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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMONPRESS
Heudington Hill HaU, Oxford OX3 OBW, UK
D Ë L A
RELIGION NATURELLE,
ou
DES RAPPORTS DE. L'HOMME
AVEC LA DIVINITÉ.
A It Charles-César R O B I N.
L'instruction forme l'opinion et l'opinioa
forme les mœurs.
A PAR 1, S
ï> E L'IMPRIMERIE DE LEMAIRÏ,
Tue d'Enfer n°. T4T.
AN 6 z>£ ia RirtiBiiQDi.
INTB.OD UC TIO-N".
V_>'EST EN PRÉSENCE DE l'EîEE
Suprême que le Peuple Français a
proclamé la déclaration des droits et
des devoirs de l'homme et du citoyen.
Le Peuple Français a donc reconnu
qu'il devoit exister des rapports entre
l'homme et la Divinité. Quels doivent
être ces rapports ? La déclaration des
droits et des devoirs est fondée sur
la nature donc ces rapports selon
les Français, doivent être fondés sur
la nature.
La nature n'est ici comme on voit,
que l'intermédiaire entre la Divinité
et les hommes, et ce n'est qu'à çe^
titre qu'elle peut être le guide sacré
c'est-à-dire, le guide obligatoire des
droits et des devoirs de l'homme, car
k nature agit passivement, et aveuglé-
ment elle ne peut donc obliger àés
être libres et intelligens que* comme
interprète des volontés de l'Etre Su-
prème. Ainsi la Liberté, l'Eu
la Sûreté la Propriété quoique fon-
dées sur la nature n'ont leur garantie
que dans l'existence de l'Etre Suprême.
Ainsi, sans l'existence de l'Etre Su-
prême, les peuples n'ont plus de titres
sacrés la Liberté ( 1 ) •
(1) Une association d'athées finiroit par r
tomber bientôt sous le despotisme, parce
que le plus adroit et le plus ambitieux
n'auroit pas de frein pour l'empêcher d'as-
servir ses semblables et ses semblables
scroient .sans énergie pour réprimer ses
attentats n'attendant rien et ne craignant
rien d'une autre vie, ils ne voudroient
donc rien faire en sa faveur, et ils ne
Youdroient pas non plus risquer celle-ci
qui fait leur espoir, pour conserver une
liberté dont ils courreroient le risque de
»e pas )ouïr, >
(5)
Puisque la nature est c les Fran-
çais l'interprète de la D vinité dans
les principes de leur législation elle
doit être bien plua nécessairement
l'interprète de la Divinité dans les
principes de leur morale car la lé-
gislation n'agit sur l'lzornme que par
intervale seulement sur quelqu'unes
de ses actions et par des moyens
coactifs; mais la morale ne peut
jamais quitter Ph anime elle le suit
dans toutes ses actions privées et
publiques, même dans ses affections
les plus secrètes elle l'éclairé Fin-
vite, le presse mais ne le force pas.-
Il faut donc ici pour l'homme un
guide aussi sûr et plus a^èidu. Or
la nature peut seule être constamment
avec l'homme et l'éclairer toujours
c'est donc la nature que les Français
doivent prendre aussi pour être l'in-
terprète de la Divinité dans les prin-
cipes de leur morale.
̃̃(•*>
Tél est l'important objet que je nie
propose dans cet ouvrage. Si j'ai at-r
teint mon bot j'aurai bien mérité de
ma patrie et de l'humanité 'entière
si je ne l'ai point atteint pleinement
j'aurai du moins dirigé les vues de
mes concitoyens sur l'objet le plus
important à leur bonheur et à leur
gloire. La seule morale peut conso-
lider .l'édifice de la Constitution, elle
seule peut en servir de clef et en as-
surer la durée.
0 D E L A
RELIGION NATURELLE,
o u
DES RAPPORTS DE L'HOMME
AVEC LA DIVINITÉ
.Li'AUTEtm de la nature a ordonné si sage-
ment l'univers que rien n'y est inutile
toutes les parties se servent mutuellement
toutes concourent à l'harmonie générale.
