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De la Nécessité d'un second théâtre français, par le Bon de Cès-Caupenne,...

De
32 pages
Barba (Paris). 1832. In-8° , 34 p..
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DE LA NÉCESSITÉ
D'UN
FRANÇAIS.
DE LA NÉCESSITÉ
D'OS
SECOND THÉÂTRE
FRANÇAIS,
DIRECTEUR DU THÉÂTRE DE L'AMBIGU-COMIQUE.
Et parce qu'on rit quelquefois
;aux^ jeux du théâtre, on croit qu'il faut
/^irVaussi des affaires du théâtre.
f ■t^-j BAUMARCHÀIS.
PARIS,
BARBA, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
DERRIÈRE LE THEATHE-FRANÇA 1S.
1852.
TARIS. —IMPRIMERIE DE DONDE Y-DU PRÉ,
Rue Saint-Louis, N° 46, au Marais.
J'ai cru voir dans ces deux grandes daines les Muses du
boulevart et de la comédie française. Qu'on ne s'étonne donc
pas si la voix qui parle au nom des lettres est celle d'un direc-
teur de l'Ambigu! Cherchez maintenant où s'agite le poignard
du mélodrame. Eh mon Dieu ! la rue Richelieu n'est-elle
pas venue voler les habits et l'échafaud du boulevart?
Croisons-nous sur la route ; passez , madame la Comédie-
Française, le public n'y prendra garde : Il ny aura rien de
nouveau, seulement je monterai cl mus descendrez.
icl Décembre ]83ri.
DE LA NÉCESSITÉ
D'UN
FRANÇAIS-
QUELQUES OBSERVATIONS SUR L'ART DRAMATIQUE ET LA
DÉCADENCE DES THÉÂTRES A PARIS.
EN écrivant ces réflexions, j'avais d'abord le
projet de les dédier au ministre des beaux-arts ;
mais que m'en reviendra-t-il, si je vais, courbé
de respect, les déposer sur le bureau de son
excellence?... Oubli total!... Le ministre accep-
terait-il mon oeuvre? Daignerait-il y jeter un
coup-d'oeil distrait et préoccupé? Pourrait-il,
même en m'approuvant, détruire le mal et faire
le bien que je propose? Voilà ce que je ne veux
pas examiner. Les ennemis de son excellence
disent d'ailleurs qu'il ne lit guère que les arti-
— 8 —
clés où l'on attaque sa conduite avec injustice
et malveillance; il ne lirait donc pas ces lignes,
car ma plume, vierge encore d'outrages, ne se
trempera jamais dans la boue; et je ne suis pas
d'avis que ce soit une condition pour être
écouté, de mettre l'impolitesse et l'injure à la
place du savoir-vivre et des raisonnemens.
C'est donc au public que je m'adresse; au pu-
blic , juge en dernier ressort de nos actions et, de
nos écrits, et dont la balance équitable ne penche
jamais sous le poids de l'or ou de l'intrigue. Par
ce moyen , hors d'atteinte de tout reproche, dé-
gagé même des soupçons de flatterie ou d'inté-
rêt personnel, cette brochure ne paraîtra plus
aux yeux du ministre des beaux-arts, et de la
commission des auteurs, auxquels j'aurai l'hon-
neur de la soumettre, que comme l'oeuvre con-
sciencieuse d'un homme désireux de bien faire.
C'est un malheureux siècle que celui où nous
vivons,, Les mots gloire et honneur ne sont plus
que des mots qui frappent l'air d'un vain son;
— 9 —
ils ne vibrent plus avec force que dans l'ame de
quelques artistes, que nous admirons malgré
nous, mais avec le sourire d'une orgueilleuse
pitié. Un mot seul maintenant trouve de l'écho
dans la foule ; il est prononcé par toutes les bou-
ches; c'est le but de toutes nos ambitions : AR-
GENT! Aussi, je suis persuadé que le ministre,
avant même d'ouvrir la première page de ce
premier opuscule sur le théâtre ; avant de savoir
si l'on y propose des mesures gratuites, des
moyens d'honneur, et, qui plus est, des éco-
nomies, croyant déjà voir tendre la main, et
mendier une aumône hypocrite et personnelle
au nom des beaux-arts, se pressera de répondre :
— « Impossible, je n'ai pas d'argent. »
Qu'il se rassure; ceci est l'oeuvre d'un homme
ardemment épris de notre gloire littéraire, soeur
jumelle de cette autre gloire des champs de
bataille; c'est le fruit des graves études aux-
quelles il consacre sa vie*; c'est l'oeuvre d'un
* Cet opuscule n'est que le premier de ceux que j'ai l'intention cîe pu-
blier sur l'art dramatique et la situation malheureuse îles llieâlrcs.
— .10 —
homme qui n'a qu'une seule ambition, celle de
ranimer les étincelles de ce feu divin, qui ne
devrait jamais s'éteindre dans nos âmes, comme
chez les anciens il brûlait sans cesse sur l'autel
sacré de Vesta.
