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De la liberté du théâtre en France ([Reprod.]) / par M. J. de Chénier

De
45 pages
[s.n.]. 1789. Théâtre -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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D E LA LIBERTE
DU THÉÂTRE,
E N FRANCE;
x 7 8 p,
̃s-
A i
DE LA LIBERTÉ ̃
EN FRANGE.
I. V-»Eux"qui penfent & ,quï, favent exprimée
leurs penfées font les plus redoutables ennemi*
de la tyrannie & du Yanàtifoje ces deux grands!
fléaux du monde, L'Imprimerie doit détraire., à,
la longue, la foule innombrable des préjugés.
Grâce à cette découverte là plus importante de
toutes on ne verra plus reprit humain rértWH
grader des fiècles de barbarie fuecéder; aux
fiècles de lumières. En vain ceux qui font inté-
refles à tromper, les Peuples ;• voudroient mainte-
nant rallentir la communiçjatjion des idées,, La,
persécution contre, les livres, ne fait qu'irriter
le génie. Elle ne fauroit empêcher ni même re«
tarder les révolutions qui s'opéreront,
en fiècles dans Tefprit général & les
teurs ne réuffiront qu'à fe rendre odieux etfr
troublant il e,ft vrai le, repos' des
luftres mais en augmentant rieur célébrités
II. Cependant lorsqu'un Gouvernement s*e£;
Il (,-4)
force; l quoiqu'infru&ueufement de genêt de
quelque manière que ce foit le commerce des
penfées, on peut en conclure, fans héfiter,que
la Nation, foumife à ce Gouvernement, ne con-
noît aucune liberté. Lorfqye cette Nation, laffe
d'être avilie, veut refTaifir des droits imprefcrip.
tibles, elle doit commencer par fecouer ces em
traves ridicules qu'on donne à l'efpric des Citoyens.
Alors il devient permis de publier fes penfées
fous toutes les formes poffibles. Il ne faut pas
s'imaginer qu'on penfe librement chez une Na-
tion où le Théâtre. eft encore foumis à des loix
arbitraires, tandis que la PrefTe eft libre ;& ce
n'eft pas à la fin du dix-huitième fiècle que des
François peuvent contefter l'extrême importance
4u Théâtre.
III. Les moeurs d'une Nation forment d'abord
ïtefprit de fes ouvrages dramatiques. Bientôt .fes
ouvrages dramatiques forment fon 'efprit. L'in-
fluence du Théâtre fur les mœurs n'a pas be-
foin d'être prouvée puifqu'elle eft indifpenfable.
L'amour propre mobile de toutes les aâions
humaines principe des bonnes & mauvaifes qua-
lités chez tous les hommes, ies rend peu difpofés
â profiter de l'inftrultion directe. Mais dans une
"belle pièce de Théâtre,, le, plaiïîr amène le fpec-
(
A 3;
tateur a l'intrusion fans qu'il s'en
ou qu'il y puifle réfifter. L'homme eft effentielle*
ment fenfible. Le Poëte dramatique en peignant
les paflions dirige celies. du: fpe&ateur. tfn fou-
rire qui nous échappe en écoutant une pièce co-
mique ou dans l'éloquente ..tragédie des pleur*
que nous tentons couler de. nos yeux^ fuffifenc"
pour nous faire fentir une vérité que l'auteuc*
d'un traité de morale nous aaroit longuement
démontrée. Ajoutez que notre, fenfibilité &mlme
nos lumières font infiniment augmentées par celles
de nos femblables qui noàs environnent. V.à
livre difperfé dans les Cabinets:, parvient à faire; •
lentement une multitude d'impreffions différentes;
mais ifolées mais prefque toujours exemptes,
d'enthoufiafme. La fenfatiort que fait éprouver ,1,
deux mille perfonnes raffemblées au Théâtre Fran-,
Sois la repréfentation d'un, excellent ouvrage,
dramatique, eft rapide » 'ardente unanime. Elle
fe renouvelle vingt fois par an dans toutes les
villes de France dans toutes les Capitales de
l'Europe & quand l'ouvrage eft imprimé, il,
unit à ce grand effet qui lui eft particulier, le
feul effet que peut produire un bon ouvrage dfuns
autre genre.
IV. Un Gouvernement équitable encouragerons
tout ce qui, peut corriger les mœurs publiques.
