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De la Régénération de la France...

De
28 pages
Impr. coopérative (Reims). 1872. In-8° , 30 p..
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DE LA
RÉGÉNÉRATION
DE LA FRANCE
Tiré un exemplaire sur parchemin.
A. BARBAT DE BIGNICOURT
SOCIÉTÉ D'AGRICULURE, COMMERCE, SCIENCES ET ARTS
DU DÉPARTEMENT DE LA MARNE
DE LA REGENERATION
DE LA FRANCE
TRAVAIL HONORÉ DE LA MÉDAILLE D'OR
Au Concours de 1872
IMPRIMERIE COOPÉRATIVE DE REIMS
(Société anonyme
24, RUE PLUCHE, 24
1872
SUJET MIS AU CONCOURS
Quels enseignements doit-on tirer des malheurs qui
pèsent sur la France, en vue de sa régénération
future ?
Indiquer les efforts à faire pour arriver à ce
noble but.
DE LA RÉGÉNÉRATION
DE LA FRANCE
In arduis constans.
Les malheurs qui pèsent sur la France sont
dus à plus d'une cause ; les enseignements qu'on
doit tirer de nos désastres, en vue d'une régé-
nération future, sont aussi de plus d'une sorte.
Parmi les causes de nos malheurs, se trouvent
au point de vue moral :
La perte de tout respect ;
Notre amour-propre excessif ;
L'absence d'un principe gouvernemental in-
contesté ;
L'esprit de révolte enfin, engendré partout, et
— 8 —
dans toutes les classes, par nos révolutions suc-
cessives.
Au point de vue des faits, les canons prus-
siens valaient certainement mieux que les nô-
tres ; les Allemands étaient plus nombreux que
nous; leurs arsenaux regorgeaient d'armes,
tandis que les nôtres étaient vides ; mais si ces
armes étaient mieux trempées, le caractère de
ceux qui les portaient avait aussi reçu ce bain
de fer qui ne reconforte que ceux qui ont l'a-
mour du devoir et le respect de la discipline.
Il faut nous dire, si nous voulons reconstituer
la France, en tant que patrie territoriale et
morale, que la victoire aujourd'hui n'appartient
plus, sur les champs de bataille, aux plus im-
pétueux et aux plus braves, mais surtout aux
plus instruits et à ceux qui savent le mieux
obéir.
Nous devons encore renoncer à nous croire,
de très-bonne foi peut-être, le premier peuple
du monde ;
Redevenir plus humbles ;
Nous mieux instruire.
Enfin il est nécessaire que nous nous ratta-
chions tous à un même principe gouvernemen-
tal : Monarchie ou République. J'appuie sur
ce mot principe, parce que les principes sont
— 9 —
nécessaires aux sociétés. La révolution n'est pas
un principe : c'est le contraire de ce qui est un
principe. Il faut rompre avec elle bien définiti-
vement. Quand tout le monde, en France, res-
pectera un pouvoir reconnu et admis par tous,
un grand pas sera fait sur le terrain de la re-
constitution nationale. Il ne fallait que voir ou
entendre les Prussiens parler de leur roi, pour
comprendre à quel point leur armée était unie
et quelle force elle puisait dans le respect du
principe d'autorité.
Ces données posées, nous sera-t-il permis de
les développer ?
2
10
I.
Il est incontestable que c'est à la révolution
que nous devons cet esprit d'indépendance mal
entendue qui caractérise aujourd'hui notre na-
tion. Je ne parle pas de la révolution incarnée
dans une date, comme celle de 89, qui pouvait
servir de point de départ à une réforme admi-
rable ; je parle de la révolution considérée comme
un droit, pour chacun, aujourd'hui, de toujours
substituer un nouvel état de choses à celui qui
existe.
On en est arrivé, en France, grâce à cet
esprit d'opposition à tout et à tous, à ne plus
croire à rien — surtout dans les masses — si ce
n'est au succès. Le respect de l'autorité, dont je
parlais tout à l'heure, a diminué d'autant ; avec
lui s'en est allé le respect de la famille, puis
celui de la religion, puis celui du mérite et
aussi de la valeur personnelle. On a partout ad-
mis un même niveau d'orgueil et de vanité ;
l'oubli du devoir est alors venu. La légèreté de
11 —
notre caractère aidant, — et aussi notre amour-
propre, qui est démesuré, je le répète, — nous
nous sommes crus, très-sincèrement, supérieurs
à nos voisins et à tous nos rivaux. De là à sup-
poser, après les victoires du premier empire —
qui toutes, hélas ! n'étaient pas fondées sur le
bon droit — que nous ne pouvions plus être
vaincus par personne, il n'y avait pas loin.
Nous en avons été fermement convaincus, et on
eût traité de fou, au mois de Juillet 1870, celui
qui eût admis que la France pût être militaire-
ment frappée comme elle l'a été. Notre vanité
seule suffisait d'ailleurs à nous entretenir dans
une illusion fatale.
L'absence d'un principe gouvernemental in-
contesté, inhérent à la tradition nationale, et
aussi l'acquiescement de la plus forte partie de
la nation, indifférente ou légère, à la doctrine
moderne si dissolvante qui accepte, en matière
d'origine des gouvernements, « les faits accom-
plis, » ont achevé de pervertir l'esprit public.
Le niveau moral a baissé. On en est venu à ne
plus distinguer le juste de l'injuste. Et, comme
les choses de la famille ont plus de connexité
qu'on ne croit avec celles de l'Etat, les secondes
étant quelque peu laissées au hasard, les pre-
mières le furent aussi : on ne se dit plus qu'il
fallait être honnête, on s'ingénia surtout à de-
venir habile.
— 12 —
Personne n'admettant plus que son voisin
pût valoir mieux que lui, on crut au Dieu ha-
sard,— et le mot de Fouquet : Quo non ascen-
dam, devint la devise de tous ! Le droit —
dans le noble sens et dans le sens strict du
mot — n'existant plus, dans les choses du gou-
vernement, qu'à la condition d'être subordonné
à la chance ou à la force, chacun entendit se
faire un idéal moral à sa façon, et tous eurent le
même but : arriver !
L'esprit de foi, d'un autre côté, s'en était
allé au contact des idées d'égoïsme ou de ré-
volte et ceux qui obtenaient de belles positions
paraissaient seuls enviables. Le mot : honnête
homme, était devenu pour beaucoup, synonime
d'homme crédule ou arriéré. Chacun se croyant
apte à tout, personne n'admit plus de contrôle
ni de remontrances.
Le progrès — mot bien souvent vide et creux
— servit d'excuse à tous ces novateurs. Ne
fallait-il pas être de son temps ? Ainsi parlaient
tous ces contempteurs des vieilles idoles. Etait-
il donc si nécessaire d'aller a l'Eglise ? Les fem-
mes se chargeaient de ce soin! Les parents,
c'était bien de les respecter ; mais enfin on en
savait plus qu'eux ?... Quelle raison avait donc
le pouvoir de demander qu'on lui obéît ? N'était-
il pas lui-même le produit d'une révolution,
d'une émeute ou d'un coup d'Etat ?