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1
DE L'UNITÉ
DU POUVOIR;
MONARCHIQUE.
A
DE L'UNÎT É
D U Ip 0 U v 0"1 R l,
MONARCHIQUE;
t
L t V R R' un Etat aux volontés arbitraires,
aux vues dissemblables 1) aux difpofitkms discor-
dantes de cinq ou six Administrateurs, isolés les
uns des autres, sans réglé confiante qui les com-
mande , c'est brifer les liens qui devroient réunir
tous les moyens du pouvoir, pour marcher en-
semble du même mouvement & par les mêmes
principes vers l'objet commun ; c'est femer tous
les germes du désordre ; c'est abandonner aux
lumieres incertaines de quelques têtes , aux pas-
sions de quelques individus, la defilée du Peuple
gouverné, & exposer la fouveriJtneré aux con-
vulsions de son désespoir. j
Le plus grand de tous les miracles, en Poli-
tique, feroit de voir un gjànd Émpire subsister
pendant plusieurs siècles fçùs ce régime deftruc-
"f
t~
leur. La France feule -, dans l'univers ? pouvolÊ
montrer ce prodige , parce qu'elle feule a reçu
du concours des événemens une constitution
assez vivace , assez nerveuse pour 'réfifler long-
temps à tous les maux. L'échelle hiérarchique
'qui compose son état civil, les préjugés particu-
liers de chaque ordre , les mœurs générales , la
nullité , pour agir, des corps qui réfifient, l'in-
souciance de la Nation qui n'est que médiocre-
ment émue à l'afpeft du péril, sa frivolité même
qui l'attache plus au plaisir dont elle jouit, qu'elle
ne s'effraie du danger qui la menace, font les
feules causes qui puissent rendre raison du phé-
nomène de notre exifience.
Cependant un systême qui offense à-la-fois la
raison , l'équité , est condamné irrémissiblement
à la deftrudion. Chaque mouvement le conduit
à sa fui, qui n'est ou plus prochaine ou plus
éloignée , qu'en raison combinée des diverses
influences qui agissent sur la Nation qui lui est
soumise. D~ toutes ces causes, la plus puissante
est certainement l'opinion éclairée, fortifiée par
les lumieres de la raison, par les progrès de la
Philosophie , cui amènent infailliblement le
regne absolu de A vérité. La révolution qu'elle
nécessite arrive toijours avec lenteur , parce
qu'elle éloigne les o-ifes violentes ; mais cette
révolution est inévitable, parce qu'elle agit in-
t ï )
A i
fcêfîàmnient, parce qu'elle réunit tous les inté-
rêts, toutes les volontés, dans un vœu simple
unique, invariable. La force lutteroit vainement
contre cette impulsion. Enchaînée par la con-
viélion unanime , fcs bras font déformais con-
damnés à l'immobilité.
Dans cette situation , le Gouvernement, qui
h'a marché encore que dans les conséquences
des plus mauvais principes , se voit contraint ou
de persévérer à faire le mal s ou de se réformer.
Mais les Gouvernemens n'aiment point à rétro-
grader. Toujours leur prenliere idée est celle de
l'autorité; & jamais il ne leur arrive d'examiner,
avant tout, sur quoi elle est établie, à quoi elle
est dessinée , & jusqu'où elle peut aller. Lors-
qu'un régime vicieux les jette dans de nouveaux
besoins , les oblige à exiger les derniers sacrifi-
ces , la résistance les étonne , sans leur donner
le conseil de fléchir ; & lorsque , pour la vain-
cre, ils s'apperçoivent que l'opinion a brifé leurs
armes , on les voit s'agiter dans leur dédale , y
chercher de nouveaux sentiers, y prendre tau..
tes les formes, & laisser à la multitude obfèr~
vatrice le droit de rire de leurs angoisses, qui,
ne pouvant plus avoir rien de bien redoutable,
ne leur montrent'enfin d'autre parti à prendre ,
,qu'un retour vers la raison & l'équité.
C'est ainsi, qu'après un long-temps écoulé
(4)
dans l'absence des principes , dans 1 incertitude
des résultats, dans un chaos turbulent de volontés
personnelles, dans toutes les anxiétés qui appar-
tiennent au détordre, les crises , les craintes &
l'impuissance ont fait songer à adopter d'autres
réglés.
Une autorité qui fût placée au centre de l'en-
semble , qui en vît tous les rapports , qui en
saisît tous les fils, qui pût mettre toutes les par-
ties en harmonie, étoit le moyen unique , or-
donné par toutes les loix de la raison. C'est dans
ce systême que l'U nivers exifie.
Le Roi, en créant un principal Ministre, a
donné la preuve la plus certaine , la plus signa-
lée de son amour pour le bien , de la droiture
de son cœur, de la justesse de son jugement.
