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De la Médecine considérée comme science et comme art, par P.-H. Duvivier,...

De
415 pages
Gabon (Paris). 1826. In-8° , XXX-390 p..
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DE LA MÉDECINE
CONSIDÉRÉE
COMME SCIENCE
ET COMME ART.
-IMPRIMERIE DE HUZARD-COTJRCIEn ,
rur du Jardinet, n° 12.
DE LA MÉDECINE
CONSIDEREE
COMME SCIENCE
ET COMME ART.
PAR P.-H. DUVIVIER,
Officier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur , Chevalier de l'ordre d'Honneur
de première classe de Prusse, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris ,
Chirurgien eu chef de l'Hôpital de la Maison militaire du Roi ; ci-devant
Professeur d'Anatomie , de Physiologie et de Chirurgie à l'Hôpital militaire
d'Instruction de Paris au Val-de-Grâce.
Medicina: faciendoe plane necessaria sunt lioec duo
lumina, observatio et experientia. Utruraque per se
indigens, alteium alterius auxilium postulat.
(G.-BACL., Oper. omn.)
^"^ PARIS,
GABON ET COMPAGNIE, LIBRAIRES,
RUE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE ;
ET A MONTPELLIER , CHEZ LES MÊMES LIBRAIRES,
4 826
A SON EXCELLENCE MONSEIGNEUR
DUC DE DOUDEAUVILLE,
PAIR DE FRANCE, MINISTRE DE LA MAISON DU ROI, GRAND
D'ESPAGNE DE PREMIÈRE CLASSE, CHEVALIER DES ORDRES
DU ROI , MARÉCHAL DE CAMP , etc. , etc.
^£eJ t/ctericcj &nf vejotn- d a/i/iiet,, e/
utte Acw*Ue ejàen/ceue de ceââe /'ùewveclCcwzce
atce wotkf accordez- cwec â<wi/ de zfaaefee,
eàf de vo-ùveocr vceit cecar e?z dej^n^r.
t/oud cwez> douane TU aA/teter cr/iùAodée
Aonova/vce aw<eis occiyke, ef -vod vonéej m cm/
eîzcocwoea'e.
.y^éa/j, c4/iDoiweMyne>uv , c cd ce/
(/in-our- tu, wid e??/ voua', Aou<r âou/ ce a^u GJ/
r/rmid, ^ud/e e/dur/ou/ u///e CMÙZ: /ur/ru/uj
de /o-uéej un c/aJjcdj MU m a- u?j/ure U/
//wdir/jG de me//,a/'cr de vo//'e nom c/ucd/re.
-youi aueue///<o/eclu?i/ioc'-vuM-iC; avec
/UUrj eu -7'CUJO?? ; //te/h'c /m ocw-yao-e dej//?tc
f/ / ///ut/c /u/'/teiue . /
'/cuuu.j: rit da?t.) ce //s'cuucr e/jcu
mc.j r/fo/'/,j o/r/ r.r/ato //to?/ :e/e e/ /e 7'ej/tec/
/"'<>/"»« orrf: /eutud"/-c .1/uj,
G ) Uoiwi'ia itt'tit) ;
■^J. 's c p/y-e C u 'ceac/1 ce,
r)ex^i leut».
DUVIVTER.
INTRODUCTION.
TOUT s'enchaîne, tout se lie dans l'ordre
des connaissances humaines, aussi hien
que dans les résultats que les actions des
hommes peuvent avoir. Suivant les direc-
tions que les unes et les autres prennent,
le savoir modeste ou l'erreur présomp-
tueuse, le honneur parfait ou l'illusion
d'une félicité éphémère en sont les consé-
quences inévitables. Dès son début dans
le monde, l'homme a besoin de se tracer
une règle de conduite qui puisse le ren-
dre utile à la société. Dans Fexercice de
la Médecine, qui touche de si près à la
conservation de l'espèce humaine et au
bonheur de la société, celle-ci ne peut
trouver de garanties et de véritable sû-
reté que dans l'austérité des principes,
( vj ;
la pureté de moeurs, les connaissances
réelles et le dévouement du praticien. Il
faut donc que le médecin sache se mettre
en garde contre la vivacité de l'esprit,
l'entassement d'idées mal digérées, et sur-
tout contre les subtilités de la dialec-
tique; il faut, dès ses premières études
médicales, qu'il s'attache à acquérir une
certaine iinesse de tact, une grande rec-
titude de jugement et un grand fond
d'expérience.
Dans la collection des faits pratiques ,
il est nécessaire que celui qui les ras-
semble y mette beaucoup d'adresse , une
grande bonne foi, qu'il n'y apporte au-
cune prévention, non plus qu'aucune pré-
dilection en faveur d'un système ou d'une
doctrine quelconque. S'il sait choisir ou
écarter à propos, s'il sait apprécier les
choses à leur juste valeur, il se convain-
cra de plus en plus que la Médecine
éclairée par l'observation et le raisonne-
ment a , dans tous les temps, été celle
qui a offert les plus heureux résultats.
( vij )
Cette partie des sciences naturelles qui
exige le plus de travail et de soin, la
Médecine ne peut être avantageusement
cultivée si, au préalable, on ne s'y est
prédisposé par des connaissances géné-
rales et spéciales. Une digression courte
et succinte, tendant à faire connaître com-
ment la culture de certaines branches
scientifiques se rattache à la Médecine,
me permettra de faire observer que celui
qui se destine à l'exercice de l'art de gué-
rir a le plus grand besoin de s'adonner
tout entier aux études classiques et litté-
raires , afin de former et de rectifier de
plus en plus son jugement.
L'élève en Médecine doit, autant que
faire se peut : i° emprunter aux arts,
surtout à ceux du dessin et de la pein-
ture , la possibilité de conserver et de
transmettre fidèlement l'aperçu des diffé-
rentes altérations organiques , dont il
doit prendre de justes idées pendant qu'il
étudie la Médecine ou qu'il s'adonne
à son exercice -, a° rechercher dans les
i..
( viij )
lois physiques, dans les phénomènes chi-
miques et dans la connaissance des difFé-
rens êtres de la nature, les notions indis-
pensables à quiconque veut se livrer à l'é-
tude des maladies auxquelles l'homme
est sujet.
Dans ses rapports avec l'étude de la
Médecine, chaque partie des sciences
paie un tribut qui, pour être d'une utilité
différente, n'en est pas moins indispen-
sable aux succès que l'art de guérir doit
sans cesse avoir en vue. La connaissance
de la grammaire donne les règles du
discours, épure le style; par elle, les
idées fidèlement rendues sont clairement
énoncées.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots, pour le dire , arrivent aisément.
