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De la décadence du théâtre et des moyens de le régénérer

De
45 pages
E. Dentu (Paris). 1871. Théâtre -- Histoire et critique. 47 p. ; in-8.
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DE LA
DÉCADENCE DU THEATRE
.ET
DES MOYENS DE LE RÉGÉNÉRER
DE LA
DÉCADENCE DU THÉÂTRE
ET
DES MOYENS DE LE RÉGÉNÉRER
P A i\I S
E, DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR
PALAIS -ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
DE LA
DÉCADENCE DU THÉÂTRE
ET
DES MOYENS DE LE RÉGÉNÉRER:
Depuis le moment où la France put se remettre un
peu des désastres de l'invasion étrangère, et Paris
des abominables dévastations de la Commune, on n0
parla de toutes parts que de régénération. Et, en
effet, dans l'appréciation des causes qui avaient pu
rendre possibles de tels événements, on s'en prit:.
surtout et avec raison à un.état de relâchement et- de
démoralisation générale. qui,. des:rangs de la société
pénétrant dans l'armée, y avait affaibli l'esprit de dis-
cipline et jusqu'au sentiment de l'honneur.
Donc, on.a compris d'abord-. la nécessité de régé-
nérer l'armée.. et l'on sait que le Président de la Rér
-6-
publique s'en occupe activement de concert avec l'As-
semblée nationale.
Mais quels ont été les principaux agents de cette
déviation de l'esprit public et du sens moral de la
nation? La presse d'abord, et nous ne parlons pas
seulement ici de ce qu'il est convenu d'appeler la
mauvaise presse, mais même de la presse dite litté-
raire ou, si l'on veut, du roman-feuilleton qui, surtout'
depuis quelques années, est passée des salons et de
l'antichambre dans l'atelier des villes et. jusque dans
l'humble foyer des campagnes lecture aussi malsaine
qu'attrayante pour tous ceux qu'elle initie de plus près
aux mœurs et aux jouissances de la vie mondaine
dont ils se voient déshérités. Pour eux, la presse,
grâce à une production centuplée par la' vapeur, s'est
faite petite et pas chère. C'est donc cette vie d'intri-
gues, de dissipation .'et de débauchés, ces meurtres,
ces duels, ces suicides, toutes ces scènes plus ou
moins émouvantes qu'on va jeter ainsi en pâture
à des hommes et à des femmes qu'il faudrait au con-
traire maintenir dans l'amour des champs et dans le
goût de leurs paisibles occupations. C'est ce monde
fantastique qu'on va leur peindre avec des couleurs
à donner le vertige.
Pour les habitants des villes et de Paris surtout,
une autre école de démoralisation, c'est le théâtre
7
tantôt le drame échevelé, le vice se redressant fière-
ment sous la honte et se posant en réformateur de la
société, et tantôt la féerie avec tout le prestige de la
mise en scène, avec ses danses lascives et on dirait
presque ses nudités.
Et pourtant, quel-noble et salutaire délassement ce
serait pour le peuple que la représentation. d'oeuvres.
où au vif intérêt de l'action se mêlerait une pensée
morale!
Mais il n'y a pas là seulement une question de mo-
ralité publique, il y a aussi une question d'art qui
intéresse essentiellement la nation et impose, en con-
séquence, des devoirs à son gouvernement. La France,
si fière à juste titre de son éminente supériorité dans
les lettres (au moins que celle-là lui reste!), ne peut
rester indifférente à cet abaissement de l'art, et, à dé-
faut d'un public blasé qui semble en avoir perdu le
sentiment, le gouvernement doit rechercher quelque--
moyen de le relever. C'est d'ailleurs ce qu'il a déjà
tenté, ainsi que nous le verrons, par la voie de con-
cours et de récompenses publiques. Mais qu'il nous-
soit permis d'abord de jeter un coup d'œii rapide sur
les différentes phases qu'a subies de nos jours l'art
dramatique.
Si nous ne sommes plus au temps où des poëtes et
des écrivains de génie dotaient la scène française
d'immortels chefs-d'œuvre, on peut dire néanmoins
que certains auteurs modernes l'ont aussi enrichie
d'oeuvres fort remarquables. Ainsi, dans les derniers
temps de la Restauration et dans les premières an-
nées du Gouvernement de Juillet, il y avait encore une
vie, un certain mouvement littéraire où dominait
du moins le sentiment de l'art, sinon toujours du bon
goût et de la morale.
