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De la restauration des campagnes, à opérer au physique & au moral, par une division mieux entendue des possessions rurales, au plus grand avantage de tout propriétaire ([Reprod.]) / par M. de Montvert,...

De
256 pages
Gatey, libraire (Paris). 1789. Vie rurale -- France -- Ouvrages avant 1800. Réforme agraire -- France -- Ouvrages avant 1800. 3 microfiches ; 105*148 mm.
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20x
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART
(ANSI and ISO TEST CHART No. 21
NBS 1010a •
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVESDELA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford 0X3 QBW, L'K
DES
,A opérer au p kyfique au moral, par une,
mieux ,entendue
rurales au plus grand avantages de tout
Propriétaire.
Par M. ]DE
A A V I G N a N,
Et fe trouve PARIS 3
Chez Ç Frouile Libraite Quai des Auguftins.
Gatïy ,libraire au Palais-royal, N°»
I T
DÉDICATOIRE;
A. TOUT PATR
François amis de la Patrie c'ejl à
vous quefojè adrejfer cet Ouvrage.
S'il ne préfente pas d'idées rteuves il
renferme au moins des principes ue vous
avoue^yparce qu'ils font les vôtres. Fa*
vorifer ly agriculture la population fi les
mœurs ,• tel efl le p lan de cet Ecrit. Heu-
reux fi je puis en développer les moyens
AVANT-PROPOS.
EN communiquant ci-devant au Public
mes idées fur les caufes de la dégradation
des terres, & de-la dépopulation des cam-
pagnes ( i ), j'aLeuen vue de prouver qife
dans un Etat agricole tel que la France,
la clafle des propriétaires cultivateurs,
habitant. leurs pofleffions, méritoit de la
part du Gouvernement & de la fociété
d'être encouragée de toutes les manières
poflibles comme une, clafre précieuse 1
l'Etat en ce qu'elle eft la plus capable
de fertilifer le fol du Royaume & la plus
propre à fournir des bras pour fa défende
par le motif des liens de la propriété.
Cette propofition m'a conduit à l'indi-
cation 'des moyens & mes affertions
(1) Obfervations fur les divers degrés de ou de
dégradation du fol du Royaume &c. &c.
Chez Libraire au Palais royal
cet égard ont par» à quelques perfpnnes
n'être que l'écho de ce qui àvoit été dit
avant moi fur l'agriculture & radminif-
tratîon des biens-fonds en général. Cette
©bfêrvation ne pouvoît affoiblîr ce que J'ai
avancé; c'etoit au contraire reconnaître
que je puis être: fondé en principes ou du.
moinsque je ne me fuis pas écarté de ceux.
généralement reçus.. ̃ ̃
D'autres, ayant pour fyftême, que de
vaftes poflèflÎDrts rurales, réunies fous la
même main, fe prêtent mieuxlaux opé-
rations de l'agriculture en
dés aufli que celle-ci en reçoit plus de dé-
veloppement & beaucoup plus d'activité
n'ont pas paru de mon avis. Ils ont re-
gardé la divifion des grands domaines
en petites portions pour autant de culti-
vateurs, ehefs de famille > întelligens &
laborieux comme peu utile & moins
propre à faire rendre aux terres couche:
qu'elles peuvent donner aînfî fans re-
vif
Jetter mon opinion auroienç
defiré plus de dénotions & d'exceptions
dans mes proportions générales je tâ-
cheraide les fâfisfaire fl'ayant jamais eu
deffein de propôfér d'afïujettir toutes les
terres à la même forme d'adminiftratiori.
D'autres personnes en6n plus" attentives
au fond de l'objet, ont paru le faifir^ el-
les ont pris, la peine de l'examiner de
l'approfondir & ont trouvé que l'expdfi-
tion de mes idées fur la population, re-
lativement à une meilleure conftitution
d'hommes qui devroit en être le' germe,.
préfentoit quelque chofe de neuf., qui
avoit échappé à d'autres obfervflteurs
mais qu'elle demandait un peu plus de
développement.
Ç'eft donc pour contenter ces diverfes
perfonnes & parce que je m'étois promis
de plus amples recherches, que je reprends
ici la fuite de mon travail, qui ièrvira à
démontrer davantage ce
dit.
Mais avant d'entrer en matière
propos de jetter un coup-d'œil fur le local
de la France en générale fur fes habitans
Se fur les diverfes révolutions qui font
arrivées dans le .Royaume au moins de-
puis les deux derniers fïéclês, relative»
ment à l'agriculture à la 'population &
aux moçurs.
DE
A
IL A RESTAURATION:
DES CAMPAGNES.
CHAPITRE PREMIER.
Idée fuccinte de la France depuis les deux
derniers fiécîes 3 relativement a l'Agri-
culture t a la population ù aux moeurs.
LA France réunit- tous les avantages» propres a
la rendre la première Monarchie de l'Univers
la plus faite pour le bonheur d'un Souverain &
celui de fon Peuple comme pour être fafyle
tranquille de tout étranger qui veut jouir paifîble-
ment des douceurs de la vie.
Les Provinces de ce Royaume font toutes con-
tigues l'une 1'l'autre, & leurs communications
j ̃
font commodes. Il eft arrofé par une
ïnënite de rivières dont la plupart font naviga-
bles & portent leurs eaux dans les deux mets
les plus fréquentées fans compter nombre de
canaux déja faits ou projettes. Le climat en eft
tempéré l'air très falubre & le fol un des
plus ferciles de l'Europe en toutes fortes de pro-
durions. Sa population eft eflimée à vingt-quatre
millions d'âmes & pourroit en comporter qua-
rante. Les hommes dans le phyfique réul1ilfent
la force à ladreffei & dans le moral l'intelli-
gence, le génie, le courage, & l'aptitude aux
connoiffances propres à l'exécution de tout ce qui
eft noble en foi utile ou agcéable.
Leur caractère gai franc & ouvert les rend le
plus fociable des Peuples, & par-la fufceptible
d'être dirigé vers le bien fur-tout en intéreffant
chez lui le point-d'honneur & l'amour-propre.
Ce Royaume a eu fes révolutions comme la
plupart des Empires. Défolé par des guerres avec
fes voifins & par des troubles intérieurs, il a
été alternativement foamis- à l'autorité d'un feul
maître, ou à celle de pluGeurs g.:ands vaffaux de
la Couronne, qui Touvent à bien des égards
écoient indépendans de nos Rois. De-U là diverr
fité des loix & coutumes auxquelles les' moeurs de
des Campagnes. 3
A z-
chaque Province ont, pour-ainfi-dire donne la
première empreinte.'
Les François ont été expofés comme les au-
tres Peuples de l'Europe, à la barbarie de ces tems
malheureux, où les habitans de la campa,gne étoicnt
à-peu-près comme des troupeaux de moutons» à
qui le Berger tâchoit de persuader qu'ils doivent
s:efïinier les plus heureux mortels, d'être réduits
à la fimple fubfiflance animale pour l'lionneut
de Servir les Seigneurs 'de leurs Paroiflès.
Les choies ne commencèrent à changer, que
quand les Rois de la troifierne race par un fyf-
terne fuivi & foutenu pro|kejrent des circônftan-
ces pour réunir à la Couronne la plus grande par-
tie des fiefs qui en avoient été détachés. Cette
conduite, de leur part, commençai procurer aux
habitans de la campagne une diminution de fer-
vitude > en les protégeant contre leurs propres
feigneurs & cette claire de citoyens, de tous
tems la plus oubliée, &- par-tout la moins heu
reufe eut, de cette manière occafion de déve-
lopper inrenfiblement fon énergie & fon induitrie.