(BOILEAU, Art poétique. •
Les langues grecque et latine , con-
sacrées aux sciences et aux arts avec les-
quels elles ont fleuri, facilitent, perfection-
nent et consolident les moyens dacquérir
(ix)
des notions utiles. On doit à la première
beaucoup de mots usités en Médecine,
ainsi que les dénominations d'un grand
nombre d'objets réels ou fictifs qui en
dépendent. La connaissance de leur éty-
mologie en exprime mieux le sens, ou
peint de suite l'objet qu'il indique; enfin,
les mots transmettent plus facilement
l'idée qu'ils attachent aux choses qu'ils
veulent faire connaître. Platon, Timée,
Hérodote, Thucydide, Xénophon, Ho-
mère, Sophocle, Euripide, dont les im-
mortels ouvrages sur l'histoire, la philo-
sophie et la poésie passeront à la postérité
la plus reculée, seraient bien capables de
dédommager du temps que le jeune méde-
cin aurait pu donner à l'étude de la langue
grecque, si le père de la Médecine, le di-
vin Hippocrate, ne lui offrait les sources
les plus profondes et les plus pures, dans
lesquelles il faut qu'il sache puiser les
préceptes de son art. Il ne faut pas croire
que les livres écrits par les médecins soient
les seuls qu'il faille consulter pour avoir
une histoire complète de certaines mala-
dies; au milieu même des fictions, on
trouve dans les poètes grecs et latins des
vérités précieuses pour la Médecine. La
connaissance du grec ancien est donc
indispensable au médecin ; il en est de
même pour la langue latine, qui est celle
des savans de tous les pays. La pureté,
le génie, l'élégance de cette dernière se
sont particulièrement conservés dans les
écrits des médecins. C'est ce dont on peut
se convaincre en lisant les ouvrages que
nous ont laissés Celse, Stahl, Baglivi,
Hoffman, Boerhaave, Haller, Morgagni ;
en outre, un grand nombre de traités d'Ana-
tomie, de Physiologie, de Séméïotique ,
de Thérapeutique, de Matière médicale, de
Chimie et de Nosographie, dignes d'être
consultés, n'ont pas encore été traduits.
Les langues grecque et latine, en por-
tant le flambeau dans les sciences , ne
peuvent rester étrangères aux études du
médecin; l'une et l'autre lui offrent la
possibilité de se familiariser avec les au-
( Ij )
teurs originaux, et de s'approprier les
travaux des hommes les plus célèbres.
L'étymologie de la plus grande partie
des mots que TAnatomie et les sciences
médicales emploient, force de recourir
sans cesse aux langues grecque et latine :
comment donc pourrait-on espérer les étu-
dier avec quelques succès, si l'on n'avait
précédemment acquis la connaissance de
ces deux langues ?
La Géographie élémentaire, à laquelle
doivent s'unir des notions de la sphère et
de l'Astronomie, en se liant à l'histoire
des peuples , fournit les renseignemens
les plus utiles au sujet des épidémies dont
les auteurs anciens nous ont transmis les
narrations, et par cela même se lie aux
documens dont la pratique a souvent
besoin.
Répandu sur la surface du globe, sou-
mis à l'influence des climats, des vents,
des eaux et des lieux, l'homme éprouve
des impressions, des modifications dans
l'exercice'des fonctions de son organisme;
( xiJ )
de là peuvent naître un grand nombre de
maladies dont les causes resteraient in-
connues au médecin qui ne connaîtrait
pas les influences locales que les divers
pays exercent sur la santé et sur la vie de
l'homme.
Les connaissances géographiques que
l'on peut en retirer peuvent être plus parti-
culièrement appréciées par le médecin mi-
litaire.
A partir des Hébreux, dont l'histoire
est la plus fidèle et la plus exacte parmi
celles des peuples de l'antiquité, l'histoire
ancienne et moderne, en parlant des diffé-
rens peuples, omet rarement de faire men-
tion des maladies auxquelles ils étaient
sujets, soit qu'elle les considère comme pro-
presà la nation, soit qu'elle n'en fasse men-
tion que comme d'un fléau qui a ravagé leurs
armées ou moissonné une grande partie
de la population (i). La nécessité que l'on
( i) Vojez la Description de la peste, par Thucydide.
( *iij )
a souvent de recourir à l'histoire, pour
trouver les premiers renseignemens au
sujet de certaines maladies endémiques,
et même de celles qui se reproduisent avec
un caractère épidémique , fait de son
étude un besoin particulier pour le pra-
ticien.
Les descriptions topographiques don-
nent les meilleurs renseignemens sur les
causes des maladies, en font apprécier les
effets et choisir ce qu'il convient de faire
pour les éloigner, les combattre ou les
prévenir (i).
La logique, ou l'art de raisonner, n'ad-
met que des règles invariables et con-
stantes; par elle, chaque partie du dis-
cours offre le sens qu'on doit attacher aux
idées émises, et les mots trouvent leur ap-
(i) Il est bon de consulter les voyageurs, les chro-
niques du moyen âge surtout, parce qu'on y trouve la
marche de plusieurs maladies contagieuses et funestes,
que les troubles et les séditions multipliaient, et que la
superstition semblait alimenter.
( xiv )
plication, les conséquences se déduisent
des principes énoncés et admis. Comment
ne concevrait-on pas tous les avantages
que l'art de guérir peut en retirer, lui qui
a un si grand besoin de précision et de
justesse?
Le raisonnement assujettit à des règles,
exclut toute divagation, établit une sorte
de conformité dans les opinions } qu'il
rend plus lucides, plus précises et plus
absolues. Fortement pénétrés de ces gran-
des vérités , les médecins , dans leurs
consultations , prêteraient sans doute
moins à la critique.
Dans les sciences exactes, l'évidence
résulte de la nature même des choses. On
sait que dans les sciences abstraites le rai-
sonnement devient indispensable; car il
sert à faire juger, par analogie, des causes
par les effets, de ce que nous voyons par
ce que nous avons précédemment observé.
Ainsi, quand le jugement, soumis aux
règles du raisonnement, peut justifier la
Médecine et la mettre à l'abri des repro-
(XT )
ches que la conjecture des opinions sem-
ble devoir lui mériter, le médecin pour-
rait-il ne pas sentir tous les avantages que
la logique peut lui donner?
