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De la restauration de la monarchie des Bourbons, et du retour à l'ordre . Par M. le comte de Montgaillard

De
156 pages
impr. de Chaignieau aîné (Paris). 1814. 160 p. ; in-8.
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DE
LA RESTAURATION
DE
LA MONARCHIE DES BOURBONS,
ET
DU RETOUR A L'ORDRE.
DE
LA RESTAURATION
DE
LA MONARCHIE DES BOURBONS,
ET
DU RETOUR A L'ORDRE.
PAR M. LE COMTE DE MONTGAILLARD.
« La tranquillité de la France exigera impérieusement
« le sacrifice de toutes les haines et l'oubli de tous les
« malheurs qui la déchir rentpendant un si long temps. »
MONTGAILLARD , Londres, 1795.
A PARIS,
CHEZ
CHAIGNIEAU aîné, libraire , rue de la Monnaie, n° n.
LE NORMAUX , libraire , rue de Seine.
BARBA , libraire, Palais-Royal, n° 51.
COLNET, libraire, quai Voltaire.
MARTINET, libraire, rue du Coq-S.-Honoré, nos 13 et 15.
IMPRIMERIE DE CHAIGNIEAU AÎNÉ.
1814.
AVERTISSEMENT.
CET Ouvrage devrait être public
depuis un mois; il est inutile d'exposer
les causes de ce retard : chacun peut
les deviner facilement.
Au moment où je publie cet écrit r
j'apprends que le sieur Gallais, signa-
taire d'un pamphlet intitulé : Suite du
dix-huit Brumaire, seconde partie, a osé
avancer contre moi une atroce calom-
nie , intéressant directement mon hon-
neur. J'annonce que j'ai porté plainte
devant les Tribunaux, où je me suis
pourvu en réparation contre l'éditeur
et l'imprimeur dudit Ouvrage.
DE
LA RESTAURATION
DE
LA MONARCHIE DES BOURBONS,.
E T
DU RETOUR A L'ORDRE.
DANS les écrits intitulés : Nécessité de la
guerre et dangers de la paix, conjectures sur-
fit révolution, publiés, en 1794 et 1795, à
Londres, à la Haye et à Hambourg, je m'ex-
primais ainsi :
« De moment en moment, la situation de
l'Europe devient plus, alarmante. Si les Sou-
verains accordent une paix, une trêve quel-
conques à la révolution française, le système
politique sera bouleversé de fond en. comblef.
les Souverains seront bientôt obligés de com-
battre les uns contre les autres, et l'Europe
sera livrée à tous les fléaux de la guerre.. ...
La France doit conserver et défendre l'Eu-
rope, ou elle doit l'agiter et la perdre ; il im-
(8)
porte donc à tous les Gouvernemens que ce
Royaume ne soit ni démembré, ni affaibli ; qu'il
jouisse d'une force imposante et d'une grande
considération politique. Toutes les couronnes
sont chancelantes sur la tête des monarques; ils
ne peuvent éviter les guerres désastreuses qui
vont ébranler leurs trônes ; ils ne peuvent as-
surer leur propre conservation, qu'en recon-
naissant Roi DE FRANCE ET DE NAVARRE
l'héritier de Louis XVI. Mais c'est à Paris
qu'il faut frapper la révolution, elle n'est pas
aux extrémités, elle est toute entière au centre :
c'est à Paris que les Puissances doivent mon-
trer aux Français, leur Roi, leurs Princes,
jaloux de pardonnera toutes les fautes, pressés
d'aimer les Français et non de les combattre....
Si les Puissances tardent plus long-temps à
reconnaître le Roi de France, la Germanie
entière , la Prusse , la Russie , l'Angleterre ,'
seront un jour forcées , après la dévastation
de leurs territoires et la subversion de leurs
Etats, de venir en France pour y replacer les
descendans d'Henri IV sur ce Trône, qui
répond à l'Europe de la sûreté de tous ses
Trônes. »
Une fatale expérience, des calamités sans
nombre ont enfin déterminé les têtes cou-
(9)
tonnées à embrasser cet unique moyen de :
salut! Ecoutant les voeux des Français, trem-
blantes pour leur propre sûreté, les Puissances
ont enfin rendu à la France son légitime
Souverain. L'Agamemnon de l'Europe:, le.
vertueux Alexandre Ier, qui daigna associer à
sa gloire le général Moreau, en l'appelant près
de sa personne, Alexandre Ier vient d'aug-
menter l'éclat de cette gloire par le noble dé-
sintéressement dont il s'est couvert dans la
capitale des Bourbons.
Il est atteint le but vers lequel fut dirigée
la conjuration des généraux Pichegru et Mo-
reau, cette entreprise à laquelle j'avais dé-
voué ma vie et attaché l'honneur démon nom :
j'ai vécu assez long-temps pour voir réaliser
les projets de ces deux généraux , pour être
témoin du rappel de mon Souverain, de mes
Princes légitimes au trône de S. Louis!
Que n'a-t-elle réussi à temps, dans ces pre-
miers momens , cette sainte conjuration \ l'Eu-
rope n'eût point été ébranlée et conduite à deux
doigts de sa perte; des flots de sang français
n'eussent point abreuvé, pendant dix-huit an-
nées , tant de terres étrangères. Les armées
françaises elles-mêmes, les propres enfans de
la France, sans grande secousse, ramenaient
( 10 )
alors dans le seim du Royaume leur véritable-
père, leur légitime Souverain; et, aux accla-
mations de tout un peuple qui n'avait été qu'é-
garé par des factieux, ces armées le replaçaient
sur son trône ! Alors le mal n'avait pas été
porté à son comble, toutes les plaies de la
France seraient aujourd'hui cicatrisées; et
cette Monarchie, grande, forte, pleine de
gloire, jouirait depuis Joug-temps d'un bon-
heur qui ne fait que commencer pour elle.
C'est avec un coeur pur, c'est avec des sen-
timens toujours fidèles, que j'ai fait de grands
efforts, de plus grands sacrifices encore, pour
concourir à la restauration de la Monarchie.
La conjuration des généraux Pichegru et
Moreau m'en a fourni les premiers moyens;
mais elle est devenue en même temps la source
des calomnies répandues contre moi. Cela de-
vait être; je m'y étais attendu, préparé dès
l'instant où je pris le parti de diriger, contre
le Gouvernement de France, la découverte
d'une conspiration dont le succès militaire ,
ou politique, était devenu impossible après
les renseignemens fournis au directoire par
les papiers du général autrichien Klinglin ,
après les révélations entières que le général
Boxiaparte avait obtenues, à Milan, de M. le
( 11 )
comte d'Antraigues. Aujourd'hui toutes les
considérations de devoir pour mon Prince et
d'honneur pour mon nom se réunissent et
m'imposent la loi d'expliquer ce que j'ai tenté,
depuis ma Sortie de France jusques à ce jour,
pour la cause de mon Souverain.
Je devais au Roi compte de mes actions;
mais je devais au Roi seul compte des prin-
cipes , des motifs , des différens moyens,
quelques- contradictoires qu'ils aient pu pa-
raître aux yeux d'une étroite politique, de
tous les moyens , en Un mot , que j'ai cru
nécessaires à l'exécution d'un dessein sur
lequel je n'ai jamais varié. Ce compte est
rendu (1); il doit être apprécié; mon ame est
satisfaite.
J'ai rempli mon devoir. Toute autre per-
sonne que moi , placée dans les circonstances
extraordinaires où me jetèrent les suites d'une
révolution qui changea la face de l'Europe,
tout Français, je n'en doute point, se serait
empressé de faire ce que j'ai fait : tout sujet
fidèle aurait suivi comme moi, j'en suis sûr,
(1) Mon premier devoir était de mettre ma conduite
aux pieds du Roi; j'ai eu cet honneur le 29 avril, à
Compïègne, par entremise de 'M. le duc de Duras.