Vinrent enfuite les guerres de religion qui
agitèrent long-tems l'intérieur du Royaume; & fi,
d'un très-grand mal il peut par fois réfulrer quel-
que bien;, on peut dire que ces guerres contti-
4 De la
buerent à diminuer les effets du pouvoir féodal
fur lés habitans de la campagne par l'intérêt
qu'avoient certains chefs ambitieux de flatter ces
mêmes habitans pour les attacher à leur parti
en leur préfentant l'appât d'une liberté nouvelles
liberté cependant qu'ils ne commencèrent à goûter,
qu'après bien des viciflitudes & des calamités qui
finirent fous l'autorité bienfàifante d'un Prince
éclairé qui ne refpiroit que pour rendre fes
peuples heureux mais il vécut trop peu, put
confommer un fi grand ouvrage.
Ce Prince fut Henri IV ce Monarque connut
mieux que fes prédécelfeurs toute l'énergie de la
nation à laquelle il 4voit à commander & la
maniere de l'animer pour opérer de grandes
chofes avec de foibles moyens.
Sully pénétré des mêmes principes que foft
Maître perfuadé què la vraie fource des richefres
d'un Etat réfide dans le produit du fol & dans
celui du prix de main d'oeuvre de fes matieres
premières, n'épargna ni foins ni travaux pour
encourager l'agriculture & l'industrie dans les cam-
pagnes, & pour y faire multiplier l'espèce hu-
mains, ainfi que le nombre des. animaux nécef»
faires à l'homme.
C'eft à l'aide de ces moyens, qui peut- èo»
<&x Campagnes.
As
alors. paroilfoient minutieux à beaucoup de gens-,
par fa grande économie, que ce Minime;
mettant à proHt 'les \eflburces admirables qu'il
trouvoit dans le coeur du Roi pour opérer- le
bien en faveur de fon Peuple, formoit des épar-
gnes., ( crés-confidérables pour ces tenwlà ) lors-
que la mort prématurée de ce, bon Prince mit
en évidence les économies de ce fage Minore
il ne reftoit alors pour fuccefleur au Trône qu'un
Prince en bas âge qui fot Louis XHI.
La minorité d'un Prince ne pouvoir arriver plus
mal-â-propos.. Le jeune Roi diffipa bientôt les
tréfors amais par Henri IV & fan Miniftre j 1*
faveur intervertit l'ordre qu'ils avoient établi &
difpofa de tour jufqu'au moment où le Cardina;l
de Richelieu prit les rênes. de l'Etat.
Les premières vues de ce Miniftre en entrant
en place furent beaucoup moins l'économie
fuivie par fon prédéceffeur que l'arTermùîemene
de l'autorité royale qu'il s'appliqua pardeïTus tout
à faire refpefter en détruifant jufqu'à l'ombra
du gouvernement féodal Se pour fe rendre luir
même plus absolu dans l'exécution de fes moyens
il crut devoir diminuar rinnuence des grands
propriétaires dans les provinces en les attirant 3i
'la Capitale & à. la Cour de Louis XIII.
d De la Rejiàuràtîon
Ceux ci par malheur n'y vinrent qu'avec
pop d'empreflement car outre qu'ils y diflîperent
'entierement des fortunes confidérables, ils prive-
rent les campagnes des consommations, qu'eux»
.leurs familles & leurs gens y feifoient, des produits
'e leurs terres } ainfi que des'améliorations qu'un
g and nombre de consommateurs devoir y pro-
cuW, & la population dut en fouffrir.
Le miniftere de Mazarin, qui vint âpres, fer-
vit à\fbrtifier à la Cour, ainfi qu'à la Ville les
principes établis par Richelieu; & en effet ce
fucceflt^ir adroit ne craignit pas d'employer la-
féduâioii la duplicité même pour réuflîr il
parut bien s'occuper eflentiellement d'augmenter
les reflources du $fc mais il ne négligea pas
d'attirer cbmme avoit fait fon prédéceffeur les
gens riches & en place de la province pour-leur
faire perdre de vue leur autorité. particuliere dans
les lieux de leur réfidence. Cela lui réuflït mais
toujours au plus grand détriment des campagnes
en continuant de perdre leurs refrources.
Les chofes étaie t ainfi préparées par Richelieu
gner par lui-même ;\auffi trouva-wl à cet inftant
les Grands de fin Royaume trçs empreflTés dia
des Çàrnpagnes. 7
A 4
s'approcher de fa petfonne 8c de fa ..Cour & ce
Monarque, difp^par fon goût naturel, au fade
& l'éclat les Attira davantage encore par fa
magnificence & fa gépèrofité. A leur fuite paru-
rent d'autres ambitieux des gens à prétentions,
des curieux & tous ceux que devoir' entraîner.
le torrent des grandeurs & des dignités. On con-
tinua d'abandonner la Province pour venir à Paris.
& la Cour, avec Une' fuite nombreufe de-là
la défertion encore plus grande des campagnes.
Colbert, ce Minière tant préconifé n'eut pas
plutôt en main les rênes de ladminiftration qu'il
contribua lui-même à cette dépopulation, quoique
d'une autre manière & en voulant faire le bien;
car connoiflant l'amour dominant du Roi pour
l'éclat & les chofes nouvelles il s'appliqua à aug-
menter les reflources du fifc pour fournir à la
magnificence royale & voulut donner à nos ma-
nufa&ures toute la' célébrité dont elles étoient fuf-
•ceptibles pour l'emporter fur éelles des autres
Nations mais fes moyens ne furent pas heureux,
parce qu'en même tems qu'il accorda à de gran-
des manùfadures & à dés inventions nouvelles,
des privilèges & des exemptions ? il mit des droits
fur l'importation des matières premières, venant
de l'étranger, propres à être fabriquées chez nous.
S De ta
enfuite pour ne pas gifler tomber fur le fabri-
de cette, nouvelle taxe quj l'eut;
découragé en, diminuant le bénéfice de fa main-
d'oeuvre ni. fur la nïarchandife en faifant
montera un prix qui eût' dégoûté le public d'ache-
ter, il ef%a de procurer aux ouvriers & fabri-
çans lés vivres à meilleur compte, en faifant baif-
fer lé prix des denrées fur-tout de première né-
ceinre..
Son grand moyen fut de faite prohiber l'expert
tation des grains hors du Royaume illufion maii,i-
fefte Puifqu'çn agiflant ainiî il çtoit nptoire qu'iî
porepit un préjudice réel la nation, ne pouvant
çcre favorable ces nouveaux manufacturiers, qu'aux
dépens des cultivateurs & de l'emploi des matiè-
res premières devinées dans chaque canton à ali-.
menter les petites fabriques à l'ufage des gens de
ta campagne y auffi les consommations locales. du-,
rent-elles en foufFrir, & d'autant plus que les pe--
tics' ouvriers, attirés par de plus forts Salaires vers
les nouvelles manufactures abandonnèrent leurs,
anciens atteliers pour les nouveaux. A lors le fuperflu
dés déniées clans chaqtie Province n'ayant plus de
débouchés au-dehors, à caufe de ta prohibition de
l'exportation des grains, ni au-dedans, par la retraite
ouvriers & autres,, fe
'dés€ampa^ne%.
prix des grains diminua fucceflïvemerit de près de
moitié l'agriculture fut négligée & les campagneV
dépérirent. C'eft ce donc conviennent généralement:
les perfonnes qui ont approfondi radminiftratiotf
de ce Miniftre. ''•̃̃-••-
Pour juger encore mieux de l'effet de la con-
duite de Colbert dans cette partie, on peut la met-
tre en parallèle avec celle de l'Angleterre lors de'
la révolution de i<>8j>. Les Angleis avant cette
époque tiroient une partie de leurs grains de fé-
tranger mais voulant ranimer chez eux l'agricul-
ture, ils permirent l'exportation de leurs propres
grains fur les vaiflèaux de la nation en y atta-
chant des primes; & à cette époque les grands
propriétaires jaloux d'obterur dans les Provinces
respectives la qualité d'Electeurs, ou d'être élus
eux-mêmes Membres du Parlement, s'éloignèrent
peu-à-peu de la Capitale où ils ne conjferverenf
que le pied-rà-terre pour aller fixer leur domicile
habituel dans leurs terres, ce qui contribua infi-
niment à en augmenter la fécondité.