Le choix qu'il a fait, pour remplir cette place ,
d'un homme revêtu des plus grandes dignités du
premier ordre de l'Etat, ayant une très-grande
exift^nce perfonnelIe, jouiflfant de toute la con-
lidération publique, heureux enfin fous tous les
rapports, ne peut laitier douter que celui qu'il
a chojfi, n'ayant que des sacrifices à faire, ne
voit d'indemnité pour le repos & le bonheur
qu'il perd , que dans l'espoir sublime qu'un grand
Roi & un grand Peuple lui devront un jour leur
gloire & leur prospérité. -
On n'a peut-être pas assez senti combien le
( < )
A l
parti que le Roi a pris, dans cette occasion , est
grand, généreux & salutaire. Il a vu que la
multiplicité des pouvoirs , que leur dilcordance
étoit la source de tous les maux : il a jugé que
le Souverain qui les confie, ne peut les observer
& les diriger tous , parce qu'il est plus facile à
tromper qu'un autre homme ; & il est resté con-
vaincu que l'unité d'intention & d'autorité étoit
le seul remede. L'orgueil, l'inquiétude, la ja-
lousse du pouvoir qui tyrannisent si despotique-
ment le cœur du vulgaire des Rois , n'habitent
point le fien. Cette idée d'unité si simple & si
vraie l'a décidé, sans hésiter, à la plus grande
aélion qu'on puisse attendre d'un bon Prince.
On peut assurer maintenant que nos douleurs
& nos plaintes vont cesser , comme les princi-
pes qui en étoient la source ; que la France
jouira, au-dedans , de tout le bonheur que la
nature lui a destiné , & qu'elle se montrera
au-dehors avec toute la dignité & l'énergie qui
conviennent à sa puissance. Si l'on éprouve en-
core quelques embarras, ils ne font que l'effet
de l'ébranlement que ressentent tous les corps
dans les momens qui suivent les crises. Ainsi,
comme les conséquences font toujours confor-
mes aux principes, nous devons vivre dans l'heu-
reuse persuasion que, déformais, notre marche
vers la gloire & la. prospérité est certaine ; elle
( Ó )
ne peut être que plus ou moins accélérée. EIIQ
aura sa plus grande rapidité , si le Ministre prin-
cipal , craignant l'extrême sagacité dont la na-
ture l'a doué, évite de se livrer trop à des ana-
lyses partielles ; s'il dédaigne les idées d'adresse
& de fineiTe, pour n'être que grand & fort ;
& sur-tout, si sa bonté, sa douceur naturelles
lui permettent de s'armer de cette fermeté irré-
ductible , qui feule peut imprimer un grand ca-
raétere à un nouvel ordre de choses.
L'exemple de M. le Cardinal de Fleury , qui
pensoit que chaque Ministre devoit être absolu
dans son Département , étoit une leçon trop
infiruétive par les désastres qui étoient résultés
de cette opinion. M. l'Archevêque de Sens,
dans les principes différens, a vu que le premier
acle de la réunion du pouvoir devoit être de dé-,
truire l'arbitraire des grandes places ; il a proposé
les Conseils de Département, feule institution
capable de faire taire la voix des affeélions, des
vues personnelles ; de faire naître l'esprit d'inté-
rêt public , de fixer à jamais ses principes. Et le
premier témoignage que le Ministre principal a
donné de la droiture de ses intentions, a été de
commencer par soumettre le département de foq
frere à ce régime.
Cette premiere disposition e-st trop impor-
tant pour n'çtre pas suivie a pbfervçe , analyfçç
( 7 )
A 4
dans son exécution & dans ses moindres détails;
Si y comme il n'en faut pas douter, c'est de cette
institution que doit résulter une administration
fage, éclairée, juste , invariable , le zele des
citoyens qui emploîront leurs lumieres à éclai-
rer ses premiers pas , ne peut mériter que des
éloges.
La premiere idée qui se présente est la quef-"
tion, si un tribunal, composé de plusieurs têtes ,
peut être législateur, ou s'il ne doit être que
censeur & chargé de l'observance de la loi ?
Il est certainement d'une impossibilité morale
qu'une grande infiitution, qu'une législation qui
va organiser un grand Empire, qui doit en or-
donner tous les rapports, en mouvoir tous les
liefforts par une impulsion unique, mais géné-
rale , puisse avoir ion origine autrement que
dans l'idée une & hmple d'une feule intelli-
gence.
Dans les Républiques mmel , où il paroît
que c'etl: la volonté de tous qui ordonne, ce
qu'il y eut de grand , toutes les institutions qui
établirent leur puissance , qui portèrent la me-
sure de leur durée , furent l'ouvrage d'une feule
tête. Solon y Licurgue r Numa , donnèrent la
vie & la force à Athènes , à Sparte, à Rome ,
par l'aére seul de leur intelligence. Ce n'en: que
dans La conception deCromWel, que l'Angleterre
'( 8 )
a trouvé le principe de la conftifution qui l'élevc
à tant de gloire & de prospérité. La Hollande
fut instituee par diverses volontés qui établirent
dans chaque Province des intentions différentes ,
dont résultent des incohérences dans l'ensemble ,
qui ne permettent pas à cet Etat d'etpérer un
repos durable. Peut-être même qu'une con-
quête , qui effaceroit, dans ce pays-là, jusqu'aux
traces des principes de division , feroit le plus
grand service à lui rendre. Les causes qui veu-
lent que cette Nation foit indépendante , y rap-
pelleroient nécessairement la liberté, qui, ins-
truite par les antiques fautes , & avec le secours
des lumieres du siecle , adopteroit un autre ré-
gime ; mais ce régime certainement ne pour-
roit être plus heureux , qu'autant qu'il auroit le
cara&ere d'unité qui se trouve exclusivement dans
une feule conception.