( 12 )
la seule conduite que permettaient des conjonc-
tures inouies, sans exemple dans l'histoire des,
nations. Mon seul mérite, s'il y en avait toute-
fois à remplir des devoirs sacrés, serait donc
d'avoir eu la patience bien plus que le cou-
rage du dévouement à mon Roi, à ce Monar-
que si long-temps trahi par la fortune; à ce
Souverain qui a montré vingt-cinq ans,de cons-
tance, de dignité, de sagesse, de nobles espé-
rances; dans un exil qui a déshonoré l'Europe,
dans un exil qui est devenu le plus beau titre de
gloire de la Monarchie, des Bourbons, comme
il est l'espérance la plus certaine du bonheur
de,tant de millions d'hommes arrachés enfin à
la.plus déplorable tyrannie.
Mais , après avoir tout sacrifié pour contri-
buer au salut de cette Monarchie, après avoir
perdu dans cette grande et généreuse entre-
prise mes enfans, ma famille, mes amis, ma
fortune,tout, jusqu'à l'honneur de mon nom,
il est temps aussi que je reprenne ce qui m'ap-
partient d'estime dans l'opinion publique ! Je
me dois à moi-même cette restitution, je la dois
hune famille où les sentimens d'amour et de dé-
vouement au Prince sont gravés, dès l'enfance 5
en caractères ineffaçables, dans le coeur de tous
ses membres , à une famille qui fut honorée
(13)
de l'estime et des bontés d'Henri IV (1). Le
plus pénible , le plus nécessaire des sacri-
fices était de me séparer de tels parens; il
fallait acquérir, à ce prix, le droit, la pos-
sibilité et les moyens de demeurer sujet de
Louis XVIII auprès de l'empereur Napo-
léon : il fallait persuader à cet empereur, que
j'étais inséparablement lié à sa personne, à
sa cause, à sa dynastie ! On voit l'obligation
où j'étais de me séparer, à ses yeux, d'une
famille connue de tout temps par un invio-
lable attachement au sang des Bourbons :
l'on sentira encore mieux ; en lisant cet écrit,
les difficultés que j'ai eues à vaincre.
Je n'ai pas craint d'aller jusqu'au sacrifice
apparent de mon honneur; j'ai bravé toute
espèce de calomnies, et certes elles ne, m'ont
pas été épargnées. Je n'aurais eu cependant
qu'à traverser un bras de mer, à me rendre
près de mon Souverain et à dire un mot pour
(1) Je possède des lettres originales d'Henri IV,
datées de Nérac, 1576 et 1577, adressées à un de mes
ancêtres en ligne directe, commandant, au service de
ce Prince , trois cent cinquante hommes du régiment
de Tolose ( Toulouse ). Je possède également des
lettres du Roi Henri III.
( 14 )
reprendre, eu France et en Europe, ma vérin
table réputation : mais là j'eusse été inaclif ;
Jet mes projets commencés , mes démarches ,
ces renseignemens précieux et de toute nature,
tous les sacrifices faits jusqu'alors devenaient
nuls pour la cause royale !
Plus heureusement inspiré , je n'ai suivi
que les motifs qui m'avaient décidé à rentrer
en France; je n'ai écouté que les devoirs qui
m'y retenaient, et ils m'ont donné la force
de tout souffrir pour le service de mon Roi.
J'ai employé, je l'avoue hautement, toutes
les ressources que les circonstances ont pu me
fournir pour égarer et pour perdre l'empereur
Napoléon ; j'y ai réussi , et je ne il'ai point
trompé-; lui seul avait tendu dans son esprit le
piège où sa puissance devait tomber. Je pour-
vais en agir ainsi sans perfidie, sans m'écarter
des ïègles de l'honneur; je n'avais aucunes
-fonctions à remplir , je nie trahissais par con-
séquent aucun devoir : quoiqu'aboutissant à
sa confiance, j'étais un homme obscur aux
yeux du public , j'avais refusé des fonctions ,
des. missions importantes : mais si je les eusse
acceptées, si j'eusse volontairement prêté ser-
ment de fidélité à l'empereur , je l'aurais servi
avec loyauté, je le déclare; j'aurais parlé au
monarque avec tout le courage de la vérité,
dans ces conjonctures si multipliées où il jouait
à deux dez sa couronne et le sort de la France:
c'est encore avec reconnaissance, avec em-
pressement , que je l'aurais suivi dans son exil,
quoique cet homme n'ait pas osé ramasser un,
poignard sur les débris de tant d'Etats foulés
à ses pieds , quoiqu'il ait consenti à tomber
vivant du premier trône de l'Univers sûï les
rochers de l'île d'Elbe.
Son abdication a été généreuse , sans doute ;
mais n'a-t-elle pas été aussi un acte de pru-
dence? Il pouvait prolonger la guerre, mais
eût-il pu reconquérir son trône? dans quel état
d'ailleurs eut-il trouvé la France; tous les maux
de ce Royaume lui étaient connus, il les avait
causés; il avait épuisé les ressources de l'Em-
pire, et les plaies étaient trop profondes pour
qu'il lui devînt jamais possible de les guérir. La
France avait besoin de son légitime monarque,
lui seul pouvait garantir aux Français une res-
tauration entière de principes et de choses, lui
seul pouvait leur donner une paix solide et
durable. Pour délivrer la France et sauver l'Eu-
rope , il fallait deux miracles; le retour des
Bourbons , et un Roi éminemment juste, bon,
éclairé : grâces aux efforts des Puissances
(16)
alliées, Paris a vu ce prodige opéré dans sort
sein, d'une manière paisible et qui n'est pas
sans gloire pour les armées françaises.
L'empereur Napoléon commanda long-
temps ces armées ; il fit. de grandes choses ,
il eut à se reprocher des fautes immenses, il
commit des crimes , un attentat inutile, inex-
cusable au tribunal de la politique et à celui de
l'histoire. Quelque coupable cependant que soit
l'ambitieux qui a teint du sang du grand Condé
le trône des Bourbons, je respecterai toujours,
en parlant de l'empereur Napoléon, la gloire
des armées qu'il conduisit à tant de victoires, à
de si étonnantes victoires; je respecterai la ma-
jesté, la sainteté du titre qu'il porta duconsen-
lement de toute l'Europe, la consécration qu'il
obtint du Saint-Père, les vertus et l'infortune
de la princesse qu'il associa à ses destinées.
Je ne devais rien au consul, je ne dois rien à
l'empereur ; il ne fut pas mon bienfaiteur, il ne
fut pas celui de mes enfans. Mon coeur n'a jamais
été. sujet de Napoléon Bonaparte ; j'ai été son
esclave, sa victime comme tant de millions de
Français. Je ne saurais trop le répéter, aucun
sentiment de devoir, de fidélité, de gratitude ne
pouvait m'attaçher à sa personne, à sa dynastie.
Les fers dontb il avait chargé mon frère et moi,
(17)
avec tant de barbarie/ pendant son consulat;
la manière dont il abusa de mon hont en
1804 , sans mon consentement, à mon insu,
ces raisons auraient suffi', indépendamment
de mon amour pour les Bourbons , pour me
laisser entièrement libre de mes volontés, de
mes actions à son égard. Qu'on ne me reproché
point les éloges que je lui ai prodigués plus
que personne ; on verra combien ils étaient
nécessaires à mes desseins ! je dirai ce que j'ai
reçu de lui, ce que j'ai souffert, ce que j'ai
craint du FLÉAU de la Nation française et de
l'Univers ; lorsque j'appelle ainsi l'empereur
Napoléon, ce n'est point parce qu'il est au-
jourd'hui prisonnier de l'Europe après en
avoir été le conquérant et le maître : je pen-'
sais, je parlais ainsi confidentiellement, il y
a dix ans ; des témoignages respectables, dans
là maison de l'Empereur, au ministère même
de la Police, car il y avait partout des per-
sonnes sûres, dès amis cachés de la royauté,
peuvent l'attester.