Tout est tellement lié que la plus petite
portion ne pouroit^être supprimée sans que
le grand tout n'en fut dérangé. L'insecte, le
brin d'herbe les poussières qu'emportent
les vents ont leur rang marqué, leurs fonc-
tions nécessaires ainsi qué ces astres qui
roulent majestueusement dans l'espace.
Chaque être organisé, est doué de facul-
tés, qui ont en même tems pour fin et leur
conservation particulière et l'utilité géné-
rale. Le lion, par exemple, qui vit sous des
climats chàuds qui est agile, ardent cou-
rageux, qui est armé de griffes et de dents
meurtrières, estainsi organisé pour sa con-
servation, parce que sous ces climats, il lui
faut atteindre, combattre et terrasser des ani-
maux forts et agiles, pour satisfaire sa vora-.
cité. En même tems aussi il- sert par cette
organisation l'intérêt général, car il arrête
la trop grande multiplication de plusieurs
espèces qui deviendroient nuisibles à
d'autres espèces qui seroient aussi préju-
diciables aux végétaux, et qui souvent
encore répandroient la contagion, lorsque
la faim ou des épidémies les feroient périr
en grand nombre. lien est dç même du
loup et du renard pour les climats tempérés,
de l'aigle du vautour et des autres oiseaux
de proie pour la classe des animaux aîlés.
L'araiguée pour les insectes qui, dans l'au-
tomne, couvre les champs de ses longs fils
argentés pour saisir sa proie détruit en
même tems d'innombrables ennemis qui
auroient anéanti l'espérance du labou-
( 9)
Si l'organisation des êtres a ce double
but de servir à leur intérêt particulier et à
l'intérêt général, celle de l'homme si supé-
rieure aux autres, cette intelligence qui met
entre' lui et tous l,es animaux une si grande
distance doit donc avoir aussi ce double
but. L'homme est né avec plus de besoins
que tous les autres animaux il lui faut de-
quoi se couvrir, puis qu'il n'est couvert que
d'une peau mince et délicate il lui faut des
abris spacieux pour ses provisions et pour
lui, puisqu'ayant une longue enfance il a
besoin d'être long tems ou toujours en so-
ciété, il lui faut pourvoir à son existence par
des moyens qui varient selon les climats et
les contrées, puis qu'il est destiné à habiter
tous les points du globe. L'homme avec des
besoins incomparablementplus étendus que
ceux des autres animaux, a donc eu aussi
besoin d'une intelligence incompara:blement
plus grande. Mais cette faculté en même-
tems qu'elle le sert d'une manière si éten-
due, doit aussi servir à l'utilité générale
d'une manière proportionnée autrement
l'homme seroit dans l'univers une exception
odieuse. Tous les hommes ont présentis cette
destination finale de leur intelligence; mais
(,le)
si nous parcourions les raonumens de l'hîs-
foire nous verrions combien ils se sont
étrangement mépris. Presque tous l'on fait
consister dans des pratiques inutiles, fri-
volets, ridicules, dangereuses et souvent bar-
bares. Et un très-grand nombre, dans ces
contemplations mistiques qui ont fait naître
des opinions si absurdes et si dangereuses.
Ce n'est donc ni dans le témoignage ni
dans l'opinion des^ hommes qu'il faut cher-
cher à reconnoître cette destination finale
de l'intelligence c'est dans la seule nature
toujours simple toujours vraie et toujours
constante dans ses vues. Interrogeons -là
donc.
Le lion, avons nous dit, en s'occupant de
sa conservation', remplit en même tems sa
destination finale j il détruit pourse conser-
ver, cette destruction le rend utile à l'ordre
général puis qu'il empêche ainsi des mul-
tiplications d'espèces d'animaux qui se-
roient devenues nuisibles par leur, trop
grand nombre. La destination du lion est
donc la destruction, c'est donc pour cela que
le lion a été créé c'est donc pour cela qu'il
a été doué de force de courage qu'il a été
armé de griffes et de dents tranchantes. Exa-
minons par les mêmes moyens la destina-
tion de l'homme. Pour satisfaire à ses nom-
breux besoins et à ceux ce`sa famille, quel
usage est-il obligé de faire de son intelli-
gence ? Il se rend maître des productions
de la nature, il sème plante, cultive. Que
.résulte-t-il de cela ? Que ces productions
sont améliorées, que la fécondité de la terre
est augmentée que sa surface est ondée et
embellie. Ainsi de même que la destination
du lion est la destruction la destination de
l'homme est de féccnder, d'orner et d'em-
bellir la terre c'est donc pour cela qu'il a
reçu l'intelligence, qu'il a été soumis à tant
de besoins qu'il a été créé. S'il n'avoit pas
été nécessaire de détruire le lion n'auroit
pas été créé s'il n'avoit pas été nécessaire
\de féconder, de conserver et d'embeliir
rhomme n'auroit pas été créé. V oilx donc
la destination de l'homme sa mission sur
la terre bien clairement établie.