L'art ne meurt en France que parce que ce
n'est pas lui qu'on encourage, mais ceux qui
vivent à ses dépens. Depuis nombre d'années ,
les ministres ont fait comme ces braves gens
qui, pour aller plus vite , paient fort cher des
postillons ignorans et fripons. Simples qu'ils
sont! ils ne s'aperçoivent pas que, lorsque le
guide est trop lourd et trop bien lesté, le chaî-
ne se traîne que plus lentement, et finit par res-
ter dans l'ornière. Cette comparaison esttriviale :
elle est juste du moins; qu'on me pardonne de
la suivre encore. Les hommes de lettres, les
auteurs, qui seuls devraient conduire notre char
littéraire dramatique moderne, ne sont-ils pas
en droit de dire à ces postillons malhabiles,
s'agitant ainsi que la mouche du coche, et
s'empressant à ne rien faire (appelons ici les
choses par leur nom) : « Pensez-vous, messieurs
les directeurs et acteurs subventionnés , que les
secours du ministre nous profitent beaucoup à
nous qui ne les recevons pas? Est-ce dans cette
source où d'autres vont étancher leur soif tou-
jours renaissante, que nous irons puiser espoir
et courage? Allons-nous pâlir à l'oeuvre, consu-
mer nos veilles et brûler l'huile de nos lampes,
pour que d'autres recueillent le fruit de ces
veilles et de ces fatigues ? Allons-nous donc en-
fin apporter sur les scènes de vos théâtres des
ouvrages, travail de longues années , pour vous
voir en entendre à peine une lecture rapide , les
rejeter avec dédain, et donner sottement la
place due au mérite à une coterie d'intrigans et
de flatteurs ? Non, non, grands seigneurs à
grosses subventions , vous n'avez pas besoin
d'oeuvres méritantes et consciencieuses pour
marcher; des pauvretés vous suffisent; mar-
chez avec, en voilà ! prenez ! 11 n'y a plus de
gloire sur votre affiche, il n'y a plus d'honneur
dans vos salles!
— 12 —
Si ce langage paraît sévère, on est forcé de
convenir qu'il y a justice et raison à messieurs
les auteurs de parler ainsi, quand ils voient
sous leurs yeux des comédiens auxquels on
paie leurs dettes (parce qu'on s'y est obligé),
et qu'on ne songe pas à honorer ceux qui pour-
raient employer plus dignement leurs talens.
M. le ministre des beaux-arts n'ignore pas
cependant que tous les pays gouvernés par de
grands hommes, ont accordé une protection
brillante aux arts et aux lettres; aux lettres,
qui sont faites pour adoucir nos esprits, et les
empêcher de retomber dans la barbarie des
vieilles moeurs; aux lettres, qui ne furent ja-
mais ingrates envers leurs Mécènes ! Il n'ignore
pas que les palmes littéraires sont belles au
front des nations policées ; il n'ignore pas que
c'est par elles que le siècle d'Auguste est de-
venu à jamais célèbre; que notre Charlemagne,
à nous , s'est plus illustré par les égards qu'il a
montrés pour les savans et les lettres , que par
ses conquêtes; que Frédéric-le-Grand se garda
— 15 —
bien de ne pas joindre ce puissant ressort poli-
tique à ceux de son administration militaire,
que. Louis XIV leur dut sa grandeur ; Catherine
l'oubli de tant de crimes ; que Napoléon, enfin ,
qui ne fit jamais rien d'inutile , Napoléon sut les
protéger, les écouter au milieu du fracas de ses
armes, de ses victoires et de ses triomphes. Sous
ces gouvernemens, les lettres eurent de l'éclat,
parce qu'elles furent honorées; car voilà ce
qu'elles demandent : de l'honneur! Elles coû-
tèrent peu, rapportèrent beaucoup. On n'osait
pas alors en faire un métier; on ne les eût pas
étiquetées dans les cartons du ministère du com-
merce ; — mais le ministre au moins n'est pas
obligé de les traiter comme une marchandise.
Il faut les relever au lieu de les avilir de plus
en plus! Mais par quels moyens? Par le con-
cours, par l'estime, par l'émulation. Pourquoi,
si l'on veut de bons ouvrages, car ce n'est pas
le talent qui manque, au lieu de subventionner
les acteurs, n'offre-t on pas un prix de cinq mille
francs, par exemple, à chacun des six meilleurs
—■ ÎA
ouvrages dramatiques de l'année, qui auront
réussi et dépassé vingt-cinq représentations, en
attirant la bonne compagnie aujourd'hui ef-
frayée et repoussée du théâtre? —Je garantis
que, pour ce prix, quarante auteurs vont entrer
dans la lice ; ce sera quarante plumes qui, au lieu
d'écrire chacune six ouvrages du génie actuel,
dont, à peu d'exceptions près , il ne reste que
du scandale, écrirontdans un sens honorable, et
capable de rappeler le public de choix dans l'en-
ceinte dramatique abandonnée; ce sera quarante
auteurs qui, dans le noble espoir de se faire un
nom valant alors quelque chose, se livreront à
des études sérieuses; ce sera quarante jeunes
gens par an qui, visant à un but glorieux et
beau, ne se jeteront pas dans le libellisme ro-
mantique indécent (car il en est de deux sortes),
et qui enfin pourront élever quelques monu-
mens nouveaux à notre gloire nationale, et
illustrer leur vie par des oeuvres capables de re-
créer la bonne société et son esprit... Recréer!...
nous en sommes réduits là... C'est une nouvelle
création qu'il faut faire en effet. L'urbanité si