Que l'on arrête enfin l'attention sur l'Hilloire
Ancienne & Moderne , on rettera convaincu
que tout ce qui existe de glorieux & de falu-
taire , foit colledivement, foit partiellement ,
fut conçu par une feule intelligence, ordonné
par une feule main. Le mouvement des grandes
choses , des choses vraies, est comme celui de
Ja vie. Si un Méchanisme étranger vient le trou-
bler , il s'altere , il cesse , & la masse qu'il ani-
moit fç corrompt & périt. Les cent mille têtes le
'( 9 )
mieux organisées, les plus éclairées de l'Europe;
n'eussènt jamais produit le traité de Wetzphalie,
ou celui des Pyrennées. Ces chefs-d'œuvre ne
pouvoient immortaliser qu'un seul homme. Le
traité de Commerce que nous venons de faire
avec l'Angleterre porte l'empreinte des cent
bras qui l'ont broyé; & lorsqu'il nous aura com-
plètement ruinés , on restera bien persuadé
que , dans le chaos , dans la masse des cerveaux
dont il est la créature, il n'y avoit aucun ac-
cord , pas même sur les premieres regles de
l'Arithmétique.
Il est bon d'observer encore comment ont
été faites, & comment se font tous les jours
ces Ordonnances , ces loix qui font si fugitives,
que l'on n'en parle presque que dans le moment
qu'elles font promulguées. Des Projettes, cette
espece d'hommes si décriée en France & si utile
par-tout ailleurs , font des Mémoires sur telle ou
telle partie de l'Administration , & les envoient
ensuite au Ministre du Département, qui, cer-
tes , ne les apperçoit jamais. La route ordinaire
les conduit dans les bureaux , où le premier
Commis, qui penseroit perdre du temps à les
lire , les ensevelit dans des cartons. Quand il
arrive que le Ministre veut des plans , n'importe
pour quelle opération , il se confie à son pre-
mier Commis, ou à l'un de ces travailleurs sans
fto)
titre que les gens en place ont à leurs ordres
Alors le Laborateur va exhumer les Mémoires r
& en prenant un œil à l'un, un autre trait au
fécond , ainsi successivement, il compose UIli
monstre dont les différentes parties, étonnées
de se trouver dans un même systême, restent
inertes , & laiffenc promptement crouler leur
masse. Lorsqu'Appelles prit les plus beaux traits
des plus belles femmes de la Grece, pour en
faire une parfaitement belle , son esquisse ne fut
qu'une caricature. Encore une fois, les chefs-
d'œuvre , dans tous les genres, qui montrent
la tpuilfance de la conception humaine, n'ont
jamais appartenu qu'à une feule idée, qu'à un
seul être ; jamais ils n'ont immortalisé que leur
Auteur, qu'un seul homme.
Que l'on faife à présent l'application de ces
principes, enseignés par la raison & par l'expé-
rience de tous les âges, aux Conseils de Dépar-
teIllent, confédérés comme légillatifs , on verra
que le Rédaéteur, ou le Rapporteur , fût-il
constamment un homme du premier mérite,
ne peut être que le Laborateur qui va exhumer
des Mémoires pour en détailler les traits, &
que les Conseillers ne feront jamais que les mains
qui se conteflent l'honneur de les placer felon
leurs goûts , leurs principes difrerens. Or , une
légiilatien faite de cette maniéré doit ressembler
( si )
beaucoup à cette musique que des sourds peu-
vent faire avec des dez, une écritoire sur un
tapis vert, qui n'exprime jamais rien , qui est
sans vie , sans mouvement, qui n'efi applicable
à aucun motif.
Dans les premiers momens d'une grande in-
novation , tous les regards se fixent sur son
objet; les esprits font agités, tout le monde a
des idées, & les personnes qui ont le talent
de s'énoncer & d'écrire veulent faire connoître
les leurs ; elles s'efforcent de les accréditer.
Dans cet instant, par une autre innovation ,
bienheureuse & bien refpeéhble, le Ministre
principal accueille, avec des témoignages d'ef-
time , tous les plans qu'on lui adresse. Ainsi
déformais toutes les lumieres de la Nation pren-
dront leur cours vers l'Adnlinifiration, qui
d'abord se trouvera étonnée au milieu de ce tor-
rent ; mais il arrivera que, dans le choc d'idées
d'especes si contraires, les vérités surnageront
les erreurs, & que, par lassitude autant que par
la force de la raison , on fera conduit à tout
ftmplifier, & à remonter aux idées premieres.
Alors on s'appercevra que l'on ne s'est long-
temps égaré , que parce qu'on les avoit n
gligées, ou qu'on ne les avoit pas faisies.