Sans la conjuration des généraux Pichègru
et Moreàu , je n'eusse vraisemblablement
jamais été dans le cas de voir mes faibles
talens inspirer une grande curiosité , une
grande confiance à l'empereur Napoléon ; je
2
( 18 )
n'eusse point été placé, sans doute, dans la
position d'influer sur la nature de ses guerres,
de ses traités de paix, de son système politique :
je l'appelle lui-même en témoignage de la con-
duite extérieure que je lui suggérais , qu'il a
suivie. Mais je n'ai trahi, je le redis encore,
je n'ai violé aucun devoir : des avis m'étaient
demandés , je les donnais tels qu'il me parais-
sait convenable ; c'était à celui qui me mettait
la plume à la main, à juger de la bonté, de
l'exactitude politique de ces notions ; c'était à
son Sénat, à ses ministres , à son archichan-
celier, à l'éclairer, à l'arrêter dans ces projets
de guerre, de conquêtes, de domination uni-
verselle sur lesquels j'ai tenu ses yeux cons-
tamment fixés depuis son élévation à la dignité
impériale : alors j'ai poussé cet ambitieux
par delà toute mesure , parce que c'était le
seul moyen qui restait, dans de si fortes con-
jonctures , pour le faire tomber d'un trône
qu'il n'eut jamais rendu aux Bourbons. Si
j'ai tout tenté pour perdre ï'empereur, la fidé-
lité au Roi m'en faisait un devoir ; en m'y
dévouant tout entier , je n'avais pas cru, je
l'avoue, que le déplacement d'un seul homme,
d'un souverain parvenu , dût coûter aussi cher
à ma patrie ; je ne pensais point, en le rédui-
(19 )
sant ainsi, constamment au métier de soldat,
qu'il dût si souvent échapper aux hasards
journaliers de la guerre : je me flattais encore-
que tant de victoires , de conquêtes, d'acqui-
sitions territoriales , achetées au prix du sang
français, ne seraient pas toutes perdues pour
mon pays : mais avant tout, il fallait, et par
tous les moyens, quels qu'ils fussent, rétablir
la légitime monarchie.
J'avais vu, en Angleterre , ces hommes
d'Etat profonds , ces véritables politiques qui
formèrent, dès le commencement de nos trou-
bles , le plan vaste , sage, généreux , d'arrêter
une révolution qui menaçait l'ordre social d'un
bouleversement total : plus tard, je puisai dans
ce royaume le peu de lumières que je puis
avoir, j'acquis quelques idées fortes, conve-
nables à la grandeur et à la difficulté des cir-
constances où se trouvait l'Europe. J'avais
employé tous mes soins à étudier, à connaître
la Grande-Bretagne, cette noble et riche con-
trée , son admirable constitution politique, ses
lois civiles, et c'est sous un tel Gouvernement
que j'aurais voulu naître et vivre, si je n'eusse
point été Français. Heureuse nation , peuple
parfaitement et solidement libre, parce que
ta liberté est sagement et légalement balancée ,
2*
limitée , tu es parvenu au plus haut degré de
force et de prospérité politiques où un Gouver-
nement puisse arriver ! Ta gloire et ta puis-
sance sont inébranlables , l'esprit qui les a'
créées les défend : tu as délivré la France ,
tu as Conservé et sauvé l'Europe. Là politique
doit se taire devant les grands intérêts de
l'ordre social ; grâces éternelles te soient donc
rendues par les amis de l'humanité, par tous
les coeurs généreux et fidèles à leur prince, à
leur patrie ! et toi, nouveau Fabius , sage et
invincible Wellington , reçois , avec la noble
reconnaissance de ton pays, les hommages et
l'admiration de l'Europe. Dans tes marches,
dans tes campemens , tu as été le Turenne de
la restauration des Espagnes, ta modestie a'
égalé celle de Catinat , et tu as combattu
comme Marlborough; ta gloire est pure, elle
sera éternelle. Honneur à la contrée qui te'
donna le jour , aux ministres qui devinèrent
ton génie , à l'esprit public de la nation qui te
désigna pour le suprême commandement de
ses forces.
Tant que j'ai vu le Gouvernement anglais
conserver, dans son sein, le dépôt sacré de
là Monarchie française; tant que j'ai vu la
Grande-Bretagne tenir, d'une main impla-
( 21 )
cable, le gouvernail de la résistance à Napo-
léon , je n'ai point désespéré du trône des
Bourbons; j'étais persuadé que les libérateurs
arriveraient tôt ou tard de Londres, et que les
vaisseaux de Georges III, comme ceux de la
Reine Elisabeth, placeraient à leurs mâts le
pavillon d'Henri IV à côté du pavillon des
trois Royaumes ! Aussi, est-ce sur l'Angle-
terre que j'ai cherché à donner les idées les
plus fausses à l'empereur Napoléon; je n'ai
cessé de lui représenter l'épuisement, la ruine
prochaine de la Grande-Bretagne; il s'est tou-
jours appuyé sur ces notions erronées ; elles
laissaient à son orgueil, à son ambition, l'es-
pérance de dater un jour ses décrets du palais
de Westminster.
Lorsque j'ai porté l'empereur à poursuivre,
sans relâche, le cours de ses usurpations con-
tinentales, j'ai cru que ces usurpations ouvri-
raient enfin les yeux des cabinets ; elles de-
vaient irriter , soulever l'Europe et la forcer,
malgré elle , de venir jusques dans la capitale
de la France pour y proclamer les Bourbons.
Si, dans tous les écrits que j'ai publiés en pays
étrangers, j'ai représenté aux puissances la
nécessité de inarcher sur Paris; si j'ai cons-
tamment dit qu'on n'obtiendrait un succès dé-
(22)
cisif qu'en s'avançant vers cette capitale, jamais
je n'eus la crainte de voir partager la France
par les Rois coalisés ; la saine politique et les
intérêts de l'Europe s'opposent également au
démembrement de ce royaume. On ne par-
tage point, d'ailleurs, la France comme la
Pologne; l'honneur français tient au sol, et les
ressources de la Monarchie sont inépuisables
comme le courage de ses habitans; tout partage
projeté deviendrait impossible dans l'exécution,
dût-on précipiter sur ce Royaume tous les peu-
ples de l'Europe : ou ils y deviendraient fran-
çais , ou ils y périraient. Aussi, n'est-ce pas
la. générosité des Puissances alliées, dans les
évènemens dont nous venons d'être témoins,
que je rappelle ici ; c'est à leur politique , à la
sagesse , à la prudence de leurs conseils que je
rends hommage. La France ne peut être dé-
membrée , de si grands malheurs ne peuvent
avoir lieu que par les effets d'une guerre civile:
cette seule considération doit faire sentir au-
jourd'hui aux Français l'impérieuse nécessité
de se rallier'tous autour du Monarque et des
Princes qui nous sont rendus.
En invoquant le secours des armées étran-
gères, en provoquant l'ambition de l'Empe-
reur, je crois n'avoir rien fait qui n'ait été
(33 )
Conforme aux devoirs d'un Français , d'un
sujet de Louis XVIII. Si je suis maintenant
réduit à parler d'un homme précipité dé plu-
sieurs trônes dans l'abîme de l'humiliation,
ce n'est pas son infortune presque sans exemple
que je cherche à aggraver, à calomnier. Les.
malheurs d'un Souverain , quelque mérités
qu'ils puissent être , commandent le respect à
tout homme fait pour, s'estimer lui-même;
notre siècle, ces derniers temps n'ont offert
que trop d'exemples de lâchetés ! soyons justes,
et sachons noué honorer nous-mêmes. Il est
dû des éloges à Napoléon Bonaparte ; je ren-
drai au monarque dépossédé la justice qu'ils
mérites ; on le jugera par ses actions; elle dépo-
eront seules contr sa. mémoire je dis sa
mémoire, car si 'homme vit encore, le mo-
narque est mort.