Mais pendant ce temps avait surgi l'école nouvelle;
et sans vouloir revenir ici sur de vieilles querelles,rap-
pelons seulement que certains de ses adeptes les plus
avancés posaient effrontément ce principe que a l'art
n'avait pas de plus grand ennemi que le bon sens, »
d'où l'on pouvait naturellement conclure que le comble
de l'art était de s'en écarter le plus possible.; et en
effet, ne vit-on pas dès lors une foule d'auteurs trop
fidèles à ce programme qui, dédaignant et secouant
toutes traditions, se jetèrent, au théâtre comme dans
le roman, dans les innovations les plus téméraires, et
trop souvent dans les conceptions les plus immorales?
Une barrière toutefois restait encore opposée à
g
1.
l'essor de'leur génie; mais survint la révolution de
Février qui se hâta de les en affranchir. On se rap-
pelle en effet, que le Gouvernement provisoire,
devançant le vœu des auteurs dramatiques, abolit la
censure et quelques jours plus tard, à une réception
d'artistes, 'M. Garnier-Pagès prononçait ces paroles
en forme de commentaire et de correctif de cette me-
sure
« Les artistes, aussi bien que les auteurs drama-
tiques, ont aujourd'hui une nouvelle mission à remplir.
Jusqu'ici le théâtre n'a eu que l'attrait d'un vain plaisir;
il devra se transformer en une école de morale. L'en-
seignement d'un grand peuple doit se faire de toutes
les manières par la tribune politique, par les repré-
sentations au théâtre (1). »
C'était donc, on le voit, dans la pensée naïve de
l'honorable membre du Gouvernement provisoire,
'était à la République que venait d'échoir la grande et
noble mission de régénérer le théâtre. Mais par quelles
pièces cette nouvelle ère fut-elle tout d'abord inau-.
gurée? Par la reprise de Robert Macaire et de l'Au-
berge des Adrets! Et peu de temps après, un de nos
plus éminents critiques et, assurément, non moins
jaloux que tout autre des libertés de l'art, M. Théophile
Gautier, écrivait ceci
(1) Moniteur du 6 mars 1848.
10
« Quelles sont les pièces de circonstance qu'on a
données jusqu'ici? Des scènes de barricades, des ta-
bleaux de l'ancienne révolution, des à-.propos semés
de méchants couplets où l'on attaque tout ce qui est.
tombé et où l'on célèbre la liberté et la patrie avec des
flonflons de goguette; rien d'original, rien d'inspiré,
cette âcre saveur de sauvagerie patriotique qui signa-
lait les pa-ira et les carmagnoles (1). »
Et plus tard, voici en quels termes un de nos écri-
vains les plus distingués, M.' Louis Reybaud, parlait,
dans la Revue des Deux-Mondes, de la littérature
du jour
« La même cause a porté le roman vers la descrip-
tion des misères sociales. La vogue était acquise à de
pareils tableaux. De là cette école de coloristes dont
l'idéal consiste à outrer les difformités de la nature
• humaine. Autant les anciens recherchaient le beau en
toutes choses, autant cette école recherche le mons-
trueux. Elle nous traite en convives blasés dont le goût
ne se réveille qu'aux ardeurs de l'alcool et au feu des
épices. Les émotions violentes, les passions échevelées,
les sentiments impossibles, les imprécations, les blas-
phèmes, entrent pour beaucoup dans l'art d'écrire tel
qu'on le pratique aujourd'hui. La révolte contre la
société anime les conceptions les plus applaudies.
(i) Muiiileur. Feuilleton du 27 mars 18-18.
Il
Partout se trouve la prétention de rendre la 'civilisa-
tion responsable des fautes de l'individu, et d'abolir le
devoir personnel pour mettre tout à la charge du de-
voir social.