L'inquisition établie en France pour pour-
suivre les discours & les écrits relatifs au Gou-
f Il )
vernement, y avoit proscrit la sciencé de l'in-
térêt public ; elle avoit détruit �- dans la Nation
l'esprit de civisme , & avoit condamné l'Ad-
ministration à divaguer sans cesse dans les an-
ciennes erreurs , enfans des maximes du des-
potisme & des rêves de la féodalité. Au fein
de ces ténebres, d'où les lumieres étoient re-
poussees avec tant de colere, la difficulté d'ap-
percevoir à une certaine distance , avoit con-
duit chaque Adminirtration, chaque bureau
même à se circonscrire dans ses détails jour-
naliers , & à n'appercevoir ses rapports nccef-
faires avec les autres, que comme les rayons
de clarté qui viennent frapper d'une sensation
importune l'œil appesanti dans la nuit. Les meil-
leures têtes, placées dans ce systême, ne pouvant
le renverser pour en créer un (impie , général
& analogue, étoient obligées de s'y diriger félon
les formes établies, & d'y faire incessamment le
mal que produisent les mauvais principes.
Sur ce plan bigarré, les Observateurs , comme
les Administrateurs, se font habitués à ne con-
sidérer chaque point qu'isolément. Mille mains
veulent tailler mille pieces sans autre régie de
proportion que leur fantaisie ou que leurs pré-
j D'autres, toujours asservis à la même ha-
bir de de voir , se conteflent l'honneur de les
choisir ; & tous, en supposant du mérite dans
( JI 3 )
la piece qui est , ou leur ouvrage ou leur choix;
ressèmblent parfaitement à un Architecte qui
voudroit faire entrer un bloc de porphyre dans
une colonne de Paros. Cet Architeéte, je crois,
ne feroit qu'une difformité.
Pour mieux convaincre, il faut des exem-
ples. Je supposerai donc ici un Conîeil de ma-
rine créé pour la légiihtion de ce département.
Dans un Gouvernement mixte, uns législation
commerciale, y maritime & militaire est infini-
ment^facile à faire : il ne s'agit que d'ouvrir
la carriere à l'intérêt & à l'émulation. Les ci-
toyens qui n'y font point séparés par des droirs,
des prétentions opposées , n'y font dirigés que
par les mêmes principes ; ils marchent dans la v
même route & tendent au même but. Dans
une Monarchie, cela est bien différent : une
institution maritime est ce qu'il y a de plus
difficile à organiser. 11 faut sans cesse y mettre
les contraires en harmonie. Le Monarchisme
nécessite une hiérarchie d'Ordres comme de
places, avec une subordination proportionnelle,
& le commerce , au contraire , affeàe l'égalité
& l'indépendance. A côté d'un Corps noble &
chevaleresque , qui, par sa nature , est ennemi
des calculs, qui aime le fafle , qui dépense avec
profusion , il faut placer unç administration
parfimonieufe i & la division, ainli que l'union
t H )
de ces deux corps, a de grands dangers. Ce
Corps chevaleresque.' doit mépriser les idées
mertantilles ; il méprise aussi ceux qui s'en
occupent : cependant il n'exiffe que pour les
protéger. D'un autre côté, tandis que ceux
qui font méprisés voient leur fort dans les
mains de ceux qui les méprirent, il est né-
cessaire qu'ils leur obéissent avec refped & avec
confiance.
Certes, pour faire marcher d'ensemble des
choses si opposées, il faut aller chercher sa
premiere idée à une grande hauteur. Au lieu
de cela, on est descendu, le scalpel à la main,
pour séparer, diflinguer , diviser. Par exemple,
entre le corps noble & la marine marchande,
on a été placer un corps mixte qui déja déteste
, le premier, méprise l'autre , & qui, n'apper-
cevant de fortune & de gloire d'aucun côté,
felon toutes les loix qui régissent le cœur hu-
main, se voit, par' cette existence doulou-
reuse , humiliante, & conséquemment immo-
rale, condamné à ne pouvoir jamais faire que,
du mal.
Dans ce tout, si mal ensemble , veuillez
former un Conseil. Nécessairement vous y ap-
pellerez des Officiers de vaiueaux, des Offi-
ciers de l'Administration des ports & arsenaux,
des Négocians, des Diplomanes qui connoi[..
Ï i5 )'
(ent les intérêts des puissances commerçantes,
des Administrateurs des Colonies , des Ingé
nieurs conftrudeurs. Avec des têtes si diffé-
remment préoccupées, essayez de faire une
législation. Il me semble que ce projet auroit un
résultat fort Ctngulier.
Il est donc vrai que l'intention une & grande;
qui feule peut produire une législation toujours
conséquente dans ses détails, toujours simple
dans son ensemble, ne peut sortir de plusieurs
têtes nécessairement en opposition dans leurs
principes. Il ne l'est pas moins que le grand
vice de notre Administration étoit la scissîon
qui exifloit entre toutes les parties qui la com-
posent ; que ce vice, en produisant tous les'
maux, s'oppofoit à tous les biens ; que la Na-i
tion en général , ainsi que l'Administration t
en a contracté l'habitude de n'observer chaque
détail qu'en lui-même, sans chercher ses rap-
ports ; & que les Administrateurs , les proje-
tisses, tous les hommes qui s'occupent de l'in..
térêt public, ne peuvent espérer de se rendre
utiles, qu'autant qu'ils se feront bien assurés que
chacune de leurs vues appartient à l'idée prin-
cipale , & qu'elle est de nature entièrement ho-
mogène à la masse dans laquelle elle doit être
placée.