; Craindrai-je dire ce que je n'ai pas hésité à
exécuter ? Si l'on demande pourquoi j'ai tardé
si long-temps à publier ces réflexions, pet écrit
répondra à une question semblable. Je ne sollir
cite ni grâce, ni faveur, je provoque même
sur ces pages l'examen le plus sévère; j'ai tout
fait pour l'honneur, et il consiste pour moi dans
l'approbation de mon Souverain , dans l'estime
de mes concitoyens.. Dévoué , depuis la mort
(24)
de Louis XVI , au salut de la monarchie des
Bourbons, je lui ai conservé un amour sans
bornes, et ce sentiment ne s'éteindra qu'avec
moi.
Aut virtus nomen inane est,
Aut decus et pretium recte petit experiens vir-
Connu dans ma province par mon attache-
ment aux principes monarchiques, je cher-
chais à m'y rendre utile aux intérêts du Roi,
lorsque je fus appelé à Paris par le fidèle et in-
fortune ministre de la liste civile de Lous XVI.
Je remplis un e mission dans les Pays-Bas,
et j'exécutai les ordres qui me furent trans-
mis par M.de Laporte jusqu'au 10 août 1792.
Le 20 juin , j'étais au château des Tuileries ,
à quatre pas du Roi , avec M.de Quinquiry,
capitaine au régiment du Roi dragons(exis-
tant aujourd'hui) ; nous étions résolus à faire
un rempart de nos corps à S.M., à périvavant
qu'on n'arrivait à sa peronne sacrée. Je vis un
membre (1 ) de la députàtion envoyée par l'As-
(1) Je sus, peu de jours après, que ce député s'ap.el-
lait M. Beugnot , et qu'il avait dit a Péthion ces propres
paroles : « Eh bien, scélérat, jusques à quand tietidras-
tu ton Roi dans l'humiliation ? » Péthion troublé , ré-
(25)
semblée législative auprès du Roi, s'approcher
du maire Pélhion et le saisir au collet ; ce der-
nier donna bientôt au Peuple l'ordre de se
retirer. La députation de l'Assemblée législa-
tive était composée, en très-grande majorité ,
d'hommes honnêtes et dévouésau Roi; ils sau-
vèrent alors ses jours et ceux de la famille
royale.
Je passai une partie de la huit du 10 août
au château des Tuileries, d'où je me rendis
chez M. de Laporte , au pavillon dé l'Infante.
Les suites dé cette nuit désastreuses , les jour-
nées de septembre m'obligèrent de me réfugier
en Angleterre : mais Tespérânce de contribuer
à sauver les jours du Roi me ramena bientôt
dans la capitale, travers des dangers de toute
espèce. J'avais mis aux pieds de Louis XVI
ma fortune et ma vie; ce Monarque avait dai-
gné agréer, le 7 août, une somme de quatre
mille deux cents louis qui fut remise, ce même
pondit,« c'est assez , cela va finir ; « il donna au
Peuples l'ordre d'évacuer les appartemens. Je rapporte
cet acte d'héroïsme fait pour immortaliser un sujet;
je le publie, quoique le membre de l'Assemblée légis-
lative qui a montré ce dévouement,sublime, ait eu
la modestie de le laisser ignorer , et quoiqu'il soit au-
jourd'hui ministre.
(26)
jour , à M. de La porte. L'année suivante , je
consacrai ce qui me restait de moyens pécu-
niaires , à favoriser l'évasion de la Reine des
prisons de la Conciergerie (1). M. le chevalier
de Puyvert, officier de la marine royale, était
l'auteur- de ce vertueux complot ; il en fut la
victime et paya de sa tête, ainsi que l'agent
municipal, Michonis, la découverte de ce
dessein. J'eus le bonheur d'échapper aux pour-
suites dirigées contre moi, et d'arriver au
Pays-Bas autrichiens.
Admis auprès de S. M. l'Empereur Fran-
çois II, de M. le duc d'Yorck , de M. l'archi-
duc Charles, des ministres et des ambassadeurs
des grandes puissances, je fis le tableau de la
tyrannie et des forfaits qui ensanglantaient
alors la France. Appelé en Angleterre par
S. M. Georges III, par M. Pitt, j'exprimai
(1) Ces faits attestés dans le temps, en pays étran-
gers , par M. le baron de Menou qui en avait eu con ;
naissance du Roi et de l'intendant de sa liste civile,
ont été rendus publics et détaillés , avec leurs preuves,
en 1795, dans un écrit sorti des presses de M. Esslin-
guer, à Francfort-sur-Mein. Je puis encore fournir , à
Paris , des témoignages authentiques de ces' actes da
dévouement qui n'étaient, au surplus, qu'un devoir.
(27)
toute mon horreur pour les principes qui
avaient engendré les maux du Royaume : je
m'étudiai à montrer les périls qui menaçaient
tous les gouvernemens. A mon arrivée à
Londres, je publiai un ouvrage sur l'état de la
France; bientôt après, je publiai deux écrits
où je prouvais la nécessité de faire une guerre
implacable à la révolution , de reconnaître le
Roi de France, le Régent du Royaume, et de
seconder par de prompts et puissans secours
les efforts que la Vendée déployait en faveur
des Bourbons. En peignant des plus vives cou-
leurs les maux innombrables qui accablaient
la France , je sollicitais de; mes compagnons
d'infortune le sacrifice de 1 toutes les haines y
l'oubli de tous les malheurs;. C'est dans l'un
de ces ouvrages ( l'An 1795, où Conjectures
sur les suites de la Révolution française ) , que
j'ai pris l'épigraphe de l'écrit que je publie
aujourd'hui. Ces faibles essais de nia plume
respiraient un amour pur , un attachement
profond à mon souverain y à mon pays; si
ces écrits sont dépourvus de talent, ils portent
du moins l'empreinte des plus honorables sen-
timens.
En montrant alors les moyens que l'Eu-
rope conservait encore pour sa défense, j'osais
( 28)
avancer « que toute paix, toute négociation^
tout accommodement avec la République
seraient des attentats contre l'ordre social et
produiraient nécessairement la spoliation et
la honte de tous les Etats ; qu'il n'y avait pas
un moment à perdre , pour préserver les Sou-
verains et les Peuples des calamités qui allaient
fondre sur eux de toutes parts; que là Nation
française dégagée de tous les liens de la
morale, de la religion et des lois, par ses légis-
lateurs de 1789-y enivrée de ces folles idées de
souveraineté à laquelle ces hommes d'état d'un
jour l'avaient condamnée afin de s'emparer eux-
mêmes du pouvoir ; que le peuple français tout
entier se préciterait sur l'europe , si les Puis-
sances ne se hâtaient de faire connaître , d'une
manière .positive,et invariable , l'intention de
ne pas démembrer le territoire , et celle de ne
poser les armes qu'après avoir rétabli en
France l'ordre , la propriété, la monarchie ;
que la Vendée, cette terre classique de l'hon-
neur obtiendrait des succès décisifs,' lorsque
la présence des princes français , désirée de-
puis long-temps , lui serait accordée ; qu'il
était instant de rassurer tous les esprits , et de
prouver au peuple que c'était pourlui, et non
pour elles, que les Puissances alliées voulaient
(29)
le rétablissement des Bourbons, qu'elles s'avan-
çaient sur ses frontières pour lui donner la
liberté et non pas lé despotisme , pour lui
rendre son bonheur et non pour démembrer
Son territoire. »
Les Puissances alliées ont été forcées d'en
venir là, après des pertes et dès humiliations
sans nombre, après l'envahissement de leurs
États, après la dévastation de leurs Provinces,
de leurs Capitales. La présence de Louis XVIII
a on-seulement délivré Paris, elle a sauvé
les uissances et 'Europe lle-même; car
des Français n'eussent jamais posé les armes ,
■si les Souverains alliés ne leur avaient rendu,
le légitime Souverain et tout le territoire de la
monarchie !