Qu'eft-il au contraiïe arrivé de la prohibition
des grains fous Colbert continuée par fes fuccèf-
leurs, joint à tout ce qui a concouru fucceffive-
ment à appauvrir les campagnes? Le voici. La
avant produifoit foixàntet-dix mil-»
ro De la Rejiauradon
lions de feptiers de bled le Royaume, depuis
cette époque s'eft aggrandi 3e plus d'un feprietnç,
par la réunion de plufieurs Provinces & devroit
en conféquence produire quatre-vingt millions de
feptiers cependant il eft reconnu que les récoltes
actuelles ne vont gueres qu'à cinquante millions,
ce qui fait une différence d'environ trois huitièmes
de moins de ce qu'il devroit produire. On en ex-*
pliquera plus amplement encore les caufes dans le
cours de cet Ouvrage.
Mais le coup le plus funefte pour l'agriculture
& les petites fabriques en France fut la révoca-
tion' de l'Edit de Nantes. Elle priva le Royaume
d'hommes les plus attachés au fol & à leur état
car ils portèrent auflkôr chez nos voifins leur"jin-
duftrie leurs tréfors ainfi que leur animofité con-
tre la Patrie & le vide immenfe que caufa cette
émigration, devint une perce irréparable.
Elle fuir telle que dans la guerre pour la fuc-
ceffion d'Efpagne, qui Survint quelque tems après,
la France fe trouvant épuifée d'hommes & d'ar-
gent, les campagnes ne purent plus fournir le
meme nombre de foldats, ni de la même cons-
titution de ceux qui avoient défendu la Patrie fous,
les Turenne & les Condé auffi arriva-t-il que
'pour fe procurer des fonds on employa tous les,
des, Campagnes. Il
.Moyens les plus onéreux ( i ) ,tandis que pour for-
mer nos armées, on ramafla a la hâte tout ce
qu'on put trouver de gens de toute efpece en
augmentant hors de proportion & fans choix le
nombre des officiers de tous grades (r) il en ré-
fuira donc t °, qu'on- eut pour le moment des
armées qui parurent il eft vrai nombreufes
mais qui étoient compofées de peu d'hommes de
guerre i°. que les campagnes furen>ençore plus
dépeuplées & les impôts continuant toujours de
fatiguer les cultivateurs, fans leur lamer l'espérance
(i) En méme-tems qu'on (airait des emprunts ufuraires,
& des marchés ruineux pour l'Etat on créoit une multi-
tude d'offices inutiles qui à raifon de leurs privilèges
toujours préjudiciables à la Société firent abandonner aux
aquéreurs l'état de leurs pères pour embrafler des char-
ges oifives mais lucratives. t
(i) Cela étoit au point qu'on recevoit des écoliers for-
tant du collége pour eh faire des Capitaines & que pour
1 Colonels a;nfi que pour Brigadiers on employoit des
fujets qui n'étoient pas même en état de commander une
Compagnie. Il s'enfuivit que ce grand nombre d'officiers
qui augmentoit de beaucoup la quotité des appointemens,
<ontribL?a à détruire dans les Régimens le fervice de? Ca-»
dets, qui ci devant faifoient rame des Compagnies ( fur-
tout un jour d'affaire ) & ces mémes Cadets fe crureitt
homiliés depuis, délire le fçrvice de fimples foldati,
i i De la Refiaùràtiort.
de fe voir foulages ceux-ci finirent par abandon-
ner leurs foyers pour fe réfugier dans les villes
où ils efpéroient être moins malheureux.
Si de la fin du règne de Louis XtV ort
pafl'e à la minorité de Louis XV, on verra le
Régent du Royaume réunir à beaucoup d'efprit
le talent de gouverner mais paraître renoncer :1
l'un, & négliger l'autre, en tirant de robjfcurité,
des hommes pervers qui, faits pour ne jamais
en fortir l'égarerent dans le choix des moyens
ce Prince en effet, abufant du fyftême de Law,
occafionna un bouleverfement général dans les
finances qui fit augmenter exeeffivement le prix de
toutes chofes & apporta un changement total
dans nos mœurs. La tolérance des abus en finance
devint contagieufe il fc fit des fortunes immenfes
v même fcandaleufes qui fervirent d'entrée aux
nouveaux parvenus pour s'immifcer. dans l'admi-
niftration des deniers publics fe gorger du fruit
dé leurs rapines -& exciter par leur exemple, la
cupidité d'une foule de courtiers & de commis, qui
s'emprefirent de renoncer à l'honnête médiocrité
dont ils jouiflbient dans leurs Provinces pour ve-
nir, comme leurs Patrons Surcharger la Capitale
du poids de leurs-befoins & de leur ambition.
Pour arrêter les progrès d'une dépravation auffl
des Campagne^ '3
générale & qui eut fini par anéantir. toutes les
;:elfources de la France il falloit un homme tel
que le Cardinal de Fleury à qui Louis XV re-
mit le timon des affaires. Minime fage & déhon-
naire, il n'employa que les moyens les plus doux
Çc l'économie la mieux entendue pour faire re-
prendre à la France les forces qu'elle avoit per-
dues & le Royaume au bout de dix années de
fon miniftere fe trouva dans un état d'opulence,
qui étonna toute l'Europe.
On a reproché à ce Miniftre d'avoir trop favo-
rifé les financiers d'avoir négligé la Marine., &
pouffé l'économie jufqu'à favarice mais s'il mé-
nagea les financiers c'eft que, dàns les circonf-
tances, ils lui étoient néceffaires pour trouver au
befoin des reffources & du .crédit; s'il négligea la
Marine du Roi ce fut pour donner au commerce
le- tems de former des matelots & éviter tout
prétexte de guerre avec nos rivaux; & enfin s'il
fut avare ce fut des fonds de l'Etat; femblable,
dans cette partie de fa conduite à Louis XII, qui
ménageoit les.deniers de fon tréfor, pour n'en faire
que l'emploi le plus fage & fe fouftraire ainfî
la néceffité de mettre de nouveaux impôcs fur fes
peuples.
Le (eul reproche fondé qu'on pût faire a ce
Dé la Rèftauraiiott
Miniftre ferait de s'être laine entraîner à prendre
part à" la guerre de contre la foi des traités.
Les premières campagnes de cette guerre occafion-
herent une énorme consommation d'hommes, qu'on
ne put remplacer en partie que par-des Milices,
& par conféquent aux dépens des habitans de la
campagne qui dans la crainte de tomber au fort,
prenoient par-tout la fuite pour fe mettre à l'abri
dans les villes.
La guerre de fut également fatale â l'agri-
culture par la consommation d'hommes qu'elle occa
fionna enfin la ceffion du Canada de la Loui-
lîane &c. qui fut la fuite de cette guerre en dé-
truifant notre commerce nous fit perdre les débou-
chés de nos denrées & fur-tout des marchandifes
de bas prix qui fe fabriquoient dans nos petites
manufactures & faifoient vivre nos campagnes.