S'il existe un moyen de transmettre à
l'homme cet esprit d'ordre, de méthode
et d'analyse, c'est bien certainement dans
l'étude des Mathématiques qu'il faut al-
ler le chercher; et, sans m'étendre da-
vantage sur ce sujet, il suffira de citer
l'extrait de l'une des lettres d'Hippocrate
à Thessalus, qui prouve que ce grand
homme avait su reconnaître tout le prix
des Mathématiques :
« Appliquez-vous, mon cher fils, à
» l'étude de la Géométrie : non-seulement
» elle vous procurera un nom illustre,
» mais elle donnera à votre esprit plus de
» pénétration et de sagacité. Elle vous
» apprendra surtout à ne voir dans la
» Médecine que ce qui est véritable-
» ment utile et profitable; car la Géo-
» métrie, qui est, à proprement parler,
» une science de démonstration, est la
( XVJ )
/> seule qui puisse bien diriger dans la
» route pénible de l'expérience. »
La Physique, en s'occupant de la con-
naissance des corps de la nature, les étu-
die dans leur état d'intégrité sans leur
faire éprouver aucune altération.
Les propriétés physiques dont jouissent
les corps de la nature, les lois qui les ré-
gissent, les modifications qu'ils éprouvent,
les influences qu'ils exercent ou qu'ils re-
çoivent, trouvent sans cesse des applica-
tions, soit dans la théorie, soit dans la
pratique de la Médecine.
Les lois de la Mécanique, de la Statique,
de l'Hydrostatique, se rencontrent dans
l'exécution des fonctions de l'économie
animale. Les sons, leurs modifications et
modulations, leur transmission, s'obser-
vent dans le mécanisme de la voix et de
l'ouïe. Tous les phénomènes de l'optique
se trouvent dans la vision. L'électricité a
souvent été employée dans le traitement
de certaines maladies. On a peut-être trop
compté sur les avantages que le fluide gai-
( xvij )
vanique pourrait obtenir en Médecine. Je
laisse aux partisans du magnétisme ani-
mal leurs rêveries ; mais je pense qu'il faut
observer sagement et sans prévention.
La Chimie, qui par l'analyse décom-
pose les corps de la nature, ou les recom-
pose quelquefois par la synthèse, dans
l'intention de connaître les élémens qui
les constituent, leurs combinaisons, leur
force d'agrégation, sert, pour ainsi dire,
d'introduction à l'étude de la Matière
médicale. La Chimie trouve sans cesse
son application dans l'étude des solides et
dans celle des liquides animaux. Les belles
et savantes analyses des Parmentier et
Deyeux, de Fourcroi et Vauquelin , les
cours de Chimie animale faits par Fil-
lustre Berthollet à l'Ecole polytechnique,
les opérations de Chimie et de Pharmacie
qu'en ma qualité d'élève de la première
section de l'Ecole pratique de Paris j'ai
été admis à pratiquer dans les laboratoires
de la Faculté, en 1798, m'ont singulière-
ment facilité dans mes études physiologi-
( x>riiJ )
ques, et ils me sont d'un grand secours
dans ma pratique médicale (i).
Après avoir suffisamment prouvé l'in-
dispensable nécessité des études classiques
et littéraires, sans lesquelles celles de la
Médecine ne peuvent fructifier, je ferai
observer encore : i° qu'elles développent
avantageusement les dispositions naturel-
les de l'intelligence; qu'elles servent à faire
entrevoir la trempe du génie, et qu'elles
permettent de mettre sous les yeux du
jeune homme qui se destine à l'étude de
la Médecine tous les dangers qu'il aura à
courir, les dégoûts qu'il devra surmonter,
les obstacles sans nombre qu'il faudra qu'il
aplanisse, s'il veut parcourir honorable-
ment la carrière la plus pénible que les
arts et les sciences puissent lui ouvrir.
(i) La rédaction que le savant chimiste français, le
docteur Boulet et moi, avons faite des cours de Chimie,
nous rendent possesseurs de beaucoup de choses inédites
dans les ouvrages des savans que j'ai cités, et auxquels je
dois la plus grande reconnaissance pour l'intérêt qu'ils
ont daigné me témoigner.
( *ix )
Dans la nécessité de ne pas dépasser les
justes limites que m'impose l'étendue du
sujet que je dois traiter, je conclus que
les sciences et les arts ne peuvent faire de
sensibles progrès qu'autant que ceux qui
les cultivent ont eu le soin de s'y disposer
par des études méthodiques, par la possi-
bilité d'y faire concourir toutes les con-
naissances qui y ont ou peuvent y avoir
plus ou moins de rapport.
Sans vouloir donner aux propositions
ci-dessus énoncées tout le développement
qu'elles comportent, je crois, par antici-
pation , pouvoir avancer que la plus belle,
comme aussi la plus utile des professions,
ne s'exerce avec fruit et avec distinction
qu'autant que l'on possède une éducation
libérale, un esprit juste, observateur et
capable de se livrer aux plus sérieuses mé-
ditations.
Medicus sit vir bonus, medendique péri tus.
Sit rerum omnium cultor,
Scientissimus naturae,
In universum minister
Malorum depulsor
Fidusque sanitatis cornes.
( xx )
La somme des idées mises en circula-
tion dans le monde savant est immense, et
dépasse de beaucoup les bornes de l'esprit
et de l'entendement de chaque individu
pris en particulier ; c'est pourquoi il im-
porte à chacun de limiter ses études et de
s'attacher exclusivement à une profession.
Une fois que l'homme s'est fixé à un
genre de travail, l'intérêt de la société
veut qu'il s'y adonne tout entier; son
amour-propre doit lui commander de fuir
la médiocrité, et le médecin doit rappe-
ler à sa pensée qu'il a besoin de s'éclairer
constamment de tous les détails suscepti-
bles d'avoir quelques rapports avec la
conservation de la santé et avec la vie de
ses concitoyens.
La lice médicale se compose de plu-
sieurs stades, dont chaque pas a besoin
d'être fait et successivement compté.
Une juste appréciation des beaux phé-
nomènes de la vie constitue le point de
départ; car, avant de s'élancer dans la
plus pénible des carrières, il faut s'y être
( XXJ )
préparé par des connaissances profondes
en Anatomie et en Physiologie; il faut
s'être mis dans le cas de distinguer chaque
partie de la plus admirable des construc-
tions, de pouvoir juger de l'ensemble des
organes qui la constituent, des lois qui la
régissent et des variations qu'elle peut
éprouver.