Je ne craignais pas de dire en 1794 : « le
déplacement des pouvoirs , des propriétés, de
toutes les opinions politiques , religieuses et
civiles, a été si violent en France; ce déplace-
ment â acquis une telle intensité, que la géné-
ration qui a pris naissance avec la révolution
envahira et détruira l'Europe, sous la conduite
du premier général qui réussira à s'emparer
de son armée et de la révolution ; et toute armée.,
dans les temps de révolution, commence par
avoir un chef et finit par avoir un maître. » :
(30)
Qu'il me soit, permis de transcrire encore
quelques passages des écrits intitulés : Néces-
sité de la guerre , etc.; Conjectures sur la
Révolution, etc. : si je dois excuser les moyens
dont je me suis servi pour contribuer à la res-
tauration de la monarchie, il faut bien mon-
trer les dangers et les craintes qui les rendaient
indispensables.
« Non , écrivais-je il y a vingt ans , non , il
n'est pas de Gouvernement qui puisse se flat-
ter de résister aux principes français dévelop-
pés et mis en action par un général ambitieux
et habile ;. que l'on fasse un moment atten-
tion à cette loterie générale de forfaits com-
posée pour tous les peuples , à ces urnes révo-
lutionnaires d'où la pauvreté sort pleine de
richesses et le crime fort de pouvoirs ; qu'on
voie, le Gouvernement français consacrant ces
maximes de la propriété commune et de la
liberté individuelle, déclarant usurpateurs les
Rois mêmes avec lesquels il traitera comme
Souverains, élevant dans les camps cette géné-
ration condamnée à être leur ennemie, con-
servant toutes les propriétés que le crime
usurpa, et recevant des mains du philoso-
phisme tous les principes protecteurs de la
rébellion et de l'anarchie ; qu'on signe ensuite
(31)
la paix , et voilà le Gouvernement qu'on aura
reconnu, voilà les bienfaits qu'il versera sur
le globe !
« Plein de confiance dans son éloignement
de la France, ou dans ses propres lois , en
vain l'Etat le mieux ordonné invoquerait-il
un jour auprès du Gouvernement français la
foi des traités , ou en demanderait-il l'obser-
vation à ses garans naturels, à ses alliés ?
En vain, cet autre Univers sorti du sein du
chaos avec ce siècle, fort aujourd'hui du génie
de son créateur et de la gloire de sa souve-
raine , en vain l'Empire russe mépriserait-il-
un danger qui doit frapper tant de régions
avant de menacer la sienne! La révolution
française , impunie et reconnue, arrivera au
pôle ; elle aura la rapidité des vents , parce
qu'elle a leur violence ; elle s'avancera, la foudre
et la destruction dans ses mains; et dans ses
mouvemens subits, elle renversera les villes ,.
abattra les couronnes , détruira les royaumes
et changera la face de l'Europe.
« L'Europe doit trembler qu'après avoir
rendu les Français redoutables au dehors,
après leur avoir fait éprouver tous les fléaux
de la liberté, le gouvernement révolutionnaire,
ne donne des charmes à la servitude. Des ar-
(32)
mées victorieuses sortant de France appelle-
ront dans, tous les Etats les. peuples à Fin sur-
rection , la populace à la souveraineté, la mi-
sère à la fortune; ce Gouvernement sera obligé
de conquérir sans cesse, pour sa propre sûreté,;
par la nature des principes de liberté que le
peuple aura respires ; il favorisera partout lai
licence, il protégera partout la sédition; Sans
doute , les factions agiteront encore la France;
mais de grandes propriétés assurées aux sou-
tiens de la tyrannie ou de l'autorité régula-,
risée, enfin , entre les mains d'un seul, des.
terres accordées aux soldats victorieux, tous ces
Plébéiens devenus Patriciens, leurs familles
fières d'une existence politique et civile qui
satisfera leur orgueil et leur cupidité ; toutes
ces causes opéreront l'entier bouleversement
du système politique : alors , je le répète, le
Gouvernement français sera forcé d'abandon-,
ner l'Europe à ses armées , les Rois seront
détrônés, et l'Univers changera de .forme.
« Les Puissances chercheront peut-être àî
se flatter ; elles espéreront que la paix ; en fai-
sant rentrer dans le sein de la France ces
armées répandues sur l'Europe , y portera
avec elles un esprit d'activité , d'indépendance
et d'orgueil dont le Gouvernement aura à re-
( 33 )
douter les effets ; elles espéreront que les Fac-
tions et le mécontentement intérieur provo-
queront des dissensions civiles et détruiront le
Gouvernement! Ce serait mal connaître la
révolution française et surtout les Français,
ce serait se bercer d'illusions et conserver des
espérances encore plus funestes que les revers
qu'on aurait éprouvés ; Marius et Sylla cou-
vraient. Rome de proscriptions, pendant que
les armées romaines achevaient la conquête
du monde ; et Rome était remplie de divisions
pendant que César se rendait maître de
l'Univers.
« Que le drapeau blanc, ce drapeau con-
servateur de l'Europe, flotte donc sur les mers,
sur les frontières, sur les remparts des villes
françaises occupées par les puissances alliées;
qu'elles rendent à la France, à cette nation
grande, généreuse, invincible, qu'elles lui
rendent son Roi, sa liberté , son bonheur ;
qu'elles rendent à la maison de Bourbon tous
ses droits; la justice, la grandeur d'âme, la
politique n'admettent pas ici de réserve, il
faut le faire, ou périr! »
Qu'on me pardonne ces citations; il m'im-
porte de prouver que ce n'est pas sans connais-
sance de cause, que j'ai pu me résoudre à
3
(34)
employer les moyens dont je me suis servi
pour travailler au salut de la monarchie des
Bourbons.
Tels sont les principes politiques que j'ai
toujours professés , tel est le langage que j'ai
constamment tenu en pays étranger. C'est
en Angleterre, je me fais un devoir de le ré-
péter, dans les conversations qui me furent
accordées par M. Pitt, par M. Burke , et
par plusieurs grands hommes de cette contrée,
que j'ai puisé les lumières avec lesquelles j'ai
essayé , pendant vingt ans, de combattre les
divers Gouvernemens sous lesquels la France
a gémi depuis 1789 jusqu'en 1814 : ils ont tous
été de la même famille ; le Gouvernement im-
périal lui-même, cette brillante phase de la
révolution, n'était autre chose que le jacobi-
nisme couvert d'or, de titres , de broderies , de
cordons et de couronnes.
Si ces Gouvernemens m'ont tous inspiré
une aversion profonder si j'ai fait decontinuels
efforts pour opérer leur subversion, je n'en ai
rendu qu'avec plus d'empressement aux géné-
raux républicains, la justice que méritaient
leur bravoure et leurs exploits. Et qui plus que
moi aima, quoique proscrit, à publier leurs
victoires, en Angleterre , en Hollande, en
(35)
Allemagne? qui exprima, avec un enthousiasme
plus vif, son admiration pour les armées de
la République, comme pour les armées de 1
la Royauté?qui appela avec une plus patrio-
tique ardeur les forces, mais aussi la modé-
ration de l'Europe au secours de la patrie?
En tout temps je me suis attaché à faire
connaître, à célébrer ces capitaines, ces va-
leureux soldats qui ont défendu , conservé,
agrandi le territoire français ! « Oui, disai-je
avec orgueil, l'armée républicaine serait de-
venue l'armée royale, si les moyens que la
politique des Puissances a cru devoir prendre
pour l'y engager, n'étaient pas ceux qui doi-
Vent au contraire l'en détourner. On n'a donc
pas senti que ces soldats qui versent leur sang
pour le Gouvernement français , parce qu'il
leur représente les Puissances comme dévorées
du désir de démembrer le territoire de la
France; que ces hommes qui ne veulent être,
ni Autrichiens, ni Anglais, mais Français,
seraient devenus les meilleurs soldats de la
coalition , si les cabinets de l'Europe eussent
franchement énoncé les.motifs de la guerre ;
s'ils eussent rassuré les esprits et consacré les
droits de la maison de Bourbon! l'armée répu-
blicaine est française ; elle sent toute sa di-
3*
(56)
gnité ; elle a la conscience de son honneur et
de ses forces; ce sont les descendans de ces
hommes qui disaient à Crécy : nous sommes
vaincus, mais la France ne l'est pas, elle ne
le sera jamais !......... Quand une nation a eu des
Charlemagne, des Philippe - Auguste, des
Henri IV, des Louis XIV, quand elle a eu
ses Turenne, ses Luxembourg et ses Condé,
elle ne devient point auxiliaire dans sa propre
cause, elle veut des chefs pris dans son sein ,
elle périt toute entière plutôt que de consentir
au démembrement de ses provinces. L'hon-
neur français, en aucun temps, ne reconnaî-
tra des souverains, des maîtres étrangers. »
Le libérateur de la France, ont dit ces ca-
pitaines de la République que nous voyons
survivre à tant de victoires remportées sous
Masséna, sous Moreau , sous Bonaparte, y
trouvera partout des amis; le pacificateur, di-
saient, il n'y a que peu de jours, ces maré-
chaux, vieillis dans les triomphes, qui ont
conduit avec transport leurs invincibles lé-
gions à Louis XVIII, les véritables Alliés de
la France trouveront partout des partisans; le
conquérant est sûr de ne rencontrer que des
ennemis.
