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De la Censure et de la nécessité des censeurs dans l'intérêt même des auteurs. (20 juin.)

30 pages
Goujon (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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ET DE
DANS L'INTÉRÊT MÊME DES AUTEURS.
J'écris par persuasion, et par conviction.
PARIS,
CHEZ GOUJON, LIBRAIRE, RUE DU BAC. N°.33. 33.
De l'imprimerie de HOCQUET, rue du Faubourg Montmartre, n°. 4,
1814.
ET DE
DANS L'INTÉRÊT MÊME DES AUTEURS.
L'ESPRIT humain n'est que bigarrures et en cela
les nations ressemblent aux individus; les fan-
taisies de l'esprit l'emportent trop souvent sur les
conseils dé la raison ; le cri de la conscience se
fait entendre envain; chacun s'impose de gaîté de
coeur le devoir de professer, jusqu'à l'intoléran-
ce, une opinion qu'on appelle reçue; quelque ridi-
cule qu'en soit l'origine, il le faut puisque c'est
convenu. Une femme cependant, a quelquefois
assez de bon sens pour ne pas rechercher la cou-
leur à la mode si elle lui sied mal ; une nation
infatuée des institutions d'un peuple voisin , n'a
jamais le courage de les repousser lors même
qu'elles ne conviennent pas à son régime, car on
peut dire que chaque nation est placée par rap-
port à son gouvernement, comme un malade à
l'égard de son médecin.
rourquoi donc en france cette manie si peu
(4)
raisonnable , de chercher des préceptes chez les
nations auxquelles nous pouvons fournir des
exemples ? Dès le moment où nous avons abso-
lument voulu nous persuader que l'Angleterre
pouvait nous fournir l'ensemble de toutes les idées
utiles , nous n'avons plus reconnu comme telles,
que les idées produites avec ce certificat de leur
origine , et depuis le biftek inodore de nos of-
fices, jusqu'à la charte constitutionnelle de nôtre,
empire , tout a dû nous venir d'outre-mer pour
être bien accueilli.
Un homme de beaucoup d'esprit disait que
la même constitution ne pouvait pas également
convenir au peuple qui ne boit que de la bière,
et à celui qui boit beaucoup de vin. Ce mot ren-
ferme autant de sens que le. chapitre entier de
Montesquieu sur l' influence des climats.
Sans tenir aucun compte de cette vérité de fait,
les politiques de France ont résolu de nous
régir à l'anglaise ; ils ont crié sans cesse : foyez
les Anglais , leur charte consacre la liberté de
la pressé; Français, il faut demander à en
jouir. « Messieurs les politiques (leur répondait
un homme sage, bon français, qui, pendant le
terrible drame dont nous venons de voir la fin,
s'était patiemment tenu dans la coulisse), distin-
guons , s'il vous plait, le patriotisme par vanité
au patriotisme par sentiment, préférons une
bonne réputation à une grande renommée, et ce
qui nous importe plus encore, soyons heureux
( 5 )
sotis l'influencé de vieilles maximes , plutôt que
d'être travaillés dans tous les sens par d'inutiles
innovations. Il en est en politique comme en lit-
térature, il ne faut rien de nouveau. »
« Laissez les anglais dans leurs îles, continuait-il;
laissez leur cette charte qui ne leur assuré d'autre
droit que celui de tout dire pour ne rien faire ,
et qui n'empêche pas le gouvernement de gou-
verner à son gré ; jusqu'à présent la nation an-
glaise n'a pas lieu de s'en plaindre, elle n'au-
rait sûrement pas fait mieux. D'ailleurs , nous
autres français, vifs , légers et sensibles ressem-
blons nous donc tant à ces anglais qui ne s'é-
meuvent ni dans leurs affaires publiques, ni pour
leurs affaires privées ; a ces hommes privilégiés
qui doivent à leur utile spléen le rare avantage
de faire des sottises par combinaison , des coups,
de tête par réflexion et des extravagances par
raison ; nous n'avons pas le même bonhcur, nous
ne savons plus nous arrêter lorsque nous sommes-
en chemin et nous allons toujours trop loin ,
comme on peut en juger au retour du grand,
voyage que nous venons de faire. Que devien-
dron-nous si nous ne prenons terre, pour pou-
voir enfin jeter l'ancre? »
Et ce brave homme avait raison ; on ferait des
volumes si l'on voulait décrire la longue et active
influencé des exemples de l'Angleterre, sur nos
idées institutionnelles , énumérer lés erreurs
nombreuses dont elles ont bercé notre imagi-
(6)
nation, car c'est avec cette faculté, que nous,
raisonnons depuis trente années sur nos droits et
sur nos devoirs; et voila comment après ces trente
années de débats, de scandales et de malheurs,
nous nous retrouvons encore aux premiers élé-
mens de la science et nous nous demandons aujour-
d'hui : la liberté de la presse peut-elle exister
en France ?