Un Gouvernement éclairé concevroit que, plus
les hommes feront inftruits,
galité politique feule baze folide d'une
tution. Un Gouvernement, ami des hommes
voudroit Te bonheur de chaque Citoyen, & l'éclat
de la fociété entière/ Mais le bonheur de chaque
Citoyen dépendre l'égalité politique de tous les
Citoyens; & plus chaque Citoyen eft heureux
dans fon intérieur plus la fociété entière eft
puiffante 8c refpe&able au-dehors. Tout dépend
donc, pour une Nation., de la mafle de fes lu-
mières. Le Gouvernement- eft donc coupable en-
vers une Nation quand il gêne la publication
de la penfée en tout ce qui ne nuit point au droits
des Citoyens. Or, comme ce droit des Citoyens
eft effentiellement égal-pour tous il eft très-évi-
dent que les différentes manières de publier fa
penfëe doivent être également libres. il doit donc
être permis de renréfeuter ce qu'il eft permis d'im-
primer. Il ne peut être nuifibîe de faire réciter
V. Sons la régence d'Anne d'Autriche, & dans
la jeunefle.du Roi Louis XIV la Nation Fran-
çoife commençoit às'inftruire en écoutant, à fon
Théâtre. les Scènes admirables de P. Corneille,
A 4
Se les excellentes Comédies de Molière. C«$
deux Poijtes lui apprenoient â penfer, tandis que
fes plus éloquens profateuts bor noient encore tout
leur génie â défendre Janfénius ou à Battec en
chaire les Princes morts & les Princes vivant
Mais quand on s'apperçut de cette route nouvel*
que la raifon fe frayoit en France ,onréfolut de la
lui fermer. Plus nos Poëces dramatiques avoient il-
lutlré la Nation chez l'étranger plus on fut les
avilir j plus leur art parut propre à former de*
hommes libres, plus on crut devoir rendre ef-
claves tous ceux qui le cultivoient. Ce n'eft donc
point airez d'avoir compofé en France une pièce
de Théâtre ce n'eu point affez d'avoir à. eflùyet
les intrigues les cabales, les dégoûts fans nombre
inféparables de la carrière dramatique ce n'eft
point affez d'avoir à fupporter les tracafferies les
plus étranges, les rivalités les plus humiliantes.
Pour faire repréfenter une pièce il faut monter
d'échelon en échelon de M, le Cenfeur Royal,
a M. le Lieutenant-Général de Police; quelque.
fois à M. le Miniftre de Paris quelquefois à.
M. le Magiftrat de la Librairie quelquefois a
M. le Garde des Sceaux voilà pour la ville.
Veut on faire repréfenter fa Pièce à la Cour
C'eft une autre échelle à monter. Il faut s'adretrer
à M. l'Intendant des Plaifirs ? dits Menus &
A A
(s)
M. le premier Gentilhomme de la Chambre en
exercice. Tous ces Meneurs ont leur coin de
Magiftrature, leur droit d'infpeâion furïes Pièces
de Théâtre leur privilège car on n'y en a-t-il:
pas en France ? Il eft bien vrai qu'une Pièce peut
être repréfentée à Paris & d la Cour, quand il
eft avéré qu'elle ne conrrarie aucune opinion par-
ticulière d'aucun des arbitres; mais on doit fen-
tir, en récompenfe que rien n'eft moins pof-
fible, quand la Pièce n'eft pas tout à fait inf-
gnifiante.
VI. On a établi des Cenfeurs-, agens fabal-
ternes du Gouvernement qui recherchent, avec
un foin Scrupuleux, dans les Pièces de Théâtre,
ce qui pourroit choquer la tyrannie & combattre
les préjugés qu'il lui convient d'entretenir. Tout
ce qui eft dépourvu de fens eft approuvé par ces
Meneurs les adulations bafïes & rampantes font
protégées les farces même les plus indécentes
font repréfentées fans obftacle les vérités fortes
Se hardies font impitoyablement proscrites.. La
million des Cenfeurs eft de faire la guerre à la
raifon, à la liberté; fans talens 8c fans génie,
leur devoir eft d'énerver le génie & les talens;
ce font des- Eunuques qui n'ont plus qu'un feul
(#•);;̃
plaifir j celui de faire d'autres Eunuques.