Ajoutez à cela que la Cotir dans cette occa-
fion, s'étant réfervé le choix de tous les Officiers
fupérieurs dans, les troupes, & répandant un très-
grand nombre de graces attira à elle & dans la
Capitale un nombre plus grand encore de follici-
teurs de tous genres qui déferlèrent la province
pour venir ici & les expéditions maritimes coin-
mencées en 1778 ayant épuifé les reflources du
tréfor contribuèrent à y mettre le défordré par de
des Campagnes.. *$
nouveaux ernprunts, en multipliant les effets royaax
qui devinant l'appât d'un plus grand nombre de
fpéculateurs.
Quelque tems avant ces difgraces aurait -on
€ru que l'agio, qui avoit été fi fatal à une généra-
tion d'hommes toute entière, que cette calamité
qui commençoit à s'oublier & dont l'impreuion
que nous en avoient laùTée nos peres avoit je ne
fais quoi de révoltant qui paroifioit en éhigner à
jamais le retour auroit-on cru dis je, que cet
agio dût fe reproduire de nos jours, prefque fous la
même forme qu'en vôc avec plus de fureur.
N'a-t-on pas vu en effet, dans ces derniers tems,
des particuliers avides, mais intelligens fous pré-
texte de venir au fecours dé l'Etat, & de fortifier
le crédit du tréfor royal fe fervir de la forme même
des emprunts auxquels le Roi a été obligé de re-
courir, & en faire un jeu, d'actions, qui ne pou*
voit être utile qu'â eux feuls, dangereux pour l'Etat
& pernicieux à la fociété pufque ce n'eft autre
chofe qu'une banque de Pharaon, où tous les joueurs
adroits & mal-adroits employent les plus beaux de
leurs jours, ainfi que leurs capitaux, & fouvern
ceux d'autrui Va gouverner le fort de la chance a
leur gré, au- détriment de leur fortune de celle
de leurs amis, de l'agriculture, du commerce &
i4 t)e la Rejiauratioâ
des moeurs. Il eft encore résulté de cet agiotage qù*
l'efprit fuiancier s'eft introduit ainfi dans tous 4es
ordres de la Société! Quelles peuvent être un jour
les conféquences de ce défordre ? On n'pfë y Son-
ger mais il eft aifé de les prévoir » fi .l'autorité n'Y
porte le plus prompt remède.
Une chofe non moins dangereuse, & qui de tous
tems a fait des progrès c'eft que les courtifans
& toutes les perfonnes en fous-ordre qui approchent
les Rois & les Princes de leur ,fang ont toujours
V1réufli à établir pour principe que le plus beau droit |
de la fouveraineté étoit celui de répandre des bien*
faits & des dons & que toutes les chofes qu'on
recevoit du Roi & des Princes étoient autant de
graces de leur pure volonté mais auxquelles ceux
qui approchoient le plus près de leurs perfonnes,
doivent les premiers prétendre. Il s'en eft fuivi que
tous les ambitieux tous gens adroits, ont voulu ve-
nir à Paris aflîéger les Miniftres & les Grands &
par ce moyen raffiduité habituelle, l'importunité,
l'intrigue la cupidité, ont intercepté le canal des
graces & Couvent furpris des places des gratiner-
tiens, des privilégies, contre les intérêts de la chofe
publique contre çeux des citoyens occnpés a rem-
plir leur devoir dans les Provinces, & par confé-
quent contre le fervice du Roi.
des Campagnes. 17
B
Ceft par toutes ces raifons que la Capitale eft
depuis long -rems» & devient de ptus en plus le
gouffre qui abforbe le refte du Royaume & que
réunifiant dans fon fein de quoi fatisfaire pleine-
ment les goûts jftfatiables de l'égoïfte qui trop
ordinairement rapporte tout Il lui, elle eft le vem-
pire qui dévore la fubftance des Provinces, & par-
ticulierement celle des habitans de la campagne
celle de leurs enfans, & l'on pourroit même dire
de leurs races futures.
Pour comble d'infortune les finances ont dans
ces derniers tems éprouvé des cdnvulfibns les
plus étranges. Le Minihre., qui en 1787 provo-
qua f affemblée des Notables manqua de pré-
voyance dans l'exécution de fon plan car, en fou-
levant le voile qui couvroit la firuation du tréfor,
& faifant naître par-là de l'incertitude fur le vé-
ritable déficit., il occafionna la plus grande émo-
tion au milieu de cette augufte afifemblée l'épou-
vante fe communiqua au dehors 8c bientôt
toute la Nation fur le préfent comme fut rave.
nir les chofes qu'il eut à propofer malgré l'u-
tilité 'qu'elles pouvoient préfenter dirent devenir
fufpeétes. Bientôt anflî cette indifcrette manifefta-
tion de l'état des finances royales occafionna une
effervefeence auffi affligeante que fcandaleufe, qui^
i& De la Reftauratkn
'en affbibliflànt la confiance oecafionna des débats
& des coiitradiaibns j les têtes s'échauffèrent l'ef-
prit de parti s'en niêla & l'embarras devint
néral.
Mais de ce' choc d'opinions & d'intérêts divers,
il doit réfalter un développement de lumiere né-
ceuaire aux circonftances & la crife ne peut être
bien longue. Le Roi animé de l'amour de fon
Peuple ne defire connoître les abus que pour-
les réprimer faire régner par-tout l'ordre & l'éco-
nomie, & ramener la félicité publique. En aflem-
blant la Nation Sa Majeflé. lui communique fon
zèle & la porte à feconder fes vues bienfaifan-
tes, pour venir au fecours de l'Etat & l'on ne
tardera pas voir les citoyens qui tiennent leur
fortune, ou des bienfaits de nos Rois, ou par l'exer-
cice de places qu'ils ont occupées jaloux de don-
ner les premiers l'exemple de ce dévouement patrio-
tique, qui dans tous les tems a produit chez nous
les plus grands effets.
Les moyens de rétablir l'ordre & l'économie
paroiffent bien fimples.
C'eft i°. que l'intérêt particulier ne prévale ja-
mais fur l'intérêt général.
i°. Que les perfonnes employées au fervice de
la chofe publique ne foirent jamais trop mula-
if
B z
j>ïiêes que, chacune d'elles foit aiiutéé de n'ê-
tre traitée que .d'après les œuvres > c'eft-a-dire
félon qu'elle auroir bien ou mal mérité.
Que chaque privilégié eccléfiaftique ou Me,
hoble ôu roturier en confervant la jauiflànce de
fes exemptions légit'tmes Soumette par des décla-
rations, libres & finceres fes propriétés perfon<*
nelles à une contribution de toute juftice qui rende
la répartition plus égale entre tous les individus
fur-tout eu égard aux gens de la campagne & aux
petits propriétaires qui, n'ayant pas en leur faveur-
la prote&ion néceflàire pour fe mettre à l'abri des
furcharges font expofées à des vexations infépa-
rables d'une répartition concentrée dans un petit
nombre de contribuables non-privilégiés
quelle ne contribuent jamais en proportion les pri-
vilégiés & les grands propriétaires. l eft aifé de s'en
procurer la preuve pour peu qu'on examine la for-
me de répartition des impôts établis depuis le com-
mencement du fiecle.
C'eft ainfi que le concours uniforme & unanime
de toutes les clafles de citpye, ns fera dans les cicconf-
tances où nous nous trouvons, le plus fûf îrioven de
rendre à la Nation toute la force 4 la confiftançe
qui doivent lui appartenir & feules capables d'en
impoter à l'ambition de nos rivaux qui ne ioultat-
io De laReftauration
teroient rien tant que de voir arriver des moment
de trouble & de détrefTe pour en profiter nous
déclarer une guerre injure, & devenir s'ils e
pouvoient les manufacturiers & les cotporteur
des productions du Monde entier, & des fruits
de fon induftrie, & voudroient enfin voir la France
réduite à n'être qu'un Etat purement agricole.