Les évènemens qui viennent d'avoir lieu
( 37 )
sous les murs de la capitale, ne démentent
pas cet honneur, ce caractère français ; Paris
n'a pas été conquis, la France n'a point été
vaincue ! les Parisiens, on doit l'avouer, tous
les Français étaient las de porter un joug ty-
rannique , d'être opprimés sans mesure, sans
relâche, pour entretenir la gloire d'un seul
homme, l'ambition d'un souverain qui ne
laissait entrevoir aucun terme à ses conquêtes.
En effet, si l'empereur Napoléon eût réussi,
il y a quatre mois, à repousser les armées
alliées au-delà du Rhin, nul doute qu'il eût
repassé ce fleuve pour aller redemander sa
gloire aux peuples de l'Elbe et de la Vistule !
Tous les Français désiraient la paix y. mais, les
Parisiens n'ont ouvert leurs partes aux Puis-
sances alliées , qu'en apercevant derrière les
bataillons de l'Europe le Roi, les Princes qui
avaient droit de régner sur la France-. Si les
Puissances eussent songé à démembrer le
Royaume, si elles n'eussent pas reconduit
sous leurs drapeaux les Bourbons dans la ca-
pitale , les Rois, alliés auraient trouvé la France
entière hérissée de fer, couverte de soldats,
impénétrable à leurs armées; ces armées ve-
nues de si loin, avec tant de difficultés, quoi-
que favorisées dans leurs opérations par l'un,-
(38)
prudence et les fautes militaires, sans nombre,
commises par l'empereur Napoléon, ces arr
mées auraient trouvé leur tombeau sur le ter-
ritoire français, et pas un de leurs bataillons
-n'eût repassé le Rhin.
Cet honneur militaire, est l'orgueil natio-
nal , le caractère du peuple français. Chaque
campagne en a offert la preuve dans une guerre
de vingt deux années, où l'Europe a vu les
.armées françaises triompher successivement
de tous leurs ennemis : on leur avait fait crain-
dre le démembrement dé leur territoire ! Alors
il n'y avait plus de factions, de partis, de
différence dans les opinions, et tous les es-
prits étaient réunis de bravoure et d'honneur,
au dedans comme au dehors du royaume.
L'émigration , ce dévouement aussi noble
qu'impoli tique, avait offert à l'Angleterre des
circonstances bien favorables pour l'Europe;
seule , cette nation souveraine des mers, pou-
vait porter la Monarchie en France et la dé-
poser sur cette terre de la Vendée où elle ne
devait jamais périr; des motifs politiques, que
les individus ne peuvent jamais apprécier avec
justesse, firent négliger les seuls moyens qui
paraissaient alors susceptibles d'être opposés
avec succès aux conquêtes des armées repu-
( 39 )
blicaines; bientôt il fut démontré à tous les
bons esprits que de grandes et politiques intel-
ligences avec les généraux de ces armées de-
viendraient les dernières ressources des Gou-
vernemens et des Rois.
L'on- voyait sur les bords du Rhin une ar-
mée française dont les Souverains ne voulaient
point reconnaître le Roi; une armée faible par
le nombre, invincible par l'honneur; chaque
soldat était un officier fidèle. Là se trouvait
toute la famille du vainqueur de Rocroy, re-
cueillant sous sa bannière les débris de la
Monarchie, et les couvrant de toute sa gloire-,
comme on voit un chêne antique protéger pen-
dant l'orage tout un peuple d'arbrisseaux.
François II voyait marcher les descendons du
Grand-Condé au milieu de ses bataillons ;
trois générations de héros.... Qu'ai-je dit? ah !
pardonne, ombre magnanime, jeune prince,
superbe espérance de ton Roi, de tes illustres
parens et de ta patrie., pardonne une indiscrète
admiration ; j'allais renouveler de grandes
douleurs ! pardonne à ma sensibilité ; ton nom,
tes exploits, et les éternels regrets de la France
allaient ici s'échapper de mon coeur !
Que de souvenirs chers et funestes ne rapelle
pas aussi cette terre de Bourbon-Vendée !
(41)
l'Europe l'exemple qu'ils viennent enfin de
Suivre ; mais qu'une noble modération ajoute
encore à votre gloire et agrandisse votre re-
nommée. Faites à la Patrie, faites à votre Roi
tous les sacrifices qu'exigent les intérêts de
l'Etat et la restauration du Royaume; vous
avez obtenu l'admiration dé l'Univers par la
constance de votre héroïsme ; consolez votre
patrie par la grandeur de votre désintéresse-
ment. Tout a changé autour de vous ; ce qui
était juste et facile, il y a vingt ans, est de-
venu imprudent à désirer, dangereux à vou-
loir., impossible à obtenir aujourd'hui sans
exposer l'Etat , cette France que vous avec
voulu sauver à toutes les horreurs de la guerre
civile, à ces fatales conséquences de démem-
brement et de ruine qu'elle a entraînées pour
tant de Peuples. Votre Roi a prononcé; Vous
connaissez l'étendue des sacrifices qu'il apporte
dans la grande restauration : c'est moins sa
couronne qu'il a revendiquée que l'honneur
d'être le chef des Français ; il ne veut que le
honneur de ses sujets, aidez-lui à le faire !
A l'époque où les guerriers de la Vendée
donnaient un si beau spectacle à l'Europe, les
cabinets ne croyaient pas à la gravité, à l'im-
minence des dangers dont les principes révo-
( 42 )
Jutipnnaires menaçaient tous les Trônes : sans
cloute, ils espéraient que la nation.française
se souleverait contre la tyrannie et redeman-
derait elle-même ses princes légitimes.. Il
ne devait pas en être ainsi, la révolution fran-
çaise ne le permettait pas.
Je m'étais attaché , dès 1,792 , à étudier la,
révolution, la France , l'Europe , les Gouver-
nemens et les hommes. Je crus servir tous, les
Souverains , en ne cessant, de dire dans mes
écrits, qu'il n'y avait plus à différer pour
recqnnaître Louis XVIII Roi de France et
de Navarre, proclamer l'intégrité du Royaume
de France, et déclarer que. les Puissances ne
poseraient les armes que lorsque la religion-et
la royauté seraient rétablies en France.
Tels étaient, dans l'intérieur dece Royaume,
les voeux de la majorité des esprits; telles étaient
sur les frontières les espérances de la plupart
des généraux des armées républicaines, lors-
que j'eus l'honneur d'être appelé par Mgr le
prince de Coudé. Ce prince déplorait, au mi-
lieu d'une armée* étrangère , les malheurs de
sa patrie; il conçut le dessein d'y mettre un
terme, en réunissant ses drapeaux aux dra-
peaux du général français qui commandait
sur le Rhin; il daigna me confier l'exécution
(43)
de cette entreprise. Que n'a-t-elle réussi la
conjuration des généraux Pichegru et Moreau!
que de larmes, que de dévastations , que de
calamités n'eut-elle pas épargnées à la France,
à l'Europe, à l'humanité !