« Le roman ne s'en est pas tenu là de l'élégie il est
passé au drame. Il s'égare à la découverte des
bouges les plus infects et des existences les plus im-
mondes il se propose de prouver, par la description
des mauvais lieux et par l'usage d'un cynique idiome,
jusqu'à quel degré d'avilissement l'homme peut des-
cendre et de quel ignoble limon il est pétri. Il n'est
sorte de corruption souterraine et d'obscénité mysté-
rieuse dont il ne se fasse l'écho. Les régions où l'on
parle la langue du bagne n'ont plus de secrets pour
lui. Les plus grands scélérats ont le droit d'être
fiers de cette fortune qui leur arrive. Une tribune leur
est ouverte un auditoire de belles dames leur est ac-
quis. Comme le meurtrier y devient intéressant,
comme la prostituée y gagne du terrain .dans l'opi-
nion (1)! »
Tel était donc le degré d'abaissement et de déver-
gondage où étaient tombées les lettres françaises et
en 'parliculier le théâtre lorsqu'un de nos anciens
ministres de l'Intérieur, M. Léon Faucher, voulut
tenter, par l'appât de récompenses publiques, de lui
(1) Revue des Deux-Mondes'. Soc"" socialisme, p. 805 et 803.
12
donner une direction à la fois plus morale et plus re-
levée au' point.de vue de l'art.
Dans cette louable intention,, le ministre institua
donc, par arrêté du 14 octobre 1851, des primes à dis-
tribuer chaque année aux œuvres dramatiques qui se
recommanderaient par un caractère de moralité que
le programme définissait le mieux possible, ajoutant
toutefois cette condition, fort logique assurément,
qu'elles auraient été jouées avec succès. Il ne suffit
pas, en effet, qu'une composition quelconque soit dia-
loguée en forme de drame pour constituer, une pièce
de théâtre dans l'acception du mot il lui faut de plus
le prestige de la scène, le jeu des acteurs et les ap-
plaudissements de la foule; succès bien flatteur, sans
doute, mais d'autant plus difficile à obtenir, il faut
l'avouer, que la pièce se renfermera mieux dans. les
conditions du programme.
De telles oeuvres, en effet, reposeront généralement
sur une donnée simple empruntée aux scènes de la
vie ordinaire, et qui par cela même voudra s'éloigner
le moins possible des règles de la vraisemblance mais
le public de Paris et surtout celui des boulevards,
étant de longue main façonné à des drames d'une
charpente et d'une allure tout autres, on conçoit par-
faitement l'hésitation d'un directeur au sujet de l'oeuvre
qui lui est présentée, quelque estimable qu'il puisse la
juger d'ailleurs à d'autres égards. Voulant un succès
13
non-seulement d'estime, mais d'argent surtout, on
s'étonnera peu qu'il trouve plus naturel et plus sûr
d'en chercher les garanties dans les précédents de
son théâtre que de tenter une épreuve dans des voies
nouvelles.
Quoi qu'il en soit, depuis la fondation de ces primes,
quelques-unes des pièces présentées aux concours des
premières années qui suivirent en furent jugées
dignes mais voici ce qui arriva à l'occasion de celui
de l'année 1855. Parmi les pièces qui y furent envoyées
figurait le Demi-Monde, et, chose vraiment incroya-
ble, c'est cet ouvrage qui, au jugement de la commis-
sion, obtenait la prime, si le ministre, M. Baroche,
qui en était le président, n'eût opposés son veto. Le
grand succès de l'année était là, sans doute; mais
était-ce bien par la moralité du sujet et de l'action que
se recommandait la pièce? Tel n'était point l'avis du
ministre, à qui il avait suffi d'ailleurs, pour trancher
la question, de rappeler les termes du programme
posé par son prédécesseur. Ony lisait, en effet, qu'une
condition imposée aux pièces du concours était qu'elles
fussent de nature à servir à l'enseignement des
classes laborieuses par la propagation d'idées
saines et Ie spectacle de bons exemples.