L'établissement de la censure est-il utile bu
nuisible au bonheur public inséparable des pro-
grès des sciences et des lettres ?
Enfin , dans l' intérêt des auteurs, la censure
légale est-elle inutile ou nécessaire ?
C'est ce que j'entreprends d'examiner , sans
rien préjuger sur ce que trouveront convenable
de faire, des hommes et plus éclairés et mieux
instruits de ces matières qui tiennent plus, peut-
être, à l'ordre de nos idées qu'à celui de nos
besoins.
Si quelqu'un me demandait : qu'est-ce que la
liberté de la presse ? Je serais bien tenté de lui
répondre : elle est aux paroles , ce que la liberté
civile est aux actions. On ajouterait :,mais qu'en-,
tendez-vous par liberté civile ?... Ici commence-
raient le vague des définitions, l'affluence des sys-
têmes, la difficulté du choix , et le doute qui mène
à l'incrédulité .... La liberté civile et la liberté
de la presse ne seraient elles donc que des
abstractions, des mots vides de sens dans leur
acception absolue, n'ayant qu'une existence re-
( 7 )
lative?.... Je me garderais de prononcer..,
Et la liberté civile ne serait-elle que le pouvoir
de faire tout ce qui n'est pas défendu? comme
la liberté de la presse , la faculté de dire et d'im-
primer tout ce qu il serait permis d'imprimer et
de dire ?...
Je n'hésiterais peut-être pas à répondre : oui ,
si l'on me démontre, 1°. Qu'il est certaines choses
qui ne doivent pas être dites, qui ne doivent pas
être faites. 2°. Qu'il peut exister un pouvoir légal
d'empêcher qu'on ne les fasse ou qu'on ne les;
dise..Et vite on me ferait sentir que l'homme réuni
en société ne l'est qu'à certaines conditions bien;
connues, que le bonheur de tous en est le butes-
sentiel, que chaque membre de l'association doit
non seulement y concourir de tous ses moyens ,
mais aussi s'obliger à ne point, en diminuer la
masse en le troublant, et qu'en conséquence per-
sonne ne peut ni dire ni faire ce qui aurait ce
grave inconvénient puisque, jusques-là, chacun
se trouve , à droits égaux, dans l'association.
On me dirait encore que dans toute so-
ciété civile , la volonté générale.constitue le pou-
voir légal, soit qu'elle l'exerce par elle-même,
soit qu'elle le délégue ; que ce pouvoir légal fait
la loi , que la loi détermine dans l'intérêt de
l'ordre social, les choses qu'on peut ou qu'on ne
doit pas faire , qu'on peut ou qu'on ne doit pas
dire , et que cette loi est également obligatoire
pour tous les membres de la Société, puisque
(8)
c'est la société elle-même qui a fait cette loi ou
par elle-même, ou par ses représentans , soit le
Roi, soit toute autorité légitime;
Il me paraîtra dès lors qu'on m'aura prouvé,
1°. Qu'il est des choses que l'ordre social veut
que l'on ne puisse ni faire ni dire, et conséquem-
ment qu'il ne peut y avoir de liberté absolue que
pour l'homme sauvage qui n'est pas un homme;
et pour l'homme en société,qu'une liberté relative.'
2°. Qu'il existe un pouvoir légal pour empê—
cher qu'on ne fasse et qu'on ne dise les choses
préjudiciables à l'ordre social, et chargé de dé-
terminer, dans l'intérêt de cet ordre, quelles
sont les choses qui' doivent être considérées
comme telles.
3°. Que ces principes étant reconnus, il ne
s'agira plus que de rechercher comment on em-
pêchera qu'on ne fasse et qu'on ne dise ce que
l'intérêt de là société exige que l'on ne permette
pas; ce qui, en d'autres termes, est, par rapport;
aux choses à dire, l'exercice légal de la censure.
Tout se réduit donc à deux principes :
4°. Déterminer si, dans chaque genre d'ou-
vrage, il est des choses qui ne doivent pas être
dites , et quelles sont ces choses;
2°. Déterminer comment on empêchera de les
dire.
Pour nous fixer à l'égard de ces deux points,
jetions un coup-d'oeil rapide sur le premier
dont l'importance exigerait plus d'espace,
(9 )
plus de tems, et surtout plus de moyens que
nous n'en avons: nous examinerons ensuite le
deuxième dans ses divers rapports.
SECTION PREMIÈRE.
Tout ouvrage intéresse essentiellement
Le Gouvernement, tant qu'il est question de
ses principes constitutifs, de sa forme, et des
lois ;qu'il peut faire.
La religion, s'il traite ou du dogme, ou de la
morale religieuse , ou du culte.
Les sciences, qui, dans leur application,.
peuvent être utiles ou nuisibles
La littérature, qui exerce un grand pouvoir
sur l'opinion.
Les moeurs publiques, qui garantissent la
moralité de la nation.
