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De la Jeunesse française, par Carrion-Nisas fils

De
16 pages
Delaunay (Paris). 1820. In-8° , 16 p..
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DE
LA JEUNESSE
FRANÇAISE.
PAR CARRION-NISAS FILS.
PARIS.
DELAUNAY, LIBRAIRE,
AD PALAIS-ROYAL.
1820.
DU MÊME AUTEUR :
— De la Nation et des Factions, ou Coup-d'oeil sur
l'État de la Liberté publique aux diverses époques de notre
Histoire, etc. ; volume in-8° seconde édition. Chez Bobée,
imprimeur, et Delaunay, libraire.
— Du Ministérialisme ; chez les mêmes.
DE
LA JEUNESSE
FRANÇAISE.
APRES trente années de crises rarement interrompues,
la France se voit condamnée à une crise nouvelle ; on
veut asseoir la monarchie de la restauration sur les étais
brisés et dispersés de la vieille monarchie, au lieu de
l'affermir sur la Charte, qui n'est pas seulement sa base
naturelle, qui est surtout sa seule base possible ; les an-
tiques amans dé la superstition ont ressaisi l'espoir de
traîner au pied de leur idole un peuple éclairé , qui ne
sait plus admirer ce qu'il ne comprend pas, qui voit dans
le doute le principe de la sagesse, et dans le droit d'exa-
men un de ses plus beaux droits. Sur les pas d'une mi-
lice fanatique de prédicateurs nomades , connus sous les
noms de Missionnaires et de Pères de la Foi, une caste
qui joue la bigoterie par système, par esprit de parti,
seconde leurs passions et leur ambition , afin de recevoir
d'eux un semblable appui ; cette caste , toujours vaincue,
jamais corrigée, incapable deréflexion comme de remords,
aveugle en son indomptable orgueil, poursuit sans relâ-
che la chimère bonteuse de l'inégalité et des prérogatives
patrimoniales , décidée à tout risquer, à tout souffrir,
(4)
plutôt que de s'incorporer de bonne grâce à la nation,
plutôt que de subir la condition d'être mise de niveau
avec le plus spirituel, le plus vaillant, le plus industrieux
des peuples : ces deux factions réunies obsèdent le trône
qu'elles veulent faire servir d'instrument à leurs délirantes
prétentions , et si elles ne peuvent arriver à leur but,
elles s'inquiètent peu que le trône périsse en essayant de
les y conduire. Enfin, de prétendus hommes d'État ne
craignent pas de se liguer avec elles pour abuser le Prince
sur ses véritables intérêts , marchent, pleins de confiance,
vers les bords de l'abîme , et ne l'apercevront peut-être
que lorsqu'ils y seront tombés. Subjugué par cette coali-
tion de la théocratie , de l'aristocratie, et de l'im-
péritie , le gouvernement royal va se voir promptement
dénationalisé ; une première faute va nécessiter une lon-
gue série de fautes. On a , d'abord , annoncé des atteintes
à la Charte , parce qu'il n'y avait pas de tentatives de
contre-révolution possibles, tant qu'on aurait maintenu
le principe de l'inviolabilité de la Charte : un cri d'a-
larme s'est élevé d'un bout de la France à l'autre, l'instinct
universel ayant soudain pressenti tout ce qu'on osait
nous préparer. Ce cri était celui de vive la Charte, et
déjà quelques agens du pouvoir, en le déclarant sédi-
tieux , ont fait la critique la plus amère de leur con-
duite , l'aveu implicite de leurs arrière-pensées. Pour
empêcher la clameur générale , les accens de l'effroi et
de l'indignation, d'arriver jusqu'au Monarque , il a fallu
les étouffer sous des mesures exceptionnelles (a) ; ces me-
sures ont accru les craintes et l'agitation ; et maintenant
on arguë de cette agitation et de ces craintes pour justi-
fier les mesures exceptionnelles.
(5)
La dernière, la plus violente des attaques sera dirigée,
avant peu , contre notre système électoral ; et si nos en-
nemis parviennent à détruire la liberté des élections ,
s'ils éloignent de la tribune nationale tous les hommes
nationaux , ils croiront pouvoir mettre à exécution tous
leurs projets, ils croiront la patience d'un grand peuple
aussi infatigable que leur vengeance , aussi inébranlable
que leur audace.
Telle est la position de la France. En Espagne, une
faction pareille faisait un rêve pareil, il y a trois mois ;,
il y a trois mois , elle méditait sérieusement le retour des
nombreuses calamités dont se composait ce bon vieux
temps que l'on ne cesse de nous vanter (b).
Toutefois la faction française (ou, si l'on veut, anti-
française) , en dépit de l'ivresse que lui cause le succès
momentané qu'elle obtient sur la nation, a une sorte de
pressentiment que le temps s'est fait le complice de la
nation , que l'avenir est de moitié dans la conspiration
universelle que chaque jour elle dénonce à l'Europe ; et
ce sentiment, dont elle ne veut pas se rendre compte,
cet effroi qu'elle veut repousser, se glisse, malgré
elle , jusqu'au fond de son coeur, et trouble toutes ses
joies.
Aussi, voyez ses déclamations , ses emportemens , ses
inépuisables injures contre la jeunesse française.
Elle semble prévoir que la jeunesse française est le gage
assuré de la félicité future de notre malheureux pays,
l'ancre de salut du Gouvernement et de la patrie.
Une telle assertion sera peut-être accusée de partialité :
celui qui l'énonce est un jeune homme ; mais qu'importe
celui qui écrit ? Il s'agit d'examiner si ce qu'il écrit est la
(6)
vérité. Que si l'on nous demande, pourquoi nous nous
faisons juge dans une cause où nous sommes au rang des
parties, nous trouverons notre excuse dans le désir de con-
tribuer à venger nos pairs des accusations de ces hommes
qui ne rougissent pas de les calomnier sans cesse.
Nous croyons fermement, dût-on nous taxer d'orgueil,
que la jeunesse actuelle réunit toutes les conditions des
générations prédestinées à fonder le bonheur public d'une
manière stable.
Elle est sage, parce qu'elle est éclairée ; elle est
éclairée et elle ne peut pas ne pas l'être, il ne faut pas
lui en faire un mérite : elle vit à l'une de ces époques
de rénovation, et sous un de ces ordres de choses tran-
sitoires , qui présentent le grand et magnifique spectacle ,
le spectacle éminemment instructif de deux systèmes po-
litiques , civils et religieux, en présence l'un de l'autre,
combattant corps à corps , presque avec les seules armes
du raisonnement, et dont l'un se retire lentement et en
bon ordre, tandis que l'autre le chasse de poste en poste
avec non moins d'ordre et de lenteur; elle vit dans un
temps où la société humaine est devenue la discussion
organisée des plus importantes questions qui intéressent
l'humanité ; elle vit sous des institutions qui ne sont en-
core qu'à demi-libérales, mais qui suffisent déjà pour
bannir celle insouciance coupable , cette indifférence vo-
lontaire pour les choses de la patrie, que ne peuvent
partager les peuples libres, celte frivolité des peuples es-
claves et futiles , qui oublient leurs chaînes , parce qu'ils
les cachent sous des fleurs ; car, malgré l'imposante opi-
nion de Montesquieu, reproduite, sans examen, par
plusieurs écrivains, ce n'est pas le climat , ce sont les

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