CHA P IT R E 1 1.
Reffburces muruelles des Ordres ô ÙaJJês
de Citoyens parmi nous.
LEs hommes réunis en fociété dans un ératquel-
conque, fi puhTarit fi riche qu'il foit par lui-même,
& quel qu'en foit le gouvernement fe doivent
affiftance réciproque, pour fournir à leurs befoins,
.mutuels, à leur fûreté, à leurs commodités, par un
.échange libre de travail, d'induftrie & de Services,
contre les produits du fol ou contre l'argent qui eft
le reprqentatif de ces mêmes produits.
Pour que chacun pût jouir avec fureté de fon
exigence, de fa liberté de fa propriété, & fuivre
tranquillement fa religion il a fallu établir une
police rune juftice, une main-^rte des Minières
de l'autel des défenfeurs contre les ennemis du
des Campagnes. xi
B*
dehors, & des adminifitateurs au-dedans, pour les
objets qui intéreflent les revenus publics; i le tout
fous l'autoritéd'un feul qiù formât le pointcentral du
pouvoir, en devenant le pere commun de la grande
famille, comme cela doit être dans les états qui ne
font ni ariflocratiques,, ni démocratiques, mais tels
qu'eft en France la Monarchie, le feul de tous les
gouvernemens qui foit à préférer, puifqu'il peut,
mieux que tout autre, faire le bonheur des Grands,
comme celui du Peuple.
Les différentes fonctions exercer dans un état
monarchique y ont formé les différens ordres de
citoyens, d'où forcent à leurtour les claires en fous-
ordre, qui toutes ont leurs obligations à remplir,
eu égard à elles-mêmes c'eft-à-dire aux individus
qui les composent, & relativement encore aux
ordres au-deffus d'elles, en remontant jufqu'au
\chef, & enfin par rapport aux claires inférieures
de la fociété.
Et déjà fous ces premiers rapports on apperçoit
les\ citoyens d'un état fe divifer en deux grandes
cla es principales, dont l'une eft perpétuellement
le fo tien de l'autre.
La'première comprend ceux payés par la fociété
pour le fervice public, auquel ils fe font voués par
état, &W par cette raifon, ne doivent être qu'en'
Ti2 De la "Rèflaurdùon
nombre héceflaire pour remplir les devoirs de
leurs ïbnâions, en recevant des falaires convenables
à leurs travaux & aux places qu'ils occupent mais
qui ne puifTent excéder les forces de la fociété.
Ces citoyens font les eccléfialliques, les magiftrats
les militaires, &- les perfonnes chargées, àe radmi-
niftration intérieure & extérieure. Ces quatre ordres
font réellement payés par la fociété ? le premier
pour éclairer & guider cette même fociété dans tes
devoirs de religion,; le deuxième pour interpréter
& faire exécuter les loix du royaume le troifieme
pour prévenir les troubles intérieurs, & défendre
le citoyen contre les ennemis du dehors le qua-
trième pour la bonne & fage adminiftration des
différentes parties, & tous quatre enfin pour faire
respecter, dans le Souverain, le législateur & le
père* commun qui necelTe d'avoir les yeux ouverts
fur le bonheur de tous.
Le retle de la fociété forme la féconde claflê, qui
doit aux différens ordres de la première le tribut
néceflaire du produit de fes travaux & de fon in~
duftrie, pour payer par des retours proportion-
nés, les fervices qu'elle en reçoit. Mais comme
entre les membres de.chacun de ces ordres il y a des
degrés de "fortune très-fenfibles & très-marqués
c'eft-à-dire, que les chefs ajoutant ordinairement
des Campagnes. z3
B4
la prééminence du rang, les richetfes de pani-
moine qui leur fournûlènt de grandes joui (lances,
ils ne devroient avoir des honoraires que modiques
& graduels, fuivant leur rang dant le même ordre.
11 feroit même à fouhairer qu'ils n'euuent à rece-
voir de la fociété, pour compenfation de fervices,
que des honneurs & des distinctions, taillant aller
les émolumens pécuniaires & cependant modérés, 4
leurs fubordonnés, chargés de l'exécution du travail»
C'eft dans ce fyflémè heureux & défintéretfé d'alfa,.
ciation patriotique, que fe forment aujourd'hui les
aflèmblées provinciales dans le Royaume, & dont
les perfonnes'les plus diftinguées par le rang & les
dignités, s'empreflent d'être les chefs ou les mem-
bres, fans aucune attribution d'honoraires qui font
refervés pour les travailleurs dont on ne peut fe paf
fer dans ces fortes d'aflemblées pour opérer avec
méthode & précifion.
La feconde claffe comprend donc les perfonnes
de tout rang & de tout état qui font entre elles, Se
vis-â-vis les membres de la premiere claue men-
tionnée ci-deffus, un échange libre de travail, d'in-
duftrie ou de Services, de citoyen à citoyen, ou
avec l'étranger contre des productions quelconques,
ou de l'argent, & qui à ce titre doivent jouir
d'une liberté entière dans toutes les opérations.
&4 7)e la Refiauration
Dans cette claflè le trouvent les hommes occupés
à l'agriculture, hommes qui* ne finiraient trop fe
multiplier, parce qu'ils font la fource première des
richefïes d'un état confidérations bien précieufes
pour engager la premiere claire à veiller fans celle
fur les befoins des cultivateurs pour encourager
leurs travaux, par tout ce qu'elle a de pouvoir, de
force & de reuources.
C'eft donc dans l'union intime de ces deux
clafles principales, dans leur accord mutuel, dans
l'harmonie confiante qui doit les foutenir, que les
liens de la fociété peuvent fe fortifier; mais comme
ces deux grandes clafTes fe fubdivifent en une infi-
nité d'autres qu'il feroit trop long de parcourir &
qui forment autant d'états divers & de conditions
particulières parmi les hommes. ce détail meneroit
de beaucoup trop loin d'ailleurs ce font les culti-
vateurs que j'ai principalement' en vue dans cet
Ouvrage, & c'eft d'eux que je vais continuer de
m'occuper, pour montrer comment ils peuvent, par
leurs foins & à la faveur de la protection du gou-
vernement, procurer la meilleure adminiftration
des. terres dans le Royaume.
dès Campagnes. 1 -Z Il.
C H A P ITR.E I II-
Des Cultivateurs*
Dans les.premiers tems, le principal emploi de
.1'homme fur la terre fut de cultiver un champ pour
fe procurer la fubfiftance néceuaire. Le refte de fes
loifirs étoit partagé entre la chatte & la pêche &
la garde des troupeaux qu'il raflembloit autour de
lui pour fes ufages & néceffités. Tant que les paf-
fions n'engendrerent pas chez lui de nouveaux
defirs, nul autre foin, fans doute, que les délafle-.
mens champêtres ne fixa fortement fon attention.
La fociété peu-à-peu sécant accrue les pallions fe
développèrent, & firent naître des befoins incon-
nus jusqu'alors les diverfes occupations fe forme-
rent & fe multiplièrent mais celle qui dût long-
tems conferver la prééminence fur les autres fut
toujours l'agriculture, parce qu'elle produifbic les
richeffes de premiere néceffité.