S'il peut m'être permis de parler de mpi-
même, combien de tourmens, de périls, de
sacrifices, de calomnies , ne m'eût-elle pas
évités! Je n'aurais pas maintenant à reven-
diquer mon honneur aux yeux d'un public qui
juge toujours les hommes sur les apparences,
d'un public qui ne peut, qui ne doit connaître
que les évènemens ; je n'aurais pas eu à me
faire pardonner par le Monarque, par les
Princes dont il fallait dénaturer le caractère
pour assurer la restauration de leurs droits!
C'est ici que je dois effacer, non pas avec mes
larmes, je n'ai heureusement que des larmes
àejîdélité, d'amour et de joie à répandre, mais
avec un coeur qui n'a jamais cessé d'adorer
Henri IV, Louis XVI et Louis XVIII; c'est
aujourd'hui que je puis , que je dois frapper
de faux, effacer et détruire tout ce qui a été
publié, sous mon nom , d'attentatoire à la
vérité et à la sainteté du caractère du Roi
Louis XVIII et de son auguste frère, tout ce
qui a été publié de contraire à la noblesse et
(44)
à là grandeur d'ame de S. A. S. monseigneur
le prince de Condé, à la dignité des Bourbons,
au respect et au dévouement; dont mon coeur
fut toujours pénétré pour les Princes de cette
antique race.... J'ai dit ces choses , j'ai dû
les dire; et si, pour inspirer plus de confiance
aux usurpateurs du trône des Bourbons, s'il
eût fallu multiplier , aggraver ces sacrilèges
mensonges, j'auraisajouté, sans hésiter, denou-
velles fictions à toutes celles qui ont été impri-
mées par ordre de l'empereur Napoléon. En
signant de tels blasphèmes politiques, j'ai fait
à mon Roi le plus immense des- sacrifices ,
mais sa restauration l'exigeait. Je ■■n'ai pas
craint de paraître coupable , afin de pouvoir
rentrer en France , afin de servir le Roi utile-
ment, sans relâche , dans sa capitale, jusques
dans son propre palais.
Quand on aura lu cet ouvrage, mais il faut
le lire tout entier si l'on veut prononcer avec
justice, j'obtiendrai, j'ose m'en flatter, l'ap-
probation et l'estime publiques en France, en
Europe. Les véritables politiques reconnaîtront,
je l'espère , que j'ai tenu une conduite parfai-
tement conforme aux circonstances , la seule
par conséquent que je devais tenir pour assurer
les droits de la Monarchie française : les fidèles
( 45 )
sujets du Roi, il m'est doux de le penser,
rendront justice aux efforts, aux sacrifices
que j'ai faits pour servir les Bourbons.
Ce ne sont pas ces hommes honnêtes, pai-
sibles , renfermés dans l'intérieur de leurs
familles, heureux de leur obscurité, dont j'in-
voque ici l'opinion ; je ne m'adresse pas non
plus à ces esprits bornés, à ces politiques
d'antichambre qui pèsent les actions et les
hommes dans la balance des passions , qui
les soumettent au creuset de l'intérêt person-
nel; mais j'interpelle avec confiance ces âmes
brûlantes d'amour pour leur patrie et pour
leur Souverain , ces esprits forts et élevés , ces
coeurs généreux dont peut encore s'honorer
la France ! Qu'il me soit permis de dire,
comme J.-J. Rousseau : j'écris pour ceux qui
savent lire. Les véritables politiques savent
que dans la tourmente révolutionnaire, à l'épo-
que d'une désorganisation entière de principes
et de choses, lorsque le corps social est menacé
d'une dissolution complète, tous les moyens
qui peuvent tendre à ramener l'ordre sont bons,
sont légitimes. L'Histoire romaine, les temps
modernes présentent des exemples sans nombre
de pareils stratagèmes , de déguisemens politi-
ques aussi forts que ceux dont je me suis servi
eh dénaturant le caractère des Bourbons, en
mettant un masque ( si je puis parler ainsi )
sur le visage de la monarchie , afin d'empê-
cher l'empereur Napoléon de craindre les
Bourbons, de les reconnaître, lorsqu'il devait
lui-même forcer les Puissances alliées à ra-
mener ces Princes en France. Il n'est pas
jusques au Gouvernement impérial de Bona-
parte qui ne me fournisse l'excuse, ou plutôt
l'approbation de la conduite que j'ai suivie;
l'empereur voulut me donner, il y a trois
ans et demi, une mission importante dans les
Cours étrangères ; j'avais de longs voyages à
faire : l'un de ses ministres m'intima l'ordre
d'aller jusques à dire du Gouvernement, de
la personne même de l'Empereur, tout le mal
que je jugerais nécessaire pour inspirer la con-
fiance et pour assurer le succès de la mission
qui m'était confiée.
Et quel autre motif que celui de servir les
Bourbons, eût pu me porter à peindre ces
Princes avec les couleurs dont je me suis servi?
Sans ressources personnelles auprès du Gou-
vernement français, sans fortune, on n'ou-
bliera pas sans doute ce que j'ai dit des sacri-
fices faits à la cause royale du vivant de
Louis XVI et de la Reine; on n'oubliera pas
( 47 )
que mon émigration entraîna la confiscation
de tous mes biens, je dis donc sans fortuné,
couvert du sceau de la proscription, entièrement
isolé, livré à mes propres moyens : comment
arriver par une autre route à la confiance du
Gouvernement? Avais-je d'ailleurs la liberté;
le choix des expédiens , pour parvenir au but
que je me proposais ? Ne sont-ce pas ces dia-
tribes contre les princes détrônés et fugitifs qui
m'ont mis à même de ravir, pour ainsi dire,
à. l'empereur sa confiance? Le moment n'est
pas loin où je livrerai à l'impression les Mé-
moires remis dans le secret du cabinet; l'on
pourra se convaincre alors, les Moniteurs du
temps à la main, que j'indiquais à l'empereur,
trois mois, six mois, quelquefois un an aupa-
ravant, les opérations politiques qu'il exé-
cutait.
Dira-t-on que j'ai cherché à faire ma cour
à l'empereur aux dépens dès Bourbons ? Si
mon unique but n'eut pas été d'entretenir l'em-
pereur dans la fausse direction que j'avais eu
le bonheur de lui donner; si le rétablissement
des Bourbons n'eût pas été l'unique mobile de
toutes mes paroles, comme de toutes mes ac-
tions, n'aurais-je pas cherché à satisfaire un
intérêt, une ambition quelconques ? Etaient-ce
(48)
des emplois, des missions que je désirais ? je
les ai refusés. Etait-ce du crédit? je ne me suis
jamais présenté aux relations extérieures, dans
un ministère, si ce n'est à celui de la police,
qu'un émigré, tel que moi surtout, ne pouvait
éviter; je n'ai point fait la cour aux Princes,
aux hommes revêtus de la faveur impérialej
le Prince Murât, le Duc de Frioul, notam-
ment, avaient bien voulu cependant m'inviter
à leurs cercles, à leur intérieur, je n'y ai ja-
mais paru 5 la Princesse Elisa m'avait permis
de me présenter chez elle, je n'y ai pas été. Si
j'ai paru chez l'archichancelier, après la créa-
tion de la dignité impériale, l'exécution de mes
desseins m'obligeait d'observer cette lanterne
magique de l'Empire : depuis cinq ans, je n'ai
pas mis le pied chez l'ex-grand dignitaire. J'am-
bitionnais, dira-t-on peut-être, des grâces, des
distinctions, de la fortune; le plaisant moyen,
pour les obtenir, que celui de fuir les anti-
chambres des ministres, de se tenir à l'écart
et de ne rien demander ! Je n'ai jamais reçu
aucun émolument,je n'ai point sollicité de
titre, je n'ai pas eu cette décoration qu'on don-
nait.... même à des gens de la police. Il faut
donc me supposer d'une stupide indifférence
sur mon soit, et entièrement dépourvu de sens-
(49)
commun, ou reconnaître que je me sacrifiais
tout entier au noble dessein de rétablir la
monarchie des Bourbons.