Cette idée principale, qui veut être le pro-
( ié )
totype de toutes les autres, est la parfaite con-
noissance du Gouvernement, des mœurs gé-
nérales , du caraftere national, ds la firuation
physique , de la fortune & de la population de
l'Etat.
Le meilleur de tous les Gouvernemens , le
seul même qui foit bon & durable, est celui
où l'unité du pouvoir , où l'autorité toujours
aélive, absolue pour faire le bien , voit sa li-
mite au point où elle pourroit être injuste &
devenir nuisible , & dans lequel l'homme jouit
d'une telle liberté , qu'elle n'a de borne que
la loi naturelle qui défend le mal.
Voilà la Monarch ie dans sa perfeéUon. C'est
toujours dans cet état qu'il faut concevoir la
nôtre, parce que maintenant elle y tend sans
cette , parce que les lumieres, la force de
l'opinion feules l'y conduiront irrésistible-
ment.
Le premier intérêt d'un pareil Gouvernement
est d'éviter toute similitude avec un autre. La
moindre propension au despotisme, ou à l'aris-
tocratie ou à la démocratie , lui feroit égale-
ment funeste.
Par une autre perfection de la Monarchie
Françoise, sa forme constitutive la préserve
également de tous ces dangers. C'est sa division
en trois Ordres : celui du Clergé, Ministre de
- .- � la
( >7 )
ta doctrine & de la morale religieuïes, né p7.-
roît dans le corps politique, que pour flipLIet
sur ce qui intéresse les propriétés. Mais l'or-
dre de la NobkiTe y a une autre destin;"tion.
Son attachement aux prérogatives de h nais-
sance s'oppose sans celse aux élans de l'ordre
plébéien vers la démocratie. Les murmures de
celui-ci avertirent des entreprises qui pour-
roient faire craindre Tariftocratie des Nobles
les plus puissans. Les alarmes de tous font en-
tendre un cri unanime contre les attentats du
defpotifme/ Ainsi notre Monarchie reçoit sa
force , si fiabilité, son existence, de l'intérêt
propre de chacune des parties dont elle est
composée.
De cette Ordonnance politique il doit ré.
fulter des devoirs refpe8ifs, des confédérations
relatives, des convenances qui lui appartiennent
entièrement & exclusivement à tout autre Gou-
vernement.. Ce font ces causes qui diélent les
mœurs les plus caraélérifliques : elles com-
mandent même celles qui naissent de l'influence
du fol & du climat qu'elles modifient à leur
jfimil^u4e^2ans ce Gouvernement, il ne faut
pK ç^ênNaoufiafme patriotique , qui elt la
ues. La trem p e du cœur hu-
an CtfDblà cet amour passionné pour
B
( IS )
les semblables, lorsque leur marre offre sans
cette le Spedacle de l'inégalité des conditions
& des fortunes , & c'est - là peut-être la prin-
cipale cause que les Républiques font si agi-
tées & si périssables. Cette vertu enfantée
par l'égalité n'a pas dû naître dans une Mo-
narchie ; mais elle y est remplacée par celle
qui appartient à la liberté , par le desir de la
considération , par la fierté personnelle qui
devient le garant de la fidélité aux devoirs ,
de l'ardeur pour les aétions louables & écla-
tantes. Voilà l'honneur monarchique. S'il
exille dans sa plus grande énergie, la Monar-
chie a sa plus grande perfeBion. S'il s'altere,
la Monarchie se corrompt. Il est à-la-fois
l'expression des mœurs & le talisman de l'état
du Gouvernement.
Le caraciere national a du obéir ensuite à
l'impulsion des mœurs, & recevoir d'elle tous ses
traits. Comme il ne s'agit presque que d'avoir
de l'honneur ; que pour cela il faut plus sentir
que réfléchir ; n'ayant pas le besoin de médi-
ter des devoirs compliqués , les têtes ont dû
conserver leur légéreté , leur inconflance na-
tives. Le vœu de ce sentiment n'étant que le
desir de l'estime , il est personnel, il n'appar-
tient qu'à l'amour-propre; voilà pourquoi nous
( 19 )
B a
Fommes vains. Il est chevaleresque, il est pas-
sionné pour la gloire , les grandes qualités en
font inséparables; on le voit toujours accom-
pagne des idées de courage & de générosité;
ainsi l'ordre de laNoblefTe, qu'il commande avec
plus d'empire , parce qu'il est plus en évidence,
doit mépriser , il faut même qu'il fuie toutes
les trivialités de la parsimonie , qu'il regarde
comme incompatibles avec sa fierté. C'est-là la
raison principale qui fait que la Noblesse Fràn-
çoise est l'espece d'hommes la plus désordonnée
dans sa fortune & dans sa dépense qu'il y ait sur
la terre.