Les hommes ont il est vrai employé
souvent leur intelligence à féconder, con-
server et embellir, mais ils n'ont v a là que des
moyens utiles pour eux, ils n'ont pas été
jusqu'à découvrir ce dernier but, cet avan-
tage général de la nature, ils n'ont donc pas
<>
reconnu que si la nature n'a voit pas eu Be-
soin dé leur intelligence pour cet objet, ils
n'y auroient pointété^ppelés. Ainsi, sem-
blables au lion qui détruit pour son utilité,
sans savoir quCil sert aussi la nature, les
hommes ont aussi fécondé et embelli pour
leur utilité sans savoir qu'ils-servoient aussi
la nature.
Cependant si ce but final avoit été recon-
nu des hommes combien d'avantages en
seroient résultés.pour eux combien d'er-
reurs il auroit fait disparoître combien de
vérités il auroit fait découvrir combien
d'abus il auroit fait corriger Nous ferons
appercevoir quelques-uns de ces heureux
résultats mais revenons à montrer par les
faits que l'homme effectivement féconde
conserve et embellit la nature et ce qu'elle
seroit sans lui.
L'homme par son ihdustrie parvient à
féconder les terreins les plus ingrats, à chan-
0 ger leurs qualités à les rendre propres à des
productions qui leurs étoiént absolument
étrangères. Tantôt ce sont des labours qui,
faits à différentes époques de l'année, à
diftérens degrés de profondeur ouvrent et
divisent la terre pour introduire dans son
( i3 )
sein des principes qui vivifient et accélèrent
la végétation, tantôt ce sont d'heureux mé-
langes, qui ajoutent à la terre ce qui lui
manque ou lui ô te ce qu'elle a de trop ici
ce sont des substances grasses qui vont la
nourrir là des substances plus actives vont
presser sa fermentation ailleurs un sable
caillouteux va rendre l'argile moins com-
pacte et plus pénétrables aux rayons du
soleil. Dans cette autre contrée la glaise
tenace va relier ce sol sabloneux et le pré-
munir contre ces déperditions trop subites
des pluies et des rosées.
La terre trop long-tems sollicitée semble-
t-elle se fatiguer ? Aussitôt de nouveaux
genres de végétaux, dont l'homme indus-
trieux sait faire un savant choix, lui rendent
sa-Mgueur primitive. Ainsi, pour remplacer
ses moissons la disette et le turnip
couvrent ses guérêts de leur larbe feuillage
et ouvrent des issues à de nouveaux sucs,
l'aide de leurs longs pivots Le sainfoin au
panache incarnat tapisse les coteaux ro-
calleux et secs le tendre trefle pousse sa
double récolte sur les terreins bas et ficais
la reine des prairies, la luzerne aux longues
racines, reproduit sur ces terrés meubles et
C>4)
profondes trois fois ou quatre fois l'an ses
touffes élevées.
Dans ses humides prairies, l'active indus-
trie de l'homme commande également à la
nature le niveau à la main, il ouvre aux
eaux stagnantes des issues qui laissent à
Pair et à la ohaleur les moyens de raviver
ce sol flétri. Il répand dans la saison des
hyvers en nappe transparentes ses eaux
vives sur leur surface, détruit ainsi d'in-:
nombrables insectes ennemis des plantes et
des graines, active en même tems la végé-
tation et approvisionne la terre d'une hu-
midité vivace contre les haies printanniers.