VII. Du moins Jî l'on connoiuoic des Ipîx
établies qu'il ne fût pas permis de tranfgreffèr;
s'il y avoit des bornes marquées au-delà defquelles
le génie ne pourroit plus avancer impunément
fi l'on favoit bien précifément jufqu quel poinr
la raifon eft tolérée en France. quelque circonf-
crit que fût le cercle des idées en rougilfant de
l'aviliflTement où la Nation eft plongée en gé-
miirant fur la tyrannie qui nous environne nous
pourrions tenter de nous y foumettre. Mais tout
eft arbitraire. Tout fuit la volonté d'un Garde-
des-Sceaux, d'un Lieutenant-Général de Police
ou même d'un Censeur. C'eft du caractère. parti-
culier, c'eft du degré de lumières c'eft du ca-
price de quelques hommes que dépend la per-
miflion de repréfenter une Pièce de Théâtre. Cré-
billon déclarant, à l'auteur de Mahomet qu'il lui
eft impoffible d'approuver cette Pièce Crébillon
fuffit pour fufpendre pendant, plufieurs années,
la repréfentation du chef- d'œuvre. Il faut obtenir
le fuffrage d'un, fotcverain Pontife moins fcru-
puleux parce qu'il étoit plus éclairé il faut coti-
trebalancer le refus d'un rival timide & jaloux,
en trouvant un Cenfeur raifonnable il faut vaincre
la froide obftination d'un Prêtre octogénaire ôc
( xo )
de quelques autres Minières â' peine capables de
comprendre cette profonde Tragédie.
VIII. Quand la Comédie de Tartuffe écrite
foixante ans auparavant fît marcher la Nation
vers la vérité d'une manière aufli forte & plus
directe ) Molière déchiré calomnié par la cabale
des Prêtres Moulière infulté en pleine Eglife par
Bourdaloue Molière en inférant dans fa Pièce
nn Panégyrique de Louis XIV fut inlérefler l'or-
gueil de ce Prince & s'augurer de fon appui. Ce
despote, jeune alors aidé d'un efprit droit &
«l'une forte volonté, donna, pour un moment,
au Théâtre d'un Peuple affervi un peu dê cette
liberté qui caractérise le Théâtre des Nations
gouvernées par elles mêmes. Il aida Molière à
triompher de fes ennemis & cette admirable
Comédie fut repréfentée. Elle ne l'auroit pas été,
je penfe en des temps poftérieurs au régne de
Louis XIV. Elle éprouveroit de grandes difficultés
dans ce moment-ci. Louis XIV lui-même, n'au-
rait pas toujours été fi f.ivorable à Molière. Lorf-
qne dans fes dernières années, affoibli par l'âgç
& par les chagrins, laffé d'une puilfance arbitraire
exercée pendant, plus d'un il
les refles de fa vie entre
& fi maîtceflè Janfénifte, il n'eu: pas probable
( il )
qu'il eût pris plaifirà* voir tourner en ridicule le»
charlatans de dévotion, fleurs cris autoient in*
flilliblement étouffe près du vieux Monarque,
les réclamations 'du Philofophe.
IX. Ainf tout varioit en France fous le def-
porifme ariftocratique dont nous voulons fecouet
lé joug. Ainfi la loi d'hier ri'étoit plus celle d'au-
jourd'hui, & celle d'aujourd'hui fe voyoit le len-
demain remplacée par,une autre. Ainfi, le moindre
ami du Prince, un Valet-de^ chambre une Cour-
tifanne en faveur la Maîtreffe d'un Miniftrç
ou d'un premier Commis perfécutoit infolem-
ment là Philofophie, ou laprotégeoït plus Infolem-
ment. On a vu Voltaire, luttant à chaque nou-
veau chef-d'oeuvre contre la 'foule des envieux
& des fanatiques forcé de ménager des Gour-
tifans qu'il méprifoit déplorant la pufillanimité
de fes Concitoyens, difant la vérité par vocation
par befoin par enthoufiafme pour elle, fe ré-
tadant fe reniant lui-même pour échapper à la
perfécution j admiré fans doute, mais dénigré,
mais haï, mais enfermé deux fois dans les cachots de
la Baftille, exilé contraint de vivre éloigné de fa
patrie ofantàpeine venir expirer dans cette ville
qui fe glorifie de l'avoir vu naître jôuifTani: des
honneurs d'un triomphe, & trouvant peine un
(
tombeau; avant ce dernier
pendant trente années jusqu'au pied du Mont-
Jura, par des manderriens & des réquifubires
flattant fans cette & les Flatteurs & les Maîtrefles
du feu Roi; y & laiffant à la poftérité avec un
exemple de force un exemple de foibl'alfe qui
dépofera moins contre luï, que contre fon fiècle
in ligne encore, à bien des égards d'être éclairés
par un fi grand homme.