On voit que Tinconftance -, la vanité, la disc
lipation, la prodigalité, naissent de nos vertus
mêmes; que ces défauts font aussi essèntiellement
propres à notre constitution morale , que les
bourafques du printemps, les chaleurs de l'été,
les pluies de l'automne , les neiges de l'hi ver, le
font à la température des beaux climats que
nous habitons. Pour effacer les ombres de notre
caraâere, il feroit donc aussi indispensable de
faire disparoître les grands traits qui les projec-
tént, que pour nous soustraire aux variétés de
l'air que nous respirons , fous une zone tem-
pérée; il feroit nécessaire de nous transporter
aux régions brûlantes de la Torride, ou dans
les glaces éternelles des terres australes. N'en
( 5° )
doutons jamais : il ne faut que donner un grand
essor à notre fierté, & modérer , mettre un
frein à nos égaremens : mais exiger de nous les
qualités opposées à nos défauts ne feroit, encore
une fois , que nous inviter à prendre les vices
contraires à nos vertus. Et le Légifiateur qui en-
treprendra de nous rendre lourds , méthodi-
ques , humbles & parfimonieux , ne réussira
qu'à se vouer à un ridicule ineffaçable.
Voilà comment le systême politique a or-
donné les moeurs , comment les mœurs ont
dessiné le caraétere. Ici les principes & les
conséquences font tellement cohérents ; ils
appartiennent si nécessairement les uns aux
autres, leur affinité est si absolue, qu'il feroit
impossible de disjoindre une pièce de cet
édifice sans le détruire en entier. Essayez, après
cela, de porter des Loix qui contredisent cette
férie, ou feulement qui n'y aient pas de rapport,
& vous verrez comme elles feront refpeâées.
Jamais assertion ne fut prouvée par une aussi
longue & une aussi riche expérience. Il faut
donc reconnoître , comme une vérité rigou-
reusement démontrée, que tout ce que l'on
pourroit faire , sans prendre ces principes pour
règle confiante , ne feroit que fragile &
vicieux.
Sllppdfons, par exemple; que le Conseil
( « )
B 3
actuellement établi pour le département de le
guerre, département qui joue le premier rôle
dans la Nation, par la composition du Corps
Militaire & par son importance, vînt à per-
pétuer , par Ses nouvelles Ordonnances, la
[ciffion qui existe entre l'Officier subalterne
& l'Officier général; qu'il fànélifit la discipline
flétrissante des coups de plat de fabre, &
qu'il chargeât les Officiers de l'emploi & de
la comptabilité de la finance de l'armée, dans
tous ses détails , ou feulement même dans
quelques-unes de ses parties; & examinons
si ces dispositions pourroient se soutenir, &
quels devroient être leurs effets pendant leur
durée.
1°. En perpétuant la séparation que la Cour
a établie entre l'Officier subalterne & l'Officier
général, c'efl: - à - dire, en arrêtant que la
Noblesse des Provinces ou celle qui est sans
fortune & sans crédit, mais qui est la partie
la plus faine & la plus nerveuse de la Nation r
fera éternellement condamnée à végéter dans
les grades obscurs des légions, & que les
gens de Cour, qui font par - tout les plus
corrompus, auront seuls les commandemens,
verront s'ouvrir pour eux seuls la carriere de
la gloire, vous créez une Aristocratie hérédi-
taire au fein d'une Monarchie ; vous oubliez.
X 2* )
que l'héritier de Charlemagne commença ainli
la deflruétion de l'Empire de son pere, & que
trois générations après, les Aristocrates féodaux
étoient devenus si puissans, qu'ils mépriserent
les Rois, & mirent les Peuples aux fers.
Ce qui est arrivé une fois est toujours possible.
Une guerre malheureuse, une grande crise,
plusieurs régnés foibles ne pourroient-ils pas
inspirer encore le dessein de se partager les
débris du trône, à des hommes dont la pui £ -
sance s'accroît dans les grandes calamités, &
qui font trop ambitieux pour être toujours
fideles , Iorfqu'ils ont l'occasion de l'impunité î
Les seuls ennemis d'une Monarchie font les
Courtisans des Monarques. Ce Gouvernement
est si parfait en lui-même, que les Peuples
les plus enthousiastes de la liberté républicaine
s'empreneroient de s'y soumettre, si l'horreur
que leur inspirent la fange & les crimes dès
Cours leur laissoit le fang froid suffisant pour le
considérer tel qu'il est. Frédéric ne fut si grand
que parce qu'il ne voulut point avoir de Cour.
En versant dans celle de France toutes les gra..
ces, les grandes places, les grandes dignités,
vous fortifiez l'ennemi de la Monarchie, vous
îpulttpliea les seuls dangers qui la menacent.
* Voyez ensuite la multitude à laquelle vous
avez interdit l'çfpérance- de la fortune , à laquelle.