Dans la recherche de la vérité, qui se
dérobe si souvent à nos yeux, c'est en pro-
cédant du connu à l'inconnu que la mé-
thode analytique est devenue si fructueuse
dans l'étude des sciences naturelles, et
qu'elle rend les descriptions anatomiques
exactes et précises. En Physiologie, en
Psycologie, et surtout en Métaphysique,
l'analyse est d'une nécesstié absolue, soit
que l'on veuille se rendre compte des phé-
nomènes de la vie, soit que l'on veuille
remonter à la connaissance des merveilles
de l'entendement humain. L'influence du
physique sur le moral et de celui-ci sur le
physique ne peut, dans aucun cas, être
judicieusement appréciée qu'à la faveur des
( xxij )
notions que l'Anatomie et la Physiologie
fournissent. Prise dans toute son accep-
tion et dans le sens le plus rigoureux ,
cette maxime sublime, gravée au-dessus
du portique du temple de Delphes , TvoeQi
(Téctvrôv, est sentie par le jeune médecin
dès les premiers pas qu'il fait dans l'étude
de son art, et se représente sans cesse à la
pensée du psycologiste.
Fondée en grande partie sur l'observa-
tion , l'Anatomie donne aux expériences
physiologiques et comparatives, faites et
souvent répétées sur les animaux, la pos-
sibilité d'expliquer les phénomènes de la
vie, tandis que la Psycologie, en s éloi-
gnant de l'observation anatomique et des
expériences dont s'enrichit la Physiologie,
est forcée de recourir aux raisonnemens ,
afin d'en déduire des conséquences con-
formes à la suprématie de l'homme.
Le plus parfait des êtres créés et leur
dominateur, l'homme, ne leur est pas su-
périeur seulement par son organisation,
mais en diffère essentiellement par le gé-
( xxiij )
nie et l'intelligence : où finit en lui l'être
matériel, commence, se développe et se
perfectionne à l'infini l'être immatériel,
pensant, voulant et agissant. Quelque ad-
mirable que paraisse d'abord la construc-
tion de la machine animale, le psycolo-
giste, éclairé de la Physiologie, apprend à
se convaincre que l'intelligence surnatu-
relle dont l'homme seul est doué offre des
phénomènes bien plus merveilleux encore.
Le don de la pensée, qui lui rappelle sans
cesse son origine, sa destination et le bon-
heur d'une meilleure vie, vers lequel il
doit diriger ses actions, est encore un de
ses privilèges exclusifs.
De même que par la gymnastique on
parvient à développer les forces physiques
et à donner au corps tout l'accroissement
dont il peut être susceptible ; de même,
par des études bien dirigées et judicieuse-
ment coordonnées , les idées naissent, se
rectifient, se classent. L'esprit parvient-il
à se développer, le jugement à se former,
c'est alors que l'empreinte du génie s'im-
( xxiv )
prime, que les conceptions intellectuelles
prennent chaque jour plus d'extension,
et que , par un consensus unanime ,
elles tendent vers un but d'utilité géné-
rale. Les conceptions humaines offrent à
l'observateur attentif des résultats tel-
lement surnaturels, qu'elles suffiraient
pour attester la toute-puissance divine,
si tout dans ce monde n'en racontait les
merveilles.
Indépendamment des précieux avan-
tages que les facultés intellectuelles ren-
contrent dans l'étude du physique et du
moral de l'homme, une infinité de circon-
stances dont il devient possible de tirer
parti au profit de la longévité , prouvent
tout le prix que l'on peut tirer de l'Anato-
mie physiologique.
Comment, en effet, n'être pas persuadé
que quiconque connaît la fragilité des or-
ganes, leur mécanisme, la parfaite har-
monie qui règle le libre exercice des fonc-
tions, entretient la santé et prolonge
l'existence, puisse inconsidérément se li-
( xxv )
vrer à des écarts dont il a la possibilité de
calculer les funestes conséquences ?
Des notions analomico-physiologiques
restreintes, mais exactes, ne peuvent man-
quer de tourner au profit de l'éducation
sociale; car, en apprenant à l'homme le
bon usage qu'il doit faire des moyens mis
à sa disposition, elles lui montrent l'obli-
gation qu'il a d'en user sobrement, de n'en
abuser jamais, et lui commandent impé-
rieusement de dompter ses passions, en
prouvant que la conservation de ses jours
en dépend.
L'étude de l'Anatomie et de la Physio-
logie, universellement répandue , peut de-
venir le véritable écueildu charlatanisme
médical, contre lequel on se récrie avec
juste raison; elle seule peut garantir le
riche et le pauvre, l'artisan et le financier,
de la trop facile croyance qu'ils accordent
souvent aux fastidieux verbiages des em-
piriques.
L'intérêt de l'humanité et l'amour du
bien public sont bien faits pour animer,
( xxviij )
ont le plus judicieusement décrits, en rap-
prochant, les divers points de vue sous les-
quels ils les ont envisagés, les succès les
plus constans qu'ils ont pu obtenir, il de-
vient possible de se créer une opinion , de
se former un jugement, et de s'arrêter en-
fin à des principes fixes et invariables.
Le flambeau de l'observation, à la lueur
duquel on doit toujours se diriger dans la
pratique, ne peut simultanément éclairer
toutes les branches de la Pathologie; ce
n'est qu'après avoir été successivement di-
rigé sur chacune des parties qui en dépen-
dent que celles-ci peuvent être judicieuse-
ment appréciées, et que le praticien peut
en connaître l'ensemble.
Les études classiques et littéraires, celles
des sciences physiques, mathématiques,
naturelles et chimiques, les descriptions
et dissections anatomiques, les expériences
physiologiques, en un mot, tout ce qui
peut rendre familières les connaissances
relatives à l'Hygiène et à la Matière médi-
cale; beaucoup de dextérité , de précision
( xxix )
et de sûreté dans la pratique des opéra-
tions chirurgicales : telles sont les con-
naissances et les conditions indispensables
à celui qui veut se livrer fructueusement à
l'étude de la Pathologie générale et spé-
ciale. Sans elles, il aspirerait en vain aux
précieux avantages que les cliniques pro-
curent au médecin observateur.
C'est pour n'avoir pas calculé la somme
des difficultés et des obstacles à surmonter,
non plus que mesuré l'étendue du chemin
qui doit être parcouru avant d'arriver au
domaine de la Médecine pratique, que plu-
sieurs sont restés bien en arrière, que d'au-
tres n'ont su exploiter ce même domaine, et
que l'ivraie a souvent étouffé les germes
fructueux des saines doctrines.