D'autres pièces, également présentées, se rappro-
chaient plus, il est vrai, du programme par des sujets
.d'un genre pl.us .populaire, tels que certains drames
14
du boulevard, mais' ne s'en éloignaient pas moins,
sans doute, dans la pensée de la commission, sous
d'autres rapports. Ainsi, la plupart de ces œuvres du-
rent trop se confier à la moralité de leur dénoûment,
où les auteurs manquent rarement de montrer le vice
,puni et la vertu triomphante. Mais, pour en arriver là,
par quellés scènes vous font-ils passer?. Ah! si le
dénoûment suffisait pour classer une pièce, où en
trouver un, par exemple, non-seulement plus moral,
mais même pl.us religieux que celui de la fameuse
Dame aux Gamélias dont on a tant parlé et dont on
parle encore! Écoutons, en effet, l'héroïne de la pièce
au moment où elle va expirer sur la scène.' Après
avoir dit que la veille, se trouvant plus mal, elle a de-
mandé un prêtre, elle ajoute « Quelle belle chose que
la religion! J'étais triste, désespérée, j'avais peur de
la' mort: Cet homme est entré, il a causé une heure
avec moi,' et tristesse, désespoir; remords, il a tout
emporté avec lui
Or, nous demandons dans quelle œuvre, même
piteuse, on mieux parlé de la religion et de la sainte
mission du prêtre à la dernière heure. De telles pa-
roles, on peut le dire, résonnent même d'une manière
si étrange au théâtre, qu'il ne fallait rien moins peut-
être; pour les faire passer, que le noms favori de l'au-
téur, joint aux hardiesses de tout genre dont la pièce
abonde.
15
Quoi qu'il en soit, et pour revenir à la fondation de
M. Léon Faucher, conçue pourtant dans un si noble
but, la commission désespérant, même pour l'avenir,
de trouver, dans les 'conditions actuelles du pro-
gramme, des œuvres qu'elle puisse élever à la hau-
teur d'une récompense publique, crut devoir proposer
au ministre de le modifier en ce sens que le concours
ne portât plus que sur le mérite littéraire des pièces
présentées, lesquelles seraient alors jugées au point
de vue de l'art dans sa plus haute expression ce qui
serait à la fois, ajoutait-elle, l'art et la morale.
Sans doute, le programme ainsi compris serait tou-
jours très-beau et bien digne.de tenter tout ce qu'il y
a de plus élevé dans le monde des lettres; niais nous
ne pouvons admettre cependant qu'avec des encoura-
gements bien entendus, nos auteurs dramatiques ne
parviennent à obtenir, suèdes scènes d'un ordre infé-
rieur, 'des succès populaires vraiment dignes de ré-
compenses publiques, tant au point de vue de la mo-
ralité du sujet que de l'intérêt de l'action.
La commission, en définitive, n'insista point et se
borna à déclarer, par l'organe de son rapporteur,
M. Sainte-Beuve/ que'le talent n'avait point manqué
au concours, mais seulement la direction, qui ne s'était
point rencontrée avec les termés du programme. »
Après quoi la commission se trouva dissoute, au
moins de fait, aucun concours n'ayant eu lieu depuis.
16
Ce n'était pas toutefois qu'une direction plus morale
eût été remarquée depuis au théâtre et en particulier
'dans les scènes populaires. Quelques mots de l'em-
pereur recueillis par M. Louis .Veuillot dans un entre-
tien qu'il eut avec lui en février 1858, et qu'il vient, de
raconter tout dernièrement dans l'Univers, font con-
naître suffisamment la pensée impériale d'alors à ce
sujet
« II fut enfin .question) du théâtre, dit M. Veuillot.
« C'est une chose affreuse, dit l'empereur, surtout le
« théâtre populaire. Il est impossible que le peuple
« résiste à ce spectacle, qui lui montre perpétuelle-
ment tous les crimes, toutes les lâchetés et toutes
« les sottises dans les classes élevées (1). »
Mais si telles étaient les impressions de l'empereur,
il faut avouer qu'on s'en serait peu douté. Ne se
rappelle-t-on pas en effet quelles pièces il allait voir
et applaudir au moins de sa présence, souvent même
en compagnie de l'impératrice ?
Racontant plus tard, dans sa préface du Demi-
Monde, les circonstances que nous venons de rappe-
ler, M.. Alexandre Dumas fils- va jusqu'à dire, à pro-
pos du programme de M. Léon Faucher, qu'il était
« tout simplement absurde et qu'il fallait, pour le
« rédiger, être aussi parfaitement ignorant des choses
(.1) Univers du ler novembre 1871.
17
« de l'art que l'était- M. Léon Faucher. » Jugement
bien sévère, comme l'on voit, mais, selon nous, aussi
injuste au fond que mal motivé.