"( n )
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vous avez fermé la carriere de la gloire par ces
prédilections insensées. Pensez-vous qu'elle con-
fidere, sans un sentiment profond de douleur &
de dépit, cette espece d*exhérédatton ? Con-
damnée à renoncer à tout ou à ramper sans cesse,
vous la contraignez à ne voir dans le Souve-
rain , que le Chef d'une Cour , qu'un Roi insou-
ciant, qui pense que tout son Empire est dans ce
qui l'environne, & qui sacrifie conflamment à
quelques individus qu'il voit chaque jour, les
millions de Sujets qu'il ne veut jamais voir.
Dans toutes les dispositions r comme dans
leur résultat , il fout toujours compter avec le
cœur humain , être juste r ne jamais en espérer
plus qu'il ne doit rendre , & ne point s'offenser
des refus qu'on/oblige de faire. L'amour pour
leur Roi, ce sentiment inné dans le cœur des
François, qui exprime à-la-fois toutes les idées
de gloire y d'honneur & de fidélité, qui est un
éloge si sublime & des Rois & du Gouverne-
ment & des Peuples ; hé bien ! ce sentiment,
il faut se hâter de le dire , il en est temps , ce
sentiment n'et f plus. Nous aimons Louis XVI
& ses vertus ; mais nous n'aimons plus le Roi.
Cette révolution commence toutes les autres.
N'allez pas chercher la cause de cette désolante
vérité ailleurs que dans la feiflion faite entre des
hommes qui ont les mêmes droits &, qui pe-
( H )
vroient avoir la même destinée ; que dans les
préférences aveugles accordées aux uns, dans
les privations injustes imposées aux autres ; que
dans les usurpations de la Cour ; que dans le
pouvoir sans bornes , comme sans réglé, qu'elle
exercera toujours felon ses caprices & ses inté-
rêts , tant qu'elle fera exclusïve [ i J.
Mais revenez étudier notre armée. Dans le
nombre de ces Officiers qui partent, à l'âge de
vingt-quatre ans , du grade de Colonel, pour
arriver à toutes les dignités , combien en com-
ptez^ous auxquels on pourroit confier avec sé-
curité l'honneur & la défense de la Monarchie?
Si leur petit nombre vous étonne , rappelez-
vous qu'il ne leur a fallu, pçur se trouver au
premier rang, qu'attendre le rour du tableau ,
(1) Quelques personnes , en lisant cet artklc, avant
qu'il sist imprimé, se font écriées : combien il est hardi ;
Elles se font effrayées pour moi. Et moi je me fuis dit :
puisque cette vérité fait une telle sensation , il faut donc
qu'elle foit bien importante , je ferois donc un insigne
lâche de la faire. Ah 1 ce font prccifément les vérité
périlleuses qu'un homme d'honneur doit articuler avec
le plus de force & de clarté. Si ce que l'on vient de
lire avoit été déjà die au Roi, aujourd'hui ce ne feroit
qu'un mensonge r condition du maître & des
sujets feroit; bien chi:
( M )
ou qu'intriguer ; & dès-lors vous concevrez que
cela ne devoit pas être autrement.
Regardez après, écoutez ces Officiers de nos
troupes, dont un seul f-ir cent arrive , après
trente ans de service, au grade de Lieutenant-
Colonel , & trouve, dans ce figne d'une exis-
tence humiliée , le terme de sa carriere. Ils
font généralement d'une si parfaite insouciance J
d'une ignorance si profonde , qu'il en est au
moins , tout au moins la moitié, qui ne se doute
pas des moindres détails de leur métier, qui
craignent même qu'on les soupconne de les con-
noître , qui se parent de leur ineptie à cet égard,
& qui feroient manquer constamment les ma-
nœuvres qu'ils font tous les jours, si le bas-
Officier le plus près d'eux , n'avoit pas la bonté -
d'être leur fouffieur. Qu'on ne pense pas qu'il y
v ait ici de l'exagération. Interrogez tous les Offi-
ciers que vous trouverez ; ils font, à cet égard;
de la meilleure foi du monde ; ils vous confir-
meront tout ce que je viens de dire , & même
en riant ; ce qui prouve trop le mépris qu'ils
ont pour leur état. Cependant ces Officiers font
de la même espece que ceux des Corps du Gé-
nie & de l'Artillerie, qui font si instruits , qui
jouissent d'une renommée i fglorieufe & si bien
établie. Mais ceux-ci attendent les récompenses
(i6)
qu'ils méritent, & les Officiers des troupes n'ont
même rien à mériter.
Il faut encore être juste , & ne pas se plaindre
que des ames fieres considérent avec dédain une
carriere où il n'est plus de perfpe&ive digne
d'elles. Il n'y a que l'usage qui les y conduise ,
& que la triste nécessité qui les y retienne. Tous
les Officiers que leur fortune peut faire exister r
la fuyent, au plus tard , lorsqu'ils ont la Croix
de St. Louis. Dans ces difpohtions , ils n'ont que
l'honneur qui suffit pour craindre la honte ; mais
celui qui donne l'énthousïasme de la gloire , ils
l'ont oublié; il leur est inutile. Or, entre ces
deux honneurs-là, il y a une prodigieuse dis-
tance , & ils ont des effets étrangement diffé-
rens. On fera la prerniere campagne par curio-
sité , pour revenir dire chez foi qu'on a fait la
guerre. A la feconde, il n'y aura plus de mo-
tif; on ne sentira que la lassitude, que les dé-
goûts; on ne verra que des dangers , des humi-
liations , sans indemnité, sans consolation. La
vertu des François n'est pas cette discrétion qui
fait dévorer en silence les mécontentemens. Les
propos, l'exemple de l'Officier, font l'évangile
du Soldat. Voyez à présent ce qu'il faut attendre
d'une armée dirigée par cet esprit.