Dans différens discours, qui ont servi
d'introduction aux leçons d'Anatomie, de
Physiologie et de Chirurgie militaire,
j'ai fait connaître les liaisons intimes qui
unissent les différentes branches des scien-
ces, et j'ai prouvé que, sans des études
premières et fructueuses, la Médecine est
( XXX )
hérissée de difficultés insurmontables :
d'où je conclus que quiconque a la volonté
de s'adonner à l'exercice d'un art qui
exige les plus profondes méditations doit
y sacrifier tous les instans de sa vie.
Occasio praeceps, experimentum periculosum, judicium
difficile.
DE LA MÉDECINE,
CONSIDEREE
COMME SCIENCE
ET COMME ART.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE Ier.
LES principes d'une saine théorie médicale,
l'emploi constamment heureux des moyens thé-
rapeutiques , sont seuls capables de donner à l'art
de guérir un degré de certitude incontestable;
mais que de doutes à éclaircir, que de diffi-
cultés à vaincre avant de pouvoir obtenir quel-
ques succès, et d'arriver à des résultats favo-
rables ! En vain l'on y prétendrait si, du moment
où l'on a formé la résolution de se livrer à l'étude
(2)
de la Médecine, l'on n'a pris en même temps la
ferme et constante résolution de mettre beau-
coup d'ordre dans ses travaux^ de précision dans
ses idées, de perspicacité dans ses observations
et de justesse dans le raisonnement.
Les recherches, les notions les plus exactes
sur l'organisation de l'homme, les expériences
physiologiques, les observations comparatives
au sujet des diverses fonctions exécutées par les
organes qui le constituent, et les lois qui régis-
sent les phénomènes de son existence, ne sont
encore que des moyens d'introduction à l'étude
journalière et approfondie des nombreuses mo-
difications sanitaires ou maladives que le méde-
cin doit savoir reconnaître.
Quand les hommes jugent des faits par ce
qu'ils croient voir en eux, sans se donner la
peine de remonter aux causes capables de les
produire, une sorte de tâtonnement rend leur
marche vacillante, en ralentit la rapidité, et les
éloigne du but qu'ils se proposent d'atteindre.
Ne serait-ce pas infructueusement que l'on vou-
drait expliquer les phénomènes de la vie et
s'en rendre raison, si l'on ne possédait déjà les
notions les plus exactes d'Anatomie ?
Il est facile de concevoir qu'il ne suffit pas de
se borner aux descriptions anatomiques des di-
(3)
vers organes, souvent altérés par la mort il
faut encore en connaître les usages et en appré-
cier les effets.
L'étude des maladies et l'observation clinique
fournissent mille occasions de se convaincre que
ce n'est qu'en remontant aux causes susceptibles
de produire les phénomènes maladifs, aux diffé-
rences qu'ils affectent, suivant les tissus, les or-
ganes et les fonctions influencés, qu'il devient
possible d'établir une méthode naturelle, et de
soulever le voile qui souvent dérobe à nos yeux
les opérations merveilleuses de la nature.
Pour obtenir les mêmes effets, il suffit souvent
d'avoir fait agir les mêmes causes dans des; cir-
constances identiques; si celles-ci ont constant
ment produit les mêmes phénomènes, ayant
égard toutefois à la nature et aux propriétés des
tissus influencés, n'est-on pas forcé de convenir
que l'étude approfondie des systèmes géné-
raux et particuliers conduit infailliblement à
des connaissances positives qui, chaque jour,
éclaireront de plus en plus la pratique médi^
cale?
Puisque, par une influence médiate ou immé-
diate sur un système spécial , sur un organe
ou sur plusieurs à la fois, et d'après certaines
dispositions sympathiques, naturelles ou accideu-
(4)
telles, tout agent mécanique ou spécifique peut
troubler l'ordre des fonctions dont le libre exer-
cice et la parfaite harmonie constituent la santé,
il est permis de conclure : i° que , dans tout état
de choses, il importe de commencer les études
médicales par celle de l'Anatomie physiologique,
pathologique et comparée, en ne perdant jamais
de vue que l'homme est le terme principal de la
comparaison auquel toutes les branches de l'Ana-
tomie doivent être rapportées;
2° Que les expériences physiologiques et les
faits observés dans les diverses circonstances rela-
tives à l'état de santé et à celui de maladie, sui-
vant les époques de la vie, prouvent que les phé-
nomènes de celle-ci sont d'autant développés ,
troublés, diminués ou altérés, que le système
nerveux est ou a été plus particulièrement mis
en jeu;
5° Que, sans s'exposer à tomber dans les erreurs
les plus graves, l'on ne peut se dispenser de don-
ner à l'examen de ce système et aux con-
séquences qui en dépendent toute l'attention
qu'il réclame, puisqu'il peut rendre raison des
faits les plus extraordinaires, servir à lever un
grand nombre de difficultés, et que plus on le
connaîtra, plus constamment aussi l'on sera
heureux dans l'exercice de l'art de guérir.
(5)
La multiplicité des objets dont se compose
l'Anatomie réclame le plus grand ordre dans la
distribution de son ensemble. Exposition, des-
cription, dissections anatomiques, expériences
sur les animaux vivans, inductions, consé-
quences , observations comparatives ; telles sont
les parties essentielles du code anatomique, dont
les sections se composent : i ° de l'Anatomie des-
criptive; 2° de l'Anatomie générale; 3° de la
Physiologie; 4° de l'Anatomie pathologique ;
5° de l'Anatomie comparée.
En se dirigeant presqu'au hasard, sans mé-
thode, sans raisonnemens fixes, et surtout dans
des vues différentes, il n'est pas étonnant que
l'Anatomie ait marché si lentement. Pendant des
siècles, des entraves sans nombre s'opposèrent à
ses progrès ; son utilité ne fut même sentie que
relativement aux opérations chirurgicales. Que
de reconnaissance ne devons-nous pas à ces
hommes qui, animés d'un grand amour pour
l'humanité, et doués d'un courage extraordi-
naire , ont armé leurs mains d'un fer salutaire et
conservateur !
Les travaux anatomiques, quoique ayant eu
pour but les opérations chirurgicales ? condui-
sirent cependant les chirurgiens qui s'y adon-*
nèrent à cette supériorité que n'eurenjt jamais
(6)
les médecins qui limitèrent leurs études anato-
miques à la Splanchnologie.