Ces marais dont les eaux fangeuses ne
nourrissoient que des reptiles hidéux et
malfaisans 'ne produisoient que çà et là
quelques plantes vénéneuses ou sans subs-
tances, qui sans cesse couverts d'une va-
peur meurtrière portoient au loin autour
d'eux la langueur et la mort, ont changé
par les travaux de l'homme leur humidité
mortifère en fraîcheur salutaire, se sont
tapissés d'herbes, couronnés d'arbres qui
répandent l'abondance au lieu de la conta-
gion, donnent la vieét servent d'asile à une
multitude d'êtres utiles.
(i5>
dent empire de l'industrie de l'homme, agit
d'une manière bien plus puissante sur les
végétaux eux-mêmes. Il sait les changer à
son gré de lieu, de sol et d'aspect, les accou-
tumer à se nourrir de nouveaux sucs vivre
sous d'autres climats à prendre d'autres
moeurs d'autres formes et d'autres* pro-
priétés. Les uns, venus du nord, bravent par
lui, sous laz8ne torride,ses feux brfllans,
tandis que d'autres ,»originaires du midi
s'acclimatent aux durs hyvers des zones
glacées. Tant de fruits et de fleurs qui déco-
rent nos vergers et nos jardins, ontété ras-
semblés de presque toutes les parties du
globe que de soins, que de travaux., que de
tentatives infructueuses il en a coûté aux
hommes pour y parvenir! La plupart ne sont
venus de leurs régions lointaines, que len-
tement et de proches eh proches. Des gêné*
rations se sont écoulées avant qu'ils ayent
pu franchir cet immense espace.
D'autres, originaires, il est vrai, de nos
climats n'en sont pas moins le fruit de
cette patience lente, active intelligente
d'un nrand nombre d'hommes je dirois
même d'un grand nombre de nations. Ces
arbres transportés de nos forêts près de
l'habitation des hommes, qui ne produî*
soient que des fruits chétifs et acerbes,
soign és, nourris de sucs plus abondans sur
des expositions plus heureuses se sont peu-
à-peu chargés de fruis plus volumineux et
moins âpres. Les espèces ont commencées à
se varier, les semences sur-tout ont con-
tribué à créer ces innombrables variétés
soit qu'elles changeassent elles-mêmes de
caractère en recevapt dans leur naissance
des arbres voisins d'autres poussières qui
leur donnoient un nouveau genre de leçon*
dité; soit que ce soit à force de se repro-
duire sur de nouveaux terreins sur de
nouveaux sites et d'être sans cesse culti-
Tées. Mais la greffe cet art ingénieux qui
marie deux plantes ensemble, inocule la
sève de l'une dans l'autre l'épure en la fai-
sant changer de canaux et en la filtrant
par ce bourlet calleux ou des passages tor-
tueux et resserrés arrêtent ses parties gros-
sières la greffe vint multiplier l'infini
ces nouvelles et précieuses espèces. Les
jeunes rameaux d'un seul arbre suffirent
pour en faire naître subitement dra milliers
de semblables. Ainsi toutes les contrées
habitées furent enrichies de ces multitude
(V)
2
leur grosseur dans leurs coloris ,:dans leur
goût et dans les époques de leur maturité*
Ce fut par ces mctyena combinés, que la
pêche se dépouilla de ses sucs meurtriers
pour se nourrir d'une eau plus abondante
et plus parfumée, pour se parer d'un duvet
.plus doux d'un coloris plus éclatant et
son arbre ne conserva les tracés de ses poi-
sons que dans son feuillage et dans ses
fleurs comme pour laisser un monument
de' Fa gloire dë l'homme.