X. Et que n'eût-il pas fait dans/des circonf-
tances plus heureuses ? Quel effor n'eût pas pris
fon génie ? Quelle importance n'eut point acquit
la Tragédie dans notre fiècle fi des obftacles
puériles n'eufTent point arrêté la marche de Vot.
taire ? Il a parfaitement connu la majefté de ce
beau genre de Poéfie. Dans Mérope & dans Orefte,
il a tranfporté fur notre Scène, l'auftère fimplicité
de la Scène Grecque. Dans Mahomet & dans
Alzire il a su déployer avec une énergie juP
ques-là inconnue des François cet amours de l'huma-
nité, cette haine du fanatifme, cette paffion pour
la tv)lérance qui fait aimer fes beaux ouvrages autant
qu'on les admire. Combien il aurait donné de plus
grandes leçons', s'il n'eût pas été forcé d'affoiblir ou
de voiler fes intentions en préfentant fur la Scène
des moeurs étrangères & des faits inventées Quelle
(
fcrfrïère ïmmenfe ce redoutable ennemi, de ta San
pétition auroit vu Rouvrir devant jfes^pas, en
jettant les yeux
les grands préjugés s'offrent à combattre* De quels
traits de feu ̃ n'eût-H pas su peindre, les/ ufurpa-,
parions & les fureurs; du
ment de l'Inq«ifi1ûpn j les
dre VI j les
Fanatîfme'allut^oit tour-à-tour dans tous les,
coins de l'Europe 4es millions d'h-p^rnes égor^
gés pour des querelles Théologiques &, malgré,
tant d'atroci?tis lef Peuples courbant toujours;
tête fous un; joug itnbécille $c «uel, que leur,,
fang avoir tant de fois rougi! ̃ i;
XI. Il je fuppo%
toujours des temps plus heureux ) il n'auroit
point dégradé la en la confa-
crant, comme, a fajt .un hommerfljédioçre,|à des,
aventures fans importance
militaires, à des flatteries feryiies flétrifrantes,
pour Fauteur qui
toire, qui peut les ^iÇ?-,
tarien & Philofophe, étoit vraiment digne, de
créer, parmi nous., u#e Scène
lui, reprocher d'avoir médiocrement aimé la v"li?
bercé. On peut lui reprocher même, devoir fou-
vent déifié les tyrans & la tyrannie. Mais ]«
grands hommes font ceux
jugés- que le, Vulgaire. En faifant marcher l'efprit
de fon fièele, Voltaire débendoit lui-même de
Cet efprkv ou peut-être, il a cru qu'il devoit
fubir un joàg pour' qu'on lui permît d'en brifcr
un autre. S'il avoir vu autour de luivfe former
une puilfance publique il auroit écrit avecplur-
de hardiefle & de profondeur fur les matières
politiques .'©ans les circonftancés où nous fommes,
l'autorité arbitraire nkuroit point eu d'adverfairé
plus intrépide. Il auroit compris que la tyrannie
en: mille fois plus dangeréufé que le fanatifme,
Le fanatifme, fans la tyrannie, ne fauroit avoir
aucune puiiTance. Avec de l'argent & des foldats,
la tyrannie eft toujours toute puiitTante. -1.