L'Anatomie, essentiellement fondée sur l'ob-
servation , n'exige pas moins des qualités parti-
culières de la part de celui qui veut s'y adonner;
car il ne suffit pas que le sens de la vue soit mis
en exercice, il faut méditer, réfléchir, comparer,
et établir un parfait rapport entre une fonction
purement physique et un acte intellectuel.
S'il faut beaucoup d'aptitude pour se retracer
dans la mémoire le grand nombre de figures, de
variétés et d'objets dont se compose l'Anatomie,
il faut une bien plus grande sagacité pour en em-
brasser les usages, l'ordre et le mode des fonc-
tions, les rapports que ces dernières ont entre
elles, le but principal pour lequel elles s'exécu-
tent; mais que de tact il faut avoir afin de par-
venir à distinguer le nombre des sympathies des
divers tissus, d'organes, de fonctions, ainsi que
les modifications qu'elles éprouvent ou peuvent ♦
éprouver, les phénomènes qui en résultent dans
les différens temps de la vie, et plus particulière-
ment suivant les nuances que les maladies sont
susceptibles de prendre !
Le grand art d'interroger la nature par de nom-
breuses expériences faites sur les animaux vivans,
ne conduit toutefois à d'utiles résultats qu'au-
(7)
tant qu'il est secondé d'un jugement sain et de
raisonnemens fondés sur l'exactitude des faits
observés.
En remontant par échelons de l'animal le plus
voisin des plantes par sa structure, au plus par-
fait de tous par son organisation , le physiolo-
giste reconnaît bientôt que, si l'homme ne pos-
sède pas un plus grand nombre d'organes que
certains animaux, les organes qui le constituent
sont plus parfaits, l'exécution de ses fonctions
plus régulière, et celles-ci plus nombreuses. En
laissant au psycologiste le soin d'étudier, d'ana-
lyser et de faire l'énumération des progrès de
l'intelligence, le physiologiste doit tenir compte
de l'influence qu'elle exerce sans cesse sur les
fonctions de la vie de l'homme. A peine l'Ana-
tomie et la Physiologie ont-elles appris à l'élève
à connaître l'organisation de l'homme et les lois
qui régissent son existence physique, qu'il doit
chercher à se rendre un compte fidèle et exact
de l'influence que l'homme a le pouvoir d'exercer
sur tout ce qui l'environne, et réciproquement
de celle qu'il est susceptible d'éprouver de la part
des corps de la nature, dans toutes les circon-
stances où il peut se trouver durant sa vie.
Le point de contact entre la Physiologie et la
Médecine d'observation est intime. La première
o
(8)
peut mener à la seconde; mais celle-ci marche-
rait en aveugle, si elle n'était constamment et
toujours éclairée par la Physiologie, Comment,
en effet, juger des nuances variables que pré-
sentent la santé ou les maladies ; comment dé-
terminer les diverses gradations qu'elles présen-
tent; comment enfin donner une juste définition
de ce que l'on doit entendre par maladie, si l'on
ne connaît pas très bien les conditions requises
pour que la santé puisse être réputée parfaite?
La santé régulièrement constante donne sans
doute le plus de probabilité pour la longévité;
tandis que certaines dispositions inhérentes aux
maladies peuvent tendre, les unes vers le réta-
blissement , et d'autres avoir la mort pour terme
final. Ne faut-il pas que celui qui exerce l'art
de guérir sache apprécier l'ensemble des nom-
breux documens au moyen desquels il devient
possible de seconder avantageusement, et en
temps opportun, les lois naturelles, afin d'écar-
ter les accidens maladifs.
L'anatomiste, le physicien et le naturaliste
reconnaissent, expliquent, décrivent tout ce que
chacun d'eux remarque dans cette sublime ma-
chine qui constitue Thomme; le psycologiste s'é-
vertue en distinctions métaphysiques ; le physio-
logiste , s'étayant du raisonnement, reconnaît
(9)
que si tout ce qui environne l'homme semble mi-
liter contre son existence, la prévoyance divine
l'a doué d'un principe expansif surnaturel, au-
quel doivent se rapporter les beaux phénomènes
de sa conservation, etc. (i). S'il est encore im-
possible de soulever le voile dont s'enveloppe
l'instant où le nouvel être est procréé, lorsqu'on
le voit croître, exister» se perpétuer, se conser-
ver pendant un laps de temps à peu près déter-
miné, il devient possible de se rendre compte
des conséquences dépendantes des propriétés vi-
tales transmises par des agens spéciaux.
Il n'entre pas dans mon intention de discuter
sur ce que les physiologistes appellent principe
vital ; il suffît de savoir qu'il semble essentiel-
lement inhérent au système nerveux, soit qu'il
perçoive, qu'il commande ou qu'il fasse exé-
cuter.
Depuis l'instant de la procréation jusqu'à celui
où l'âme s'envole vers les célestes régions; c'est
(i) Les sciences physiques, ainsi que les physiolo-
giques, se composent de deux choses : i° de l'étude des
phénomènes, qui sont les effets ; 2° de la recherche des
connexions qui existent entre elles, et les propriétés
physiques ou vitales, qui sont les causes. (BIGHAT, Ancù-
tomie générale. Considérations générales, pag.. 3/^j),
3..
( io)
le principe vital qui anime les organes et les met
en jeu.
L'intégrité des organes et la régularité des fonc-
tions qu'ils exécutent sont, de la part de certains
d'entre eux, indispensables au libre exercice de
la pensée.
L'intelligence rapproche l'homme du Créateur;
cependant elle peut être plus ou moins troublée
dans ses fonctions, d'après les altérations orga-
niques, ou les interversions dans l'ordre régulier
des fonctions cérébrales, et même de celles des
viscères abdominaux.
Etre privilégié, l'homme doit être étudié sous
le rapport de son organisation physique et sous
celui de son intelligence. De tous les animaux,
il est le plus impressionnable ; aussi recoit-il plus
qu'aucun d'eux les influences des saisons , des
localités, des habitations, des alimens ; il se res-
sent particulièrement des avantages ou des in-
convéniens qu'entraînent la liberté ou l'escla-
vage, la vie domestique ou sauvage. Placé à
l'une des extrémités de la chaîne des êtres animés
avec lesquels il a quelques similitudes au moyen
de son organisation, mais dont il est essentielle-
ment différent par son intelligence, l'homme,
considéré comme un être immatériel, pensant,
voulant et agissant, est susceptible de recevoir
( » )
la commotion et l'élan qu'impriment l'éducation
morale et scientifique. Le vaste domaine du génie
étant une de ses attributions, il s'instruit dans
les sciences, se perfectionne dans les arts , se les
approprie, pour ainsi dire, et les fait fructifier.