Mes ennemis me supposeraient-ils l'intention
d'avoir pu avancer $ de sang-froid, de sembla-
bles invectives politiques? Là supposition se-
rait absurde et gratuité, ma conduite y répon-
drait d'une manière victorieuse. Personne,
dans ses écrits, n'a respecté plus que moi tous
les principes conservateurs de l'ordre et de la
royautéj la religion, la morale, même les pré-
jugés 3 car les préjuges sont le jugement et la
raison du peuple : il en est d'utiles , de néces-
saires; et quand le temps détruit un préjugé ,
le Législateur sage le remplace aussitôt par?
un autre. Personne n'a retracé ; avec une plus
vive douleur, les vertus et les malheurs dé
Louis XVI; personne n'a invoqué avec plus
de chaleur le secours dés Souverains en faveur
de ce Monarque, dont une prison voyait élever
l'enfance. A l'instant même de ma sortie dé
France, je me sentis heureux d'exprimer mon
amour pour le Régent, alors Monsieur, au-
jourd'hui Louis XVIII; je mé dévouai libre-
ment , sans aucun motif personnel j à le servir
en Europe comme en France. Observant la
politique des cabinets, prévoyant les suites de
4 .
(50)
ïa révolution française, je m'honorai de faire
ééclater en tous lieux, souvent aux dépens d'un
asile , mon admiration pour les lumières et les
hautes qualités de Louis XVlII, pour le noble
caractère de Monseigneur le Prince de Condé.
Si l'on a bien voulu faire attention aux citations
rapportées plus haut, l'on sera persuadé de la
sincérité de mes scntimens pour mon Souverain,
mes Princes légitimes. Qu'on me permette en-
core de rapporter textuellement ce que je disais
de ces princes dans tous les ouvrages où je pou-
vais donner mon ame à mes pensées (1), où il
m'était permis d'écrire avec mon coeur !
« Souverains de l'Europe, contemplez les
malheurs de Louis XVI, de ce Monarque qui
ne fut jamais plus grand que dans les instans
où il parut montrerde la faiblesse. Relisez le tes-
tament de Louis XVI, cette production su-
blime, le second évangile des Rois, qu'il faut
mouiller de larmes à chaque mot 3 chef-d'oeuvre
de dignité, de bonté, d'éloquence, de résigna-
tion , et l'éternelle leçon des Souverains ! Pro-
(1) Voyez l'état de la France, Conjectures sur la
révolution, l'an 170,5, ou Conjectures sur les suites de
la révolution , etc., Nécessité de la guerre, etc. etc.,
publiés en 1794, 1795, 1796.
( 51 )
clamez son successeur, rendez à la maison de
Bourbon tous ses droits; que tant de malheurs
et de sacrifices ne soient pas perdus pour vous;
ne laissez pas à la France et à l'Europe des
semences de divisions et de guerres qui renver-
seraient vos trônes? Monarques de l'Europe,
donnez des chefs français aux royalistes ; ac-
cordez-leur ces deux illustres frères qui ont
cherché par-tout, non des vengeurs, mais des
soutiens à la royauté; que les Français voient
au milieu deux ces Princes à qui il n'a manqué
que des occasions pour rétablir le trône de
Henri IV dans tout, son éclat; ce guerrier
qui, dans une même journée ( Monseigneur le
Prince de Condé), après avoir fait plier les
ennemis à la tête de ses escadrons, marchait à
la victoire à la tête de ses bataillons, ce capi-
taine dont l'éloge le plus grand sera l'histoire
la plus fidèle!
« Reconnaissez la Monarchie française sur
les bords du Rhin ! là est toute la famille du
Grand-Condé, cette famille où l'on naît grand-
homme : là sont ces jeunes Princes ( monsei-
gneur le duc de Berry, et monseigneur le duc
d'Enghien ) placés près de deux Héros pour
apprendre à le devenir, et déjà ils en donnent
l'espérance. Le chef de cette armée de cheva-
4
(52)
liers, le premier gentilhomme de cet arriérer
ban de l'Empire français , est un guerrier qui
.parle de ses actions avec cette simplicité qui
n'appartient qu'aux grands capitaines; il con-
sulte toujours son coeur, jamais ses forces,
il sauve l'armée alliée, ou arrête , par une
héroïque résistance, l'armée ennemie. C'est à
de tels princes, à de telles mains qu'il faut
confier l'étendard de la Royauté ! Mais les
Français, je le dirai toujours, ne reconnaî-
tront une armée pour française , que lorsque
le Roi-de France, le Régent, le Lieutenant-
général du Royaume auront été reconnus. Il
faudra, tôt ou tard, en venir là ; car, toutes
les dispositions des Puissances coalisées que
ne précédera pas ce grand bienfait, n'inspire-
ront aucune confiance à la Nation française.
Toutes les opérations militaires que cet acte
de grandeur, de prudence et de justice ne
consacrera point, ne donneront pas en France
un seul partisan aux Souverains alliés.
« Et toi, Peuple français, vois le Régent
du Royaume ( aujourd'hui Louis XVIII ) ,
dont les talens et l'esprit supérieur égalent les
vertus; vois son illustre frère, Monsieur,
dont l'ame a toujours été ouverte aux sentir
mens les plus français , les; plus chevaleres-
(53)
qtres ; vois ces fils de France, auxquels la-
calomnie elle-même n'a pu supposer des torts r
hélas ! ils n'ont eu jusqu'ici que des tourmens
à essuyer: vois cette famille du Grand-Gondé,
dont la Convention n'a pas osé calomnier les
vertus, l'héroisme.... Tous ces Princes offrent
tes malheurs , tes remords aux Puissances
dont les armées t'environnent de toutes parts
et pénétreront un jour dans ta capitale. Ces
Princes ont déjà oublié tes erreurs, et ta longue
injustice, et six années d'infortunes et d'ou-
trages ; ce sont tes maux qu'ils ne pourront
jamais oublier, c'est ton égarement qui les
afflige, c'est contre tes tyrans qu'ils sollicitent
partout des secours. Pleure sur tes victoires ,
ô Nation française, pleure sur tes triomphes ;
tes victoires éloignerontl'instant de ta déli-
vrance, tes triomphés aggraveront tes mal-
heurs ; ce sont des défaites, ce sont des revers
que tu dois désirer.... hâte-toi de reconnaître ,„
de proclamer dans ton sein cette noble et bien-
faisante Maison de Bourbon ! etc »
Je ne dirai plus qu'un mot : quand on sent
aussi vivement l'honneur, quand on le parle
avec ce courage politique , quand on exprime
avec une loyauté si pure son amour pour son
Roi , pour ses Princes, on ne peut jamais
(54)
cesser de leur être fidèle , et des mensonges
politiques sur leur caractère ne sont pas des
fautes si leur propre service et leurs plus chers
intérêts exigent de semblables mensonges :
j'ose en appeler également aucoeur etàl'eSpril
du Roi et des Princes Français I
Voilà les sentimens dont j'ai toujours été
pénétré; voilà le langage que j'ai tenu lors-
qu'il m'a été permis d'exprimer mon dévoue-
ment à Louis XVIII, avant même que ce
Souverain eût daigné m'honorer de sa con-
fiance et de ses bontés, avant que monseigneur
le Prince de Condé eût bien voulu me confier
l'exécution de ses généreux desseins. Le plan
formé par monseigneur le Prince de Condé,
en 1795 , approuvé par le Roi, était grand et
sagement conçu ; il était susceptible d'un suc-
cès glorieux ; il laissait à la France de belles
conquêtes, il lui assurait une influence poli-
tique prépondérante: malheureusement le gé-
néral Pichegru, sur qui reposaient tant d'espé-
rances, n'avait pas le caractère qu'exigent des
entreprises d'une nature aussi supérieure ;
c'était un soldat intrépide, un général habile ; il
avait conquis la Hollande, il méritait l'estime ,
il possédait l'affection de ses compagnons
d'armes ; bon citoyen , excellent Français , sa

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