Les moeurs privées , lorsqu' il s agit de pam-
phlets, de satyres personnelles; ect,
Et pour être plus exact, on pourrait dire en-
fin que tout ouvrage, quel qu'en soit le sujet,
intéresse le Gouvernement, en tant que chargé,
d'assurer le bonheur général, en y faisant con-
courir l'action des lois, l'exercice de la religion,
l'étude, des sciences, la culture des lettres, et
surveillant les moeurs privées pour améliorer les
moeurs publiques.
1° Le Gouvernement. Il arrive quelquefois,
que les auteurs d'ouvrages relatifs aux princi-
(10)
Ces généraux de Gouvernement, déguisent des
intentions secrèt,es sous des formes de style
amphibologiques ; et comme l'ordre social n'a
rien à gagner à des mouvemens d'opinion , il
n'y a point de doute que, dans l'intérêt de cet
ordre social, on ne doive empêcher la circu-
lation des écrits de ce genre; la censure doit
donc les contenir.
Mais comme aussi on est bien convenu que
discuter la loi , ce n'est pas dire qu'il faut déso-
béir à la loi , en favorisera la circulation des
ouvrages utiles en ce genre ; l'admiaistration
appellera les lumières de l'observation sur les
abus qui peuvent se glisser dans ses diverses
parties ; les administrés étant plus directement
intéressés à les rechercher, ils les appercevront
aussi plus aisément ; il leur sera donc permis
d'exprimer librement leurs voeux à ce sujet.
Quelque fois on aura à indiquer des abus gra-
ves; dans les provinces surtout, réloignement du
centre favorisé les entreprises particulières et
les calculs de l'intérêt personnel; il faut que le
Gouvernement puisse connaître, la vérité par
la liberté laissée à chacun de dire ce qu'il
croira utile à la réformation de ces abus.
La censure des ouvrages relatifs aux principes
du Gouvernement' et au système administratif,
ne s'opposerait donc pas à la propagation des
Vérités utiles , puisqu'elle ne sévirait que contre
( 11)
les écrits subversifs de tous les principes, et
personne n'est intéressé à défendre ces écrits.
2°. Religion.Le souvenir récent des disputes
publiques en matière de religion, fait vivement
désirer, dans son intérêt même, qu'elles ne se,
renouvellent plus; la censure peut seule les pré-
venir.
3°. Sciences. Les ouvrages relatifs aux scien-
ces: et aux arts ne sauraient être sujets, pour le
fonds, à aucune espèces de corrections; cepen-
dant ils intéressent de bien près l'ordre social-
et peuvent lui-nuire beaucoup, ne fut-ce qu'en
répandant trop, légèrement des méthodes ou
peu éprouvées ou même dangereuses. Si, par
exemple, un miracle de la physique perfection-
riant l'art des aérostats, donnait des moyens
sûrs pour les diriger, il est au moins douteux
qu'un gouvernement sage et protecteur dût lais-
ser rendre cette découverte publique; si cela ar-
rivait, que deviendraient les hommes? ou se-
raient les liens de la société et la sûreté des re-
lations qu'elle établit entre eux, puisque le moin-
dre effet de cette découverte serait de transporter
en peu d'instans un homme dans des régions
éloignées, de lui donner pour demeure le globe
tout entier, et pour habitation dans la même
journée, plusieurs points extrêmes de l'Europe?
et ne naîtrait-il pas des résultats non moins fâcheux
de l'art de faire de l'or, s'il existait un jour ?
Je sens que ces deux suppositions ne peuvent
(12)
pas démontrer la nécessité de là censure pour
les ouvrages relatifs aux sciences exactes. Mais
n'est-on pas d'accord que tous les moyens de
la physique et de la chimie ne doivent pas
être rendus vulgaires? Gela suffit pour autori-
ser au moins l'examen dès livres de sciences;
et comme leurs auteurs sont ceux qui ont le
moins à perdre à cette recherche, ils sont aussi
les moins intéressés à désirer de la voir abolir;
ce qui suffit pour l'autoriser, puisqu'elle ne peut
pas être nuisible.
4°. Littérature. Les écrits relatifs à quelques
parties des sciences morales et de la littérature,
sont,de tous les ouvrages, ceux qui méritent le
plus sérieux examen. L'homme de bonne foi ne
peut pas le redouter; les esprits inquiets, les
faiseurs de systêmes sociaux, les innovateurs
irréfléchis, ne manqueront pas de crier à la
tyrannie; l'ami de l'ordre, le citoyen paisible,
le père de famille applaudiront à la censure ;
leur sentiment la rend nécessaire.
5°. Moeurs publiques. Les ouvrages de philo-
sophie et de la morale profane seraient consi-
dérés comme s'y rapportant. Leur importance
est démontrée par le sujet même; chaque na-
tion est un individu pour le globe; dans leurs
rapports réciproques, aucune d'elles n'est,
dispensée d'être probe; la politique doit être
inséparable de la bonne-foi; l'honneur national