( 12 )
CHAPITRE II.
Tous les auteurs ont senti la difficulté d'assi-
gner un rang absolu et rigoureusement déter-
miné à chaque organe, et l'impossibilité d'isoler
et de classer les différentes fonctions. Hippocrate
lui-même, en parlant de l'ensemble de l'exis-
tence de l'homme, dit qu'on ne peut s'en for-
mer une meilleure idée qu'en comparant cet en-
semble à un cercle dont le commencement et la
fin sont toujours de pure convention.
Les obstacles qu'on rencontre dans l'explora-
tion des faits aussi complexes que ceux qui
s'observent dans les différens états par lesquels
l'homme passe depuis sa naissance jusqu a l'époque
de sa mort, amenée par la décrépitude, et bien
plus encore par les phénomènes maladifs, ont dû
long-temps s'opposer à la possibilité d'établir un
ordre précis.
Cependant des hommes doués d'un génie su-
périeur sentirent que, puisqu'il n'existe pas d'ef-
fets sans causes, il convenait d'aller à la recherche
de celles qui entretiennent la vie, afin de pou-
( '3 )
voir en déterminer et en apprécier tous les phé-
nomènes.
L'exploration la plus exacte des différens agens
qui peuvent déterminer les phénomènes de la
vie, les entretenir, les modifier, les altérer ou en
suspendre les effets, quelquefois même les anéan-
tir, se rattache aux connaissances physiologiques,
quoiqu'elle semble plus spécialement appartenir
à l'hygiène et à la théorie de la Médecine.
L'aridité des descriptions anatomiques dispa-
raît pour faire place à un intérêt bien vif, quand
ces descriptions se rattachent aux observations
physiologiques d'une importance réelle. L'ensei-
gnement de l'Anatomie et de la Physiologie fait
que l'une et l'autre s'entr'aident mutuellement,
et de leur ensemble résultent les connaissances
les plus complètes que l'on puisse acquérir au
sujet de l'existence humaine. Les obstacles que
les anciens rencontrèrent et le peu d'expériences
qu'ils firent, ne leur transmirent que des idées
très imparfaites, et ne leur permirent pas de
juger de la nécessité de ne jamais séparer les de'-
monstrations anatomiques des explications phy-
siologiques. Si, parmi les traités d'Anatomie
qu'ils nous ont laissés, quelques livres de Galien
sur l'usage des parties, le Système anatomique
de Collins, quelques fragmens de Sthaahl, les
( i4 )
Instituts de Boerrhaave , l'ouvrage de Borelli sur
les mouvemens , celui de Haies sur la statique
des animaux; si tous ces ouvrages sont encore
dignes de fixer notre attention, c'est que la né-
cessité de réunir l'Anatomie et la Physiologie
paraît avoir été sentie par ces auteurs. Cepen-
dant, quelques droits qu'ils aient à notre recon-
naissance, nous ne devons pas moins regarder
Haller seul comme le fondateur de la Physio-
logie.
Qu'Aristote ait établi la distinction de la vie
en intérieure et commune à tous les êtres vivans,
et en celle extérieure et particulière aux ani-
maux; que par le mot perception, l'immortel
Bacon ait voulu désigner la sensibilité comme le
mobile de la végétation et de l'animalisation ;
que notre illustre naturaliste Buffon ait établi une
différence entre les phénomènes de nutrition ani-
male et ceux des sens intellectuels; il n'en fallait
pas moins arriver à classer les fonctions d'après
le mode le plus conforme à celui suivi par la na-
ture.
Les idées de Blanc sur la vie intérieure et sur
la vie extérieure, les rapports qu'elles peuvent
avoir avec celles de Grimaud, les forces centri-
fuges et les forces contractiles auxquelles Roger
rapporte l'exercice des fonctions, le nombre de
( '5)
fonctions que Vic-d'Azir a imaginé, prouvent
que la nature ne s'astreint pas aux classifications
métaphysiques faites par les auteurs, quoiqu'elles
soient d'un très grand secours dans la recherche
et dans l'explication des phénomènes de la vie
humaine.
Dans les classifications long-temps adoptées par
les physiologistes, rien n'établit mieux la démar-
cation qui existe entre les animaux et les végé-
taux, que la locomotion ainsi que l'action des sens.
Sans porter aucun jugement au sujet des clas-
sifications établies par MM. Mauduys, Cuvier,
Dumas et Chaussier, je crois pouvoir faire obser-
ver qu'elles offrent de grands avantages pour la
science, puisqu'elles peuvent servir à rassem-
bler ses élémens.
Un grand nombre de mains avaient travaillé à
l'édifice. Les unes avaient creusé les fondemens,
les autres avaient rassemblé les matériaux ; mais
le génie sublime de Bichat en a calqué le plan,
posé les bases, et confectionné les principales
clefs. Je puis dire que Bichat a fait pour les
sciences physiologiques et médicales ce que le
grand Newton avait fait avant lui pour les
sciences physiques.
En animant, pour ainsi dire, un domaine
aride, et qui a toujours quelque chose de re-
( -6 )
poussant, la Physiologie ajoute un grand intérêt
à la connaissance des objets que la mort livre
aux recherches anatomiques.
Après avoir scrupuleusement rassemblé les
objections avancées pour et contre l'enseigne-
ment de l'Anatomie et de la Physiologie réunies,
je suis resté pleinement convaincu des avantages
de ce dernier mode, surtout lorsque le profes-
seur a le soin de commencer par décrire exacte-
ment les organes dans l'ordre respectif des fonc-
tions avant de faire aucun commentaire et d'en-
trer dans aucune explication physiologique. On
ne peut nier que les démonstrations anatomiques,
en transmettant de justes idées au sujet de la
forme des parties organiques, de leur position,
de leurs rapports, de leurs usages, ne communi-
quent le besoin de connaître leur emploi, lesfonc-
tions qu'elles exécutent, et de préciser les consé-
quences qui en dérivent ; car comment, en Méde-
cine pratique, pourrait-on tirer des conséquences
utiles de l'appréciation des fonctions, si Ton n'a
précédemment appris quels sont les organes ca-
pables de les produire, l'influence des agens sur
ces organes, et celle des nerfs susceptibles de les
modifier? Il est donc facile de comprendre que
l'étude de l'Anatomie est une sorte d'introduc-
tion à la Physiologie, et que l'une et l'autre sont
('7)
les seuls et véritables guides qui puissent diriger le
médecin dans la pénible carrière de l'observation
et de la pratique.