En etfet, des champs cultivés, des vignes plantées
& travaillées, d'amples récoltes, des beftiaux fans
nombre, les inftrumens aratoires, & ceux de la
telle étoit l'opulence de nos
anciens Patriarches. Propriétaires tranquilles de leurs
De la Rejlauration
<*a&e$ poflèflîons ils les habitoient & Ies cultivai.
de leurs propres mains, aidés de leurs enfans &
ferviteùrs. 1-
L'agriculture dans la fuite eût, comme toutes les
choies humaines fes révolutions. Après avoir été
long-tems dans un état Sondant, elle fe trouva
négligée, elle fut même dégradée en beaucoup
d'endroits. La France ne fut pas exempte de cet
malheur & des fiecles entiers en forent les té-
moins.
Mais la fuite d*èVenemens défàftreux qui
avaient dépeuplé nos campagnes, vit-on repalïer
les terres abandonnées dans les mains de cultivateurs
laborieux, fédentaires & faifant valoir par eux-
mêmes leurs nouvelles poiïeffions ? bientôt les
travaux de ceux-ci furent couronnés la fertilité ex
45a le prix, & elle rétablit fans peine les anciens
canaux de nos richefles territoriales, que l'erreur
Ce l'aveuglement avoient prefqu'entiérement taris.
Les fuccès de l'agriculture dépendent donc bien
plus effentiellement de la réfidence dés cultivateurs
far leurs biens & de leur honnête aifance que de
1a qualité des terres, ou de la façon de les travail-
ler de les ensemencer, d'en faire les récoltes car
toutes ces choies égales entre un propriétaire cul-
ûvateur aifé préfènt fur Ces biens, ou celui qui en
des Campagnes. »7
elt ablent, le premier en tirera certainement bien
des avantages qui échapperont à celui qui ne les
voit que de loin, ou par les yeux d'autrui optima
Jlercoratio grejfus Domini.
On m'obfervera fans doute & avec raifon, que
tous les propriétaires en général ne peuvent par
habiter leurs terres, ni conftamment ni par inter-
valles aflèz longs pour les Surveiller c'eft donc pour
cela qu'il faut examiner la conduite qu'il feroit :1
propos de leur confeiller, d'après les Succès de ceux
qui habitent des pofTeffions raflemblées prefque fous
le même domaine, & les cultivent par eux-mêmes.
Il eft certain que ces derniers réunifient tous les
avantages en leur faveur. J'en ai donné le tablèaut
détaillé dans la premiere des fix claffes de propriétés
rangées par ordre dans mes obfervations on
l'on voit que les cinq claflès" d'après s'éloignent plus
ou moins de la premiere à raifon des caufes de
non-valeur plus ou moins marquées que j'en ai
indiquées.
Ainti l'on a vu dans la féconde clalfe une diflé-
rence déja fenfible dans les moyens d'adminiftra-
tion & que le propriétaire adminiftrateur qui
habite un château éloigné de fes terres, ou bien un
(1) Obfemtions, Sec. pag. t&fuiv.
De la
bourg & village, ou encore qui réfide alternative-
ment â la ville &-à ta campagne, foit qu'il veuitb
cultiver lui-même, ou qu'il en conne le foin à
d'autres; que ce propriétaire, dis-je, ne peut mettre
à profit les avantages qui fe préfentent naturelle-
ment au propriétaire-cultivateur & fédentaire dont
on a parlé ci defïùs.
C'etl encore ainfî qu'en parcourant lés quatre
autres clail'es de propriétés, on voit les degrés pé-
riodiques de non-valeur fe manifefter à mefùre que
les propriétaires, par la nature de leurs pofleflïons
ou les obftaclés qu'ils rencontrent pour leur exploi-
tation, ou même par les vices inhérens à leurs pro-
priétés, fe trouvent éloignés des principes d'une fage
adminiftration ou n'en fuivent qu'une vicieufe
dont fouvent même il leur eft impoffible de fe dé-
fendre. Auffi arrive t-il ordinairement que ces fortes
de biens vont toujours en dépériflant, ôc que le
rétabliflèment en devient auflî long, que difficile.
Le comble du malheur eft que c'eft précifément
dans ces quatre dernieres claffeë que fe trouvent lés
plus grands objets de propriété du Royaume, les
plus importans & cependant les plus mal admi-
niftrés^Ce font les biens des grands propriétaires
laïcs grevés de fubftitution ou dans les liens d'nn
décret de faifie réelle ceux de gens de main-morte,
dès Campagnes. J
qu'on peut regarder comme frappés d'une fubftitu-
don éternelle, les domaines du Roi & ceux des
grands du Royaume dont on peut dire auffi qu'ils
font dans une inertie qui a tous les caractères de la
fubftitution puifqu'elle produit les mêmes effets Se
enfin les communaux nécetfàires à la chue des
pauvres habitans de la campagne mais qui réftent
dans une forte de ftérilité par la difficulté de les
mettre en valeur fans en priver la commune. Tout
ces biens font généralement dans la plus grande
non-valeur & quant à leur quotité on ne crains
pas de dire .qu'ils doivent cpmpoEterjiQ. quart au
moins des terres du Royaume à la plupart des-
quelles il n'y auroit .pas d'autres moyens de rendre
la fécondité, que ceux que j'ai déja indiqués, &
que je me propofe de développer de plus en plus,
mais qui, pour être mis en vigueur, exigeroient de
la bienfaifance du législateur, des loix nouvelles
que la Nation defire depuis long-tems & qu'elle
ne pourra recevoir qu'avec la plus grande recon-
noiffance tant fur les fubftitutions & biens eh
décret, que fur ceux de main-morte fur les do-
l maines du Roi &. fur les communaux.
En attendant un fi grand bienfait de la fageffè
4u Souverain travaillons à en motiver la nécéflité,
<^examjoant déplus près ce qui peut efficacement
3ro "Dtla Reftauration
procurer l'amélioration des terres du Royaume,
& en prouvant que leur divifion, en un plus grand
nombre de propriétés, dans les mains des cultiva-
teurs mené directement à ce but.
CH A P ITR E IV.
NêceJJîu de divifer les terres au plus grand
nombre pqflible de Cultivateurs.
J 'Ar déjà dit dans mes Obfervations que les hom-
mes occupés 'à tirer de la terre les objets de fubfif-
tancé, & les matieres premières néceffâiises à la
main-d'œuvre devroient être multipliés dans cha-.
que paroiflè en raifon de l'étendue & de la qua-
lité du fol, & d'après la nature des produits qui
exigent le plus ou le moins de main- d'oeuvre •&
de foins d'administration tâchons de développer
davantage cette première idée.
La multitude d'hommes néce!faire à la profpé-
ibé de l'agriculture ne peut être mife en activité
que par les propriétaires cultivateurs ou adminif-
trateurs éclairés qui faifant travailler fous leur
yeux des journaliers & des ferviteurs en nom-
liré compétent font furs de l'emploi des journées.
$j*
de la fidélité des opérations rurales fur lequel-
les on ne peut les tromper.
Or il eft âifé de juger que, C l'exploitation d'une
terre confidérable réunit bien quand elle eft con-
duite par les principes économiques d'un feul pro-
priétaire furveillant qui la fait valoir par lui-
même, en ordonnant propos les réparations né-
ceflàires & les améliorations convenables elle fe-
toit encore d'un plus grand rapport, fi elle étoit
divifée entre plufieurs propriétaires également fut.
veillâtes & guidés par les mêmes principes d'é-
conomie, parce que chacun' d'eux n'ayant pas une,
fi grande étendue de terre à cultiver, & la tenant
à raifon des facultés qui lui en auroient permis
l'acquifition fes foins & fes travaux deviendroient
plus efficaces fur la petite portion dont il fe' trou-
veroit propriétaire & ayant la perspective d'en
jouir avec tranquillité ,il fe livreroit aux amélio-
rations, fans craindre d'être évincé par un concur-
rent ou furchargé dans un nouveau bail par un»
augmentation de fermages.