2°. Si le Conseil de la Guerre venoit à fane-
( 27 )
tifier la discipline flétrissante des coups de plat
de fabre , il prouveroit à jamais qu'il n'a pas
médité un seul instant sur le Gouvernement,
sur les mœurs, sur le caractère de la Nation
qu'il vouîoit instituer. Vraiferriblablement qu'il
est dans l'opinion que la Monarchie conferve à
l'homme sa liberté & toute sa dignité. Il recon-
naîtra sans doute que , dans cet ordre politique
& moral, l'Etat qui demande le plus l'élévation
des sentimens est celui où l'on fait les plus grands
sacrifices. Et ce feroit cet Etat que l'on voudroit
soumettre à un traitement qui , dans nos pré-
jugés , verse à jamais l'ignominie sur celui ui.
le souffre ! Laissez les Républiques m oderîii^
battre leurs stipendiaires. Que les despotes de
l'Afie & de l'Allemagne mutilent leurs esclaves
ou leurs serfs, les vagabonds , les transfuges qui
vont s'enrôler chez eux. Mais , qu'ont de conW
mun des Citoyens, des Soldats François avec
ces malheureux ? Vous parlez de discipline ,
vous dites que c'est précisément parce que notre
Soldat redoute plus ce châtiment que tous les
autres, qu'il faut le lui infliger. Etrange manière
de raisonner ! Il craint aussi, comme les Soldats
de Pompée , d'être défiguré : crevez-lui donc un
oeil lorfqti'il porte mal sa tête ; & cela fera pré-
férable, car afliirément un borgne vaut beau-
coup mieux qu'un homme déshonoré.
( »8 )
M. de Montesquieu a dit que la crainte étoit
, le principe du Despotisme ; que la vertu étoit
le principe de la République ; que l'honneur
etoit celui de la Monarchie. Cette idée est
trop vraie pour avoir été contredite. Il en
résulte que le despote doit s'évanouir lorsque
la crainte cesse ; que la République n'est plus
lorsque la vertu disparoît. Que pensez - vous
que doive devenir la Monarchie, si l'hon-
neur s'éteint ? Ah ! gardezivous de porter une
main sacrilége sur ce principe de la vie Monar-
chique ! Souvenez-vous que ce fut lui qui con-
serva le sceptre dans les mains de Charles VII ;
& plaça la couronne sur le front d'Henri IV; ce
fut lui encore que Louis XIV invoqua , qui ra-
nima les courages & qui sauva l'Empire , lors-
que ce Monarque annonça que plutôt de con-
sentir des conditions indignes d'un Roi de
France, il iroit, à la tête de sa Noblesse , s'en-
sevelir fous les débris du Trône dans les plaines
de la Champagne. Nous touchons encore à ces
rnomens, où la corruption , dans l'excès de son
délire , avoit imaginé, sans autre regle que les
inspirations du trouble qui l'agitoit, d'assembler
autour du Monarque nos plus Notables citoyens.
Elle avoit osé croire qu'à sa voix, leurs mains
effaceroient ses crimes ; que leurs cœurs de-
viendroient les complices de ses derniers atten-
( 29 )
tats. Vous les avez entendus, ces hommes dont
la poflérité lira les noms dans notre Histoire
avec autant de reconnoissance que de refpeét:
pleins du sentiment qui a formé leurs ames, ils
n'ont point hésité à faire entendre la vérité dans
un lieu où il y a toujours des risques & du cou-
rage à la dire ; ils ont désabusé le Roi , en lui -
montrant les fers qu'on préparoit à ses Peuples,
les orages qui feroient venus ébranler le Trône ;
& , parce qu'ils avoient de l'honneur , ils ont
fauvé la Monarchie.
Après la bataille de Cannes , Rome fut me-
nacée des Loix de Carthae. Varon, dont l'im-
prudence avoit causé cette défaite, vit dans la
vertu Romaine le salut de la République : par sa
noble confiance , il rendit ses concitoyens à
leur énergie premiere. Varon vaincu fut remer-
cié par le Sénat ; & l'hifloire a placé son nom
au nombre de celui des plus grands hommes
Captif sur le champ de bataille où la viftoire
venoit de le trahir , François premier écrivoit :
tout efl perdu hormis l' honncur. Le Monarque
François , dans les mains de son ennemi, son
armée détruite , le Royaume ouvert, fut tran-
quille & toujours fier, parce qu'il vit la France
gardée, défendue par le sentiment qui nous
anime ; & François premier fut surnommé le
grand Roi, au cri général des Nations,