ces immenses campagnes couvertes de
moissons oçijlantes et dorées racontent, si
je l'ose dire, la gloire de l'homme, comme
les cieux la gloire de l'être suprême. C'est
l'homme qui d'urie main égale a dispersé les
.semences sur cette terre que précédemment
ilavdit engraissée, sillonnée ameublie. Et
ces semences génératrices des moissons,
c'est l'hommeaussi qui a surprisâ la nature
;le secret de les faire naître. Oui, ces grains
.si substantiels, qui augmentent et soutien-
nentïa force de l'homm?, qui se multiplient
sous 'tous les' climats qui se conservent
.avec si peu Je soins tant d'années qui
peuvent sans s'altérer suivre l'homme dans
ses plus longs voyages; eh bien, ces grains
;(-?8-o
doivent leur création à l'homme, ils lui
doivent leur conservation et si l'homme
disparoissoitâe dessus la terre la nature
impuissante pour eux, les laisserait retom<-
ber dans, le néant, (i) •̃_
(:1) M. de Buffoii regarde le froiiacnt comme une
production artificielle due à-la culture.-et une
suite de soin». I|«4:fo#ide principalement «ur ce qu'il
ne vient natureliement nulle, part. ,.x
Les anciens avoient un plus
ductions céréales que nous. Selon Coluinell^o^dis-
tingupit chez les i Romains1, sous le nom genenque
fnmentum*, denx espèces debleds;, dtfnt l'une, appelée
triticum, avoit trois variétés q'ui pouvoient TOtrespondre
à notre froment, 5 ca^ellfs étoient dépouillées de leurs
enveloppes, lorsqu'on les semoit. .̃̃'['
L'autre espèce de bled désignée sous le npm J~4Tt
dont on a fait /urina selon Pline étoit d'un( usa^e
bien plus ancien, et bien plus général. On en mangeoit
;roti probablement quand'il étoit vert et en bouillie
quand il étoit sec. Il est importance
en comptoit quatre variétés qu'on .iVn servait
dans les sacrifices, Cette espèce .privilégiée coriservoit
sa pellicule comme notre orge, eç.noue.avpline v,et
ne pouvoit en être dépouillée le torri,fiant $n
;peu. il se semoit dès l'automne parce qu'il suppor-
toit les hyvers les plus rigoureux se plaisoit sur les
«rreinï fraid et crayeux et reussîssb'it aussi sur le»
tencin»
( *?y
En abandon-
car elle ne.couvieiitfnullcmeot i .eeuxide nos grains
auxquels on a voulu l'assimiler ce sont l'épeautre et.
Te^courgeon,.
D'abord ce ne peut être l'épeautre ?j<jai étoit ap-
pelée uràeh par tes Romains, que Pline conboissotc
et te'fat t
puisqu'il dit que cclb)-cî srrvoit aux hfeœmei taudis
que l'épeautre et l'orge servoient pouT Lîs chevaux.'
j Cc.fat ne pouvoi^ être; nop
variété d'orge dont les Romains pourrissoKHtleorsche-
vaux. Et commentrescourgton ou l'orge d hyver auront-
;J eu chez eux cette grandè préférences sur l'orge du
jrinttfms Vdôrit il a t la forme et le goût? Cesltoriiaïn»
^ui au tenis de Pline; étoient si Técherchés qui rhet-
tbient: tout l'univers à contribution peut fournir au
luxe de- leur table auroifnt- ils, conservé -jusqu'alors
cette grande es.time pour. te f«r.? Auroiiûl-ih con.
tinué de l'otfiir de préférence dans leurs sacrifices
manger â leurs animaux ? En auroitnt-ils parle comme
d'un alimtnt infiniment supefittir au seigle ?' Et d'aîT^
leurs nous n'avons qu'une variéié d'escourgeôri fati/iiè
que les Romains en avoient quatre de far, ( bieii idis»
tÎDguées par.leurs qualités. Il faut conçjote de ces ob-
icrvijioai- que le far Â&i- Romains n'étant ni notre
épeautre ni notre escourgeon, est ,une espèce de fro-
ment perdue. Donc elle était artificielle. t
Il paroit que ce. giain tenoit beaucoup de notre
riz; iléioit dur, compacte puant il y tu-avoil de
rouge et de blanc.