Au contraire les cultivateurs qui ne font que
fermiers, n'ayant pas intérêt 3 faire' les iéparationt
& améliorations comme s'ils étoient propriétai-
res les négligent t Se n'employent de mercenai-
res que ce qu'il leur ea faut précifémem pour tirer
du (oMes récoltes les plus faciles qui exigent
peu de frais. Quand
leurs fermages & l'impôt, & qu'il leur refte un profit
raifonryble avec le moins d'avances poflîble ils,
ne fongent plus autre chofe parce que .n'étant
jamais (urs d'obtenir un fécond bail ils regretté-
roient le peu de bien qu'ils feraient la terre &
dont leur fuccefleur, feul profiterait. Souvent aufli
arrive-t-il que fi le- fermier a dans le même lieu
quelque portion de terre en propriété il y fais
porter les engrais qui font fur le bien affermé
& à la fin du bail les terres de la ferme fe trou-
vent épuifées; tant parce qu'elles ont été fatiguées
par des récoltes forcées, que parce qu'elles ont été
privées pendant le tems du bail de la fl1bftance
des engrais qui leur appartenoit.
Quelquefois aufli les terres, au lieu d'être direc-
tement affermées à des cultivateurs font confiées
pat des propriétaires qui habitent ailleurs, à des
mains incapables d'opérer par elles-mêmes c'eft-
à-dire, à un agent ou régiffeur chargé de les
faire valoir. Il n'eft pas douteux qu'un pareil
homme ne pouvant payer de fa personne, -ni par
fon travail ni, par Ces lumières f ouvent trop foi-
bles eft obligé de louer des mercenaires dont il
n'a pas d'intérêt de Surveiller les travaux & s'il
c
èft autant à faire <fes réparations Se des améliora-
Hons, fa négligence oublie les premières ? & fa
cupidité régie les fecondes; aufH voit-on bientôt
la terril qui lui a été confiée tomber en déca-
dence, & la fortune du régifleur s'accroître de tôu-
tes les pertes
Jette-çori les yeux fur les biens fubftitués fur
ceux eir direction on en décret de juftice ? regar-
de-t-on les domaines du Roi ceux des- grands
du royaume ainfi que les communaux ? par-
tout, à quelques nuances près le mcme vice;
c'eft enfin ce qui compose' les quatre dernieres
claffes de propriétés qu'on a prouvé être les plus
mal administrées. Il faudroit donc pour la manu-
tention plus avantageuse de tous ces, biens, en faire
une nouvelle diftribution mieux entendue.
On ne manquera fûrement pas. de m'objefter
que fi la distribution qu'on propofe avoit lieu, il
en réfulteroit qu'il ne faut plus donner aj*cune
terre ou domaine, ni à ferme ni en régime mais
feulement en toute propriété par vente à rentes
foncieres ou par accenfement divifées par por-
tions pour autant de cultivateurs fuivant les fa-
cukés^d'un chacun & cependant il n'eft pas poffi-
ble d'affujettir toutes les terres du royaume au
54 De la Reftauration
même régime d'adminiftradon ni les faire, toutes
habiter par les propriétaires.
Je n'ai point prétendu que toutes les terres &
domaines duffent être adminiftrés de. la même
panière, ni absolument habités par ceux qui les
poflèdenr. Ce qui feroit le mieux n'eft pas tou-
Jours praticable d'ailleurs on fait qu'il eft des ter-
rts de diverfes qualités, quoique dans la même
province & qu'ainfi l'admimllration de toutes, ne (^
peut être généralement égale dans tous les en-
droits. Quant à la réfidence des propriétaires fur
leurs terres, elle eft fans doute fubordonnée à une
multitude de circonftances, mais la qualité des ter-
tes & leur pofition femblent exiger plus ou moins
rigoureufement cette réftdence les unes pouvant
très -bien être cultivées dans l'éloignement du pro-
priétaire tandis que d'autres le font toujours très-
mal fans fa préfence comme on va le remar-
quer.
Primo. Les terres de première «qualité qui ne
fontfufceptibles que de produire des grains d'ê-
tre cultivées avec la charue & d'avoir en même
tems quelques portions en prés & pâturages font
fufceptibles d'une très-grande contenance, fous une
même ferme régie ou adminiftrâtion. j c7eft aufli
des Campagus.
C
de toutes les pofleffions celle qui exigerolt le
moins la réfidence d'un propriétaire, & néanmoins
on ne peut difconvenir qu'un pareil domaine en-
tre les mains d'un laboureur qui fut le pro-
priétaire & y réfidât, ne lui rendit Beaucoup plus
qu'à un grand feigneur qui en ferait le\ maître, Se
ne pourroit que l'affermer.
Secundo. Il eft encore des terres de la remiere
qualité employées aux productions de lin de
chanvre de colzat, & autres produits qui exi-
gent plus de main-d'ceuvre & d'engrais & ne. peu*
vent être mifes en grandes fermes parce qu'il leur
fauc beaucoup plus de bras & de foins d'admi-
niftration que les terres à grains. Il eft donc plus
à propos que ces terres- foient divifées à un plu
grand nombre de propriétaires, avec des conte-
nances proportionnées pour qu'ils puiflent les
habiter.
Les terres de la féconde & troifieme qualités;
dont les produits font variés partie en grains par-
ties en plantations d'arbres fruitiers mûriers, oli-
viers, vignobles, &c. demandent encore à être
livrées à des cultivateurs habitant fur les lieux
parce qu'elles exigent plus de main-d'œuvre Se
d'engrais ainli que des foins d'adminiftration plus
multipliés. Par conséquent ces biens pour donner
36 De la Refiauration
plus de produits vu les peines de leur culture
doivent être d'une étendue modérée, afin que le
cultivateur qui les poflede puifTe fuffire par fes
propres foins à les porter à leur plus grande
valeur.
Dans l'état a&uel des chofes de la manière
dont les terres font généralement cultivées en Fran-
ce, il eft reconnu que les biens de la premiere
qualité & en grande culture donnent au propriétaire
les trois cinquiemes du produit en bénéfice parce
que les deux cinquiemes reftant, fervent à payer
les frais d'avance & d'exploitation ainfi que les
charges defdits biens & les impôts. Que les biens
de la Seconde qualité ne rendent gueres que le
quart ceux de la troifieme qualité le feptieme
& ceux de la quatrieme le douzième foui
lement.
Mais il eft très-poffible que chacune de ces quo-
tités de produit, fuivant chaque nature Se qualité
de terre augmente en raifon du foin que pren-
droit un grand propriétaire d'examiner fi la terre
eft fufceptible ou non, d'une plus grande divifion
en propriétés fecondaires, parce que c4ft eflentiel-
lement dans le nombre des petits cultivateurs pro-
priétaires, que fe trouve l'augmentation du produit,
d'une terre.
des Campagnes.
C i
Un grand. propriétaire qui auroit des. terres fuf-
cepcibles de cette divifion ne devroit s'attacher
qu'à fe former un revenu en droits feigneuriaux
feulement & par-là il fe trouveroit débarraflë de
toute forte d'entretien & réparations, avaries vi-
maires, &c. qui, dans une feule année, ^emportent
quelquefois les revenus de plufieurs.