« Est-ce que l'art, au théâtre surtout, dit l'auteur
du Demi-Monde, est chargé d'épurer les mœurs et
surtout les moeurs des classes laborieuses? Est-ce que
l'art ne s'adresse pas, avant tout, à l'intelligence, à la
passion, aux sens même des classes raffinées plutôt
qu'aux classes laborieuses? »
Mais c'est là, il nous semble, méconnaître complé-
tement la pensée du ministre et changer son pro-
gramme, conçu précisément en vue des classes popu-
laires. Comment on se plaint généralement de l'état
d'abaissement et de démoralisation auquel sont aban-
données surtout les scènes secondaires, et on trouvera
« tout simplement absurde » la pensée qu'aura un
ministre d'encourager, par des récompenses publi-
ques, les auteurs d'oeuvres plus dignes et plus mora-
les qui offriraient au peuple, avec des idées saines, le
spectacle de bôns exemples
Qu'un tel programme ne convienne pas à
M. Alexandre Dumas fils et qu'il aime mieux, se mo-
quant de l'ancien adage, Castigat ridendo mores,
chercher d'autres succès en s'adressant «'aux pas-
sions et aux sens même des classes raffinées, » cela
se conçoit et cela s'est vu mais qu'il ne trouve pas
mauvais qu'un .ministre fasse appel à de tout autres
18
œuvres, sans y attacher toutefois, comme le voudrait
M. Dumas, des primes de deux cent, trois cent et
cinq cent mille francs, plus faciles à trouver pour, le
dénoûment d'une pièce que dans les libéralités du
budget.
M. Dumas ne dédaignerait point, en effet, dentelles
récompenses, s'il s'agissait, dit-il, d'oeuvres d'art;
mais est-ce que, dans le programme posé par le mi-
nistre, la question d'art n'était pas réservée implicite-
ment ? Est-ce qu'il ne faut pas, pour qu'une œuvre
dramatique soit représentée avec succès, qu'elle soit
composée avec art? Hélas! comme nous l'avons déjà
dit plus haut, il y faudra même d'autant plus d'art et
de talent qu'elle répondra mieux à la pensée du pro-
gramme au .point. de vue de la moralité, tandis que
tant d'autres œuvres trouvent dans le scandale un
succès si facile. Et, d'ailleurs, remarquons qu'il ne
s'agissait là que de pièces destinées à des théâtres.
secondaires, des récompenses d'un ordre plus élevé
étant réservées, par ce même programme, à une pre-
mière catégorie,, celle des pièces qui, réunissant les
mêmes conditions de moralité, auraient été jouées
dans l'année, avec succès, sur notre premier théâtre.
Par ces divers motifs, la suppression de ces con-
cours nous semble donc un fait regrettable, d'autant
plus que, de l'aveu même de M. Alexandre Dumas
fils, le théâtre d'aujourd'hui n'est pas dans une meil-
19
leure voie qu'à l'époque où ils furent institués. Dans
une autre de ces préfaces, il déplore, en effet, « que
« le théâtre s'avilisse, à cette heure, entre les mains
« du, plus grand nombre, lorsqu'il n'a jamais eu une
« occasion plus belle et plus sûre d'exercer sa puis-
« sance moralisatrice. » Or, ne doutons pas qu'avec
des encouragements bien entendus, et par suite un
accès plus facile près des directeurs de nos théâtres,
nos auteurs ne parviennent à y obtenir des succès
populaires vraiment dignes des récompenses publi-
ques que pourrait proposer le Gouvernement.
Chose remarquable et que croiront à peine bien des
personnes tant on est parvenu à accréditer d'in-,
justes préventions contre le gouvernement pontifical
à Rome, avon's-nous lu, il y a une dizaine d'années,
dans un journal, des concours de ce genre étaient
organisés « pour décerner des récompenses aux
meilleurs ouvrages dramatiques des auteurs italiens, »
et voici en quels termes s'exprimait, dans son rap-
port, le président d'un de ces concours, Monseigneur
Rosani, évêque d'Hérithrée •
a Parmi les moyens les plus efficaces de rendre
a le peuple heureux, en faisant fleurir les bonnes
« mœurs et les vertus publiques, on ne doit pas mettre
au dernier rang cette institution de l'antique sagesse,
« ce théâtre où le spectateur se reconnaît lui-même
« comme en un miroir, et reçoit des conseils et des