L'Anatomie descriptive, dont le domaine
comprend l'organisation animale, est essentiel-
lement fondée sur des recherches pratiques et sur
l'observation comparative, non-seulement par
rapport à la différence que les organes peuvent
offrir dans l'homme et dans les animaux, mais
encore relativement aux altérations que les or-
ganes éprouvent à la suite de certaines maladies.
Ainsi, l'organisation animale, dans tout son en-
semble, veut être exploitée partie par partie, puis
réunie par fractions, pour les fractions être com-
parées entre elles, et le produit être indiqué
sommairement.
Beaucoup plus spéculative, mais non moins
utile, la Physiologie ne se borne pas à de simples
observations et à des applications rigoureuses des
faits obtenus par les expériences faites sur les
animaux vivans ; elle s'en sert comme du meil-
leur moyen qu'elle puisse avoir pour parvenir à
déterminer le plus approximativement possible
l'influence exercée sur le système nerveux, et
déjuger de son mode de réaction. En admettant
les phénomènes naturels comme des conséquences
dépendantes de principes invariables, le physio-
( i8 )
logiste s'attache à distinguer les nombreuses mo-
difications offertes par les fonctions de la vie,
suivant que les organes qui les exécutent ou y
concourent se trouvent plus directement placés
sous la dépendance de tels ou tels nerfs, et que
ceux-ci appartiennent à l'une ou l'autre des
grandes divisions encéphaliques, vertébrales ,
trisplanchniques, ou qu'ils naissent des ganglions
et des plexus. Les dissections les plus minu-
tieuses de toutes les parties du système nerveux,
ainsi que les recherches les plus exactes, sont
indispensables pour éclairer l'observation anato-
mique; elles facilitent et perfectionnent les expé-
riences physiologiques; elles fournissent desdo-
cumens certains, et elles donnent en même
temps la possibilité de concevoir comment les
perceptions et leurs transmissions s'opèrent, la
volition détermine les mouvemens volontaires,
et la tonicité concourt à l'exécution des fonc-
tions de nutrition. Les rapports que les innom-
brables irradiations nerveuses établissent entre
les systèmes et entre les organes une fois connus,
il devient possible de se rendra compte des di-
verses sympathies.
C'est en procédant dans cet ordre que les ana-
tomistes et les physiologistes modernes sont par-
venus à reconnaître :
( ig)
i°. Que la sensibilité et la contractilité actives
émanent des paires de nerfs qui tirent leur ori-
gine du cerveau et de ses dépendances;
2°. Que la contractilité organique manifeste
est exercée par l'influence du trisplanchnique ;
3°. Que la contractilité et la sensibilité orga-
niques insensibles s'observent dans les tissus et
dans les organes qui reçoivent des irradiations
nerveuses des divers ganglions et de leurs plexus.
Tel est le résultat du parfait ensemble qui se
rencontre dans l'organisation de l'homme, que
le moral agit sur le physique, et celui-ci sur le
moral. In corpore sanOj mens sana.
En partant des conséquences qui permettent
de remonter aux principes, et de ceux-ci aux
faits conformes aux lois naturelles, il est possible
d'établir une classification méthodique des fonc-
tions de la vie.
Voir, ouïr, distinguer les odeurs et les saveurs,
juger de la propriété des corps et de leur com-
mensurabilité, les explorer, pour ainsi dire, par
le toucher, percevoir et juger des impressions
agréables ou pénibles, vouloir et avoir le pou-
voir d'agir, de moduler des sons, d'exprimer
oralement des pensées, être spasmodiquement ou
convulsivement ému, ou plus ou moins frappé
de paralysie : telles sont, en abrégé, les consé-
(20)
quences morales et physiques résultant de l'in-
fluence exercée réciproquement, et dont les phé-
nomènes dérivent de la sensibilité et de la con-
tractilité actives, lesquelles constituent la pre-
mière division des fonctions.
C'est sans doute à cause des avantages que
l'homme sait en tirer que les physiologistes mo-
dernes ont désigné l'ensemble de ces fonctions
sous les dénominations de vie animale, de vie
active ou de relation. Je pense devoir adopter la
dernière distinction, parce qu'elle rend mieux
l'idée de l'exercice des fonctions dépendantes de
la sensibilité et de la contractilité.
Faire subir aux alimens des changemens au
moyen desquels une partie se trouve animalisée
et d'autres sont expulsées au dehors ; faire que le
sang se vitalise et soit classé dans des tubes parti-
culiers ; sécréter les urines et les transmettre au-
delà de leurs réservoirs par des interventions ou
accroissemens ; déterminer les vomissemens, les
diarrhées et les nombreuses variétés que le pouls
offre dans les maladies ; donner une impulsion
toute particulière à la circulation capillaire ; trans-
mettre aux organes spéciaux la faculté de sécréter,
d'absorber ou d'exhaler, ainsi que celle d'assimila-
tion nutritive : tels sont en générallesphénomènes
qui constituent la deuxième division des fonc-
( 2> )
tions qui se trouvent sous l'influence directe de la
contractilité organique et de l'affinité vitale.
Destinées à développer, à nourrir, à entre-
tenir et à conserver les organes , les fonctions
qui appartiennent à la seconde division consti-
tuent la vie organique, ainsi appelée par Bichat,
et à laquelle Buisson a cru que la dénomination
de la vie de nutrition convenait mieux.
Quoique les deux premières divisions offrent
des séries bien distinctes, elles ne sont pas moins
réunies par mille points de contact qui concou-
rent à un résultat final et essentiel.
Les fonctions de la troisième division n'offrent
pas seulement des différences par rapport à la
génération, mais encore relativement au sexe,
ou suivant qu'elles concourent à la procréation
de l'espèce, qu'elles servent à son développement
dans le sein de la mère, à l'accouchement et à
la lactation.
Les organes connus, les fonctions déterminées,
leur ensemble entrevu, l'on parvient à recon-
naître, i°. que l'intelligence, 20. que la conser-
vation des organes, 3°. que la propagation de
l'espèce humaine, sont les trois points cardinaux
auxquels il faut toujours remonter dans les phé-
nomènes de la vie de l'homme.
La classification établie sur ces données