Il eft vrai qu'il paroîtroit peut-être plus difficile,
& moins fûr, d'avoir affaire à plufieurs cultivateurs
peu aifés, qu'à un feul fermier qui a de la fortune,
& chez qui l'on peut au' befoin trouver des avan-
ces mais cet avantage paflager même dangereux,
parce qu'il eft quelquefois payé fort cher n'eft pas
fort précieux. D'ailleurs il n'eft pas fans exemple
que de gros fermiers viennent à manquer, & empor-
tent pluGeurs années de fermages au lieu que, fi
entre plufieurs petits cultivateurs, l'un vient à s'ar-
riérer, le rifque n'eft jamais fi grand, parce qu'il
ne fe porte que fur une partie de la terre que
l'on peut même quelquefois y porter remede &
que les autres parties dédommagent de la perte que
celle-ci occafionne.
Si les terres] des grandes tnaifbns fe trouvaient
aiiîfi divifées.Açjuand elles ont le malheur de tom-
ber en direction, il ne s'y trouverait que dés droits
feigueuriflux à percevoir. L'avidité des créanciers
De ld Reflauration
& des gens de loi à s'en emparer, devienrfroît nulle»
& demeurerait fans effet parce que n'y ayant
qu'un revenu fixe à lever fans aucun frais, cela ne
donnerait pas plus de peine percevoir que des
rentes conftimées.
D'après ces premières données, pour que le terri-
toire d'une paroiffe puilfe occuper le nombre d'in-
dividus dont il fufceptible il s'agit d'examiner
comment il eft poffibje de le1 divifer.
Tout propriétaire qui jouit librement de fes ter*
res, fans être grevé de fubftitution^ni d'hypothe-
ques, eft bien le maître d'en difpofer comme il
lui plaît foit par vente abfolue foit en les affer-
inant, ou en les donnant en régie ou enfin en
accenfement.
La vente abfolue n'eft ordinairement détermi-
née que par les befoins de circonftances où fe
trouve un propriétaire pour difpofer du prix de la
vente d'autres objets ou à des fpéculations étran-
geres à l'amélioration du fol dont il ne s'occupe
point du tout en vendant puifqu'elle lui devient
totalement indifférente..
Mais ceux qui font curieux de conferver leurs
propriétés dans leurs mains de les' améliorer
pour en jouir plus utilement, fuit en nature, foit
entjevenus, doivent fe déterminer fur le choix'des
des Campâgnes. 39
C 4
moyens d'après la qualité des terres qu'ils poflê-
dent, & l'espèce de travaux qu'elles exigent.
Les grands propriétaires ont quatre moyens prin-
cipaux pour faire valoir leurs terres.
Le premier confifte à les donner à ferme gé-
Le fecond, en: de les affermer à diverfes perfon-
ries en domaines féparés.
Le troifieme, de les louer à demi-fruit.
Le quatrième, de les vendre à charge de cens &
rentes pour un tems ou a perpétuité.
Reprenons. La ferme générale eft d'ttfage pour
les terres des grands Seigneurs, qui, pour l'ordinaire
n'aiment point à entrer dans les détails & préfé-
rent un revenu fixe & invariable pendant le court
d'un bail, à des produits éventuels, & peut-Être plus
forts mais qui tiendroient à des foins d'adminif.
tratiôn qu'ils ne peuvent ni ne veulent fe don-
ner. Ainfi, généralement parlant, les grands qui
afferment leurs terres de cette manière nè contri-
buent nullement par eux-mêmes à leur'-améliora-
tion elle dépend uniquement de l'intelligence du'
fermier-général qui les prend à bail, & il y xéuffit
ronjours quand il veut cultiver chaque partie de
la terre rivant fa qualité, & la nature des pro-
duits dont elle eft flifceptible. Si l'on avoit des coti-
De la RefiduratÎQJt
feils à donner à ce fermier-général ce feroit ceux
que l'on va propofer à un grand propriétaire qui
fait valoir par lui-même avec la différence ce-
pendant, que ce fermier n'étant pas propriétaire,
ne pourra donner à cens & rentes.
Un propriétaire qui veut fe mêler de l'admi-
niftration de fes biens & les améliorer examine
d'abord parmi fes diverfes poffeflions les parties
qui. peuvent former des domaines propres à être
ajFermés celles qui peuvent piéfenter plus d'a-
vantages à être louées à demi-fruits & celles en-
En qui exigent pour en tirer tout le produit dont
elles font fufçepribles d'être données à cens Se
rentes de petits cultivateurs qui, devenant ainfi-
propriétaires, mettront tout leur zele & leurs ta-
lens à les féconder, comme elles le doivent être.
Si ce propriétaire a des terres à grains des
prés & pâturages il fe déterminera peut-être à
en former un ou plufieurs domaines, qu'il affer-
mera féparément. Alors il eu: efïentiel qu'il com-
mence par les mettre en bon état de groflès &
menues réparations & qu'il ne s'arrête qu'à des
fermiers fulides Se intelligens.pout traiter avec eux.
Si l'on trouve de tels fermiers, il eft efïentiel de
leur procurer les commodités du logement, tant
pour eux & leur famille que pour retirer leurs
des Çmpaghes*- •: •$*
grains & beftiaux en leur évitant de ce conftituer
fur-tout dans un commencement, en des dépendes
de bâtimens. On demande auffi. que ces fermiers,
en entrant foient gens folides, c'eft-à-dke » aifés*
pour qu'ils fe trouvent en état, ,dès les premier
jours de leur bail de faire les avances néceflaires
queJa terre exige pour la féconder & Tenfe*
mencer & de fe procurer le nombre Se la qua-^
lité nécelfaires de. beftiaux & bêtes de charge'qu'tf
leur faut ainfi que les charrois ou voitures pro-
pres à l'exploitation facile de leurs fermés & enfin
les ferviteurs & journaliers nécelfaires pour exécu-
ter les travaux. Une première aifànce eft encore
bien eLfentielle dans ces fermiers, pour qu'ils ne
fe trouvent pas trop prenes de vendre leurs récol-
tes, ni au point de ne pouvoir attendre à en tirer
meilleur parti quand la vente peut leur devenir
plus favorable. Alors de pareils fermiers feront en
état non-feulement de payer exa&emenr à cha-
que terme de fermage, mais même de fpéculet
fur des améliorations. Et comme il peut arriver
une années ou l'autre que les îccolces viennent
à manquer par diverfes caufes, c'eft alors qu'un
_propriétaire intelligent eft à venir au' Ce-
cours de fes fermiers, à ne pas les prelfer pour le
payement i & l'on doit Cioire qu'il fe prêtera plus
4t De la Rejîauraùon
volontiers à ces facilités fi habitant fa terre il
eft témoin des travaux qui s'y fobt de la con-
duité qu'on y tient & des accidens qui furvien-
vent par l'intempérie des faifons.
Le troifieme moyen dé faire valoir une terre»
eft de la donner à demi-fruits gens qui, par
cette raifon s'appellent métayers & c'eft alfez
l'ufage dans pIufieurs Provinces de faire valoir ainci
les terres.
Il eft aifé de fentix que cet ufage exige la ré-
sidence d'un propriétaire fur fès biens, & que s'il
ne peut s'y aflfujectir il rifque de faire des pertes
ou du moins il s'expofe à des inquiétudes perpé-
tuelles fur les avances qu'iKcft obligé de faire
-& qui peuvent, fuivant l'étendue de la terre de-
venir importantes car il lui faut d'abord fournir
des capitaux en nature c'eft-à-dire, beftiaux
chevaux & inftrumens de labour & de tranfport,
au moins pour fa cote part & quelquefois en
totalité & que le tout foit en quantité fuffifante
pour ladite terre. Il ett également de l'intérêt du
propriétaire que tous ces objets foient de la meilleu-
re qualité parce qu'il eft tenu de leur entretien
quand ils viennent à manquer. En6n il doit veiller
à ce que fbn métayer fàflè également les mêmes
avances que lui s'il y eft obligé par. fon bail