nées à la seule nature, ne produjsoint alors
que des graines maigres effilées et dénuées
de ce farineux 'nutritif. Bans cet état
l'homme Ië9 cdnfondoit avec les graminées
dont elles avoient et les feuilles ïongîtudi-
nâles et les chalumaux noueux et les
balles, et les étamines. Etant cultivées, pour,
îestroupeaijx sans doute» elles acquirent
«ne;,avir.abotidance de suc qui donna peu-à-
peu aux semences un embonpoint qu'elles
n'a voient jamais en; peut- être aussi re-
eurent-elles alors fortuitement les pous-
sières de quelques plantes voisines « quj^
tinrent concourir à féconder ces. nouvelles,
variétés. Peut-être encore, dans quelques
siècles reculés dont nous avons perdu les
traces, des hommes savans dans les secrets1
de la, nature avoient-ils appris' cet art
créateur de faire naître de nouvelles pro-
tliKtions en croissant les" races par des
injections de poussières étrangères sur des
pistiles. ;i '̃
Mais ces grains £arineux enfant dé l'art,
(i) Les anciens et sur-tout les Romaios tvoitnt
l'usage des prairies artificielles. Pline rapporte qu'en
Italie où semoit à cet effet plusieurs espèces de grains
ttl» que de I"orge da seigle du far des Ves«e»t
(
rédescenderoiént aussitôt graduellement
vers leur état sauvage, si l'homme n'étoit
continuellement exercé à^prévënir leur dé-
gradation il la prévient par ces lotions:
salineS et aïkalineadont il investi la semence
avant de là confieë à la terre, qui la rendent
plus vivace dans la germination et la pré-
servent des substances qui la blesseroit ou
l'atténueroit il la prévient par ces engrais
et ces labours multipliés, qui ajoutent à la
force, végétative du sol par ces précautions
d'écarter des .semences ces grains qui
chétifs, ont déjà un commencement de dé-
génératio et enfin par ces fréquens chan-
gemepsrne sol qui redonnant de nouveaux
su à ces grains ravive leur régénération.
La domination protectrice de l'homme
s' st étendue d'une manière bien plus puis-
sante sur cette classe d'êtres douées de
facultés si analogues aux nôtres les ani-
maux fixés par l'homme autour de lui ont
multipliés à l'infini par ses soins, ont pro-
duit de nouvelles variétés, qni ont enrichi
la nature qui servent à tous nos besoins et
à nos agrémens. Pour tirer ces services
l'homme est parvenu à changer leurs moeurs
et à leur donner une éducation qui a per-
(*a)
Sectionné leurs facultés. 11 a su les accou-
tumera sa vue e,t à sa voix il a su s'en faire
aimer, ou craindre et sur- tout s'en faire
obéir. Ceux qu'il a soigné, ne se plaisent
plus que près de lui pu prés des lieux qu'il
habite. Voyez ces nombreux troupeaux
errer c'est non loin des habitations de
l'homme. Le crépuscule vient-il rembrunir
les vallées, tous abandonnent ces collines
ces champs ces prés et reviennent en hâte
chercher le repos et la sûreté près de leur
maître. Par eux l'hcunme sillonne ses gué-
rets transporte au loin de lourds fardeaux,
entreprend les plus longs voyAges ils pour-
voient à sa subsistance à ses vête mens et à
sa déffense.
Ceux même que l'homme ne s'est point
soumis qui tremblent et fuyent à sa vue
qui errent indépendans dans les bois, au
milieu des airs ceux là aiment encore à
se rapprocher des lieux ou l'homme domine.,
Ils semblent y venir rendre hommage au sou-
verain de la terre, ils semblent venir animer
et. orner les lieux qu'il, favorise et ils y
viennent comme sur le patrimoine du père
commun, pour prendre part à ses bienfaits.
Pénétrez ces antiques et vastes forêts qui
n'ont jamais courbé leur superbe front sous
la main de l'homme, une solitude profonde
yous attristera bientôt, vous n'y entendrez
que l'agitation de leurs épais feuillages et
le froissement repété de leurs branches
entrelassées.. Mais des bêtes fautes se
montrent-elles plus fréquemment à vos re-
gards, des oiseaux en bande se jouent-ils
dans les airs, y font-ils entendre leurs ga-
zouillement et leurs chants ? Réjouissez-
vous, non loin de là sont des lieux décou-
verts qui'développent l'horizon, qui offrent
dîs champs cultivés, des vergers espacés
et des habitations paisibles.
Il est donc bien vrai que la destination de
l'homme social est de féconder par-tout la
nature, et tandis qu'il ne semble occupé
que de ses besoins, elle se rajeunit, s'anime
ce s'embellit par lui et s'il détruit pour
lui, ce n'est que pour multiplier davantage.