XII. Echauffé dès mon enfance, par les écrit*
des grands hommes, pénétré des vérités fublirnes
qu'ils ont exprimées avec tant d'énergie, paffiohriS
pour l'indépendance, & révolté conrre toute ef-
pèce de tyrannie mais, par" une fuite de te
caractère me fentant très-incapable de parvenir
a la faveur, fous un Gouvernement arbitraire je
m'étois livré de bonne heure à la Philofuphie &
aux Belles-Lettres. J'avois compris que dans un
Etat où l'intrigue difpofe de toutes les placer
̃('«nv-
tin bon
la feule ââion publique perhxife i on Citoyen
qui ne veut point descendre à dés démarches ha*
miliantes. Entraîné vers la Tragédie,. noh-feule*
ment par un penchant irréfiftible mais par un
choix médité » fit-Une perfuafioa iqrime que
nulle espèce d'ouv^gè Me autant d'ini
fluerice fur l'ef^rit public j j'avois 'conça le projet
d'introduire (tir là Scène- Fraii^oifejjieiï; époques
célèbres de Modôrnô v 6c
ment "dé l'Hiflloii'é; Narianale ;> d'attachée à de»
faffiohs, à dès;évéhemehs
inrérêt pdlitiiqii& gtand k«« moral; La Tt ai
gédie efl: &; plus inftru&ive
que
qu'on poûvbit rendra notre fevèr©
encore que celui d'Athène. pavois crû qu'oii
pouvdit chauler d^k Tragédie clé fatras d'idées
enfin qu'en joîgnàht à 1s ^râ^idé j^à la profon-
deur des mœurs de Tacite, l'éloquence harmo-
nîeufe, noble1 & pathétique des versée Sisphoele^
un talent fupérieur au mien podrroit faire dire
Un jour a tous les gens raisonnables j ce qu'ÂriftcJte
écrîvbir if y a près de -ftoi« mil^ ktis-> ̃
[Vé)
Xlïï. J'ai dü moins faifi la feule glôire où il
m'étoit permis d'afpirer j celle d'ouvrir la route
&.de compofér lé premier une Tragédie vraiment
nationale. Je dis le premier car tout le monde
doit fentir que des Romans en. dialogue fur des
faits très-péu importans, ou, traités avec l'esprit de
la fervitude ne fauroient s'appeler des Tragédies
Nationales & les Personnes un peu letrrées
fi'ignorent pas qu'on avoit fait il y a plus d'an
fiècle des tentatives en ce genre. J'ai chou!,
pour mon coup d'euai, le fujet; j'ofe le dire, lie
plus tragique de l'Hjftoire moderne; ,'la Sainh
Barthélémi. Nul autre ne pouvoit offrir, [peut-être,
une aufli forte peinture de la tyrannie jointe au
fanatifme. J'ai tâché de représenter fidèlement le
caradtère irréfolu, timide & cruel du Roi Charles
IX la politique Sombre & perfide de Catherine
de Médicis l'orgueil & l'ambition du Duc de
Guife j ce même orgueil, cette même ambition
mafquée, dans le Cardinal de Lorraine, d'un zèle
hypocrite pour la Religion Catholique. J'ai oppofé
cette Cour de confpirateurs la ,fière & intrépide
loyauté de l'amiral de Coligni la noble candeur
de. fon élève le jeune Roi de Navarre, depuis
notre bon Rp^ Henti IV-, & le grand fens du
Chancelier de l'Hôpital, ce Minore ami des Jloix
de la-tolérance. Que le
l'entretenir un moment, non pas
cet ouvrage qui n'a pas encore été Soumis à foin
jugement, mais des difficultés qu'il a fai* naître
à plufieurs lectures & des prétendus inconvénient
que quelques gens ont trouvés à fa représentation.
Mes Lecteurs voudront bien remarquer qu'en ré-
pondant aux objections faites contre cette Tragé-
die, j'aurai répondu a toutes celles qu'on poi}jrrp||
faire contre les Tragédies Politiques & Nationale^
Elles demandent à être traiiées
aubère & impartiale avec cette haine des abus;,
avec ce mépris des préjagés qui diftingue un Poète
& un Hiftorieiï Philofophe. S'il fe trouve, &-cer*
tainement il s'en trcuvera parmi ceux qui jetteront
un coup-d'œil |ur cet écrit s'il fe trouve des per-j
fonnes bien convaincues que ce genre d'ouvrages,
ne feroit pas moins utile qn'il feroit intérelïànc
pour la Nation s'il fe trouve Se certainement il
s'en trouvera, des pe'rfonnes étonnées de la pué-.
rïlité des objectivons que je m'apprête à réfuter, je
les prie d'obferver que ces objections m'ont fur-
pris plus qu'un autre & je les prie encore de
vouloir bien fe joindre à moi, d'unir, fur ce point,'
ieur voix la mienne, & d'employer, pour Sou-
tenir la raifon un peu du zèle & de l'ardeur qui
B