets, si, en obéissant aux loix
qui les régissent, ils lui donnent des preuves d'une fidellité
sans bornes et d'une soumission parfaite et constante : toute
autre recherche est superflue, injuste, inutile; elle ne ser-
viroit qu'à aigrir des citoyens paisibles, et sembleroit déceler
le désir de trouver des coupables là où il n'y en a pas.
Dans les premières années de la révolution, et plus parti-
culièrement en 1793 , la tolérance et la modération consti-
tuoient un genre de crime qui conduisoit à l'échafaud. Si
les agens féroces de ce gouvernement barbare, s'aveuglèrent
un instant sur l'injustice de leur tyrannique intolérance, ils
ne purent en méconnoître l'inutilité et le danger : car, loin
de faire des prosélytes, ils apprirent à haïr et à détester
une cause qui ne brilloit que de l'éclat de leurs sanglantes
exécutions. La duréc des gouvernemens est toujours, je pen-
se , en raison inverse de la violence des moyens ou des res-
sorts qu'ils font mouvoir pour régir un peuple éclairé et
policé; aussi celui-ci, s'il mérite ce nom, se vit-il renversé
au moment où la horde impitoyable d'autropophages qui le
composoit croyoit sa puissance bien affermie. Sur les ruines
de ce corps hideux-, s'éleva un parti plus politique et plus
modéré; et profitant adroitement des crimes dont celui qui
l'avoit précédé s'étoit couvert, il jeta les fondemens d'un
édifice plus solide. Ce fut alors qu'on rendit au peuple ses
ministres ; les autels se redressèrent ; on respecta les person-
nes et les propriétés ; on encouragea , autant que les cir-
I ...