Voyez d'ici ce coteau s'allonger circulaire-
ment du nord au midi des fruits de toutes
espèces chargent ses àrbres dispersés sur sa
pente, le froment y balance ses épis jeau-
nissans à côté de la vigne aux pampres
verds la luzerne aux bouquets violets y
cotoye l'orge barbus et l'avoine aux tiges
( M )
rameuses an milieu d'eux de longs car-
reaux de pommes de;terre de chanvres, do
plantes légumineuses, d'herbes potagères,
y forment de pittoresques compartimens.
Toutes ces productions semblent naître sur
ce sol pour la première lois tant elles sont
vivaces et.depuis longtems cependant cette
terre ne connoit plus de rëpos on croiroit
qu'elle faitifle plus grands efifcrts à
qu'elleest sollicitée. Eh bien n'agueres (des
vieillards s'en souviennent encore) de
chétives herbes y poussoient à peine de
vieux arbres au tronc noueux éclatés
ébranchés é,puisé3 s'élevoient çà et là du
milieu 'des touffes de ronces traînantes;
des chèvres à la dent meurtrière et quel-»
ques vaches affamées, s'en disputaient la
maigre pâture. Et maintenant des cen-
taines de familles industrieuses y trouvent
l'abondance pour elles et pour leurs trou-
peaux et savent encore, par,leur superflu
aider aux besoins de cette grande et célèbre
citée dont les hauts dômes bornent ce riant
Le fleuve qui au pied de ce coteau roule
silencieusement ses ondes dans son lit tor-
tueux qu'étoit-il lui-même avant que les
(i5)
hommes habitassent ses bords ? Arrêté
dans son cours par des amas d'arbres da
roseaux et d'herbes marécageuses il se
débordoit sans cesse au loin, et ses eaux
croupies ehangeoient cette large plaine
en lac fangeux. Là s'exhaloient des vapeurs
fétides, là vivoient d'innombrables reptiles,
où règne aujourd'hui un air si pur où des
champs se couvrent de grains et de lé-
gumes, où s'étendent ces longs rideaux de
peupliers accoutumés il n'y a pas long-tems
à notre ciel, où des bouquets de bois de
fraîchies avenues entourent ces édifices que
l'oeil ne peut compter, et dont il ne peut
assez admirer et l'élégance et la piquante
variété des formes.
Ainsi sans l'homme, la terre n'offriroit
par-tout que d'effrayantes solitudes une
monotomie morne régneroit sur toute la
surface, d'épaisses vapeurs la voileroient
sans cesse, le sourd mugissement des forêts
mêlé au fracas des torrens emcombrés de
rochers et de végétaux retraferoient l'image
de la destruction au lieu de [celui de la
création.
l'homme est-donc bien évidemment sur la
terre le premier des êtres organisés il en
..(a«)
est, pour ainsi dire, le germe générateur,
qui donne l'esprit de vie à tous lés autres
mais pour être le premier des êtres ici bas,
,èoit-il en conclure que tout ce qui est or-
ganisé est fait pour lui ? Il ressembleroit au
lion qui, parce qu'il peut dévorer d'autres
animaux, diroit qu'ils auroient été créés
pour lui.Garde toi, ô mortel, de ces pensées
présomptueuses, elles te replongeroient
dans ces antiques ténèbres funestes à tant
de générations. Non, tout ce qui existe n'a
point été créé pour toi. C'est toi quia été
créé pour tout ce qui existe. Ecoute, si tout
ce qui existe avoit été créé pour toi, tu
pourrois non-seulement en jouir, mais ce
seroit encore pour toi un devoir car Dieu
ne fait rien en vain en ne jouissant pas
tu ne remplirois pas ta destination tu
manquerois4onc à l'ordre établi par Dieu,
tu serois donc coupable. Si tout avoit été
créé pour toi c'est que toutes ces choses te
seroient nécessaires tu ne pourrois donc
pas t'en priver si ces choses t'étoient né-
çessaires, à mesure que4u en jouirois elles
ajouteroient à ta félicité tu ne pourrois
donc être heureux qu'en multipliant tes be-
soins, qu'en nécessitant tes jouissances.